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samedi 15 septembre 2012

Jet lag blues

Samedi minuit. Chez mes parents. Le jet lag dans la tronche, un verre d'Orval à ma gauche. Un petit ordinateur en face de moi, la télévision en sourdine. Il faut que je me reprenne. Il faut que je reprenne le rythme d'avant. (Un article par jour, un jour par article, bla-bla-bla...) Au moment où j'écris ce message, j'ai encore le goût des « IPA » en bouche, l'odeur du large dans les narines, le cri des mouettes dans les oreilles, la caresse du vent sur les mains et du fjord plein les yeux... Maudites vues somptueuses sur le Fjord du Saguenay et sur cet estuaire tellement gigantesque qu'on ne perçoit l'autre rive que lorsque la brume s'est entièrement levée ! — En bref : le Nouveau Monde, où tout est plus grand et plus beau (sauf la sécurité sociale).

La « nuit » d'avant-hier, je l'ai passée dans un avion en compagnie de Léandra et de Flippo. Nous avons comme il se doit traversé l'Atlantique en avalant les fuseaux, ne dormant tout au plus que quelques heures, avec pour seul repas du poulet au parmesan (quelle blague !) servi dans des barquettes réchauffées au micro-ondes. (Je crois, mais je ne pourrais le jurer, avoir entendu Léandra affirmer que les pâtes en accompagnement étaient bonnes. — Léandra est spéciale, c'est pour ça que je l'aime bien.)

La nuit d'hier, je l'ai passée à récupérer. Quinze heures de sommeil ininterrompu ou presque. (Mais qu'est-ce que je fous encore debout ?)

Dès le début de mon voyage, je me suis dit qu'écrire un article le jour de mon retour en Belgique était de l'ordre de l'impossible ; que je serais beaucoup trop crevé pour raconter quoi que ce soit. J'avais raison. Je me suis donc permis, comme rarement, de ne poster que quelques lignes extraites d'une jolie chanson de Sébastien Lacombe... Après toutes ces cartes postales, cette rupture brutale signifiait : « Fini le Québec ! Malgré le souvenir, je passe à autre chose ! »... Oui, mais à quoi ? De retour en Belgique, à la gare de Bruxelles-Midi, j'ai eu l'impression de me retrouver dans un pays froid (au sens figuré) et mal éduqué. Plus de « Bonjour, ça va bien ? » lancé par des inconnus souriants, mais seulement des inconnus maussades s'engouffrant dans les rames de métro sans se rendre compte qu'ils ne sont pas les seuls à devoir y entrer. — Il va falloir que je me réacclimate à l'incivisme... et à la routine aussi.

Je pense que j'exagère et aussi que mon texte est très décousu. (Un résidu de jet lag, sans doute.)

Hier, chez mes parents, j'ai retrouvé Gaëlle qui m'a accueilli avec un grand « Papa ! » enthousiaste. Aujourd'hui, nous sommes tous les deux allés à l'anniversaire de Fred Jr. Un anniversaire en très petit comité, à l'opposé de celui que mon ami avait organisé l'année dernière (j'en fais la description ICI — de l'intérêt de tenir un blog journalier au long cours, ou en tout cas en phase de le devenir). Seuls invités : Marguerite, Gérard et leur bébé ; Célestine et Eriksson — zut, j'ai oublié de leur demander ce qu'ils avaient fait de la bande dessinée que je leur avais prêtée ! —, Sidney et Jeronimo... Une jolie soirée à taille humaine, comme je les aime.

Que raconter d'autre ? — Il est tellement plus facile d'écrire des tartines quand tout va mal !

dimanche 11 septembre 2011

Ils pourront couper toutes les fleurs...

Aujourd'hui, 11 septembre 2011, c'est le 10e anniversaire des attentats du même nom, le 38e anniversaire de la mort de Salvador Allende et le jour du départ de Zapata et Amy vers le Canada.

La plupart des gens se souviennent de ce qu'ils faisaient le 11 septembre 2001, paraît-il... Et moi ? Qu'est-ce que je foutais le 11 septembre 2001, à l'heure des attentats ? Hé bien je revenais de ma matinée de cours à l'Université libre de Bruxelles. J'étais alors en dernière année de licence en histoire médiévale. Hamilton II était venu manger à mon appartement sur le temps de midi. La télévision était éteinte. Reparti chez lui après le repas, Hamilton m'a envoyé un court sms du genre : "New York en feu. Allume ta télévision." Mes parents m'ont téléphoné juste après. Ma mère, paniquée : "Il y a des attentats partout dans le Monde. Surtout ne sors pas de chez toi et n'emprunte pas le métro !".

Addendum datant du 16 septembre 2011 : après avoir lu le précédent paragraphe, Fred Jr me contacte et me dit que ça ne s'est pas vraiment passé comme ça. Je me suis fabriqué en partie un faux souvenir de cette journée ! Je n'ai pas été à une matinée de cours à l'Université. La veille, le 10 septembre 2001 donc, d'après Fred Jr, nous avions passé la soirée à l'Atelier avec Hamilton II et Marguerite. Nous étions un peu saouls. À la sortie du café, en pleine nuit, mes amis voulaient absolument aller au Bois de la Cambre pour voler le panneau "Avenue de Marguerite". Sans jamais y arriver. J'étais très réticent, en retrait (je ne supportais pas les actes illégaux, surtout sur des biens de l'État ; c'est encore le cas aujourd'hui, d'ailleurs). On a vu (ou on a cru voir) arriver une voiture de police et on s'est cassé... chez moi (je n'habitais pas loin). Marguerite est partie aux aurores, Fred Jr un peu plus tard et Hamilton II est resté manger le midi. La suite de l'histoire reste la même.

Le 11 septembre 1973, je n'étais pas encore né. Ce jour-là, Pinochet prenait le pouvoir au Chili, instaurant une dictature militaire de droite, mettant brutalement fin au programme socialiste initié par Salvador Allende (nationalisation des banques, des mines et des industries ; réformes de l'éducation et du système de santé, etc.). Lors de son dernier discours, peu avant sa mort, Allende fustigera les généraux qui l'ont trahi, remerciera le peuple qui lui a fait confiance et prononcera la célèbre phrase, destinée à tous les travailleurs : "Je ne renoncerai pas !". Autrement dit : "je mourrai avec la société que j'ai essayé de mettre en place". "On ne peut arrêter les mouvements sociaux, ni par la force, ni par le crime", dira-t-il, "L'histoire est à nous, ce sont les peuples qui la font". Ça rappelle un peu le slogan de Mai 68, repris sur la tombe de Malik Oussekine (un étudiant tabassé à mort en 1986 par la police française) : "Ils pourront couper toutes les fleurs, mais ils n'empêcheront pas la venue du printemps".

Étant très à gauche sur l'échiquier politique, quelque part du côté de l'anarchisme et du socialisme radical, je suis à chaque fois très touché quand j'entends le discours d'Allende... Ce dernier avait en quelque sorte ce qu'on pourrait appeler, de manière un peu grandiloquente, le sens de l'histoire. En lisant calmement ce texte-là, à ce moment-là, il s'inscrit comme un acteur du socialisme, acteur dont la mort, en tant qu'individu, n'a pas réellement d'importance : seul compte pour lui le fait qu'on "n'arrête pas la marche du progrès" et qu'un jour prochain la révolution de la société qu'il a initiée dans son pays arrivera coûte que coûte. Un tragique message d'espoir qui me noue à chaque fois l'estomac, qui m'effraie un peu même : comment peut-il être aussi serein et confiant dans l'avenir alors que tout s'effondre, alors qu'il sait que sa mort arrive à grand pas ? Je l'admire pour ça, pour ne pas avoir plié, même devant les bombes et les balles ennemies... Et ça me fait à chaque fois beaucoup de mal de me dire qu'un connard de général opportuniste et tortionnaire à la solde des États-Unis a tué dans l'œuf cette réforme socialiste démocratique ; et aussi que plein de gens, par peur viscérale du "péril rouge", ont soutenu cette crapule sanguinaire de Pinochet.

Le gouvernement mis en place par Allende se rapproche assez fort de ce que devrait être le socialisme à mes yeux, à des années-lumières d'Aubry, Di Rupo et consorts ; à des années-lumières également du socialisme autoritaire qui s'est très vite installé en URSS, sous Lénine puis les autres, après la Révolution d'Octobre... Le socialisme : un mouvement d'essence populaire, de base démocratique, consistant à métamorphoser totalement la société, en tentant d'établir une plus grande justice quant à l'accès à l'éducation, à la santé, aux transports... Plus qu'un projet politique, c'est un projet économique : celui du contrôle démocratique de ce que nous produisons ; la gestion des banques par l'État, la production (contrôlée par les citoyens et non par des oligarchies) des biens nécessaires à la population, la suppression de tout privilège lié à la richesse, à la propriété ou à l'héritage. Pas étonnant que ça ne plaise pas à tout le monde, forcément... 

À mon sens, nous sommes, en Europe, en ce pluvieux mois de septembre 2011, très loin de toute ébauche de programme socialiste, y compris dans les partis qui se revendiquent de ce courant. Le socialisme, dans sa forme actuelle, n'est devenu qu'une sorte d'alternative mole au néolibéralisme ambiant... Un triste et lucide constat que fait notamment Serge Halimi du Monde Diplomatique dans cet extrait du documentaire Avanti Popolo! de Yannick Bovy et Mathieu Sonck.

* * *

Le dimanche, la Maison du Peuple de Saint-Gilles (qui, soit dit en passant, n'a elle aussi de "maison du peuple" que le nom), c'est surtout la maison des enfants qui courent partout. Quand j'y arrive avec Gaëlle en fin de matinée, rejoints très vite par Léandra et Andrew, il n'y a quasiment que des couples avec des poussettes, des bébés dans les bras ou des enfants dans les pattes. Ma fille est toute contente car elle connaît bien l'endroit ("Ah oui, on va au café habituel, c'est ça, Papa ?" – elle utilise de ces termes pour le moment : ça ferait encore flipper Flippo, tiens) et se trouvera au moins deux compagnons de jeu : d'abord un petit garçon qui veut l'emmener jouer dehors (ce que je refuse, en ce jour de marché) ; ensuite une petite fille (ressemblant un peu à Anouchka), avec qui elle dansera ou arrachera les jambes d'une pauvre barbie qui n'avait rien demandé à personne... Gaëlle distribuera aussi des prospectus aux autres tables, ce qui fera sourire la plupart des gens, sauf la plus jeune des serveuses, qui est hyper-nerveuse ce dimanche. Avec le petit garçon, elle s'amusera aussi avec des avions en papier. Coïncidence curieuse pour un 11 septembre : le garçon fera tomber, à quelques minutes d'intervalle, à l'aide de son avion en papier, deux présentoirs à menu disposés sur les tables du café. Gaëlle disparaîtra aussi de temps en temps (aux toilettes, dans des coins...), ce qui aura tendance à me stresser.

Avant l'arrivée d'Andrew, Léandra me raconte sa journée de samedi, dans un but précis : nous avons prévu de nous échanger nos journaux pour un jour... Elle écrira ma journée de samedi et j'écrirai la sienne. Je prends compulsivement note de tous les détails qu'elle me donne (Léandra a une bonne mémoire factuelle). Puis, c'est à mon tour de raconter ma journée, de manière plus confuse. Andrew arrive à ce moment-là et patiente avec un livre pendant les dernières prises de notes.

Gaëlle a déjà mangé vers 11h, nous pas. Nous prenons tous les trois une salade de magrets de canard et de gésiers. Je refile mes concombres à Léandra et je n'arrive pas à manger tous les gésiers, que je trouve indigestes. En bref : je ne mange pas grand chose.

Ce dimanche, nous finissons aussi par voir en chair et en os Vincent, une des nouvelles connaissances de Léandra qui, par une curieuse coïncidence, a déjà aussi croisé Amy, la copine de Zapata : c'était, expliquera-t-il plus tard dans la conversation, lors d'une soirée du WWF, alors qu'ils étaient invités tous les deux par une amie commune du nom de Paulette (que j'ai déjà vue aussi, d'ailleurs). Vincent s'installe à notre table. Léandra a peur que le gars ne me plaise pas. Il n'y a pas de raison, pourtant. Et puis, Léandra tient (sans doute trop) compte de mon avis. À la lire, je passe parfois pour un ogre sans pitié qui critique et démolit tout ce qui bouge.

Tout le monde finit par se casser. Peu de temps après, je récupère Gaëlle, que je dois ramener à Maïté à la Gare du Midi. Gaëlle est en train de jouer sur les canapés du fond avec la petite fille mentionnée plus haut. Elle est assise entre deux jeunes femmes travaillant sur leur ordinateur. Je croyais qu'une des deux était la mère de la petite fille mais pas du tout : "Elles sont à vous, les deux filles ?", me demande-elle – "Seulement une." – Avec un grand sourire, la jeune femme me lance alors : "Euh... Vous ne voulez pas reprendre l'autre en même temps, tant que vous y êtes ?". Bah non, je ne peux pas. On va encore me traiter de kidnappeur (à raison cette fois-ci) si je fais ça...

À la gare, Maïté est manifestement de mauvaise humeur. Je me demande un instant pourquoi et puis je me rappelle que c'est Maïté et que la moindre contrariété l'énerve. Elle reprend Gaëlle en triple vitesse. J'ai à peine le temps de dire au revoir à ma fille qu'elle est déjà dans le train, en train de s'éloigner. Je ne la reverrai que dans deux semaines... Ça me donne le cafard.

* * *

Je n'ai plus rien à faire, je retourne donc à la Maison du Peuple lire et travailler sur mon PC, près de la fenêtre. À côté de moi, installé à ma table, un homme et une femme assez désagréables, en train de réaliser une affiche pour un événement musical, sur un Mac. La dame demande si je peux surveiller leurs affaires pendant qu'ils vont chercher à boire. Je peux, évidemment, même s'ils ne risquent pas grand chose ici. Avant de partir, le gars est choqué parce qu'il ne retrouve pas ses DVD qu'il était certain d'avoir mis dans son sac. Il me regarde sévèrement comme si je n'avais pas bien observé ses affaires pendant son absence. Mais qu'il aille se faire foutre, merde ! Il les a oubliés chez lui, ses DVD, voilà tout.

La fin de la soirée se déroule avec Andrew, de retour, et Walter. Emily se repose chez elle et ne vient donc pas. Deux chiens ridicules n'arrêtent pas de passer entre les tables et de grimper sur les genoux des gens. Andrew parle d'éthologie. Nous rentrons chez nous vers 10 heures du soir. Je discute un peu avec Léandra sur Facebook, qui finit par m'appeler au téléphone pour me parler de sa curieuse soirée avec Daniel et Vincent. Elle est un peu saoule. Je lui dirai à ce propos quelque chose de très élégant (c'est tout moi, ça), à savoir que j'ai l'impression d'avoir mon ami Vinge au bout du fil (qui est un peu alcoolique sur les bords – et pas que sur les bords d'ailleurs).

Quand elle raccroche, c'est la nuit. J'ai sommeil. Je m'endors assez vite.

samedi 3 septembre 2011

Mondes parallèles

C'est l'histoire d'un train qui part et qui me laisse seul sur le quai.

Aujourd'hui, samedi 3 septembre 2011, c'est l'anniversaire de mon ami Fred Jr. Il a trente-et-un ans. Je me rends chez lui avec ma fille Gaëlle. Comment dois-je décrire cet après-midi et cette soirée ? Il y a trente-deux (et non trente-six) manières de mettre ce petit monde en scène, mais je n'ai pas la force de les décrire toutes. Quel intérêt de toute façon ?

* * *

Point de vue objectif : Hamilton arrive avec sa fille à 16h43. Sa mère les a conduits jusque là. Fred les accueille au niveau du portail de son jardin. Un beau château gonflable est dressé au milieu de la pelouse. Des enfants jouent. Ce sont les copines d'Anouchka, la fille ainée de Fred, la filleule d'Hamilton. Les enfants sont avec leurs parents. Ils sont sur le départ quand Hamilton arrive. Fred propose à boire. Il y a de la sangria mais Hamilton ne veut pas faire de mélanges (d'autant plus qu'il a quelques soucis à la vésicule biliaire) : ce sera donc de la Leffe blonde. Anouchka, un peu fatiguée, passera une partie de l'après-midi dans les bras d'Hamilton. Les invités commencent à arriver : des couples, souvent accompagnés de leurs enfants ; des collègues ou des amis d'enfance de Fred ; des gens inconnus, sympathiques, parfois historiens de formation, voire de profession ; des têtes connues aussi. Seule une des deux sœurs de Fred sera présente à la soirée, avec son compagnon timide. Ces deux-là sont entre deux mondes : celui, plus jeune, des enfants et celui, plus vieux, des trentenaires. Léandra arrive vers 18h. Hamilton II arrive plus tard (il a eu un problème pour dégager sa voiture, avec la braderie d'Ixelles). Stefany et François-Xavier sont là. Ce dernier rend à Hamilton un roman graphique prêté il y a longtemps : Jimmy Corrigan, the Smartest Kid on Earth de Chris Ware. Eriksson (un ancien camarade historien de l'ULB) et sa compagne, intéressés par le bouquin, l'empruntent illico presto. Ils le rendront l'année prochaine, sans doute. Ou alors : ce sera un prétexte pour se voir avant ? Présents aussi : une ancienne employée du CEGES et son compagnon. Ils parlent d'histoire et de connaissances communes. Présents : Marguerite (également une ancienne de l'ULB), enceinte, et Gérard. Présents : une amie de Donna et son compagnon Gray, développeur Web. Présents : les vieux copains de Fred Jr. Plein de monde donc. Plein d'enfants aussi. À l'entrée : une urne pour mettre de l'argent et, à côté, une carte d'anniversaire. Hamilton oublie de signer la carte (comme d'habitude, ça lui passe au-dessus de la tête). Hamilton et Gaëlle quittent la soirée à 22h31.

Point de vue de Gaëlle : je m'amuse bien sur le château gonflable, je rencontre plein d'enfants de mon âge, personne ne m'ennuie, Papa est là quand j'ai besoin de son aide, il me laisse faire ce que je veux. Je suis libre. De retour chez Nanou et Gégé, je m'endors directement.

Point de vue personnel : j'essaie désespérément d'avoir l'air normal parmi tous ces couples, tous ces enfants, mais ce n'est pas facile, et certainement pas naturel. J'ai amené ma fille : ça facilite l'immersion, mais ce n'est tout de même pas évident. Léandra, plus tard, dira que je ne m'en suis pas trop mal sorti, mieux qu'elle en tout cas. Peut-être... Je ne sais pas... Au début, je passe beaucoup de temps avec Anouchka. Je la prends souvent dans mes bras, je la porte comme un sac de sable : ça la fait rire. J'adore ma filleule. Plus tard, je parle de maisons avec Gérard (lui et Marguerite viennent d'emménager dans la leur) et un autre gars. Gérard a presque tout fait lui-même, sauf la maçonnerie et le plafonnage. Je parle naturellement de tout ça, je pose des questions, je m'intéresse, comme si j'avais jamais eu à m'occuper de tous ces problèmes d'électricité, de plomberie, etc., alors que je n'y connais que dalle. (Faut dire que j'aime bien Gérard. Souvenir d'un bal d'histoire, il y a plus de trois ans, où j'étais totalement abattu moralement et physiquement. Sur toutes les connaissances présentes, c'est le seul à réellement s'être soucié de moi.) Plus tard, je parle de création de sites Web avec Gray. Avec deux autres potes, il a créé une SPRL du nom de Doodle (coïncidence marrante : ils ont pris ce nom de domaine avant le fameux Doodle de Google). Il me demande ce que j'utilise comme programme de création de sites Web. Je lui explique que tout ce que je fais relève du bricolage pur jus : au début, j'utilisais simplement le NotePad de Windows (hum), puis PSPad, pour mettre en évidence les différents types de code ; PHPMyAdmin pour les bases de données ; Photoshop pour le graphisme... Et puis c'est tout ! Encore aujourd'hui, je ne connais rien d'autre que ces quelques trucs. J'explique tout ça très mal : je dois encore passer pour un doux taré.

Le sentiment que je garde de cette soirée est, comme c'est de plus en plus souvent le cas, un sentiment d'être sur une voie parallèle. Pas de sécante possible avec ce monde fait de maisons/foyers/nids douillets que l'on construits à deux, de couples unis et heureux (?) autour d'un ou plusieurs enfants, de plans de carrière bien établis... De plus en plus, je me dis que ce n'est pas mon monde, mais le pourquoi reste un mystère. Cette vie aurait-elle pu être la mienne ? Suis-je hors de ce monde-là parce que je me suis lamentablement planté dans mon dernier couple ? Ou me suis-je lamentablement planté dans mon dernier couple parce que, dès le départ, ce monde-là n'était pas le mien ?

(Bertrand Russell : "Les hommes qui sont malheureux, comme ceux qui dorment mal, sont toujours fiers de ce fait".)

À différents moments, Léandra et moi feront un constat accablant : nous sommes les deux seuls célibataires de la soirée. Commentaire d'un gars : c'est quelque chose qui se résout très facilement, dans ce cas. Ça fait longtemps qu'on ne nous l'avait plus faite, cette remarque. Elle ne peut être que le fait d'une méconnaissance totale de la situation. S'il y a bien une femme au monde pour laquelle il n'y a aucune ambigüité, c'est bien Léandra. C'est un peu comme la vitesse de la lumière : une constante universelle, un invariant relativiste.

Avec toute cette agitation, je n'aurai presque pas parlé avec Fred Jr. Toutes ces soirées, tout ce monde à gérer, ce n'est certes pas très favorable aux grandes discussions.

mardi 28 juin 2011

Les ingénieurs manchots de Star Wars

Pour une raison inconnue, en me levant, je rigole du fait que quelqu'un qui taperait "technique de l'inversion clitoridienne" sur Google pourrait tomber sur mon journal, à cause de mon message d'hier. Je devrais remplir ce blog avec une série de pseudo-techniques sexuelles à deux balles pour augmenter de manière massive sa fréquentation. 

Ce matin, je participe au comité scientifique du Planetaneum à Mons. On parle d'archives. Je croise des "collègues" historiens. J'y croise le père de Marguerite, qui m'apprend qu'elle est enceinte. L'après-midi, de retour à Bruxelles, je "télétravaille". Le soir, pas de badminton (je suffoque sous la lourde chaleur humide). Je retrouve Léandra, Andrew et Emily à la Maison du Peuple, puis on va manger dans un café/restaurant italien de Saint-Gilles (Le "Monticelli") qui paye pas de mine comme ça mais qui propose une petite carte de plats délicieux ! Bref, c'était terrible. 

Léandra retourne chez elle et nous terminons la soirée sur une terrasse de la Place Van Meenen. On parle de Star Wars. Je trouve que R2-D2 est ridicule (pourquoi ne parle-t-il pas normalement ?), C-3PO aussi (pourquoi a-t-il été créé maladroit et limite idiot ?) ; les tétrapodes impériaux ont été dessinés par des ingénieurs manchots (pourquoi sont-ils si instables ? Pourquoi ne sont-ils pas montés sur des chenilles ?). Bref, j'énerve mon monde alors que j'aime assez bien le design des premiers épisodes de cette saga... 

Lewis essaie de m'appeler plusieurs fois. Je le nie. Il devrait comprendre qu'il n'a pas à m'appeler tout le temps comme ça, mais il ne comprend pas. En début de nuit, un orage traverse la ville et j'adore ça. Emily me ramène en voiture, sous des cordes d'eau. Je reste 2 secondes dehors pour regagner la porte de mon immeuble et je suis déjà trempé ! Je reste à la fenêtre de ma salle à manger pendant une demi-heure à regarder le ciel se déchirer (la furie orageuse, c'est un de mes plus grands bonheurs furtifs dans la vie).