En ce moment, par la force des choses, je passe une partie de mon temps libre à réfléchir sur ma famille proche. Il y a matière à réflexion : mon père ne cache même plus sa nouvelle idylle et ma mère doit entièrement revoir le schéma de son existence alors qu'elle est à un an et un mois de la soixantaine. — Parmi les réflexions périphériques, celle-ci : comment sont réparties, au sein même de ma personnalité, les différentes influences parentales ? Hier, dans le train de retour vers Bruxelles, alors que je regardais le paysage coutumier défiler, la réflexion, à peine commencée, a très vite abouti à toute une théorie... Une théorie échafaudée bien trop rapidement pour être autre chose qu'une construction mythique, voire mythologique, de mes racines. — De mon père, et plus certainement encore de mon grand-père paternel, Hildebrand Evenvel, j'ai hérité du radicalisme et de cette pointe d'autoritarisme et de colère qui est à l'origine de certains comportements cruels dont il a pu faire preuve au cours de sa vie. Une anecdote racontée par mon père, il y a longtemps : Mamy, Papy et leurs sept enfants, tous sapés en tenue du dimanche, sont fin prêts pour se rendre à une fête familiale. Au moment de partir, papy Hildebrand s'assied dans son fauteuil et déclare, péremptoire, sans aucune explication : « On n'y va pas ! » La question est directement réglée : malgré la matinée prise par ma grand-mère pour habiller, avec une patience d'ange, ses sept enfants, personne n'est sorti ce jour-là. — De ma mère, et surtout de la famille de ma grand-mère maternelle (la famille Delarose), j'ai hérité de tout autre chose. Cette branche-là est plus littéraire et intellectuelle bien que, tout comme la famille de mon père, d'extraction ouvrière. Un des frères de ma grand-mère a donné naissance à deux débiles mentaux et... à Bertrand, un génie timide et asocial qui a fini sa vie tristement, obèse, dans son petit appartement délabré de la banlieue carolorégienne. Il écrivait des poèmes, faisait des jeux de mots et inventait des objets, dont un piège à souris d'un genre nouveau. Ma mère est d'une honnêteté sans faille ; elle est aussi une maniaque qui traque la moindre poussière, qui déteste tout changement de plan dans sa journée et compte les carrelages ou les lettres d'un mot dès qu'elle en a l'occasion. Ma tante dévore un livre par jour, écrit et récite des contes. Quant à la petite dernière, ma cousine Chelsea qui s'apprête à entrer à l'université, elle s'est toujours posé beaucoup de questions originales... — Tous ces traits que je retrouve au sein de la famille de ma mère, je ne les observe jamais dans la famille de mon père, où les livres sont terriblement absents, de même d'ailleurs que les pensées singulières. Deux mondes donc : du côté maternel, une certaine forme de romantisme littéraire et une tendance à l'idéalisme ; de l'autre, un matérialisme radical et pragmatique, un « C'est comme ça et pas autrement ! » qui peut s'avérer déroutant de prime abord. Et au carrefour de ces deux mondes : H.L.E.
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vendredi 17 mai 2013
jeudi 13 octobre 2011
C'est la vie !
Le père de mon père (Papy)
est mort quand j'avais huit ans
d'une tumeur au cerveau :
la dernière fois que je l'ai vu vivant,
il m'a demandé qui j'étais.
C'est la vie !
Je
jouais chez moi avec ma cousine
quand ma mère nous a annoncé son décès.
Ma cousine et moi avons rigolé :
aujourd'hui encore,
je ne sais pas pourquoi.
Mon père
n'a pas versé
une seule larme :
"À un moment, j'ai failli pleurer
puis je me suis souvenu
de tout ce qu'il a fait subir à maman."
La compagne de mon parrain (Chris)
est morte quand j'étais adolescent
d'une rupture d'anévrisme :
hospitalisée pour une migraine insoutenable,
débranchée une semaine plus tard.
C'est la vie !
Le frère de mon grand-père (Charly)
est mort quand j'étais adolescent
des suites d'un épanchement pleural :
refusant d'aller à l'hôpital,
il s'est étouffé dans son propre sang.
C'est la vie !
Charly
un jour a voulu récupérer à la main
un tisonnier dans son poêle embrasé :
brûlé au troisième degré,
il a attendu le lendemain pour en parler.
Le mère de mon père (Mamy)
est morte en octobre 2005
d'une crise cardiaque :
opéré à trois reprises,
opéré à trois reprises,
son cœur était très fatigué,
tout simplement.
C'est la vie !
Mon père
était très triste
mais a géré l'événement dignement.
Voyant un de ses frères pleurer à chaudes larmes, il commenta :
"Quand maman était en vie, il ne la voyait jamais.
Maintenant qu'elle est morte, il faut qu'il pleurniche."
Ma fille Gaëlle
est née une semaine plus tard
(une génération remplace l'autre) :
Mamy ne l'aura jamais vue ;
elle l'aura ratée de peu.
Le père de ma mère (Nono)
est mort en novembre 2005
d'une décompensation cardiaque :
il venait d'être opéré
et son cœur n'a pas tenu le choc.
C'est la vie !il venait d'être opéré
et son cœur n'a pas tenu le choc.
Ma fille Gaëlle
venait de naître
(une génération remplace l'autre) :
d'elle, Nono n'en aura jamais vu
que quelques photos de mauvaise qualité
Le frère de mon père (Franz)
La sœur de mon père (Popo)
est mort en juin 2006
d'un cancer de l'intestin avec métastases :
quand ils ont voulu l'opérer,
son ventre n'était déjà plus que de la bouillie.
C'est la vie !quand ils ont voulu l'opérer,
son ventre n'était déjà plus que de la bouillie.
est morte en mars 2011
d'un cancer :
elle vivait à Ostende depuis des années
et ses cendres ont été jetées à la mer.
C'est la vie !
et ses cendres ont été jetées à la mer.
C'est la vie !
Cette liste
est une des seules
que l'on peut à coup sûr terminer par un :
"À suivre"
de funeste augure.
Hamilton
est mort en (mois) (année)
d'un (cause du décès) :
il aimait l'Orval, la science-fiction et la musique.
Il tenait un blog que personne ne lisait.
C'est la vie !
Hamilton
est mort en (mois) (année)
d'un (cause du décès) :
il aimait l'Orval, la science-fiction et la musique.
Il tenait un blog que personne ne lisait.
C'est la vie !
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