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samedi 8 décembre 2012

Souffle

Cauchemar opalin. — Ce rêve : je suis chez mes parents. Ma tante frappe à la porte vitrée, entre dans la salle à manger et me parle : « Hamilton ? Accompagne-moi un instant, je dois absolument te montrer quelque chose ! » et elle me conduit jusque dans l'allée de graviers qui mène à son garage. Y sont éparpillés des morceaux de plastique noir, des bouts de métal et des lambeaux de tissu. Je remarque assez vite qu'il s'agit des restes du vieil ordinateur et des quelques vêtements sales qui se trouvaient dans ma valise bêtement perdue dans le train Bruxelles-Liège du 9 novembre (voir ICI). Je retrouve également des débris de ce fameux appareil photo argentique Leica reçu par « héritage interposé » (voir ) : il y a dans les graviers trois objectifs brisés ainsi qu'un antique boîtier photographique complètement démantibulé. Étaient-ils eux aussi dans la valise ? Je ne sais pas ; je ne m'en rappelle pas et je trouve bizarre de ne pas m'en rappeler. Enfin, au milieu de l'allée, je découvre un petit carnet à mon nom, dans lequel se trouve l'adresse de la maison familiale.

Je comprends que c'est grâce à ce carnet que des fragments d'objets personnels se sont retrouvés ici : quelqu'un s'est emparé de ma valise et a détruit méticuleusement ce qui m'appartenait ; maintenant, il me fait savoir qu'il sait où j'habite. Une angoisse panique enveloppe soudainement tout mon être, avec cette certitude absolue : un inconnu me veut du mal, désire jouer avec moi... Ces quelques lambeaux de ma vie répandus sur le sol devant le garage ne sont qu'un préambule à quelque chose de beaucoup plus malsain. — Et je me réveille en sueur, bordel !

Gériatrie. — Donc ma vénérable et bien-aimée grand-mère est à l'hôpital depuis ce mercredi. Elle racontait à nouveau des salades et ma famille a préféré appeler l'ambulance. Les médecins lui ont fait passer un scanner et toutes sortes de tests mais ils n'ont strictement rien découvert : pas le moindre vaisseau sanguin obstrué, pas la moindre anomalie cérébrale... Diagnostic : sans doute un délire lié à une trop forte prise de Tradonal, en interaction avec d'autres médicaments. Mais Bobonne, dans son égarement, a voulu à tout prix sortir de son lit d'hôpital et a méchamment trébuché. Elle est donc toujours hospitalisée, avec les jambes gonflées, le menton tuméfié et les yeux au beurre noire. Je déteste la voir à ce point amoindrie, mais c'est la vie et il ne faut pas se voiler la face.

Ma maman me conduit auprès d'elle en début d'après-midi. Gaëlle est présente ; elle lui a fait un joli dessin. C'est sans doute la première fois que ma fille voit une vieille personne à ce point amochée, mais elle prend l'air de ne pas s'en rendre compte. Elle repart avec ma maman pour trouver un cadeau de Saint-Nicolas. Je reste une grosse heure en compagnie de ma grand-mère endormie et passe le temps en faisant ses mots croisés. Dans l'autre coin de la chambre double, se trouve la grand-mère sourde (et plus vieille encore) de mon ancien colocataire d'université : elle est assise dans son fauteuil et regarde droit devant elle, d'un air extrêmement sérieux et interrogatif. Une pensée : « Voilà ! Cette dame a presque exactement trois fois mon âge et elle a un air interrogatif... Elle pourrait avoir dix mille ans que ça ne changerait rien à l'affaire : elle serait toujours en train de s'interroger ! » — Ces gens n'en savent pas plus que moi ! De toute façon, comment pourraient-ils en savoir plus ? On traverse l'existence, on se pose plein de questions et puis on meurt. Il n'y a aucun sens à tout ce chaos luxuriant si ce n'est celui qu'on veut bien lui donner.

Ma grand-mère est réveillée. Avant de la quitter, je lui dis (en partie en wallon — et dans un sens affectueux, en référence à ses blessures) : « Ah là là, Bobonne, t'è-st-arindjî ! ». Elle me répond, avec le sourire, qu'elle espère que c'est bien la dernière fois qu'elle déraille. Un jour, sans crier gare, je me suis réveillé et j'ai remarqué que ma grand-mère avait perdu presque tout son souffle.

samedi 10 novembre 2012

ICT

Chez mes parents, en début d'après-midi. Ma tante déboule dans la salle à manger et nous dit : « Je crois que maman a un problème ! Je viens à l'instant d'aller chez elle et je n'ai pas compris ce qu'elle m'a expliqué.
— Comment ça, tu n'as "pas compris" ? demande ma mère.
— Ce qu'elle disait n'avait aucun sens... »
Ma maman accompagne alors sa sœur chez ma grand-mère (86 ans), qui habite le rez-de-chaussée de la même maison. Gaëlle n'a strictement rien remarqué et continue à jouer à Mario Kart 7 sur sa nouvelle Nintendo 3DS. Quant à moi, une suite ininterrompue de noires pensées me traverse l'esprit : troubles du langage = aire de Broca touchée = grave problème au cerveau = accident vasculaire cérébral = mort. Après quelques minutes à mettre sur pied les pires scénarios, plus macabres les uns que les autres, je décide d'aller aux nouvelles...

Ma vieille grand-mère est assise dans son fauteuil devant la télévision et semble parfaitement normale, sauf lorsqu'elle se met à parler. Sa voix est à la fois pâteuse et euphorique, comme si elle avait siphonné en cachette une bouteille de tequila. Quand elle me voit arriver dans son salon, elle déclare, joyeuse : « Ha ! Tiens ! V'là l'autre ! Mon... petit-fils chéri ! » Elle tente une réflexion, mais ça ne donne rien de cohérent, sinon quelque chose comme : « Il faut que je sauve l'armoire en salle de bain, sortir du... regarde ! » (Quand un enchaînement de mots n'a pas de sens, il est très difficile de le mémoriser.)  

Horrible impression : c'est ma grand-mère. Elle est intelligente, sage, raisonnée, de bon conseil. L'entendre déclamer ces phrases surréalistes est presque choquant.

Elle veut absolument prendre un bain, mais ma mère l'en dissuade à plusieurs reprises : « Rassieds-toi, maman. Tu n'es pas dans ton état normal. Le médecin va arriver.
— Je vais bien... Je n'ai pas... euh... Je suis...
— Tu ne sais plus parler. Rassieds-toi. Je préfère. »

Je reste un moment seul avec elle. Ses deux filles parties, elle me lâche : « Elles sont bêtes, hein ? » Puis mon cousin Fab débarque et lance, je ne sais pourquoi, un « Avé ! », ce à quoi ma grand-mère répond distinctement par : « Avé ! Celle qui va mourir te salue ! » — Ce terrible humour que peuvent avoir de nombreux membres de ma famille vis-à-vis de leur propre mort ! 

Lorsque le médecin de garde arrive, Bobonne est déjà en train de reprendre ses esprits ! Le diagnostic : sans doute une « petite » ICT, c'est-à-dire une ischémie cérébrale transitoire, engendrée par l'obstruction partielle de la circulation sanguine vers le cerveau. Si le trouble survient à nouveau, explique-t-il, il faudra faire des examens approfondis... — Quelle merde ! Cela ne présage rien de bon ! D'un autre côté, à 86 ans, il faut hélas s'attendre plus que jamais à l'extinction des feux.

vendredi 27 juillet 2012

Les hésitations d'un pauvre historien

1. Toujours plus haut ! L'air chaud monte toujours plus haut ! Je n'ai rien contre cette loi physique si ce n'est que le « toujours plus haut » en question correspond en l'occurrence au dernier étage d'un immeuble au toit plat. Mon appartement.

J'ouvre la fenêtre de la salle à manger et, à l'opposé, celle de ma chambre. Cela créera-t-il le salutaire courant d'air que Mister Hamilton attend dans la moiteur de ses draps ? Que nenni ! La seule différence consiste en ce minuscule mais néanmoins horrible claquement de porte, d'autant plus horripilant que ledit Hamilton ne perçoit aucunement le mouvement d'air qui l'actionne. C'est un fantôme, pardi ! — Vite, vite, appeler le Docteur Sangsue !

Voilà-t-y pas qu'Hamilton commence à parler de lui à la manière d'Hercule Poirot : à la troisième personne du singulier ! Ce n'est pas la première fois, ni sans doute la dernière. — Va te faire soigner, Hamilton ! (Ça n'a pas l'air de s'arranger : il parle désormais de lui à la seconde personne.)

2. Depuis deux nuits, je me réveille toutes les heures ou presque. La chaleur y est pour quelque chose mais ce n'est pas le seul élément déclencheur. Il y a aussi les cauchemars. Je rêve constamment que je réorganise le texte que je dois rédiger sur le syndicat des employés : dans mon songe, je déplace des paragraphes, j'en supprime d'autres et je réécris des parties entières... Puis je me réveille en sursaut : ce que j'ai écrit ne va pas du tout ! Chaque matin donc, après une nuit agitée, je rallume mon ordinateur pour déplacer des paragraphes, en supprimer d'autres et réécrire des parties entières, avant que le réarrangement rêvé ne s'efface à tout jamais de ma mémoire. Ensuite je me relis et je me dis que ça ne va toujours pas du tout ! — Et je refais des cauchemars la nuit suivante, etc.

J'ai l'impression, en relisant mon texte, d'être dans le constat général, de dégager de très grandes tendances, de faire dans l'induction (à la manière d'un philosophe raté)... Où se trouve l'histoire, les anecdotes — la vie ! — dans cette vue globalisante, bordel ? Je suis bien incapable de retracer l'existence de qui ou de quoi que ce soit : tout ce que je peux faire, c'est condenser à l'extrême, encore et toujours, et donc raconter quelque chose de faux, comme d'habitude.

Exemple : je lis que des employés du Commerce sont en difficulté et lancent une grève pour préserver leur emploi. Ce qui m'intéresse au plus haut point dans ce genre d'histoire, ce n'est pas la description détaillée et chronologique des faits, mais bien la tendance générale et structurelle : déclin des centres-villes ; mouvement centrifuge (déplacement des magasins et des habitations du centre vers la périphérie) ; perte de vitesse des petites structures au profit des grosses ; accroissement de la polyvalence et de la flexibilité... — J'ai l'impression de brasser plein de concepts sans entrer le moins du monde dans l'histoire concrète.

(C'est d'autant plus bizarre que dans la vie de tous les jours, j'adore me concentrer au contraire sur les tout petits détails, comme les manies des gens ou le vent dans les arbres. — C'est faux, évidemment : dans la vie de tous les jours, je suis également un putain de généraliste !)

Sur la forme comme sur le style, mon texte a sans doute — toute proportion gardée — une certaine gueule (suite de phrases simples allant à l'essentiel, le moins possible de propositions subordonnées, une impression de précision). Cette maîtrise de la forme, bien qu'imparfaite, entraîne un semblant de contenance quant au fond, mais cela ne veut absolument pas dire que tout cela a un sens. Je suis incapable de bluffer, sauf par écrit.

3. Voilà ! Je dispose de l'autorisation de la grande famille « MonLeg » pour poster une de leurs plus fabuleuses réalisations sur Minecraft. C'est là que ça se passe :


4. J'arrive aux « Apéros Saint-Gilles », place Van Meenen, un peu avant 19 heures. J'attends Léandra en compagnie de deux Carlsberg (ça se boit vite, ces saloperies). — Probably the best beer in the world... but certainly not! La meilleure bière du Monde, c'est l'Orval et ce fait n'est absolument pas soumis à l'appréciation des publicitaires — ni de quiconque d'ailleurs !

Léandra arrivée, c'est à son tour de me montrer un petit livret contenant les descriptions que nous avions faites d'elle à l'occasion d'un (pas si) lointain anniversaire. Beaucoup d'amis avaient alors tenté de la décrire. « Ce n'est pas très bien écrit », me lâche-t-elle à plusieurs reprises. Puis : « En plus, vous me considérez tous comme une personne joviale pour qui tout va bien ! »

Je relis rapidement l'ensemble et je tombe sur ce que j'avais écrit, à savoir une série de courts paragraphes sans lien. Deux constatations : en premier lieu, je n'ai absolument pas changé de style d'écriture entretemps (j'en veux pour preuve la présence d'une double incise, faite de tirets cadratins à l'intérieur de parenthèses !) ; en second lieu, je n'avais déjà plus à l'époque une idée très nette de l'endroit et de la date de notre première rencontre. — C'est tout de même terriblement frustrant !

Les transats installés sur le site des Apéros saint-gillois sont des attrape-trentenaires : il est aisé de s'y laisser choir mais bien plus complexe de s'en relever. — C'est le début de la déchéance !

5. Chez Léandra, avec Andrew. Ils regardent la pharaonique cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Londres pendant que je feuillette tranquillement et avec attention deux livres traitant de « l'analyse transactionnelle » (ou « l'art d'être un gagnant »). D'après l'un des livres, « être gagnant » signifie entre autres (si mes souvenirs sont bons) ne pas avoir peur de développer une pensée et une façon propre d'exister, ne pas douter de son mode de pensées personnel, vivre le moment présent, être honnête avec soi-même et avec les autres, accepter ceux-ci tels qu'ils sont, sans les culpabiliser... Je pensais que ce livre allait complètement démolir ma façon d'être, mais ce n'est pas entièrement le cas. Car malgré mon pessimisme à toute épreuve, j'ai au moins le mérite de ne pas tricher ! (Je suppose qu'ils aiment ça, les analystes transactionnels.)

Dans l'autre livre, une sorte de test de « profil émotionnel ». Après l'avoir complété, j'essaie de comparer mon graphique aux grandes tendances générales esquissées dans les pages suivantes (les équivalents simplifiés d'une courbe ascendante, d'une courbe de Gauss et d'une courbe descendante). Conclusion : mon profil en dents de scie ne ressemble à rien

À la fin de l'ouvrage, une série de « notes philosophiques » (vers lesquelles je me précipite, évidemment), où il est question de Nietzsche mais aussi de Jésus de Nazareth, dont l'auteur reconnaît l'enseignement comme primordial. — D'accord, mais quel enseignement ? « Aimez-vous les uns les autres » [Jean 13:34] ou bien « Je ne suis pas venu apporter la paix, mais l'épée » [Matthieu 10:34] ? — Ceci étant dit, ces deux phrases ne sont peut-être pas si contradictoires, car elles ne semblent pas se situer sur le même niveau (la première commande un comportement alors que la seconde explique que ce nouveau comportement va créer une rupture entre les humains).

Voilà-t-y pas qu'Hamilton se met à défendre le christianisme... Non, mais faut arrêter l'Orval, hein ! — Eh bien justement : il n'y en a plus ! (Voilà donc qui explique bien des choses.)

Dans un autre chapitre, une référence à une technique de travail sur soi appelée « Radical Honesty ». Développée par un certain Brad Blanton, elle consiste à être le plus honnête possible, prélude à une relation plus intime et plus heureuse avec les autres. — Sans trop m'avancer, j'aurais tendance à considérer que l'exercice consistant à devenir honnête à l'âge adulte doit être très compliqué à mettre en pratique. On est éduqué dans l'honnêteté ou on ne l'est pas.

(Haaaa ! — TILT ! — En lisant différents articles sur le Web à ce sujet, je viens de faire un putain de rapprochement : dans l'épisode des Simpson intitulé « Bart enfant modèle » [« Bart's Inner Child », 1993], un agaçant psychologue/conférencier, gourou du développement personnel, porte le nom de Brad Goodman. Peu de chance que ce nom soit une coïncidence car il est le mix parfait entre Brad Blanton et Paul Goodman, un autre psychothérapeute féru d'analyse transactionnelle et de « Gestalt-thérapie ».Je suis content de ma découverte. [Il ne me faut pas grand-chose, je sais.])

(Franchement, que signifient tous ces tirets, crochets et parenthèses ?)
(Et puis, pourquoi mettre la ligne précédente en italique ?)

Sur l'honnêteté. Souvenir marquant de ma mère, à l'époque où elle travaillait dans un magasin de fleurs, dans les années nonante... Un ami lui demande de réaliser une série de montages floraux pour une fête (une communion ? Un mariage ? — Je ne m'en souviens plus...). Chaque montage nécessite la présence de quelques épis de blé. Je me rends donc avec elle et ma tante, en voiture, au bord d'un champ pour cueillir quelques ridicules morceaux de blé. Le champ s'étend sur des hectares à perte de vue. Après avoir cueilli trois épis, ma maman nous a demandé de remonter dans la voiture : « Ce blé ne nous appartient pas. C'est malhonnête de le cueillir. Je me débrouillerai autrement. »

Je m'en suis encore bien sorti !

6. Bon, c'est pas tout ça, hein, mais il commence à se faire tard... Ils sont en train de forger le cinquième anneau olympique à la télévision... Ce n'est pas comme si ce genre de spectacle mégalomane m'intéressait particulièrement, mais je vais faire comme si c'était le cas...

7. Aujourd'hui, Léandra apparaît dans 256 articles de ce blog. Un nombre pas mal, même s'il ne vaut pas 512 ou 4096 !

8. Comme le Lapin blanc, je n'ai pas le temps de dire au revoir, je suis en retard, en retard ! 

dimanche 1 juillet 2012

Chasse au trésor

Ce dimanche après-midi est consacré à la première chasse au trésor de Gaëlle, organisée et supervisée par ma mère... Je peux donc observer, à plus ou moins 25 ans d'intervalle, le genre de jeu auquel mes parents me faisaient participer quand j'avais le même âge que ma fille.

Le concept, très simple, est le suivant : Gaëlle reçoit un premier papier sur lequel est inscrite une énigme, renvoyant à un endroit précis du jardin familial, où est caché un deuxième papier avec une deuxième énigme, renvoyant à un autre endroit, et ainsi de suite... Le parcours est composé des énigmes suivantes :
1) « Avant, je portais des fruits. » : le deuxième message est caché dans le vieux prunier à la limite de la propriété, mort depuis peu, dont on a laissé le tronc mais coupé les branches supérieures.
2) « Quelques pas au Sud... "Aïe, ça pique !" » : le mahonia de la petite pelouse, qui jouxte la grande cour.
3) « Trouve le bon bout dans le parking ! » : un rondin de bois parmi des centaines, dans un recoin du parking.
4) « Quelqu'un de ma famille pleure beaucoup... » : le saule marsault dans la grande pelouse. (Il y a deux saules chez mes parents : un grand saule pleureur et un saule marsault ; Gaëlle le sait bien et elle trouve donc tout de suite l'indice suivant.)
5) « Ding dong ! » : l'intérieur d'une des deux petites cloches de bronze à côté de la porte d'entrée de la maison de ma tante, qui contient le prochain indice ainsi qu'un petit coffret dans lequel se trouvent deux minuscules clés.
6) « Dans un transporteur. » : une des petites brouettes de Gaëlle, dans la remise à jouets.
7) « J'ai perdu quatorze de mes cousins. » : un des sapins de la grande pelouse (quatorze épicéas ont récemment été coupés, à l'avant du jardin).
8) « Fais péter le bon ! » : l'intérieur d'un des ballons attachés au saule marsault susmentionné.
9) « Je me balance... » : la balançoire (ben voyons...).
10) « Si tu es fatiguée, repose-toi sur du bleu. » : une des chaises bleues de la grande cour.
11) « Si tu me coffres, le trésor est à toi ! » : le coffre de la voiture de ma mère.
À lire ces onze propositions, le lecteur ne connaissant pas la propriété familiale pourrait croire, en fantasmant un chouïa, que mes parents vivent au milieu d'un énorme parc floral et forestier... C'est loin d'être le cas, mais il est vrai, par contre, que le jardin familial est devenu de plus en plus beau et luxuriant depuis qu'il a été transformé et en partie restructuré, il y a de cela une quinzaine d'années... Nous avons cassé à coup de masse l'ancienne cour en béton ainsi qu'une partie des bâtiments faits de gros blocs construits par feu mon grand-père, pour les remplacer petit à petit par des allées de pavés, des petits espaces fleuris et des haies de buis. Ces floraisons, ajoutées aux vieux arbres de la propriété (le majestueux saule pleureur de mon enfance, le grand érable, la sapinière, les bouleaux...) donnent à l'ensemble une touche presque romantique... — Un jour, il faudrait contacter Jardins & Loisirs, simplement pour avoir le plaisir d'entendre le gentil Luc Noël interviewer mon père avec sa douce voix de gros nounours (« Bonjour Gégé ! — Bonjour Luc ! »).

Mais revenons à la chasse aux trésors... Dans le coffre de la voiture, un panier contenant plein de cadeaux : encore un petit « Zooble » (pitié !), des cahiers de jeux et de coloriages, divers petits jouets en plastique, ainsi qu'un plus petit coffre, qu'une des deux clés récupérées précédemment permet d'ouvrir et qui contient à son tour des carnets à dessins...

Paraît qu'une autre chasse est programmée pour le mois d'août...

dimanche 13 mai 2012

Les petits paragraphes dominicaux (1)

Rêve de foie. — Un rêve au milieu de la nuit de samedi à dimanche : je suis devant un médecin généraliste inconnu (une femme, je pense) et me plains d'élancements au niveau du côté droit du ventre. Je demande au médecin : « C'est le foie ? » Elle soulève mon tee-shirt et enfonce vivement son index dans un repli de peau, exactement comme Panoramix (et d'autres) sur le pauvre Abraracourcix dans Le Bouclier arverne. Je hurle de douleur. Elle me dit : « C'est la vésicule biliaire ! » Je lui réponds (car je manque de fantaisie, même dans mes rêves) : « Impossible ! Je n'ai plus de vésicule biliaire ! On me l'a enlevée en octobre ! » Elle insiste : « C'est à coup sûr la vésicule biliaire ! » Je lui redemande si ça ne peut pas être le foie, mais elle est catégorique : « Non, c'est la vésicule biliaire ! Regardez ! », et elle appuie à nouveau au même endroit... et je me remets à hurler... C'est à ce moment que je me réveille... Je touche mon ventre pour me rassurer... Pas la moindre douleur... (Détail amusant : entre « foie » et « folie », il n'y a qu'une lettre de différence.)

Rami. — Ma mère et moi-même apprenons le rami (version simplifiée) à Gaëlle. Il était temps ! Il est impératif qu'elle sache jouer aux cartes, au moins au rami et à la belote. Ces deux jeux-là font partie de la vie familiale depuis longtemps. Franchement, à quoi seraient vouées les nuits chaudes du mois d'août à la campagne sans la belote avec l'oncle, le cousin et l'un ou l'autre parent ?

Kerokko Demetan. — Non, mais v'là-t-y pas qu'il demande un vin blanc à ma mère, comme si de rien n'était. Chez moi. Dans le jardin de la maison familiale. Je reste en retrait avec ma grand-mère, ma tante, ma cousine et son compagnon, en l'ignorant complètement. (Plus tard, au moment d'écrire ce texte, j'y réfléchis et je me dis que c'est moi qui ai clairement un problème.)

Dialectique muette. — Jamais je n'oserais exprimer dans un blog, ni même dans un journal intime cadenassé, les pensées qui parfois me traversent l'esprit. Certaines dialectiques (ici un choix entre telle et telle action) me semblent tellement radicales qu'elles ne peuvent que rester sous silence. Mais alors, pourquoi l'écris-je ici à demi-mot ?

Mur. — Vus aujourd'hui (et presque tous les jours, de plus en plus souvent) dans les stations de la STIB : des gens qui montent sur le portail d'entrée et l'enjambent pour éviter de payer leur trajet. — Conclusion : construis un mur et tu créeras par la même occasion la population de ceux qui voudront le franchir. Ceci est valable dans de nombreux domaines : militaire, informatique, médiatique, mental, etc. (Idée à creuser, pour une prochaine fois.)

Libre-service. Jeudi dernier, je donnais à la propriété intellectuelle la définition suivante : « absurdité sans nom ». La question qui suit presque directement cette définition est (du moins me semble-t-il) : « Et toi ? Tu aimerais que quelqu'un vienne sur ton blog, en pique tout ou partie de son contenu et le publie "autre part", sans mentionner que tu en es l'auteur ? » — À moins de me contredire sur toute la ligne, il ne peut y avoir qu'une seule réponse à cette question : je n'en ai strictement rien à battre que quelqu'un reprenne mes textes et les recopie pour sa propre pomme. Les deux seules opérations qui me mettraient vraiment en rage sont : 1) que quelqu'un en tire du fric (même si je ne sais trop comment) ; 2) que quelqu'un modifie ou raccourcisse mon propos tout en continuant à m'en attribuer le sens. (Dans les autres cas, je regarderais sans doute la démarche d'un air moqueur, en me disant que celui ou celle qui publie mon texte en s'en attribuant tout le mérite manque cruellement de personnalité.)

samedi 5 mai 2012

« Original Pimpant »

Apnée, tachycardie et extrasystoles.Ha ! Elle va être belle cette journée de samedi, à Bruxelles, en compagnie de ma fille ! Durant la nuit, je me suis réveillé en sursaut à deux reprises, avalant de grandes bouffées d'air, comme si je n'avais plus respiré depuis une minute (à bien y réfléchir, peut-être était-ce vraiment le cas ?). Le matin, je sors du lit plus fatigué que la veille, le cœur battant la chamade (la lave tiède de tes yeux coule dans mes veines malades ?*) et décalant ses battements. Je sais d'avance que toute ma journée sera gâchée par ces ratages cardiaques désagréables et ça m'énerve prodigieusement. Courant d'après-midi, le souffle court, je suis obligé d'aller me reposer quelques heures dans ma chambre, laissant Gaëlle, toute sage, devant un DVD des Simpson

Autant je suis dans une phase morale et intellectuelle ascendante en ce moment, autant je suis terriblement à plat physiquement. Peut-être la mort est-elle plus proche que je ne le crois ? — C'est vraiment très embêtant d'être une conscience prisonnière d'un corps dont je ne contrôle aucune des fonctions vitales... Mon cœur peut lâcher d'un instant à l'autre, annihilant toute vie, toute mémoire... C'est ce qui arrivera tôt ou tard de toute façon. (Tu aimes les évidences, hein, Hamil' ?) — Toute l'humanité n'est en fait que ceci : une mémoire, une conscience se perpétuant dans l'immensité de l'espace et du temps... Mais pour combien de temps encore ? — Ça vaut bien la peine d'emmerder les autres avec ses rêves de pouvoir, d'argent et de domination... Au final, tout, absolument tout, sera aplani. (Absurdité, absurdité que tout ceci !)

Et en plus, il fait gris... — Si seulement il faisait beau, mais non ! Le temps est gris et maussade. Non pas que je n'aime pas cette ambiance de « météo aquarium » (pour reprendre une expression de ma tantine), mais c'est embêtant de rester enfermé toute la journée dans un appartement avec Gaëlle. Et puis, un peu d'air frais me ferait sans doute le plus grand bien.

« Original Pimpant ». — Que serait devenue l'histoire de la famille Simpson sans la légendaire figure de Charles Montgomery Burns, vieux milliardaire acariâtre, égoïste mais haut en couleur ? Ce personnage porte à lui tout seul la moitié des gags les plus hilarants de la série. (Gags qui, soit dit en passant, sont contenus principalement au sein des toutes premières saisons... Car par la suite, ce show est devenu, à de rares exceptions près, très mauvais et consensuel — rattrapé par le formatage télévisuel ambiant, en quelque sorte.)

Vu aujourd'hui, pour la centième fois au moins, cet épisode génial (le 10e de la 5e saison) intitulé en français L'enfer du jeu**, dans lequel Burns crée son propre casino et perd complètement les pédales... Il se laisse pousser la barbe et développe une folie du contrôle couplée à une phobie des microbes (comme Howard Hughes !), à tel point qu'à la fin de l'épisode, Waylon Smithers, son fidèle bras droit, doit se déplacer dans un environnement aseptisé habillé en chirurgien. Scène mythique et surréaliste : Burns montrant une maquette d'avion à son assistant. Le vieil homme explique, le plus sérieusement du Monde : « Smithers, j'ai créé un nouvel avion. Il s'appelle "Original Pimpant". Il transportera 200 passagers depuis l'aéroport de New York jusqu'au Congo belge en 17 minutes. » (Voir ICI, à 15 minutes et 44 secondes du début. — À noter que tout l'épisode est presque du même niveau !) Gaëlle connaît cette réplique par cœur (j'en suis très fier).

Monty Burns présentant fièrement son « Original Pimpant ».

Retour sur La Nef des fous. — Je me suis bien gardé hier de prendre parti pour cette nouvelle, et pour cause : en première lecture, j'y décelais quelque chose de malsain. Rien à voir avec le fait que son auteur est un assassin... Non : simplement, le texte me mettait mal à l'aise.

Après une nuit de sommeil (et d'apnées), je peux pointer plus facilement du doigt la source du malaise : ce pamphlet « anarcho-primitiviste » relaie un discours assez proche par endroit de celui prôné par une branche de l'extrême droite contre, entre autres, la social-démocratie. — Je rectifie, car c'est plus complexe : il contient des éléments de langage propres aux anarchistes de droite et aux libertariens américains, ceux pour qui la liberté individuelle ne peut en aucun cas être entravée par des politiques de type égalitariste, principalement portées par la gauche...

De manière allégorique, le texte vilipende ces foules qui suivent aveuglément un gouvernement fonçant droit dans le mur et qui ne remettent jamais en cause la légitimité de ce dernier. Mais il est également un chouïa plus précis : la cible privilégiée de sa critique, c'est l'égalitarisme et les mesures antidiscriminatoires. C'est ainsi que les principaux protagonistes qui geignent sur le navire sont : des marins étrangers qui gagnent moins que les autres ; un gay qui se sent discriminé dans ses pratiques sexuelles ; une femme qui veut la même couverture (comprendre les mêmes droits) que les hommes ; une autre femme qui ne pense qu'au bien-être des animaux... Autrement dit, selon ce texte : la lutte contre la xénophobie, l'homophobie, la discrimination des femmes et la souffrance des animaux sont annexes ; ce qu'il faut avant tout, c'est un changement radical de société. (On pourrait presque rapprocher ce discours des idées de ceux qui n'arrêtent pas de dire du mal, en Belgique, du Centre pour l'égalité des chances ou du MRAX.)

Voilà de quoi s'emmêler les pinceaux... Car il y a dans La Nef des fous des éléments intéressants concernant les choix de société : à quoi cela sert-il d'égaliser les droits de chacun si, sur un plan plus vaste, toute la civilisation est vouée à l'effondrement ? — Et pourtant, si je déteste la réticence de la social-démocratie vis-à-vis de toute remise en question radicale, je déteste encore plus les plans foireux qui ressemblent furieusement à des coups d'états militaires dont le but est de... de quoi au fait ? De revenir à une ère pré-technologique, pré-industrielle ? De tout raser, de faire mourir 90% de l'humanité pour revenir à une économie rurale/artisanale à échelle humaine ? D'envoyer des colis piégés à des scientifiques technophiles ?

Quoi qu'il en soit, cela repose la question de la technologie et de l'éthique : est-il possible de disposer d'une technologie plus en phase avec les besoins de l'humanité et moins proche du pouvoir et de l'argent ? — Au fond, la question n'est pas tant celle de la technologie que de l'usage qui en est fait. Par ailleurs, toute avancée technologique a lieu sur différents plans : d'un côté, elle peut être un moyen d'asservissement et d'aliénation (il suffit de voir les progrès en matière de puces électroniques et de fichage) ; de l'autre, elle peut constituer une toute nouvelle forme de résistance (voir par exemple la constitution de réseaux indépendants et d'essence coopératiste sur Internet). — Mais tout ce que je raconte ici est un peu bateau, non ? Quoi de plus naturel pour le fan de métaphores maritimes à deux francs cinquante que je suis...

À suivre...
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* Une référence à Julien Clerc... Je commence à me répéter.
** Le titre anglais, $pringfield (Or How I Learned to Stop Worrying and Love Legalized Gambling), parodie du Dr. Strangelove (Or How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb) de Stanley Kubrick, est beaucoup plus inspiré.

vendredi 6 avril 2012

Leadership

La prévision météorologique de ce vendredi : prévoyez pulls et gros manteaux si vous comptez sortir car la bise soufflera et vous glacera les os.
La réalité : je suis en tee-shirt et Gaëlle est obligée d'enlever son pull car elle a "beaucoup trop chaud".
Gaëlle joue à l'extérieur de la maison familiale durant la majeure partie de l'après-midi : trottinette, balançoire, toboggan, freesbee, ainsi que d'autres jeux plus tordus, comme celui consistant à lui faire faire des figures de gymnastique en lui criant : "une, deux-zé deux", "une, deux-zé trois" ou "une, deux-zé quatre". Si j'oublie la liaison entre le "deux" et le "et", Gaëlle fait une crise de nerfs. Si je choisis "deux", elle fait un cumulet ; "trois", un poirier ; "quatre", une roue. Si je choisis un autre chiffre que ces trois-là, elle n'est pas contente. 

Je me dis que Gaëlle a sans doute dû apprendre ces exercices durant un cours de gymnastique à l'école. Cependant, elle me dit que "non, non, pas du tout, c'est moi qui les ai inventés." Elle réussit moyennement bien la roue et, lorsqu'elle tente un poirier, elle retombe une fois sur deux à l'envers, la nuque et le dos en premiers, ce qui fait peur à ma tante et stresserait terriblement ma mère si elle voyait la manœuvre. "Si elle retombait mal, elle pourrait se briser le cou..." Oui, et si je ratais une marche dans l'escalier, je pourrais me retrouver tétraplégique du jour au lendemain. — Et si, et si...

Mon cousin Fridric et son fils Roberto débarquent. Gaëlle s'amuse avec Roberto, plus jeune mais presque aussi grand qu'elle. Elle veut tout diriger et joue constamment dans un esprit de compétition. Roberto est à l'opposé de ce comportement : il s'en fout complètement de gagner et se fiche de diriger ou d'être dirigé. Il ne comprend pas Gaëlle. Quand il en a marre, il s'en va, tout simplement, comme si de rien n'était. Alors, c'est le schéma classique : Gaëlle commence à pleurnicher voire à se rouler par terre, telle une incomprise, parce que ça ne se passe pas comme elle veut ; parce qu'il ne fait pas ce qu'elle lui ordonne de faire ou parce qu'il "triche". Gaëlle aime contrôler la situation, est mauvaise perdante et de mauvaise foi.

« Tiens, je me demande à qui elle ressemble, lâche ma mère.
— Ha ? À qui penses-tu ?
— À toi, tiens, Hamilton ! Tu ne te souviens pas de toi enfant ?
— J'aimais avoir le dernier mot, hein ?
— Et tu avais une cour autour de toi, aussi, tu t'en rappelles ?
— Oui, mais ma cour à moi suivait mes directives sans broncher. »
(Gnagnagna : on dirait un petit enfant... — Je n'en suis sans doute pas si loin, cela dit.)

Les événements auxquels ma mère fait référence se sont surtout déroulés lorsque j'étais en primaire, période durant laquelle j'étais inconditionnellement considéré comme un leader par mes camarades. En deuxième primaire, par exemple, j'avais décidé de construire un jeu de marelle géant (une centaine de cases) recouvrant une grande partie de la cour de récréation. Après avoir reçu l'aval de mon institutrice (Madame Charlier), j'étais devenu le maître d'œuvre d'un gigantesque dessin numéroté à la craie. Je prenais part à sa réalisation, mais j'avais surtout réussi à convaincre une dizaine d'enfants de travailler pour moi. Certaines institutrices se sont amusées à tester le jeu, une fois terminé.

Deux-trois ans plus tard, en quatrième ou en cinquième année donc, j'étais dans mon trip "militaire" : j'avais créé une hiérarchie stricte au sein d'un groupe de potes, hiérarchie dont j'étais le chef incontesté. J'avais même fabriqué, avec l'aide de mes parents (!), des cartes dactylographiées et plastifiées qui reprenaient les nom, prénom et grade de chacun de mes subordonnés, du général (mon meilleur ami) aux sergents. Les grades reprenaient à peu de choses près la hiérarchie du Stratego. Souvenir : les filles observaient ces simagrées d'un œil assez froid. Un jour, l'une d'elle (Anne-Laure), me voyant passer devant elle suivi de mon "défilé de gradés", lança une phrase marquante : "Tiens, voilà encore Hamilton qui se la pète avec son armée !" 

(Toutes ces histoires étaient jusqu'à aujourd'hui presque entièrement enfouies dans ma mémoire, et les ressortir me fait vraiment plaisir. — Mais où est la vérité et où sont les exagérations ?)

Arrivé en secondaire, mon leadership s'est effondré d'un seul coup et je suis devenu irrémédiablement, surtout à partir de la troisième, l'archétype de l'intello boutonneux replié sur lui-même.

* * *

Au pied du lit de Gaëlle : l'histoire d'un petit garçon qui parle tellement vite que personne ne le comprend. Par exemple, lorsqu'il demande du lait, il dit très rapidement : "skejpavoirdlai?"... Ses parents se rendent compte qu'il a un problème, alors ils l'emmènent chez une logopède, qui arrive à corriger son élocution, mais beaucoup trop. Ainsi, après dix séances chez la spécialiste, le gamin parle beaucoup trop lentement : il lui faut presque une heure pour demander du lait. Alors il retourne de nouveau chez la logopède qui ajuste son débit de parole. Après cinq séances, le petit garçon parle désormais normalement, mais garde néanmoins quelques reliquats de ses anciens modes d'expression : parfois, il s'emballe et on ne le comprend plus ou, au contraire, il prononce des parties de phrase très lentement... Mais dans l'ensemble, tout est ordre et tout est bien qui finit bien.  

La deuxième histoire est une variation sur le même thème : le récit d'un enfant qui se déplace très lentement, etc.

samedi 24 décembre 2011

Un roi sans couronne

– Regarde Gaëlle, c'est le discours du roi, à la télévision !
– Mais j'en ai rien à faire, moi, Papa, du discours du roi !
(Remarque, moi non plus...)
– Et puis, continue ma fille sur sa lancée, pourquoi il n'a pas de couronne, si c'est un roi ?
(C'est vrai ça ! Pourquoi n'a-t-il pas de couronne ?)

* * *

Le soir, mes parents, ma fille et moi sommes invités à passer le réveillon de Noël chez mon cousin Fridric et sa femme Aude. Sont présents les deux enfants d'Aude ainsi que le petit dernier, Roberto. Sont présents également : ma bobonne (ma vieille grand-mère qui, du haut de ses 85 ans, a de plus en plus de mal à entendre ce qu'on lui dit et à se déplacer) ; mon cousin Fab (le frère de Fridric) et sa femme Bridget ; les parents d'Aude ; les parents de Fridric. En tout, ça fait seize personnes.

La chienne de la maisonnée a l'air malade. Elle pue, elle bave et regarde les invités bizarrement. Elle est enceinte. Lors de la dernière portée en date, elle a dévoré un de ses jeunes (miam !). Ma mère se méfie et ne veut pas que Gaëlle s'en approche.

Le repas est gargantuesque. En apéritif, nous avons droit à des dizaines de plats qui viennent et repartent dans tous les sens : des toasts, des ailes de poulet, des lardons farcis, des olives, de l'ail mariné, du fromage de Grimbergen, des chips, des verrines... Ensuite, nous mangeons une entrée froide (une terrine), puis une soupe aux chicons (préparée par ma maman), puis une seconde entrée, chaude cette fois-ci (une lasagne de saumon, avec de la pâte fraîche, faite "maison" par ma tantine et son mari Tino), puis le plat principal (de la volaille, des croquettes et de la salade), puis le dessert (des choux glacés préparés par mon père). Je bois et mange beaucoup, comme d'habitude lors d'un repas de Noël.

Durant la soirée, Fridric, qui est instituteur depuis presque vingt ans, nous parle des gamins à qui il donne cours : leur niveau baisse de manière catastrophique : ils sont pour la plupart incapables de se concentrer plus d'un quart d'heure et ne s'intéressent pas à grand chose. Quant aux nouveaux instituteurs, ils sont d'après lui en moyenne moins cultivés et moins formés qu'auparavant : "Comment intéresser une classe si on ne sait même pas soi-même de quoi l'on parle ?".

Mon père a apporté ses vieilles diapositives et l'appareil qui permet de les projeter. Mon papa est (entre autres) photographe de formation et a pendant une bonne dizaine d'années (de 1975 à 1988 environ) réalisé plusieurs centaines de diapositives de sa jeunesse et de mon enfance. En fin de soirée, il les projette sur un mur blanc. Avec le temps, les images font très vintage : photos de virées dans les "dancings" ; voyage en Irlande ; photos de ma mère jeune (une vingtaine d'années) en train de poser devant l'appareil, avec ses cheveux teints en roux, son visage très froid et boudeur ; voyage à Paris ; voyage en Italie ; photos de famille...

Ce n'est vraiment plus le même monde qui s'affiche sur le mur blanc : on y voit la vieille maison familiale perdue dans la campagne (alors qu'aujourd'hui ladite bâtisse est entourée de nouvelles constructions cubiques toutes aussi laides les unes que les autres), mes (alors jeunes) cousins qui font du vélos en plein milieu de la route déserte pas loin de la maison, les vêtements démodés du début des années 80, les fameuses couvertures à carreaux, le vieux tourne-disque, les vieilles bagnoles (dont une Lada et une Simca 1000 !).

Dans tout ce vrac, il y a également des centaines de photos de moi, de la naissance à l'âge de 7-8 ans. Une des diapositives me montre, âgé de 2 ans et demi, assis seul dans un grand transat, sur la plage de Sperlonga en Italie, parce que je "refusais catégoriquement de toucher le moindre centimètre de sable" (je ne m'en souviens plus, évidemment, mais ça ne m'étonne qu'à moitié) ; une autre me montre en train de poser, plus vieux, la mine très sérieuse, les yeux cachés par de ridicules lunettes noires, mimant un jeu de guitare sur une raquette de tennis en plastique. Paraît que j'étais fan de Michel Polnareff à l'époque. En tout cas, faudra absolument que je les numérise, ces diapositives-là !

Il est presque deux heures du matin. Gaëlle est très fatiguée et s'énerve pour un rien. Pas question de jouer à la belote ce soir. Nous retournons donc chez mes parents en voiture et, pour gagner du temps, nous racontons une histoire à ma fille sur la route du retour. Je joue le rôle du Schtroumpf à lunettes et ma mère celui du Grand Schtroumpf (qu'elle imite très bien). J'imagine une histoire où le Schtroumpf à lunettes découvre un second village schtroumpf qui n'est peuplé que de Schtroumpfs à lunettes. C'est l'horreur totale quand le Schtroumpf à lunettes, premier du nom, se rend compte qu'il existe des Schtroumpfs encore plus moralistes que lui. C'est une histoire débile mais ça nous fait rire.

De retour à la maison, j'ai trop bu et n'arrive pas à dormir, évidemment. Alors, pour passer le temps, j'écris ma journée de jeudi de manière assez virulente, l'alcool aidant. Non, je ne regrette rien...

samedi 26 novembre 2011

Dora : 0 / Mendoza : 1

Et voilà ! Après des années de bataille éreintante contre la vile Dora l'Exploratrice qui rend les enfants beaucoup plus idiots qu'ils ne le sont en réalité, la lutte sans merci a enfin donné ses premiers résultats concrets ce week-end : ma fille Gaëlle, six ans au compteur (pour rappel), regarde désormais Les Mystérieuses Cités d'Or. Ce fut un combat difficile et très long, qui s'est terminé lorsque mon père – qu'il en soit personnellement remercié ici – a copié sur une clé USB les premiers épisodes de ce génial dessin animé, afin de les diffuser sur la télévision familiale.

Aujourd'hui, Gaëlle regarde donc les premiers épisodes des fameuses Cités d'Or et je ne peux m'empêcher de verser quelques larmes... Nostalgie de mon enfance mais aussi admiration : ha, que cette série est bien foutue ! On y retrouve des accroches historiques pour les plus petits (sur l'Espagne au temps des grandes découvertes, sur les conquistadors, sur les civilisations précolombiennes, sur la navigation en mer...), des héros qui ont de la gueule (trois enfants qui permettent au jeune public de s'identifier, mais aussi des adultes crédibles, comme Mendoza, personnage futé et "anti-manichéen" par excellence – ni bon, ni mauvais), un scénario complexe qui n'est pas mièvre et qui prend pour principe que même des enfants peuvent comprendre l'adversité (par exemple, certaines scènes font référence aux massacres des Amérindiens)... Et puis ces mélodies faites de "Haaaahahahahaaaaa" ou encore de "Haaaaaaaaaaaa"... 


* * *

Ce soir, je me rends avec mes parents et ma fille à la soirée d'anniversaire de mon cousin Fridric. Il a bientôt quarante ans au compteur et pour fêter l'événement, il a invité une centaine de personnes à un repas dans le réfectoire de l'école primaire où il donne habituellement cours. C'est à deux pas de mon ancien lycée/athénée. J'ai plein de très bons souvenirs d'adolescence en tête (je suis ironique).
 
Les grandes tables du réfectoire sont disposées par "groupes d'intérêt" : "Famille" (la table à laquelle je suis installé), "Chorale" (car mon cousin chante dans une chorale, CQFD), "Tennis", "Poker", "Amis", "Enfants", etc. C'est vachement bien organisé. Il y a un DJ mais nous ne le voyons quasiment pas avant minuit. Durant le repas, le rôle du DJ consiste à prendre son ordinateur (avec une playlist préétablie) et de le brancher à un système d'enceinte acoustique (de très mauvaise qualité, dans ce cas-ci). 

Pour les quarante ans de son fils, ma tante (conteuse à ses moments perdus) a préparé, en collaboration avec la chorale, un discours qui fait rire tout le monde, sur l'air des Trois Cloches d'Edith Piaf. Ma tante conte la vie de son gamin et s'arrête de chanter à chaque couplet pour expliquer un détail croustillant ou une anecdote. Après ce discours qui n'en est pas vraiment un, le beau-fils (dix ans) de mon cousin lui lit un petit texte qu'il a préparé tout seul. C'est assez émouvant mais, de la façon dont c'est écrit, on a l'impression qu'il parle d'un mort, qu'il lit un discours funèbre. Fridric fait enfin un petit discours, qu'il termine par un mythique : "Et je tiens à saluer ici l'ainée de cette salle, ma grand-mère, cette vieille mijole" (en "belge", "mijole" désigne très vulgairement le vagin). Tout le monde éclate de rire. Mon père : "Roooh, il est vraiment taré. Il a osé dire ça devant cent personnes !"

Durant la soirée, un professeur de religion orthodoxe un peu hors-monde, qui a apporté pour tout cadeau un mug à deux euros, boit plus que de raison et tente d'emporter une partie de repas dans un aluminium...

Vers la fin de la soirée, Gaëlle commence réellement à fatiguer. Elle s'énerve pour un rien, pleure à la moindre contrariété... Nous nous en allons donc un peu après minuit. De toute façon, je commençais vraiment à avoir mal à la tête, avec tout ce bruit et tous ces gens...

vendredi 11 novembre 2011

Rock français 5 étoiles (2)

Diabologum, C'était un lundi après-midi semblable aux autres

Très impressionné par mes premières écoutes, dans le train, de l'album solo (ou plutôt "duo") de Michel Cloup (voir mon post d'hier), je décide de ne pas m'arrêter en si bon chemin et de faire un petit détour par le passé, à savoir par Diabologum, groupe de rock français des années 90 dans lequel ledit Cloup a officié. J'écoute donc C'était un lundi après-midi semblable aux autres (1993)... ou plutôt réécoute... Car dès les premières secondes de l'album (le fameux : "Attention à jouer au génie parce qu'on risque de le devenir" de Salvador Dalí), je me souviens avoir déjà entendu ce truc un peu foutraque quelque part... Je ne sais plus très bien quand c'était, ni où c'était. Je suppose juste que j'ai dû emprunter l'album à la Médiathèque durant mes années d'université. Peu importe ! À l'époque, j'y ai prêté une oreille un peu distraite, je pense... Il est pourtant très bon, cet album. J'ai même l'impression que les deux premiers morceaux ont été écrits spécialement pour moi (c'est mon côté un peu mégalo/solipsiste).

Jugeons plutôt : dans le premier texte, intitulé "Comme un infriste" (mais c'est quoi un "infriste" d'abord ? Aucune idée et j'offre deux francs de caramels mous à toute personne me fournissant une réponse valable), nous trouvons une première référence au café (le moteur de mon existence, avec l'Orval) : "Trop de temps gaspillé à boire du café et si peu de temps pour regarder la télé." Plus loin : "Trop de temps gaspillé à faire semblant de travailler et si peu de temps pour s'ennuyer." Même pas vrai ! Plus loin encore : "Trop de temps gaspillé à essayer de vivre et si peu de temps pour dire des banalités."... Hahaha ! Mais c'est surtout dans le second morceau ("Le Discours de la méthode", avec Dominique A en guest star !) qu'on trouve the couplet. La méthode dont il est question ici n'a rien à voir avec celle de Descartes : c'est celle de la séduction ("Peux-tu m'apprendre s'il te plaît ta technique stratégique pour étourdir ces jeunes filles ?"). Quand j'entends le dernier couplet, je me tape un minuscule fou rire ridicule dans le train (car oui, je suis à nouveau dans un train quand j'écoute cet album) :
Je reste seul avec mon café :
Je me suis salement fait doublé. 
C'est moi qui voulais la séduire,
Et c'est lui qui l'a emmenée.
C'est à peu de chose près l'histoire de ma vie amoureuse qui est résumée dans ces quatre lignes. (Content que ça te fasse rire, Hamilton ! Bah ouais, je ne vais pas en pleurer !)


Pour ce qui est des autres morceaux, ça part dans tous les sens, c'est plein d'humour, d'expérimentations, de riffs dissonants (comme dans "Logo" ou le très court "Points d'impact"), de bruits, de mots murmurés, de détournements musicaux (on y entend ainsi, entre autres, quelques secondes de Nirvana sur "Kill Sub Pop Stars") ou encore de collages cinématographiques (comme le fabuleux "Sticky Hair-Pin" reprenant un dialogue de Sailor et Lula – un morceau qui rappelle le plus récent "Fentry" de Grandaddy, utilisant plus ou moins le même procédé).

Je vais me procurer les deux autres albums de ce groupe et y reviendrai sans doute une autre fois...

C'est su-per !

De nouveau, mon train est en retard. À Charleroi, ma correspondance est annoncée avec 26 (pas 25, ni 27 : 26 !), puis 35, puis 45, puis enfin 56 minutes de retard. Je finis par opter pour l'omnibus qui part à l'heure (c'est-à-dire avec seulement 7 minutes de retard). J'arrive chez mes parents aux alentours de 17 heures. Maïté amène Gaëlle en voiture peu de temps après. En arrivant, elle me voit trimballer un matelas (prêté par ma tante qui habite juste à côté) sur le petit chemin reliant les deux maisons.

– Salut.
– Salut.
– Qu'est-ce que c'est ?
– Ben c'est un matelas.
– Tu vas dormir ici ?
– Oui, oui, je vais le poser là, sur le chemin, et dormir à la belle étoile, devant la porte de chez ma grand-mère...

(Depuis qu'on est séparés, la discussion est toujours d'un intérêt monstre, et souvent à la limite du surréalisme. – Et avant, c'était différent ?)

Gaëlle est extrêmement joyeuse et très excitée. Elle rigole tout le temps... Elle nous présente également son tout premier bulletin. Ce "machin" contient de vraies cotes, sur 100 ou 50 selon les matières. Il est également assorti d'un commentaire de la part de la titulaire de classe (une bande de texte imprimée utilisant l'ignoble police Comic Sans MS, collée sur le bulletin) : "Ton travail est excellent, Gaëlle. Ton implication en classe et dans ton travail est super ! Attention toutefois à ta langue qui est parfois bien pendue ! Félicitations pour ce beau bulletin et continue ainsi, c'est super !" Ouais, ouais, c'est su-per ! Niveau cotation, ça donne :
Langue française : 88/100
Mathématiques : 100/100
Éveil (sciences/histoire/géographie...) : 68/100
Éducation physique : 37/50
Éducation artistique : 40/50
Cours philosophique : 45/50
Tous ces points ont-ils réellement un intérêt, si ce n'est celui de préparer ma fille au fait qu'elle va être cotée jusqu'à la fin de son existence, en primaire, en secondaire, à l'université (peut-être), durant sa vie active voire même après ? Quelle est la signification d'être notée 100% en mathématiques en première primaire ? Sur quelles données l'institutrice se base-t-elle pour considérer que Gaëlle a réalisé un travail en tout point parfait en mathématiques ? Comment décide-t-on de donner 37 points exactement en éducation physique ? Peut-être y a-t-il des critères extrêmement bien établis, une grille d'analyse super bien foutue, qui permet d'atteindre la perfection en matière de cotation ? Qui suis-je pour juger, hein ? Hein ? T'as fait l'école normale ? Non ? Hé ben alors ?

lundi 31 octobre 2011

Tchoutchou !

Ma fille me réveille à 8 heures du matin. Elle a dormi dans la voiture d'Emily durant tout le trajet de retour d'hier et par conséquent a déjà récupéré de l'éreintant week-end à Disneyland® Paris... Pour ma part, j'aurais bien dormi quelques heures de plus.

Gaëlle a faim et il n'y a plus rien du tout à manger dans mon appartement : ni pain, ni biscuit, ni céréales (père indigne !). Je décide donc de l'emmener de bon matin à l'EXKi de la Gare du Midi, avant de prendre le train vers chez mes parents. Je suis toujours estomaqué par les prix pratiqués au sein de cette chaîne de restauration bio/bobo : 7 euros environ pour deux pains au chocolat, un petit jus de fruit, un café et une brioche minuscule... Pourquoi t'y retournes, alors, Hamilton ? Peut-être parce que tout y est bon (à l'exception des germes de soja pour végétalien totalement immangeables) ?

Nous prenons le train de 10h07 vers chez mes parents. Pour leur faire une surprise, Gaëlle enfile dans le wagon sa robe de Cendrillon en tulle achetée hier et, pour augmenter encore d'un cran le ridicule du déguisement, décide de porter ses oreilles de Minnie. Ça fait sourire les voyageurs.

À la maison familiale, ma grand-mère, ma tante, mon père et ma mère lui posent des questions sur son voyage au Pays des rêves™. Elle reste très évasive sur le sujet. Quand on lui pose une question précise (comme : "T'as fait quoi à l'école aujourd'hui ?"), elle n'y répond que très rarement. Si elle répond, c'est toujours de manière très concise et pas très intéressée par le sujet, comme si elle répondait à un questionnaire obligatoire.
– Alors, tu t'es bien amusée à Disneyland® ?
– Oui, oui...
– Et t'as fait quoi ?
– Ben je suis allée à Disneyland®...
– Oui, mais comme attraction ?
– Euh... [Très longue pause] La Maison hantée ?

En fait, c'est en grande partie moi qui explique en long et en large à mes parents comment s'est déroulé ce week-end à Disneyland®. Dans l'histoire, c'est moi l'enfant émerveillé : (à mon père) "Y a des montagnes russes de malade, là-bas... T'aurais adoré ! Et un ascenseur d'hôtel qui tombe en chute libre ! Tu te rends compte ? Ils sont fous !" ; (à ma mère) "On a été manger dans une resto pirate qui reconstituait l'ambiance d'une nuit aux Caraïbes... C'était totalement dingue !" ; (à tout le monde, les larmes aux yeux) "Vous auriez vu Main Street, avec le château de la Belle au Bois dormant à l'arrière et le petit train qui faisait 'Tchoutchou' ! Rhalala, mais qu'est-ce que c'était beau !". J'ai rendez-vous chez un psychiatre spécialiste de l'addiction Disney fin novembre.

Mes parents me reconduisent à la gare avant de ramener Gaëlle chez sa maman en fin d'après-midi. Et c'est reparti pour un voyage en train, sauf que celui-ci ne fait pas "Tchoutchou".

De retour à Bruxelles, je me rends à la Maison du Peuple de Saint-Gilles pour écrire. Emily est là, avec son ordinateur, à la "table habituelle". Elle doit absolument travailler sur une de ses conférences pour le boulot. Dans un sens, ça m'arrange bien qu'elle ait du travail car il faut que je décrive absolument notre voyage à Disneyland®... J'ai pris le parti de tout décrire et ça me prend un temps démesurément long pour pas grand chose. Au départ, je comptais publier deux articles : un premier texte élogieux et un second texte en miroir, très critique. J'ai cependant changé d'avis en dernière minute et décidé de procéder par demi-journées en demi-teintes, en appliquant à chaque paragraphe un système de signes un peu con (je m'en rends compte en terminant le premier texte) symbolisant mon état d'esprit du moment. Je devrai donc écrire en tout quatre textes (lointain parallèle avec les quatre "lands" visités) et, ce lundi soir, je suis encore très loin d'avoir fini.

Je suis dans un goulet d'étranglement, j'accumule du retard sur mes articles journaliers. Vais-je retomber un jour sur mes pieds ? Parviendrai-je à décrire chaque journée sans en bâcler une seule ? En tout cas, il est hors de question que j'abandonne l'écriture d'un article en cours de frappe faute de temps ! C'est clairement quelque chose qui ne me ress

dimanche 31 juillet 2011

Le rayon H

Avant de m'endormir, je décide (contrairement à mes plans de départ) de mettre mon réveil à 8 heures 8 minutes du matin pour profiter de la journée et aussi savoir ce que je fais de cette dernière. En me levant, après moult hésitations, je décide d'aller manger chez mes parents. Gaëlle doit arriver dans l'après-midi. Callys, comme tous les matins, poste de très bonne heure son fameux "GoooOOOOOOOOooooooood MooooOOOOooooooorning, tête de livre !!!". Tout ce que j'arrive à me dire pour ma part, c'est que dans "morning", il y a "morne". Oui, mais il y a aussi "orni" (comme dirait Callys) et pire que morne : "mort" (comme dirait Léandra) !

Dans son journal (quel journal ?), Léandra trouve que je faisais la sourde oreille hier quand elle me parlait de Jonas. J'aimerais dire que je me souviens très bien du moment et que c'était une stratégie hautement réfléchie pour l'énerver, la secouer, mais il n'en est rien : hier, j'étais tellement d'humeur solitaire, pour ne pas dire solipsiste, que rien ne comptait plus à mes yeux que de trouver un stupide titre pour mon stupide blog de science-fiction (c'était une façon pour moi d'échapper à une certaine réalité, en fait). Léandra m'a d'ailleurs bien aidé et j'ai fini par trancher aujourd'hui pour "Le rayon H". "H" comme Hamilton. "Rayon" comme rayon de bibliothèque. "Rayon H", ça fait aussi un peu "Blake et Mortimer" (ça me fait une belle jambe, tiens : je les déteste) ou "physique nucléaire" comme dans "rayon gamma". "Rayon X" (encore une idée de Léandra), je le réserve pour un éventuel futur blog sur la pornographie.

Chez mes parents, c'est le branle-bas de combat (aucun rapport avec la pornographie) : mon père refait entièrement la salle de bain. Ne reste plus dans la pièce que des tuyaux, une baignoire ainsi que des vieilles briques et des vieilles planches de bois posées il y a plus d'un siècle. Les briques humides et difformes de la salle de bain rappellent l'histoire de la maison ; le passé suintent des murs... La maison familiale, c'est une vieille ferme du XIXe siècle achetée par mon arrière-grand-père et transformée en logements.  Depuis mon enfance, mes parents habitent l'étage du dessus, ma bobonne l'étage du dessous et ma tantine la maison mitoyenne d'à côté. Mon cousin, la quarantaine, habitant à 500 mètres de là, a décidé il y a peu de revendre sa maison et de construire une annexe à la maison familiale, pour y vivre à nouveau. C'est symptomatique de ma famille : tous ceux qui ont vécu là-bas ont de bons souvenirs de la maison, de la propriété, des jardins fleuris, du saule pleureur, des bouleaux, de l'érable... Ce sont les souvenirs de la vie familiale en compagnie de trois générations qui reviennent à chaque fois en mémoire... Haaa, ces parties de belotes avec ma mère, mon oncle italien (la clope au bec) et feu mon Nono, sur la cour, durant les chaudes soirées d'été, avec l'espresso ou la sambuca ! Moi-même, aujourd'hui sur les lieux de mon enfance et de mon adolescence, je refais le plein d'énergie et je parle à nouveau normalement, sans prise de tête, sans me poser trop de question. Cette maison, c'est une thérapie à elle toute seule.

Maïté amène Gaëlle à 16 heures pile. Elle est venue seule avec ma fille (enfin, "notre" fille) et prend une eau pétillante mélangée à de la grenadine. Gaëlle est en forme, elle court directement vers ses jouets de jardin abandonnés il y a quinze jours dans son bac à sable. Elle nous prépare également un spectacle avec des éventails (qu'elle ne peut s'empêcher de prononcer "épouvantails").  Malgré des erreurs de mots, son vocabulaire s'enrichit (elle pourra bientôt prononcer "triacontakaihenagone" sans flancher). Lorsque je repars pour Bruxelles, Gaëlle, captivée par Bob l'éponge, me lance à peine un "au revoir". C'est bien ma fille : j'étais comme elle à l'époque. La chose ne me dérange pas le moins du monde ; elle me fait même rire intérieurement.

De retour à Bruxelles, errant dans la Gare du Midi, quelqu'un me touche le dos, je sursaute et me retourne : c'est mon ami Fred Jr ! M'enfin, qu'est-ce qu'il fout là ? En fait, il revient seul de la mer et a raté sa correspondance. Conséquence : on a le temps de prendre un café/thé et de discuter un peu. On parle notamment d'une des dernières BD de Lewis Trondheim, Ralph Azham, parue chez Dupuis. Je ne l'aime pas trop, cette BD : ça ressemble à une redite de Donjon, en moins bien.

Je termine la soirée au Parvis de Saint-Gilles en compagnie d'Emily, Andrew et Walter qui sont déjà en terrasse quand j'arrive. Léandra est absente. Emily et Andrew racontent qu'ils ont passé la soirée d'hier avec le Dr Nanash et la Dr Phasia.  Apparemment, les deux médecins étaient en désaccord sur une question cruciale : "Peut-on attraper le SIDA via la salive ?". Nanash, théorique, disait que c'est possible. Phasia, plus sur le "terrain", disait que ça n'arrive jamais. J'imagine très bien Nanash défendre bec et ongles son point de vue. 

Les serveurs de la Maison du Peuple, qui s'emmerdent au bar, font des blagues assez trash. Du genre : "Quel est le point commun entre des choux de Bruxelles et un fist-fucking ? Réponse : les enfants n'aiment pas". Oui, oui, ça vole très haut ce soir (et ce n'est pas la pire). À la table, plusieurs discussions sont lancées. Walter veut amorcer un débat sur les injustices durant le cursus académique (en résumé : avec simplement de l'argent, des parents peuvent envoyer leur fiston dans une école élitiste, ce qui aura forcément une répercussion sur leur emploi futur).