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mardi 3 juillet 2012

« Rien ne sort de rien »

Je passe les deux premières semaines de juillet chez mes parents. Chaque matin, je parcours à pied les quelque trois kilomètres qui séparent la maison, nichée dans les hauteurs boisées du village, de la gare en bord de Sambre. — Marcher sur un chemin de campagne le matin engendre une réflexion plus nourrie, et plus saine aussi.

Autre train, autres têtes ! 

Durant le voyage d'accueil du Cercle d'histoire de l'ULB, en octobre 1999, un camarade historien avait affirmé son déisme, à la manière de Voltaire : « Je suis déiste, expliqua-t-il plus ou moins en ces termes, parce que je pense qu'il est impossible qu'un univers aussi structuré et harmonieux que le nôtre fût créé ex nihilo, sans un créateur qui décida, du moins au départ, de sa forme ! » — Toujours la même question : si une intelligence supérieure a créé ce Monde, fût-ce un horloger non-interventionniste, quelle serait donc l'origine de son existence, à lui ? Élever la structure et l'harmonie d'un niveau (comme de mille d'ailleurs) ne répond à aucune question.

Aujourd'hui, si l'on me demandait pourquoi je suis athée, je répondrais sans doute de façon différente qu'il y a dix ans. Ma réponse se bornerait désormais à quelque chose comme : « Quel intérêt y a-t-il à imaginer un invisible niveau supplémentaire ? »

On pourrait dire que je suis aujourd'hui en paix avec mon athéisme, que je n'ai plus besoin de le défendre avec virulence.

On est souvent athée (ou croyant) de la même façon qu'on est de gauche (ou de droite). On acquiert ce système de pensées de manière presque animale, par l'éducation et quelques premières rencontres décisives, puis seulement, bien des années plus tard, on essaie de lui donner une base idéologique par la réflexion, voire de convaincre les autres par la dialectique ou la rhétorique.

Mon article sur la chasse au trésor est complètement dénué d'intérêt. — Faute avouée, à moitié pardonnée ?

Goethe, sur l'invention : « La joie de la première perception, de ce que l'on appelle la découverte, personne ne peut nous la prendre. Mais ne réclamons pas trop d'honneur pour autant, il pourrait être bien mince ; car en général nous ne sommes jamais les premiers. » Paragraphe suivant : « Que veut dire d'ailleurs inventer, et qui peut dire qu'il a inventé ceci ou cela ? Tout comme c'est une vraie sottise de dire qu'on est le premier, c'est être bien présomptueux et avoir bien peu de conscience que de ne pas vouloir se reconnaître comme plagiaire. »

L'écriture est un gigantesque plagiat. Puisque « rien ne sort de rien » (Alcée), il faut bien que ce que j'écris sorte de quelque part, et ce quelque part ne peut être mon esprit à lui tout seul.

Laurent Louis, ex-guignol du Parti populaire, ressemble à Lytle : même bouille enfantine, même air candide.

Se méfier des phrases qui commencent par « Il est évident que » et finissent par « moi, je vous le dis ! » — Il est évident que de telles phrases cachent un malaise latent, moi je vous le dis !

Le patron de l'Espress « Oh » Juice, lisant le journal La Meuse de ce matin : « Y a un gars qui s'est fait flasher à 280 km/h. » Il me regarde, hausse un sourcil et fait une grimace : « 280 km/h... C'est quand même beaucoup... »

Je m'assieds sur le sol de la gare des Guillemins, attendant ma correspondance. J'ouvre le petit ordinateur de Léandra (dont je viens de remplacer le clavier) pour noter quelques idées... Dans ma main gauche, un café bouillant. — Hamilton, bougre d'idiot, je t'ordonne de poser ce café IMMÉDIATEMENT !

Si seulement j'étais moins fainéant ! — Mais si, tout au cours de mon existence, j'avais été moins fainéant, peut-être aurais-je été plus bête aussi ? Car c'est la volonté d'en faire le moins possible, inventant sans cesse mille stratagèmes pour me débarrasser rapidement des banalités pratiques de la vie en société, qui a fait de moi ce que je suis aujourd'hui. (Un inadapté social ?)

Il n'en faudrait vraiment pas beaucoup en ce moment pour que je revienne à une vie normale. D'aucuns imaginent qu'il y a un énorme gouffre entre le bien-être et l'inadaptation sociale mais je sais, par expérience, que je peux passer très vite de l'un à l'autre. La question serait plutôt : « En ai-je réellement envie ? »
 
Curieux élancements dans le bas du dos et espoir que ce ne soit pas le signe avant-coureur d'un calcul rénal !

J'envoie un message à mes propriétaires pour les prévenir qu'une nouvelle occupante (Mary) habitera normalement bientôt dans l'appartement qu'ils me louent, sans aucune autre précision... Assez comiquement, la dame me félicite ! — Le poids des convenances : si un trentenaire partage son appartement avec une femme, c'est qu'il est forcément en couple avec celle-ci (et il faut le féliciter pour cette « réussite »).

lundi 26 mars 2012

Emily

Maison du Peuple. Je suis assis à l'intérieur du café, à essayer de rattraper le retard sur ce putain de blog. Je me répète, mais toute cette histoire de "rattraper le retard" et d'écrire un article par jour est définitivement absurde. C'est d'ailleurs peut-être la raison pour laquelle je continue coûte que coûte à procéder de la sorte : parce que c'est absurde, justement. Si le projet avait eu le moindre sens, le moindre but, je l'aurais arrêté depuis longtemps déjà. 

C'est d'autant plus absurde que cette question de retard qui s'accumule s'est posée depuis les débuts, forcément. Lu, le 20 septembre 2011 : "Ce journal, c'est presque une lutte constante contre le temps, contre l'oubli, contre la procrastination. Je dois écrire tous les jours ; si je rate un jour, je dois travailler double le lendemain ; et ainsi de suite..." Je devais sans doute déjà trouver l'idée idiote à ce moment-là.  Dès les origines, je trouvais l'idée idiote.

D'un autre côté, j'ai aujourd'hui un certain plaisir à me relire. Je me rends compte que j'écris (et pense) toujours de la même manière. Les rencontres (humaines et littéraires) me changent sans me changer : je ne sais si je dois m'en féliciter ou au contraire le déplorer... — Mais relire d'anciens textes est peut-être la raison d'être de ce blog, tout compte fait. (Ici, je réfléchis "tout haut", pour ainsi dire.) Si j'arrive à tenir plusieurs années, sans fléchir, alors tout cela pourra peut-être devenir réellement intéressant, avoir une certaine valeur, non pour les articles pris un par un mais au contraire pour la vue synoptique, le tableau d'ensemble. Observer l'évolution de quelqu'un (moi en l'occurrence) jour après jour sur cinq ans, dix ans, vingt ans : cela pourrait presque faire l'objet d'un mémoire en psychologie (ou en communication ?).

Emily passe la porte du café. Elle me cherche du regard mais il lui faut quelques secondes pour me reconnaître : "Ha ! Tu t'es coupé les cheveux... Je ne t'avais pas reconnu tout de suite !" 

* * *

En terrasse. Emily me parle de la série télévisée Les Tudors (2007-2010), qu'elle regarde en ce moment. Elle me dit que les scénaristes ont vraiment pris des libertés avec l'Histoire ("Quand je regarde une série, je me documente à côté et il y a des événements qui ne collent pas"). À plusieurs reprises, elle revient sur le destin de Catherine d'Aragon, première épouse d'Henry VIII, et constate : "Elle s'est vraiment fait jeter comme une vieille chaussette !"

« Pour le moment, je regarde Battlestar Galactica, lui dis-je, une série de science-fiction des années 2000... 
— Ha oui ! J'en ai entendu parler. C'est bien ?
— Au départ, je croyais que c'était un peu "bateau". Après, j'ai cru que c'était bien... Mais tout compte fait, après deux saisons, je pense que c'est une grosse daube...
— J'ai entendu dire qu'il y avait un truc énervant... Une relation bizarre, une sorte de rêve.
— Oui, c'est exactement ça ! Le docteur Gaïus Baltar qui a une relation avec une cylon, une femme "robot" d'apparence humaine. Dans la série, elle n'est pas vraiment là ; elle n'est présente que dans son imagination... Mais on le voit constamment dialoguer avec elle. C'est assez lourd et ennuyant, à la longue...
Ouais, j'imagine. 
Et puis c'est rempli de militaires indisciplinés qui font vraiment n'importe quoi... Qui déclarent la loi martiale pour un rien, par exemple. Il y a un côté malsain dans cette série... Et puis, ça ne tient pas vraiment debout, de toute façon. »

(Évidemment, j'ai aussi été voir sur le Web comment toute cette histoire se terminait et je n'aime pas du tout le retournement de situation final... Je vais quand même regarder la série jusqu'au bout et en ferai un compte rendu dans ce blog, peut-être, un jour...)

De nouveau à l'intérieur. Dernier verre avant de retourner chez nous. Emily parle d'un de ses informaticiens (un consultant) qui vient de se faire virer. Elle n'a même pas eu la possibilité de le voir une dernière fois avant son départ. Les chefs (ou les ressources "humaines", je ne sais plus) l'ont convoqué tard dans la soirée, lui ont signalé qu'il ne convenait pas et l'ont fait passer par la sortie arrière, par "la petite porte". Mais qui sont ces gens ? 

Emily me reconduit en voiture. Comme programmation musicale sur la route du retour, une compilation de morceaux en tous genres réalisée par Lytle. Emily a la très bonne idée, pour terminer la soirée, de nous mettre la chanson "Vice et versa" des Inconnus. (Ha mon Dieu, qu'ils sont bons !) 


D'où venons nous ? 
Où allons-nous ?
J'ignore de le savoir.
Mais ce que je n'ignore pas de le savoir,
C'est que le bonheur est à deux doigts de tes pieds.
Et que la simplicité réside dans l'alcôve bleue, et jaune,
Et mauve, et insoupçonnée de nos rêveries mauves et bleues et jaunes
Et pourpres... et paraboliques... 
Et vice et versa.

jeudi 8 décembre 2011

Le marbre des possibles

J'ai sans doute avalé trop de barbaque – délicieuse au demeurant – hier soir ou alors j'ai pris un peu froid sous le vent glacé. Ou peut-être les deux ? Toujours est-il que je suis malade. Vraiment. Ce matin, ça allait encore. Ce midi, j'ai eu la mauvaise idée de commander une pizza au jambon (avec un supplément d'ail et d'huile piquante – rien qu'à y repenser, j'en ai la nausée !) et cet après-midi de boire beaucoup de café. Quel idiot je fais ! Je suis donc actuellement dans mon lit, il est 21h17 et j'ai envie de dormir. D'un autre côté, je suis presque à jour sur mon blog... Encore un petit effort et je ne devrai pas passer les nuits de ce week-end à rattraper mon retard.

Quand j'y réfléchis, ce journal est vraiment une très grosse contrainte. Je passe une partie de ma journée à observer tout plein de situations différentes, à réfléchir comment je vais les "mettre en scène", puis une autre partie (plus conséquente) à l'écrire dans ce blog. Et c'est un peu comme en physique quantique : l'observation modifie l'objet observé. Depuis que je tiens ce blog, je modifie ma réalité pour la faire entrer dans ce ridicule canevas Web. Mais il ne faut pas que je réfléchisse trop. Si je réfléchis, je m'arrête d'écrire. Toujours de l'avant, Camarade, toujours plus haut, toujours plus loin ! (La fièvre, sans doute...)

* * *

Ce matin, dans le train m'amenant à Liège, des écouteurs vissés dans les oreilles (je redécouvre pour l'instant tous les albums de Pinback, et ce depuis une discussion avec mon collègue Aurèle), je repense assez curieusement à cette histoire de David de Michel-Ange et de son bloc de marbre. Qui m'avait parlé de cela ? Andrew ? Oui, c'est sans doute Andrew... Ou Lewis, qui vénère Michel-Ange le sculpteur ? Non, je pense que c'est Andrew... Je suis fatigué. Qu'est-ce que je racontais ? Ha oui ! Une question existentielle sur ce bloc de marbre, avec lequel le jeune artiste a réalisé ce chef-d'œuvre intemporel qu'est le David. La question est la suivante : "Michel-Ange a-t-il sculpté le David ou bien n'a-t-il fait qu'extraire quelque chose qui existait déjà dans le marbre ?". Posée de cette manière, la question n'a presque aucun sens et tout le monde répondra assez logiquement : "Mais bien sûr que c'est lui qui l'a sculpté. D'ailleurs, un mauvais sculpteur, avec le même bloc, aurait sans doute donné naissance à un horrible volume informe !"

C'est vrai mais la question de départ (absurde) est nécessaire pour amener à quelque chose de plus fondamental (il faut "jeter l'échelle après y être monté", comme dirait Wittgenstein, première période), à savoir le fait qu'un bloc de marbre contient dès le départ une infinité (ou une quasi-infinité ?) d'états possibles et que l'artiste, somme toute, ne fait que révéler un de ces états. Si l'artiste est un génie, la forme extraite de la masse n'en sera que plus grandiose. L'exemple de Michel-Ange est parfait car celui-ci a laissé une galerie de sculptures non terminées (même si c'était non voulu au départ), telle une partie de la série des Esclaves, dont certains corps resteront bloqués à jamais dans le marbre, à moins qu'un fou ne les attaque au burin ou avec un marteau de géologue...

Mais pourquoi est-ce que je développe tout cela ici ? Simplement parce que je n'ai rien d'autre à dire aujourd'hui j'y ai pensé dans le train ce matin. Et pourquoi y ai-je pensé dans le train ce matin, en écoutant Pinback ? Car je me suis dit que cette histoire de David caché au sein du marbre était valable pour absolument tout : pour la musique, pour la littérature, la peinture, les idées, la science, la technologie, les relations humaines (!), pour tout : l'univers contient déjà l'ensemble de tous les possibles, mais seuls certains seront dévoilés. Dans cette optique précise, le génie n'est en fait que la faculté, à un moment donné, d'exhumer ce qui est caché aux yeux des autres. 

Je me dis que je réfléchis toujours plus à ce genre de concept un rien alambiqué quand je suis saoul ou quand je suis malade. Si je veux vraiment me dépasser, il faut que je boive et que je sois malade au même moment.

* * *

Normalement, ce soir, Emily va voir Intouchables au cinéma avec Lytle et peut-être Charles-Henri. Dès ce mercredi, je n'étais pas très motivé pour aller voir ce film avec eux. Aujourd'hui, étant malade, je le suis encore moins. Léandra m'a gentiment donné hier soir une invitation pour une place de cinéma qu'elle a reçue à son boulot, estampillée "Brightfish" (l'agence publicitaire). Rien ne presse et je l'utiliserai donc une autre fois...

Je suis en train d'écrire ma journée alors qu'elle se déroule, en temps réel ou presque (c'est une expérience intéressante). Je suis dans mon lit, toujours malade, évidemment. Je suis en train de discuter sur Facebook avec Claire (à son tour de se présenter un tout petit peu !). 

Un numéro de téléphone inconnu m'appelle. D'habitude, je ne décroche pas, mais vu l'heure, je sens qu'il faut que je réponde. C'est Léandra : quelqu'un vient de lui piquer son smartphone à la station de prémétro Anneessens. Non pas en loucedé, non : on lui a arraché des mains, bordel ! (Je profite par ailleurs de ce post pour dire à ceux qui s'inquiéteraient que Léandra est rentrée chez elle et qu'elle va bien !)

vendredi 2 septembre 2011

Une déviation signée SNCB

Aujourd'hui, je décide de commencer mon journal par l'événement le plus poilant de la journée : mon trajet en train.

Premier acte : le début du voyage. Après une grosse heure passée avec Léandra à la Maison du Peuple de Saint-Gilles (voir plus bas), je me dirige gentiment en sa compagnie vers la gare, où je dois prendre mon train pour Namur (départ 14h) afin d'aller chercher ma fille à l'école. Le train est un "direct". Il est censé passer par cinq gares bruxelloises (Midi, Centrale, Nord, Schuman et Luxembourg) puis tracer sans s'arrêter jusqu'à Namur, où il doit arriver environ une heure plus tard, soit aux alentours de 15h. Dans le train, le contrôleur annonce d'ailleurs la couleur : "Attention, ce train ne s'arrête ni à Ottignies, ni à Gembloux".

Deuxième acte : la déviation. À la suite d'un sérieux incendie survenu dans la cabine de signalisation d’Etterbeek le 13 Mars 2011, le train est dévié. À aucun moment je n'entends le contrôleur l'annoncer. D'ailleurs, ce dernier ne passera pas dans le wagon. Et quand la SNCB dévie un train, elle ne fait pas les choses à moitié : passage par Leuven, à l'est de Bruxelles, pour récupérer la ligne 139 Leuven-Ottignies. Après une heure de trajet, par la fenêtre, j'observe, stupéfait, une des montagnes russes ainsi que la grande roue du parc d'attraction Walibi (qui se trouve à vingt bornes de la capitale), et je me demande ce qu'on fout là. Par souci de concision et de simplicité, je n'illustre jamais ce blog, mais je vais néanmoins faire une exception aujourd'hui, car une image vaut mieux qu'un long discours (un clic sur l'image et le schéma s'agrandit, c'est magique !) :


Troisième acte : l'arrivée à Ottignies. Le train s'y arrête, alors qu'il ne doit normalement pas s'y arrêter. Des gens qui attendaient sur le quai de la gare embarquent. Pourquoi pas ? Vingt minutes plus tard, le train arrive à Gembloux et c'est là que ça devient éminemment sympathique. Quelques personnes qui étaient montées à Ottignies se lèvent pour descendre à Gembloux. Le train fait une petite pause de quelques secondes à la gare, puis redémarre sans que les portes ne s'ouvrent. Petite panique d'une dame qui devait aller chercher son enfant à l'école... "Destination mieux", qu'ils disaient dans leur slogan, à la SNCB. Encore faut-il arriver jusque là !

Avec tout ça, j'arrive évidemment en retard à l'école de ma fille. C'est son deuxième jour de primaire. J'arrive en retard mais ce n'est pas grave : plein d'enfants sont encore dans la cour de récréation. Certains pleurent après leur maman. Gaëlle arrive juste en face de moi, décontractée, avec un gros sac à dos (que je trouve beaucoup trop gros pour une gamine de première primaire) et me sort : "Hé papa, tu ne m'avais pas vue ou quoi ? On y va ? Tu as un cadeau pour moi ?".

* * *

À propos de rentrée scolaire : un peu plus tôt dans la journée, à la Maison du Peuple, Léandra et moi avons justement discuté brièvement de ce sujet. On est tombé tout de suite d'accord pour dire que cette période de l'année est très énervante à cause des parents qui sont fiers de leurs "petits loulous" et qui ne peuvent pas s'empêcher de le dire, notamment au travers de messages sans aucun intérêt sur les réseaux sociaux. Être fier que son enfant arrive en primaire a-t-il un sens ? Pas vraiment : la fierté viendra plus tard (ou ne viendra pas), lorsque le petit bout de chou ramènera son premier chaton dépecé ou démontrera de manière singulière le dernier théorème de Fermat.

* * *

Le soir, je reviens avec ma fille chez mes parents. Il fait exceptionnellement bon dehors. Le soleil se couche plus tôt, le ciel est dégagé, avec de beaux nuages moutonneux. Avant même le coucher du soleil, on aperçois le Triangle d'été (Deneb-Vega-Altaïr) dans le ciel. Dans le bois d'en face, un oiseau mystérieux fait un drôle de cri qui ressemble très fort à celui du Cracoucass, du moins tel que je me l'imagine.

Ma mère est énervée, la moindre modification de ses plans la contrarie. Elle impose également des règlements superfétatoires ça y est : j'ai réussi à le placer celui-là ! à ma fille, comme ne pas aller dans l'herbe mouillée avec ses pantoufles, par exemple.

Sur la table du salon, trône le Moustique, avec ce titre : "Demain, une vie sans sexe ?". Une vanne, qui me correspond à merveille, me traverse directement l'esprit : ne jamais remettre au lendemain ce qu'on peut faire le jour-même. Dommage qu'aucun de mes amis n'étaient présents, ça les aurait peut-être fait rire... Ou pas.

Lorsque je rallume mon téléphone portable tard le soir, je reçois un message vocal étonnant et vieux de trois heures : "Hamilton, c'est Lytle. Je compte me mettre en route. Qu'est-ce que tu fous ? Je t'attends. Rappelle-moi". Je pense qu'il parle du week-end d'anniversaire de Vespertine... Sauf que je ne peux pas m'y rendre (c'est l'anniversaire de mon meilleur ami demain) et que, de toute façon, à aucun moment je n'ai dit à Lytle que j'y allais avec lui en voiture. J'en viens à me demander si je ne deviens pas fou et si je ne me suis pas engagé d'une manière ou d'une autre auprès de lui, sans m'en souvenir aujourd'hui. Mais non ! La réponse arrive un peu plus tard : Lytle s'est trompé d'Hamilton. "Il y a tellement d'Hamilton", rajoutera-t-il. Il y a quand même quelque chose que je ne comprends pas : comment a-t-il pu me confondre avec un autre ?

mercredi 10 août 2011

La Norvège sans les Norvégiens

Hier, j’ai testé un nouveau concept : l’écriture sous l’emprise de l’alcool. J’ai ainsi décidé qu’à chaque fois que je serais vraiment saoul (au point d’avoir beaucoup de mal à taper correctement sur un clavier ou simplement de marcher droit), j’écrirais à la deuxième personne du singulier. La démarche a créé son petit effet quand je me suis relu le lendemain : Hamilton saoul tutoyant Hamilton qui émerge, c’est sympa et direct. Je repense à Andrew qui me demandait hier à qui sont destinés mes blogs. Je continue à me dire que ce journal m'est avant tout destiné (c'est une façon d'ordonner et de mieux comprendre ce que je fais en ce moment) mais la question se pose quand même : s’il est destiné avant tout à moi-même, pourquoi est-ce que je l’écris en ligne ?

Même saoul, je n’ai pas trop mal résumé la soirée d’hier. C’était une chouette soirée, somme toute, une fois les deux colocataires taciturnes partis je-ne-sais-où. Je me rends compte néanmoins que j’ai oublié de parler d’un des invités : Lytle. Lytle est assez discret, ne parle pas beaucoup, mais est d’agréable compagnie. Il revient d’un voyage en Norvège. Il était à Oslo lors du drame de l’île d'Utøya. Quand je lui demande s’il a rencontré du monde là-bas, il répond : "Oh non, je ne suis jamais resté plus de deux jours au même endroit". Il y est allé en voiture, en amenant sa nourriture et ses boissons. Il garde néanmoins un souvenir magnifique de son séjour (les fjords, les glaciers, les lacs...). 

Lytle vit de manière assez simple : il n’a pas besoin de beaucoup pour être heureux, apparemment. Je me dis que chaque personne envisage ses vacances différemment. Je me dis aussi que si mon ami Zapata était parti deux semaines en Norvège, il aurait squatté avec les anarchistes locaux, visité les repères underground du pays et rempli un carnet d’adresse de gens sympathiques et un peu hors système. Célibataire, il serait sans doute aussi sorti avec trois ou quatre Norvégiennes, au moins. Mais Lytle n’est pas Zapata. Je me dis enfin que si j’étais parti en Norvège seul pendant quinze jours, j’aurais forcément lié connaissance coûte que coûte avec des habitants ou des touristes. J’aurais goûté les bières locales dans un pub tous les soirs ou presque, sorti mon anglais le plus basique sans trop de honte et fait des randonnées avec des amis improvisés... Ou pas. Qui sait ? Je ne suis jamais allé en Norvège.

* * *

En fin de matinée, émergeant difficilement d’une gentille gueule de bois (se cantonner à la bière, ne jamais boire de vin, nondidjû !), je rejoins Léandra à la Maison du Peuple. Il y a un beau soleil à l’extérieur mais force est de constater qu’il ne fait pas très chaud à la terrasse. Léandra préfère rentrer dans le café. Elle mange un bout de quiche et je l’accompagne avec des boissons : deux cafés et, pour exorciser les bières d’hier... deux bières (ça fonctionne !). On arrive à parler de plein de choses en assez peu de temps et, après avoir discuté du domaine de Chevetogne, on tombe d'accord sur la relative absence d'intérêt des administrations provinciales en Belgique... Je suis curieusement de très bonne humeur depuis ce matin, sans raison, comme dirait l'autre.

En début d'après-midi, je me dirige vers la gare du Midi en compagnie de Léandra, pour retourner chez mes parents. Je me souviens qu'il faut encore que j'achète un cadeau pour l'anniversaire (passé) de ma "Bobonne" et décide donc de me rendre d'abord au centre-ville pour acheter des savons. Mauvaise idée. Très mauvaise idée : non pas pour les savons, mais pour le train que je prendrai plus tard dans la journée. Accusant dès le départ du retard (c'est assez habituel), ledit train s'arrêtera définitivement à Marchienne-au-Pont, à quelques kilomètres de Charleroi. Après une attente d'une demi-heure, le contrôleur nous donne la raison : alerte à la bombe en gare de Charleroi. Tout le monde reste calme et descend donc à la gare de Marchienne, sauf... un Français (reconnu à son accent, ha !) qui crie au scandale et qui engueule le personnel de bord.

Ambiance surréaliste à Marchienne-au-Pont. Le gars au guichet ne fait pas beaucoup d'efforts et lance constamment à toute personne se présentant devant lui, avec un accent inimitable : "Haaaa, j'n'peux rien faire pour vous, v'savez" ou "J'n'ai pas plus d'information, d'solé"... Je finis par prendre le bus jusqu'à Charleroi mais je ne suis pas plus avancé. La gare est entièrement fermée et le trafic totalement interrompu. Y a des policiers, des maîtres-chiens, et des pompiers partout. Je téléphone à ma maman, qui viendra me chercher en voiture près de Ville2, la grande galerie commerciale à l'autre bout de la ville. 

Pendant ma petite demi-heure de marche pour m'y rendre, j'ai l'occasion de voir à quoi ressemble aujourd'hui Charleroi vers 7 heures du soir : à pas grand chose. Il n'y a presque plus aucune vie, même sur les grandes artères. La plupart des cafés (comme "Les Mille Colonnes" près du passage de la Bourse) sont fermés, les commerces sont vides... Quelques rares travailleurs marchent rapidement dans les rues désertées... La seule activité humaine est constituée de bandes de jeunes qui restent assis à ne rien faire, près de la Foire. Charleroi est la grande ville la plus proche de chez mes parents. Je la connais très bien, cette cité, mais ça me rend triste de la voir comme ça. 

Conclusion du "voyage d'Hamilton" : je devais normalement être de retour chez mes parents vers 18h, et c'est à 21h30 que je reviens. J'ai donc juste l'occasion de voir ma fille une petite heure et de lui raconter quelques histoires...

mercredi 25 mai 2011

Histoire de péréquation

Matinée calme à trier des bouquins et des brochures en provenance d'un fonds d'archives sur lequel je travaille actuellement, le fonds de l'Association charbonnière de la Province de Liège (fonds très intéressant et très riche). La plupart des livres traités ce matin parlent de la CECA et de la politique énergétique de l'Europe dans les années 1960-1970, y compris du nucléaire, qui n'était pas encore le mastodonte qu'il est devenu aujourd'hui. Y a des titres qui donnent envie d'en savoir plus sur la vie et le monde, comme le très beau : "Rapport sur l'action de la Haute Autorité dans le domaine du contrôle de l'origine de la ferraille prise en péréquation par la Caisse de péréquation des ferrailles importées (C.P.F.I.) (Annexe spéciale au neuvième rapport général)" [sic]. Oufti ! 

Ce soir, j'ai revu Fany et Lytle. Plus tard nous avons été rejoints par la sympathique Clara. On a mangé dans un café/restaurant portugais près de l'arrêt de tram Germoir. Comme plat : de la "franceschina" (suis pas certain de l'orthographe). C'est très bon, un peu comme de la poutine ! J'ai payé le resto à Fany pour son anniversaire (en retard). Lytle m'a également rapporté mon hélicoptère miniature (son père gère un JouéClub en France), réplique au 1/80e de l'Eurocopter 155 de EADS. Il tourne, il monte, il descend, il avance... C'est magique !  Je me demande si Gaëlle appréciera. On est réellement arrivé à l'ère de la technologie de précision miniature en plastique très bon marché. Nous sommes partis vers 23h : l'infatigable Fany allait danser un tango (!), Clara l'a suivie et Lytle s'est précipité vers le tram.

samedi 21 mai 2011

Course en chaise roulante

Malade cette nuit (une crise de foie, je pense : le comble quand on sait que justement, je ne bois plus !). Je vais rester à la mer et bouder la soirée anniversaire de Fany. Après-midi à la plage avec Gaëlle et mon père. Bowling le soir. Je gagne les trois parties contre ma mère. Ma grand-mère (85 ans en août) est vraiment vieille, désormais. Elle est en chaise roulante. Je la pousse toute la journée et je fais la course, parfois. Lytle me téléphone de France pour me vendre un hélicoptère. Je l'aurai mercredi 25 ! Sinon, c'est dingue : j'ai toujours des nausées. Du coup, je prends 1 (un seul) Orval avant d'aller dormir pour... mieux digérer. Et ça fonctionne ! (Est-ce psychologique ?)

samedi 7 mai 2011

Mise en mer

Les cendres de ma tante sont jetées en mer. C'est la vie. Je passe la journée à la maison de mes parents avec ma fille et la soirée à Bruxelles avec Emily, Andrew, Walter et Lytle. Impossible de manger une pizza dans le Centre-ville à 23 heures (ça énerve un peu Andrew, qui sort à la patronne : "Vous voulez perdre de l'argent ? C'est ça que vous voulez ? D'accord !"). Fin de soirée au Bison. Lytle rentre en Noctis. Walter en taxi. Andrew est parti depuis longtemps. Je raccompagne Emily, avec son vélo, jusqu'à la place Louise, où nos chemins se séparent.

samedi 23 avril 2011

Les Monologues voilés

Journée avec Christelle, qui revoit Lytle et Léandra. Il fait beau et chaud. Le soir, on va voir la dernière des "Monologues voilés" au Théâtre de Poche. Curieusement, je suis déçu. C'était pourtant bien interprété, parfois très comique, parfois très tragique. Je ne devais pas avoir la tête à ça.

jeudi 21 avril 2011

Un jour avant la création de ce journal

Nous sommes le 21 avril 2011. Demain, je me mettrai à écrire ce journal un peu ridicule au jour le jour. Au départ, ce carnet était intégré à mon blog, de manière un peu cachée (mais néanmoins trouvable). Cependant, le format n'était pas vraiment adéquat et l'instabilité de Blogger me faisait perdre des pans entiers de ce que j'avais écrit, sans raison. Des années 2009-2010 et du début de 2011, je me souviens de quelques trucs...

En 2009, le début d'année fut assez plat, monotone et insipide. C'est l'année de ma reprise du badminton, après dix ans d'arrêt. C'est là que je rencontre  le vieux Lewis, président du club, historien de formation, qui deviendra mon ami.

Le vendredi 7 août 2009, je passe à un "Apéro urbain" devant le Palais de justice de Bruxelles en compagnie de mon pote Vinge. On s'emmerde, on va partir mais on rencontre par hasard Charles-Henri du badminton, avec d'autres Français. C'est là que je rencontre Christelle. Le lendemain, jeu de tarot à Bruxelles-les-Bains avec les Français. C'est le début de la "période française". 

Durant cette période, je  rencontre plein de nouveau monde dont Emily, Fany, Vespertine, Lytle, notamment. Au badminton, arrivée de Walter, aussi. Sinon, quelque chose a-t-il changé depuis ? Ah oui : j'ai aussi rencontré Annabelle. Pour elle aussi, je me souviens de l'endroit où je l'ai vue la première fois : j'étais à deux mètres de la porte d'entrée en train de placer un filet dans la salle de sport et je l'ai accueillie. Et je me souviens aussi de la première fois où je lui ai proposé d'aller boire un verre à la buvette. 

(Note : parfois je me souviens parfaitement de la première rencontre, parfois pas. Exemple le plus flagrant : Léandra. Je ne sais pas du tout quand ni où je lui ai parlé la première fois. Et elle non plus, je pense.)