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vendredi 26 avril 2013

Pièces étoilées

Simple comme bonjour. — Je suis au bureau ce matin. C'est rare. C'est le branle-bas de combat pour terminer à temps la mise en page d'un important dossier de reconnaissance accompagné de ses annexes. Une fois reliés, les deux volumes me font penser à la fin de ce vieux sketch des Inconnus intitulé « Simple comme bonjour » ; plus précisément à ce moment où le présentateur, pince-sans-rire, offre en compensation au perdant les deux imposants tomes de la règle du jeu. Nous ne sommes pas encore arrivés à cette extrémité-là, mais nous nous en rapprochons dangereusement.

« Sortez de ma salle de bain ! » — Au « Flandre », à Namur, sirotant un café en attendant la fin des classes de primaire, j'écoute le serveur raconter à un habitué les dernières anecdotes croustillantes du lieu. — « Je venais de prendre mon service, de bon matin, et voilà qu'une cliente vient me trouver : "Monsieur, il y a une femme nue dans les toilettes !" Je demande à ma collègue d'aller vérifier (moi, je ne rentre pas dans les toilettes des dames, hein !). Et effectivement, il y avait vraiment une femme nue dans les toilettes, remplie de mousse de la tête aux pieds ! "Sortez de ma salle de bain !", qu'elle disait. J'ai directement téléphoné à la police... "Vous avez une femme nue dans vos toilettes ? Vous en avez de la chance !", qu'ils m'ont lâché au téléphone... Ils ont envoyé une équipe mixte. La policière a eu le plus grand mal à l'appréhender. "Sortez de ma salle de bain !", qu'elle criait sans cesse. En fait, elle s'était échappée de l'hôpital psychiatrique... » — « Un soir, j'ai aussi eu un gars qui avait dépecé un mouton et qui l'avait mis sur sa tête. Il avait placé la peau du mouton sur sa tête comme un homme des cavernes ! Il entre et me lance, imbibé d'alcool : "C'est un discothèque, ici ?" "Non, non, ce n'est pas une discothèque", que je lui réponds... Il s'en va, puis il revient à la charge : "C'est une discothèque, ici ? On peut danser ?" Et il commence à faire des gestes comme pour danser, avec sa peau de mouton sur la tête... C'était vraiment impressionnant, je te jure ! »

Collecte de copains. — Je reviens un peu plus tard à la même brasserie avec Gaëlle. Avant de retrouver son amie Colombine pour des parties de Nintendo 3DS, ma fille me déclare, fièrement : « Tu sais, maintenant, j'ai cent copains ! J'en ai collectés neuf nouveaux ces deux dernières semaines ! » — Elle me parle d'amours comme de pièces étoilées dans Super Mario.

Restaurant. — « Ça te dit d'aller au restaurant ce soir, Gaëlle ?
— Oh oui, au restaurant, au restaurant ! »
Je l'emmène à La Porteuse d'Eau à Saint-Gilles. Elle est très calme et discute posément. Je lui explique la première fois où Maïté et moi avions été manger à l'extérieur avec elle, alors qu'elle n'avait pas encore un an. Elle avait dormi durant tout le trajet en Maxi-Cosi et avait pleuré dès notre arrivée dans ce restaurant vietnamien de la rue Dejoncker, à Bruxelles. Un coup classique : la poussette s'arrête, le bébé pleure.
« Pourquoi est-ce que je me suis mise à pleurer ?
— Si on l'avait su, on aurait peut-être réussi à t'arrêter ! »

dimanche 14 avril 2013

Latour-de-Carol

Fin de vacances. — Je reconduis ma fille jusqu'au palier de la maison où habitent Maïté et sa petite famille, dans la banlieue de Namur. C'est à nouveau l'heure des courts adieux dramatiques : « Tu me téléphoneras, hein, Papa ? Tu me téléphoneras ce soir, dis ? » Elle me fait un petit câlin d'au revoir, puis la porte d'entrée se referme déjà. Je ne reverrai plus Gaëlle avant douze jours.

Abonnement. — Gare de Bruxelles-Midi. « Mon ordinateur vient de planter en beauté, constate l'homme de la SNCB derrière son guichet. Je vous propose donc de passer chez mon collègue d'à côté, qui confectionnera directement votre nouvelle carte. » Avant de rabaisser son store, il me donne de plus amples informations : il faudra bientôt être détenteur d'une carte électronique de type « MoBIB » pour voyager sur le réseau ferroviaire belge. « Dans un mois, vous n'aurez plus le choix : en tant qu'abonné, vous devrez passer au nouveau système informatisé... Alors, autant le faire tout de suite ! » Deux guichets plus loin, un jeune gars sympathique m'accueille et s'occupe de mon nouvel abonnement. Il me tend un dépliant : « Voici un mémento qui explique comment fonctionne votre nouvelle carte. Dorénavant... » Il est interrompu par une femme qui s'impatiente derrière moi : « Excusez-moi... Vous en avez encore pour longtemps ?
— C'est un guichet "Abonnements", Madame : ici, ça prend toujours plus de temps qu'aux autres guichets », puis il se tourne à nouveau vers moi : « Dorénavant, disais-je, vous devrez donner cette carte électronique au contrôleur qui en vérifiera la validité à l'aide de sa machine... »
La dame peste avant de s'en aller vers un autre guichet.
« Qu'est-ce qui lui prend, à celle-là ? », lâche le guichetier, tout sourire, « Encore une qui ne sait pas attendre cinq minutes ? Peu importe... Donc, je disais que le contrôleur vérifiera la validité et pourra également vous demander votre carte d'identité... Mais c'est assez rare qu'il la demande, à moins que vous ne croisiez les équipes spéciales...
— Ha ! Vous parlez de la Ticket Control Team ? Il se fait justement que je suis tombé sur ces coupeurs de cheveux en quatre dernièrement.
— Oui, je parle bien d'eux ! Ce sont des malades... Un jour, ils ont voulu me mettre une amende dans un train alors que, comme vous l'avez sans doute remarqué, je travaille à la SNCB. J'avais demandé si je pouvais m'installer en première classe au contrôleur du train, qui avait accepté. C'est quelque chose qui se fait couramment. Puis débarquent ces quatre-là qui me déclarent que je n'ai pas le droit de rester en première, parce que je ne suis pas statutaire, et cetera, et que je risque une amende si je n'obtempère pas dans les plus brefs délais. Un grand moment de surréalisme ! »

(Presque) premier contact avec le printemps. — En terrasse de la Maison du Peuple. Le soleil se couche en douceur derrière l'église Saint-Gilles, l'air du soir est tiède. Je suis seul devant mon ordinateur. Je peaufine l'article de vendredi : je décide de diviser un paragraphe en trois pour le rendre plus lisible et j'en profite pour faire terminer tous les titres et sous-titres du jour par la lettre O. — Mary m'envoie un message : elle boit un verre à la Brasserie de l'Union, à environ cinquante mètres de ma table. Je termine tranquillement ma bière, poste mon article et la rejoins. Elle est attablée en terrasse avec Jerry et un ami que je ne connais pas : Augustin, un journaliste qui a — c'est marrant — des airs de Walter. Augustin me demande ce que je « fais dans la vie ». À chaque fois, c'est la même galère lorsque je dois raconter ma vie, mon travail, etc. Après quelques phrases, je déclare forfait : je travaille dans un institut d'histoire de la gauche, oui, et après ? Blocage. Celui qui veut en savoir plus peut toujours dépouiller le présent journal : il y est question de mon boulot, quelquefois.

La Toile de Doëlle, III.Monsieur le chef de gare... — Ce mois-ci, Doëlle me propose un exercice impossible : elle aimerait avoir mon avis sur Comme à la radio, l'album mythique que Brigitte Fontaine et Areski Belkacem ont composé en 1969-1970 avec l'Art Ensemble of Chicago. — ... Monsieur le chef de gare de Latour-de-Carol... — Doëlle est, dit-elle, obnubilée depuis deux semaines par Brigitte Fontaine. Brigitte est partout : dans chaque bouffée de cigarette, dans chaque rêve, dans chaque bouchée de nourriture, dans chaque boisson ingurgitée. — ... Vous étiez très pâle à sept heures du matin... — Il aurait été plus facile pour moi de rédiger seize paragraphes sur le lièvre-wallaby à lunettes que d'en pondre un seul sur cet album. — ... Vous aviez les paupières froissées... — J'aurais pu écrire, par exemple, que cette ribambelle de musiciens nous entraîne dans « un périple musical expérimental, exploratoire et révolutionnaire ; une redéfinition des paramètres musicaux qui, aujourd'hui encore, se dresse tel un somptueux phare rayonnant dans l'obscure abysse de cette musique à la lisière de l'inconnu », mais ça a déjà été plus ou moins écrit. Alors, à quoi bon se répéter, même si c'est vrai mais qu'on s'en fout un peu ? — ... Et ça n'avait d'importance pour personne au monde... — Reste cette chanson que je n'avais, dans mon absence crasse de culture, jamais entendue, si ce n'est peut-être noyée dans un brouhaha de discussions alcoolisées et vespérales chez Flippo ou Zapata : cette lettre au chef d'une gare des Pyrénées-Orientales qui a eu la gentillesse de récupérer un gilet de soie rouge. Pas la peine de chercher plus loin : cette chanson est un bel hommage aux anonymes ! — ... Ce qui est une chose horrible et normale. —

Lettre A Monsieur Le Chef De Gare De La Tour Carol by Brigitte Fontaine & Art Ensamble of Chicago on Grooveshark

jeudi 21 mars 2013

Bouquet de fleurs

Gaëlle et les fleurs de la reine. — Dans le train du soir, mon téléphone sonne. C'est Maïté. Je décroche. C'est ma fille Gaëlle. Comme à chaque fois, j'ai l'impression d'avoir un robot au bout du fil, ou plutôt l'un de ces effrayants enfants du village de Midwich, à la voix monocorde et aux facultés hors du commun.
« Bonjour Papa.
— Ha ! Gaëlle, c'est toi !
— Oui, c'est moi. »
Silence.
« J'ai vu la reine hier.
— Tu as vu la reine ?
— Oui, j'ai vu la reine Paola.
— La reine Paola ?
— Elle visitait l'école et j'étais dans la... haie d'honneur.
— Ha. »
(Nouveau silence.)
« Je pleurais un peu parce que j'étais au bord du malaise, tu vois, sous la pluie.
— Sous la pluie ?
— Oui. Alors, la reine est venue vers moi et elle m'a donné son bouquet de fleurs. Elle m'a demandé comment je m'appelais. J'étais très intimidée.
— Ha bon.
— Si tu entends du bruit dans le téléphone, c'est à cause de Pixies.
— Pixies ?
— Oui. Pixies, notre nouveau chat. À demain, Papa ?
— D'accord. Demain, j'aurai deux jeux du Professeur Layton pour toi !
Layton 6 ? 
— Non, Layton 6 n'est toujours pas sorti. Ce sera le 2 et le 3.
— Ha, c'est dommage, ça. Je veux dire : c'est dommage que Layton 6 ne soit toujours pas sorti. À demain, Papa.
— À demain ! »
(Mais elle n'est déjà plus là.)

Le chiffre de Dorabella (4). — Comme je l'expliquais déjà dans cet article, le message chiffré qu'Edward Elgar a envoyé à Dora Penny en 1897 résiste encore et toujours aux assauts d'armadas entières de cryptanalystes, professionnels comme amateurs, qui ont tenté d'en déduire la clé. Et c'est d'autant plus frustrant que lesdits assaillants disposent, en plus du message lui-même, d'une page complète d'exercices que Sir Elgar a rédigée plus de vingt ans plus tard, conservée à l'Elgar Birthplace Museum. Dans ce document précieux, Sir Elgar a non seulement donné la clé de son chiffre (ou plutôt une des clés) mais aussi des exemples chiffrés parfaitement déchiffrables, ainsi que d'autres indices légèrement plus curieux. Le document numérisé est disponible sur la Toile mais dans une piètre qualité : je l'ai retrouvé sur cette page du site benzedrine.cx consacrée entièrement au fameux chiffre. (On pourra également le consulter ici, au cas où l'autre se perdrait dans les limbes du Web.) — Dans la mesure où ce document pixelisé est à la limite du lisible, je l'ai retranscrit du mieux que je pouvais. L'image ci-dessous peut être considérée comme une modeste contribution à « l'effort de guerre » que constitue le déchiffrement de ce message.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir.)

Cette page d'exercices est composée de plusieurs parties distinctes.
1) (À gauche, en haut) Il s'agit d'une équivalence symbole/lettre. C'est une des clés possibles donc, qui prend pour base un simple chiffrement par substitution. Cette clé, on l'aura compris, ne coïncide absolument pas avec le cryptogramme écrit en 1897. Si elle coïncidait, le chiffre de Dorabella aurait été déchiffré depuis très longtemps et je n'aurais pas eu grand-chose à écrire au cours de cette semaine.
2) (À gauche, au milieu) Plusieurs exemples qui sont déchiffrables grâce à la même clé : « Marco Elgar » (le prénom et le nom de son chien !), « A very old cypher » (« un très vieux chiffrement ») et « Do you go to London? » (« Est-ce que tu vas à Londres ? »). À noter que « A very old cypher » est crypté deux fois : une fois à l'aide des symboles habituels en forme de boucles et une deuxième fois à l'aide de symboles rectilignes.
3) (À gauche, en bas) Une série de formes géométriques. Elgar a tracé un carré et cinq cercles (ou roues) traversés à chaque fois par deux diagonales perpendiculaires. Il a en outre dessiné, sur les deux diagonales et la circonférence de quatre de ces cercles, une série de petits traits qui, plus que certainement, permettent de distribuer les 24 symboles disponibles dans son alphabet chiffré. Chacun de ces traits est orienté dans une direction particulière et correspond a priori à une, deux ou trois boucles orientées dans cette direction. Selon la manière dont sont agencés les traits et les lettres sur la roue et selon la manière de lire cette dernière (dans le sens des aiguilles d'une montre ou dans le sens inverse), l'équivalence symbole/lettre change du tout au tout. — À cela s'ajoute le fait que ces roues, configurées d'une certaine façon, sont peut-être destinées à être tournées chaque fois qu'une lettre est chiffrée. Exemple : on veut écrire « AA ». On cherche donc sur la roue le symbole équivalant à la lettre « A » et on inscrit ce symbole à la place de la lettre sur une feuille. Ensuite, on tourne la roue d'un huitième ou d'un quart de tour. Vu que l'on doit à nouveau écrire un « A », on cherche le symbole qui correspond à la lettre « A » sur la roue. Mais celle-ci ayant pivoté, le symbole ne sera pas identique au premier « A ». Si Elgar a crypté son message de cette façon, nous ne sommes pas sortis de l'auberge !
4) (À droite, en haut) Une suite de symboles qui ne sont pas agencés en suivant le même ordre que la clé rédigée en haut à gauche. Deux autres clés possibles ?
5) (À droite, au milieu) Le message, en clair, « Do you go to London tomorrow? ». Elgar a par ailleurs compté le nombre total de lettres (« 23 ») ainsi que le nombre de « O » (« 9 Os »).
6) (À droite, en bas) Les chiffres 1, 2, 3 et 4, le « 4 » étant représenté deux fois : une fois de manière fermée et une fois de manière ouverte (comme dans le cryptogramme de 1897).

(La suite, un an et demi plus tard, sur mon nouveau blog.)

mercredi 28 novembre 2012

Et alors quoi ?

Annonce. — De nouvelles devinettes visuelles apparaîtront sur le Devinoscope du samedi 1er au mardi 25 décembre 2012 à raison d'une devinette à 12h30 et d'une autre à 20 heures. Plus d'information ICI et . Évidemment, étant donné que je suis à nouveau en retard dans « la rédaction », la présente annonce n'aura d'intérêt que pour les éventuels lecteurs qui ne me connaissent que via ce journal, et encore !

Veille. — Cette discussion avec Mary sur l'horoscope (!), l'amitié, l'amour, etc. s'est prolongée beaucoup trop loin dans la nuit, même pour un monstre comme moi. Par ailleurs, cette idée de prendre un bain bouillant à presque trois heures du matin en compagnie de Zarathoustra (non, ce n'est pas le nom de mon canard de bain*), lumineuse dans l'instant, s'est avérée désastreuse trois heures plus tard lorsque le réveil a sonné. C'est bien là tout le problème : lorsque je veille dans le silence nocturne, j'oppose à toute forme de conséquence (« Si tu ne vas pas dormir maintenant, alors tu seras fatigué demain ») un « ici et maintenant » bien plus confortable.

Îlot. — C'est durant la nuit que je déterre le plus de vérités sur moi-même. Exemple avec cette banalité, que je me suis tout de même empressé de noter dès qu'elle a surgi de je ne sais où : mes sept années de relation amoureuse avec Maïté n'ont été que l'exception qui confirme la règle ; l'arbre qui cache la forêt ; un îlot de couple dans un océan de solitude. Car c'est pure folie que de vouloir construire quelque chose avec moi, non pas parce que je ne veux pas construire, mais bien parce que je désire un édifice tellement différent et dont les plans n'ont jamais été établis auparavant ! L'amour rend aveugle et je suppose qu'elle a été assez aveugle pour me suivre, oui, mais pour me suivre où ?... Évidemment, je ne propose aucun chemin, je n'en ai jamais proposé et je n'en proposerai jamais. L'idée même d'en proposer un me répugne. Et alors quoi ? Et alors rien du tout !

Solitude heureuse.Tout (ou presque) dans cette putain de société de merde présente la solitude comme une imperfection, voire une tare, alors qu'elle peut être — tadam ! — merveille et création ! J'imagine — ou plutôt je sais que d'aucuns la considèrent comme pesante, cette solitude ! Et pourtant ! Combien de fois m'a-t-elle dégagé de ce bourbier dans lequel je stagnais ?  

Dans le divan. — Lorsque Mary revient de ses cours, je suis couché confortablement dans le petit divan rouge (pourtant inconfortable) qui décore notre « salon ». J'ai passé ma soirée devant mais-tu-vas-nous-en-parler-jusqu'à-la-fin-des-temps-c'est-pas-possible-zut la nouvelle traduction d'Ainsi parlait Zarathoustra (par Hans Hildenbrand) et les deux premiers tomes de commentaires (par Pierre Héber-Suffrin). Je passe du poème aux commentaires et je trouve ces derniers très éclairants : voilà quelqu'un qui n'apporte pas une thèse mais qui tente d'expliquer, voire de simplement paraphraser, cette œuvre en apparence chaotique... C'est une soirée curieuse : je reste dans mon divan avec Zarathoustra ; je suis très fatigué mais je refuse d'aller dans ma chambre ; Mary me parle de temps à autre, je lui réponds de temps à autre ; lecture et réalité se mélangent...

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* Note pour plus tard (mais pas pour moi) : ce nom serait parfait pour un chat.

jeudi 22 novembre 2012

Points de suspension

« Mais l'heure les presse : aussi te pressent-ils à leur tour. De toi aussi ils veulent entendre un "oui" ou un "non". Malheur à toi, tu veux placer ta chaise entre pour et contre ? (...) À cause de ces impatients retourne dans ton abri : ce n'est que sur la place publique qu'on est assailli par "oui ?" ou "non ?". » (Z.)

Le spectre du « Je m'en fous ! » — Après avoir corrigé un texte, corrigé la correction, corrigé la correction de la correction et corrigé la correction de la correction de la correction, arrive parfois cette situation un rien surréaliste où la correction que l'on a apportée en dernier lieu annule toutes les précédentes et rétablisse en fin de compte la version originale. — Cela arrive principalement parce que nous ne nous entendons pas sur des questions aussi primordiales que : « Des points de suspension entre crochets dans un titre en italique doivent-ils être eux aussi en italique ? » Charlotte pense que « non, bien sûr que non, car une règle pareille n'a jamais été d'application nulle part ! » ; mais Lodewijk estime au contraire que « peut-être que oui, car ces points remplacent une partie du titre en italique... » Et lorsque Charlotte se rend compte que nous avons re(rere)corrigé les notes en suivant la seconde idée plutôt que la première, elle finit par soupirer : « Laisse comme ça... Je m'en fous ! », puis, un peu plus tard : « De toute façon, je suis désormais dans une phase "Je m'en fous !"... Je ne dis plus que ça : "Je m'en fous !" » — Après le fantôme du perfectionnisme (paragraphe d'hier), le spectre du « Je m'en fous ! » fait son apparition. Il faut vraiment de toute urgence que les dés soient jetés ; que tous les cahiers soient sous presse et qu'on ne puisse plus du tout y toucher, malgré les nombreuses imperfections qui les criblent.

Au Verschueren avec Léandra, 1. — Je lui parle, sans vraiment développer (car elle n'a pas la tête à ça en ce moment — l'a-t-elle jamais eue ?), d'un des chapitres d'Ainsi parlait Zarathoustra qui m'a particulièrement marqué, celui intitulé « Des mouches de la place publique ». Nietzsche y mentionne, avec beaucoup de mépris, les « grands hommes » autour desquels gravitent « les petits ». Il appelle « grands hommes » ces « bouffons », « présentateurs » ou encore « comédiens des grandes causes » qui sont, aux yeux des petits, les « maîtres de l'heure » : les grands hommes font beaucoup de bruit autour de nous quand les petits couvrent notre corps de nombreuses et désagréables piqûres. — Il est évident, à la lecture de ce chapitre, que N. fait référence aux hommes politiques démagogues (attirés par la gloire du moment et non par la vérité) et à tous ceux qui gravitent autour d'eux : le plus grand nombre, le peuple... — J'explique à Léandra que j'ai parfois l'impression très bizarre que Zarathoustra, messie athée et immoraliste, me parle directement ; me donne des conseils ; me conforte dans certaines idées développées longtemps auparavant... des idées qui remontent au début de l'adolescence, bien avant donc d'avoir entendu parler de philosophie allemande. — Face aux nombreuses mouches qui polluent l'opinion au sein de l'espace public, son conseil est d'or : « Fuis, mon ami, fuis dans ta solitude, là où souffle un vent rude et fort. Ce n'est pas ton lot d'être un chasse-mouches. » [Une traduction française en ligne se trouve notamment ICI.]

Au Verschueren avec Léandra, 2. — « On croit trop souvent que le sexe permet d'oublier les problèmes du couple ; que le fait de se retrouver à poils met à niveau toutes les tensions. C'est faux ! Les mêmes problèmes se posent que l'on fasse ou pas l'amour ! » (Je ne peux qu'approuver.)

Au Verschueren avec Léandra, 3. — On parle de psychologie comportementale et cognitive. Peut-être, de son propre aveu, une thérapie ferait-elle le plus grand bien à mon amie ? Par contre, je ne suis absolument pas convaincu de son utilité en ce qui me concerne : comme d'habitude, je suis en train de trouver mes propres solutions. Et puis, je me pose déjà assez de questions comme ça, merci bien ! (« Peut-être pas les bonnes ? » — Oh, ta gueule !)

Divan. — Même si je reste assis sur ma chaise de bureau, j'aurai quand même droit, ce soir, à la séance du divan : « Qu'est-ce qui n'a pas été avec Maïté ? » me demande Mary. Puis : « À partir de quel moment ça n'a plus été ? », « Tu as toujours été amoureux d'elle ? », « Mmmmh... Es-tu certain de cela ? », etc. Je finis par m'asseoir à la table et à lui raconter quelques histoires parmi d'autres : « En sept ans de couple, il s'est passé pas mal de choses, tout de même, hein ? »

dimanche 4 novembre 2012

Ampoule

Tanagra. — Cette boîte de photos que mes parents ont retrouvée dans leur grenier est une brique de nostalgie à l'état brut : les jeunes Léandra, Zapata, Fred Jr et Hamilton II y apparaissent fréquemment, bien qu'ils n'y soient pas aussi réguliers, évidemment, que Maïté... Voyages dans le Périgord, à Florence, à Paris, et enfin cette relique sacrée : la première photo que j'ai prise d'elle alors que je venais de faire sa connaissance, lors du voyage d'accueil du Cercle d'histoire, considérant que ma mémoire ne serait pas suffisante pour immortaliser cet incomparable portrait un cliché qui fit dire à ma tante, quelques mois plus tard, que j'étais tombé amoureux d'une tanagra. 

Gaëlle et le Chat botté. — « J'ai déjà embrassé le Chat botté dans mes rêves », nous déclare subitement Gaëlle, sans raison, « et après l'avoir embrassé, je devenais Espagnole ! »

Hashtags. — Curieuse manie que celle qui consiste à utiliser à tort et à travers les hashtags dans un message, sans qu'il y ait pour autant le moindre rapport avec des métadonnées... — Je n'arrive toujours pas à savoir pourquoi je déteste tant cette pratique : est-ce parce qu'elle est techniquement inappropriée ou parce qu'elle est l'apanage du geek croyant appartenir à une communauté de comportements et de langage ?

Probité limitée. — Dans ses écrits, Schopenhauer se dit souvent doté d'une très grande probité intellectuelle. Hélas ! Cette honnêteté qu'il croit extrême et sans faille s'arrête là où commence son propre système de pensées. Car le brave Artie préfèrera toujours louvoyer plutôt que de remettre en question un seul instant son grand œuvre : de temps à autre, face à une observation raboteuse qu'il doit à tout prix insérer dans le petit coffre propret et harmonieux des connaissances a priori, il n'hésite pas à sortir son marteau et son burin pour rendre ladite observation conforme à l'idée qu'il s'en fait. (Il serait pourtant beaucoup plus sensé, dans pareil cas, de remettre totalement en question la possibilité même d'une telle connaissance... Mais peut-on sérieusement demander à un homme, fût-il un génie, de dynamiter la cathédrale flamboyante qu'il a patiemment édifiée ?)
 
Affichage fantôme. — La pire configuration qui puisse arriver dans un prémétro, en fin de soirée, est la suivante : que le tram qui est annoncé sur le panneau d'affichage, au demeurant complètement chaotique, soit en avance sur l'horaire et donc déjà passé et que le second tram soit en retard. Mais en fin de compte, Andrew arrivera quand même à rentrer chez lui !

dimanche 28 octobre 2012

« Et aujourd'hui, c'est moi le grand-père ! »

« Papa ! C'est le plus beau week-end de toute ma vie ! »
(L'effet Nintendo, sans nul doute.)

« Je veux rester avec papa ! Je ne veux pas revenir chez toi !
— Sympa... »

« Hamiiiiiil ? Y a une copine qui a trouvé dans la rue un petit chaton noir avec des pattes blanches ! On pourrait l'appeler Wittgenstein ? »
— Oui... Ou on pourrait l'appeler Socrate et directement l'empoisonner avec de la ciguë ? »

« C'est Gaëlle qui me l'a appris ce matin : Vivaldi est mort !
— Quoi ?
— Vivaldi... L'ancien chien de Maïté...
— Ha ! Ouf ! Je croyais que tu parlais du compositeur ! Or, il se fait que j'attends avec impatience son prochain concert ! »

« "Les trappistes parlent aux trappistes"... Ha-ha, très bon ! Je la note pour mon journal, celle-là ! »
(Par contre, je ne me souviens plus du tout de la conversation qui a donné naissance à cette phrase...)

« Si tu devais être dans une publicité, je te verrais bien jouer le grand-père des bonbons "Werther's Original"...
— Tout à fait ! Je pensais exactement à la même chose, d'ailleurs... Mais il faudrait que je vieillisse un peu pour entrer dans le rôle ! »

« Sur Wikipédia, à ce propos, il est écrit : "Une explication courante relate que les cavaliers du Moyen Âge circulaient sur la gauche des chemins, afin de pouvoir plus facilement tirer leur épée avec leur main droite en cas d'attaque." Mais juste après : "Cette théorie ne semble pas avoir de fondement historique"... »
(Nous voilà bien avancés !)

« Hamil ? Ce que je viens de te raconter, là, rassure-moi... Tu ne le mets pas dans ton blog, hein ?
— Bien sûr que non ! J'ai une éthique, faut pas croire ! »

jeudi 26 juillet 2012

Vols de chauves-souris en double-stéréo

« Hamilton en une phrase ».Souvenirs, souvenirs... En cherchant, en vain (et pour cause !), mon passeport dans les moindres recoins de mon appartement, je suis tombé sur cette vieille feuille A4 dactylographiée contenant une série d'aphorismes et de courtes phrases me décrivant, signés Zapata & Léandra, Maïté et FBsr. Tout cela fut écrit il y a un peu moins de neuf ans, à une époque où j'étais, pour la seconde fois, rédacteur en chef de La Colonne, le journal du Cercle d'histoire de l'ULB. Afin de présenter le nouveau comité dans les premières pages du numéro d'octobre 2003, j'avais demandé à chaque membre de me fournir des descriptions d'eux-mêmes rédigées par quelques uns de leurs meilleurs amis... J'avais fait la même chose de mon côté. Léandra et Zapata avaient alors cherché ensemble une flopée de descriptions (qui me correspondent aujourd'hui encore très bien, mises à part celles concernant ma coupe de cheveux) ; Maïté en avait écrite une qui passe désormais pour bien plus amère qu'elle ne l'était à l'origine ; FBsr, enfin, avait rédigé un paragraphe rempli de sous-entendus (c'était l'époque où nous étions de très proches amis, à tel point que Maïté en était presque jalouse... sans raison, évidemment). Extraits :
« Hippie psychédélique, son dernier coiffeur, il l'a vu en 1969 avant d'être téléporté à notre époque, pour un voyage jusqu'au bout de la nuit. » (Zapata & Léandra)

« Gourou chevelu d'une secte qui se réunit la nuit à l'Atelier et qui prône le respect du vent et de la pression atmosphérique : "Restez couchés et ne bougez plus... sauf pour lever votre verre de Chimay" » (Zapata & Léandra) [Référence à une photo de moi qui avait fait rire tout le monde à l'époque.]

« Je ne vais pas le noyer sous les compliments : ce n'est pas l'inspiration qui me manque, mais il ne sait pas nager. » (Zapata & Léandra)

« Fan de musique avec des hurlements de chiens et des vols de chauves-souris, il n'apprécie les animaux que dans leurs exploitations artistiques et culinaires. » (Zapata & Léandra) [Référence à Seamus, le bluesdog des Pink Floyd, et aussi au moins connu Zaireeka des Flaming Lips, avec ses fameux vols de chauves-souris en « double-stéréo ».]

« Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué. » (Zapata & Léandra) [Ma préférée !]

« Cheveux courts à la brosse toujours bien coiffés, fan de techno, la drogue non merci, grand bigot belliqueux, adepte de la chasteté avant le mariage : tout l'inverse de lui. » (Zapata & Léandra)

« La seigneurie d'Orchimont est sa seule passion, si on excepte R.E.M., Radiohead, les Flamings Lips, la BD, les belles pochettes de vinyles, Maïté, les bières spéciales, la science-fiction, le bon vin, la bouffe italienne, les échecs, les nouvelles technologies, son papa, sa maman et Jean-Claude Van Damme (cherchez l'intrus). »

« Il a les qualités et les défauts qu'on associe aux génies (vous placez la coupe de cheveux dans la catégorie de votre choix). Ça le rend parfois insupportable mais, vous verrez, rapidement vous ne pourrez plus vous en passer. » (Maïté)

« La première fois que j'ai vu Hamilton, c'était de dos. Sa naturelle amabilité ainsi que son charisme congénital m'ont tout de suite sauté aux yeux. Très vite, une intense amitié s'est forgée, nous rapprochant sans cesse sur des sujets divers. Nos positions s'avèrent souvent communes, ce qui semble indiquer que rien ne pourra jamais faire capoter notre fraternelle relation. Et c'est ainsi que, petit à petit, au gré de moult échanges verbaux, j'ai découvert chez Hamilton, derrière la crinière dorée qui chapeaute un charpenté cerveau, non seulement une constance de principes (chose rare dans notre société) mais surtout un altruisme et un dévouement à faire pâlir notre regretté Allende. Qu'au revers de doriques colonnes, les dieux accélèrent ton bel empire, Hamilton ! » (FBsr)
Au Vieux Moulin. — Rejoindre Fred Jr à Écaussinnes relève du parcours du combattant. En gare de Liège-Guillemins, le train vers La Louvière est supprimé. J'en prends donc un autre, vers Bruxelles. À Bruxelles-Nord, le train vers Braine-le-Comte est annoncé avec 25 minutes de retard. On dirait bien que c'est un jour noir pour la SNCB. — Ha bon ? Parce qu'il y a déjà eu des « jours blancs » ?

Mais tout le monde s'en fout, des retards de trains, non ?

Fred Jr m'attend sur le quai de la gare en compagnie de la petite Mado et d'Anouchka, qui pour m'accueillir me fait un attendrissant câlin. Elle m'appelle toujours par mon statut (« Parrain »). J'ai difficile à m'y habituer car c'est bien la seule personne à m'appeler de cette manière, à l'exception de ma fille, qui m'appelle parfois « Hamil », parfois « Papa », sans qu'il semble y avoir de raison particulière à l'emploi de l'un ou de l'autre.

Donna, l'épouse de Fred, et les deux enfants nous accompagnent une demi-heure au Vieux Moulin. Le serveur nous accueille : « Vous avez réservé ? (...) Pour deux personnes ? Ha, mais c'est pour 20 heures et il n'est que 19h30 ! Il va falloir attendre... » En attendant, nous observons les deux filles jouer dans la petite plaine de jeux jouxtant la brasserie. Les filles reparties avec leur maman, nous nous installons à la table réservée en terrasse. Fred Jr commande comme d'habitude son assiette de dix brochettes intitulée « LA TOTALE ». Quant à moi, j'opte pour un filet américain.

Fred me raconte son nouveau travail de coordinateur de bibliothèques publiques. Il est très content car il y a « plein de choses à mettre en place ». Fred n'est pas un administratif, c'est un créateur de nouveaux projets : il arrive dans un endroit et lance plein d'idées, de nouveaux services, de nouvelles manières de fonctionner, sans trop se soucier de la manière dont ça tournera une fois les grandes lignes mises en place. C'est sans doute la raison pour laquelle il enchaîne les boulots de manière beaucoup plus rapide que moi. Il m'explique qu'il y a des bibliothécaires qui sont très conservateurs : « Dans un rayon, un Guide du Routard 1998. Quel intérêt de garder ça ? Allez, hop, déclassé ! » Par ailleurs, des employés doivent être pris par la main : « Il travaille mais il faut toujours être derrière lui. Il ne prend jamais aucune initiative ! »

Fred Jr m'invite chez lui pour un dernier verre. Donna est en train de rafistoler les vêtements de ses enfants sur la terrasse. Fred parle de The Wire : « T'as déjà vu cette série ?
— Tu te fous de ma gueule ou quoi ? Je suis un fan absolu de ce chef-d'œuvre...
— Ouais bon, ne la vante pas trop quand même, cette série, me dit Donna, parce qu'il y passe déjà ses soirées pour le moment, alors...
— Non, mais The Wire, c'est fantastique, hein... 
— Ça veut dire quoi, d'ailleurs, The Wire ? demande Donna.
— "Sur écoute" en français, lance Fred.
— Oui, mais le titre anglais est plus subtil... "The wire", c'est "le fil"... Le fil des écoutes téléphoniques, mais aussi le fil qui relie les différentes structures sociales et les différents arcs de la série... C'est terrible, terrible. Tout a été pensé jusqu'au moindre petit détail, jusqu'à la moindre relation entre les différents acteurs...
— Ha bon ! »

jeudi 19 juillet 2012

Blog à vitesse réduite VI

Sur le temps de midi au boulot, une discussion sur la lecture...
« Tu lis assez vite, toi, non ? me demande Charlotte.
— Oui, je crois... Enfin, il paraît.
— Et lorsque tu lis un texte dans ta tête, est-ce que tu prononces mentalement tous les mots ?
— Euh... Difficile à dire. Non, je ne pense pas. Ça dépend...
— Moi, il faut absolument que je lise tous les mots...
— Peut-être que moi aussi, en fait. Je ne sais pas... »

Il est très difficile de décortiquer le processus mental qui est à l'œuvre lorsque je lis mentalement. J'en suis venu à la conclusion suivante : lorsque je me relis pour trouver des fautes, je procède avec lenteur, en appuyant sur chaque mot, mais quand je lis un texte pour trouver des informations, je vais beaucoup plus vite et je lis tout d'un seul bloc, sans buter sur un mot en particulier.

Quand je joue à un jeu de quizz en ligne, je suis capable de comprendre presque instantanément la question dans son ensemble sans vraiment la lire, et de donner la réponse tout aussi rapidement, du moins si je la connais évidemment. Je me souviens que ça énervait Maïté, parfois : « Mais comment est-ce que tu fais ? On n'a même pas le temps de lire l'énoncé ! » Je ne sais pas comment je fais mais j'ai remarqué que d'autres fonctionnaient exactement de la même manière (Mary, par exemple). — Oui, mais pour que je comprenne une question, il faut bien que les mots soient quelque part dans mon esprit ! Je dois donc les prononcer mentalement, d'une manière ou d'une autre ! — Arrête, Hamilton, tu te fais du mal pour rien, là...

Passeport, épisode III. — Résigné, je me renseigne sur la procédure à suivre lorsque l'on a perdu son passeport. Sur une page du site Web de la Diplomatie belge, un phrase attire mon attention : « En cas de perte ou de vol d’un passeport belge, le détenteur doit sans délai déposer une déclaration auprès du commissariat de police du lieu où le fait s’est produit ou a été constaté ou encore de sa propre localité. » Je me mets à stresser... Cela va me prendre des plombes... Si ça tombe, je n'aurai pas mon passeport à temps ou bien ils vont carrément me le refuser : « Monsieur Evenvel, cette perte d'un document émanant de nos services diplomatiques est éminemment grave. Vous êtes indigne de voyager ! » Je téléphone à la Commune de Forest, où une gentille préposée m'explique que « pas de problème, vous devez simplement vous présenter au guichet "Population", où l'on vous donnera le numéro de votre ancien passeport. Ensuite vous vous rendrez au bureau de police, dans le même bâtiment, où ils vous donneront une déclaration de perte, que vous nous fournirez au moment de retirer votre nouveau passeport... » Ça va encore me coûter bonbon (114 euros), mais je suis sauvé ! (Allez, allez, on se calme, Hamilton, ça va aller... Regarde un épisode des Simpson ! — Je ne peux pas ! Je suis au travail !)

En soirée, je continue à regarder Les Simpson et je retombe sur ce fabuleux générique de début réalisé par le graffeur et activiste britannique Banksy, montrant un « envers du décor » fantasmé : des petits Coréens réalisant des dessins à la chaîne dans un atelier glauque, rempli de produits toxiques et gardé par des militaires ; le meurtre de petits chatons blancs pour réaliser la fourrure des peluches ; l'utilisation d'une licorne, fatiguée et malheureuse, pour percer les DVD, etc. Au final, c'est un gros paradoxe que de voir cette critique de la Fox diffusée par... la Fox.

mercredi 18 juillet 2012

Blog à vitesse réduite V

Ce matin, dans le train vers Liège, quelqu'un me tape gentiment le crâne avec son journal. C'est Flippo qui, en raison des suppressions ferroviaires de l'été, prend le même transport que moi. « Je crois que j'ai battu mon record aujourd'hui », me dit-il, « car à 6h45, j'étais encore dans mon lit. » Sachant qu'il est à peine 7h05, c'est effectivement un beau record.

« Et alors, il paraît que tu te plains déjà ! me lance Flippo, légèrement offusqué.
— Quoi ? Hein ? Je me plains, moi ?
— Oui, tu te plains.
— Pour le voyage au Canada ?
— Oui, pour le voyage au Canada.
— Je me plains que tu veuilles absolument aller à Trois-Rivières ?
— Non. Enfin, si, aussi... Mais non...
(Je réfléchis un instant.)
— Haaaa, c'est en rapport avec le "Je vais encore devoir tout faire" ?
— Exactement. »
Explication : ce samedi, durant l'excursion dans le Centre, j'ai eu la mauvaise idée d'expliquer à Pietro que Flippo n'aimait pas téléphoner et que c'est moi qui allais encore devoir m'occuper des réservations de chambres ou d'auberges de jeunesse. (C'est vrai qu'il y a plus sympathique comme remarque, mais c'était de l'humour, hein !)

Attendant sa correspondance sur le quai, Flippo évoque la raison pour laquelle il a failli rater son train aujourd'hui... Une sombre histoire de rêve qu'il a fait, dans un état de somnolence, après que son réveil a sonné. Un rêve dans lequel, ayant raté son train à Bruxelles-Central, il arrivait à le rattraper en courant le long des rails jusqu'à la Gare du Nord. « Et en quoi ce rêve explique-t-il que tu aies failli rater ton train ? » Il me donne sa réponse, mais je ne la comprends pas. « Eh bien voilà un truc que je pourrai écrire dans mon journal... » « Ha non ! »

Lue aujourd'hui, dans le cadre du boulot, cette interprétation d'Ernest Mandel, économiste et théoricien marxiste, concernant les politiques d'austérité en temps de crise (en l'occurrence les conséquences de la première crise pétrolière d'octobre 1973) : « Toute crise de surproduction constitue toujours une agression massive du capital contre le travail salarié. En augmentant à la fois le chômage et la peur du chômage, elle tend à faire accepter aux travailleurs les baisses (ou stagnations) des salaires réels, l'accélération des cadences, les pertes d'acquis en matière de conditions de travail et de sécurité sociale, la réduction des protections érigées dans la phase de prospérité contre la pauvreté et l'injustice les plus flagrantes. » (1978) — Toute ressemblance avec une situation actuelle etc.

Passeport, épisode II. — Je demande à mes parents, en pleine phase de rangement, de vérifier que mon passeport n'est pas resté à la maison. Mon père me répond par la négative : « Pas de trace de ton passeport chez nous ! Désolé. » Je me mets donc à retourner tout mon appartement : les armoires remplies de brol, les étagères, tous mes classeurs, dossiers, enveloppes, vieux sacs, etc. Lors de cette fouille en règle, je redécouvre énormément de choses : des affiches, un CD contenant des cartes forestières que j'avais réalisées dans le cadre d'une conférence, de vieux textes, une vieille photo en noir et blanc de Maïté à 18 ans — qu'elle était belle ! —, de vieilles cartes postales, des notes de cours, des photocopies de textes médiévaux aux graphies variées, etc. J'arrive par ailleurs à m'entailler le petit doigt avec je ne sais quel objet coupant. Mais toujours pas de passeport, gottferdom ! (Allez, allez, on se calme, Hamilton, ça va aller... Regarde un épisode des Simpson !)

vendredi 6 juillet 2012

Administration

Gaëlle a besoin d'urgence d'une Kids-ID. Sous cette appellation barbare et un rien ridicule, se cache tout bêtement « la carte d'identité électronique pour les enfants de 0 à 12 ans » (dixit le Portail des services publics belges). Dès lors, pourquoi ne dit-on pas simplement « Carte d'identité pour enfants de moins de douze ans » ? Parce que « Kids-ID », c'est de l'anglais et que ça fait plus cool ? Parce que c'est moins long ? Parce que ça se prononce de la même manière en français et en néerlandais ? Parce que les initiales de « Kids-ID » forment elles-mêmes le mot « KID », preuve de l'humour subtil et de très haute volée dont font preuve les fonctionnaires belges ? — Et pourquoi est-ce que je parle de tout cela ? Parce que j'ai encore envie de me plaindre ? Parce qu'il pleut dehors et que ça me déprime plus que d'habitude ? Ou bien parce que je n'ai rien d'autre à raconter ?

Gaëlle a donc besoin d'une Kids-ID... La raison ? Elle part en vacances en France dans deux semaines avec sa maman et doit, pour se rendre outre-Quiévrain en toute légalité, porter sur elle ce document. Et ce n'est pas tout ! Ma fille doit également recevoir, pour sortir du territoire belge, mon autorisation paternelle, dûment contre-signée par un agent communal assermenté... Une formalité fort compréhensible dans le cas où Maïté développerait l'idée saugrenue de profiter de son séjour en France pour enlever sa propre fille et aller vivre avec elle dans une montagne reculée d'Ouzbékistan.

Gaëlle, ma mère et moi arrivons en début d'après-midi à l'hôtel de ville de Namur. Là, nulle caricature de l'administration « à la Snuls »... À la place, un hall d'accueil entièrement rénové et informatisé, avec distributeurs de tickets d'attente (de différentes couleurs selon les services) et plusieurs grands écrans où s'affichent les numéros de ticket, en correspondance avec leur numéro de bureau.  En bas de l'écran, ce message : « Malgré nos efforts, il est possible que le temps d'attente soit un peu long. » (Tout est dans le « un peu »...) Le petit plus technologique : lorsque le numéro demandé n'arrive pas dans le délai imparti, une voix informatisée insiste d'un ton monocorde... « Attention, dernier rappel : le... numéro... 264... est demandé... au... guichet... 28... » (On se croirait en gare de Charleroi.)

Je dois rédiger un document manuscrit pour autoriser Gaëlle à quitter la Belgique et je pose à cette occasion la question débile du jour : « À "soussigné", il faut un tiret ou pas ? » (Je suppose que la fonctionnaire en a entendu d'autres.)

« Pourquoi t'es énervée, Nanou ?
— Je ne suis PAS énervée, Gaëlle...
— Si, si, tu es énervée... Pourquoi ? »
(Personne ne le sait mais c'est communicatif en tout cas.)

Le soir, direction Bruxelles. Je passe la nuit là-bas dans l'optique de rendre à Léandra, demain matin, son petit ordinateur. S'en allant seule à Marseille, dans un hôtel disposant du sacro-saint Wi-Fi, elle en aura terriblement besoin la semaine qui vient. Mais sans ce petit ordinateur bien pratique (qui a d'ailleurs déjà failli rendre l'âme à cause d'un bête café au lait chaud), je vais encore prendre, à partir de demain, un sacré retard dans la rédaction de ce blog ! Sans compter qu'il y a toujours cet autre gros article à terminer pour le boulot...

jeudi 28 juin 2012

Chavagnac

Au réveil, le souvenir vivace d'un rêve pornographique au cours duquel je sors avec une vieille connaissance d'école secondaire. En public, la femme est timide et effacée, jusqu'à regarder constamment le sol... Au lit par contre, elle devient à la fois vulgaire et dirigiste. Elle me repousse et me crie : « J'en ai rien à foutre de tes petits bisous et de tes caresses ! Je veux que tu mettes ta main là, et là, et puis ici ! » ou : « Je veux que tu me prennes comme ça ! » ou encore : « T'as pas oublié les préservatifs, au moins, couillon ? », etc. J'exécute tout ce qu'elle me demande, sans néanmoins prendre le moindre plaisir. Pendant l'acte, elle me lance une série de phrases comme : « T'aimes ça, hein, mon cochon ? » — Misère ! Pour une fois que je rêve de sexe, il faut que ma partenaire imaginaire soit dans l'incapacité d'être douce ! (Je ne veux même pas savoir ce que ce rêve cache au niveau symbolique.)

Librairie Filigranes. Je flâne aux rayons philosophie, science-fiction, littérature générale et poésie. Du côté de la science-fiction, j'opte pour Simulacron 3 de Daniel F. Galouye (1964), où il est question d'un simulateur d'environnement total, autrement dit d'un monde complet créé informatiquement (Matrix est en retard d'une guerre !)... Au rayon littérature, je cherche en particulier le texte de Goethe sur la botanique (La métamorphose des plantes) mais je ne le trouve pas... « Ha, désolé, nous ne l'avons pas en stock, me répond une vendeuse. Mais nous avons Faust, au rayon théâtre, et le très beau Divan d'Orient et d'Occident qui établit, comme son nom l'indique, le pont entre ces deux mondes. Je suis assez fière d'en avoir fait l'acquisition... » C'est un peu cher, alors je me rabats sur ses Maximes et réflexions (pour le moment).

Goethe : « Si Dieu avait été préoccupé de faire vivre et agir les hommes dans la vérité, il aurait dû s'y prendre autrement. » ; « Lorsque l'homme se met à réfléchir sur sa santé ou son moral, il se trouve généralement souffrant. » ; « Jeter un coup d'œil sur une horloge qui ne marche plus, par habitude, comme si elle marchait encore ; regarder le visage d'une beauté comme si elle aimait encore. »

Une réplique culte, et très drôle, du barman Moe Szyslak dans Les Simpson (Toute la vérité, rien que la vérité, 1991) : « Les gens riches ne sont pas heureux... Depuis leur naissance jusqu'à leur mort, ils s'imaginent qu'ils sont heureux, mais crois-moi : ils ne le sont pas ! »

Je suis au MicroMarché, dans le quartier de Sainte-Catherine, en compagnie de Léandra, de Perrette et du Docteur Nanash. Celui-ci et moi-même commandons à boire. Lui un mojito, moi une simple bière. La serveuse nous sert les deux boissons et souhaite encaisser de suite : « Ça fera six euros nonante, s'il vous plaît...
— Combien coûte le mojito ? demande Nanash.
— Sept euros.
— Et l'on vous doit ?
— Six euros nonante, s'il vous plaît.
— D'accord. »
Constat : soit la bière est au prix incroyable de -10 cents (si j'avais commandé 70 chopes au lieu d'une, la commande aurait entièrement payé le mojito), soit la serveuse est un peu... hem... limitée. La conclusion toute personnelle de Nanash : « Faut pas chercher à comprendre, c'est la sélection naturelle, un point c'est tout ! »

Un peu plus tard, Léandra et moi rejoignons Andrew au Domaine de Chavagnac, un restaurant gastronomique (très abordable) spécialisé dans la cuisine du Sud-Ouest... Ça sonne un peu comme « Champignac », dans les aventures de Spirou et Fantasio, c'est sympa !

J'offre à Andrew son cadeau d'anniversaire : un recueil de poésie japonaise intitulé De cent poètes, un poème, trouvé tout à l'heure chez Filigranes. Le connaissant, je me suis dit qu'il aimerait pareil recueil de poésie orientale — j'ai longtemps hésité entre l'arabe et la japonaise —, d'autant plus que chaque poème est accompagné, en pleine page, de sa propre calligraphie. (Apparemment, je ne me suis pas trompé.)

Je déguste une tranche de foie gras en entrée... « Le foie malade d'un animal torturé », disait en son temps Maïté... Mais c'est tellement bon ! En plat principal, un pavé de bœuf. De leur côté, Andrew et Léandra mangent du magret de canard au thym.

Est-il possible que je n'aie plus vu Andrew depuis le 22 avril 2012 (si l'on en croit sa dernière apparition de visu dans ce blog, mentionnée un jour plus tard, soit le 23 avril) ? Idem pour Emily : cela fait plus de deux mois que je ne l'ai plus croisée. C'est la vie !

C'est la folie dans le centre-ville... L'Italie a gagné, semble-t-il. Le boulevard Anspach est assailli par les bruits de klaxons et l'agitation des drapeaux... Une scène : une famille d'Asiatiques, dans un taxi, observant avec de grands yeux émerveillés cette démonstration de liesse populaire européenne. Une autre scène : deux supporters allemands, dans le tram, petit drapeau en main, essayant tant bien que mal de se consoler de la défaite de leur équipe. Ils ont vraiment l'air au bord des larmes, c'en est presque... inquiétant.

mercredi 13 juin 2012

Pièges à dahus

Allo, fusée lunaire ? Ici la Terre ! — Souterrain de la gare du Midi, vers 7h15 du matin. Vinge m'aperçoit cette fois-ci. Il n'a pas l'air très éveillé, mais semble néanmoins en bonne forme. Il discute avec moi pendant que se prépare mon café, à l'endroit habituel.

« Qu'est-ce que tu fous là à c't'heure-ci, toi ? me demande-t-il.
(Je m'en vais, de bon matin, poser des pièges à dahus place de Bethléem.)
« Euh... À ton avis ? Je pars travailler, tout simplement.
— Et tu dois être ici aussi tôt ?
(Absolument pas : je me comporte ainsi tous les jours par pur masochisme.)
— Ben oui, parce que je dois prendre le train... Pour aller à Liège...
Toudi à Lîdje*, toi ?
— Eh bien, euh... Oui, il semblerait. » 

Vinge a l'air de remonter la pente et ça fait plaisir à voir. Il a un travail qui lui convient dans l'administration judiciaire, parle de payer un pot en terrasse pour son anniversaire, quand il fera bon dehors. Il me lâche : « J'ai déjà eu à en payer un au boulot. Là, j'ai pas pu y couper, j'étais obligé, ouais... C'est comme ça, fieu ! Cinquante euros que ça m'a coûté, ouais, ouais, putain ! » Il remonte la pente, mais n'a pas tellement changé, et c'est tant mieux : ce gars est un extraterrestre, que je préfère, soit dit en passant, à nombreux de mes compatriotes terriens.

Massage New Age. — Au travail, la discussion de la pause café tourne en grande partie autour du monde des centres de massage, que mes trois collègues présentes semblent particulièrement bien connaître. Charlotte explique ses déboires : « Celle chez qui j'allais auparavant me racontait tous ses problèmes avant de me masser. Question détente, j'ai connu mieux ! », « La dernière chez qui je suis allée était meilleure mais en me massant le cou, elle m'a dit : "Il y a énormément de peurs en vous !" » Cette masseuse a également apparemment la fâcheuse tendance de mettre durant le massage des musiques New Age et des huiles essentielles qui donnent la nausée à Charlotte.

Question massage, je n'ai pas grand-chose à ajouter à la présente discussion. La seule fois où je me suis fait masser (en dehors d'une relation de couple), c'était aux thermes de Spa et je n'en ai pas gardé un souvenir extraordinaire. Lors de ce week-end de cure thermale (en 2005), Maïté et moi avions d'ailleurs eu droit à notre lot d'ambiance New Age et de détente obligatoire (« Tu vas te détendre maintenant, Hamilton, OUI OU MERDE ? »)... Un des soins en dehors du massage a en effet consisté à nous coucher sur un matelas d'eau en nous posant un casque sur les oreilles. Pendant une demi-heure, des bruits d'océan, de dauphin et de vent dans les arbres, accompagnés d'une petite musique gnangnan censée me relaxer, tarir le flot des pensées, bla-bla-bla... Mais c'était beaucoup trop artificiel pour avoir une chance de fonctionner. (Si je veux entendre le vent dans les arbres, je me rends en forêt et si je veux entendre le cri d'un dauphin, je regarde Flipper à la télévision.)
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* « Toujours à Liège » en wallon.

lundi 28 mai 2012

Tour du Monde sur un podium

Fancy-fair. — Cet après-midi, à la fête de fin d'année de l'école fondamentale de ma fille, à Namur, en compagnie de Maïté et de mon père, de nombreuses questions m'assaillent, tel le guerrier semi-nomade du même nom*... Par tous les saints du calendrier, qui donc sur cette Terre a eu pour la première fois l'idée saugrenue de placer des petits enfants sur une scène et de les faire danser au rythme de chorégraphies ridiculement asynchrones ? Pourquoi, à chaque fois, les mélodies choisies (« Chaud Cacao », « Pandi-Panda »...) sont-elles des daubes intersidérales ? Pourquoi certains parents se sentent-ils obligés de filmer leur petit bout de chou d'une main tremblante en leur faisant des signes de l'autre main toutes les seize secondes ? Et enfin, pourquoi les affichettes, les tickets boisson, les billets de tombola et les dépliants sont-ils de si mauvais goût ? Est-ce un concours ?

Je demande à Maïté, debout à côté de moi contre un des flancs du chapiteau, quel est l'intérêt de toutes ces simagrées. Elle me répond que certains enfants apprécient le fait d'être au centre de l'attention (d'autres, par contre, sont mal à l'aise, voire au bord des larmes). D'accord, et à part ça ? Du côté des parents, l'intérêt est souvent purement égoïste : il s'agit de regarder son ou ses gamins danser, puis de se lever de sa chaise pour aller acheter des pains saucisses et des bières. La preuve : au début de la première partie le chapiteau est rempli jusqu'à ras bord, alors que sur la fin il est aux trois quarts vide : les familles regardent leurs mioches puis se cassent en courant.

Comme thème (très original) de cette jolie fête : les pays du Monde. À l'arrière du podium, deux grands drapeaux : l'un belge, l'autre américain — est-ce une preuve d'allégeance ? Gaëlle, en première année primaire, est présente à deux moments du spectacle : la première fois pour représenter l'Alaska (l'histoire d'un pingouin qui voudrait aller voir les cocotiers, si j'ai bien compris) et la seconde fois l'Italie. Au cours de ces deux représentations, Gaëlle regarde les autres enfants afin de les singer sans le moindre complexe. Elle est en décalage complet par rapport à la chorégraphie : elle lève la main gauche quand il faut lever la droite, elle fait un tour sur elle-même au mauvais moment, etc. Mais vu que tout le monde est plus ou moins en décalage, cela ne se voit pas vraiment.

J'en viens à imaginer un tout autre genre de spectacle, durant lequel les petits enfants danseraient sur des musiques bruitistes expérimentales (comme Merzbow), sur de très longues plages post-rock, ou encore sur du trash metal... Sur fond de guitares hurlantes, les bambins sacrifieraient trois chèvres au milieu du podium et les déposeraient, sanglantes et encore chaudes, sur un pentacle dessiné à la craie à même le sol, afin de satisfaire les désirs de mort de Béhémoth... Maïté suit ma logique et me demande : « Comment s'appelle-t-il encore, ton groupe allemand, là, Einstürzende... ? » « Haaaa ! Einstürzende Neubauten... Très bon choix ! » On donnerait aux gosses des perceuses et des scies sauteuses à l'aide desquelles ils devraient improviser une musique industrielle... Une danse enfantine sur « Armenia », ça aurait une de ces gueules ! (Il faudrait cependant prévoir une cellule psychologique, pas loin de la scène, afin de gérer les nombreux cas de chocs post-traumatiques). Sind die Vulkane noch tätig?

Cannibalism of machine by Merzbow on Grooveshark
Pandi-panda by Chantal Goya on Grooveshark
Armenia by Einstürzende Neubauten on Grooveshark

Petites aventures ferroviaires sans conséquence. — Ticket en main, devant un des guichets de la gare de Namur, j'expose mon problème à la préposée : « J'ai passé plusieurs fois le code-barre devant la cellule de détection mais rien n'y fait : la porte de la consigne ne veut pas s'ouvrir...
— Vous avez vu apparaître un message d'erreur ?
— Oui, "Ticket invalide !"...
— (Elle se tourne vers un collègue) Oh non, ce n'est pas vrai ! Ça recommence ! Il va encore falloir les appeler ! »

Elle me fait signer une décharge et me demande de l'attendre devant les guichets. Quelques minutes plus tard, je l'accompagne en direction des consignes. Elle dispose d'une procédure spéciale et d'un très long code pour accéder au panneau d'administration du système et forcer l'ouverture de la porte blindée... C'est aussi simple que ça... Elle me dit : « En journée, ça va encore, mais imaginez en soirée ! À partir de 21 heures, je suis seule au guichet et en plus, les gens sont beaucoup moins nets qu'à cette heure-ci... »

Un peu plus tard, au stand AMT Coffee de la gare, les vendeurs se sont recyclés dans l'humour de très haut vol. L'un demande à son collègue le café noir (avec UN glaçon) que je viens de commander et l'autre lui répond : « Pas de souchi ! » Le premier le relance : « On n'a pas de sushi ? Comme c'est dommage ! » (Ha-ha-ha, c'est éminemment drôle !) Étant donné que je suis d'humeur primesautière moi aussi, je leur fais part de ma déception de ne pas pouvoir commander de sushis. (Punaise, Hamil', t'as un humour de grand malade, mon vieux... Tout le monde jusqu'à la cathédrale Saint-Aubain est écroulé !) 

La discussion ne s'arrête pas là car j'apprends, je ne sais trop comment, que le premier vendeur participe à des reconstitutions médiévales. Je déteste les reconstitutions médiévales, mais je ne peux m'empêcher de lui lâcher (sans doute pour faire le malin) : « C'est amusant ! Je suis justement historien du Moyen Âge... » Il s'en fout complètement mais me signale, tout fier, qu'il suit une formation accélérée de six semaines pour être « moyenâgiste ». Je lui souhaite bonne chance dans son apprentissage et il me répond en guise d'au revoir : « J'espère que ça ira. Ça me coûte 650 euros ! » (Bigre ! Ce n'est pas donné, de nos jours, d'être un « moyenâgiste » !)

Le rêve de Léandra. — À la Maison du Peuple, en soirée, Léandra (que je n'ai plus vue depuis un petit temps) me parle assez longuement de sa relation avec Jonas et aussi de quelques femmes de son entourage qui pourraient « me correspondre »... Encore cette histoire de dulcinée ! Un côté positif néanmoins : contrairement à ma grand-mère, Léandra ne veut pas me caser avec un mec (c'est déjà ça). Elle me parle aussi de l'intérêt que j'aurais à consulter un psychologue et de sa propre expérience en la matière. 

Mais on s'en fout un peu de notre vie, hein ?
Non ?

Plus intéressant : Léandra m'explique l'histoire qu'elle a rêvée la nuit dernière... Elle faisait partie d'une sorte d'équipe sous-marine (?) menée d'une main de fer (du moins au début) par le vieux Lewis (c'est-à-dire le président de mon ancien club de badminton — une précision pour ceux qui débarquent car les autres connaissent le bonhomme, évidemment). La situation lui fait penser au film d'aventures Les Goonies et est clairement inspirée de ses activités et lectures du moment (Le Scarabée d'or d'Edgar Allan Poe, entre autres). Au début du rêve, Lewis est en forme et mène vaillamment l'équipée mais, au fur et à mesure de l'escapade, perd peu à peu son souffle ainsi que son leadership. Léandra se souvient, presque gênée, de la conclusion : « À la fin, il était tellement épuisé que nous l'avons laissé tomber et avons continué l'aventure sans lui, en le laissant derrière nous... Je crois qu'il est mort seul. » C'est MOI qui aurais dû faire ce rêve ! 
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* De pire en pire, les jeux de mots, ici.