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mardi 7 mai 2013

Nerfs

Objet trouvé. — Début de soirée, sur le chemin de la salle de badminton, je reçois un coup de téléphone de ma fille : « Dis Papa, est-ce que tu as retrouvé tes écouteurs ?
— Tu veux parler de mon baladeur ? Non, je pense l'avoir oublié à la brasserie vendredi dernier.
— Ton baladeur, oui. Colombine l'a vu et l'a repris avec elle en partant. Elle te le redonnera vendredi prochain.
— Mais c'est fantastique, ça !
(Long silence.)
— Bon ben... à vendredi alors ?
— À vendredi Gaëlle ! », mais elle a déjà raccroché.

Crise. — Ce dont j'ai le plus peur, c'est que personne, absolument personne, ne comprenne pourquoi j'ai réagi de façon si énervée, impulsive et radicale ; que personne ne comprenne pourquoi je l'ai complètement supprimée de mon existence à ce moment précis. J'ai vraiment peur de me retrouver seul sur ce coup-là, seul à comprendre mon comportement ; de passer pour le fou psychorigide de l'histoire, pour le gamin qui fait une tempête dans un verre d'eau. — Puis je me ravise : NON, on ne gueule pas sur les gens, on ne rentre pas de manière désinvolte sur un terrain pendant un échange et surtout, surtout, on ne confisque pas un volant de manière autoritaire, quelle que soit la raison invoquée (en l'occurrence le fait qu'Amy et Zapata nous attendaient pour manger)... Si je laisse passer un comportement pareil, alors plus rien n'a d'importance et autant tout laisser passer. — Donc je m'énerve, je range mes affaires en marmonnant un « Je rentre chez moi », je quitte la salle de sport en poussant violemment la porte et je me dirige rapidement vers les vestiaires pour prendre une douche et changer de vêtements. Je suis vraiment remonté : quelle autorité a-t-elle pour nous confisquer ce volant ? Est-elle notre mère ? Sommes-nous de petits enfants irresponsables ? Puis je me souviens qu'elle est arrivée en retard à la séance de ce soir ; qu'elle arrive tout le temps en retard, en fait... et ça m'énerve encore plus ! J'ai le cœur qui bat très, très vite ; j'ai l'estomac noué et je suis incapable de penser à autre chose. — Je sors du bâtiment en compagnie de Pietro et de Don Camillo. Elle attend dehors. Je dis au revoir aux deux copains et je la nie complètement. Je ne veux plus la voir et il est évidemment hors de question que j'aille manger, comme prévu, chez Amy et Zapata. C'est con (et triste), mais c'est impossible ; c'est au-dessus de mes forces !

Au Corto. — Ce soir, le Corto est un désert. Au bar, une jeune serveuse que je n'ai jamais vue* discute avec deux copines. Je m'installe à l'une des tables de l'arrière-salle, commande une Westmalle Triple, sors mon ordinateur, m'en vais demander s'il y a le Wi-Fi dans le bar, reviens à ma table, m'en vais à nouveau demander quel est le code du Wi-Fi, reviens à ma table et bois ma Westmalle par à-coup, ressassant ce moment où elle a pris le volant de façon autoritaire : « Maintenant c'est fini ! » Quelle drôle de soirée ! Et pour couronner le tout, je pense que les deux copines du comptoir se foutent de ma poire... — Plus d'une heure plus tard, de retour à l'appartement après de nombreux détours en bus, je lâcherai à Mary, du fond du cœur : « J'ai vraiment perdu ma journée ! »

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* Faut dire que je n'y ai plus mis les pieds depuis (si l'on en croit ce journal) le 15 avril 2012.

jeudi 2 mai 2013

En chaussettes

La disparition. — Cinq heures de l'après-midi, au travail. Je regarde sous mon bureau, là où elles se trouvent la plupart du temps : rien. Je vais jeter un œil dans la salle de lecture, avant que le conseil d'administration ne débute : rien. Je retourne dans mon bureau, cherche partout, y compris dans les endroits les plus improbables (comme au-dessous du percolateur) : rien.
Je me tourne vers Wynka : « Je ne retrouve plus mes chaussures !
— N'importe quoi !
— Non, je te jure : mes chaussures ont disparu ! »
Je me mets à paniquer : si quelqu'un les a volées, comment vais-je faire pour retourner jusqu'à mon appartement, à Bruxelles ? Vais-je devoir marcher en chaussettes sur le trottoir jusqu'à l'arrêt de bus, puis jusqu'à mon train, puis jusqu'à mon tram, puis jusque chez moi ? J'imagine la discussion, sur le quai de la gare : « Pourquoi vous promenez-vous en chaussettes, Monsieur ?
— Laissez-moi vous expliquer : dès que j'arrive au bureau, j'enlève mes chaussures et je passe ma journée en chaussettes. Mais aujourd'hui, au moment de récupérer mes chaussures, je me suis rendu compte qu'elles s'étaient envolées. Pfiut ! Envolées ! C'est cocasse, n'est-ce pas ? »
Je retourne dans la salle de lecture, où j'explique à d'autres collègues, entourés de membres du conseil d'administration, que je ne retrouve plus mes chaussures. C'est fantastique : tout le monde sait maintenant que je me balade en chaussettes au bureau. Prise de pitié, Christiane finit par me rassurer : « Okay, c'est bon Hamilton, je vais te montrer où nous les avons cachées !
Quoi ? Vous avez caché mes chaussures ?
— Hé ! C'était une idée de Lodewijk ! C'est lui qui les a vues sous ton bureau et qui m'a dit : "Oh, allez, cache-les, cache-les" ! »
Voilà pourquoi j'aime ce boulot : pour l'atmosphère !

Aura. — En début de soirée, avec Alizé et Pat, j'assiste à nouveau à une conférence-débat « Philo » au théâtre Marni. Le sujet tourne toujours, mais de manière plus lointaine cette fois-ci, autour du même aphorisme de Nietzsche : « Nous avons l'art pour ne pas mourir de la vérité » (voir ici). Le conférencier s'intéresse entre autres au concept d'aura développé par le philosophe allemand Walter Benjamin, notamment dans son essai L'Œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique (1936). L'aura, d'après Benjamin, est ce qui fait qu'une œuvre d'art est unique, authentique : c'est un « ici et maintenant » dont seul l'original est pourvu. L'arrivée de techniques permettant la reproduction massive d'œuvres (comme la photographie et, surtout, le cinéma) marque l'affaiblissement de l'aura et transforme radicalement la façon dont l'art peut être perçu : après une dimension religieuse et culturelle, l'œuvre d'art a acquis, avec la reproductibilité, une dimension politique. (J'ai résumé, trop sans doute.)

Petit monde. — C'est vraiment un tout petit monde que ces conférences « Philo ». Elles sont ouvertes à tous mais ne touchent, par la force des choses, qu'un public très restreint. La plupart des gens présents dans la salle semblent se connaître, s'apprécier et partager de nombreux points de vue communs sur le monde. J'ai l'impression d'être déphasé avec le milieu, comme souvent.

Au Pantin. — Seconde partie de soirée, seul au café « Le Pantin », à quelques mètres de la place Flagey. Je lis, pour passer le temps, le chapitre 41 du tome II du Monde comme volonté et représentation d'Arthur Schopenhauer intitulé « Sur la mort et son rapport à l'indestructibilité de notre essence en soi » (tout un programme !). Schopenhauer est un excellent observateur désabusé : je lis sa métaphysique en soupirant, mais j'aime ses observations. (Il faudra que j'en reparle une autre fois.) — Amy et Zapata arrivent vers onze heures du soir. Ils reviennent d'un concert de ska-punk progressif canadien qui se tenait au Magasin 4. Flippo ne les accompagne pas : il a tout récemment « marché sur une vis placée malencontreusement verticalement sur le trottoir... La vis a traversé sa godasse et on a dû l'emmener aux urgences. » — Nous prenons quatre tournées, discutons de plein de choses (je ne me souviens plus des sujets de conversation), puis je prends un taxi. Je ne sais pas quelle heure il est. Deux heures du matin ? Je pense que... euh... je suis un peu saoul.

samedi 27 avril 2013

Voir Dinant et mourir

Je connais très bien Dinant pour y avoir passé, enfant, de nombreuses heures, accompagné de mes parents. C'est la porte de l'Ardenne, un passage presque obligé vers le sud de la Belgique si, comme ma mère, on déteste rouler sur l'autoroute. — À chaque fois que nous partions en vacances dans la verte province de Luxembourg, nous faisions systématiquement un arrêt à Dinant pour y manger ou nous y promener. Je la connais donc comme ma poche, cette ville coincée entre Meuse et falaises escarpées : la Citadelle, le Mont-Fat, le Rocher Bayard, la grotte « La Merveilleuse », la collégiale et, dans les proches environs, les ruines du château de Poilvache (oui, le nom est très poilant) et le parc escarpé de Furfooz, en bord de Lesse...

Ce samedi en fin de matinée, Gaëlle et moi faisons le voyage ferroviaire en compagnie d'Amy, Flippo, Zapata, Bastien et Thibaut. Entre Ottignies et Dinant, le train s'arrête assez régulièrement dans des bleds complètement paumés. Mon sac à dos est rempli de nourriture pour le pique-nique du midi, mais j'apprends assez rapidement que, en raison de la température extérieure, il n'est plus du tout question de pique-nique mais de restaurant. (Qu'à cela ne tienne !) Arrivés à destination, nous retrouvons des amis de Bastien, qui sont venus en voiture : Manon, Armand et leur fils Toinet. 

Officiellement, nous sommes à Dinant pour nous promener, mais il y a un objectif officieux, secret, caché, qui est au centre de ce voyage organisé de main de maître : aller visiter, dans les hauteurs de la campagne dinantaise, deux bâtisses entourées de terrains verdoyants et de bus-dortoirs, qui sont au cœur d'un des projets de Zapata : créer une auberge alternative qui permettrait, à terme, d'être indépendant, autrement dit d'échapper au dur monde du métro-boulot-dodo. Zapata cherche des gens motivés pour mettre avec lui des « parts ». — Oui, je serais volontiers coopérateur si j'avais autre chose sur mon compte bancaire qu'un nombre précédé d'un trait négatif. (Qu'est-ce que l'argent ? Si je le savais, je ne poserais peut-être pas la question.)

Pourquoi ai-je décidé de monter ces escaliers plutôt que de prendre ce téléphérique ?
Pourquoi ai-je refusé d'acheter cette fée en plastique à 3,10 euros dont Gaëlle est tombée éperdument amoureuse sur le chemin du retour vers la gare ?
Pourquoi est-ce que je m'obstine à écrire des articles journaliers alors qu'il est évident que je suis dépassé par les événements ?

samedi 16 mars 2013

Larve fébrile contre chat allergène

Je pourrais profiter de ce samedi sans Gaëlle pour lire, écrire, sortir, mais je suis une loque : il me faut trois heures pour m'extraire de ce lit confortable dans le creux duquel je visionne pour la trente-deuxième fois de ma vie Starvin' Marvin in Space et Trapper Keeper ; deux heures pour prendre un bain bouillant ; une heure pour me traîner jusqu'au magasin et effectuer quelques courses (non sans m'être au préalable rhabillé) ; une heure pour manger... Quand j'ai effectué ces quelques simples tâches, le soleil est déjà en train de se coucher et il est temps pour moi de me rendre à la soirée d'anniversaire de Zapata. (Premier paragraphe bateau.)

Cela fait maintenant plus de six jours que je suis une larve au bord de la fébrilité : pour ne pas faire trop mauvaise impression au cours de ladite soirée et aussi parce que je déteste paraître malade même si je le suis assez souvent, j'avale un gramme de paracétamol et me débouche le nez à l'aide de quelques vaporisations de décongestionnant. J'oublie néanmoins de me gaver de cétirizine pour contrer l'allergie qui ne manquera pas de pointer son nez lorsque je serai en contact avec... le chat. Heureusement, je sais qu'Amy en a toujours en stock (je parle d'un stock de cétirizine, alias Zyrtec, et non d'un stock de chats). (Deuxième paragraphe bateau.)

Dans le hall d'entrée à la lisière de leur appartement, j'entends des cris et des pleurs d'enfants. « Pour le moment, me prévient Zapata, ça ressemble à une crèche et ça crie beaucoup ! » De fait, de plus en plus de couples voient un enfant débarquer tout à coup dans leur vie et les premières heures de cette soirée d'anniversaire leur sont clairement consacrées. J'ouvre la porte d'un coup sec et tonne : « Maintenant, fini de pleurer ! » Et ça fonctionne ! Ha-ha, je n'ai rien perdu de mon autorité légendaire ! (La grande illusion.) J'essaye à plusieurs reprises de prendre Sophia dans mes bras, mais cette petite est dans sa phase négative : elle ressemble à Toupet ! (Oui, oui, il peut citer Nietzsche et Kraus puis faire référence à Godard et Blesteau : Hamilton n'a peur de rien, et certainement pas de la troisième personne du singulier ni du ridicule.) (Troisième paragraphe bateau.)

Les enfants partis, une autre soirée commence : un anniversaire de Zapata qui ressemble vraiment à un anniversaire de Zapata... Tout le monde y est le bienvenu : copains, copines, mutants, végétariens, tardigrades, cryptanalystes, voire même princes du Danemark. Il y a de la nourriture mais surtout beaucoup de boissons alcoolisées et de cannabis. J'ai l'impression de me retrouver douze ans en arrière, avec mes cheveux longs et mes poches remplies de post-rock : rien ne change donc, sauf que je suis toujours malade et que, pour une fois peut-être même pour la première fois ! — je suis loin de partir le dernier. (Dernier paragraphe bateau.)

lundi 11 mars 2013

Vertus du rien

(Absence de) foie de canard. — À la pause café de ce matin, une discussion sur l'homéopathie. Ce qui m'impressionne le plus dans ces conversations sur les vertus du rien durant lesquelles j'ai à chaque fois le plus grand mal à garder mon sang-froid (mais je me soigne), c'est cette croyance selon laquelle l'homéopathie est synonyme de médecine par les plantes, de phytothérapie, alors que ce n'est pas du tout ce qui la caractérise. Ils prennent leur petite granule sans connaître — ou en connaissant mal — les principes sur lesquels repose ce charlatanisme médical.

« Si tu es grippé, tu devrais prendre de l'Oscillococcinum®, comme Wynka ! s'exclame Sylvette avec le sourire.
— Ben voyons !
— Du foie de canard, déclare Charlotte.
— Hein ?
— L'Oscillococcinum® est un produit à base de foie de canard.
— Tu rigoles ? lâche Lodewijk.
— D'un autre côté, ce n'est pas si grave, vu qu'il n'y a plus de foie de canard dans la solution finale ! »

Digression. — Au cœur de l'homéopathie se trouve le principe de similitude, la croyance que l'on peut guérir un malade en lui faisant ingurgiter une substance, d'origine végétale, minérale ou animale, qui provoque sur un organisme sain des effets similaires à sa maladie (d'où le préfixe homéo). À ce premier principe s'ajoute celui de dynamisation : vu que l'homéopathie joue avec des produits nocifs pour la santé humaine, il faut les diluer pour en supprimer la toxicité, tout en essayant d'en garder une trace. Il existe deux grandes méthodes de dynamisation utilisées aujourd'hui par les laboratoires homéopathiques (comme Boiron) : la première consiste à verser une certaine proportion de la substance active (la « teinture-mère ») dans un flacon de solvant, puis à vigoureusement secouer ledit flacon, puis à renouveler l'opération plusieurs fois, c'est-à-dire : prélever une partie de ce qui vient d'être secoué et la diluer à nouveau dans du solvant, secouer, etc. Ce type de dilution se compte souvent en CH (pour « centésimale hahnemannienne »)‎, 1 CH équivalant à une goutte de substance active pour 99 gouttes de solvant, soit 1% de substance active, 2 CH à 0,01% de substance active, 30 CH à... du solvant sans substance active (voir ici). La seconde méthode est appelée méthode Korsakov ou encore méthode « Pourquoi s'emmerder à utiliser plusieurs flacons et à compter les gouttes pour fabriquer du rien ? » : plutôt que de prendre une goutte du flacon secoué et de la diluer dans un autre flacon, on vide ce flacon avant de le remplir de solvant (!), ce qui équivaudrait grosso modo à garder un centième de la substance. Ensuite on réitère l'opération un certain nombre de fois. Enfin, reste le principe d'individualisation (ou d'adaptation), qui stipule que chaque malade est unique et qu'il faut adapter le traitement en prenant en compte tout son environnement, ses symptômes, son vécu, etc. Les patients ne peuvent pas prendre du rien tout seul, non, non, non : ils doivent d'abord consulter un homéopathe qui, après une longue discussion, leur dira quel rien ils doivent avaler.

« Que contient Oscillococcinum® ? », peut-on lire sur le site Web suisse de la firme Boiron, « 1 dose contient 1 g de globules de Anas Barbariae, Hepatis et Cordis extractum 200 K. » En oubliant le jargon, cela signifie qu'une dose d'Oscillococcinum® contient du foie et du cœur de canard de barbarie dynamisé à 200 K, selon la méthode Korsakov donc, autrement dit qu'on a dilué une part de cette curieuse solution de départ dans 99 parts de solvant (de l'eau distillée), puis qu'on a secoué l'ensemble, qu'on a vidé le flacon avant de le remplir à nouveau de solvant, etc., jusqu'à la 200e fois.

À lire sur l'Oscillococcinum® : un article sceptique, qui se termine par une citation très comique provenant du Guide Giroud-Hagège de tous les médicaments : « Nous conseillons de remplacer ce produit par un confit de canard, aussi efficace contre la grippe, et nous prions les laboratoires Boiron de ne plus embêter les canards. » (Voir aussi, sur le même site : « Les différentes lois des marchands d'attrape-nigaud », très instructif pour aiguiser son regard critique face à la commercialisation du n'importe quoi.)

Homeopathic A&E. Lorsqu'ils me parlent de magnétisme, d'homéopathie ou encore de médecines parallèles « qui marchent tu sais, la science occidentale n'a pas le dernier mot en matière de guérison », j'ai à chaque fois en tête ce sketch de Mitchell et Webb, ces deux humoristes britanniques qui passent une partie de leur temps à démystifier un tas de sujets : et si un service d'urgences ne fonctionnait qu'en proposant aux blessés graves des techniques issues des médecines parallèles ? Je n'ai pas trouvé la version sous-titrée mais la transcription (en anglais) se trouve ici (les acteurs parlant avec un débit presque aussi véloce que celui d'Amy, cette transcription s'avérera peut-être nécessaire à certains moments).

« Parfait. Est-ce que quelqu'un sait quel type de voiture l'a heurté ? demande l'urgentiste homéopathe.
— Une Ford Mondeo bleue apparemment, répond l'infirmière.
— Bien. Trouvez-moi un petit morceau de Ford Mondeo bleue, mettez-le dans de l'eau, secouez, diluez-le, secouez, diluez-le à nouveau, puis diluez-le encore un peu plus... Ensuite, mettez trois gouttes de ce produit sur sa langue. Si ce remède ne le soigne pas, alors je ne sais pas ce qui pourra le soigner ! »

Larmes. Gaëlle me téléphone alors que je suis dans le train Liège-Bruxelles : « Je pleurais dans la cour de récréation tout à l'heure et Margot m'a demandé pourquoi. Je lui ai dit que c'était parce que tu me manquais ! » Gros silence, puis : « Tu sais que dans le nouveau jeu Pokémon que tu m'as acheté, il y aussi moyen d'avoir accès à des Pokémons noirs ? »

jeudi 21 février 2013

« Comment ? Y aura pas de barbaque ? »

Je prépare le même repas que la dernière fois, mais en enlevant ce qu'il contenait de viande. Flippo est indigné : « Comment ? Y aura pas de barbaque ? Mais c'est le seul végétarien de la soirée, bordel ! », me lance-t-il en pointant Zapata du doigt. J'avais pensé cuire des lardons ou des dés de jambon sur le côté et puis j'ai oublié. Dans le même état d'esprit sans doute, j'ai à nouveau oublié le cadeau d'anniversaire de Flippo (anniversaire qui a eu lieu en... octobre) : j'avais une idée en tête et je pensais avoir concrétisé l'achat, mais tout compte fait... non. (Qui croirait à une pareille excuse ?) Cerise sur le gâteau : j'apprends qu'Ismerie déteste les lentilles (un odieux souvenir de colonie de vacances), ce qui est embêtant lorsque l'entrée est... une soupe aux lentilles. Diem perdidi !

Alors que je peux facilement me souvenir d'une conversation en tête à tête, l'opération me semble beaucoup plus compliquée au fur et à mesure que le nombre de protagonistes augmente. De quoi avons-nous discuté ? De quoi ont parlé les sept personnes présentes à cette petite soirée organisée chez nous ? Entre deux fumigations de cannabis, Zapata a tenté de définir sa vision de l'anarchisme auprès d'une Mary plus que dubitative. Amy a mentionné son nouveau boulot et le fait qu'elle est obligée de travailler tard le soir afin de terminer ce qu'on lui demande (un paradoxe quand on sait qu'elle se positionne clairement en faveur d'une forte réduction du temps de travail). Nous avons également discuté du projet d'auberge de Zapata : « Oui, moi aussi j'aimerais bien organiser des soirées vinyles post-rock en fumant des joints avec des gens sympas, ai-je alors déclaré, mais comment est-ce que je ferais pratiquement ? » Je leur explique par ailleurs que si je devais mener un projet personnel pour l'instant, ce serait celui d'avoir une idée, mais personne ne comprend vraiment ce que je veux dire — ce qui est normal, dans la mesure où je ne me comprends même pas vraiment moi-même.

Pietro veut absolument expérimenter ma lunette astronomique, mais il n'observe que du noir, jusqu'au moment où j'arrive à lui montrer à travers l'oculaire, à défaut de Saturne ou de Jupiter, les stores à la fenêtre d'un appartement, au loin : « Ha ouais, je peux voir une machine à café ! Une machine à café ! Putain, y a une machine à café sur le rebord de la fenêtre ! » (Je crois qu'il se fout gentiment de ma pomme).

J'ai un problème avec la vaisselle : je ne veux ne peux pas la voir traîner et je dois m'en occuper à plusieurs moments-clés de la soirée. Je me rends bien compte que mon comportement frôle l'obsession : propre, propre, il faut que tout soit propre ! Impossible d'aller me coucher sans avoir une cuisine propre, propre, PROPRE... Ma stratégie est couronnée de succès : peu après minuit, alors que nos cinq invités viennent de quitter l'appartement, tout est lavé, rincé, essuyé ! Propre, propre, PROPRE !

samedi 9 février 2013

Le tour de la journée en 80 mots, épisode VI

« Il sortit de son abattement et, fébrile, s'enquit
Du sable écoulé depuis son tout dernier maquis.
Trois cent nonante-trois mille grains — un an et vingt-sept jours !
"Mes prochains récits seront radins !", tel fut son discours. »

Amy a trouvé un boulot et fête l'événement chez Flippo et Bastien. Elle travaillera dès lundi pour un groupe politique. Elle fera de l'entrisme, me dit-elle en rigolant. « L'entrisme, ça ne fonctionne pas, lui réponds-je. C'est le contraire qui arrive au final : on se fait dévorer par le système qu'on tente de changer. » On me compare gentiment à un « stalinien » (c'est une première). On joue à Time's Up. Tout le monde est fatigué.

vendredi 28 décembre 2012

Lettre anonyme

Je rédige ces quelques lignes dans le calme de la nuit chinienne, le lundi 31 décembre 2012, aux alentours de trois heures du matin. Je suis installé à la table du salon du gîte que nous avons loué à l'occasion des fêtes de fin d'année. L'écran de mon ordinateur constitue l'unique source lumineuse de la pièce et seul le congélateur manifeste sa présence par un curieux ronronnement. Léandra et Andrew sont partis dormir. Pour l'instant, fort heureusement, tout le monde est en vie !

Fidèle à la règle fixée au tout début de la rédaction de ce journal personnel, je me dois de décrire brièvement la soirée de ce vendredi 28 décembre. Cependant, je ne peux décemment passer sous silence les événements de ces derniers jours, qui s'inscrivent peut-être dans une trame beaucoup plus vaste. Au diable donc la chronologie, pour aujourd'hui à tout le moins !

Vendredi soir, j'ai laissé Gaëlle chez mes parents et suis reparti à Bruxelles pour une nuit seulement. J'ai passé la soirée chez Amy et Zapata, en compagnie de Flippo et d'un Coati curieusement sage. Au programme : de la soupe, un gratin aux épinards, des Christmas Crackers et un nouveau jeu de société du nom de Descendance, le tout arrosé d'alcool et entrecoupé de joints. À aucun moment je n'ai affiché le moindre signe du malaise bien légitime qui me tenaillait alors depuis une journée... Je ne voulais pas inquiéter mes amis outre mesure : après tout, il est probable que cette histoire de lettre anonyme et de photo ne soit qu'une vaste blague, un canular savamment élaboré.

En ce qui concerne la location du gîte, Andrew s'est chargé de la plupart des détails logistiques : réservation et paiement, commande à la boucherie, signature du contrat, etc. Les formalités se sont faites en toute cordialité et dans la plus grande souplesse : le propriétaire se fera un plaisir de nous remettre les clés ce samedi en fin d'après-midi et il nous a même proposé de venir nous chercher en voiture à la gare de Florenville, ce qui ne sera pas nécessaire, normalement.

Tout allait pour le mieux jusqu'au coup de fil d'Andrew, ce jeudi soir... Pour régler les derniers détails du séjour, m'a-t-il dit, mais j'ai compris tout de suite à sa voix que quelque chose le tracassait au plus haut point. Il a fini par me parler du courrier qu'il avait reçu la veille. Léandra était déjà au courant et avait déjà eu l'enveloppe en main : ni timbrée ni cachetée ni signée, elle avait apparemment été déposée directement dans la boîte aux lettres d'Andrew, à Bruxelles. À l'intérieur, une lettre composée de quatre lignes dactylographiées :
« La Gaume est une frontière.
La Gaume est un danger.
Franchissez la lisière
Et vos jours seront comptés. »
Andrew m'expliqua que la lettre était accompagnée de la photographie jaunie d'une imposante et jolie bâtisse a proximité d'un cours d'eau, qu'il avait identifiée assez facilement comme étant l'hôtel des Comtes de Chiny, au bord de la Semois. Au dos de la photo, à nouveau un court texte dactylographié : « Commandez trois Orval et douze cubes de fromage. »

Léandra et Andrew n'ont pas pris cette lettre au sérieux : ils pensent tous les deux que c'est Poulain Perspicace (notre ami originaire de la région) qui nous a fait une blague. Si c'est le cas, il s'est donné beaucoup de mal, comme le montreront, du moins si j'en ai la possibilité, les prochaines entrées de ce journal. Car malgré cette lettre anonyme un rien menaçante, nous sommes tout de même allés nous installer à Chiny. Le jeu d'énigmes que nous y avons découvert est pour le moins étrange, mais rien ne nous permet de penser que nos jours soient actuellement en danger. Après tout, il n'y a pas de raison de sombrer dans l'angoisse : je devrais me détendre et profiter de ce séjour bucolique.

mardi 27 novembre 2012

L'homme qui suivait les rails

Chronologie d'une journée ordinaire. — Je croise Flippo, de bon matin, à l'intérieur de la gare de Liège. « Tiens ? Tu étais dans le train ? », lui demandé-je. « Ha mais pas du tout, me répond-il, je le suivais à pied ! » — À question stupide, réponse stupide.

Mes collègues me questionnent à la pause café : « Tout va bien, Hamilton ? Tu as une petite mine... Tu ne dis rien du tout. Pour tout dire, tu n'as pas l'air d'être parmi nous... » Lodewijk finit par trouver une des causes possibles de ce spleen de début de semaine : notre livre étant désormais sous presse, je suis victime d'un baby blues ! — Il y a du vrai dans ce diagnostic, même si le bébé n'est pas encore sorti du ventre de la bête (je veux parler des rotatives).

Sous presse ? Pas tout à fait ! Jipé, notre correspondant chez l'imprimeur, me téléphone, catastrophé : « Hamilton ! Bon dieu, qu'est-ce que c'est que ces deux lignes plus sombres, à droite sur la couverture ? Nous venons de lancer l'impression et ça se voit ! » Réponse : un problème dans cet aplat de gris qui n'en est pas vraiment un ; une grossière erreur de ma part qui nous coûtera quelques centaines d'euros... Le travail dans l'extrême urgence aura fini par avoir raison de ma vigilance maniaque ! (J'ai le moral dans les chaussettes : j'ai fait une faute.)

Dans le train de retour, avec Yama. « J'ai vu ton actuelle photo de profil, me dit-elle, celle de toi enfant devant un jeu vidéo [Prince of Persia]. Ta fille te ressemble, c'est incroyable ! Son visage a-t-il pris un seul trait de sa mère ? » — Réponse : « Non, pas que je sache, si ce n'est peut-être le nez en trompette, et encore ! »

Dans le tram vers le Parvis, un revenant de l'époque universitaire ! Je lui lance, assez fort : « Hé, Beber ! » et je le vois sursauter. « Désolé, je t'ai fait peur... », m'excusé-je. « Non, non, ce n'est pas grave. J'étais dans mes pensées... » Je le trouve encore plus fébrile que par le passé. Il m'explique qu'il n'a pas de travail pour l'instant ; alors, pour ne pas se laisser aller, il passe ses journées aux archives ! Il a écrit un livre aussi. Il m'explique, sourire aux lèvres : « Le tirage est directement proportionnel à l'hyperspécialisation du sujet. »

À la Maison du Peuple, une nouvelle édition de ces ridicules quiz... « Question numéro 2 : qui a écrit Le Meilleur des mondes ? Je répète : qui a écrit Le Meilleur des mondes ? » — Milton Friedman ! À moins que je ne confonde ?

À la table d'à côté, une jeune femme est vraiment remontée contre son ami/compagnon/époux/ex (?). En quelques minutes, celui-ci entre dans un cycle infernal : il se fait engueuler (« Casse-toi, mais casse-toi, connard ! »), se lève, s'en va faire un petit tour rapide, revient comme si de rien n'était, se rassied, se fait engueuler à nouveau (« Casse-toi, mais casse-toi ! Merde ! »), se lève, s'en va faire un petit tour rapide, revient, etc. (Compter encore trois cycles avant que les deux ne disparaissent, mais pas en même temps.)

Mary me dit ne pas croire en l'horoscope mais le lire quand même : « Quand je rencontre une nouvelle personne, je regarde ce qui est lié à son signe et je découvre souvent au moins 10 % de traits qui lui correspondent et que je n'aurais pas remarqués sans cela. » Quand je lui demande pourquoi elle ne lit pas directement des ouvrages de psychologie, elle me répond que c'est par manque de temps. Et quand je lui déclare que tout ça — astrologie et, jusqu'à un certain point, psychologie —, c'est enfermer un être humain aux pensées complexes dans un canevas plus ou moins grossier (créer un faux mythe personnel pour mieux le comprendre), elle me rétorque que, de toute façon, je ne change que très rarement d'avis. — Les capricornes sont bornés, à ce qu'il paraît.

« À quoi cela me sert-il de parler à Untel ou à Unetelle ? Ils ne m'apprendront jamais rien !
— C'est là que tu te trompes, Hamil : tout le monde peut t'apprendre quelque chose !
— Non. Le temps est précieux : pourquoi le passer avec des gens qui ne m'apportent rien, alors que des amis sincères ou des livres me seront de bien meilleure compagnie ?
— Tu parles comme Fabien. Tu es beaucoup trop élitiste ! »
(Et encore une fois, je campe sur mes positions.)
 
Réflexions sans queue ni tête. — Ce qui est amusant quand je cite Amy et Zapata, c'est que je fais à chaque fois le tour de l'alphabet : A&Z, le début et la fin, l'alpha et l'omega.

Si l'on veut être changé par un livre, la nage ne suffit pas ; il faut pratiquer le plongeon. — Pour quelqu'un qui coule dès qu'on le met à l'eau, fallait oser !

La tendance à l'autoflagellation est inversement proportionnelle à sa nécessité.

Le « mariage pour tous » est un combat d'arrière-garde. Hé ! Il s'agit seulement de mariage, ce verrou social à l'aide duquel l'État cadenasse l'amour !

Je lis quelques éléments biographiques sur Nietzsche. À peine ai-je commencé à m'intéresser à sa vie que je décèle déjà deux des pires ironies qui aient jamais secoué une existence de génie, et ce, pour l'une d'entre elles, jusqu'à son lointain héritage : 1) avoir passé les dix dernières années de sa vie dans un état végétatif alors que, esprit particulièrement alerte et lucide, N. prônait la « libre mort » (autrement dit le suicide au bon moment) ; 2) avoir été, bien après son décès en 1900, récupéré par le régime nazi alors que son œuvre témoigne de la haine à la fois de l'État (qu'il nomme « nouvelle idole » dans Zarathoustra) et des croyances de la foule.

dimanche 25 novembre 2012

Miaou miaou !

De nouveau chez Amy et Zapata, pour un brunch : c'est plus ou moins la même chose qu'un dîner (au sens belge du terme), sauf que c'est plus élastique quant à l'horaire et qu'il y a des viennoiseries, du café et du jus d'orange en plus des tartines, du fromage, de la charcuterie, des bouchées au chèvre et de la quiche aux légumes. Je n'ai pas assez dormi, j'ai beaucoup trop bu hier, je n'ai plus l'habitude des mélanges, j'ai la tête... dans le cul (oui, oui), mais je ne suis pas le seul. Comble de l'horreur : de temps en temps, les entêtants « Capitalism! » et « Money! » me reviennent en mémoire... « Get out of my mind! », comme dirait la Révérende Mère Gaius Helen Mohiam.

Rapidement, Fred Jr, Donna et leurs filles Anouchka et Mado arrivent. Ces dernières sont adorables, calmes comme peuvent l'être tous les enfants de leur âge, comiques, souriantes... Non, non, vraiment, il n'y a qu'un unique problème et il se résume en un seul mot : chat. Ce chaton (Coati pour ne pas le nommer) n'arrête pas de sauter là où il (ou plutôt elle) ne peut pas sauter, de manger là où elle ne peut pas manger, de miauler quand elle ne doit pas miauler. — Ce paragraphe ne s'adresse pas du tout à Amy et Zapata mais bien à tous ceux — et surtout à TOUTES CELLES — qui réfléchissent SÉRIEUSEMENT à prendre chez eux/ELLES un PUTAIN DE CHAT DE MES DEUX tellement énervant que dès que j'en vois un, j'ai envie de le prendre par la queue (celle de derrière quoique !) et de le lancer de toutes mes forces vers la fenêtre, qu'elle soit ouverte ou fermée, NOMDED'JEU JE M'EN VAIS T'EN DONNER MOI, DES MIAOU MIAOU !

Mais je m'égare.

Amy a une idée : créer une version « spécial Bruxelles » du jeu de société Les Aventuriers du Rail. Le « spécial Belgique » existe déjà (à imprimer chez soi), mais pas le « spécial Bruxelles », qui serait plutôt un Aventuriers du tram, du métro et du bus, voire du MOBIB. Mais j'entends déjà au loin l'ironie primesautière du voyageur mécontent : « Ha ! En effet ! Voyager dans Bruxelles est une véritable aventure ! » Mais je me fous pas mal du voyageur mécontent (seul compte le voyageur tout court, et encore !). — De mon côté, si je devais créer un jeu en ce moment, ce serait Philosophy!, une sorte de Destins-Jeu de la vie amélioré où l'on pourrait choisir différentes voies : l'idéalisme ou le matérialisme ; la phénoménologie ; l'existentialisme ; bref, ce genre de choses... Et l'on tomberait parfois sur des cartes ou des cases comme : « Pauvreté ! La lecture de Tolstoï vous a particulièrement marqué. Distribuez un milliard de couronnes à vos frères et sœurs ! » ou encore : « Montagne ! Cette montagne enneigée où souffle l'air vif de la science vous subjugue par sa majesté intemporelle. Abandonnez le tumulte du monde pour réfléchir dans la solitude ! » — Mazette, ça le ferait !

Le temps passe... — Mais c'est que nous arrivons à nous asseoir à la table, en cette fin de soirée ; la table fétiche d'Andrew au Verschueren ! Il a une révélation à nous faire — il doit nous faire une révélation, parce qu'il est assis à la table ! Et Andrew nous propose donc un énorme dilemme ce soir : que fera-t-il de Mao, de Tsé et de Tung, ses trois poissons-mascottes, pendant les vacances de Nouvel An à Chiny, dans la Gaume profonde ? Devra-t-il les emmener avec lui, avec tous les risques que cette aventure comporte ? Devra-t-il les laisser seuls ? Devra-t-il les déposer chez un ami ? Ou enfin devra-t-il les relâcher dans la rivière ? — Qui ose traverser les petits ruisseaux ne craint pas les aquariums. Oui, mais l'inverse est-il vrai ?

Ha que Léandra semble fatiguée ! Qu'elle a petite mine ! Ne le sommes-nous pas tous, fatigués, devant nos trois verveines du dimanche soir ? Qu'importe ! Cela n'empêchera pas la bonne humeur de poindre, car nous sommes au Verschueren, et nous sommes à la table, et surtout : nous sommes en novembre, pardi !

samedi 24 novembre 2012

Ce comédien croit-il en sa comédie ?

— Ce soir, Amy fête son anniversaire. —

De sept heures et demie du soir à deux heures du matin, en anglais dans le monologue original : « Répondez tous à ma question : "Pensez-vous que notre vie sera meilleure demain ?" Répondez à ma question : "Pensez-vous, et je dis bien pensez-vous, que notre vie sera meilleure demain ?" [...] Attends Zapa, ne réponds pas tout de suite ! Écoute ! Écoute ! Nous vivons un progrès sans précédent, grâce à la science, grâce à la technologie, grâce au capitalisme, grâce à l'argent ! L'argent, Zapa, l'argent ! Si nous sommes arrivés à un tel degré de société, de progrès continu, c'est grâce à l'argent ! [...] Depuis ses origines, l'humanité n'a jamais été aussi heureuse qu'aujourd'hui, globalement. [...] J'adore les jeux. J'ai joué deux ans à World of Warcraft... Ha ? Toi aussi, Hamilton ? Eh bien alors réponds franchement à cette question : "As-tu déjà gagné, même juste une fois, des pièces d'or grâce à l'hôtel des ventes ?" Comment ? Ha oui ? Tu utilisais les enchères et tu spéculais sur World of Warcraft, en achetant des objets et en les revendant plus chers ? Alors nous sommes d'accord ! Nous sommes parfaitement d'accord ! Moi, j'ai compris le pouvoir de la confiance en l'argent et j'en profite ! Ce que j'ai appris dans WoW, je l'ai transposé dans ma vie ! [...] Tu es né dans un pays où l'on ne connaît pas le pouvoir de l'or. Moi, je viens d'un pays où l'on a donné à l'or la place qui lui revenait ! [...] Non, Zapa, non ! Regarde-moi ! Écoute-moi ! L'argent fonctionne parce que tout le monde y croit. Y croit. Croyance. Dans la tête des gens, l'argent est aussi matériel que ce verre de bière que je tiens dans ma main. Et le système fonctionne parce qu'il y a des humains qui, comme moi, spéculent, investissent et jouent avec l'argent... Pour la science, la technologie, la compétitivité, le commerce, l'économie, le savoir ! [...] En fait, nous sommes d'accord, nous sommes presque entièrement d'accord sur tout, même si vous l'exprimez différemment... »

Ce soir, Amy fêtait son anniversaire. —

mardi 30 octobre 2012

Moineau

Extraits de vie & petites réflexions autour d'A.S. — Tôt ce matin, Fríðr, la navetteuse Bruxelles-Liège qui habite pas loin de chez moi, me rejoint sur le quai de la station de prémétro Albert. Pendant son approche, je tente avec beaucoup de difficulté de ranger le premier tome du Monde de Schopenhauer dans la poche trop étroite de mon manteau.
« C'est un gros livre, constate-t-elle quelques instants plus tard.
— Oui. Et encore, c'est le plus petit des deux tomes.
— Et c'est bien ?
(Que répondre ?)
— C'est de la philosophie allemande. »
Je m'attends à l'autre horrible question — « Et ça parle de quoi ? » — à laquelle je serais bien incapable de donner une réponse satisfaisante. Cependant, le questionnement tant redouté n'arrive jamais, fort heureusement.

Dans le tram, en sa compagnie, piégé par ce que je viens à l'instant de lire (sur l'injustice et le droit ; l'anarchie et la tyrannie ; les justices temporelle et « éternelle »), je suis dans l'impossibilité d'entamer la moindre discussion. Un silence pesant s'installe.
(Souvenir d'un dialogue de la série BD Gus, qui doit plus ou moins ressembler à ceci :
« Il faut se dégêner...
— Pardon ?
— Se dégêner... Enlever la gêne. »)
Vite, vite, dénicher n'importe quel sujet de conversation ! Je finis par trouver, péniblement, une question bateau : « Tu travailles ce vendredi ? » « Non », et elle se remet à parler de je ne sais quoi... Ouf !

Ce genre de situation embarrassante n'arrive qu'avec certaines femmes. Je n'en connais pas la raison (aucun rapport avec une tension amoureuse ou sexuelle, néanmoins). Je me retiens d'énoncer ce que j'ai en tête et je passe au mieux pour un idiot, au pire pour un névrosé (à moins que ce ne soit l'inverse ?). Pourquoi suis-je si mal à l'aise ? Pareil blocage ne pourrait arriver en compagnie de Léandra, par exemple.

Pour lire le Monde comme volonté et représentation, j'ai fini par prendre Schopenhauer au pied de la lettre (cf. sa première préface). Tout étant dans tout (un chapitre éclairant l'ensemble et l'ensemble éclairant un chapitre), j'ai décidé d'abandonner toute lecture linéaire au profit d'une lecture organique et modulaire : à l'instar d'un moineau picorant au hasard les graines qui se trouvent autour de lui, je dévore telle ou telle partie de l'œuvre au gré des humeurs et force est de constater que la lecture est beaucoup plus enrichissante de cette manière !

Terminer au moins deux fois un bon jeu vidéo pour en comprendre toutes les subtilités ; voir la magnifique fin de Monkey Island 2 et s'empresser d'y rejouer car la vision de l'univers au sein duquel Guybrush Threepwood évolue s'est complètement métamorphosée entretemps... — C'est également ce que je devrai faire avec le Monde de Schopenhauer : le lire deux fois pour l'appréhender totalement. (Vaste projet, qui ne nécessite rien d'autre que de la patience et de la discipline.)

Cet ouvrage qui peut se lire dans tous les sens est, pour cette raison même, d'une très grande modernité. Pas de démonstration pédante ou académique à lire de A à Z, mais beaucoup d'intuitions, d'observations directes et d'analogies se renvoyant les unes aux autres. C'est un texte qui se prêterait curieusement assez bien à un format Web éclaté.

Repas chez Amy & Zapata. — Le soir, je suis invité chez Amy et Zapata pour une souper « fondue et flan au caramel ». Sont aussi invités Yama et Flippo. Enfin, est également présent ce nouveau chat qui n'obéit pas et qui, par conséquent, me tape déjà sur le système... Un animal doit marcher droit, sinon je le lance. — Je ferais moins le malin s'il s'agissait d'un lion !

Toutes les heures environ, ils descendent pour fumer une cigarette, un joint ou les deux. Je les suis dehors sans rien toucher. Haute dans le ciel, derrière quelques nuages, la Lune, accompagnée de Jupiter, illumine la petite cour cernée de murs. Il est notamment question d'un épisode particulièrement émouvant de La Petite Maison dans la prairie (!) et de la différence entre les mots « raisonnable » et « responsable ».

La phrase comique de la soirée (Flippo) : « Moi aussi, dans un sens, je suis bisexuel, car je ne couche ni avec des femmes, ni avec des hommes. »

Une vérité (Yama) : ce n'est pas tant mon médecin ou ma propre volonté qui m'ont donné le courage de freiner ma consommation d'alcool, c'est avant tout cette bonne vieille souffrance !

Ils lisent tous mon blog régulièrement, sauf Zapata. Le « Comment ça va, Hamilton ? » est devenu superflu et ce n'est certainement pas moi qui vais m'en plaindre !

dimanche 30 septembre 2012

Princesses & vampires

Princesses & vampires. — Gaëlle a un nouveau passe-temps : réaliser, en agrafant ensemble plusieurs pages, des mini-albums dessinés racontant chacun une histoire particulière. Les deux premiers sont consacrés aux princesses, le troisième aux vampires. (Elle déteste écrire lorsqu'elle fait ses devoirs mais dès qu'il s'agit d'un projet personnel, curieusement, elle s'en donne à cœur joie.)

Dans la première histoire, une petite princesse demande à sa maman si elle peut aller dehors. « Non », répond la mère qui montre du doigt la pluie qui tambourine à la fenêtre. Au retour du soleil, un oiseau transportant une enveloppe dans son bec lâche celle-ci dans un arbre. La princesse récupère l'enveloppe, qui contient une lettre de sa copine Aline lui expliquant qu'une vilaine sorcière volant sur un balai s'attaque à sa maison. Alors la jeune princesse se rend sur place et piège la sorcière à l'intérieur d'un bouclier destructeur.

Dans la deuxième histoire, il est toujours question d'un oiseau livrant une enveloppe dans un arbre. Cette fois-ci, il s'agit d'une lettre d'une autre copine de la princesse, une fée qui porte le nom d'Alane. Cette dernière lui écrit qu'elle va passer lui dire bonjour. La princesse montre son château à Alane puis l'invite à manger. « Où elle est ton amie ? », demande Alane, et la princesse de répondre : « Elle est dans mon pays. » Puis elles se disent au revoir et Alane retourne chez elle en s'envolant.

Dans la troisième histoire (celle des vampires), ma fille utilise un marqueur rouge pour dessiner le sang. Deux vampires discutent. L'un tend un verre à l'autre : « Tu veux un peu de sang ? », lui demande-t-il. À la page suivante, le même mord un petit enfant au cou en criant : « Hé ! J'en ai mordu un ! » puis, à la troisième page, lui dit : « Salut ! Maintenant, tu es un vampire ! »

Dîner. — Vers midi, Gaëlle accueille Léandra dans l'escalier de mon immeuble : « Papa m'a dit que tu avais un peu pleuré à cause de ton ami. Moi je fais des livres de princesses moi-même. Tu veux voir ? »

Léandra a « un peu pleuré » parce qu'elle s'est plus ou moins rendu compte que c'était vraiment fini avec Jonas. Mais elle reprend du poil de la bête, dirait-on.

Revenant. — Dans le tram, un revenant : Lyric. Rien n'a changé : il est toujours aussi grand. Une Jupiler à la main, il vient vers moi et me sort : « Et alors grand, comment ça va ? » Le reste de la discussion est en grande partie composé de « Ça va, ça va... Et toi, ça va ? » À un moment, il me lâche : « Ça fait un petit temps qu'on ne t'a plus vu à la coloc ! Qu'est-ce qui s'est passé ? Y a sans doute des trucs que j'ai pas compris ou que je ne veux pas comprendre... » — Je le rassure : il n'y a de toute façon pas grand-chose à comprendre.

Souper. — Première soirée que je passe dans le nouvel appartement d'Amy et Zapata depuis qu'ils y ont emménagé. Je suis le premier à arriver (à l'heure), comme souvent. Les autres débarquent au compte-gouttes : Yama, Flippo, Pietro et Ismerie...

« Et alors, le Canada ?
— Quoi ? Flippo ne vous a pas déjà un peu raconté ?
— Non. Il a juste parlé de l'Espagnole.
— Ha bon. »

Un nouveau petit chat (Coati) court partout dans l'appartement. Flippo n'est pas à l'aise. « Tu n'aimes pas les animaux ? », lui demande-t-on. Sa réponse : « Non. Ni les chats, ni les chiens... Ni les humains d'ailleurs. »

Schmilblick. — « Tout cela ne fait pas avancer le schmilblick ! » (dixit Andrew). — Mais faut-il forcément que le schmilblick avance ? (Un concept qu'il conviendrait de développer, une autre fois.)

mercredi 22 août 2012

« Des deulx coustez du fleuve »

« Toute la terre des deulx coustez dudit fleuve jusques à Hochelaga et oultre 
est aussi belle et unye que jamais homme regarda. » 
(Jacques Cartier décrivant les rives du Saint-Laurent, 1536.)


Parmi les projets de vacances de Léandra pour septembre, cette idée de dernière minute que je lui avais proposée sans trop y croire : qu'elle se rende à Montréal durant une petite semaine et nous croise, Flippo et moi, à la fin de notre séjour, lors de notre retour dans la métropole québécoise. L'idée a fait son chemin et la seule chose qui ennuie Léandra est la question de son passeport, qui est périmé depuis un an. Wait and see!

Gondry et Jerry sont à la porte de mon immeuble vers 19h30. Ils apportent les premières babioles de Mary, qui s'installera dans mon appartement ce samedi, pour une durée d'environ un an normalement (voir ICI et pour plus de détails). Mary revient peu de temps après, accompagnée de Bob, pour une seconde fournée de caisses. Elle se gare n'importe comment sur un coin du trottoir pour décharger sa voiture. En trois voyages, le déménagement est déjà fini. Comparé à celui d'Amy et Zapata, c'est du petit lait, nom de Dieu ! 

« On va manger une pizza chez Mama Roma, place du Châtelain... Ça te dit ? 
— C'est gentil mais je tombe de fatigue... 
— D'accord.
 En plus, la place du Châtelain, un mercredi soir, après le marché, c'est plus que je ne puis en supporter. »
(Et c'est la stricte vérité !)

Je n'ai pas grand-chose d'autre à raconter sur cette journée. Faut-il que je décrive tous les détails inintéressants de cette soirée à domicile ? Je tiens à jour mon blog. Je prends un long bain. Et je termine avec le traditionnel Orval devant des parties de Colons de Catane en ligne.

J'ai découvert un aspect insoupçonné du jeu : la psychologie. Il est parfois très intéressant sur le plan stratégique de préserver une certaine forme de « capital sympathie » vis-à-vis de « l'ennemi ». Chez les vétérans, il arrive ainsi par exemple que toute une partie se déroule sans utiliser une seule fois le voleur. Par contre, les joueurs expérimentés usent (voire abusent) de stratégies particulièrement retorses. Dans ces parties, chaque détail compte.

samedi 4 août 2012

7. « Merde, t'as failli écraser Toots Thielemans ! »

7.1. Je fais partie de la première équipe ou de la deuxième, je ne sais plus... Celle qu'Amy nomme la « dream team » dans son courriel (marrant !). Ce dont je suis certain, c'est que j'entre en action lors de « l'étape 2 », qui débute ce samedi matin... La deuxième étape du déménagement d'Amy et Zapata.

7.1.1. J'arrive à neuf heures tapantes à l'appartement de Flippo et Bastien. Amy : « Tu es la ponctualité incarnée. C'est incroyable : on entend l'annonce du journal à la radio et une seconde plus tard, tu sonnes ! » Bah ! On me dit « neuf heures », alors j'arrive à 9 heures... Un déjeuner est prévu, à base de croissants, de pains au chocolat et d'un « 8 », cette délicieuse viennoiserie en forme de « 8 » (forcément) remplie de crème pâtissière — « Tu la partages avec moi ? », me demande Zapata, « Comme ça, ça nous fera deux "0" ! »

7.1.2. Zapata a loué une très grosse camionnette, que tout le monde appelle « le camion ». Le but de la matinée est d'aller jusqu'à la maison de campagne des parents d'Amy dans la région de Huy, où est entreposée la majorité de leurs caisses et de leurs meubles. Ils s'amusent tous à me faire peur : « Tu vas avec lui jusque là ? Ma parole, mais t'es complètement taré ! Il fait du nonante sur les petites routes et ne ralentit pas dans les tournants ! » ; « Rappelle-moi, Hamilton, tu as bien pris l'assurance "annulation" pour le voyage au Canada, hein ? Sais-tu comment je peux faire pour récupérer ton argent lorsque tu seras décédé ? » — Sachez, Messieurs les sarcastiques, qu'avec Zapata comme conducteur, j'ai déjà doublé une camionnette à pleine vitesse dans un tournant de montagne jouxtant un ravin escarpé et, pour autant que je sache, je n'en suis pas mort !
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7.2. Dans la camionnette. Nous partons en retard. Nous devons récupérer Alistair à la périphérie bruxelloise, pas loin de l'entrée de l'autoroute. Au milieu du trajet, Zapata se rappelle : « Merde ! Mais quel con ! J'ai oublié le sac avec les sangles pour le déménagement... Quel con ! Mais quel con ! » Nous devons revenir à la case départ. Je préviens Alistair que nous serons en retard. Il me répond : « Ouais, ouais. Bon, ben je vais aller boire un verre, hein... » (J'apprendrai plus tard qu'il était ironique, dans la mesure où il n'y a pas moyen d'aller boire un verre sous un pont d'entrée d'autoroute.)

7.2.1. « Euh... Zapa ? T'es certain qu'on passera avec la camionnette sous ce vieux pont ?
Meeeeerde ! Non, on ne passera pas ! On doit faire demi-tour ! »

7.2.2. Au téléphone : « Alistair ? On est là !
— Ouais. Je ne vous vois pas, mais on va faire comme si je vous faisais confiance... »
(Elle était ironique aussi, celle-là ?)

7.2.3. Sur l'autoroute, au niveau de l'échangeur de Daussoulx, Zapata s'apprête à prendre la bretelle de sortie quand la voiture devant nous diminue subitement de vitesse. Zapata crie : « Aaaargh ! Mais il est fou, ce con ! Il fait du cinquante sur l'autoroute ! Mais quel con ! » Nous le doublons sur la bretelle et, regardant par la fenêtre, nous observons subrepticement le parfait modèle de « papy à casquette et grosses lunettes ». Fou rire. Alistair : « Merde, Zapa, t'as failli écraser Toots Thielemans ! Toots Thielemans, quoi ! C'est pas la Police que t'aurais eue sur les bras mais l'Unesco !... Toots Thielemans... J'en reviens pas ! »

7.2.4. Sur la route toujours, une réflexion de Zapata concernant la vieillesse et l'embourgeoisement : « S'embourgeoiser, y a moyen d'éviter. Par contre, vieillir, on n'a pas trop le choix... » (C'était la minute philosophique du jour.)
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7.3. Nous arrivons à la maison de campagne et Fafa nous rejoint peu de temps après, à l'aide de sa propre voiture. Nous serons quatre pour mettre dans la camionnette les « quelques » (hem) caisses et les « quelques » (re-hem) morceaux d'étagère présents dans une des pièces du premier étage de la maison parentale. Zapata et Fafa s'occupent de donner par la fenêtre les objets à Alistair, debout sur une échelle, qui à son tour me les passe pour que je les range devant le garage avant l'ultime transfert dans la camionnette qui se remplit à une vitesse affolante. Dans un second temps, nous inversons les rôles et je monte sur l'échelle... C'est à ce moment que je me rends compte que je suis petit et aussi que, si jamais je tombais, je m'empalerais certainement sur les grilles délimitant le jardin.

7.3.1. La maman d'Amy nous propose quelque chose à boire, que nous refusons car nous avons du pain sur la planche (re-re-hem). — Elle a la même voix que sa fille (bien que ce soit tout bien réfléchi plutôt l'inverse) et un délicieux accent anglais. Si nous étions arrivés à quatre heures de l'après-midi, je suis sûr qu'elle nous aurait proposé un thé, comme dans Astérix chez les Bretons ou les histoires de Miss Marple à St. Mary Mead.

7.3.2. Incroyable tout ce que l'on peut entreposer dans une maison. — Depuis cette fameuse matinée, le concept de « Tonneau des Danaïdes » prend un sens beaucoup plus concret dans ma petite caboche et je comprends aussi la misère de ces marins des temps anciens qui devaient constamment vidanger l'intérieur de leur bateau.

7.3.3. « Un jus de pomme maison pour reprendre des forces ? [accent anglais] » Oui, merci. Oui, merci. Oui, merci. Oui, merci. « Un deuxième jus de pomme maison ? » Non, ça ira. Non, ça ira. Non, ça ira. Oh bah, volontiers ! « Vous voulez une bière pour vous désaltérer ? » Non, merci. Non, merci. Non, merci. Oh oui, bien volontiers ! — Suis-je le seul à avoir soif ?
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7.4. Je repars vers Bruxelles en compagnie de Fafa, qui tout en conduisant me raconte ses affreux déboires, y compris le moment où il a totalement « pété les plombs ». — Son histoire a le mérite de relativiser ce que l'on a trop facilement tendance à considérer comme étant le « trente-sixième dessous ».
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7.5. De retour à Bruxelles, au nouvel appartement d'Amy et Zapata, environ douze personnes attendent l'arrivée de la camionnette. Pendant que nous mangeons et nous désaltérons dans le petit jardin, le reste de la troupe prend la relève et décharge en deux temps trois mouvements ce que nous avons chargé. Ha bah oui, à douze, ça va beaucoup plus vite...

7.5.1. « Oh ! Vous avez de l'Orval !
— Mais oui ! C'est pour toi !
— Ooooh ! »

7.5.2. Dans le jardin, Capucine (une amie d'Amy ?) explique qu'elle travaille dans les « standards »... « Quoi ? Du genre "codes ISO" ?
— Oui, tout à fait. Mais je travaille surtout dans les RFID... Ces petites étiquettes ou puces qui permettent de tracer à distance des aliments ou des véhicules, voire des animaux ou même des êtres humains...
— Il ne risque pas d'y avoir des dérives ?
— Ce n'est pas de notre ressort. Nous, on est juste dans la certification.
— Mais vous faites partie du système... 
— Non. Nous, on fait juste en sorte que ce soit bien fait.
— Vous faites donc partie du système !
— Mais non... »
(Je fabrique des fusils mitrailleurs, mais je ne suis pas responsable de leur utilisation... — L'hyperspécialisation permet un peu trop facilement de se foutre du reste de la chaîne.)