Affichage des articles dont le libellé est Eugenia. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Eugenia. Afficher tous les articles

samedi 14 avril 2012

En string dans une boîte à chat

Sortir ? Ne pas sortir ? — Je ne fais rien de ma journée, si ce n'est jouer, encore et toujours, aux Colons de Catane en ligne, ce qui a un effet néfaste sur mon humeur. Je sais que je suis en train de gâcher mon week-end "libre" (c'est-à-dire sans ma fille), mais je suis comme cloué sur place. J'enchaîne les parties, sans discontinuer. Et j'en gagne de plus en plus. — La drogue du jeu. 

L'après-midi, je passe deux coups de téléphone... Le premier à Léandra, que je n'ai plus vue depuis longtemps. Elle m'apprend que Jonas, en plus d'être dans les limbes de l'indécision, a un petit problème de santé : "On a cru que c'était grave... mais non." Le second à Emily car il est question, peut-être, de rejoindre Andrew et Walter en ville... Elle ne répond pas (j'apprendrai plus tard qu'elle dormait encore à l'heure de mon coup de fil). 

Digression temporelle... En début de soirée, Andrew et Walter assistent à une "performance" artistique techniquement orchestrée par Igor : une drôle d'histoire de "flamande en string" (la description est de Walter) faisant le tour d'un terrain vague, en courant, dans l'enceinte de Tour & Taxis. Après avoir couru, l'actrice se terre dans une petite maison, clin d'œil à la boîte à chat de Schrödinger. Est-elle vivante ? Est-elle morte ? Comment perçoit-on sa propre existence ?... Au final, la performance est un chouïa ratée : à cause d'un bête problème de micro, les spectateurs (une septantaine de personne, principalement des amis des artistes et des bobos à smartphone, parfois les deux à la fois) n'ont entendu que des bribes du monologue philosophique de la "performeuse"...

Emily me rappelle en fin d'après-midi et m'apprend qu'elle n'est pas disponible, du moins pas avant la seconde partie de soirée... Elle a en effet prévu de sortir avec "les autres" (Charles-Henri et compagnie). J'hésite. Est-ce que je rejoins Andrew et Walter ou est-ce que je reste chez moi ? Si je reste, peut-être pourrai-je voir Léandra ? Je suis indécis et je déteste ça. Je décide finalement de rester chez moi, confortablement affalé dans mon petit divan rouge, devant les Colons de Catane évidemment. J'apprends que Léandra restera "au chevet de Jonas" aujourd'hui. Puis Emily me téléphone à nouveau : tout compte fait, sa sortie est annulée et elle me propose d'aller manger en attendant Andrew et Walter. J'accepte. Le rendez-vous est fixé au Ellis Gourmet Burger, un snack de la place Sainte-Catherine.

Amblyopie sentimentale. — Chez Ellis Gourmet Burger. Pas de table disponible : le serveur nous installe au bar. Pour une fois, Emily n'est pas habillée "à l'aise" et porte un très joli dessus noir (un vêtement qu'elle a acheté à l'occasion d'un récent mariage dans sa famille), associé assez curieusement à un jeans et un manteau rouge... Au centre de la discussion : le strabisme. Emily m'explique que dans certains cas de strabisme non corrigé durant la petite enfance, il arrive qu'une personne perde totalement l'usage d'un œil, non parce que celui-ci est endommagé d'une quelconque manière mais parce que le cerveau ne peut analyser l'image qu'il reçoit. Le terme consacré est "amblyopie". Je trouve très curieuse et assez intéressante cette idée de cerveau incapable d'interpréter une donnée sensorielle provenant d'un organe sain : cela montre, pour ainsi dire, qu'une donnée visuelle n'est disponible qu'après interprétation, comparaison, classement... — Encore une Gestalt ?

Le hamburger au bacon est très bon mais le service très énervant. Chaque minute, un serveur vient nous demander si nous avons choisi. Les places sont chères et il faut choisir vite, mon gars... On se croirait dans un bar branché parisien. Je déteste.

« Et Charles-Henri, ça va ?
— Oui, ça va bien. Il fait toujours plein de trucs... Parfois, je me demande où il va chercher toute cette énergie.
Ça fait longtemps que je ne l'ai plus vu. 
— D'un côté, tu as tout fait pour...
Mmmmmh ?
— Tu ne répondais plus à aucune de ses invitations. Il a fini par se lasser. »
(Ça me demandait un trop grand effort de faire semblant d'être naturel... Très difficile de les voir, ces deux-là... Et surtout, très difficile de la voir. Il existe une zone morte dans mon cerveau lui correspondant : une amblyopie sentimentale, en quelque sorte... Nul sentiment en cet endroit où pourtant, à une époque pas si lointaine, il y avait beaucoup d'amour.)

Nous rejoignons Walter, Andrew, Eugenia (sa collègue russe), accompagnée d'une de ses amies, au café De Markten, une cantine au design aseptisé située à une centaine de mètres de notre snack à burgers. Nous buvons un verre, discutons de la performance de la "dame en string" (voir plus haut) et quittons assez rapidement l'endroit pour un des vieux cafés à impasse du Pentagone bruxellois...  Faute de place au Bon Vieux Temps, nous passerons la fin de la soirée à l'Imaige Nostre-Dame. Entretemps, les deux Russes sont parties.

I just wanna feel real love. — À l'Imaige, une playlist pour le moins bigarrée, puisqu'elle comprend à la fois "Close to Me" de The Cure et "Feel" de Robbie Williams. 

Close To Me by The Cure on Grooveshark

Feel by Robbie Williams on Grooveshark

Que j'aime "Close to Me" n'a rien d'étonnant. Même si ce succès commercial n'égale pas — et je ne fais ici que répéter, je pense, un avis largement partagé par de nombreux fans du groupe — les pépites de leur "trilogie noire" (Seventeen Seconds, 1980 ; Faith, 1981 ; Pornography, 1982), ça reste du très bon Cure. Par contre, pourquoi "Feel" de Robbie Williams me touche-t-il autant ? Pourquoi est-ce cette chanson que je garde en tête pour le restant de la soirée ? Parce que je l'écoutais jeune, sur MTV ? Impossible, car la chanson date de 2002... — Non : il faut croire que j'aime cette chanson parce qu'elle me parle, c'est tout. C'est un truc qui ne s'explique pas, un peu comme ma passion pour Julien Clerc ou les premières versions de Starmania... (À un moment, Robbie dit : "My head speaks a language I don't understand". Fait-il une référence à la critique du langage privé par Wittgenstein ? — Mais non !)

Après Batman et Retour vers le futur, Walter est désormais légèrement obnubilé par Apollo 13, ce film qui relate les mésaventures de trois astronautes obligés de rentrer sur Terre dans des conditions incroyablement difficiles et dangereuses, à la suite de l'explosion d'un réservoir d'hydrogène... Walter est fasciné par l'exploit réel des trois astronautes, mais également par une donnée technique du film (et il y a effectivement de quoi l'être) : "Pour simuler l'apesanteur propre à l'espace, ils ont dû faire environ 1500 vols paraboliques en avion lors du tournage !"

Andrew parle de la diffusion, la semaine dernière sur France Culture, de quatre émissions des Nouveaux chemins de la connaissance consacrées au "Rêve américain à l'écran". Dans la première, la présentatrice Adèle Van Reeth reçoit Yves Pedrono, un spécialiste et un puriste du Western, également intéressé par les liens entre ce genre et la Bible. Tout cela donne envie d'écouter le podcast de l'émission... La semaine prochaine sans doute...

Un peu après minuit, Andrew repart en voiture avec Emily et Walter se charge de me ramener chez moi. Pour une raison inconnue, le trajet de retour est ponctué d'embouteillages... — De retour chez moi, je fais fort : je joue aux Colons de Catane en ligne jusqu'à 7 heures du matin. Dans trois-quatre heures, faut que je me lève !

dimanche 5 février 2012

Le repère du dimanche soir

Le dimanche à la Maison du Peuple est devenu un des repères de la semaine, une institution comme l'était, au temps lointain de l'université, le dimanche à l'Atelier... De retour de chez mes parents, je rejoins donc Léandra et Andrew en fin d'après-midi avec ma valise à roulettes — la valise à roulettes est elle aussi un repère !

(Réminiscence d'un échange avec Claire la discussion du 1er février 2012 via Facebook durant lequel elle m'a dit entre autres que j'étais non pas un mais le repère de ma fille, et que tout ce que cette dernière cherchera plus tard dans la vie se fera à l'aune de ce qu'elle vit en ce moment avec moi. Je ne suis pas convaincu. Je dis néanmoins : "Dans repère, il y a père". Et je ne crois pas si bien dire : en cherchant un peu, je me rends compte que "repère" vient du latin reperio, reperire, du préfixe "re-" et de "pario" qui signifie notamment "enfanter", "produire", "mettre au monde"... La Maison du Peuple est donc un repère, c'est-à-dire une matrice au sein de laquelle nous pouvons tous reprendre notre position fœtale symbolique — franchement, faut que t'arrêtes de boire, Hamilton !)

Emily ne sera pas des nôtres aujourd'hui : elle est en France, au sein de sa famille (encore un repère). Quant à Walter, il enverra son habituel message laconique du dimanche soir : "Hello ça va? mdp? ++". Il débarquera environ une heure plus tard. Léandra est déjà partie à ce moment. En effet, dès que Jonas lui a fait savoir qu'il l'attendait au métro Louise, notre amie a bu son Pineau des Charentes en quelques gorgées et s'est cassée en triple vitesse... Peu importe.

Le dimanche soir à la Maison du Peuple, sont abordés de nombreux sujets. Je me suis amusé à noter certains mots-clés et quelques bribes de conversation, afin de pouvoir les retranscrire par la suite dans ce blog.  

Les armoiries de De Koninck

Ce soir, je carbure à la De Koninck au fût. Une question :  pourquoi cette bière est-elle représentée par deux écus, l'un de gueules au château à trois tours d'argent et l'autre de sinople à la main senestre appaumée d'argent ?  


Si j'avais un tant soit peu de culture héraldique, j'aurais pu y déceler une variation sur le thème de l'écu de la ville d'Anvers (de gueules au château à trois tours d'argent, accompagné en chef d'une main dextre et d'une main senestre appaumées d'argent), où est brassée cette bière. Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ?


Wittgenstein

« C'est désespérant. J'ai l'impression d'être très bête. Je comprends à peine la moitié de ce qu'il écrit.
— C'est normal, me répond Andrew.
— J'ai l'impression de saisir fugacement sa pensée, et puis tout disparaît.
— Tu ne crois pas que tu devrais d'abord lire d'autres livres plus généraux, sur l'analyse du langage, par exemple ?
— En fait, je devrais peut-être même commencer par relire de A à Z le cours de Gilbert Hottois sur les grands courants de la philosophie contemporaine.
— Pourquoi lis-tu Wittgenstein ?
— Je ne sais pas... (Gros blanc.) Je l'ai déjà expliqué de manière succincte sur mon blog : c'est peut-être... euh... pour lutter contre le solipsisme.
— Lutter contre le solipsisme ? »

J'y ai réfléchi plus tard chez moi, au calme et : non, ce n'est pas ça — pas que ça, en tout cas. Il y a autre chose. Je crois qu'en dehors de tout ce que Wittgenstein a écrit ou pensé, j'admire le personnage pour une tout autre raison, fortement liée à ce que je conçois comme étant de l'honnêteté intellectuelle. Wittgenstein n'appartient à rien de connu. Il n'a suivi ni initié aucun grand mouvement, même s'il a eu une énorme influence sur la philosophie du XXe siècle. Il ne rentre dans aucun courant politique : on ne peut dire qu'il est conservateur, ni qu'il est progressiste. Il semble simplement à contre-courant, ou plus exactement au-delà (au-dessus ou en dessous) de tout courant. Un îlot de pensée en marge. Parfois, je me demande qui sur Terre a compris Wittgenstein en dehors de Wittgenstein lui-même. 

Les grands classiques de la littérature racontés aux enfants

Léandra et Andrew reviennent de la librairie Filigranes. Léandra a acheté des fiches de Sudoku (!), classées en trois catégories, de "facile" à "démentiel" (ou à tout le moins quelque chose du même acabit). Il faut croire que le Sudoku Clearwire a éveillé de tardives vocations sudokistes au sein de la "dream team".

Andrew trimballe deux sacs. Dans l'un d'eux, quatre livres qu'il a dévorés quand il était enfant : Moby Dick, L'Île au trésor, Ivanhoé et... euh... je ne sais plus. Ce sont des versions illustrées et simplifiées à destination du jeune public. Andrew doit les apporter à Eugenia, sa collègue russe, mère d'un gamin qui doit s'exercer au français.

Il est également brièvement question du Monde de Sophie de Jostein Gaarder, une initiation à la philosophie pour les jeunes mais pas seulement... Peut-être est-ce par ce livre que je devrais commencer ?

Tueurs en série

Lorsque Walter arrive, la conversation change de thématique : il nous (re)parle de Jeffrey Lionel Dahmer, dit "le cannibale de Milwaukee", tueur en série américain qui prenait pour cible des homosexuels, qu'il tuait, violait, démembrait et mangeait (!). Walter fait également mention de Jack l'Éventreur, et Andrew de Whitechapel, une série policière britannique mettant en scène la recherche, un siècle plus tard, d'un copycat du célèbre tueur en série de l'époque victorienne. 

Néolibéralisme, etc.

Andrew a besoin de se reposer et repart donc chez lui. Je reste avec Walter. Nous commandons une bière, puis une autre... Combien de sinoples à la main senestre appaumée d'argent ai-je aperçus ce soir ? Je ne sais pas et c'est très mauvais signe.

Walter m'emmène dans une discussion que je n'ai pas spécialement envie d'avoir, sur les actions, la bourse, l'assurance pension et ce genre de choses. Ai-je envie de souscrire une assurance d'essence privée ? Non, évidemment : je suis contre l'idée de cotiser de manière individuelle pour quelque chose qui relève du bien commun. (Paradoxe interne : je dispose d'une assurance hospitalisation, pourtant.)

— Alors comment vas-tu vivre lorsque tu auras atteint l'âge de la retraite ?
— Je n'atteindrai pas l'âge de la retraite.
— Tu n'en sais rien. Tu crois que tu vas mourir d'ici-là ? De quoi ?
— D'un cancer ou d'une crise cardiaque.
Et si tu ne meurs pas et que tu te retrouves avec une pension de 1000 euros à la fin de ta vie ?
— Je suis incapable de me projeter à une semaine d'intervalle, alors ne me pose pas la question pour dans trente ans.
(Et puis quand bien même : si je suis contre un système, je vais tout faire pour ne pas y participer. Point.)

Je crois également entendre Walter affirmer que l'état belge est en partie communiste car il détient plus de 50% du capital dans certaines entreprises. J'ai dû rêver. Même sans prendre position pour ou contre ce système, est-il possible de réduire le communisme à cela ? À une part de capital public dans une entreprise ?

lundi 26 décembre 2011

6ACV11

Le hasard existe-t-il ?

Considérant avec Andrew (rendons à César, etc.) que :
1) 9 personnes sont présentes à la soirée de Noël chez lui,
2) 9 personnes seront présentes à la soirée de Nouvel An chez moi,
3) 9 esprits sont permutés dans l'épisode 6ACV10 de Futurama,
4) certaines personnes sont permutées entre sa soirée et la mienne,

... quel est l'âge du capitaine ?
... comment peut-on encore croire en la contingence ?
Y s'passe quequ'chose, ici ?

Considérant en outre que :
1) je mentionne Orson Welles ICI, ICI ("Rosebud") et (War of the Worlds),
2) Claire discutait hier de "Rosebud" dans Citizen Kane,
3) Walter me parle, ce soir, de "Rosebud" dans Columbo (!),
4) juste après, Igor (le copain de Perrette) conseille Le Procès d'Orson Welles,
5) la tête du même Orson apparaît dans l'épisode 6ACV11 de Futurama,

... quelle est la couleur du cheval ?
... peut-on en déduire que le sieur Hamilton pète un câble ?
Y s'passe quoi, là ?

* * *

Neuf personnes au souper, donc. J'y rencontre (par ordre d'apparition) Andrew (l'hôte), Eugenia (une de ses collègues russes), Léandra, Romain et son compagnon Ramon (c'est Léandra qui a choisi le surnom, je n'y suis pour rien !), Igor (dont j'ai décidé de changer le surnom, l'ancien étant trop péjoratif à mon goût) et sa compagne Perrette (qui, en bonne anthropologue, part au Laos le 3 janvier prochain), et enfin Walter (qui, en bon économiste, part en mission au Congo en janvier prochain, pour le compte de l'ONG Acted).

Comme apéritif, nous avons droit à un magnum de délicieux Champagne, accompagné d'un très bon saucisson bien frais, de fruits secs et de verrines à la crème d'asperge. En entrée, des huitres et une salade. En plat principal, un chapon fourré avec une succulente préparation à base de foie gras. Tous ces plats sont néanmoins assez (trop ?) complexes pour moi : je ne peux pas manger d'huitre (une aversion sévère m'en empêche) ; quant à la volaille, j'ai du mal à en déguster des morceaux tout en la voyant entière, en pleine phase de décortication devant moi (heureusement, c'est Igor qui s'occupe de la découpe pour tout le monde et je ne me retrouve pas avec des morceaux d'os dans mon assiette : j'aurais eu l'air malin si Léandra avait dû m'aider à dépecer une partie de la bestiole, comme si j'étais un petit enfant dégoûté – en fait, je suis un petit enfant dégoûté)... Résultat : quand je vois arriver, en fin de repas, les "cantuccini" et le "panettone" apportés par Léandra, j'intériorise un soupir de soulagement : enfin un truc simple à manger ! 

* * *

Durant la soirée, j'ai noté au fur et à mesure quelques mots-clés sur mon téléphone portable, afin de disposer d'histoires pour mon journal (Léandra me sort d'ailleurs à un moment : "Tu dois la noter, celle-là !"). Alors que je me relis, je me demande ce que je vais bien pouvoir faire de ce bric-à-brac informe : "C'est pas Malte", "Le plaisir des zuitres", "Derrick", "Columbo", "Performances", "Cadeaux", "Blog et psychothérapie", "Poussin", "Noël 2012", "Anus de dinde"... Je peux au moins expliciter certains termes.

- "C'est pas Malte" est un jeu de mots (qui a dit "pourri" ?) lancé par Romain en début de soirée, après qu'on a parlé brièvement de Malte. Certains invités ont même osé continuer la série avec des "Tout ça va mal tourner" et autres jeux de mots de très mauvais aloi.

- "Derrick" : personne (ou presque) ne croit Léandra quand elle annonce que je possède l'intégrale en DVD de la première saison de la série allemande Derrick. Romain : "Non mais sans rire ? C'est vrai ? T'as vraiment l'intégrale de Derrick ?". Oui, oui, c'est même Maïté qui me l'a offerte pour mon anniversaire, trois petits jours avant de me quitter (véridique !). Je n'ai jamais compris (ou n'ai jamais voulu comprendre) la raison de ce cadeau. Peut-être n'y en avait-il pas ? Peut-être n'était-ce qu'une plaisanterie d'une très grande ironie ? Voilà la preuve absolue que le hasard n'existe pas.

- "Columbo" : Walter, sans emploi pour l'instant, n'a pas grand chose à faire de ses journées. Récemment, il a donc regardé, pendant plusieurs jours, tous les épisodes du célèbre inspecteur, toutes époques confondues. 

- "Performances" : Igor croit, a priori à tort, que Léandra se moque de lui. Igor est artiste : il organise des "performances", c'est-à-dire (si j'ai bien compris) des actes théâtraux dans lesquels il se met en scène (paraît qu'il s'est déjà suspendu au plafond). À 2 (deux) reprises, il regarde Léandra droit dans les yeux d'un air mi-sarcastique, mi-courroucé et lui dit quelque chose comme : "Mais allez, vas-y ! Arrête de marmonner, va jusqu'au bout de ce que tu voulais dire !". D'après Andrew, c'est normal : leur relation a toujours été "un peu" tendue.

- "Cadeaux" : plusieurs personnes ont apporté des cadeaux. Léandra, me voyant déposer trois cadeaux en bas du sapin, me lance : 
— Quoi ? Tu as apporté des cadeaux tout compte fait ? T'avais dit que tu n'en amènerais pas !
Haha ! Oui, mais c'était pour que tu n'en apportes pas pour moi !
— Ha ben je n'en ai pas apporté, du coup...
(Haaa, le don et le contre-don...)

D'Andrew (qui a par ailleurs offert un cadeau à tout le monde), je reçois un livre de Kazuo Ishiguro : Nocturnes, Cinq nouvelles de musique au crépuscule (je ne sais pas de quoi il est question mais le titre donne envie) ; de Walter, une double assiette creuse entièrement biodégradable. De mon côté, j'offre à Léandra deux livres dénichés aux librairies Tropismes (Galerie du roi, à Bruxelles) : un calendrier de jurons et un petit livre intitulé Anagrammes renversantes ou Le sens caché du monde d'Étienne Klein (physicien) et Jacques Perry-Salkow (pianiste de jazz et écrivain spécialisé dans les anagrammes – ça tombe bien), où l'on apprend (entre autres) que "Entreprise Monsanto" est l'anagramme de "Poison très rémanent" (woaw !) ; à Walter, une bouteille de Chimay Grande Réserve (Édition limitée 2010) ; à Andrew, une bouteille de Bush de Nuits (concrètement : une bière "Bush de Noël" murie 6 à 9 mois dans "des foudres de bois ayant contenu du Bourgogne de Nuits-Saint-Georges", puis refermentée en bouteille dans une chambre chaude – qui a dit que brasser de la bière était un exercice facile ?).

- "Blog et psychothérapie" : Romain parle de blogs. Actuellement, il n'écrit plus car il ne trouve pas le concept original qui lui permettrait de se lancer. Romain est (semble-t-il) comme Léandra : ce sont de vieux blogueurs, des vétérans qui refusent d'écrire sans avoir une idée précise quant à la forme que leur blog doit prendre, sans disposer d'une "charte éditoriale" bien établie. Il parle également de la tenue d'un blog comme d'une forme de psychothérapie. Je ne peux que lui donner raison. En tout cas, je considère mon propre journal comme une psychothérapie à part entière : j'écris tout ce qui me passe la tête, tout en essayant de structurer un minimum l'ensemble. Le but a été, est et sera toujours personnel : essayer de mieux me comprendre, même si le fait de savoir que je suis lu rajoute un certain piquant à l'expérience.

- "Noël 2012" : à table, Léandra imagine le prochain Noël : en décembre 2012, elle est toujours avec Jonas ; Walter s'est trouvé la personne de sa vie au Congo ; Andrew sort avec une Slave rencontrée via son travail d'agent secret à la solde de l'Occident ; Emily sort avec Lyric (m'enfin !) ; et moi aussi je suis avec quelqu'un (mouhahaha !). À un moment, nous avons émis l'hypothèse que la probabilité d'un seul suicide dans le courant de l'année prochaine était plus forte que cette situation "Tout le monde en couple" imaginée par Léandra. C'est toujours d'un joyeux, les discussions de la "dream team" sur l'avenir de la "dream team" !

- "Anus de dinde" : Romain provoque au bas mot 50% des rires de la soirée. Parmi les histoires amusantes qu'il a racontées, celle-ci : un jour, alors qu'il était en train de manger une dinde (ou un poulet ?), il tombe sur un morceau différent du reste, beaucoup plus sombre. Il le met en bouche et le trouve totalement répugnant, mais en même temps il a peur de passer pour un impoli en le recrachant. Il s'avérera qu'il a tout de même bien fait de le recracher car il s'apprêtait à manger l'anus de la volaille sans le savoir. D'après Andrew, certains raffolent de cette partie, au point de se la réserver ! Miam, miam, miam, it's delicious !

Il est passé une heure du matin lorsque Léandra et moi décidons de rentrer chez nous en taxi. Eugenia nous accompagne, car elle habite à quelques rues de chez moi. Comme souvent, je ne peux m'empêcher de faire la conversation avec le taximan, de parler de tout et de rien (la circulation, tout ça...). Je suis néanmoins très loin d'Andrew, qui arrive à discuter de sujets hautement philosophiques (l'athéisme, tout ça...) à des heures impossibles avec "ses" taximen.

Demain, je dois me lever vers 6h32. Je sens que ça ne va pas être facile.