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jeudi 28 juin 2012

Chavagnac

Au réveil, le souvenir vivace d'un rêve pornographique au cours duquel je sors avec une vieille connaissance d'école secondaire. En public, la femme est timide et effacée, jusqu'à regarder constamment le sol... Au lit par contre, elle devient à la fois vulgaire et dirigiste. Elle me repousse et me crie : « J'en ai rien à foutre de tes petits bisous et de tes caresses ! Je veux que tu mettes ta main là, et là, et puis ici ! » ou : « Je veux que tu me prennes comme ça ! » ou encore : « T'as pas oublié les préservatifs, au moins, couillon ? », etc. J'exécute tout ce qu'elle me demande, sans néanmoins prendre le moindre plaisir. Pendant l'acte, elle me lance une série de phrases comme : « T'aimes ça, hein, mon cochon ? » — Misère ! Pour une fois que je rêve de sexe, il faut que ma partenaire imaginaire soit dans l'incapacité d'être douce ! (Je ne veux même pas savoir ce que ce rêve cache au niveau symbolique.)

Librairie Filigranes. Je flâne aux rayons philosophie, science-fiction, littérature générale et poésie. Du côté de la science-fiction, j'opte pour Simulacron 3 de Daniel F. Galouye (1964), où il est question d'un simulateur d'environnement total, autrement dit d'un monde complet créé informatiquement (Matrix est en retard d'une guerre !)... Au rayon littérature, je cherche en particulier le texte de Goethe sur la botanique (La métamorphose des plantes) mais je ne le trouve pas... « Ha, désolé, nous ne l'avons pas en stock, me répond une vendeuse. Mais nous avons Faust, au rayon théâtre, et le très beau Divan d'Orient et d'Occident qui établit, comme son nom l'indique, le pont entre ces deux mondes. Je suis assez fière d'en avoir fait l'acquisition... » C'est un peu cher, alors je me rabats sur ses Maximes et réflexions (pour le moment).

Goethe : « Si Dieu avait été préoccupé de faire vivre et agir les hommes dans la vérité, il aurait dû s'y prendre autrement. » ; « Lorsque l'homme se met à réfléchir sur sa santé ou son moral, il se trouve généralement souffrant. » ; « Jeter un coup d'œil sur une horloge qui ne marche plus, par habitude, comme si elle marchait encore ; regarder le visage d'une beauté comme si elle aimait encore. »

Une réplique culte, et très drôle, du barman Moe Szyslak dans Les Simpson (Toute la vérité, rien que la vérité, 1991) : « Les gens riches ne sont pas heureux... Depuis leur naissance jusqu'à leur mort, ils s'imaginent qu'ils sont heureux, mais crois-moi : ils ne le sont pas ! »

Je suis au MicroMarché, dans le quartier de Sainte-Catherine, en compagnie de Léandra, de Perrette et du Docteur Nanash. Celui-ci et moi-même commandons à boire. Lui un mojito, moi une simple bière. La serveuse nous sert les deux boissons et souhaite encaisser de suite : « Ça fera six euros nonante, s'il vous plaît...
— Combien coûte le mojito ? demande Nanash.
— Sept euros.
— Et l'on vous doit ?
— Six euros nonante, s'il vous plaît.
— D'accord. »
Constat : soit la bière est au prix incroyable de -10 cents (si j'avais commandé 70 chopes au lieu d'une, la commande aurait entièrement payé le mojito), soit la serveuse est un peu... hem... limitée. La conclusion toute personnelle de Nanash : « Faut pas chercher à comprendre, c'est la sélection naturelle, un point c'est tout ! »

Un peu plus tard, Léandra et moi rejoignons Andrew au Domaine de Chavagnac, un restaurant gastronomique (très abordable) spécialisé dans la cuisine du Sud-Ouest... Ça sonne un peu comme « Champignac », dans les aventures de Spirou et Fantasio, c'est sympa !

J'offre à Andrew son cadeau d'anniversaire : un recueil de poésie japonaise intitulé De cent poètes, un poème, trouvé tout à l'heure chez Filigranes. Le connaissant, je me suis dit qu'il aimerait pareil recueil de poésie orientale — j'ai longtemps hésité entre l'arabe et la japonaise —, d'autant plus que chaque poème est accompagné, en pleine page, de sa propre calligraphie. (Apparemment, je ne me suis pas trompé.)

Je déguste une tranche de foie gras en entrée... « Le foie malade d'un animal torturé », disait en son temps Maïté... Mais c'est tellement bon ! En plat principal, un pavé de bœuf. De leur côté, Andrew et Léandra mangent du magret de canard au thym.

Est-il possible que je n'aie plus vu Andrew depuis le 22 avril 2012 (si l'on en croit sa dernière apparition de visu dans ce blog, mentionnée un jour plus tard, soit le 23 avril) ? Idem pour Emily : cela fait plus de deux mois que je ne l'ai plus croisée. C'est la vie !

C'est la folie dans le centre-ville... L'Italie a gagné, semble-t-il. Le boulevard Anspach est assailli par les bruits de klaxons et l'agitation des drapeaux... Une scène : une famille d'Asiatiques, dans un taxi, observant avec de grands yeux émerveillés cette démonstration de liesse populaire européenne. Une autre scène : deux supporters allemands, dans le tram, petit drapeau en main, essayant tant bien que mal de se consoler de la défaite de leur équipe. Ils ont vraiment l'air au bord des larmes, c'en est presque... inquiétant.

jeudi 3 mai 2012

Le syndicaliste & l'expert

Enregistrements. — Wynka et moi passons une partie conséquente de notre journée de travail à réaliser deux interviews en relation avec un livre qui doit paraître en fin d'année.

À chaque interview, j'en apprends un peu plus sur les techniques d'enregistrement : comment obtenir le bon rendu d'une voix ? — Les microphones ne sont pas intelligents : à la différence de l'oreille humaine, ils ne font que capter une série de fréquences sans les interpréter. Si une sonnerie de téléphone retentit durant l'entretien, si un coucou sonne l'heure ou si quelqu'un débarque en hurlant dans la pièce, le micro n'en aura cure et enregistrera tout. Pour pallier un tant soit peu le problème, j'utilise depuis peu deux microphones à condensateur à directivité cardioïde : ce type de microphone, en plus de donner un son cristallin d'assez haute qualité, enregistre principalement la personne qui se trouve devant lui, atténue les bruits latéraux et oublie presque complètement les bruits qui viennent de l'arrière. En jouant avec deux microphones (un pour l'interviewé, un autre pour les deux intervieweurs qui se trouvent de l'autre côté de la table), j'obtiens une piste stéréo de qualité que je peux facilement traiter après coup. L'inconvénient : il faut constamment trimballer l'enregistreur et les deux micros, avec leur câble XLR respectif et leur relativement lourd pied de table. (Historien, un métier tout-terrain.)

Le matin, nous interviewons dans un des bureaux, au boulot, un ancien employé et délégué syndical de l'usine Cockerill, socialiste, fils de résistant. L'après-midi, nous nous déplaçons jusqu'au domicile d'un ancien cadre de cette même entreprise, ex-chef de laboratoire, spécialiste des pensions, âgé de 87 ans. Les deux hommes sont tous deux de gauche, mais quelle différence ! Le premier est resté durant toute sa vie délégué syndical dans son entreprise et a milité auprès de la base ; le second est devenu un cadre assez haut placé dans la hiérarchie et voit donc tous les événements, grèves et manifestations de manière extérieure.

Le premier nous parle, en passant, du débat Hollande-Sarkozy d'hier soir : « Vous l'avez regardé, vous aussi ? Non ? Oh, vous auriez vu ça ! Hollande a complètement démoli son adversaire ! ». Plus tard, il mentionne la Résistance et raconte des anecdotes sur son père, qui faisait partie d'un réseau liégeois : travaillant à la Kommandantur comme interprète, il volait des documents à destination des Anglais... Le courant passe bien avec le monsieur. Il me rappelle mon papa... Un syndicaliste, quoi...

Le second est du genre « expert », très élogieux envers la science et la connaissance technique : il a travaillé en collaboration avec le CERN à Genève, est devenu un spécialiste international en matière de pension et vante à plusieurs reprises son côté « neutre », qui lui a valu certains ennuis : il était à la fois ami avec des syndicalistes socialistes et chrétiens, mais aussi avec le chef du personnel et le patronat. À un moment, je lui pose, tout souriant, la question : « Au fond, vous étiez une sorte d'agent double ? » Quoi qu'il en soit, je l'aime bien aussi, celui-là, pour d'autres raisons que le premier : pour sa vision du savoir et de la connaissance qui ne me rappelle pas spécialement mon père mais plutôt... euh... moi, tout bêtement — et aussi pour sa critique des systèmes de pension privés...

Je me dis que le mieux serait encore d'avoir accès aux enregistrements effectués ce jeudi, afin de travestir le moins possible leurs propos. En conséquence, je reviendrai peut-être plus en détail sur ces deux témoignages quand j'aurai accès à la source brute.

Les surdoués. — Durant le repas de midi séparant les deux interviews, une petite discussion entre Charlotte, Sylvette et moi.

« (...) C'est clairement un enfant surdoué, dit Sylvette, donc il s'emmerde à l'école et ne réussit pas bien...
— Pourquoi ?
— Parce qu'il connaît tout, donc il ne fait rien.
— Ha ! C'est facile de dire ça...
— C'est un truc que je ne comprends pas, lance Charlotte. 
— Qu'est-ce que tu ne comprends pas ?
— S'il était surdoué, il devrait au contraire n'avoir aucune difficulté à réussir, donc il devrait passer son année sans aucun problème... 
— Non, car cela lui semble trop facile : il ne s'amuse pas, il n'apprend rien, donc il ne fait rien.
— Je ne sais pas... Je trouve ça bizarre.
— Je me demande si tout cela ne sert pas un peu d'excuse, dis-je. "Mon fils est surdoué, c'est pour ça qu'il ne réussit pas." »
(Je ne dis pas que ce n'est pas une raison. Seulement qu'on voit des surdoués partout en ce moment, et que la moindre difficulté scolaire est souvent rattachée à ce cas très précis et assez rare...)

Soirée. — Maison du Peuple, avec mon ordinateur. Sur la banquette, à ma gauche, un homme buvant de la De Koninck au fût regarde droit devant lui. Il reste là pendant quelques heures, ne dit rien, ne lit rien. Il était déjà là hier : avant de s'en aller, il s'était alors enquis de quelques renseignements sur mon PC. Je pense qu'il est très seul, qu'il s'ennuie et qu'il aimerait utiliser le café comme un coin de rencontres. Je lui souhaite bonne chance, sincèrement.

La jolie serveuse souriante et sympathique est là aussi. Elle porte de très grosses lunettes rondes, un peu comme celles de Perrette. Est-ce un effet de style ?

En cours de soirée, Georges passe en coup de vent. Il ne s'assied pas et me parle pendant un petit quart d'heure, appuyé contre la grande baie vitrée du café. Il a été engagé en CDI, revient d'Écosse... Il me demande ce que je fais : « Je tiens mon blog à jour. 
— Ha oui, ton blog... Je savais que tu étais actif là-dedans pour le moment. Je l'avais déjà vu, il y a un certain temps. 
— Oui, mais là, c'est un peu différent : je m'efforce d'écrire un article par jour sur ma vie, tout ça... » 
Va-t-il aller jeter un œil ? Suspense.

lundi 26 décembre 2011

6ACV11

Le hasard existe-t-il ?

Considérant avec Andrew (rendons à César, etc.) que :
1) 9 personnes sont présentes à la soirée de Noël chez lui,
2) 9 personnes seront présentes à la soirée de Nouvel An chez moi,
3) 9 esprits sont permutés dans l'épisode 6ACV10 de Futurama,
4) certaines personnes sont permutées entre sa soirée et la mienne,

... quel est l'âge du capitaine ?
... comment peut-on encore croire en la contingence ?
Y s'passe quequ'chose, ici ?

Considérant en outre que :
1) je mentionne Orson Welles ICI, ICI ("Rosebud") et (War of the Worlds),
2) Claire discutait hier de "Rosebud" dans Citizen Kane,
3) Walter me parle, ce soir, de "Rosebud" dans Columbo (!),
4) juste après, Igor (le copain de Perrette) conseille Le Procès d'Orson Welles,
5) la tête du même Orson apparaît dans l'épisode 6ACV11 de Futurama,

... quelle est la couleur du cheval ?
... peut-on en déduire que le sieur Hamilton pète un câble ?
Y s'passe quoi, là ?

* * *

Neuf personnes au souper, donc. J'y rencontre (par ordre d'apparition) Andrew (l'hôte), Eugenia (une de ses collègues russes), Léandra, Romain et son compagnon Ramon (c'est Léandra qui a choisi le surnom, je n'y suis pour rien !), Igor (dont j'ai décidé de changer le surnom, l'ancien étant trop péjoratif à mon goût) et sa compagne Perrette (qui, en bonne anthropologue, part au Laos le 3 janvier prochain), et enfin Walter (qui, en bon économiste, part en mission au Congo en janvier prochain, pour le compte de l'ONG Acted).

Comme apéritif, nous avons droit à un magnum de délicieux Champagne, accompagné d'un très bon saucisson bien frais, de fruits secs et de verrines à la crème d'asperge. En entrée, des huitres et une salade. En plat principal, un chapon fourré avec une succulente préparation à base de foie gras. Tous ces plats sont néanmoins assez (trop ?) complexes pour moi : je ne peux pas manger d'huitre (une aversion sévère m'en empêche) ; quant à la volaille, j'ai du mal à en déguster des morceaux tout en la voyant entière, en pleine phase de décortication devant moi (heureusement, c'est Igor qui s'occupe de la découpe pour tout le monde et je ne me retrouve pas avec des morceaux d'os dans mon assiette : j'aurais eu l'air malin si Léandra avait dû m'aider à dépecer une partie de la bestiole, comme si j'étais un petit enfant dégoûté – en fait, je suis un petit enfant dégoûté)... Résultat : quand je vois arriver, en fin de repas, les "cantuccini" et le "panettone" apportés par Léandra, j'intériorise un soupir de soulagement : enfin un truc simple à manger ! 

* * *

Durant la soirée, j'ai noté au fur et à mesure quelques mots-clés sur mon téléphone portable, afin de disposer d'histoires pour mon journal (Léandra me sort d'ailleurs à un moment : "Tu dois la noter, celle-là !"). Alors que je me relis, je me demande ce que je vais bien pouvoir faire de ce bric-à-brac informe : "C'est pas Malte", "Le plaisir des zuitres", "Derrick", "Columbo", "Performances", "Cadeaux", "Blog et psychothérapie", "Poussin", "Noël 2012", "Anus de dinde"... Je peux au moins expliciter certains termes.

- "C'est pas Malte" est un jeu de mots (qui a dit "pourri" ?) lancé par Romain en début de soirée, après qu'on a parlé brièvement de Malte. Certains invités ont même osé continuer la série avec des "Tout ça va mal tourner" et autres jeux de mots de très mauvais aloi.

- "Derrick" : personne (ou presque) ne croit Léandra quand elle annonce que je possède l'intégrale en DVD de la première saison de la série allemande Derrick. Romain : "Non mais sans rire ? C'est vrai ? T'as vraiment l'intégrale de Derrick ?". Oui, oui, c'est même Maïté qui me l'a offerte pour mon anniversaire, trois petits jours avant de me quitter (véridique !). Je n'ai jamais compris (ou n'ai jamais voulu comprendre) la raison de ce cadeau. Peut-être n'y en avait-il pas ? Peut-être n'était-ce qu'une plaisanterie d'une très grande ironie ? Voilà la preuve absolue que le hasard n'existe pas.

- "Columbo" : Walter, sans emploi pour l'instant, n'a pas grand chose à faire de ses journées. Récemment, il a donc regardé, pendant plusieurs jours, tous les épisodes du célèbre inspecteur, toutes époques confondues. 

- "Performances" : Igor croit, a priori à tort, que Léandra se moque de lui. Igor est artiste : il organise des "performances", c'est-à-dire (si j'ai bien compris) des actes théâtraux dans lesquels il se met en scène (paraît qu'il s'est déjà suspendu au plafond). À 2 (deux) reprises, il regarde Léandra droit dans les yeux d'un air mi-sarcastique, mi-courroucé et lui dit quelque chose comme : "Mais allez, vas-y ! Arrête de marmonner, va jusqu'au bout de ce que tu voulais dire !". D'après Andrew, c'est normal : leur relation a toujours été "un peu" tendue.

- "Cadeaux" : plusieurs personnes ont apporté des cadeaux. Léandra, me voyant déposer trois cadeaux en bas du sapin, me lance : 
— Quoi ? Tu as apporté des cadeaux tout compte fait ? T'avais dit que tu n'en amènerais pas !
Haha ! Oui, mais c'était pour que tu n'en apportes pas pour moi !
— Ha ben je n'en ai pas apporté, du coup...
(Haaa, le don et le contre-don...)

D'Andrew (qui a par ailleurs offert un cadeau à tout le monde), je reçois un livre de Kazuo Ishiguro : Nocturnes, Cinq nouvelles de musique au crépuscule (je ne sais pas de quoi il est question mais le titre donne envie) ; de Walter, une double assiette creuse entièrement biodégradable. De mon côté, j'offre à Léandra deux livres dénichés aux librairies Tropismes (Galerie du roi, à Bruxelles) : un calendrier de jurons et un petit livre intitulé Anagrammes renversantes ou Le sens caché du monde d'Étienne Klein (physicien) et Jacques Perry-Salkow (pianiste de jazz et écrivain spécialisé dans les anagrammes – ça tombe bien), où l'on apprend (entre autres) que "Entreprise Monsanto" est l'anagramme de "Poison très rémanent" (woaw !) ; à Walter, une bouteille de Chimay Grande Réserve (Édition limitée 2010) ; à Andrew, une bouteille de Bush de Nuits (concrètement : une bière "Bush de Noël" murie 6 à 9 mois dans "des foudres de bois ayant contenu du Bourgogne de Nuits-Saint-Georges", puis refermentée en bouteille dans une chambre chaude – qui a dit que brasser de la bière était un exercice facile ?).

- "Blog et psychothérapie" : Romain parle de blogs. Actuellement, il n'écrit plus car il ne trouve pas le concept original qui lui permettrait de se lancer. Romain est (semble-t-il) comme Léandra : ce sont de vieux blogueurs, des vétérans qui refusent d'écrire sans avoir une idée précise quant à la forme que leur blog doit prendre, sans disposer d'une "charte éditoriale" bien établie. Il parle également de la tenue d'un blog comme d'une forme de psychothérapie. Je ne peux que lui donner raison. En tout cas, je considère mon propre journal comme une psychothérapie à part entière : j'écris tout ce qui me passe la tête, tout en essayant de structurer un minimum l'ensemble. Le but a été, est et sera toujours personnel : essayer de mieux me comprendre, même si le fait de savoir que je suis lu rajoute un certain piquant à l'expérience.

- "Noël 2012" : à table, Léandra imagine le prochain Noël : en décembre 2012, elle est toujours avec Jonas ; Walter s'est trouvé la personne de sa vie au Congo ; Andrew sort avec une Slave rencontrée via son travail d'agent secret à la solde de l'Occident ; Emily sort avec Lyric (m'enfin !) ; et moi aussi je suis avec quelqu'un (mouhahaha !). À un moment, nous avons émis l'hypothèse que la probabilité d'un seul suicide dans le courant de l'année prochaine était plus forte que cette situation "Tout le monde en couple" imaginée par Léandra. C'est toujours d'un joyeux, les discussions de la "dream team" sur l'avenir de la "dream team" !

- "Anus de dinde" : Romain provoque au bas mot 50% des rires de la soirée. Parmi les histoires amusantes qu'il a racontées, celle-ci : un jour, alors qu'il était en train de manger une dinde (ou un poulet ?), il tombe sur un morceau différent du reste, beaucoup plus sombre. Il le met en bouche et le trouve totalement répugnant, mais en même temps il a peur de passer pour un impoli en le recrachant. Il s'avérera qu'il a tout de même bien fait de le recracher car il s'apprêtait à manger l'anus de la volaille sans le savoir. D'après Andrew, certains raffolent de cette partie, au point de se la réserver ! Miam, miam, miam, it's delicious !

Il est passé une heure du matin lorsque Léandra et moi décidons de rentrer chez nous en taxi. Eugenia nous accompagne, car elle habite à quelques rues de chez moi. Comme souvent, je ne peux m'empêcher de faire la conversation avec le taximan, de parler de tout et de rien (la circulation, tout ça...). Je suis néanmoins très loin d'Andrew, qui arrive à discuter de sujets hautement philosophiques (l'athéisme, tout ça...) à des heures impossibles avec "ses" taximen.

Demain, je dois me lever vers 6h32. Je sens que ça ne va pas être facile.

vendredi 7 octobre 2011

Unité 410

Aujourd'hui, c'est un journal un peu spécial : fruit du miracle technologique, ce message est posté alors que je suis selon toute vraisemblance profondément endormi dans un des blocs opératoires du CHU Saint-Pierre à Bruxelles, en train de me faire triturer le ventre par un chirurgien italien hilare. Je suis intubé (et non entubé : ne pas confondre les deux !), j'ai un cocktail anesthésique qui coule dans mes veines, fait d'analgésiques (pour faire moins mal), d'hypnotiques (pour faire dodo) et de curare (pour me paralyser). Hier soir, avec Tom et ma mère, en parlant de cette histoire de curare, nous étions morts de rire en imaginant que l'anesthésiste serait peut-être un Indien d'Amazonie, en costume traditionnel, venant m'endormir avec sa sarbacane.

Bref, si je suis encore en vie après cette bête opération, je viendrai écrire ci-dessous comment tout ça s'est déroulé. Si je suis mort, ça va être beaucoup plus difficile d'écrire quoi que ce soit, forcément. 

Allez, salut, et encore merci pour le poisson.

* * *

Il semblerait que ma famille, mes amis et mes collègues vont encore devoir me supporter un petit peu car je suis toujours bel et bien en vie (ben évidemment, ducon !). Ce n'est que partie remise cela dit : la mort n'est qu'une question de temps, de patience... Sinon, la journée de ce vendredi s'est déroulée comme se déroule une journée à l'hôpital. Ci-dessous un compte rendu en bonne et due forme de mon passage sur le billard.

Je rentre à l'hôpital vers 8h du matin. Ma mère m'accompagne. Après mon admission et la découverte de ma chambre (une chambre simple car il n 'y a plus de chambre double disponible : je ne vais pas m'en plaindre !), ma mère me propose de rester. Je décline : elle est gentille et attentionnée envers son fils unique mais je n'ai plus huit ans, bordel ! Je veux être "seul" (pour autant qu'on puisse vraiment l'être dans un hôpital). Je n'ai vraiment pas envie de l'avoir dans les pattes toute la matinée, pendant que je me rase le ventre, qu'on vient prendre ma tension, etc. Ma maman s'en va donc (plus tard, j'apprendrai qu'elle en a profité pour nettoyer tout mon appartement !).

La partie de l'énorme bâtiment dans lequel je me trouve s'appelle l'Unité 410 (comprendre : bloc 4, 10e étage). "Unité 410", ça en jette à donf : le nom pourrait même servir de titre pour une série d'horreur américaine : "[Voix off caverneuse] Bienvenue à l'Unité 410 ! Cet endroit maudit où des chirurgiens italiens fous enlèvent des vésicules à vif par pur plaisir sadique !".

Une infirmière m'identifie à l'aide d'un petit bracelet portant mon nom (le genre de bracelet en plastique que l'on se met au poignet dans les festivals de musique). Une pensée me traverse l'esprit : ha ouais, pas con ! Comme ça, à la morgue, ils pourront m'identifier directement ! L'infirmière me demande aussi d'enfiler des bas anti-thrombose ridicules et un habit d'hôpital dévoilant une partie du dos ainsi que la raie des fesses. C'est d'un chic ! Quand je lui demande s'il faut que je garde autre chose comme vêtement, elle me lance avec un grand sourire, un peu à la manière d'une sorcière vaudou : "Naaaan, vous devez être nuuuu comme un veeeer !". Elle m'apporte enfin un Xanax, à prendre un peu avant l'opération, pour me calmer (JE SUIS TRÈS CALME POURTANT !).

Pour passer le temps, je regarde la télévision. Dans La Clef des Champs, l'émission pastorale de Philippe Soreil, j'aperçois une dame qui gère une sorte de gîte tout confort. Elle porte le même nom de famille que Perrette et, bien que plus vieille, possède indubitablement un air de ressemblance avec cette dernière (la bouche un peu pincée, notamment). Elle doit sans doute être de sa famille : faudra que je demande à Léandra. Sur une autre chaîne, une émission sur un projet de préservation de graines végétales (une "Arche de Noé" pour le monde des plantes). L'idée : placer dans un bunker, dans le froid de la Norvège, de nombreux germes de plantes, afin de sauver la biodiversité et permettre à des populations soumises à la sécheresse et à la famine de survivre en leur fournissant des graines en cas de besoin. Plusieurs huiles sont là : une Prix Nobel de la Paix qui se les gèle ainsi que Barroso, le président de la Commission européenne... En arrière-plan, des Norvégiens qui chantent un chant patriotique débile, vantant le retour au pays froid. Plus tard, toujours à la télévision, un reportage sur le "Château de la Tomate" : une superbe propriété domaniale possédée par un certain prince Louis Albert de Broglie, dit le "Prince jardinier", qui est tout fier de son projet : cultiver 650 types de tomates différentes dans ses jardins. Et c'est vrai qu'elles sont belles, ses tomates. Elles me donnent l'eau à la bouche, d'autant plus que j'ai faim (je suis obligé d'être à jeun pour mon opération). Le prince a un look d'aristo pur jus : quand il bêche la terre, il porte un superbe costume d'un blanc immaculé (m'enfin !) ; quand il va dire bonjour à son jardinier, il est en costume trois pièces, avec cravate et tout le toutim. Enfin, c'est toujours mieux de cultiver ses tomates au soleil que d'enfourcher son canasson pour partir en croisades...

À 11h15, plus tôt que prévu, une dame sympa et décidée vient me chercher : "Voilà, on vous emmène au bloc !". Elle trimballe mon lit au travers de nombreux couloirs de l'hôpital, prend un ascenseur et me parque dans un couloir, en faisant une sorte de créneau : "Une infirmière va passer vous chercher". Une autre dame patiente dans son lit à côté de moi. Après une demi-heure d'attente, on vient effectivement me chercher, direction la salle d'opération. J'adore les salles d'opération, je suis tout excité ! J'adore observer et aussi me retrouver dans des situations peu fréquentes, voire inconnues ! Dommage que je n'ai pas mes lunettes. Mon chirurgien est là et m'accueille : "Ha, Hamiltono, on y est, ici c'est le bloc opératoire !". Une radio posée au fond de la pièce passe une petite musique joyeuse. Le chirurgien : "C'est pour nous détendre durant le travail : on est là toute la journée, nous, hein". Puis, il rigole : "Mais rassure-toi, je ne vais pas me mettre à danser !". J'adore ce gars. Le sympathique anesthésiste au bandana de la dernière fois est là aussi, ainsi que deux jeunes assistantes gentilles et attentionnées. On dirait une bande de copains : ça met en confiance. L'anesthésiste me lance : "Regardez-le. Vous allez vous faire opérer par un professeur de chirurgie, s'il vous plaît ! Et il prépare ses instruments tout seul, comme un grand [et il a même un site Web !]. Si on était à l'hôpital Érasme, le chirurgien serait déjà en train d'engueuler son personnel !"


* * *

– Voilà Monsieur, on commence à mettre le produit, ça va piquer sans doute un peu à la main et... allez... sans... dou... a...

(...)

Sommeil sans rêve...

(...)


Je pense que je me suis brièvement réveillé durant l'opération. Pas de douleur, pas de vision (impossible d'ouvrir les yeux) mais l'ouïe fonctionnant parfaitement ("Petit problème, là..." ; long silence ; "Ah voilà, c'est reparti..."). Et surtout : cette impossibilité (ou cette sensation d'impossibilité) d'aspirer le moindre centimètre cube d'air, avec l'impression d'étouffer sans vraiment étouffer. Je ne sais pas si je me suis réellement réveillé à cause d'un manque d'hypnotiques (je ne sais même pas si c'est possible) ou si j'ai rêvé de ce truc de bout en bout (peut-on rêver sous anesthésie ?). N'empêche, j'ai ce souvenir-là en mémoire...


(...)

On m'appelle en salle de réveil. Comme d'habitude, je passe du statut de sommeil régulier à celui d'éveil total, presque d'un coup : "Ha mais vous êtes déjà très bien réveillé, c'est bien !".


* * *

Quand je reviens dans ma chambre, ma mère est de nouveau là. Lewis me téléphone peu après, en utilisant le numéro de téléphone de ma chambre. C'est, dit-il, la dixième fois qu'il essaie ! Extraits de son discours : "Ah, je suis rassuré : je vais pouvoir enfin sortir de chez moi" ; "Tu sais, mon grand, tu n'es pas seul !"... C'est gentil à lui, mais c'est quand même dingue qu'autant de personnes ne se rendent pas compte que je n'ai pas besoin de soutien ou de réconfort de ce type (c'est-à-dire du genre "mielleux protecteur"). Et, sinon, oui, je sais que je ne suis pas seul.

Vers 18h30, Léandra et Andrew viennent me rendre visite, avant d'aller manger dans un "restaurant surprise" choisi par Andrew. Alors, ça, ça me fait plaisir ! Léandra a apporté des galettes Jules Destrooper. Hé merde, comble de malchance : je ne peux toujours rien manger ni boire... Andrew m'offre un recueil de poèmes sur la mémoire (vu que c'est mon dada, pour le moment). Faudra que j'en reparle une autre fois.

Une fois que tout le monde est reparti, j'écris rapidement ce texte (j'espère qu'il n'y a pas trop de fautes), je joue un peu à Spelunky (le seul jeu installé sur ce petit PC) puis je glande devant la télévision (ça change de mon habituelle vie sans petit écran !). Vers minuit, je décide de m'endormir du mieux que je peux, malgré la perfusion qui me gène légèrement au niveau de la main gauche...

mercredi 3 août 2011

Réveil difficile

Ce matin, je me lève du mauvais pied. Ou plutôt : je ne me lève pas du mauvais pied car je n’entends aucun de mes deux réveils (programmés pour sonner à 6h16 et 6h32). Je suis réveillé par un coup de fil de ma collègue Charlotte à... 9h30 ! Je ne comprends pas : je ne me souviens même pas avoir éteint les réveils à un moment donné de la nuit ou de la matinée. Pourtant je les ai éteints, vu qu’ils sont tous les deux en position "off". Je m’excuse platement au téléphone et décide (pas trop le choix) de prendre une matinée de congé. Je suis vraiment fatigué ces temps-ci (les vacances à Stavelot ne m'ont pas du tout reposé). La grande bouteille de vin offerte par Térence hier et bue jusqu'à plus soif avec Léandra n’a sans doute pas arrangé les choses. J’ai reçu un message clair de la part de mon corps : "Aujourd’hui, fieu, pas question de dormir seulement 4 heures : je me repose, coûte que coûte". Quand je me réveille, je suis gêné mais néanmoins vraiment reposé, en effet. J’ai la tête un peu lourde et j'ai dormi d’un sommeil sans rêve. 

Dans le train avançant à travers la pluie et la plate campagne, je tombe sur des wagons remplis de scouts, flamands de surcroit (pourquoi sont-ils dans ce train un mercredi à 10 heures du matin ?). Dans le wagon où j’écris en ce moment, ils sont au moins six sizaines (pourquoi leurs groupes sont-ils organisés sur base de l’ignoble chiffre 6 ?), voire une meute entière (pourquoi n’utilisent-t-ils pas le terme "troupeau", plus approprié ?). Pourquoi font-ils les malins ? Pourquoi ouvrent-ils les poubelles bruyamment ? Pourquoi écoutent-t-ils de la musique de merde ? Pourquoi se mettent-ils n’importe comment sur leur siège ? Pourquoi le scoutisme existe-t-il ? Pourquoi suis-je de si mauvaise foi ? 

Toutes ces questions me font penser à mon boulot : actuellement, on – enfin, surtout mon chef Lodewijk – réalise un travail sur l’histoire des maisons de jeunes, en collaboration avec la Communauté française de Belgique, ou plutôt la "Fédération Wallonie-Bruxelles", comme il faut désormais l’appeler (c’est "chouette", on va devoir changer les logos et les appellations sur nos dépliants, sur notre site Web, sur notre correspondance, etc.). De nombreuses interviews d’anciens responsables de maisons de jeunes ont été réalisées. À la question : "Quelle est la différence entre une maison de jeunes et un mouvement de jeunesse comme le scoutisme ?", les interviewés répondent tous pas une phrase du genre : "Oh, vous savez, les scouts sont beaucoup plus encadrés par une obligation d’être présents et par des règles strictes, alors que dans les maisons de jeunes, quand j’y travaillais du moins, c’était un peu le bordel intégral". C’est sans doute vrai, mais ayant déjà été dans une maison de jeunes dans les années 90 quand j’étais adolescent (un de mes amis y donnait des concerts avec son groupe de métal), je trouvais l’ambiance vachement plus sympathique (et na !). 

Durant le repas de midi, Charlotte parle d'une de ses tantes qui avait une phobie maladive des pigeons. Cette peur panique a même un nom : la colombophobie. Pour remédier à cela, d'après Charlotte, son thérapeute lui a donné un pigeon empaillé (!), que la pauvre tante a dû placer dans un endroit fréquenté de sa maison. C'était une thérapie de choc, censée la mettre en face de sa peur pour la vaincre, et ça a marché ! C'est incroyable de se dire que ce médecin avait dans une de ses armoires un pigeon empaillé, et je serais curieux de savoir comment il s'y serait pris si la tante en question avait eu peur des éléphants... Plus tard dans la discussion, Charlotte (toujours elle) parle d'un jour de dépouillement à la Bibliothèque nationale de France (BnF) où le numéro de clé de son casier/vestiaire était le 666. Pour rigoler, elle dit au gars de l'accueil : "Espérons qu'il ne va pas arriver une malheur". Quand elle s'en va, la BnF est fermée car il y aurait un feu apparemment dû à des fils électriques, en dessous de la route. L'Enfer était-il en train de se réveiller ? Je n'en sais rien mais j'ai une autre question : dans quel monde vit-elle, ma collègue ?

* * *

En soirée, je retourne à la Maison du Peuple de Saint-Gilles. C’est presque devenu mon quartier général, ce café. Ne manque plus qu’une petite table au nom d’Hamilton, avec une prise électrique personnelle, ou – mieux encore – une table ronde estampillée "Dream team", disposant de cinq chaises d’ébène avec nos cinq prénoms finement gravés sur les dossiers. Je m’imagine déjà, arrivant avec mon PC, un Orval à la main, et déclarant, hautain, à un groupe de Français : "Désolé, Messieurs-dames, mais cette table nous est réservée. Je vais vous demander de partir sur-le-champ".

Emily est déjà présente dans le fond du café avec son PC portable. Elle n’arrive pas à capter le Wi-Fi et remballe son ordinateur. Léandra débarque à notre table une minute plus tard. Elle discutait près de l’entrée du café avec Perrette. Je ne les avais pas vues. De toute façon, j’étais censé les laisser tranquilles mais Léandra nous invite à la table (elles ont eu l'occasion de "discuter à deux"). On profite donc du soleil de fin de journée pour aller boire un verre en terrasse.

Perrette, c’est la compagne d'Igor. Vu que je ne fréquente pas/plus (biffer la mention inutile) ce dernier, je ne la connais pas bien, à l'inverse de Léandra. Perrette travaille actuellement sur un doctorat en anthropo-musicologie. (À moins que ce ne soit en musico-anthropologie ? Peu importe : c’est un peu schtroumpf vert et vert schtroumpf, non ? Peut-être pas en fait.) Sa thèse porte sur l’étude d’un chant traditionnel laotien. Comme tout anthropologue qui se respecte, elle se rend périodiquement au Laos pendant de nombreux mois. Perrette est pour le moins originale : un mélange de timidité et d’assurance ; d’intelligence et de bonne humeur. Elle est aussi assez fatiguée ce soir (qui ne l’est pas ?).

Dans la conversation, on évoque Pol Caca : comment il vécut, comment il est mort. Léandra explique le contexte et le lieu de son décès. On parle aussi de la nouvelle chienne de Matys, du nom de Valentine (elle est née un 14 février), beaucoup plus petite que le précédent mais au visage tout aussi écrasé. On discute de musique (Léandra  adore le violon ; Perrette aimerait se mettre à la clarinette – ça rime !). Pendant la discussion, un nombre ahurissant de musiciens viennent jouer sur le Parvis : deux accordéonistes, un clarinettiste (justement) et un guitariste ainsi que, plus tard, la violoniste avant-gardiste à la voix stridente. Pourquoi les accordéonistes se sentent-ils obligés de massacrer les mélodies de Nino Rota ? Cela reste, encore aujourd’hui, un des plus grands mystères de l’existence.

Perrette s’en va. Léandra s’en va, non sans avoir mentionné la présence sur Wikipédia d’un article sur Melon et Melèche et sur les blagues de Toto (Léandra a un boulot passionnant pour le moment). Je reste avec Emily à boire de l’Orval plus que de raison. On discute de préparer le voyage à Disneyland® Paris. Ce sera le cadeau de Gaëlle pour ses six ans en octobre. On suppose qu’elle adorera l’ambiance d’Halloween®, avec Mickey®, Donald®, le château® de la Belle® au bois® dormant®. C’est Emily qui amène le sujet mais elle n’aurait peut-être pas dû car la période septembre-octobre ravive chez elle des souvenirs noirs et douloureux. "C'est la vie", dira-t-elle, citant sans le savoir et avec à-propos le Billy Pèlerin d’Abattoir 5 de Vonnegut. Je suis triste de la voir comme ça et je ne sais pas quoi lui dire. Je lui lance sans conviction un "C'est juste un mois comme un autre" qui tombe comme un cheveu dans la soupe.

Vers la fin de la soirée, Emily me fait remarquer que Vinge est à une table voisine. Apparemment, il ne nous a pas vus. Il discute avec un gars que je ne connais pas. On attend un peu avant d’aller lui parler, mais on finit par s’asseoir à leur table pendant une grosse demi-heure. Le gars en question, du nom de Juan-Flippo, est un de ses meilleurs amis d’enfance (ils ont grandi tous les deux du côté de Gosselies). Juan-Flippo travaille pour les socialistes à Charleroi (Vinge ne dit rien à ce sujet, alors que d’habitude, il n’arrête pas de critiquer les socialistes) et a déjà été au Québec, en 2002 (on parle un peu de nos expériences communes dans cette belle région). Au début de la discussion, il me lance en désignant Vinge : "Pas facile d’être l’ami de ce zouave, hein ?". Il a bien raison. Vinge est beaucoup plus calme aujourd'hui, cela dit. Quand je lui parle de la dernière soirée que j’ai passée avec lui, durant laquelle il était totalement fou, il me reparle des appels d’offres et de ses tests au Selor (au secours !). Vinge paie un verre. Emily et moi nous en allons peu de temps après (elle me reconduira en voiture chez moi), laissant les deux amis discuter entre eux (mais jusqu’à quelle heure sont-ils restés ?).