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jeudi 30 mai 2013

Des vertus de l'insularité

À la question du philosophe : « Comprenez-vous cela ? », ils répondent à l'unisson : « Oui, nous comprenons, et nous allons le prouver ! »

Bien caché derrière les bons vœux du modérateur (« débat ouvert à tous », qu'il espère « libre », « fécond », etc., etc.), quel est le motif premier de l'organisation de toutes ces conférences philosophiques au théâtre Marni ? C'est Léandra qui, quatre jours plus tard, a extrait la réponse — nette, précise, tranchante, aiguisée comme la lame d'un couteau Tojiro — du fouillis désorganisé de mes paroles : ces soirées constituent un prétexte pour discuter en bonne compagnie ; une énième manifestation de l'esprit de club. La raison de ces réunions, c'est surtout de montrer qu'on a compris : ceux qui, après la conférence proprement dite, commentent, affirment et contredisent à tout-va font partie du groupe de ceux qui comprennent, du moins le pensent-ils. Et chacun de ces étalages de profonde compréhension est suivi de bien pire encore : de bourgeoises qui gobent, gloussent et acquiescent en lançant des « Ha oui ! » et des « Oh, très subtil ! ». (Elles boivent notamment l'agaçant commentaire de Jacques Sojcher débutant par : « Je dois t'avouer que ta conférence m'a prodigieusement énervé. »)

Au milieu de tout ce verbiage, une exception : la conférence d'aujourd'hui consacrée aux peintres Francis Bacon et Mark Rothko, que j'ai trouvée fascinante d'un bout à l'autre. Peut-être est-ce parce que l'orateur du jour, Jean-Claude Encalado, a eu le bon goût de rester en repli, de ne jamais discourir, mettant en avant les actes et les écrits des deux artistes ? Car les actes de ces deux-là montrent beaucoup plus que n'importe quel discours, et la meilleure façon de ne pas les trahir, c'est de ne pas interpréter, de ne pas dire quelque chose sur eux et sur leur œuvre, mais seulement de le montrer, par les anecdotes, les expériences de vie, les actes et ce qu'ils en ont dit (c'est-à-dire, parfois, pas grand-chose : Rothko était un adepte du silence, comme L.W. !).

— Lorsque l'une de ses toiles était utilisée comme décoration, Rothko ressentait une immense déception, proche du sentiment de trahison, et préférait la racheter. Cela, ajouté à d'autres actes et textes de l'artiste entendus lors de la conférence, me donne envie d'en savoir plus. Je pense que je vais commencer par ses rares textes publiés comme : Écrits sur l'art. 1934-1969 et La réalité de l'artiste. (À suivre donc.) 

Après le « débat », Alizé, Pat et moi nous installons à trois pour manger. La vingtaine d'autres convives s'installent quant à eux, ensemble, le long d'une longue table qu'ils viennent de créer. Remarquant notre isolation (comment ne pas la remarquer ?), je lance : « Ils sont la Grèce et nous sommes la Crète ! », ce à quoi Pat répond : « Bah ! C'est un joli pays, la Crète, non ? »

jeudi 2 mai 2013

En chaussettes

La disparition. — Cinq heures de l'après-midi, au travail. Je regarde sous mon bureau, là où elles se trouvent la plupart du temps : rien. Je vais jeter un œil dans la salle de lecture, avant que le conseil d'administration ne débute : rien. Je retourne dans mon bureau, cherche partout, y compris dans les endroits les plus improbables (comme au-dessous du percolateur) : rien.
Je me tourne vers Wynka : « Je ne retrouve plus mes chaussures !
— N'importe quoi !
— Non, je te jure : mes chaussures ont disparu ! »
Je me mets à paniquer : si quelqu'un les a volées, comment vais-je faire pour retourner jusqu'à mon appartement, à Bruxelles ? Vais-je devoir marcher en chaussettes sur le trottoir jusqu'à l'arrêt de bus, puis jusqu'à mon train, puis jusqu'à mon tram, puis jusque chez moi ? J'imagine la discussion, sur le quai de la gare : « Pourquoi vous promenez-vous en chaussettes, Monsieur ?
— Laissez-moi vous expliquer : dès que j'arrive au bureau, j'enlève mes chaussures et je passe ma journée en chaussettes. Mais aujourd'hui, au moment de récupérer mes chaussures, je me suis rendu compte qu'elles s'étaient envolées. Pfiut ! Envolées ! C'est cocasse, n'est-ce pas ? »
Je retourne dans la salle de lecture, où j'explique à d'autres collègues, entourés de membres du conseil d'administration, que je ne retrouve plus mes chaussures. C'est fantastique : tout le monde sait maintenant que je me balade en chaussettes au bureau. Prise de pitié, Christiane finit par me rassurer : « Okay, c'est bon Hamilton, je vais te montrer où nous les avons cachées !
Quoi ? Vous avez caché mes chaussures ?
— Hé ! C'était une idée de Lodewijk ! C'est lui qui les a vues sous ton bureau et qui m'a dit : "Oh, allez, cache-les, cache-les" ! »
Voilà pourquoi j'aime ce boulot : pour l'atmosphère !

Aura. — En début de soirée, avec Alizé et Pat, j'assiste à nouveau à une conférence-débat « Philo » au théâtre Marni. Le sujet tourne toujours, mais de manière plus lointaine cette fois-ci, autour du même aphorisme de Nietzsche : « Nous avons l'art pour ne pas mourir de la vérité » (voir ici). Le conférencier s'intéresse entre autres au concept d'aura développé par le philosophe allemand Walter Benjamin, notamment dans son essai L'Œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique (1936). L'aura, d'après Benjamin, est ce qui fait qu'une œuvre d'art est unique, authentique : c'est un « ici et maintenant » dont seul l'original est pourvu. L'arrivée de techniques permettant la reproduction massive d'œuvres (comme la photographie et, surtout, le cinéma) marque l'affaiblissement de l'aura et transforme radicalement la façon dont l'art peut être perçu : après une dimension religieuse et culturelle, l'œuvre d'art a acquis, avec la reproductibilité, une dimension politique. (J'ai résumé, trop sans doute.)

Petit monde. — C'est vraiment un tout petit monde que ces conférences « Philo ». Elles sont ouvertes à tous mais ne touchent, par la force des choses, qu'un public très restreint. La plupart des gens présents dans la salle semblent se connaître, s'apprécier et partager de nombreux points de vue communs sur le monde. J'ai l'impression d'être déphasé avec le milieu, comme souvent.

Au Pantin. — Seconde partie de soirée, seul au café « Le Pantin », à quelques mètres de la place Flagey. Je lis, pour passer le temps, le chapitre 41 du tome II du Monde comme volonté et représentation d'Arthur Schopenhauer intitulé « Sur la mort et son rapport à l'indestructibilité de notre essence en soi » (tout un programme !). Schopenhauer est un excellent observateur désabusé : je lis sa métaphysique en soupirant, mais j'aime ses observations. (Il faudra que j'en reparle une autre fois.) — Amy et Zapata arrivent vers onze heures du soir. Ils reviennent d'un concert de ska-punk progressif canadien qui se tenait au Magasin 4. Flippo ne les accompagne pas : il a tout récemment « marché sur une vis placée malencontreusement verticalement sur le trottoir... La vis a traversé sa godasse et on a dû l'emmener aux urgences. » — Nous prenons quatre tournées, discutons de plein de choses (je ne me souviens plus des sujets de conversation), puis je prends un taxi. Je ne sais pas quelle heure il est. Deux heures du matin ? Je pense que... euh... je suis un peu saoul.

jeudi 31 janvier 2013

Tranches - I

Pause café du matin. Un monsieur frappe discrètement à la porte d'entrée de notre bureau. « Bonjour... Peut-être vous souvenez-vous de moi ? Je suis le frère de Louis-Antoine... Nous nous sommes croisés au crématorium... Je suis en train de débarrasser l'appartement de mon frère et j'ai pensé que certaines archives pourraient vous intéresser... » Il se confie : « Je dois vous avouer que notre famille en a appris beaucoup sur Louis-Antoine depuis qu'il est décédé... C'était quelqu'un de très secret... Ce que nous avons découvert dans son appartement... Hem... Enfin, que voulez-vous ? On est bien obligé de faire le ménage, c'est la vie ! » (Il en a assez dit pour susciter ma curiosité et beaucoup trop peu pour la rassasier.)

« Nous allons devoir nous rendre chez lui pour trier ses affaires, frissonne Sylvette.
— Oui, et alors ?
— Ben ça ne va pas être facile : c'est un peu comme violer son intimité. »
(Suis-je le seul malade à trouver une excursion de ce type particulièrement excitante ?)

« Drôle de sensation que de voir ce gars débouler dans le bureau, remarque Charlotte. Il ressemble tellement à son frère ! Pendant une seconde, j'ai vraiment cru que c'était Louis-Antoine qui revenait d'entre les morts ! »

À force de la remettre à plus tard, l'ouverture de cette ridicule bouteille de Porto s'est métamorphosée en fantasme dans ma petite caboche. Maintenant que l'alcool est versé et que je peux le boire, la dégustation n'a plus aucun intérêt : c'est du Porto, voilà tout !

Dans le train du retour, une dame au téléphone : « Oui, allo ! J'aurais besoin de ton aide pour terminer mes mots croisés... Alors, je te lis la définition, hein... Voilà : "Carré d'un damier" en quatre lettres, et ça se termine par "S-E". Comment ? "Gase" ? Ça ne veut rien dire, ça, "Gase" !... Ha, "Case" ! Bon, d'accord, si tu le dis... Merci... Et ici, en cinq lettres, "Trophée" — avec "É" et "E" au bout — "de l'Indien"... "Trophée de l'Indien", oui... Avec un "C" en deuxième position. J'avais pensé à "Totem" mais ça ne rentre pas à cause du "C" en deuxième position... Comment ? "Scalp", dis-tu ? Tu écris ça comment ? D'accord... » (Peut-être devrait-elle essayer le sudoku ?)

Le soir, en compagnie de Carmela, Alizé et Pat, une conférence de Jacques Sojcher au théâtre Marni autour d'un aphorisme de Nietzsche (« Nous avons l'art pour ne pas mourir de la vérité »). « Comment en parler pendant une heure alors que le sujet en demanderait cinquante ? » : c'est approximativement de cette manière que le professeur de philosophie a introduit son exposé. (Effectivement, une heure, c'est très court : je n'ai pas appris grand-chose mais j'ai souvent acquiescé, mentalement du moins.)

« Je suis des cours de solfège avec un de tes potes... Un roux..., me lance Carmela.
— Un pote roux ?
— Oui, oui... Il est aussi dessinateur !
— Ha oui, Georges ! C'est amusant, ça ! »
(C'est Georges qui va être content : il apparaît dans ce blog, même quand je ne le rencontre pas en personne.)

« Donc, vous suivez tous les deux des cours de solfège dans l'ancienne école de ma fille !
— Ha bon ? Tu as une fille ?
— Eh bien ! Oui ! »
(Ah là là ! Si tout le monde lisait ce journal, ce genre de surprise ne pourrait plus exister.)

Ces gens qui prennent tout ce que je raconte au premier degré : je pourrais m'inventer une aventure au pôle Nord sans que ça ne les fasse tiquer !

« Ha-ha ! Vous avez vu Melancholia ! Et alors, comment l'avez-vous compris, ce film ? », leur demandé-je... Apparemment, ils ne l'ont pas du tout compris comme moi, alors je m'enflamme, heureux de pouvoir partager ma découverte : « La planète n'existe pas ! C'est simplement la dépression de Justine ! Et les chevaux qui s'arrêtent toujours avant de traverser le pont, qui ne peuvent sortir de cet univers clos... C'est limpide ! » Mais Alizé semble vexée : « Il n'y a pas qu'une seule vérité, tu sais, Hamilton ! » (Ça m'apprendra, tiens, à vouloir partager mes joyeuses prises de tête !)

De retour à l'appartement. Mary est là. Nous écoutons Grizzly Bear (« les plus belles harmonies pop depuis les Beatles ! ») ainsi que le sous-estimé Jason Lytle, ex-Grandaddy. Le dernier album solo de ce dernier, Dept. of Disappearance (octobre 2012), porte bien son nom : à peine est-il sorti qu'il a déjà disparu ! Peut-être, à l'instar de Mark Oliver Everett, Jason Lytle est-il l'homme d'une seule chanson, celle dans laquelle il explique merveilleusement bien qu'il n'est pas du tout à sa place dans ce monde ? — Encore un mélancolique !

Last Problem of the Alps by Jason Lytle on Grooveshark

jeudi 6 décembre 2012

L'art, la vérité, etc.

En début de soirée, après m'être procuré un carnet de notes et un stylo à plume au Club de la place Flagey, je fais plusieurs allers-retours entre le théâtre Marni et la place pour passer le temps. Je finis par croiser Alizé et Pat mais je ne les vois pas ; Pat pense que je plaisante et fait donc semblant de passer son chemin, puis se retourne : « Ha merde, Hamil, tu ne nous avais vraiment pas vus ! » (J'ai toujours été distrait mais le problème semble s'aggraver avec le temps.) Nous sommes un peu à l'avance et allons boire un verre au café presque en face du théâtre, « Le Loire », où quelques clients tapent la carte.

Ce cycle de rencontres-débats philosophiques au théâtre Marni pouvait-il mieux tomber pour moi qu'en ce moment, quand on sait que le thème qui occupera cette soirée et les cinq autres à venir tourne autour d'un aphorisme de Nietzsche : « Nous avons l'art pour ne pas mourir de la vérité » ?

Au cours du premier semestre 2013, cinq intervenants prendront la parole avant d'entamer un débat avec le public : Jacques Sojcher (philosophe, écrivain), Yves Depelsenaire (psychanalyste, philosophe), Bénédicte De Villers (philosophe, anthropologue ; la seule à ne pas être présente aujourd'hui), Éric Clémens (écrivain, philosophe) et Jean-Claude Encalado (psychanalyste, philosophe). Ce soir, ils ont un quart d'heure pour résumer le contenu de leur future communication.

Pourquoi n'ai-je pas assisté aux leçons de philosophie morale de J.S. lorsque j'étudiais à l'ULB ? Celles-ci m'auraient sans doute bien plus intéressé, même à cette époque lointaine, que les cours d'anthropologie et de psychologie sociale que j'avais alors décidé de suivre en option. Mais passons ! Dans son introduction de ce soir, J.S. explique qu'aux yeux de Nietzsche, les philosophes ont très souvent été des théologiens déguisés. En rupture totale avec le dualisme platonicien dont a hérité le christianisme ainsi que des pans entiers de la philosophie occidentale, Nietzsche inaugure une nouvelle pensée créatrice : il démolit la croyance en un arrière-monde idéal qui existerait au-dessus du monde matériel et sensible ; il supprime Dieu : « Dieu est mort ! », écrit-il dans une formule choc apparue pour la première fois dans Le Gai Savoir. — Dieu est mort, oui, mais il ne faudrait pas le remplacer par un ersatz de Dieu, par un autre « mensonge idéaliste » condamnant la vie au profit d'un invisible et suprasensible au-delà. Pour Nietzsche, l'art est également un mensonge, mais un mensonge différent du mensonge idéaliste ; un mensonge positif, une « bonne illusion » tournée vers la terre (et non vers le ciel des idées) et favorisant la vie.

En guise d'accroche, Y.D., qui axera sa contribution sur des textes de Michel Foucault (Le courage de la vérité) et de Lacan, nous déclare : « J'étais en train de scribouiller quelques notes en vue de la réunion de ce soir quand ma petite fille a débarqué dans la pièce et m'a demandé : "De quoi vas-tu leur parler ?"... "De la vérité !", lui ai-je dit. "Oh papa", m'a-t-elle répondu, "tu vas les emmerder !" » — Le reste de la communication était très intéressant, mais c'est l'anecdote du père et de l'enfant que j'ai retenue par-dessus tout.

J.C.E. parle de l'art comme excès de vie, comme « affrontement du terrible et du monstrueux ». Il prend pour exemple Rothko, ainsi que Virginia Woolf qui transformait ses expériences angoissantes en écriture. Dans ce cas, nous dit-il, la création artistique est vécue par l'artiste lui-même comme une séparation : il répercute son excès de vie sur la toile, il crée au lieu de se mutiler, il écrit au lieu de se suicider... L'exposé me rappelle, toute proportion gardée, ces quelques amis d'adolescence et d'université, plus angoissés et plus sensibles que la moyenne (pour autant que l'expression ait un sens), qui transposaient leur angoisse dans la musique, le dessin ou sur le papier...

Restera à voir comment se dérouleront les prochaines rencontres, en espérant qu'elles ne vont pas se transformer en un salon de discussion guindé. Le public donne l'impression — mais peut-être me trompé-je ? — d'être un petit cercle fermé où tout le monde se connaît : Alizé dit bonjour à telle professeur de morale, connaît tel conférencier... Et quand ce monsieur du public lève la main et pose une question intéressante (sur la façon dont chaque intervenant perçoit l'aphorisme de Nietzsche mentionné en début de séance), c'est à peine si E.C. ne se fout pas de sa pomme. « Ce n'est pas marrant », répond le monsieur du public, « je vous ai posé une question sérieuse et vous répondez par une pirouette ! »

Dans le sous-sol du théâtre, avec Alizé et Pat, devant un groupe de jazz belge (du nom de The Flying Fish Jumps), une lasagne végétarienne et une Floreffe au fût. Nous parlons d'art, de musique, de religion, de philosophie... Je leur apprends que ce cycle de conférences tombe à pic pour moi ; je leur parle brièvement de ma longue traversée en compagnie de Wittgenstein (« J'ai été jusqu'à acheter sa correspondance et ses cahiers secrets »), Kant (un peu), Schopenhauer (beaucoup) et récemment Nietzsche. Leur ai-je dit à quel point toutes ces lectures ont pu être structurantes pour moi ? Pat constate : « Tu as l'air beaucoup moins sombre que la dernière fois que je t'ai vu ! » — Ha, si seulement je pouvais dire la même chose de mon proche entourage !

vendredi 3 août 2012

6. Le billet de cent francs

6.1.1. Terrasse du jardin familial, début d'après-midi, une bouteille de vin rouge posée sur la table. Mon père est dans une phase « péremptoire » (on se demande à qui je ressemble...). À ma maman : « Diététicien, c'est un métier qui ne sert à rien ! » ou encore : « C'est absurde de tondre une pelouse, c'est du conformisme ! » Ce à quoi ma mère répond : « Oui, oui, c'est ça, ça ne sert à rien... » et : « Tout à fait. On va laisser le pelouse en friche et tu la faucheras tous les ans... »

6.1.2. À moi, il me dit : « Ça te fera du bien de marcher, c'est bon pour ce que t'as ! » et : « Tiens, tu bois du vin ? Hier, tu te moquais en disant que "ça ressemblait presque à du vin" ! »

6.1.3. Discussion sur le fait de laisser Gaëlle seule pendant quelques minutes sans surveillance lorsqu'elle est dans son lit. Ma mère : « Tu es un inconscient ! Et si elle se cassait une jambe ou si un incendie ravageait ton appartement ? Tu t'en voudrais toute ta vie d'être sorti pendant une minute. » Oui, et si je me faisais écrabouiller par une météorite ou par un piano en sortant de chez moi, que deviendrait ma fille, hein, hein ?
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6.2. « On ne voit plus beaucoup David Bowie. Paraîtrait qu'il a un cancer du foie.
Non. David Bowie ne peut pas avoir de cancer. Il ne peut pas être malade. »
(C'est un peu comme Robert Smith : ces gens-là ont l'interdiction formelle de vieillir, d'être malade et de mourir.)
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6.3.1. Plus tard dans l'après-midi, mon père se souvient de ses formations syndicales chez « les Métallos » à Melreux [-13.7] : « Les formateurs étaient des radicaux. Dès le premier jour, ils nous mettaient dans le bain, directement dans le conflit... Ils venaient de Liège... C'étaient des bons, ils avaient l'habitude !
— Comment faisaient-ils ?
— Avec un billet de cent francs.
Un billet de cent francs ?
Un billet de cent francs. Ils nous ont réunis le premier jour dans une des salles de réunion et nous ont demandé un billet de cent francs. Sans donner de raison. Aux gens qui demandaient pourquoi, ils ne donnaient pas de réponse, ils éludaient. Certains ont donné le billet et d'autres non.
— Bizarre.
— Puis ils nous ont dit : "Ce billet, vous ne le récupérerez jamais ! On le garde pour nous !" Ils sont devenus odieux. Alors nous sommes entrés en conflit avec eux.
— En conflit ?
— Oui, nous les avons enfermés dans la pièce et nous avons occupé la cafétéria de l'hôtel. Le personnel, habitué à l'exercice, est sorti. Et nous avons occupé le bar. Les formateurs, eux aussi, avaient l'habitude. Ils savaient que nous allions peut-être les séquestrer et avaient prévu à l'avance une échelle pour sortir.
— Ha.
— Tout ça faisait partie d'un exercice mais personne ne le savait. Enfin, si. Moi, je le savais parce qu'on me l'avait dit avant. On n'aurait pas dû me le dire.
— Ha oui, c'est con.
— À partir du moment où les formateurs sont partis, directement sont apparus les leaders (ceux qui prennent le pouvoir), les stratèges et les théoriciens (ceux qui réfléchissent calmement à la situation et proposent des solutions élaborées), les fonceurs (ceux qui veulent tout casser, sans trop réfléchir), et enfin les suiveurs...
— Et toi, tu étais dans quelle catégorie ?
— Moi ? Je ne disais pas grand-chose. J'observais... Je me souviens d'autre chose... Nous avons été soutenus dans notre combat par une délégation flamande qui n'était pas du tout au courant de nos techniques de formation et s'est dite "solidaire" de ses camarades wallons. Les Flamands ont bu des verres avec nous.
— Ha ! Et ça s'est terminé comment, cette histoire ?
— Eh bien on a discuté de la situation toute la nuit. Certains sont partis de la formation totalement choqués. D'autres ont pris le pouvoir. Le lendemain, les formateurs sont revenus, nous ont expliqué que c'était un exercice et ont décortiqué avec nous tous nos comportements. Le plus impressionnant, c'était d'étudier les leaders. Ils ont pris le pouvoir et tout le monde a accepté cet état des choses sans broncher, sans se poser de questions. Enfin, si... On se posait des questions mais on ne disait rien.
— Eh bien ça, c'est vraiment intéressant... »
(... et il faut absolument que je l'écrive quelque part dans mon blog !)

6.3.2. Mon père toujours : « Un calotin dans un conseil d'entreprise, tu le reconnais directement. C'est celui qui ne rentre jamais en conflit et qui dira au représentant du directeur : "Oh oui, Monsieur, nous savons que vous faites de votre mieux et que ce n'est pas facile pour vous non plus tous les jours !", ce genre de chose... Même si c'est vrai, on ne doit jamais tenir ce genre de discours face au patronat ! »
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6.4.1. Je rentre à Bruxelles pour un soir et rejoins Léandra et Jonas au moment où ils sortent du Moeder Lambic de la place Fontainas. Je me suis incrusté en toute dernière minute à un repas « au Canard », comme dirait Léandra — « Au Canard ? Au Canard ! » —, c'est-à-dire au Domaine de Chavagnac, le restaurant où nous étions déjà allés pour l'anniversaire d'Andrew [-31.6].

6.4.1.1. « Les concepteurs des Simpson sont des fans absolus d'Alfred Hitchcock. Du coup, ils n'arrêtent pas de mettre des références à plein de ses films. Vous avez déjà vu la référence aux Oiseaux dans "Un tramway nommé Marge" ["A Streetcar Named Marge", 1992, 15 min. 45 sec.] ?
— Non, me répondent-ils.
— C'est génial. La petite Maggie est enfermée durant tout l'épisode dans une garderie pour enfants où la nurse, très autoritaire, confisque toutes les tétines... ».
... S'ensuit une rébellion menée par Maggie durant laquelle les enfants récupèrent leur objet fétiche. Plus tard, lorsque Homer vient rechercher sa fille, il se trouve nez à nez avec des centaines de bébés silencieux suçant leur tétine, réplique d'une fameuse scène des Oiseaux. Et lorsqu'il sort de la garderie avec sa fille et ses deux autres enfants, Hitchcock apparaît dans un joli caméo dans lequel il promène ses deux Terriers écossais en avant-plan (comme dans le film !)...

« Maggie ? C'est l'heure d'aller... Haaaaaa ! »

Le passage d'Alfred.

6.4.2. Après le repas et une balade dans le quartier Sainte-Catherine, nous retournons à la case départ : le Moeder Lambic Fontainas. Jonas y commande un Valeir blonde et Léandra un... thé. Quant à moi, je demande une bière à la fois amère et légère à la serveuse, qui me conseille une « Bitter Sorachi » (une bonne bière française au très faible taux d'alcool : 2,5% !).

6.4.2.1. « Elle est bien, je trouve, cette serveuse... 
— Daniel a essayé de la draguer, mais ça n'a pas du tout marché.
— Ha bon. »

6.4.2.2. « Oh là là, je bois beaucoup plus vite que vous ! »

6.4.2.3. Discussion sur les reconstitutions médiévales — et les reconstitutions tout court. J'explique à Jonas (car Léandra est déjà au courant, évidemment) que je déteste les reconstitutions. Je les hais, je les hais ! (Du calme, Joe.) Je déteste ce principe qui consiste à se déguiser en chevalier, en écuyer, en prêtre ou en paysan(ne) et à faire semblant de vivre, manger, boire ou parler (le comble de l'horreur !) « comme au XIIIe siècle » (simple exemple).

6.4.2.3.1. Un souvenir : lors de ma seconde licence en histoire médiévale, mes amis savaient déjà tout le mal que je pensais des costumes et des reconstitutions historiques. En raison de mes — horribles — exercices pratiques d'agrégation qui chevauchaient les autres cours, je n'avais pu me rendre à l'importante séance de distribution des thématiques pour les travaux de l'année académique 2001-2002. Cette année-là, le séminaire avait trait au mode de vie des élites européennes aux XIe et XII siècles. J'avais demandé à mes amis Hamilton II et Pat de me réserver, si possible, le thème du jeu d'échecs médiéval, « au cas où il serait proposé par le professeur lors de la distribution... » À midi, pendant le repas suivant les cours, ces deux sans-cœur me dirent :
« Il y avait "Les jeux de société au XIIe siècle" dans la liste mais on a préféré te prendre "L'évolution du costume ecclésiastique", vu que tu adores ça !
Quoi ? Oh non ! C'est pas vrai ! C'est un cauchemar !
— Mais non, couillon, on a réussi à te l'avoir, ton travail sur le jeu d'échecs ! »

samedi 21 juillet 2012

Le Roi, la Loi, etc.

Maison du Peuple de Saint-Gilles. La playlist musicale de cet après-midi, composée en partie de tubes d'Annie Cordy (du genre « Tata Yoyo »), est des plus ridicules. Un grand drapeau noir-jaune-rouge décore l'arrière-salle et, au comptoir, un fanion aux mêmes couleurs, placé dans un verre puis planté dans une moitié d'orange, fait office de décoration. Cerise sur le gâteau : un client se balade dans le café avec trois bandes colorées peintes sur la joue. Aujourd'hui, on l'aura compris, c'est la fête nationale belge.

Marche de ton pas énergique,
Marche de progrès en progrès !
Dieu, qui protège la Belgique,
Sourit à tes mâles succès !

Au bar, le serveur salue un client :
« Hé ! Ça va, toi ?
— Ça va, mais j'ai passé une curieuse nuit. Assez agitée....
— Tu vas voir Annie Cordy ce soir ?
(Mais de quel concert parle-t-il donc ?)
— Quoi ? Elle est encore en vie, celle-là ?
— Mais oui ! Annie Cordy est immortelle, fieu ! »

Hier, Alizé avait lancé une invitation générale pour « profiter des festivités de la fête nationale » et plus particulièrement du feu d'artifice qui sera tiré aujourd'hui à 23 heures depuis la place des Palais. Une vingtaine de personnes étaient invitées. Lors d'un coup de fil de Pat en ce début d'après-midi, j'apprends que je suis le seul à avoir répondu présent à l'appel. Qu'à cela ne tienne : nous nous donnons rendez-vous à trois, vers 20 heures, aux alentours de la Gare Centrale, pour aller manger un bout avant le feu d'artifice.

Je leur propose de nous rendre au délicieux Restobières, rue des Renards, dans les Marolles, mais une fois sur place le restaurant s'avère complet. Nous bifurquons alors vers La Grande Porte mais ce restaurant est, quant à lui, définitivement fermé ! Nous finirons par nous poser à la Fleur en Papier doré, tout simplement.

Pat travaille en ce moment, comme souvent, sur un chantier d'archéologie. Grâce aux ouvriers de chantier qu'il côtoie tous les jours, il a fait le plein de blagues d'une subtilité inouïe. Exemple : « La seule possibilité pour la Vierge d'avoir eu un enfant tout en restant vierge, c'est que Joseph soit passé par l'autre trou et qu'il y ait eu comme un problème de paroi... Du coup, ce n'est pas de l'Immaculée Conception qu'il faudrait parler, mais plutôt de l'Il m'a enculée Conception.
— Mais Pat, lui réponds-je choqué, tu n'y es pas du tout ! L'Immaculée Conception se réfère au fait que Marie fut conçue sans recevoir le péché originel ! Ça n'a rien à voir avec sa virginité lors de la naissance du Christ !
— Ouais, bon, je sais, mais c'est quand même marrant ! »

Stoemp saucisse pour eux, boulettes sauce tomate pour moi. Et avec ça, trois Orval pour chacun. « C'est toi qui conduis au retour, hein Alizé ? Hein ? » Au moment de partir vers la place des Palais, j'apprends que c'est Pat qui a tout réglé et qu'il a donc payé mon repas et toutes mes consommations...
« Ça me fait vraiment très plaisir de te revoir, Hamilton !
— Oui, moi aussi je vous aime. »

On se rappelle le bon vieux temps de l'université : je lui raconte des événements qu'il avait complètement oubliés (comme l'histoire de la serrure récalcitrante à mon ancien appartement) et il fait de même... Ha bon ? J'ai fait ça, moi ?

Lorsque nous arrivons place Royale, nous apprenons que la place des Palais est fermée à cause de l'afflux de monde. Ce n'est pas plus mal, dans la mesure où Pat est agoraphobe et moi... euh... un peu aussi, je suppose. Nous redescendons donc au niveau du Coudenberg et nous nous asseyons sur le rebord de l'Oreille tournoyante de Calder. Des centaines de personnes convergent alors vers le Palais royal. Pat est surexcité (il ne change pas) et n'arrête pas de saluer les gens qui passent (« Greg, c'est toi ? Greg ? Virginie ? T'es où ? »). Je fais une remarque : « C'est incroyable, tous ces gens... Dans chaque crâne, un cerveau avec une vie propre, des souvenirs, une mémoire, une pensée particulière... » Alizé, philosophe de formation, me regarde avec de grands yeux étonnés : « Oulala... »

Et puis : BADABOUM, BABOUM ! Le feu d'artifice commence à 23 heures tapantes, mais nous ne le voyons pas depuis notre fontaine ! Alors les gens se mettent tous à courir pour essayer de trouver un bon point d'observation. Nous remontons en vitesse les escaliers de la rue Horta, traversons la rue et observons le joli feu d'artifice depuis le Parc royal. C'est à ce moment que je me rends compte que j'aurais dû emporter mon appareil photo. (Heureusement, Léandra, que je ne verrai pas de la soirée, est aussi sur place et s'occupe de photographier le spectacle depuis un point plus central.)

Après l'apothéose, nous quittons rapidement le parc pour aller boire un dernier verre. Pat aurait aimé se rendre à La Bécasse, mais ce bête estaminet est déjà fermé ! Ce sera le Bon Vieux Temps. J'offre à Pat une Westvleteren 12. Ça faisait des années que je voulais goûter la plus rare des bières trappistes... Voilà qui est fait : c'est une très bonne bière brune, qui coûte la peau du cul (du moins là-bas) mais ça reste une bière, quoi... Et je la trouve bien plus banale que l'Orval quant à l'arôme qu'elle dégage.

Tu vivras toujours grande et belle
Et ton invincible unité
Aura pour devise immortelle :
Le Roi, la Loi, la Liberté !

mardi 19 juin 2012

Tagada tsoin tsoin !

Avignon, nous voilà ! — Un délire que je développe en ce moment avec ma collègue Sylvette, durant les pauses café et les temps de midi au boulot : compte tenu de ma capacité naturelle à faire rire les gens (souvent sans le vouloir, il est vrai), elle et moi irions participer au 66e Festival d'Avignon (fondé par Jean Vilar s'il vous plaît !). 

Je serais seul à l'avant de la scène, à balancer mes jeux de mots tellement drôles qu'ils font rire une fois sur quatre une personne et demie (soit 0,375 personne en moyenne tout de même). Sylvette se situerait un peu en retrait et s'occuperait du petit rythme de batterie qui accompagne chaque chute. Clou du spectacle : nous placerions notre ancien collègue Aurèle dans le public afin d'augmenter l'intensité des rires... Car Aurèle rigolait à chacune de mes blagues, voire même à chacune de mes phrases... Je n'ai jamais compris pourquoi... Peut-être, tout bien réfléchi, se foutait-il de ma gueule ?

Sur scène...
Hamilton : « L'étudiant a mal fait son travail de fin d'étude sur la houille. Lors de sa défense, il se dira sans doute : "Ouille !" »
Sylvette : « Tchic, tchic, tchic, boum ! Tagada tsoin tsoin ! »
Aurèle : « Hahahahaha ! »
(Un plan à devenir millionnaire, ça...)

Un adieu. Je n'ai jamais vu une personne aussi stressée avant sa défense de mémoire... Pourtant, à l'université, j'ai observé un jour Pat courir en rond dans les couloirs de la section d'histoire (le fameux cinquième étage qui se trouve en réalité au deuxième) avant ce bête examen de critique de textes médiévaux qu'il a pourtant réussi avec brio. (Avec qui ? Tchic, tchic, tchic, boum ! Tagada tsoin tsoin !Hahahahaha !)

Cette fille n'arrive pas à « gérer son stress » je hais cette expression !, à cacher quoi que ce soit... C'est justement cet aspect de sa personnalité qui la rend craquante... Son côté très naturel en quelque sorte...

Elle revient après sa défense, sautant dans tous les sens, exultant de bonheur. Elle a fait 85%. Elle enlace chaleureusement ma collègue Wynka et fait de même avec moi. Elle nous dit au revoir, « à la prochaine peut-être », avec son joli accent allemand...

Je ne la reverrai plus jamais !

mercredi 30 mai 2012

« C'est l'histoire d'un gars qui veut partir en vacances à Shangai... »

Une brosse à dents dans la casquette. — Quelqu'un pourrait-il m'expliquer pourquoi l'un des étudiants faisant (nerveusement) la file au snack vietnamien à côté de mon boulot a décidé de placer dans un des replis de sa casquette une brosse à dents, qui descend à la verticale jusqu'à sa joue gauche ? — Est-ce esthétique ? Est-ce une nouvelle mode ? Est-ce de l'humour ? Cela me paraît curieux parce qu'il s'agit là d'une utilisation de brosse à dents inédite, du moins à mes yeux... Ceci étant dit, est-ce fondamentalement plus ridicule que de porter, par exemple, un piercing dans le nez ou d'avoir une coiffure totalement hors norme ? — Oui, c'est fondamentalement plus ridicule.

Les Lessinois en force ce soir. — Après quelques hésitations (car il a du travail à finir, mais oui, mais oui), Flippo accepte de participer au repas avec FBsr. Celui-ci nous attend dans le hall des pas perdus de la Gare centrale, à Bruxelles. (Jeudi dernier, pour la seconde fois, Fred Jr et FBsr avaient annulé le rendez-vous.)

Après avoir marché un gros quart d'heure dans le centre-ville de la Capitale, nous nous asseyons en terrasse du restaurant Ellis Gourmet Burger, place Sainte-Catherine. Le service est toujours aussi désagréable, mais contrairement à la dernière fois, je ne suis pas obligé de manger en triple vitesse puis de déguerpir... À la lecture de ces lignes, je me demande pour quelles raisons j'ai parlé de cet endroit à mes deux comparses et pourquoi je m'y suis assis à nouveau.Mystère ! 

FBsr a un cadeau pour moi : une clé USB de 8 Go dans son emballage d'origine. Je le remercie : « C'est gentil, je n'en avais plus ! » Ensuite, il me donne un petit papier contenant une liste de 60 dossiers d'albums musicaux : « Et ça, c'est ce qu'il y a dedans... » Du FBsr tout craché : il a ouvert méticuleusement l'emballage de façon à en extraire la clé, y a placé environ 5 Go de chansons en tout genre pour ensuite la replacer tout aussi méticuleusement à son emplacement initial, en faisant en sorte que la manipulation reste invisible, à moins d'y regarder de très près.

Détail amusant : la liste des albums présents sur la clé... Si j'avais voulu réaliser une compilation pour FBsr, j'aurais pu y placer au moins un tiers des artistes qu'il a choisis : Alela Diane, Andrew Bird, Bonnie « Prince » Billy, Death in Vegas, DeVotchKa, Elbow, Feist, First Aid Kit, Fleet Foxes, James Yorkston, Jonathan Wilson, Kurt Vile, Patrick Watson, R.E.M., Radiohead, Sharon Van Etten, The National, Timber Timbre, Tindersticks, Wilco... Il me dit : « Il y a un groupe que j'aime particulièrement dans cette liste, c'est Other Lives... Tu connais ? C'est un peu dans le genre de Fleet Foxes... » — Non, je ne connais pas.

Nous terminons la soirée au Bon Vieux Temps, le café situé dans la jolie impasse Saint-Nicolas. Dans un coin, une dizaine de personnes assises autour d'une table se mettent à chanter en chœur. Est-ce une idée ou la serveuse du café a décidé de mettre de la musique pile à ce moment-là ? (Un peu comme si elle voulait les faire taire, c'est comique...) Peu après 22 heures, FBsr doit reprendre son train et Flippo son bus.

Les blagues du jour. — (Non, ce blog n'a pas pour prétention de devenir le nouvel Almanach Vermot...) Lodewijk, sur le temps de midi, raconte la blague du missionnaire : « C'est un pauvre missionnaire qui est capturé par une tribu d'anthropophages. Avant d'être tué, il a droit à la réalisation d'un dernier souhait, alors il demande une fourchette... Ha zut ! Je suis comme mon père : j'ai oublié de raconter un élément essentiel à la compréhension de la blague. J'ai oublié de dire qu'avant qu'il ne se fasse prendre, deux autres missionnaires avaient déjà été capturés et que leur peau avait servi à construire une pirogue... Voilà... Donc le missionnaire demande une fourchette... Les hommes de la tribu ne comprennent pas bien pourquoi mais la lui donne quand même, étant donné que c'est son dernier souhait... Et c'est là que le missionnaire commence à se planter violemment la fourchette à divers endroits du corps en ricanant : "Elle va être belle votre pirogue ! Elle va être belle votre pirogue !" »

La blague des trois Français à vélo, racontée par Flippo à la terrasse du restaurant, place Sainte-Catherine : « Ce sont trois Français qui font un tour à vélo en Belgique. L'un d'eux lance à ses compagnons de route : "Hé, les gars, venez avec moi à la pompe à essence, là-bas, on va se poiler, vous allez voir !" Ils s'arrêtent à la pompe et le cycliste demande au pompiste belge : "Faites-nous le plein d'essence, s'il vous plaît, une fois, haha !" Et le pompiste s'exécute devant les trois Français, hilares. Puis le cycliste demande : "Tant que vous y êtes, vous ne pourriez pas faire la vidange d'huile ?" Même chose : le pompiste belge ne pose pas de question et s'occupe gentiment de la "vidange" des vélos. Les Français sont morts de rire... Après cette bonne tranche de rigolade, ils s'apprêtent à reprendre la route mais le pompiste les rappelle et leur donne à chacun, sans prévenir, une bonne gifle bien sentie, puis leur dit : "Désolé, j'avais oublié de fermer les portières !" »

La blague du voyage à Shangai, racontée par FBsr, juste après celle de Flippo : « C'est l'histoire d'un gars qui veut partir en vacances à Shangai mais qui trouve que l'avion, c'est surfait. Il décide donc de faire le voyage en train. Il se rend à la gare de Bruxelles-Midi et demande tout naturellement un ticket pour Shangai. La guichetière est un peu étonnée : "Shangai ? Désolée, nous n'avons de billets pour aussi loin, mais je peux vous en vendre un pour Cologne..." "Et c'est dans la bonne direction ?", demande le voyageur. "Oui, oui, c'est dans la bonne direction : c'est vers l'est !", répond la dame. À Cologne, le monsieur veut continuer sa route, et demande donc à nouveau un ticket pour Shangai. Rebelote, le guichetier lui répond : "Désolé, nous n'avons pas ça en stock, mais je peux vous vendre un billet pour Berlin." "Et c'est dans la bonne direction ?" "Oui, oui, c'est dans la bonne direction, c'est vers l'est !" Arrivé à Berlin...
— Dis donc, elle peut durer très longtemps, ta blague...
— Ha ? Tu la connais ?
— Non, non, mais j'imagine...
— Arrivé à Berlin, le gars demande un billet pour Shangai. "Shangai ? Nous n'avons pas ce genre de billet, mais nous avons un ticket pour Varsovie." "Et c'est dans la bonne direction ?" "Oui, oui, c'est dans la bonne direction, c'est vers l'est !" À Varsovie, il demande un billet pour Shangai, qu'ils n'ont pas, donc il va jusqu'à Moscou... À Moscou, idem : pas de billet pour Shangai, alors il prend un billet pour Lessossibirsk... Etc. Conclusion : arrivé à Shangai, le voyage a duré plus d'un mois, tellement longtemps qu'il doit, dès son arrivée, repartir vers la Belgique. Il se rend donc directement au guichet de la gare de Shangai et demande : "Un billet pour Uccle, s'il vous plaît." Et le préposé du guichet lui répond [avec l'accent chinois] : "Uccle Stalle ou Uccle Calvoet ?" »

mardi 27 septembre 2011

Un soir au Potemkine

Ce midi, je suis allé manger avec Léandra dans une sandwicherie suisse située sur le Boulevard Anspach, juste devant la Bourse de Bruxelles, portant le nom de "Au Suisse" (vive l'originalité !). Ils font de bons sandwiches – au roast beef pour Léandra ; au hareng à l'alsacienne pour moi – mais, même avec la meilleure volonté du monde, je ne pourrais jamais être rassasié après avoir englouti un si petit bout de baguette ! Autrement dit : Léandra a beau me soutenir mordicus que son nouveau boulot est bien mieux que l'ancien, je continuerai coûte que coûte à considérer ce dernier comme plus professionnel sur un point au moins : la sandwicherie italienne (La Focaccia) qui se trouvait juste à côté.

De la discussion de ce midi, j'ai retenu un élément primordial : Léandra a abandonné son journal, dont elle a fermé le contenu au public à l'exception d'elle-même (forcément) et... de moi (hahaha !). Ça, je le savais déjà... Depuis lors, elle se sent beaucoup plus légère, presque soulagée ! Ce journal, c'était un poids à porter, avec toujours le risque que quelqu'un le lise et le prenne mal. Se faire des ennemis quand on parle de relations interpersonnelles sur le Web est quelque chose d'assez facile. Elle en sait quelque chose, Léandra : elle a déjà écrit bien pire – ou bien mieux, tout dépend du point de vue ! – que ce dont elle parle dans son dernier blog en date. (De mon côté, je commence aussi à en savoir quelque chose, bordel !) Je suis néanmoins un chouïa déçu : je pense en effet que mon amie aurait pu, avant de tout clôturer, s'essayer à l'analyse météorologique ! Une dépression par-ci, un anticyclone par-là... Ah, être Jules Metz à la place de Jules Metz, quel pied !

Léandra repart à son boulot, je repars à ma Maison (du Peuple). Les heures passent, je sirote quelques thés et une bière, j'échange quelques mots anodins avec mes voisins de table, je "croise" même une ancienne copine d'université, puis Léandra est de retour ! Il est environ 19h, il n'y a pas de place en terrasse, alors on part s'installer au Potemkine, le nouveau café branchouille devant la Porte de Hal. 

* * *

Ce qu'il faut savoir en premier lieu sur ce café, c'est qu'on y sert au fût une bière totalement et définitivement répugnante : la Volga. Après recherche, il semblerait qu'il y ait dans le Monde au moins deux bières du nom de Volga : Волга, une bière russe rachetée par Heineken en 2004, et Volga, une bière créée par John Stargasm, chanteur et leader du groupe Ghinzu. D'après Le Soir, c'est la deuxième qu'ils servent dans ce café. Peu importe. En tout cas, ce n'est pas bon : la bière a le goût de la Jupiler "fût de fête" qu'ils servent notamment dans les soirées estudiantines de l'Université libre de Bruxelles. 

Deuxième chose à savoir : le Potemkine a été lancé par Frédéric Nicolay, celui qui a créé le Belga (à Flagey) et le Bar du Matin (à Albert, près de chez moi). Deux endroits où je mets rarement les pieds car j'y déteste l'ambiance et les "bionades" totalement dégueulasses (sans doute encore plus que la Volga car dans cette dernière, au moins, il y a de l'alcool). Une bionade... C'est pourtant ce que prendra Léandra lors de notre premier verre là-bas. Elle fait ce qu'elle veut : c'est son foie qu'elle bousille à petit feu.

Le Potemkine a aussi ses bons côtés : à l'extérieur, juste au pied de la Porte de Hal, une terrasse avec un camion-bar (ils ont l'autorisation pour ça ?) et des serveurs servant de la... Volga à... deux euros dans des... verres en plastique ! Sur un des flancs de la terrasse, un DJ passe des vinyles rétro : de la chanson française qui semble tout droit sortir des années 60. Les titres ne nous disent rien. Léandra adore ce genre de musique... Un de ses grands rêves dans la vie : sortir un disque où elle chanterait à tue-tête, heureuse, des chansons "à la française", un peu comme Françoise Hardy ou France Gall. Léandra télécharge Shazam sur son smartphone pour reconnaître des titres mais ça ne marche pas (pffff, ça vaut bien la peine de se la péter avec une "cacaille" à 300 euros). De mon côté, sur mon vieux GSM tout pourrave (mais avec lampe de poche, siouplaît !), j'essaie d'immortaliser les paroles un peu mystiques d'une des chansons qui me parle, espérant la retrouver plus tard sur le Web. Chose incroyable : je ne la retrouve pas ! Des bribes de paroles : ça parle d'un démon qui descend sur Terre et qui "s'est fait des habits de lumières", mais qui "déçu, reprit sa course". Plus loin : "Obstiné, le diable se transforma en homme". C'est peut-être du Gérard Manset ? Faudrait que je creuse cette piste... Faudrait peut-être aussi que je demande à Pat ou à Flippo car ces deux-là sont clairement plus au courant que moi question chanson française des sixties et seventies.

Après la terrasse, nous testons l'intérieur du Potemkine... Enfin, je teste (Léandra est déjà venue auparavant). Au plafond, de faux ossements de cétacé. Au mur, un écran fait de grosses ampoules qui, en jouant sur la lumière et le contraste, rejouent la fameuse scène des escaliers d'Odessa dans Le Cuirassé Potemkine d'Eisenstein (c'est Léandra qui s'en est rendu compte ; si on ne fixe pas l'écran pendant un certain temps, on ne voit que des taches informes). Au fond : un beau bar aux alcools russes, avec une serveuse blonde qui se fond parfaitement dans ce décor slave. Enfin, la salle du café fait un peu cantine, mais en plus sophistiqué, en plus "lounge". Comme le Belga, mais en un peu mieux, quoi.

Ça ne se voit pas spécialement à l'écrit, mais je suis totalement déprimé lors de cette putain de soirée dans ce putain de café hype. Je suis déprimé depuis deux jours... Sans doute une conséquence de mon état grippal... Sans doute, ouais, ouais. J'ai l'impression d'être transparent, de n'avoir aucune présence, de ne pas savoir aligner deux mots sans devoir me reprendre, de ne rien dire d'intéressant (pour ne pas changer). Je n'arrive même pas à être comique... (Allez, Hamilton, prends un Vicks, ça ira mieux !) À un moment, j'explique à Léandra que ma vie est un peu comme du sable que j'essayerais de retenir avec mes mains : j'ai beau tout faire pour empêcher les grains de s'échapper, ils filent entre mes doigts, jusqu'au dernier... Ha, misère !

Plus tard, Léandra parle de son projet lointain de blog pornographique ou plutôt érotique. Elle ne sait pas très bien comment elle pourrait parler de "la chose". En effet, à l'exception d'un passage assez soft dans un ancien blog, elle n'a jamais expérimenté ce type d'écriture. Je me suis pour ma part posé la question également, mais dans un sens légèrement différent : et si je devais sortir avec quelqu'un dans les mois à venir, comment gérerais-je l'écriture de ce blog ? Pour Léandra, son journal était une phase temporaire, transitoire : elle avait depuis le début prévu de le laisser tomber un jour ou l'autre – et ce jour est arrivé ! Pour moi, c'est différent : je compte bien continuer ce projet aussi longtemps que j'en suis capable, donc la question pourrait se poser : comment décrire une relation amoureuse dans un journal ? Ne pas en parler du tout ? En parler un peu ? Être dans l'exhibitionnisme total ? En fait, évidemment, ça dépend totalement de la personne rencontrée. Léandra rigole et me dit que je devrais m'en faire un leitmotiv ; utiliser cette argumentation sur un site de rencontre : "J'écris un blog sur ma vie de manière journalière. Si vous voulez apparaître dedans d'une manière ou d'une autre, envoyez-moi un message !". Le pire dans l'histoire, c'est que l'idée est somme toute assez sympathique.

Dernière réflexion de Léandra avant de se quitter (mais pourquoi pense-t-elle à ça maintenant ?) : nous devrions mettre en place des ateliers "causerie". Le concept : quelqu'un invite en soirée une série d'amis (choisis de manière arbitraire) pour discuter d'un sujet donné. Pas de bouffe, juste quelques bouteilles de vin. Aucune volonté de se saouler, le but étant juste de parler posément d'un thème particulier. Chacun recevrait le thème de la soirée une semaine à l'avance. Moi : "Ouais bon, on rajoute quelques bougies et ça fait franc-maçonnerie." – Léandra : "Non, justement, ce qui serait drôle, c'est d'en interdire l'accès aux francs-maçons !". Ah ouais, carrément ! 

dimanche 7 août 2011

L'image du bonheur

"La première image dont il m'a parlé, c'est celle de trois enfants sur une route, en Islande, en 1965. Il me disait que c'était pour lui l'image du bonheur et aussi qu'il avait essayé plusieurs fois de l'associer à d'autres images mais ça n'avait jamais marché. Il m'écrivait : il faudra que je la mette un jour toute seule, au début d'un film, avec une longue amorce noire. Si on n'a pas vu le bonheur dans l'image, on en verra le noir."

Aujourd'hui soir, durant la fin d'un trajet à vélo, seul, sur une piste cyclable à travers bois et à travers champs, je n'ai cessé de penser à cette première scène de Sans Soleil, de Chris Marker (1983). Une scène qui m'a marqué au plus profond de mon être et qui me marque encore à chaque fois que je la regarde... Trente-deux secondes de perfection. Le rythme, les silences, la voix, la succession des images, le noir : tout y est parfait, et à jamais.

La scène pose une question essentielle : qu'est-ce que le bonheur ? Ou, plus exactement : quelle image se fait-on du bonheur ? Chaque individu possède sa propre réponse, sa propre image.

Si je me suis remémoré cette scène à ce moment particulier de mon périple à vélo, c'est pour une raison très précise : j'ai retrouvé pendant une heure (à peine) mon image du bonheur... Seul, totalement seul, le soleil couchant devant moi, le premier quartier de lune à ma gauche, des champs à perte de vue... Quelques bosquets... Un chemin donnant sur un bois, à un kilomètre environ... Quelques nuages non menaçants... Une ferme au loin... Des grillons tout autour... Et cette odeur d'humus tellement propre à ces crépuscules du mois d'août... Voilà un tableau de la liberté ! Je me suis arrêté plusieurs fois et le temps, lui aussi, s'est arrêté, à plusieurs reprises. Durant ces quelques brefs interludes, je me suis senti libre, totalement libre, et j'ai retrouvé mon "image du bonheur". Je ne suis pas difficile, en fait. Sauf que je pourrais refaire le même chemin demain et ne rien ressentir du tout.

Je commence par la fin, mais tant pis : c'est le plus important. Le reste de la journée se trouve ci-dessous, dans un ordre qui ne bouleverse pas la chronologie.

* * * 

Aujourd'hui, toute ma journée est placée sous le signe du vélo. En effet, je dois rejoindre Tom, son ami Alexandros ainsi que Jessy à Namur pour un "fietstrip", pour reprendre le mot de Tom. Mes trois comparses sont plus motivés que moi : ils veulent faire Bruxelles-Maredsous ce premier jour ; Maredsous-Chimay le deuxième jour ; Chimay-Dinant le troisième, et puis revenir à Bruxelles. Dès le départ, je ne suis partant que pour un jour. Raison principale : ma fille est chez mes parents et, pour cette unique semaine de vacances avec elle, je veux être présent, m'en occuper et pas spécialement courir les routes de manière inconsidérée.

Première étape de la journée : rejoindre tout le monde à Namur. Je pars de chez mes parents (qui habitent Falisolle) par un temps maussade, avec mon Minerva vieux de plus de quinze ans mais néanmoins très bon, et je parcours sans trop de problèmes les quelque 25 kilomètres qui me séparent de Namur. Le rendez-vous est fixé chez Pat et Alizé, qui habitent cette bête ville, ou plus exactement qui habitent "La Plante", comme aimera le rappeler Pat. "La Plante", c'est un lieu-dit namurois, un petit village pas loin du centre historique de Namur qui a été intégré à la ville lors de la fusion des communes... Pat a prévu une "collation" pour le midi. Par collation, il entend : des bières et des chips en apéro, un spaghetti à la bolognaise avec du vin en plat principal, un dessert, des Calvados et des cafés... Y a pas à dire : Pat sait recevoir. Pour l'occasion, arrivent aussi en voiture FBsr, Alineke, avec leur fils Marc Aurèle, et Ophely (enceinte jusqu'au dents, mais ça ne se voit pas trop). Marc Aurèle est le portrait craché de FBsr (lunettes, bouille générale) sauf qu'il a les cheveux blonds, presque blancs. En le voyant, je pense à mon amie Léandra, plus particulièrement à son "type d'hommes", et une blague qui ne ferait rire personne à la table me traverse l'esprit.

Après un midi copieux, Tom, Alexandros, Jessy et moi finissons par prendre la route vers Maredsous : nous longeons la Meuse jusqu'à Anhée, puis le RAVeL de la Molignée jusqu'à la fameuse abbaye. Le groupe est sympa, je les apprécie tous. Tom, pas besoin de le décrire... Alexandros, je ne le connais pas bien et ça fait des années que je ne l'ai plus vu (il voyage tout le temps, c'est même une curiosité qu'il soit en Belgique). Il a une discussion intéressante. Par exemple, sur la capillarité de l'eau : "On représente toujours un goutte d'eau avec le haut pointu mais cette forme, elle ne la possède que lorsqu'elle est démarre du robinet. Sinon, elle est toujours plus ou moins sphérique." On en vient à se demander combien de temps il faut à une goutte de pluie pour parcourir la distance qui la sépare du sol... Dernière randonneuse : Jessy est une musicologue qui a fait des études de lutherie en Italie. Elle est assez "nature" (à Marc Aurèle durant le repas chez Pat : "Les requins ne sont pas méchants, ils ne font que manger pour survivre") et toujours souriante. Bref, un bel après-midi.

Nous buvons des verres à Maredsous (à la brasserie, ils vendent des planches de dégustation "trois bières" : si j'en crois mon expérience récente, c'est à la mode pour le moment). Nous faisons encore une petite partie du trajet ensemble, puis les trois randonneurs décident de faire du camping sauvage dans un champ. Je les quitte à Maredret et je continue ma route vers chez moi. 

La suite, je l'ai déjà racontée.

vendredi 8 juillet 2011

L'échelle de psychopathie de Hare

Déclaration d'impôt en ligne ce matin (j'aime quand l'État me doit de l'argent). L'après-midi, fini le boulot ! Avant de me rendre chez Tom et Ophely, je glande et regarde la saison 7 de The Shield (c'est bientôt terminé) : "Dutch" a repéré le profil d'un éventuel futur serial killer chez un jeune homme de 16 ans. L'inspecteur fait tout pour essayer de le faire revenir dans le "droit chemin". Cette série ne vaut clairement pas The Wire (à part Dutch, les autres "héros" sont un peu trop bas de plafond) mais elle a au moins un mérite : montrer que la barrière est mince entre la psychopathie et la normalité. 

Juste pour m'amuser, je m'intéresse à l'échelle de psychopathie de Hare. C'est très simple à comprendre : tout le monde peut calculer son degré de psychopathie en 5 minutes (même si ce n'est pas cliniquement correct de procéder de cette manière), en donnant une cote de 0 ("ça ne me correspond pas") à 2 ("ça me correspond assez bien") à 20 affirmations simples, comme "Besoin de stimulation et tendance à s’ennuyer" ou "Insensibilité et manque d’empathie". En résumé : en dessous de 20 points, on n'est pas psychopathe et au-dessus de 30, faut commencer à s'inquiéter ; entre les deux, débrouillez-vous ! Je m'estime à 10 points maximum (ouf !).

En soirée, chez Tom et Ophely, je me retrouve avec Pat et Alizé, Jessy, Megan, Inger, Jyl et leurs enfants. FBsr et Alineke ne sont pas là, car cette dernière a la varicelle, ou un truc dans le genre. Ophely est de plus en plus enceinte (normale, vu qu'elle est enceinte). Pat n'a pas changé : il est toujours très "humour cul". On arrive quand même à discuter une heure du XIe siècle, d'Orchimont, de Chimay, de toponymie médiévale,  d'archéologie, de la nouvelle manière de voir la transition de l'ancienne haute aristocratie lotharingienne vers le système économique plus souple en vigueur au bas Moyen Âge, etc. C'est très rare que je puisse discuter d'un sujet aussi pointu (et pas très intéressant pour les autres convives, de fait), en rapport avec mes études, du coup ça me fait énormément plaisir. On mange bien, on boit bien, on rigole bien. (Chouette soirée.) Pat et Alizé me reconduisent en voiture jusque chez moi (ou presque). Il est seulement minuit, fichtre !