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samedi 6 octobre 2012

Ça m'fait quelque chose de magique !

Soirée « mucoviscidose » (comprendre « de lutte contre la... »). Grande salle. Tréteaux. Beaucoup de monde. Concerts (de jeunes rockeurs qui se cherchent). Tombola. Enfants qui jouent. Bruits. Discussions. Adolescents prépubères qui se pelotent et se roulent des pelles (« Ils sont beaucoup trop jeunes pour ça ! », dira ma mère). Vieilles qui discutent (voire qui draguent ?). Musique. Ambiance.

« (...) J'aime l'océan Pacifique !
Ça m'fait quelque chose de magique !
Y a rien à faire qu'à rêver !
Prends-moi la main, viens danser ! (...) »

Au milieu de ce brouhaha (informe mais supportable), je suis en famille. Six personnes (sur deux cents environ) pour lesquelles une portion de table a été réservée : mon père, ma mère, ma fille Gaëlle, tantine Gigi, son mari Jean-Paul et moi. Il y a trois semaines, j'avais posé mes conditions de participation à cette soirée organisée en l'honneur d'une greffe de poumons réussie : « Gigi et Jean-Paul seront là ? Alors je serai là aussi ! » — J'apprécie énormément Jean-Paul, l'homme qui n'a lu que quatre livres dans sa vie (Pour moi, il s'agit d'une information plus incroyable que l'annonce de l'ascension de l'Everest par un vieillard unijambiste). Gars très posé, réfléchi et intelligent, il est (avec mon père) la preuve vivante que la rapidité d'esprit n'est nullement proportionnelle au nombre de livres lus sur une vie. (L'apprentissage n'est pas seulement une affaire de lettres.)

Et en plus, il aime bien la bière spéciale et le bon vin !

Gaëlle attend, impatiente. À ses côtés un carnet, afin de tracer une ligne à chaque fois qu'un garçon se dira amoureux d'elle (!). Nous lui avons expliqué qu'il y aurait beaucoup d'enfants de son âge. Elle en voit un, elle fonce : mauvaise pioche, elle revient déçue. Deuxième tentative, elle fonce à nouveau (c'est incroyable comme elle est sociable) : elle a plus de chance. Cette fille-là devient sa copine d'un soir. Cécile qu'elle s'appelle, huit ans. Elles ne se quitteront quasiment plus de la soirée. C'est Gaëlle qui décide du jeu : elle explique quelle sera l'occupation du moment, et l'autre suit. Réminiscence d'Hamilton enfant, en deuxième primaire, arrivant à convaincre son entourage de tracer une marelle géante dans la cour de récréation. (Merde, je me répète !) — Deux questions : « A-t-elle en partie hérité des circonvolutions de mon cerveau ? » et « Suivra-t-elle le même chemin que moi ? » (De tout cœur, j'espère que non !)

Jean-Paul me parle de l'époque où il était sous-off dans l'armée belge, en Allemagne, dans le cadre de son service militaire. Électronicien de formation, il était en charge de la communication et devait s'occuper des câbles (ou en tout cas des soldats qui plaçaient les câbles) permettant la circulation de l'information d'un point à un autre. Ils utilisaient des codes, dont un qui signifiait : « Câble rompu. Besoin de réparation ! », mais qui voulait surtout dire : « On s'emmerde. Ramenez des bières ! »

« Pour nos manœuvres, nous nous rendions dans différents endroits aux alentours de la base... Il y avait ce grand bâtiment en pierres — ça, je m'en souviens très bien — où on allait manœuvrer... Le camp de reproduction, que ça s'appelait... C'était un lieu où les nazis essayaient de reproduire la race aryenne. Il y avait des femmes censées être de "race pure" qui "accueillaient" les hauts gradés du Reich... Enfin, c'est ce qu'on nous disait en tout cas ! »

Fin de soirée. À la recherche de Gaëlle, ma mère et moi finissons par apercevoir ma fille en train de danser sur la piste avec un garçon. A-t-elle par la suite fait une croix dans son carnet ? J'ai oublié de le lui demander...

dimanche 18 mars 2012

Repas familial, le retour

Dans le train Charleroi-Namur que j'emprunte pour me rendre chez mes parents, un homme et son fils. Le garçon semble un peu plus âgé que Gaëlle (je lui donne entre 7 et 8 ans) et, selon ce que j'ai cru comprendre, le père ramène le fils chez la maman... Une séparation à ajouter au compte de toutes les autres séparations... Le papa est horripilant. Je suppose qu'il essaie de créer une relation particulière avec son enfant mais tout cela sonne terriblement faux. Il en fait de trop, n'est pas à l'aise... Il n'arrête pas de le toucher, de le prendre sur ses genoux et aussi de le rabaisser intellectuellement, constamment. Il est mielleux. Il me tape sur le système. Le schéma est toujours le même : le père pose une question ; le fils répond du mieux qu'il peut ; le père dit, mi-dédaigneux, mi-complice : "Mais ouais, c'est ça... T'es bête ou quoi ? Banaaaane, va !". Parfois, il lui frotte les cheveux, aussi. Pauvre gosse... (Sans doute est-il habitué ?)

* * *

Chez mes parents, m'attend le colis Amazon du mois de mars. J'ai commandé... euh... la suite du programme, pour ainsi dire. Un biographie signée Ray Monk (professeur de philosophie analytique) intitulée Wittgenstein. Le devoir de génie (1990), ainsi que les Remarques mêlées, un recueil d'aphorismes et de textes divers (1914-1951) signés... hem... Wittgenstein, encore et toujours. Nous ne sommes pas sortis de l'auberge, les amis ! Troisième ouvrage, un peu différent mais néanmoins dans la lignée de ce que je lis en ce moment : un recueil d'articles coordonné par Gilbert Hottois (mon ancien prof de philo contemporaine à l'ULB) intitulé Philosophie et science-fiction (2000). J'ai découvert il y a peu l'existence de ce recueil ; aujourd'hui, il est là, devant moi, et me présente son contenu alléchant.  

* * *

En début d'après-midi, je me rends avec mes parents au repas de famille biannuel. L'endroit ? Un restaurant italien dans la vallée de la Molignée : Le Minotier (terme désignant un fabricant de farine) : cadre sympa, bonne bouffe. Nous sommes quatorze à table. Outre mes parents et moi, sont présents : Lazlo (un ami de mon père) ; ma tante Gigi, son mari Jean-Paul et sa fille ; mon oncle Vilppu, sa femme Rabarama et leur fille ; mon cousin Fabrizio et ses trois enfants...

Mon oncle Vilppu est, comme à son habitude, survitaminé et parle tellement vite qu'il est très difficile à suivre. Il fait l'éloge d'une émission de télévision : "Hamilton ! Tu as déjà vu Les bûcherons de l'impossible ? Il faut que tu vois ça, vraiment ! Tape sur Internet : Les bûcherons de l'impossible ! Tu verras ! Les bûcherons de l'impossible... C'est génial ! Tu verras ! C'est des fous, ces mecs... Ils montent sur un énorme arbre et le coupe... Y en a plein qui meurent chaque année. Y en a qui meurent, ouais, ouais. Les bûcherons de l'impossible que ça s'appelle ! C'est dingue. Totalement dingue..." Vilppu amuse également les enfants en faisant des tours de magie avec des cure-dents. Il a toujours adoré ça. Lorsque j'étais tout petit, il me montrait des tours, me faisait rire en racontant des blagues ou m'apprenait des jeux de mots... ("L'eusses-tu cru que ton père fut là peint ? Tu saurais l'écrire, ça, Hamilton ? Hein, Hamilton ? Tu saurais l'écrire ?")

Mais pourquoi parle-t-il si vite ? Pour tout dire, la famille Evenvel a tendance à parler très vite. Mon père a sa théorie sur la question : "Les Evenvel pensent à tellement de choses en même temps qu'ils sont obligés de parler vite pour dire tout ce qui leur passe par la tête..." C'est n'importe quoi mais je me suis tout de même déjà fait ce genre de réflexion aussi. Rabarama me dit : "Ça va, toi, Hamilton, tu ne parles pas si vite que ça... Tu n'as pas ce trait de famille." C'est parce que je me contiens, parfois...

Mon cousin Fabrizio est fan de football (il prend de temps en temps l'avion jusqu'à Turin pour assister à un match de la Juventus), de voitures et de smartphones. Il est du genre à acheter des appartements et à les rénover lui-même (comme mon autre cousin Fab — amusant). Il n'a plus bu une seule goutte d'alcool depuis plus d'un an. Il a une très belle et riche épouse qui pourrait être top model. Il a vraiment beaucoup de points communs avec moi, Fabrizio...

En fin d'après-midi, nous changeons de lieu. Nous allons manger une glace à la Fleur de Lait, un glacier de Wépion qui propose de délicieuses coupes artisanales. Nous terminons la soirée en buvant un, deux, trois verres au "Lodge", le café-restaurant où nous étions allés manger dans le cadre d'un autre repas familial, le 14 août 2011. J'ai beaucoup trop bu. J'ai l'alcool triste. Je réfléchis. Je ressasse beaucoup trop de choses, ne parle presque plus et ça se voit. À mon retour à la maison familiale, je boirai café sur café et jouerai au Stratego avec ma maman, pour essayer d'inverser cette néfaste tendance à broyer du noir, avec un résultat mitigé.

mercredi 12 octobre 2011

Une soirée chez tantine Gigi

Ce soir, je suis invité avec mes parents à un souper chez une de mes tantes du côté paternel : tantine Gigi. C'est ma tante préférée dans ce coin-là de la famille. Comble de chance, j'adore également son mari, Jean-Paul : un gars très calme, réfléchi, du genre "bricoleur habile", qui aime bien vivre, boire du vin et de la bière. Ils vivent dans une belle maison à la campagne, qu'ils ont aménagée avec beaucoup de goût (et pourtant, "Dieu" sait que je suis très difficile en la matière). Gigi et Jean-Paul ont le souci du détail, jusqu'aux plats qu'ils nous proposent (des bruschetta à la tomate et à l'huile d'olive de Toscane ; du melon frais au jambon de Parme et au parmesan, assaisonné avec la même huile délicieuse ; de très bons spaghetti à la bolognaise).

Au sujet de Jean-Paul, une anecdote qui m'a marqué durant la soirée : sur ses 63 ans d'existence, il n'a lu en tout et pour tout que 4 [quatre] livres, dont Le Petit Prince. La raison invoquée est curieuse et originale : il est incapable de se concentrer longtemps sur une intrigue car dès qu'un mot le frappe, son esprit quitte le livre et vagabonde dans un paysage mental constitué de concepts purement pragmatiques en rapport avec le mot ; ainsi, s'il lit le mot "plomberie" – simple exemple –, il va se souvenir qu'il doit travailler à la plomberie de sa salle de bain et réfléchir à la meilleure solution à mettre en œuvre. C'est un esprit éminemment pratique (un peu comme mon père) et ça m'impressionne dans la mesure où c'est un domaine dans lequel je suis un véritable branque, incapable de clouer quelque chose sans m'écrabouiller un doigt – et j'ose à peine évoquer ici mon légendaire ennemi : la scie, chien fidèle (t'en as encore beaucoup en stock, des aussi pourraves, Hamilton ?)

Ce soir est une soirée-test pour moi : c'est la première soirée, depuis mon opération, durant laquelle je vais devoir rester assis ou debout pendant quelques heures. Conclusion : ça ne s'est pas trop mal passé. J'ai juste dû aller me reposer sur un divan, à un moment. En fin de soirée, test également avec l'alcool. En sirotant pendant une heure mon seul et unique Orval du jour (pour le reste, ce sera de... l'eau et de... l'Ice Tea pêche), je repense à cette histoire invraisemblable de gars incapable de boire un seul verre de vin après son opération de la vésicule, sous peine d'aller irrémédiablement vomir ses tripes. Conclusion : l'Orval m'assomme un peu à cause des médicaments, a un goût légèrement différent qu'à l'accoutumée (j'ai beaucoup plus rapidement en bouche le goût de l'alcool), mais je ne vais pas rendre visite à la cuvette des WC. Au contraire : comme d'habitude, ça m'aide à digérer.

Un des sujets de la soirée tourne autour de feu ma tante Popo, décédée il y a presque un an. La raison : les frais de son enterrement, ou plutôt de sa mise en mer... Tante Popo vivait seule à Ostende et n'était pas riche : elle possédait juste de quoi payer ledit enterrement. Cependant, l'argent présent sur son compte bancaire les jours suivant le décès a mystérieusement disparu. Les pompes funèbres n'ont pas été payées et envoient des lettres de menaces en néerlandais (oui, oui !) à mon père ; le notaire refuse de répondre aux lettres qu'on lui envoie. Conséquence : les frères et sœurs en vie vont peut-être devoir sortir leur porte-monnaie... Et qui dit fric dit friction : coups de fil, énervements, stress, etc. 

La discussion vire ensuite aux considérations sur la mort (en général) et sur les morts dans la famille. Mon père est sans doute celui qui, au sein de sa fratrie, a la plus forte personnalité (avec tantine Gigi) : il a des idées très arrêtées sur tout (qui a dit : "Un peu comme son fils" ?) et donc aussi sur la mort, forcément. Mon papa est un matérialiste radical, un athée jusqu'au bout des doigts de pied (mais un doigt de pied peut-il être athée ?) : après la mort, plus rien, le néant ; ça ne sert donc à rien de pleurer pour des gens qui ne sont plus là : il faut être avec eux – et les aider – quand ils sont encore en vie. C'est une pensée simple et pleine de bon sens mais qui n'est apparemment pas si évidente que ça à mettre en pratique dans le reste de ma famille paternelle.

Demain, pour continuer sur cette lancée funèbre, comme je n'ai rien à raconter en ce moment (convalescence monotone oblige), je ferai un petit panorama des morts de la famille... Youpie !

dimanche 14 août 2011

Repas familial

Tu ne sais pas trop si tu dois utiliser le tutoiement ce soir, dans ce journal. Le tutoiement, tu le réserves pour les soirées où tu es saoul... Es-tu saoul ? Tu devrais l'être en tout cas. Depuis trois heures de l'après-midi, vous n'avez fait que boire et manger. Ta famille, branche paternelle, est une bande de fieffés soiffards. Tu peux tout comptabiliser : un picon/vin blanc en apéro, huit verres de vin rouge durant le repas, trois Orval en terrasse ; cinq Orval au bowling, et pour terminer une... Bofferding (argh !). Tu n'as pas dépensé un seul centime de cette journée : tu es le plus jeune dans un cercle composé uniquement de cinquantenaires. Ils ne te donneront pas l'occasion de sortir la moindre pièce de ta poche. Au final, tu décides que tu n'es pas du tout saoul. Et en plus, c'est vrai !... Et ça fait peur. Exit la deuxième personne du singulier, donc.

* * *

Cet après-midi donc, je me rends avec ma maman, mon papa et son meilleur ami Lazlo au repas familial biannuel. La réunion a lieu au "Lodge", un restaurant en bord de Meuse, du  côté de Wépion, avec une belle vue sur les falaises (marrant : je suis passé devant en vélo la semaine dernière). Sont également présents au restaurant quatre autres personnes : mon oncle Vilppu et sa femme Rabarama ; ma tante Gigi et son mari Jean-Paul. 

La famille n'est pas au complet : ma grand-mère paternelle, un de mes oncles et une de mes tantes ne sont pas là, car ils sont morts. Mon grand-père est mort depuis 23 ans : il triche, ça ne compte pas. Une de mes tantes, celle qui fait toujours des scandales et qui a déjà passé quelques nuits "au poste", bien vivante elle, n'est pas là non plus, pour d'obscures raisons. Mon oncle/parrain l'a suivi dans sa décision de ne pas venir. Parmi les nombreux cousins que je possède sur la plan paternel, aucun n'est là non plus. Personne n'est là, c'est cool, wahaaaa ! Plus sérieusement, j'ai la chance de me retrouver avec ceux que je préfère dans la famille de mon père. 

Le repas est du genre "gastronomique". Le chef signe ses plats à la crème de vinaigre balsamique (copieur !). Je mange un très bon cannelloni à la mousse de bœuf en entrée et un saltimbocca de volaille en plat principal. Je suis assis à côté de Jean-Paul, mon "oncle par alliance" préféré du côté paternel. Après avoir mangé, on passe deux heures en terrasse. La table est divisée en deux parties égales : buveurs de bières/buveurs de cafés. La fin de la discussion est intéressante : elle tourne autour du cours de math à l'école secondaire. Mon père considère qu'on devrait le supprimer du cursus car il "casse des vies" (ma mère, par exemple, est du genre à avoir mis un terme à ses études secondaires simplement parce qu'elle ne supportait pas les mathématiques). Je suis de l'avis opposé : les maths, c'est comme le français ; c'est très important. Apprendre les maths, plus que d'apprendre une matière, c'est apprendre une logique. Je suis intransigeant mais tout le monde s'en fout (y compris moi sur la fin).

La famille est partante pour aller jouer un bowling en fin de soirée. Nous allons donc au bowling. Je joue très mal, j'ai trop d'alcool en tête (c'est à ce moment que je m'en rends compte). Je joue aussi au billard avec ma mère. Une chouette soirée : tous ces gens ont l'air heureux de casser une certaine monotonie qui s'est installée dans leur vie.