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samedi 7 juillet 2012

L'amertume du canari

Léandra et moi nous asseyons à la terrasse de la Maison du Peuple. Elle me montre son nouvel appareil photo : un bridge. « Ouais, je sais, toi tu n'aimes pas trop les bridges ! », me lance-t-elle. Je n'ai encore rien dit, mais il est vrai que, pour en avoir reçu un en cadeau d'anniversaire il y a des années, je ne suis pas un fanatique de cette gamme hybride coincée entre le compact et le reflex.

Un bridge, c'est un peu comme un ornithorynque. Queue de castor, bec de canard et pattes de loutre ? Non : assemblage hétérogène et contre-nature.

« Oh, mais c'est un objectif Leica tout de même !
— Oui, et il y a un zoom de malade. Tiens, essaie !
— Mazette ! Un zoom optique 24x !... Et avec un bon stabilisateur ! »
(Ha, ces progrès que l'on fait constamment en optique...)

« Tu peux jouer sur la profondeur de champ en modifiant l'ouverture du diaphragme... Plus la valeur ici est petite, plus le diaphragme est ouvert et plus la netteté de l'image est réduite dans l'espace...
— Romain m'a déjà expliqué tout ça plusieurs fois, mais à chaque fois j'oublie !
— Là, par exemple, je vais te photographier en laissant l'arrière-plan flou. Ha ben merde, ça ne marche pas ! »

Si je vois Léandra aujourd'hui, c'est aussi pour l'échange : je lui rends son petit ordinateur portable et elle me passe, en attendant, son vieil ordinateur dépourvu de batterie, dont le ventilateur, faisant autant de bruit qu'un système de ventilation d'une salle informatique des années soixante, énerve apparemment tellement Jonas, le puriste linuxien, que ce dernier en soupire de mécontentement à chaque fois qu'il voit la bête. Léandra me prévient : « Il faut beaucoup de temps pour le démarrer. Souvent, je le laisse branché pour ne pas avoir à le rallumer. Et j'ai rien nettoyé, hein... Il y a plein de trucs assez personnels sur le bureau... » ― Je suis curieux de nature mais j'ai sans doute trop de conscience morale pour essayer de chercher activement les « trucs assez personnels ».

Léandra part demain, seule, à Marseille avec son ornithorynque bridge récemment acquis. Elle logera à L'Estaque, le quartier portuaire peint à de nombreuses reprises par Cézanne.

Mary, deuxième du nom, est à nouveau de service au bar. Si elle avait disparu de la circulation depuis plus d'un mois, me dit-elle, c'est parce qu'elle préparait ses examens d'architecture à La Cambre... A-t-elle réussi ? Je ne sais pas, j'ai oublié de lui demander... Mais elle continue de sourire en tout cas !

« Chez mes parents, j'ai regardé une émission sur les aquariophiles, me raconte Léandra.
— Ha ?
— Y a des Européens qui vont jusqu'en Thaïlande pour acheter des poissons combattants !
— Ha.
— Là-bas, le combat de cette espèce de poisson est un vrai sport national... Ils mettent deux Combattants dans un petit bocal et les deux poissons commencent par se tourner autour... Ensuite ils s'attaquent en s'agrippant par la bouche, parfois pendant très longtemps, jusqu'à ce qu'un des deux ne meure. C'est celui qui a la mâchoire la plus développée qui survit.
— Bigre ! »

J'explique à Léandra : « Quand j'étais petit, on avait un canari à la maison. Un jour, mes parents l'ont mis dehors, au milieu de la terrasse, dans sa cage... Soudain, une buse s'est précipitée sur lui : depuis le ciel, elle avait vu la petite proie ― ça a une de ces vues, ces animaux-là ! ― mais pas la cage, qui est tombée lourdement par terre... La buse fut surprise et s'en alla, et le canari fut sain et sauf... Mais plus jamais il ne chanta comme avant ! Il devint aigri et mourut quelques mois plus tard... » (Je me demande jusqu'à quel point ma mémoire est fiable à ce sujet : plus tard, ma mère confirmera l'histoire de la buse, mais ne se souvient absolument pas du reste.)

« Je suis allée voir avec Jonas à la Cinematek un vieux film japonais intitulé La Femme des sables... L'histoire d'un gars, du genre "scientifique", qui fait une pause dans un village en plein désert. Les habitants l'hébergent pour la nuit. Ils le font descendre à l'aide d'une échelle dans une des maisons, où vit une femme seule. Le lendemain, il se rend compte que l'échelle a disparu et qu'il est prisonnier... » Léandra se contrefiche de garder secrète l'intrigue et me révèle donc la fin du film. Ça me donne envie de le voir !

Certaines personnes seraient-elles toxiques ? Entraîneraient-elles les autres dans leur sillage personnel fait de tristesse, de déprime, de mauvaise humeur et de misanthropie ? ― Je n'en sais rien mais si la chose est humainement possible, je dois avoir un très haut taux de toxicité ! (Et c'est que j'en serais fier, en plus...)

Mais peut-être est-ce justement l'inverse ? En me lisant, peut-être certains se disent-ils avec bonne humeur : « Eh bien ! Je croyais être mal en point, mais regarde donc celui-là ! »

Je suppose que pour de nombreuses personnes sensibles, Cioran constitue le comble de la toxicité.

Mais j'ai lu quelque part que le philosophe roumain, pourtant si désabusé et pessimiste dans ses écrits, aurait été dans la vie de tous les jours d'un abord très agréable, voire joyeux. Si c'était effectivement le cas, quoi de plus naturel, tout bien réfléchi ?

Jamais nous ne sommes obligés de lire quoi que ce soit ; par contre, nous ne décidons pas toujours spécialement de nos rencontres physiques. ― Ne pas avoir peur d'être toxique/pessimiste par écrit, mais se retenir dans les contacts sociaux ?

Le soir, je fais croire à Gaëlle que je ne la vois pas. Comme tous les petits enfants, mi-amusée, mi-apeurée, elle tente d'attirer mon attention par des gestes, des touchers, des appels. À la fin du jeu, je lui demande : « Croyais-tu que tu n'existais plus ? » Pour toute réponse, elle me montre sa main droite (!) et me dit : « Non, je savais très bien que j'existais, car je voyais encore ma main ! » (Elle reprend sans le savoir l'argument de G.E. Moore dans Preuve d'un monde extérieur.)

Des groseilles et des framboises ! Donnez-moi des groseilles et des framboises par milliers et je serai le plus heureux des hommes ! (Et de la rhubarbe aussi, si possible.)

mardi 31 janvier 2012

Silence

La citation du jour
« Sur ce dont on ne peut parler, il faut garder le silence. »
Ludwig Wittgenstein, Tractatus Logico-Philosophicus, 1921.
Il est 18 heures et je suis à nouveau seul, à la Maison du Peuple. Emily vient de me laisser pour se rendre à son rendez-vous professionnel avec Lyric. Je ne sais comment décrire cette journée. Tout ce que j'imagine tombe à plat. Le mieux serait peut-être, à défaut de garder le silence, d'en dire le moins possible ?

Le matin, nous arrivons — en retard, faute de place de parking — à la cérémonie d'hommage au papa d'Andrew, dans une des salles du crématorium d'Uccle. Quelques "camarades" historiens sont là — dont certains que j'ai perdus de vue depuis l'université. D'émouvants discours se succèdent, qui cernent les multiples contours de la personnalité d'un homme que je ne connaissais pas. La cérémonie se clôt sur une magnifique chanson écossaise qui remue les tripes.

L'après-midi, Emily, Walter, Romain, Phasia et moi accompagnons Andrew, à sa demande, à l'inhumation de son père au Cimetière d'Ixelles. L'enterrement se déroule dans un froid glacial et la plus stricte intimité : Andrew, sa maman, son oncle, sa cousine et le mari de cette dernière, ainsi que quelques proches...

Repassés "de l'autre côté", avant de nous séparer, nous allons manger/boire un verre à la Bastoche.

dimanche 29 janvier 2012

Sudoku Clearwire

La citation du jour
« On devrait interdire les sudokus dans les cafés. C'est antisocial. »
Léandra Courbet, Ma vie en aphorismes, tome II, Bruxelles, 2012, p. 247.
Je suis à la Brasserie du Parvis en compagnie de Léandra, Emily, Walter, Andrew, Romain et Ramon. Nous avons commandé à manger et nous nous retrouvons une fois de plus devant ce set de table en papier sur lequel est imprimé une publicité Clearwire accompagnée d'un Sudoku. (Si Zapata était là, il retournerait le set de table afin de cacher la publicité, mais Zapata n'est pas là.) 

J'essaie de résoudre à nouveau ce putain de jeu à la con : la dernière fois, Andrew, Léandra et moi nous étions trompés et avions abandonné en cours de route. Je dois vraiment avoir un problème avec les sudokus car, aujourd'hui, malgré l'aide de Walter, je me suis à nouveau gouré quelque part. Oui, mais où ? J'abandonne. De toute façon, comme dirait Léandra, c'est antisocial, ce machin. Elle déchire néanmoins son set de table en deux et place la partie contenant le sudoku dans son sac, pour une résolution ultérieure. Ce jeu est antisocial, mais faut pas déconner non plus, merde quoi !

 Le sudoku Clearwire
 
Le serveur est un peu à l'Ouest... Rien de nouveau : je m'étais fait la même remarque la semaine dernière. La commande ressemble à un test d'Asch à l'envers : tout le monde à table annonce sa boisson dans l'ordre des aiguilles d'une montre. Je suis avant-dernier, Walter est dernier. Tout le monde prend un Coca, un Coca Light ou un Coca Zero. Je voulais prendre une boisson non-alcoolisée moi aussi et, par conformisme, je devrais commander un Coca. Je commande donc un Orval. Le serveur ne comprend pas : il croit à deux reprises que j'ai commandé... un Coca ! Quant à Walter, faute de Chimay bleue ou de Leffe, il prendra un... Coca Zero. Mon dieu !

* * *

J'ai commencé la description de ma journée par la fin. 

Avant de me retrouver à la Brasserie du Parvis en fin de soirée, j'étais à la Maison du Peuple. Et avant d'être à la Maison du Peuple, j'étais au Potemkine. Et avant d'être au Potemkine, j'étais à mon appartement avec Gaëlle.

Au Potemkine, un après-midi "vinyles" est en cours. Le concept, si j'ai bien compris, est le suivant : chacun peut apporter ses albums et un DJ les passe sur la platine. Je n'ai pas eu le courage d'amener mes disques aujourd'hui. Je m'installe simplement avec mon PC portable à une petite table proche de l'entrée, jusqu'à l'arrivée, une heure plus tard environ, d'Andrew, Romain et Ramon. Le café est plein à craquer, raison pour laquelle nous décidons de quitter l'endroit et de nous rendre à la Maison du Peuple...

À la Maison du Peuple, Emily travaille sur son PC à l'une des tables du fond mais nous ne la voyons pas. C'est Andrew qui l'aperçoit, un quart d'heure après que nous sommes arrivés. Emily lave son linge au Wash & Web d'à côté ("bien plus qu'un lavoir", disent-ils) et attend tranquillement que ses vêtements soient propres. Elle termine son boulot puis nous rejoint. Entretemps, Léandra débarque. 

Au centre d'une discussion : Jonas, qui n'a toujours pas offert son cadeau d'anniversaire à Léandra... L'offrira-t-il un jour ? Cette éventuelle petite attention de sa part, comme tant d'autres petites attentions, aurait énormément d'importance aux yeux de mon amie... Mais non : le mode de pensée de ces deux-là semble tellement antagoniste que ça frise le surréalisme, parfois/souvent. Précision importante : lors de notre anniversaire commun du 14 janvier, Jonas m'a offert un cadeau (un livre sur l'histoire des codes secrets, ainsi que des cordes de guitare), mais n'a rien offert à Léandra. Une hypothèse : Jonas n'est doté d'aucune empathie ; en conséquence, quand il offre un cadeau, il propose un objet qui lui ferait plaisir, à lui... M'offrir une histoire des codes secrets n'est donc pas un problème (c'est un sujet qui le passionne) ; offrir un cadeau à Léandra est plus complexe, car il pense (à tort) qu'elle ne s'intéressera pas à ce qui l'intéresse. Conclusion (triste) de Léandra : "Il pense que je suis bête".  

* * *

Après la Brasserie du Parvis, tout le monde s'en va, sauf Walter et moi, qui retournons pour un dernier verre à la Maison du Peuple... Il est très tôt, 21h30 tout au plus. Walter parle du Congo. Pour ma part, atteint que je suis, j'arrive à placer, quelque part dans la conversation, un extrait de la biographie de Wittgenstein (à savoir le fait qu'il a renoncé à son héritage familial et à sa fortune, pour devenir simple instituteur dans un village de montagne, en Autriche).

Une heure plus tard, Walter me reconduit chez moi en voiture. Curieusement, je ne suis pas spécialement obnubilé par le sudoku non résolu de la Brasserie du Parvis... Pas encore en tout cas.

mardi 24 janvier 2012

Humeur massacrante

Je suis malade. Ceci explique ce qui suit.

Pour commencer, la journée commence mal. 
Bronches qui sifflent, nez complètement bouché et tête dans le cul.
Mais passe encore.

Le train pour mon boulot est en retard.
Trente minutes exactement.
Mais peu importe.

À l'accueil de la gare de Liège-Guillemins, je fais la file pour recevoir mon attestation de retard en bonne et due forme, que je présenterai dans une demi-heure à ma collègue Rolande. À côté de moi, la navetteuse toujours un peu ronchonne (mais néanmoins sympathique) attend elle aussi son attestation. Derrière moi, le navetteur désagréable d'un certain âge, que j'appellerai pour l'occasion "Le couillon antipathique de droite" (LCADD), attend lui aussi, pour la même raison. Bien évidemment, il n'est pas antipathique parce qu'il est de droite : on peut être de droite et très sympathique, de la même manière qu'on peut être de gauche et totalement antipathique. Non : il est juste antipathique et de droite, sans que les deux caractéristiques ne se rejoignent à aucun moment. 

Donc voilà : c'est à mon tour de demander l'attestation à la dame de l'accueil... Je lance donc, tout sourire (ça m'arrive) : "Il me faudrait une attestation de retard pour mon boulot, pour le train qui vient de Bruxelles et qui continue vers Visé. Et tant que vous y êtes, il en faudrait une pour ma voisine [la navetteuse ronchonne, qui sourit] et sans doute aussi pour le monsieur derrière moi [le LCADD qui me regarde sans rien dire avec ses yeux de merlan frit]". C'est à ce moment qu'il passe à l'attaque :

— Oui, et vous ferez bien attention de mettre 35 minutes et non 30 car demander l'attestation est également du temps perdu.
— Le train a 30 minutes de retard, Monsieur, je ne peux pas inventer des retards fantaisistes.
— C'est le retard effectif que mon employeur regarde. Pas le retard du train.
— Oui, hé bien il comprendra aisément que vous avez également dû faire la file pour avoir l'attestation. Là, je marque que le train est arrivé avec 30 minutes de retard.
Vous avez un problème avec le matériel roulant, c'est un fait. Votre matériel est défectueux et vous le savez pertinemment bien !

Je piétine sur place. Je me retourne vers le gars :

— Ouais, bon, on est d'accord, mais qu'est-ce qu'elle y peut ? Elle n'est en rien responsable si le train est en retard. 
(De nouveau ce regard de merlan frit.)
— Oh, laissez Monsieur, j'ai l'habitude, me lance la dame de l'accueil, la tête dans ses papiers. Je signe les retards et puis je ne m'en fais plus.

N'empêche, je me dis que c'est là un poste ingrat : se taper toute la journée les remarques des CADD en tout genre, qui doivent cracher leur haine de la SNCB et leur frustration générale sur un(e) employé(e) qui n'y est strictement pour rien.

* * *

Le soir, il n'y a pas de raison que je sois plus en forme, mais je fais un effort pour avoir l'air normal, avec des résultats plus que mitigés. J'ai rendez-vous au Potemkine pour une soirée "Jeux de société". Doivent être là au moins Emily et Mary.

Emily arrive vers 19h30 avec Walter, revenu en triple vitesse du Congo (il y est resté une semaine à tout casser). Dès son arrivée, Walter ouvre son Mac et profite du Wi-Fi pour répondre à des e-mails, envoyer des offres d'emploi ou que sais-je encore... Mary arrivera une demi-heure plus tard environ, accompagnée de Jerry et de Matt, deux de ses colocataires. Emily et moi croiserons également furtivement Gnafron au bar, venu pour voir les courts métrages. Gnafron est un gars un peu plus âgé qui était une année en dessous de moi en histoire à l'ULB. Je lui demande s'il prend un verre. Il me répond, en montrant les toilettes du doigt : "Non, c'est gentil, mais là, ce que je veux surtout, c'est me vider." Commentaire d'Emily : "On est contents de le savoir !" Croisés également en coup de vent : Romain et Ramon, qui étaient à l'étage et qui s'en vont au restaurant.

Il y a plein de jeux de société en libre service étalés sur le piano (le même sur lequel s'acharnait Johan Dupont dimanche dernier). Une gentille jeune dame fait le tour des tables pour conseiller des jeux et expliquer au besoin les règles. Au programme de la soirée pour notre groupe : Wazabi (un jeu sympa qui consiste à se débarrasser de ses dés), Bazar Bizarre (un horrible jeu de rapidité qui me tapera sur les nerfs très rapidement) et Saboteur (un jeu dans lequel certains joueurs doivent creuser des galeries jusqu'à un trésor, alors que d'autres, les saboteurs, doivent les en empêcher).

Je ne sais pas ce qui m'énerve le plus : que tout le monde (à l'exception d'Emily) se casse à tout bout de champ pour fumer une putain de clope à la con ou bien que la dame citée plus haut (pourtant bien aimable) vienne s'immiscer pour nous expliquer les règles de Saboteur. Je sais que c'est moi qui suis mal tourné, que c'est moi qui ai clairement un grain aujourd'hui, mais ça m'énerve, sans raison. Je suis en train de lire les règles tranquillement et elle vient nous expliquer comment jouer. Je ne sais expliquer ce qui se passe dans mon cerveau mais ça me tape sur le système et je suis au bord de la crise de nerf, de la colère à peine retenue. 

J'ai envie de me casser en courant. Pour quelle raison, bon sang ? Impossible de le savoir ! Mary voit que je grince des dents et me lance : "Ça va, Hamil ? Tu n'as pas envie de jouer à ce jeu, c'est ça ?". Je réponds, tout en désignant la préposée aux règles : "Non, ça va. J'ai juste envie de la baffer...". Silence indigné. Pourquoi est-ce que je dis/pense ça ? Je ne suis plus moi-même. Je pourrais presque taper mon poing dans le mur du café pour calmer mes nerfs. C'est pathétique.

Tout le monde s'en va. Mary me propose de me ramener en voiture. Je décline. Emily et Walter s'en vont quelques minutes plus tard. Je m'excuse pour mon comportement et décide de rester à la table. Je vais commander une dernière bière au bar, puis reste seul une heure devant mon PC à écrire une partie de ce texte... Et évidemment, je m'en veux énormément d'avoir eu ce comportement débile et irrationnel.

lundi 26 décembre 2011

6ACV11

Le hasard existe-t-il ?

Considérant avec Andrew (rendons à César, etc.) que :
1) 9 personnes sont présentes à la soirée de Noël chez lui,
2) 9 personnes seront présentes à la soirée de Nouvel An chez moi,
3) 9 esprits sont permutés dans l'épisode 6ACV10 de Futurama,
4) certaines personnes sont permutées entre sa soirée et la mienne,

... quel est l'âge du capitaine ?
... comment peut-on encore croire en la contingence ?
Y s'passe quequ'chose, ici ?

Considérant en outre que :
1) je mentionne Orson Welles ICI, ICI ("Rosebud") et (War of the Worlds),
2) Claire discutait hier de "Rosebud" dans Citizen Kane,
3) Walter me parle, ce soir, de "Rosebud" dans Columbo (!),
4) juste après, Igor (le copain de Perrette) conseille Le Procès d'Orson Welles,
5) la tête du même Orson apparaît dans l'épisode 6ACV11 de Futurama,

... quelle est la couleur du cheval ?
... peut-on en déduire que le sieur Hamilton pète un câble ?
Y s'passe quoi, là ?

* * *

Neuf personnes au souper, donc. J'y rencontre (par ordre d'apparition) Andrew (l'hôte), Eugenia (une de ses collègues russes), Léandra, Romain et son compagnon Ramon (c'est Léandra qui a choisi le surnom, je n'y suis pour rien !), Igor (dont j'ai décidé de changer le surnom, l'ancien étant trop péjoratif à mon goût) et sa compagne Perrette (qui, en bonne anthropologue, part au Laos le 3 janvier prochain), et enfin Walter (qui, en bon économiste, part en mission au Congo en janvier prochain, pour le compte de l'ONG Acted).

Comme apéritif, nous avons droit à un magnum de délicieux Champagne, accompagné d'un très bon saucisson bien frais, de fruits secs et de verrines à la crème d'asperge. En entrée, des huitres et une salade. En plat principal, un chapon fourré avec une succulente préparation à base de foie gras. Tous ces plats sont néanmoins assez (trop ?) complexes pour moi : je ne peux pas manger d'huitre (une aversion sévère m'en empêche) ; quant à la volaille, j'ai du mal à en déguster des morceaux tout en la voyant entière, en pleine phase de décortication devant moi (heureusement, c'est Igor qui s'occupe de la découpe pour tout le monde et je ne me retrouve pas avec des morceaux d'os dans mon assiette : j'aurais eu l'air malin si Léandra avait dû m'aider à dépecer une partie de la bestiole, comme si j'étais un petit enfant dégoûté – en fait, je suis un petit enfant dégoûté)... Résultat : quand je vois arriver, en fin de repas, les "cantuccini" et le "panettone" apportés par Léandra, j'intériorise un soupir de soulagement : enfin un truc simple à manger ! 

* * *

Durant la soirée, j'ai noté au fur et à mesure quelques mots-clés sur mon téléphone portable, afin de disposer d'histoires pour mon journal (Léandra me sort d'ailleurs à un moment : "Tu dois la noter, celle-là !"). Alors que je me relis, je me demande ce que je vais bien pouvoir faire de ce bric-à-brac informe : "C'est pas Malte", "Le plaisir des zuitres", "Derrick", "Columbo", "Performances", "Cadeaux", "Blog et psychothérapie", "Poussin", "Noël 2012", "Anus de dinde"... Je peux au moins expliciter certains termes.

- "C'est pas Malte" est un jeu de mots (qui a dit "pourri" ?) lancé par Romain en début de soirée, après qu'on a parlé brièvement de Malte. Certains invités ont même osé continuer la série avec des "Tout ça va mal tourner" et autres jeux de mots de très mauvais aloi.

- "Derrick" : personne (ou presque) ne croit Léandra quand elle annonce que je possède l'intégrale en DVD de la première saison de la série allemande Derrick. Romain : "Non mais sans rire ? C'est vrai ? T'as vraiment l'intégrale de Derrick ?". Oui, oui, c'est même Maïté qui me l'a offerte pour mon anniversaire, trois petits jours avant de me quitter (véridique !). Je n'ai jamais compris (ou n'ai jamais voulu comprendre) la raison de ce cadeau. Peut-être n'y en avait-il pas ? Peut-être n'était-ce qu'une plaisanterie d'une très grande ironie ? Voilà la preuve absolue que le hasard n'existe pas.

- "Columbo" : Walter, sans emploi pour l'instant, n'a pas grand chose à faire de ses journées. Récemment, il a donc regardé, pendant plusieurs jours, tous les épisodes du célèbre inspecteur, toutes époques confondues. 

- "Performances" : Igor croit, a priori à tort, que Léandra se moque de lui. Igor est artiste : il organise des "performances", c'est-à-dire (si j'ai bien compris) des actes théâtraux dans lesquels il se met en scène (paraît qu'il s'est déjà suspendu au plafond). À 2 (deux) reprises, il regarde Léandra droit dans les yeux d'un air mi-sarcastique, mi-courroucé et lui dit quelque chose comme : "Mais allez, vas-y ! Arrête de marmonner, va jusqu'au bout de ce que tu voulais dire !". D'après Andrew, c'est normal : leur relation a toujours été "un peu" tendue.

- "Cadeaux" : plusieurs personnes ont apporté des cadeaux. Léandra, me voyant déposer trois cadeaux en bas du sapin, me lance : 
— Quoi ? Tu as apporté des cadeaux tout compte fait ? T'avais dit que tu n'en amènerais pas !
Haha ! Oui, mais c'était pour que tu n'en apportes pas pour moi !
— Ha ben je n'en ai pas apporté, du coup...
(Haaa, le don et le contre-don...)

D'Andrew (qui a par ailleurs offert un cadeau à tout le monde), je reçois un livre de Kazuo Ishiguro : Nocturnes, Cinq nouvelles de musique au crépuscule (je ne sais pas de quoi il est question mais le titre donne envie) ; de Walter, une double assiette creuse entièrement biodégradable. De mon côté, j'offre à Léandra deux livres dénichés aux librairies Tropismes (Galerie du roi, à Bruxelles) : un calendrier de jurons et un petit livre intitulé Anagrammes renversantes ou Le sens caché du monde d'Étienne Klein (physicien) et Jacques Perry-Salkow (pianiste de jazz et écrivain spécialisé dans les anagrammes – ça tombe bien), où l'on apprend (entre autres) que "Entreprise Monsanto" est l'anagramme de "Poison très rémanent" (woaw !) ; à Walter, une bouteille de Chimay Grande Réserve (Édition limitée 2010) ; à Andrew, une bouteille de Bush de Nuits (concrètement : une bière "Bush de Noël" murie 6 à 9 mois dans "des foudres de bois ayant contenu du Bourgogne de Nuits-Saint-Georges", puis refermentée en bouteille dans une chambre chaude – qui a dit que brasser de la bière était un exercice facile ?).

- "Blog et psychothérapie" : Romain parle de blogs. Actuellement, il n'écrit plus car il ne trouve pas le concept original qui lui permettrait de se lancer. Romain est (semble-t-il) comme Léandra : ce sont de vieux blogueurs, des vétérans qui refusent d'écrire sans avoir une idée précise quant à la forme que leur blog doit prendre, sans disposer d'une "charte éditoriale" bien établie. Il parle également de la tenue d'un blog comme d'une forme de psychothérapie. Je ne peux que lui donner raison. En tout cas, je considère mon propre journal comme une psychothérapie à part entière : j'écris tout ce qui me passe la tête, tout en essayant de structurer un minimum l'ensemble. Le but a été, est et sera toujours personnel : essayer de mieux me comprendre, même si le fait de savoir que je suis lu rajoute un certain piquant à l'expérience.

- "Noël 2012" : à table, Léandra imagine le prochain Noël : en décembre 2012, elle est toujours avec Jonas ; Walter s'est trouvé la personne de sa vie au Congo ; Andrew sort avec une Slave rencontrée via son travail d'agent secret à la solde de l'Occident ; Emily sort avec Lyric (m'enfin !) ; et moi aussi je suis avec quelqu'un (mouhahaha !). À un moment, nous avons émis l'hypothèse que la probabilité d'un seul suicide dans le courant de l'année prochaine était plus forte que cette situation "Tout le monde en couple" imaginée par Léandra. C'est toujours d'un joyeux, les discussions de la "dream team" sur l'avenir de la "dream team" !

- "Anus de dinde" : Romain provoque au bas mot 50% des rires de la soirée. Parmi les histoires amusantes qu'il a racontées, celle-ci : un jour, alors qu'il était en train de manger une dinde (ou un poulet ?), il tombe sur un morceau différent du reste, beaucoup plus sombre. Il le met en bouche et le trouve totalement répugnant, mais en même temps il a peur de passer pour un impoli en le recrachant. Il s'avérera qu'il a tout de même bien fait de le recracher car il s'apprêtait à manger l'anus de la volaille sans le savoir. D'après Andrew, certains raffolent de cette partie, au point de se la réserver ! Miam, miam, miam, it's delicious !

Il est passé une heure du matin lorsque Léandra et moi décidons de rentrer chez nous en taxi. Eugenia nous accompagne, car elle habite à quelques rues de chez moi. Comme souvent, je ne peux m'empêcher de faire la conversation avec le taximan, de parler de tout et de rien (la circulation, tout ça...). Je suis néanmoins très loin d'Andrew, qui arrive à discuter de sujets hautement philosophiques (l'athéisme, tout ça...) à des heures impossibles avec "ses" taximen.

Demain, je dois me lever vers 6h32. Je sens que ça ne va pas être facile.

jeudi 17 novembre 2011

Auto-analyse

Lundi 14 novembre, Léandra Courbet, guest star occasionnelle de ce blog, rédigeait "ma" journée à ma place. Pour être honnête, elle n'a pas réellement publié ce texte ce lundi 14 novembre mais dans la nuit de mercredi à jeudi. C'est comme ça que ça fonctionne ici : le concept est d'écrire un article (au moins) par jour mais nullement d'écrire l'article du jour le jour même (j'espère que je suis clair). La nuance est de taille... Bon, d'accord, Léandra aurait pu faire un effort, vu qu'elle était en congé, tout ça, et qu'en plus elle ne tient plus aucun blog pour l'instant (du moins pour ce que j'en sais). Mais on ne peut pas trop lui en demander, à notre Léandra nationale : depuis quelques semaines, elle n'a plus une minute à elle, entre les cours d'impro, les rendez-vous avec un ami ou un ex-futur-ex-futur amoureux, et enfin son boulot où elle remplace toute une équipe... 

Donc Léandra poste son article ce jeudi vers minuit et demi et me réveille brièvement en m'envoyant un sms pour me le signaler. Quelle idée aussi de déjà dormir alors qu'il n'est même pas une heure du matin (je deviens vieux) ! Ce matin, sans doute un peu inquiète par ce qu'elle avait elle-même raconté à mon encontre dans son post, elle m'a demandé si je n'étais pas fâché : paraît-il qu'elle aurait p'têt' ben sous-entendu quelque part que je serais-t-y pas un p'tit peu alcoolique sur les bords que ça ne l'étonnerait même pas, pardi ! Je l'ai tout de suite rassurée : je ne suis pas du tout fâché. Pourquoi le serais-je ? Ce qu'elle a écrit sur moi est en fait assez proche de l'idée que je me faisais de ce qu'elle écrirait sur moi (j'espère que je reste clair).

Par contre, Léandra pose un certain nombre de questions qui nécessitent une réponse de ma part et aligne un certain nombre de commentaires qui demandent une explication supplémentaire. Vu que je n'ai pas envie de mentionner ici mon boulot constitué de deux longues réunions qui m'ont donné un terrible mal de crâne, j'ai décidé de reprendre ci-dessous une série d'idées abordées par Léandra, celles qui me concernent directement, et de les commenter du mieux que je peux...

Léandra : contrairement au Blog du Noctambule, le présent blog (Hamilton's Diary donc) est on ne peut plus classique : il "tire son originalité de sa rigueur plus que de sa structure".

C'est totalement vrai, mais je n'arrive pas à savoir si je dois prendre cette remarque comme un compliment ou comme une critique (je suppose que c'est un peu les deux à la fois). Léandra aime les blogs originaux, ceux qui possèdent une ligne et une charte éditoriales claires et intelligentes. Pour ce blog-ci, véritable fourre-tout sans queue ni tête, on attendra encore longtemps une quelconque ligne éditoriale... Cependant, ma (pseudo-)régularité l'impressionne parfois un tantinet, je pense.

Léandra : "Mon Dieu, comment Hamilton arrive-t-il à brasser autant d'idées différentes tous les jours ? [...] Des fois, je me demande même s'il pense réellement aux trucs qu'il évoque dans son journal, ou s'il se force à y penser pour avoir quelque chose à écrire."

C'est une excellente réflexion et il est à mon avis assez facile pour un lecteur régulier de faire le tri entre les articles qui ont été écrits de manière un chouïa forcée (parce que je n'avais rien d'autre à raconter de ma foutue journée à la con) et ceux qui ont été écrits parce que, au contraire, j'y ai beaucoup réfléchi. Les seconds me semblent en tout cas, lorsque je les relis, beaucoup moins confus.

Exemples d'articles "forcés" :  
- "Discussions rêvées" : je n'avais vraiment pas grand chose à raconter ce jour-là. Rien de spécial au boulot... Seul le soir... À part un bref coup de fil (réel) de Léandra, il fallait que je comble le vide de ma vie par des discussions qui n'ont jamais eu lieu.
- "Reprise du travail : fragments" : c'était un lundi, je reprenais le travail après deux semaines de convalescence, j'étais fatigué... J'ai dû faire des efforts de mise en forme pour ne pas laisser transparaître le fait que je n'avais strictement rien à dire.
- "Auto-analyse" : je ne sais pas quoi écrire aujourd'hui alors j'écris un texte contenant plusieurs paragraphes qui traitent du fait que quand je ne sais pas quoi écrire, je rédige de manière forcée.

Exemples d'articles "motivés" :
- "Tintin de Spielberg ou l'art de transformer l'or en plomb" : j'étais tellement remonté contre ce film en sortant du cinéma que je l'ai ressassé deux jours durant. L'article coulait donc de source.
- "Considérations sur le nombril et sur Wittgenstein" : dans cet article, je mentionne une visite à l'hôpital et, assez curieusement, lorsque j'écris sur l'hôpital, je suis très motivé, chaque visite contenant d'énormes potentialités comiques (chirurgien fou, personnel aphone, client bizarre, etc.). De même, tout ce que je raconte sur Wittgenstein traduit un réel intérêt et non pas un prétexte pour remplir ce blog. 

"Des fois, je me dis que c'est trop, que les lecteurs ne suivront pas (mais Hamilton semble s'en foutre 'royalement' – moi je ne pourrais pas)."

En effet, je m'en fous royalement (ou presque). On ne sera jamais d'accord, Léandra et moi, à ce sujet. 

Ce sont presque deux visions antagonistes qui s'affrontent. Si Léandra écrit, c'est pour être lue. C'est une maniaque des statistiques : elle veut savoir si on la lit, qui la lit et surtout si certaines personnes "élues" la lisent. Quand elle écrit quelque chose, elle espère (c'est vraiment le mot) que la (ou plus rarement les) personne(s) à qui son texte est destiné vont le lire et se manifester. Léandra n'aime pas quand un blog n'est pas assez connu (et elle utilisera tous les canaux possibles pour le faire connaître, justement) ou quand personne ne poste de commentaires. 

De mon côté, c'est l'inverse : je ne veux pas spécialement savoir si on me lit, même si je sais qu'on me lit (si j'écris des articles sur mes statistiques, c'est que ça m'intéresse quand même un tout petit peu, hein, faut pas croire...), je n'espère pas que les textes que je poste soient lus par ceux qui devraient les lire et je ne fais strictement rien pour faire connaître ce blog. Au contraire : j'attends, patiemment. Je me dis que si ce blog est lu par quelqu'un, hé bien c'est qu'il devait être lu par quelqu'un... Encore du fatalisme débile, oui... 

"Des fois, j'ai honte à le dire mais… je saute des paragraphes, à la recherche de petites infos croustillantes sur mes amis ou, encore mieux, sur moi-même (...)"

Et voilà ! Non seulement Léandra écrit pour être lue mais en plus, elle ne lit que ce qui concerne son petit monde... Tsss... Solipsiste ! (Est-ce un compliment ?)  

"C'est pas une bonne chose, je trouve, qu'il ait tendance à picoler. (...)"

Non, en effet. 

* * *

Léandra est malade. Elle devait aller manger des frites avec Romain ce soir mais est trop fatiguée pour sortir. Alors elle annule le rendez-vous et me propose de passer chez elle. Avant que je n'arrive, apprendrai-je plus tard, elle a même envisagé de m'envoyer en mission à la Porte de Hal pour ramener des frites. Je suis un véritable chevalier servant ! Réminiscences de Warcraft : "Yes ?", "My Lord ?", "Yes, My Lord !"... 

Chez Léandra, la conversation est plus ou moins équilibrée... Comprendre : nous parlons chacun à notre tour de problèmes qui nous préoccupent... Elle : Jonas. Moi : un projet (ridicule voire un rien mégalo) pour le présent blog qui me tient à cœur et pour lequel je me pose une série de questions (tout aussi ridicules).

Léandra aimerait continuer à regarder Star Wars ce week-end. Car oui, elle a regardé (pour la première fois de sa vie) l'épisode IV de cette saga avec Jonas et aimerait continuer avec l'épisode V. Ha ! L'Empire contre-attaque ! Le plus bel épisode de la série... ou le moins mauvais, tout dépend du point de vue. J'ai subitement envie de les revoir, tiens. Quant à Léandra, je suppose qu'elle n'a a priori strictement rien à cirer de Star Wars. Sauf que dans ce cas précis, elle regarderait le film avec Jonas et ça changerait tout. La situation aurait pu être bien pire, si ledit Jonas avait été fan de Chuck Norris ou de philatélie ou que sais-je encore ?

vendredi 16 septembre 2011

Une soirée tranquille chez Léandra

Je me réveille, assez tard dans la matinée, après un "rêve au long cours", qui reprend des événements se déroulant sur plusieurs journées, avec une multitude de situations différentes, mais inscrites dans le même contexte. Le problème, c'est que je ne me souviens que de bribes et que ce dont je me souviens le mieux, hé bien je n'ai vraiment pas envie d'en parler dans ce journal.

Le contexte : une énorme fête familiale, dans un manoir, avec plein d'inconnus. Une bribe : à un moment, j'accompagne un orchestre en tapant n'importe comment sur les touches d'un piano. Curieusement, le résultat donne un son mélodieux, accompagnant à merveille le reste de la musique. Dans mon rêve, je me rappelle avoir pensé distinctement que je faisais comme Irmin Schmidt.
 
Début d'après-midi, Fred Jr me contacte pour me dire que je deviens vieux et que mes souvenirs ne sont pas entièrement corrects quant à la journée du 11 septembre 2001. Je ne fais normalement jamais ça dans ce blog, mais je décide donc d'ajouter un addendum dans la description de ladite journée. Cette anecdote me rappelle que la mémoire est un outil fabuleux mais trompeur. Le cerveau est capable de fabriquer de faux souvenirs, de combler les vides mémoriels avec des actes qui n'ont jamais eu lieu, d'oublier et de récréer des événements. Je me rassure en me disant que je n'ai pas entièrement inventé le fait qu'Hamilton II était passé manger chez moi ce jour-là.

* * *

Cet après-midi, sur le statut Facebook de son copain Vincent, Léandra a eu une longue "conversation" par commentaires interposés avec une étudiante en médecine du nom de Daily Rente (c'est un pseudonyme ; Léandra ne se souvient plus de son vrai prénom, alors que Vincent lui en a parlé, tsss...). Cette dernière a choisi pour illustrer son profil une photo de Tippi Hedren (oooh !) dans Pas de printemps pour Marnie d'Alfred Hitchcock. Bref. Au final, l'échange donne un statut Facebook de 147 commentaires (si mes souvenirs sont bons), bourrés de jeux de mots, sur tous les sujets (Léandra arrivera même à parler de moi, en passant !).

C'est la première chose que Léandra veut me montrer quand j'arrive chez elle. Andrew est déjà là. Ce soir, Léandra a décidé de fêter la fin de son contrat en invitant des amis. Pour l'occasion, j'ai apporté des petits bouchées de bœuf/tomate cerise/Grana Padano. J'ai déjà fait mieux (le bœuf – des morceaux de carpaccio en fait – n'est pas très bon, pour tout dire). Et Andrew a amené du Champagne !

Les invités arrivent au compte-goutte : Emily a apporté une tortilla (comme d'habitude, elle "s'amusera" à se démolir toute seule en disant que son plat est raté, qu'il se casse en mille morceaux, alors que pas du tout) ; Lyric et Romain presque en même temps (ils s'asseyent l'un à côté de l'autre durant toute la soirée ; c'est amusant de voir le contraste de taille – Lyric est très grand, Romain a choisi le fauteuil bas près de la télévision – et de façon de penser aussi : Léandra dira plus tard qu'ils représentent typiquement la différence existant entre le Français et le Belge ; mais qu'est-ce que ça veut dire ?) ; Walter, enfin, en retard, qui a deux mauvaises nouvelles à nous annoncer : en premier lieu, il a eu un accident de voiture avec un Russe qui roulait sans permis et qui ne parlait pas un mot de français ni d'anglais ; en second lieu, il pense qu'il va sans doute se faire virer de sa boîte.

Comme musique, Léandra a mis son habituelle playlist iPod en aléatoire. Léandra, selon ses propres dires, doit encore "faire son éducation musicale" (il serait temps !). La playlist contient tous les styles : des chansons qui souvent lui ont été passées par des amis. J'en ai notée quelques unes...

- "Mosquito Song" de Queens of the Stone Age (elle a Rated R et Songs for the Deaf dans sa playlist (mais qui lui a passé ça ? (Oui, moi aussi, je peux mettre des parenthèses dans les parenthèses dans les parenthèses. (Et je préfère mettre le point avant de fermer la parenthèse, quand il en faut un.)))). C'est ma chanson préférée de l'album, c'est amusant.
- Je ne sais quelle chanson de Röyksopp (passée à Léandra par Romain ?). Je me souviens d'un de leur vieux clip sur MTV, "Remind Me", fait de schémas animés, de graphiques vachement bien foutus. Par contre, je ne suis pas trop fan de leur musique.
- Du Hubert-Félix Thiéfaine (venant sans doute d'Igor, qui adorerait ce chanteur).
- Du Vincent Delerme, hum
- "Sister Sleep" de Shalabi Effect (cette mélodie provient d'une vieille compilation musicale post-rock que j'avais offerte à Judith il y a longtemps pour son anniversaire). La musique stresse Emily. Curieux : mis à part le violon strident, je la trouve assez reposante, celle-là.

J'ai également attrapé "au vol" quelques discussions...

1) Les sujets pragmatiques du début de soirée, tournant autour des droits du consommateur, du travail, de l'assurance-voiture ou encore du code de la route. Je trouve que ce sont des discussions "à la française", très techniques et à cheval sur la loi. Quand on est uniquement entre Belges (du moins dans les gens que je fréquentent), on ne parle que très rarement de ce genre de choses. 

Un sujet : Emily s'est fait ponctionner de l'argent sur un de ses comptes par France Télécom (ou une marque du genre), sans en être avertie, simplement parce qu'ils "ont confondu avec une autre Emily"... Que faut-il faire ? Il faut leur redemander l'argent, en bonne et due forme, par recommandé. Et demander qu'ils repaient le prix du recommandé. Et leur faire un procès, car c'est de la vente forcée ! Un autre sujet : Walter a démoli sa voiture dans un accident ; il est en tort mais la personne en face n'a pas son permis... Qui doit payer qui ? C'est l'autre qui doit payer, il fallait appeler la police !

2) Le rugby : Emily et son frère ont offert à leur sœur, comme cadeau d'anniversaire, un ticket pour le match France-Italie du Tournoi des Six Nations, au mois de février 2012. Le frère d'Emily, "un sadique", a dit à sa sœur de réserver son week-end, sans dire pourquoi. Seul indice : "Coq au vin - Macaroni". Ça nous semble assez clair (et lourd) comme indice mais apparemment ça ne l'est pas.

3) Les géants : Léandra parle à Lyric de son blog (elle ne peut pas s'en empêcher), puis du mien (argh !). Sans raison particulière, j'ai l'impression que Lyric est déjà courant de son pseudo et de l'existence de nos blogs, mais qu'il fait semblant de rien. Léandra lui dit qu'elle l'a un peu surestimé dans ses articles : elle lui donne 2 mètres 10 alors qu'il ne fait "que" 1 mètre 98. Lyric : "Si je faisais 2 mètres 10, je serais bon pour le Guiness Book." – Moi : "Pas vraiment car le record est de 2 mètres 72, détenu par le Géant de l'Illinois". Sur le coup, j'ai oublié le nom du gars : après vérification, il s'agit de Robert Wadlow, mort bêtement à 22 ans à cause de l'infection d'un méchant phlyctène (une ampoule, quoi) au pied, causée par l'irritation d'un de ses appareils orthopédiques. Sa taille spectaculaire était apparemment liée à une hypertrophie de l'hypophyse. À 10 ans, le gars avait exactement la taille de Lyric, à savoir 1 mètre 98 ! À sa mort, il était encore en train de grandir ! 

Léandra lancera aussi dans la conversation qu'elle aime bien les grands hommes (elle ne peut pas s'en empêcher non plus). "Quoi ? Comme Grand corps malade ?" – Léandra : "Oui, s'il n'était pas handicapé !".

4) Je parle un moment avec Romain. Celui-ci a été archiviste, comme moi, mais pas dans les archives privées, non : dans les archives publiques, s'il vous plaît... Un monde impitoyable fait de contractuels et de statutaires qui se disputent leur petite parcelle de pouvoir ; et aussi d'archivistes méticuleux qui ont leur mot à dire sur la moindre note de bas de page (qui a dit "enculeur de mouches" ? Personne, voyons). Côtoyant moi-même ce petit monde-là de temps en temps, je comprends parfaitement ce qu'il veut dire. Pendant plus de quatre ans, Romain a été payé pour réaliser un inventaire des "séquestres" qui n'a à ce jour pas encore été publié (le débat est en cours : ces archives relèvent-elles du public ou du privé ? Comment sortir de l'impasse ?). Ah, comme je suis content de travailler dans une petite asbl, de ne pas avoir à rendre compte de mes faits et gestes à tout bout de champs ! Romain parle aussi de ses anciens blogs : sur l'administration, puis sur la vie. Il a tout effacé, sauf un article traitant du chiffre 2. Aujourd'hui, il possède au moins encore deux blogs Wordpress (ici et ) mais c'est un peu vide pour le moment. 

5) Andrew s'entraîne pour ses cours d'impro : il me parle des deux filles que l'on a rencontrées un jour en trimballant un radiateur, et qu'on était censée rejoindre ce soir vers 21h30 dans le Centre-ville : Naomi – une fille d'origine néo-zélandaise originaire d'Auckland – et Helga, une jolie blonde avec des tresses. Elles devaient retrouver vers minuit deux amies Costaricaines. Nous resterons sagement chez Léandra et n'irons jamais les rejoindre. Existaient-elles réellement ? Nous attendaient-elles dans le Centre-ville ? Nous ne le saurons jamais !

Conclusion : une soirée tranquille, avec les gens qui partent tôt ou qui s'endorment en fin de soirée (ha, si Léandra s'était reposée au lieu de discuter pendant une heure sur Facebook avec Daily Rente, elle aurait peut-être été plus en forme !).

samedi 25 juin 2011

Résolution du mystère de la boule de feu

Le matin, je me rends à l'assemblée générale d'une association dont je suis l'un des administrateurs. Les débats sont parfois... microscopiques. Du genre "Faut-il ajouter un point 2bis à l'ordre du jour, afin de mettre en évidence la petite modification virtuelle des statuts ?". 

L'après-midi, je me rends avec Gaëlle et mes parents à la fête de fin d'année du club de judo de Namur. Oui, ma fille fait du judo. Elle débute, forcément : elle est ceinture blanche. Elle doit participer à une démonstration avec plein de judokas de tout niveau et de tout âge. Elle est en tenue (qu'on appelle bien le "judogi", et non pas le "kimono"). À peine sur le dojo, un gamin plus grand (et sans doute un peu plus expérimenté) lui fait une prise et la fait tomber. Elle pleure et ne veut plus participer à la démonstration. Donc, voilà : je n'aurai pas vu ma fille pratiquer un art martial (du moins pas encore). 

Le soir, retour à Bruxelles et soirée d'anniversaire d'Andrew chez Poulain Perspicace, avec sa copine. Outre ces trois-là, présence de Léandra (qui est partie un peu avant minuit), d'Emily, de Walter, de Romain et de deux furtives stagiaires d'Andrew, Zahra et Eve. Je partage un cigare cubain avec Walter, mais c'est assez indigeste et on ne le finit pas. 

Durant la soirée, nous avons eu la chance d'observer une (puis deux, puis trois, puis quatre, etc.) boules de feu dans le ciel ! C'est sans doute ce qu'a vu Callys au début du mois. Au départ, on s'est tous demandé ce que c'était, puis on s'est rendu compte que c'était juste ces petits ballons qui s'envolent quand on les allume. 

La soirée se termine vers 2 heures. Je l'aurais bien terminée avec les trois derniers restants tranquillement, chez moi, autour d'un verre, mais tout compte fait, Emily, Walter et Andrew retournent chez eux à pied. Et je fais de même, dans le sens opposé. Je ne sais pas quoi penser de cette soirée. C'était une chouette soirée, en fait, mais... J'ai eu l'impression (pas nouvelle) de passer pour un gars à côté de la plaque (impression que j'ai eue toute la journée, à cause de la fatigue notamment) et également le sentiment (peut-être pas spécialement fondé) que la copine de Poulain n'était pas très en forme et n'avait pas trop envie de nous voir rester jusqu'à pas d'heure.