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samedi 1 décembre 2012

Concerts d'automne

Hall d'entrée de l'Ancienne Belgique.
« Bonsoir Monsieur, que faites-vous là ?
— J'attends un ami. C'est lui qui a mon ticket.
— Alors je vais vous demander de sortir.
— Pourquoi ?
— Parce que je vous le demande.
— Ce n'est pas un motif valable, désolé.
— Pouvez-vous sortir, s'il vous plaît ?
— Pour quel motif ?
— Parce que vous n'avez pas votre ticket.
— C'est ridicule. Il va arriver d'un instant à l'autre, mon ticket...
— Vous m'avez demandé pourquoi, je vous ai répondu. »
Je sors et Bob est justement à l'entrée. Il est en train de revendre le ticket de Mary à un gars tenant une pancarte « Need ticket! » puis il me passe le mien. Je rentre à nouveau dans le hall, sous le regard creux de ce gorille décérébré qui semble déjà avoir oublié jusqu'à mon visage. Bref, bref, bref... Bref... Bref. Pfff... Bref.

Clinic. — Curieuse idée que celle de faire jouer Clinic dès sept heures du soir, pendant seulement une demi-heure, sur la scène de l'AB Club. En fait, je ne sais pas si je dois me réjouir ou au contraire me désoler que ce groupe originaire de Liverpool n'ait jamais réellement réussi à percer auprès, non pas du grand public (beurk !), mais en tout cas d'un plus grand public. Oui, bien sûr, les écouter dans l'ambiance intimiste et sympathique de cette petite salle de concert possède toujours un charme certain, mais ils méritent bien mieux que ce rôle de première partie auquel ils sont cantonnés ici. Et observer le public aller et venir comme s'il s'agissait d'un groupe de seconde zone m'irrite passablement. — Non mais ! Avez-vous seulement entendu ces rythmes chirurgicaux, cette voix grommelante et ces nuages électroniques délibérément rétro ? Uniques et maudits sous leur masque de chirurgien, voici donc Clinic !


BRNS. — Timothée Philippe, le batteur virtuose du groupe, est une véritable pieuvre : on a bien du mal à savoir comment il arrive à sortir autant de rythmes différents en si peu de temps et avec si peu de membres... Et en plus il chante ! C'est la deuxième fois que j'ai l'occasion de voir BRNS (prononcer « Brains », tout simplement), groupe belge particulièrement doué en studio comme sur scène. Ils ont droit à l'AB Box, eux, mais ils sont tout aussi compressés par un timing extrêmement serré. (Ci-dessous une vidéo qui n'est pas de la meilleure qualité acoustique mais qui a néanmoins le mérite de montrer ces forcenés en pleine action.)


Dans les vestiaires. Alors que Gondry, sa copine et ses potes sont partis fumer, Bob et moi cherchons à échanger une pièce de deux euros contre deux pièces de un, afin de disposer d'une armoire pour ranger nos vestes. Après deux minutes de demandes infructueuses, je jette un regard furtif vers le mur des toilettes et m'exclame : « Punaise, Bob, on est vraiment cons : y a un distributeur automatique de monnaie juste devant nos yeux ! »

Deerhoof. — Nous sommes de retour dans l'AB Box pour voir les vétérans du groupe Deerhoof. Un bon moment. Le batteur Greg Saunier est un grand malade — oui, oui, je fais une fixation sur les batteurs depuis la découverte, dans ma prime jeunesse, de Can et de Jaki Liebezeit — et la chanteuse et bassiste Satomi Matsuzaki, sautant et gesticulant à la manière d'un robot, met de très bonne humeur.


Entre deux concerts, j'entraperçois cette navetteuse du train Bruxelles-Liège dont je ne connais même pas le prénom mais que je mentionne déjà au quatrième paragraphe de cet article daté du 27 juillet 2011. (Avec le temps qui passe, mon blog devient de plus en plus une encyclopédie vivante — ou plutôt l'encyclopédie de ma vie.) Je la regarde un instant, intrigué. Elle me lance un « salut » laconique (ce qui est déjà, en soi, une nouveauté) auquel je réponds par un autre « salut » tout aussi laconique... Et puis nous continuons notre chemin. Oui, d'accord, et alors ?

Why? — Il y a ensuite ce groupe avec ce chanteur original, Yoni Wolf, qui oscille constamment entre chants pop et litanie hip hop. Il est talentueux, il a de la présence, rien à redire !

Jonathan's Hope by Why? on Grooveshark

Je m'installe à une table avec Bob. Le concert de Why? bat son plein. Nous buvons une Duvel. La discussion tourne notamment autour de la politique. Bob me pose une série de questions, du genre : « À partir de quand as-tu eu des idées politiques ? » Ça part dans tous les sens (histoire, géographie, relations, etc.). C'est intéressant. 

DIIV. — « Tiens, mais il est déjà presque 23h30 ! Le concert de DIIV a déjà commencé...
— Oui. Tu veux qu'on y aille ?
— Non, pas spécialement. Je m'en fous.
— Moi aussi.
— Bon ben on peut continuer à discuter alors... »

mercredi 22 août 2012

« Des deulx coustez du fleuve »

« Toute la terre des deulx coustez dudit fleuve jusques à Hochelaga et oultre 
est aussi belle et unye que jamais homme regarda. » 
(Jacques Cartier décrivant les rives du Saint-Laurent, 1536.)


Parmi les projets de vacances de Léandra pour septembre, cette idée de dernière minute que je lui avais proposée sans trop y croire : qu'elle se rende à Montréal durant une petite semaine et nous croise, Flippo et moi, à la fin de notre séjour, lors de notre retour dans la métropole québécoise. L'idée a fait son chemin et la seule chose qui ennuie Léandra est la question de son passeport, qui est périmé depuis un an. Wait and see!

Gondry et Jerry sont à la porte de mon immeuble vers 19h30. Ils apportent les premières babioles de Mary, qui s'installera dans mon appartement ce samedi, pour une durée d'environ un an normalement (voir ICI et pour plus de détails). Mary revient peu de temps après, accompagnée de Bob, pour une seconde fournée de caisses. Elle se gare n'importe comment sur un coin du trottoir pour décharger sa voiture. En trois voyages, le déménagement est déjà fini. Comparé à celui d'Amy et Zapata, c'est du petit lait, nom de Dieu ! 

« On va manger une pizza chez Mama Roma, place du Châtelain... Ça te dit ? 
— C'est gentil mais je tombe de fatigue... 
— D'accord.
 En plus, la place du Châtelain, un mercredi soir, après le marché, c'est plus que je ne puis en supporter. »
(Et c'est la stricte vérité !)

Je n'ai pas grand-chose d'autre à raconter sur cette journée. Faut-il que je décrive tous les détails inintéressants de cette soirée à domicile ? Je tiens à jour mon blog. Je prends un long bain. Et je termine avec le traditionnel Orval devant des parties de Colons de Catane en ligne.

J'ai découvert un aspect insoupçonné du jeu : la psychologie. Il est parfois très intéressant sur le plan stratégique de préserver une certaine forme de « capital sympathie » vis-à-vis de « l'ennemi ». Chez les vétérans, il arrive ainsi par exemple que toute une partie se déroule sans utiliser une seule fois le voleur. Par contre, les joueurs expérimentés usent (voire abusent) de stratégies particulièrement retorses. Dans ces parties, chaque détail compte.

dimanche 10 juin 2012

Les petits paragraphes dominicaux (5)

Cadeau de fête des pères I. — « Papa, / Quand je suis dans tes bras, / mon cœur bat tout bas. / Quand tu me fais un bisou, / c'est tout doux. / Quand je suis contre ton cœur, / Je n'ai plus de chagrin. / Tu es aussi mon ami et / je t'aime à l'infini ! » Le tout accompagné d'un dessin me représentant, avec l'éternelle barbe mal rasée, les yeux bleus et tout le toutim ! (Woaw !)

Cadeau de fête des pères II. — Mais ce n'est pas fini ! Dans l'emballage, m'attend également une kyrielle de coupons agrafés, sur la couverture desquels Gaëlle a écrit, en blanc sur noir : « CADEAUX BOX ». Elle m'explique le principe, qui s'inscrit dans la droite ligne des coffrets Bongo : « Tu déchires le bon, tu me le donnes et je fais ce qui est écrit dessus. » La liste des coupons est la suivante : « Bon pour 1000 bisous », « Bon pour préparer le petit déjeuner », « Bon pour débarrasser la table » (!), « Bon pour faire la vaisselle » (!!), « Bon pour laver la voiture » (!!!), « Bon pour des câlins », « Bon au choix ». C'est dingue : l'institutrice a inventé un moyen de faire travailler les enfants sans qu'ils ne s'en plaignent ! Car — chose amusante — Gaëlle est impatiente que je lui donne son premier bon. Ce sera « Bon pour des câlins ». Elle me fait un gros câlin puis me demande : « Pourquoi tu n'as pas choisi le "Bon au choix" ? » (Une des réponses possibles : « J'attends que tu sois dans la capacité intellectuelle d'inventorier un fonds d'archives. »)

Épigraphes. — À la simple relecture des épigraphes de Dune, je me dis que j'ai vraiment eu une chance extraordinaire, adolescent prépubère, d'avoir été formé — éduqué même ! — par un livre pareil. (Quand je pense que j'aurais pu tout aussi bien tomber sur une merde un roman de Didier Van Cauwelaert ou d'Éric-Emmanuel Schmitt, ça me donne des frissons...) De fait, les courtes épigraphes ouvrant chaque chapitre de Dune sont pour moi, encore aujourd'hui, d'une acuité confondante. Exemples : « Il devrait exister une science de la contrariété. Les gens ont besoin d'épreuves difficiles et d'oppression pour développer leurs muscles psychiques. » ; « Arrakis enseigne l'attitude du couteau : couper ce qui est incomplet et dire : "Maintenant c'est complet, car cela s'achève ici." » ; « Mon père me dit une fois que le respect de la vérité est presque le fondement de toute morale. "Rien ne saurait sortir de rien", disait-il. Et cela apparaît certes comme une pensée profonde si l'on conçoit à quel point "la vérité" peut être instable. » ; « Les Fremen avaient au degré suprême cette qualité que les anciens appelaient le "Spannungsbogen" et qui est le délai que l'on s'impose soi-même entre le désir que l'on éprouve pour une chose et le geste que l'on fait pour se l'approprier. » ; « Le concept de progrès agit comme un mécanisme de protection destiné à nous isoler des terreurs de l'avenir. » ; « Le besoin pressant d'un univers logique et cohérent est profondément ancré dans l'inconscient humain. Mais l'univers réel est toujours à un pas au-delà de la logique. » ; « "Contrôlons la monnaie et les alliances. Que la racaille s'amuse du reste." Ainsi dit l'Empereur Padishah. Et il ajoute : "Si vous voulez des profits, il vous faut régner." Il y a une certaine vérité dans ces paroles, mais pour ma part, je me demande : "Où est la racaille et où sont les gouvernés ?" » — « Lire Dune, c'est devenir Fremen », peut-on lire, du moins si mes souvenirs sont bons, dans le Science-fictionnaire de Stan Barrets... Lire Dune, c'est aussi avoir une chance de me comprendre. (Si c'est l'objectif que vous poursuivez en lisant ce journal — Hamilton ou les grandes espérances ! —, arrêtez sur-le-champ et courez vous procurer ce fantastique roman.)

« Schadenfreude ». — Après le « Spannungsbogen » de Dune, un autre terme à consonance germanique que Lisa popularise dans le troisième épisode de la troisième saison des Simpson (« When Flanders Failed » ; « Le Palais du Gaucher » en français), au moment où Homer semble extrêmement satisfait du malheur et de la ruine financière qui frappent son voisin Ned Flanders. « Schadenfreude », qui n'a pas vraiment d'équivalent en français, est un terme allemand qui signifie « malin plaisir » ou « joie dans le malheur ». C'est, en gros, le fait de se réjouir du malheur d'autrui... Le genre de pensée que nous ne devrions jamais concevoir ! — Mais la vie n'est hélas pas aussi simple.

Beauf en réseau. — T'as beau mettre une énorme couche de vernis (autrement dit de forme littéraire, avec l'une ou l'autre faute d'accord du participe) à ton attitude de gros beauf réac, tu es et resteras un gros beauf réac. Ça te colle à la peau, mon vieux. Alors arrête de te la péter et de distribuer des bons et des mauvais points en te prenant pour le roi du Monde.

Joli pull. — Avant de rejoindre les autres au Parvis, Mary m'offre mon cadeau d'anniversaire (avec exactement 5 mois de retard, mais on s'en fout) : un joli pull du style « marinière ». Plus tard, dans les toilettes du Verschueren, je m'observe quelques secondes dans le miroir vétuste, avec ma tronche ordinaire et mon vieux jeans noir délavé. Je me dis que ce pull est beaucoup trop beau pour moi ; ou plutôt qu'il m'irait bien si et seulement si je me relookais entièrement en bobo des Halles Saint-Géry, avec un nouveau pantalon, un beau chapeau, des favoris et un air faussement désabusé. — Jamais je ne changerai à ce point (jamais je ne changerai, point), mais c'est quand même un très joli pull.

Panem etc. Après ce début de soirée en compagnie de Mary, Coraline, Bob et Jerry, je reviens seul, tel un jokari, un boomerang ou encore un simple élastique, à la Maison du Peuple... Et là — ô stupeur ! — je remarque qu'ils ont installé 2 (deux) écrans géants et un parterre de chaises pour l'Euro 2012. J'arrive au bar, totalement dépité, et je commande un demi de bière (pour me remettre du choc, on va dire) en lâchant un long soupir à la serveuse : « Oh non, ne me dis pas que ça va être comme ça durant tout le championnat ! » Elle me répond, tout aussi dépitée : « Si, si... » « Je déteste le football ! » « Moi aussi ! » — Conclusion : pour elle comme pour moi, c'est une réelle catastrophe !

mardi 22 mai 2012

Voirie en fête

Matinée bancale. — Tout va de travers ! Dès mon réveil à 6h32 et durant l'entièreté de la matinée, j'ai l'impression que mon muscle cardiaque tente désespérément d'imiter un morceau expérimental de King Crimson... Battements rapides, rythmes syncopés à cinq temps, ralentissements, hoquettements, silences... Mon dernier cardiologue en date a beau m'avoir confirmé qu'il ne fallait pas que je m'en inquiète outre mesure, que cette tachycardie passagère entrecoupée d'extrasystoles n'était pas dangereuse, c'est tout de même très désagréable, d'autant plus que ça m'arrive de plus en plus fréquemment (la dernière fois, c'était le 5 mai). J'essaie de me calmer, de respirer profondément : rien n'y fait.

8h27. Je rate de quelques secondes mon train en correspondance à Liège-Guillemins. Pour me consoler, je commande un « grand café de la semaine à emporter siouplaît » à l'Espress « Oh ! » Juice (quel drôle de nom) de la gare avant de happer un bus. La boisson est très chaude et remplie jusqu'à ras bord. À peine le véhicule a-t-il démarré que j'en renverse partout, sur mon sac à bandoulière, sur mon tout nouveau baladeur MP3 (heureusement protégé de l'humidité par une housse en plastique), sur mon pantalon noir... Curieusement, aucune goutte n'est parvenue à tâcher mon tee-shirt marin : une chance !

Je souris de mon infortune et la dame en face de moi, d'un geste compatissant, me donne un mouchoir en papier chiffonné. De l'autre côté du couloir central, une autre dame à la limite de l'hilarité me conseille : « Le petit trou dans le couvercle de votre café à emporter, c'est justement pour éviter ce genre de désagréments ! » Je lui réponds : « Je sais, mais il est inconcevable que je boive mon café par ce trou ! Question de principe ! » Les autres passagers commencent à sourire, eux aussi. Je pense entrevoir clairement sur certains visages une expression qui signifie à peu de chose près : « Quel drôle de type ! »

Le bus arrive à destination. Mon gobelet de café est encore à moitié plein. Je dois descendre du transport avec dans les mains mon sac, mon manteau et ce maudit café. Je ne renverse plus de liquide ; par contre je laisse tomber mon sac, qui se fracasse bruyamment sur le sol. Un gentil monsieur me le ramasse. Je lance à la cantonade, d'une manière sans doute un peu trop enthousiaste : « Ha flûte, c'est vraiment pas ma journée ! » Et tout le monde rigole. Diem perdidi...

En fin de matinée, Aurèle, un ancien collègue, débarque pour dire bonjour à l'équipe et manger avec nous. Arrivant dans mon bureau, il me lance, sans aucune moquerie : « Ha, t'as l'air d'avoir la pêche, comme d'habitude ! C'est bien... T'es toujours aussi en forme apparemment ! » Mais c'est qu'il est désagréable en plus !

Un blog, peut-être ? — Pendant le temps de midi, nous reparlons de la discussion sur l'avenir et l'advenu, mais aussi de ce que percevrait un extraterrestre qui braquerait un télescope extrêmement puissant sur la Terre depuis une planète se trouvant à des dizaines d'années-lumières de nous. (Il verrait le passé, forcément. Il pourrait peut-être me voir marcher dans la rue alors que je n'ai que 9 ans. Il verrait vivre des humains pourtant morts depuis longtemps... Il aurait la possibilité de voir en temps réel des événements qui, pour nous, sont du domaine de l'histoire.)

À l'écoute de ces sujets de discussion, Sylvette se tient la tête entre les mains puis propose, résignée : « Franchement, il faudrait écrire ces conversations dans un carnet... Ou bien dans un blog. » Je réponds : « Dans un blog, c'est déjà le cas. » Mais personne ne tique... — De temps en temps, j'en viens cependant à me demander si certains de mes collègues ne me lisent pas régulièrement en « cachette »... Car c'est une manie récurrente des lecteurs de ce blog que d'essayer de me cacher qu'ils me lisent. Peut-être d'aucuns sont-ils quelque peu honteux de regarder à l'intérieur de la vie de quelqu'un d'autre ? Ou bien, plus sûrement, trouvent-ils que mon écriture perdrait de sa franchise si je savais qu'ils me lisent ?

Terrasse improvisée. — Je suis invité chez Mary pour le souper, en compagnie de ses quatre colocataires. La rue dans laquelle ils habitent, pas loin de Ma Campagne, est complètement fermée à la circulation en raison d'importants travaux de voirie touchant aux conduites d'eau. Sur la route, du sable partout, deux petits bulldozers et un profond trou juste en face de la porte d'entrée de la coloc.

Il fait délicieusement bon et, plutôt que de s'installer dans le petit jardin privé derrière l'habitation, les colocataires décident de placer des chaises devant la maison, à même la rue, entre le trou béant et un des bulldozers. Au programme : des grandes bouteilles de Jupiler, des bières spéciales, des cigarettes et un joint.

C'est plus fort qu'elle : Mary ne peut s'empêcher de monter sur le bulldozer... « J'ai toujours rêvé de faire ça ! » (C'est bien : elle a des rêves accessibles. Moi, un de mes rêves, ce serait de voir la Terre depuis l'Espace, ce qui est déjà beaucoup moins facile à réaliser, on en conviendra.) Une dame de septante ans environ sort sur son balcon et nous prend en photo. Un des colocataires, Jerry, lui crie : « Vous voulez venir boire un verre avec nous ? » Il disait ça pour rire, mais la dame répond : « J'arrive ! » Est-elle sérieuse ? Oui ! Cinq minutes plus tard, elle débarque au milieu de la terrasse improvisée, avec dans une main un transat et dans l'autre une bouteille de vin, un verre et un tire-bouchon. Elle est d'origine néerlandaise, s'appelle Jeanne et ça fait plus de vingt-cinq ans qu'elle vit dans le quartier.

Nous restons plus de deux heures dehors. Certains voisins, intrigués, nous regardent ; d'autres engagent la conversation. Du coup, Jerry a une idée : faire une méga-fête de quartier dans la rue ce jeudi ou ce vendredi, « avec barbecue et tout »... Certains autres sont assez emballés. 

Plus tard, durant une heure environ, Bob et sa copine viendront nous faire un petit coucou. Cette dernière, psychologue de formation, vient de démissionner d'une maison d'accueil pour enfants tenue par une sorte de psychopathe qui, entre autres sévices, fait dormir les gamins sur l'escalier lorsqu'ils font pipi au lit. « Une plainte est en cours », nous rassure-t-elle.

La soirée se termine un peu avant minuit... Je suis très fatigué, je n'ai pas envie de marcher. En attendant mon bus, les extrasystoles recommencent. Ambiance !

jeudi 10 mai 2012

De la difficulté...

De la difficulté de créer de la nouveauté. — Je suis avec Yama dans le train de retour vers Bruxelles. À la fin du trajet, s'esquisse une discussion que l'on pourrait résumer de cette manière : qu'il est difficile d'avoir une idée originale, d'inventer du nouveau ! — Yama aimerait, durant sa vie, créer au moins une chose qui n'a pas encore été créée. Lorsque je lui demande dans quel domaine cette création prendrait place, elle me répond : « Ce serait en rapport avec le modelage de la matière. J'aimerais créer un objet agréable au toucher... » Yama se contrefiche qu'une œuvre d'art possède un fond, un sens... Dans son optique, un artiste qui dans une galerie explique le message qu'il a voulu faire passer à travers son œuvre représente le comble de l'horreur. Ce qui intéresse Yama, donc, c'est la forme ! Somme toute, cela rejoint assez bien ce qu'elle disait avant-hier sur la beauté de l'inutilité.

Ce qui ressort par ailleurs de cette discussion est qu'il est fichtrement difficile, voire impossible, de créer de nouvelles formes (d'art, d'idées, de pensées...). Par « nouvelles », j'entends ici « vraiment nouvelles ». Toute création s'inscrit dans un cadre. Tout génie artistique reste l'expression de la société dans laquelle il s'inscrit et les avant-gardistes ne le sont que parce que, dans leur talent, il leur est possible d'aller un peu plus vite que leur temps, de voir un peu au-delà... Mais un artisan médiéval n'aurait jamais pu inventer l'Art nouveau, de même qu'un peintre de la Renaissance n'aurait jamais pu être suprématiste (ou alors par hasard ?).  

Yama mentionne également l'écriture : comment écrire sans influence ? Comment savoir si une plume et un style ne sont pas la plume et le style de quelqu'un d'autre ? Est-ce que je possède une pensée propre, forgée en moi-même sans le moindre apport extérieur ? Il semblerait que non. Tout ce que je peux faire, c'est jouer plus ou moins brillamment avec les symboles disponibles. En filigrane de cette façon de voir, revient l'idée que je ne suis pas le propriétaire de ce que je pense, ni de ce que j'écris. La propriété intellectuelle d'une œuvre ? Une absurdité sans nom !

Épilogue : d'un côté, je suis entièrement déterminé par le système dans lequel je vis ; de l'autre, j'ai à chaque instant devant moi un panel presque infini de possibilités. Face à ce tiraillement extrême et incessant entre fatalisme et liberté absolue, comment veux-tu que je ne sois pas angoissé ?

De la difficulté d'acheter une boule de glace dans une société postmoderne. — Début de soirée, Bruxelles-Midi. Je décide d'attendre Mary en compagnie d'une glace et d'un café, que je commande au petit stand Häagen-Dazs de la gare. L'objectif paraît simple, mais c'est sans compter sur le vendeur qui a apparemment reçu pour mot d'ordre de vendre tout et n'importe quoi aux malheureux clients qui croisent son chemin...

«  Un café "Americano" et une glace vanille, s'il vous plaît.
— Ha... Désolé, nous ne vendons pas de simple glace vanille... Mais nous avons de nombreux goûts délicieux à base de vanille comme "Macadamia Nut Brittle" !
— Non, non... Dans ce cas, je vais prendre une boule "Crème brûlée".
— D'accord. Et un cappuccino, c'est ça ?
Non, surtout pas ! Un "Americano" s'il vous plaît...
— Vous voulez un brownie avec ça ?
— Non, non, pourquoi ?
— Ou une gaufre chaude ? Un cookie ?
— Non, je ne veux rien de tout ça. Juste le café et la boule, s'il vous plaît.
— Si vous voulez du sucre et du...
— Non, non, non... Je veux un café noir... S'il vous plaît. »
(Va-t-il lui aussi me demander si je désire des glaçons dans ma boisson brûlante ? Non : il abandonne, me donne enfin ma commande et passe à la cible suivante.)

De la difficulté d'apprécier un groupe à sa juste valeur lorsque la sono est pourrie. — Mary arrive à la gare du Midi peu de temps après cet épisode. Elle s'est garée pas loin de là et est accompagnée d'un de ses potes, Gondry. Celui-ci termine des études d'histoire contemporaine à l'ULB. Mary : « Il est de gauche, comme toi. Il est même allé à Lille pour écouter Mélenchon ! » Encore un putain d'historien gauchiste ! Peu après, Bob nous rejoint et nous partons en voiture, direction La Chocolaterie, une petite salle de concert située à Molenbeek.

Moi, je dis : « Attention ! »... Molenbeek est une commune très dangereuse ! Enfin, ça doit être vrai vu qu'on n'arrête pas de nous en parler dans les médias... Ce soir, nous en avons enfin la preuve criante : deux passants rentrant chez eux nous disent bonjour et un gamin fait du patin à roulettes sur le trottoir ! Pire encore : à deux pas de la salle, une bande de jeunes tente de nous intimider : « La Chocolaterie ? Oui, oui, c'est juste là-bas au fond du couloir... Bonne soirée ! » — Demain, c'est décidé, j'écris au courrier des lecteurs du Vif/L'Express pour expliquer à quel point ces quartiers de la ville sont à la limite de la guerre civile.

Sur un des flancs de la petite et sombre salle de concert, est installé un long bar où ils vendent notamment de la Pils de Silly et de la Divine. Au programme de ce soir : Lower Dens. Anecdote amusante : dans mon ignorance crasse, j'ai cru pendant un bon bout de temps que le groupe était mené par un homme assez efféminé, alors que c'est exactement l'inverse. Le leader n'est autre que Jana Hunter, une musicienne d'origine texane installée à Baltimore, Maryland. Avec sa mèche de cheveux qui lui tombe constamment sur le visage, elle me fait penser à un des gamins gothiques dans South Park

Je suis le seul couillon à ne pas avoir vu que c'est une femme.

« La vie est souffrance... La vie n'est qu'une souffrance... 
On nous apprend à croire à des contes de fées aux 
fins heureuses, mais seules les ténèbres existent...
Une noire et déprimante solitude, qui te dévore l'âme. »

Musicalement parlant, rien de nouveau sous le soleil : une batterie métronome dans un pur style « jam Krautrock », des synthétiseurs plutôt « New Wave » par-ci, par-là... Je ne suis pas très emballé sauf, à la limite, pour un ou deux morceaux phare... Faut dire que la sono est assez pourrie et mal balancée : la batterie noie le reste des instruments, les guitares et les voix s'entremêlent... Peut-être aurais-je dû écouter leurs albums avant d'aller les voir ? Ou peut-être suis-je trop à cran ce soir pour apprécier cette musique à sa juste valeur ? (J'ai envie d'être tranquille, chez moi, loin de tout ce bruit...)

mardi 18 octobre 2011

Rock, etc.

Ce soir, je suis invité à un souper chez Mary.
C'était son anniversaire il y a deux semaines environ.
En fin d'après-midi, je me rends chez Caroline Music, dans le passage Saint-Honoré, près de la Bourse de Bruxelles, pour lui acheter un cadeau. C'est presque l'heure de fermeture : je me précipite dans les bacs, onglet "S" et j'extrais en quadruple vitesse un CD : Spiderland de Slint. Quoi ? Encore Spiderland ? Ça vire à l'obsession malsaine, Hamilton ! Mais non, mais non : Mary m'a demandé il y a quelques mois quel était "cet album fondateur du post-rock", qu'elle a vu chez moi en vinyle... Et je lui ai évidemment parlé de Spiderland qui, avec Laughing Stock de Talk Talk, sorti la même année (1991), est considéré comme une des pierres angulaires du mouvement (on pourrait aussi considérer certains groupes allemands de krautrock des années 70 comme des précurseurs encore plus précoces du post-rock, mais c'est une autre histoire, que je ne développerai pas aujourd'hui). Lui offrir ce cadeau était donc tout naturel.

Après avoir emballé le CD, le vendeur (un barbu dans le pur style "geek musical", pour autant que ce terme ait un sens) me lance : "En tout cas, j'envie la personne qui va découvrir ce fabuleux album pour la première fois !". C'est assez bien dit... Car une fois un album découvert et écouté, il est en effet difficile, voire impossible, de retrouver la sensation originelle, celle de la toute première écoute. Au fil des passages sur la platine, je perds en émotion ce que je gagne en compréhension. La seule solution est de découvrir, encore et toujours, de nouvelles musiques qui font vibrer ; ou de patienter un long moment avant de redécouvrir un album oublié. C'est exactement la même chose pour un livre ou pour un film : impossible d'atteindre en intensité l'émotion ressentie lors de la première lecture ou du premier visionnage.

La réflexion du vendeur entraîne une autre remarque... Une remarque sur les œuvres considérées dans un milieu donné (musical, littéraire...) comme unanimement géniales, et dont toute critique négative entraîne moult regards indignés de la part des fans autoproclamés. Toute personne s'intéressant au post-rock est ainsi censée adorer Slint, parce que c'est comme ça, point. "Comment ? tu n'as pas accroché à/tu n'aimes pas/tu ne connais pas Spiderland ? M'enfin, ce n'est pas possible !". C'est un peu comme critiquer "l'album blanc" des Beatles ou bien "l'album noir" du Velvet : ça ne se fait pas, c'est presque un blasphème. Dans d'autres domaines : "Quoi ? Tu n'as pas lu/aimé La Guerre et la Paix de Tolstoï ? M'enfin, ce n'est pas possible !" ; "Hein ? Tu n'aimes pas Star Trek DS9 ? Mais comment est-ce possible ?"... C'est à ce moment-là que tout ce petit jeu de connaisseurs devient un peu con... Je suis ainsi presque persuadé que certains disent aimer une œuvre par simple peur de passer pour un ignare ou simplement pour se fondre dans le décor. Oui, oui, j'ai écouté tout Ligeti et j'ai adoré, même son truc bizarre, là, avec les métronomes ! 

Une raison de plus pour réaffirmer ici ma détestation de groupes pourtant adulés : je déteste Queen, je déteste U2 et je déteste Arcade Fire. Voilà : il fallait que ce soit dit à un moment ou à un autre ! (Comment ça, "je me répète" ?)

* * * 

À la soirée chez Mary, sont également présents (comme souvent) ses amis Jerry et Bob, ainsi qu'un de ses colocataires que je n'avais encore jamais vu : James. Jerry a fait des études de Langues et littératures romanes, comme Mary ; Bob est professeur de géographie ; James a étudié la gestion et travaille actuellement pour la Smals (avec Hamilton II ?). Question musique, passent de très bonnes choses car toutes les personnes présentes ont de très bons goûts musicaux (comprendre : "ont grosso modo les mêmes goûts que moi", hum). L'ambiance sonore du début de soirée est assurée par James, avec entre autres Syd Matters, que je n'avais plus écouté depuis longtemps (j'apprends d'ailleurs en écrivant ces lignes que ce groupe français est aujourd'hui à l'origine de cinq albums studio). Plus tard, Jerry est déchaîné et passe The Kills, mimant certains solos sur une guitare invisible – au passage, une question : pourquoi les guitaristes rock doivent-ils gesticuler pour jouer de la guitare ? Car dans l'absolu, le son serait exactement le même s'ils ne bougeaient pas. Encore un constat qui me ramène à Slint, dont les guitaristes sont sans doute les plus statiques de l'histoire du rock... Ah, l'économie de mouvements, un beau contre-pied aux conventions ! – Dans un autre genre : Robert Fripp de King Crimson jouant dos au public, durant certains concerts.

Mais je m'égare (c'est la dernière fois que je place Slint dans un texte !)... Jerry me montre une vidéo de The Kills sur son MacBook. Il trouve le "couple" hyper-sexy... Il est même jaloux – je le cite (ou presque) – que ce mec "pas très beau" soit avec une "nana si canon"... Le gars n'est peut-être pas beau mais il a énormément de charisme (une sorte de Gainsbourg anglais ?). La chanteuse n'est pas en reste d'ailleurs :


Mary a cuisiné de délicieuses escalopes de dinde au jambon, baignant dans une sauce au Gorgonzola (Mary : "Tu vas croire que je ne sais cuisiner que des plats au Gorgonzola"), accompagnées de croquettes et d'une salade composée par Jerry, avec une vinaigrette estampillée Hamilton. Il paraît que je fais bien les vinaigrettes (Ha ?) et que j'aime bien utiliser des interjections comme "Ha ?", "Ha !" ou encore tout simplement "Ha". Il est un peu décousu, ce texte, non ? Comme dessert, des Jules Destrooper. Ils ont aussi pensé à moi en achetant six Orval (jamais je ne boirai tout ça !).

Durant le repas, en arrière-fond, passe le match de football Lille-Inter Milan (Jerry est supporter du second et sursaute à chaque occasion manquée). En fin de soirée, Mary veut absolument jouer à "Tout le monde veut prendre sa place" sur le Web ("tlmvpsp" en abrégé). Elle possède des dizaines de comptes avec la plupart du temps trois parties gratuites. Bob et James sont déjà partis dormir ; Jerry n'est pas très fan de ce jeu : on joue donc principalement à deux, sans trop de succès... Sous pression, je n'arrive jamais à me rappeler de quoi que ce soit, sauf pour une question : "Qui chantait, sur l'air de la Cucaracha, 'Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est allemand' ?" Pierre Dac ! Pierre Dac ! C'est d'ailleurs à l'ami Pierre que reviendra le mot de la fin...

samedi 24 septembre 2011

Hamilton's Weather

Ce soir, chez Mary, Léandra et moi discutons un bref moment de l'inconnu (José) qui a commenté rudement le blog de mon amie. La discussion s'étend – malencontreusement, ai-je envie de dire – à la table entière... Quel blog ? Vous tenez un blog ? De quoi ça parle ? Vous parlez de nous ? Avantage ou malédiction de ce XXIe siècle technologique : Walter prend son smartphone, tape le nom de "Léandra Courbet" sur Google et finit par tomber assez rapidement non pas sur le journal de Léandra mais sur le mien. Il commente : "Jeunesse sarkozyste... Punaise vous n'y allez pas avec le dos de cuiller !". Vous ? En fait, il est seulement tombé sur mon blog personnel. À l'exception d'un article, Léandra n'est responsable de rien ici-bas.

C'est à ce moment précis de la discussion que je commence à me ronger les ongles... J'essaie de me souvenir de tout ce que j'ai écrit dans ce putain de journal, sur Mary, Walter et les autres... Car au début, n'étant lu que par deux personnes (Léandra et Andrew), je décrivais toute ma journée de manière systématique et sans beaucoup de retenue, écrivant tout ce qui me passait par la tête (humeur, jugement, déception, énervement...). J'aurais dû faire gaffe car, comme dirait le brave Marcus Brody : "La plume est plus forte que l'épée".

Trop tard : le "mal" est fait, mais je suppose que, pour ma tranquilité d'esprit et aussi pour celle de mes amis, mon journal va devenir de plus en plus introspectif ou "théorique", ou plutôt un peu des deux. De toute façon, comme me l'ont déjà fait remarquer plusieurs amis, c'est déjà le cas : à chaque fois que j'écris quelque chose, je ne peux m'empêcher de faire dans le didactique, comme dirait l'autre. Ou comme dirait Yama : quand on me lit, on m'entend presque parler... Je ne sais pas si je dois prendre ce commentaire comme un compliment. Je suppose que oui.

J'ai en stock une troisième solution un peu con : et si je ne parlais plus que de météo ? La météo, c'est consensuel, ça ne choque personne ! C'est un beau sujet de blog, bien original : je suis certain que ça n'a jamais été fait ! Je supprimerais ainsi tous les articles actuels (à l'exception de quelques extraits qui apportent un point de vue purement météorologique) et renommerais ce journal Hamilton's Weather : "Il va faire beau ce week-end. Il fera 24 degrés ce mercredi. C'est chouetteuh."

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Gaëlle s'est levée aux aurores ce samedi : elle a rêvé qu'elle était poursuivie par un homme sans tête qui voulait "lui faire du mal". Voilà ce qui arrive quand on joue à Minecraft (prononcer "Maillenecrafte") toute la journée.

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Le soir, souper chez Mary. Celle-ci habite avec trois autres personnes dans une maison pas loin de Ma Campagne. Elle a cuisiné quatre délicieuses quiches. Emily, Léandra, Andrew et Walter sont présents à la soirée. Un des colocataires de Mary est là également, ainsi que Bob, un ami de Mary que j'avais déjà croisé au concert de Timber Timbre.

Le souper a lieu dans le petit jardin jouxtant la cuisine de la maison. Nous n'avons pas beaucoup le temps de profiter de cette délicieuse météo de début d'automne car Mary aimerait que nous nous rendions en début de nuit au Tavernier, un café du Cimetière d'Ixelles, pour y voir un groupe cubain dans lequel chante une de ses employées.

Le Tavernier ne m'a jamais plu. C'était déjà le cas au temps de l'université et ça n'a pas vraiment changé. La chanteuse est très en retard sur le programme, le café est pas mal rempli, nous restons debout un moment à siroter des bières dans un gobelet. Andrew s'endort presque, Walter et Léandra s'ennuient. Quant à moi, j'essaie de m'intégrer, de parler aux amis ou collègues que me présente Mary (notamment une Polonaise qui ne connaît pas grand monde et un Australien installé à Bruxelles qui ne parle qu'anglais). Ils sont bien sympas mais je n'ai pas la tête à ça et je ne suis pas naturel. J'ai de plus en plus de mal avec ces soirées bruyantes : ça me bloque, réellement. Léandra s'en va puis, peu après le début du concert, Andrew, Walter et moi, un peu énervés de ne pas pouvoir discuter normalement, décidons de partir boire un verre autre part. J'explique la situation à Mary et nous nous en allons.

Autre part, c'est le Corto. Il fait toujours aussi bon dehors : nous restons donc en terrasse. Le patron est à la table d'à côté, en compagnie d'une des serveuses. Il nous reconnaît (évidemment) : "Hé, vous avez raté les 20 ans du Corto le 3 septembre !", nous lance-t-il. "Deux cents personnes ! Du monde jusque sur la route et les bières à un euro 25 !"... C'est pas grave : on s'en remettra. 

Nous serons rejoints – assez vite en fait par les autres. Peu avant leur arrivée, je fais une remarque débile et foncièrement fausse comme quoi c'est nous qui choisissons l'endroit de la soirée (nous sommes des "aimants", dira Andrew). N'importe quoi ! Ça me fait penser à plusieurs scènes de bandes dessinées du fabuleux Christophe Blain... Gus, tome 1 ("Nathalie"), p. 27 : "On ne s'enterre jamais quelque part. On a déjà trop collé à ce zinc. C'est foutu. Usé. On reste en mouvement. C'est pas l'endroit qui nous fait. C'est nous qui faisons l'endroit. Nous sommes les rois de la nuit. La fête, c'est nous. On se tire." Ou Isaac le Pirate, je ne sais plus quel tome, de mémoire : "Messieurs, ce soir, nous sommes l'amour !". Mais pourquoi je pense à ça ?

Le retour se fait en taxi avec une Mary "un peu" pompette.

Et pendant ce temps (et sans aucun lien ni transition), lors de l'émission On n'est pas couché de ce 24 septembre sur France 2, Ségolène Royal est d'une rare condescendance vis-à-vis d'un jeune écrivain beaucoup plus subtil, direct et intelligent qu'elle. Misère !

mardi 23 août 2011

Féerie canadienne

Hier, j'étais tellement fatigué (je le suis encore d'ailleurs) que je n'ai pas pris la peine d'écrire ce qui s'est passé après mon week-end à Hanzinne... J'étais un peu déconnecté du "monde réel" là-bas (à moins que ce ne soit l'inverse ?), à me ridiculiser à la pétanque ou à jouer à Time's Up jusqu'à trois heures du matin dans les vapeurs de Marijane et d'alcool. Le retour à la capitale est un peu triste. Forcément. J'avais presque oublié durant ces trois jours à la campagne qu'il existait une ville remplie de citadins énervés et énervants s'engouffrant dans les trams et les métros comme si leur vie dépendait de l'obligation absolue d'être le premier à l'intérieur.

Bref, toujours est-il que ce lundi, j'ai revu à la Maison du Peuple une Léandra à l'humeur joyeuse (cette phrase n'est pas ironique). Ce sont là les bienfaits d'un week-end musical et de nouvelles rencontres. En fait, Léandra est en forme quand elle sait que des gens s'intéressent à elle et totalement déprimée quand elle croit que personne ne l'aime. Léandra rentre tôt chez elle. Je reste à peine cinq minutes tout seul à la Maison du Peuple avant que n'arrive Mary, revenant du badminton. Mary est contente de me voir. Elle me parle de ses sujets habituels ("T'as personne en vue pour le moment ?", "Tu devrais être plus avenant, faire comprendre que tu tiens réellement aux gens", etc.). Mary veut toujours bien faire, mais elle ne me changera pas.

Voilà pour la fin de soirée de lundi, en résumé.


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Ce mardi soir, après le boulot, je me rends au double concert de Murder et de Timber Timbre, qui a lieu au Parc de Bruxelles, dans le cadre des "Feeërieën" organisées par l'Ancienne Belgique. Comme j'aime bien les choses nettes et les saines compartimentations, j'ai décidé de chroniquer le concert en tant que tel sur le blog adéquat. Je n'en parlerai donc plus ici.

Pour ce spectacle, j'ai rendez-vous avec Emily. Depuis que je suis parti du boulot, je cours comme un malade pour être là le plus vite possible. La météo étant étouffante, il fallait absolument que je prenne un bain et que je me change avant le concert. Je rejoins Emily vers 20 heures. Elle est en train de discuter avec un Canadien anglophone assis sur un des bancs juste devant la scène. Le type est un peu paumé. Il revient d'Italie, est de passage à Bruxelles et repart le lendemain vers Paris. Il a envie de discuter. Je croyais qu'il venait pour voir les concerts mais il s'en va assez vite, avant même l'arrivée de Timber Timbre.

Au loin, sur un autre banc, j'aperçois Claudine, l'Allemande aux longs cheveux roux, assez réservée, que j'ai croisée au gîte ce week-end. Je ne vais pas lui parler. Qu'est-ce que je pourrais bien lui dire de toute façon ? ("Bonjour, ça va ?", peut-être, tout simplement ?)

Mary est là aussi. Elle adore Timber Timbre, qu'elle a découvert grâce à son père (ce dernier a, paraît-il, "les mêmes goûts que moi"). Elle est accompagnée de deux de ses potes : un gars du nom de Jerry ainsi que son fameux meilleur ami Bob, dont elle m'a déjà parlé (un petit blond barbu et assez marrant).

Emily a faim. Il faut qu'elle mange. N'ayant rien trouvé sur place, elle décide d'aller chercher un kebab du côté du Botanique. Emily partie, Mary me parle pendant 10 minutes de mon aspect extérieur, qu'elle trouve trop froid. Elle me dit que j'aurais dû accompagner Emily, que ç'aurait été sympa, qu'il faudrait que je fasse plus attention aux autres, que je suis un "idiot musicophile" car c'est plus important d'accompagner quelqu'un que d'attendre bêtement seul sur un banc. Je lui ai sorti un truc du style : "Oh, arrête de m'énerver, je suis comme je suis. Point. Et puis, Emily est débrouillarde et n'aime pas spécialement qu'on soit constamment dans ses pattes".

Mary attendra sur le banc avec moi jusqu'au retour de cette dernière, mettant ainsi elle-même en pratique ce qu'elle venait de me dire. Emily n'a pas trouvé de kebab et revient avec une pizza Hut forestière. J'en mange une partie. Ça me fait mal de me dire ça, mais la pizza n'est pas mauvaise. On regarde la fin du concert debout, une bière en main.

La fin de la soirée se termine dans une taverne très désagréable : le Magic Rubens. Je n'y mettrai plus jamais les pieds. Un des serveurs est un petit excité de cinquante balais environ, qui se croit drôle, qui drague tout ce qui passe et qui n'est en fait pas du tout sympathique : il refusera obstinément que mes amis prennent des frites en terrasse alors que leur cuisine ne fait plus à manger à cette heure-là (ça, à la limite, je peux encore comprendre) et engueulera Emily parce qu'elle a osé poser sa jambe sur un siège (elle a une entorse) : "Directive de la direction". La direction, je l'emmerde. 

Mary veut aller manger des frites. Il est minuit. Emily est censée gentiment me ramener chez moi en voiture mais je ne tiens plus debout. Je décide donc de dire au revoir à tout le monde et de happer le dernier tram à la Bourse. Fin de la féerie.