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dimanche 5 mai 2013

Train en folie

Absence d'humour. — Cette vieille grand-tante (une des sœurs de feu mon grand-père) ne possède aucun second degré, ni même, maintenant que j'y pense, aucun sens de l'humour. Elle accepte chaque information avec un sérieux frôlant le ridicule : tout ce que je lui raconte, y compris les choses les plus incongrues, loufoques, surréalistes, est directement ingurgité comme étant la vérité et ne lui arrache pas le moindre sourire. La situation me fatigue et m'amuse à la fois.

Le train s'immobilisera trois fois. — Arrivé en périphérie de la capitale, le train Charleroi-Bruxelles s'immobilise complètement. À partir de ce moment, et ce pendant presque une heure, la contrôleuse nous informe de l'évolution de la situation. (Je prends note des phrases au fur et à mesure : la retranscription est donc beaucoup plus fidèle que d'habitude.)
Premier message : « Mesdames et messieurs, en raison d'une personne couchée sur les voies, notre train est immobilisé pour le moment. »
Deuxième message : « Mesdames et messieurs, votre attention s'il vous plaît. La personne est toujours sur les voies. Nous attendons qu'elle s'en aille pour repartir. »
De petits rires nerveux se font entendre dans la voiture.
Troisième message : « Nous attendons l'intervention des secours. La personne est couchée sur les voies. Merci de votre patience. »
Quatrième message : « Mesdames et messieurs, la police est arrivée sur place. Elle est occupée à libérer la voie. Merci de votre compréhension. »
Cinquième message : « Mesdames et messieurs, votre attention s'il vous plaît. La police est maintenant sur place. Nous attendons l'autorisation d'Infrabel pour repartir. »
Une alarme stridente retentit juste avant que la contrôleuse ne reprenne la parole pour délivrer un sixième message : « Avis à la personne qui a utilisé l'Help Assistance dans la quatrième, cinquième ou sixième voiture : je ne peux hélas pas accéder à cette voiture pour l'instant ! »
Regard intrigué des passagers et, à nouveau, rires nerveux.
Septième message : « Mesdames et messieurs, votre attention s'il vous plaît, nous allons bientôt redémarrer, merci pour votre patience ! »
Le train redémarre. Les gens crient quelques « Ouais ! » enthousiastes, mais le train s'arrête à nouveau, puis redémarre, puis s'arrête une nouvelle fois. Huitième message : « Mesdames et messieurs, nous sommes à l'arrêt car quelqu'un a ouvert la porte du train. Nous remercions cette personne ! »
Toute la voiture éclate de rire et, à travers la fenêtre, j'observe la contrôleuse, suivie de deux techniciens, courir vers l'arrière du véhicule. (Voilà une situation dans l'ensemble très comique, mais je suis certain que ma grand-tante n'aurait pas rigolé une seule fois !)

Les lépidoptères. — Coup de téléphone de Mary alors que je suis au Parvis de Saint-Gilles : elle a trouvé par hasard, en rangeant en profondeur les armoires de la cuisine, plusieurs nids de « mites »* à l'intérieur de verres à Champagne retournés (!). Elle m'explique que ces petits lépidoptères avaient eu le temps d'y produire de la soie et d'y pondre des larves en abondance. Elle les a annihilés, non sans un haut-le-cœur. — On a donc fini par le dénicher, ce foyer dont je parlais déjà dans cet article... en espérant qu'il n'y en ait pas d'autres.

Consultations de neurologie. — Andrew et Nanash me rejoignent en seconde partie de soirée. « Alors, comment ça va, en neurologie ? » Nanash me répond qu'il passe sa journée à traiter des cas inintéressants au possible : « Non mais parfois, c'est surréaliste quoi ! J'ai eu un patient dernièrement qui m'a expliqué avoir mal à la tête à chaque fois qu'il brûlait de l'encens dans son appartement. Je lui ai posé la question : "Vous avez déjà essayé d'arrêter l'encens ?" Et il m'a répondu : "Ha bon ? Vous croyez que c'est lié ?" »

Trullemans, Trullemans... — Nanash déclare suivre de près l'affaire « Trullemans » (pour en savoir plus, taper ce nom dans un moteur de recherche) qui prend en ce moment une place totalement disproportionnée dans le paysage médiatique belge francophone, au point de donner lieu à de nombreux débats sur... du vide. Nanash scrute sans relâche la presse et s'indigne de la bassesse de certains chroniqueurs de journaux. Il a été particulièrement choqué par la récente « opinion » de Dorian de Meeûs dans Lalibre.be, intitulée « Ce que Luc Trullemans et Véronique Genest révèlent sur notre société... » Nanash veut absolument que j'en prenne connaissance. Il commente le texte en direct : « C'est vraiment n'importe quoi cet article, n'importe quoi ! J'étais tellement choqué que je leur ai écrit un courrier d'indignation. Ce type mélange tout ! Mais qu'est-ce que le mariage pour tous vient faire dans cette histoire ? Et puis, cette phrase : "En s’empêchant d’aborder des sujets sensibles tels que l’islamisme radical..." : mais on ne parle que de ça, justement ! On n'arrête pas de parler de l'islamisme radical ! L'islamisme radical fait tout le temps la une des journaux ! » — Voilà qui est bien dit ; pas besoin d'en dire plus. Au revoir donc, stupide affaire « Trullemans » !

Le chat. — Je n'ai toujours pas vu Quid, le nouveau chaton de Léandra, et c'est très grave. Si ce chat est là, me disent-ils, c'est pour qu'on aille le voir. Il faut donc que j'aille dire bonjour à Quid au plus vite, sinon Léandra pensera que je n'aime pas son chat, que je l'évite... (Quelle idée !)
  
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* Après plusieurs observations attentives et recherches sur Internet, je gagne en précision : il s'agit sans aucun doute de « teignes des grains ».

dimanche 21 avril 2013

Rien

A show about nothing. — La quatrième saison de Seinfeld contient une très belle mise en abyme qui débute avec l'épisode « The Pitch » et continue ensuite selon la formule du comique de répétition : Jerry Seinfeld, le « héros » de la série (qui est déjà une mise en abyme à lui tout seul dans la mesure où il joue son propre personnage) est abordé dans un bar par des cadres de la NBC qui lui donnent l'opportunité de développer son propre show télévisé. Son ami George Costanza s'en mêle et, plus tard, lors d'une discussion avec Jerry au Monk's Café, développe un concept original : proposer un show qui ne raconte rien (a show about nothing), dans lequel les situations et les personnages seraient tirés de la vie de tous les jours. Autrement dit, George est en train de parler de créer une série qui ne raconte rien à l'intérieur d'une série qui elle-même ne raconte rien... Et George de défendre son idée en prenant justement pour exemple leur mésaventure au restaurant chinois, qui a déjà fait l'objet d'un épisode entier de la deuxième saison appelé « The Chinese Restaurant ». — C'est désormais certain : les scénaristes de cette sitcom n'étaient pas des manchots.


A blog about nothing. — Je fais soudain le lien : on pourrait dire de mon journal qu'il est lui aussi un blog « à propos de rien » dont l'auteur ne poursuit aucun objectif particulier, si ce n'est celui d'écrire un article par jour en respectant une certaine contrainte formelle. — Je voudrais, et j'y arrive sans doute parfois, que toutes ces pages ne soient qu'une simple description de ce qui me passe par la tête, de ce que j'observe, vis ou écoute, sans jugement, ni thèse, ni scénario préétabli : avec un concept pareil, mon blog risque paradoxalement de devenir, si ce n'est déjà le cas, un journal à propos de tout.

Question sur l'italique. — Si je termine une phrase par des caractères en italique, le point qui suit doit-il lui aussi être en italique ? Cette question a-t-elle un sens ?  La réponse la plus originale donnera droit à un ticket gratuit pour visiter les locaux bruxellois du journal.

Jardin clos. — Maison du Peuple, en soirée. Je viens à peine de publier l'article consacré à la journée de jeudi dernier (dans lequel je donne l'impression de me plaindre parce que je ne vois plus personne, mais en fait pas du tout, non, non, non, pom, pom, pom, la, la, la) que je reçois un coup de fil d'Andrew. Il revient d'une excursion au parc Pairi Daiza où, en compagnie de Léandra et de Nanash, il a pu resserrer les liens avec ses « frères les animaux ». Fatiguée, Léandra est rentrée tout de suite chez elle et Andrew me rejoint donc seul pour quatre tournées de Chouffe. Peut-être le dernier verre était-il celui de trop ? Il sera obligé de prendre un taxi pour rejoindre ses pénates. Quant à moi, il faudra que je me précipite dans les escaliers de la station de prémétro du Parvis pour attraper l'un des derniers trams de ce début de nuit.

jeudi 28 juin 2012

Chavagnac

Au réveil, le souvenir vivace d'un rêve pornographique au cours duquel je sors avec une vieille connaissance d'école secondaire. En public, la femme est timide et effacée, jusqu'à regarder constamment le sol... Au lit par contre, elle devient à la fois vulgaire et dirigiste. Elle me repousse et me crie : « J'en ai rien à foutre de tes petits bisous et de tes caresses ! Je veux que tu mettes ta main là, et là, et puis ici ! » ou : « Je veux que tu me prennes comme ça ! » ou encore : « T'as pas oublié les préservatifs, au moins, couillon ? », etc. J'exécute tout ce qu'elle me demande, sans néanmoins prendre le moindre plaisir. Pendant l'acte, elle me lance une série de phrases comme : « T'aimes ça, hein, mon cochon ? » — Misère ! Pour une fois que je rêve de sexe, il faut que ma partenaire imaginaire soit dans l'incapacité d'être douce ! (Je ne veux même pas savoir ce que ce rêve cache au niveau symbolique.)

Librairie Filigranes. Je flâne aux rayons philosophie, science-fiction, littérature générale et poésie. Du côté de la science-fiction, j'opte pour Simulacron 3 de Daniel F. Galouye (1964), où il est question d'un simulateur d'environnement total, autrement dit d'un monde complet créé informatiquement (Matrix est en retard d'une guerre !)... Au rayon littérature, je cherche en particulier le texte de Goethe sur la botanique (La métamorphose des plantes) mais je ne le trouve pas... « Ha, désolé, nous ne l'avons pas en stock, me répond une vendeuse. Mais nous avons Faust, au rayon théâtre, et le très beau Divan d'Orient et d'Occident qui établit, comme son nom l'indique, le pont entre ces deux mondes. Je suis assez fière d'en avoir fait l'acquisition... » C'est un peu cher, alors je me rabats sur ses Maximes et réflexions (pour le moment).

Goethe : « Si Dieu avait été préoccupé de faire vivre et agir les hommes dans la vérité, il aurait dû s'y prendre autrement. » ; « Lorsque l'homme se met à réfléchir sur sa santé ou son moral, il se trouve généralement souffrant. » ; « Jeter un coup d'œil sur une horloge qui ne marche plus, par habitude, comme si elle marchait encore ; regarder le visage d'une beauté comme si elle aimait encore. »

Une réplique culte, et très drôle, du barman Moe Szyslak dans Les Simpson (Toute la vérité, rien que la vérité, 1991) : « Les gens riches ne sont pas heureux... Depuis leur naissance jusqu'à leur mort, ils s'imaginent qu'ils sont heureux, mais crois-moi : ils ne le sont pas ! »

Je suis au MicroMarché, dans le quartier de Sainte-Catherine, en compagnie de Léandra, de Perrette et du Docteur Nanash. Celui-ci et moi-même commandons à boire. Lui un mojito, moi une simple bière. La serveuse nous sert les deux boissons et souhaite encaisser de suite : « Ça fera six euros nonante, s'il vous plaît...
— Combien coûte le mojito ? demande Nanash.
— Sept euros.
— Et l'on vous doit ?
— Six euros nonante, s'il vous plaît.
— D'accord. »
Constat : soit la bière est au prix incroyable de -10 cents (si j'avais commandé 70 chopes au lieu d'une, la commande aurait entièrement payé le mojito), soit la serveuse est un peu... hem... limitée. La conclusion toute personnelle de Nanash : « Faut pas chercher à comprendre, c'est la sélection naturelle, un point c'est tout ! »

Un peu plus tard, Léandra et moi rejoignons Andrew au Domaine de Chavagnac, un restaurant gastronomique (très abordable) spécialisé dans la cuisine du Sud-Ouest... Ça sonne un peu comme « Champignac », dans les aventures de Spirou et Fantasio, c'est sympa !

J'offre à Andrew son cadeau d'anniversaire : un recueil de poésie japonaise intitulé De cent poètes, un poème, trouvé tout à l'heure chez Filigranes. Le connaissant, je me suis dit qu'il aimerait pareil recueil de poésie orientale — j'ai longtemps hésité entre l'arabe et la japonaise —, d'autant plus que chaque poème est accompagné, en pleine page, de sa propre calligraphie. (Apparemment, je ne me suis pas trompé.)

Je déguste une tranche de foie gras en entrée... « Le foie malade d'un animal torturé », disait en son temps Maïté... Mais c'est tellement bon ! En plat principal, un pavé de bœuf. De leur côté, Andrew et Léandra mangent du magret de canard au thym.

Est-il possible que je n'aie plus vu Andrew depuis le 22 avril 2012 (si l'on en croit sa dernière apparition de visu dans ce blog, mentionnée un jour plus tard, soit le 23 avril) ? Idem pour Emily : cela fait plus de deux mois que je ne l'ai plus croisée. C'est la vie !

C'est la folie dans le centre-ville... L'Italie a gagné, semble-t-il. Le boulevard Anspach est assailli par les bruits de klaxons et l'agitation des drapeaux... Une scène : une famille d'Asiatiques, dans un taxi, observant avec de grands yeux émerveillés cette démonstration de liesse populaire européenne. Une autre scène : deux supporters allemands, dans le tram, petit drapeau en main, essayant tant bien que mal de se consoler de la défaite de leur équipe. Ils ont vraiment l'air au bord des larmes, c'en est presque... inquiétant.

lundi 23 avril 2012

"Save and continue"

Publicité. — « Tes relations avec les autres laissent à désirer ? Tu es timide, complexé et maladroit dans tes contacts sociaux ? Tu ne comprends pas pourquoi d'aucuns te laissent de côté et te tirent la gueule ? Tu es célibataire depuis longtemps et tu ne sais pas comment rompre cette solitude qui te ronge ? Nous avons LA solution à tous tes problèmes ! — OUI ! Tu as bien entendu ! — LA solution ultime ! Cela s'appelle... la philosophie allemande. Avec la philosophie allemande, tu découvriras un monde fait d'exaltation de soi, de sentiments de supériorité et de misanthropie. Tu comprendras également que tu te poses de très mauvaises questions et que la vie ne peut être vécue que dans le stoïcisme le plus complet et le repli du Monde. Alors, toi aussi, parcours sans plus tarder cette huitième merveille de l'humanité qu'est la philosophie allemandeuh ! Premier pack à 18,89 € seulement, les suivants à 19,51 € ! (Les parenthèses, tirets cadratins et autres ponctuations superflues sont en option.) »

Pendant ce temps, hier soir... — Avec toutes ces conneries d'anniversaire, je n'ai pas du tout parlé de mon week-end, que j'ai passé en compagnie de mes parents et de ma fille. (Rien à signaler de ce côté, si ce n'est que cette dernière a reçu son troisième bulletin de première primaire — très beau — et qu'elle est de plus en plus éveillée.)

Hier soir, comme tous les dimanches ou presque, je suis allé à la Maison du Peuple. J'avais en vue de travailler en première partie de soirée à une sorte de tableau d'ensemble reprenant les périodes marquantes de ce blog pour l'année écoulée, mais dès mon arrivée, je tombe sur Nanash — un revenant ! — et Andrew. Normalement, eux aussi doivent travailler : Nanash a en effet demandé à son vieil ami de l'aider à traduire en anglais le résumé d'une communication médicale qu'il voudrait donner au Brésil cet été. L'abstract (comme il dit) doit être envoyé aujourd'hui... mais il n'a pas encore terminé le texte en français. 

Personne à la table ne travaille comme il devrait travailler. Nanash s'isole un moment sur son MacBook grâce à ses écouteurs, mais après une petite heure, il revient sur Terre et prend part à une discussion politique, élection présidentielle française oblige. Nanash appartient à ce qu'on pourrait appeler, en gros, la gauche radicale (un communiste, quoi) et soutient donc Mélenchon... Moi aussi. (Comprendre : si j'étais Français et que je devais voter pour quelqu'un à la présidentielle, je voterais pour lui.) Je dis d'ailleurs durant la conversation, sans que je sache moi-même si je suis sérieux ou pas, que dans l'éventualité extrêmement improbabled'une victoire du leader du Front de gauche, je prendrais illico presto le train pour Paris... (À défaut du drapeau noir, je brandirais un drapeau rouge sang. — Mais à choisir, je préfèrerais encore brûler tous ces putains de drapeaux.)

Qu'importe les arcanes de la politique française ! Ça me fait très plaisir d'avoir un gars de gauche à ma table. Je sens comme un souffle d'air frais ce soir (ou plutôt hier soir) : celui de la remise en question du système. Je me sens moins seul, pour une fois : d'habitude, en soirée, à l'exception de celles que je passe en compagnie de Flippo, Zapata, Amy, etc., ou de Léandra en tête à tête, je suis entouré de gens ou bien de droite, ou bien centristes (donc de droite), ou bien encore apolitiques (donc de droite).

Je regarde avec une certaine délectation Nanash s'énerver en tapant du poing sur la table. Sa colère me rappelle un peu celle qui m'a prise d'un coup lors d'une soirée chez moi, le vendredi 17 juin 2011 (de l'intérêt de tenir un journal). Il s'agit ici, pour autant que je puisse en juger, du même genre d'énervement : celui de quelqu'un qui sait ce que c'est, matériellement, de ne pas avoir d'argent du tout, et qui trouve presque déplacée toute discussion bourgeoise, de salon, à ce sujet.

Nanash possède une conscience politique très tranchée. Il a des idées arrêtées sur les salaires et sur ce que devrait gagner les gens : « La rémunération d'un ministre ou d'un parlementaire, à l'origine, c'est pour permettre à tous, y compris aux classes les plus pauvres, d'occuper ce genre de fonction et de s'y consacrer à plein temps. C'est aujourd'hui une somme énorme. C'est moralement inadmissible de gagner autant. C'est une question de principe. Quand autant de gens sont asphyxiés financièrement, les représentants de l'État se doivent, encore plus que les autres, de donner l'exemple. » Ou encore : « Les règles du jeu devraient être exactement les mêmes pour tous. Or, actuellement, rien n'est plus faux. Ceux qui sont les plus capables de s'en sortir financièrement, ce sont les classes les plus aisées, qui peuvent se payer sans problème un comptable, un avocat... La justice ne s'applique pas de manière égalitaire pour tous. Ce sont toujours les plus petits qui ont le plus de mal à s'en sortir... »

Face à lui, Andrew est un peu énervé, pas tant à cause du discours qu'il tient que de son comportement de procureur général. Andrew se dit même inquiet par rapport à un tel ton : il n'aime pas l'attitude qui consiste à délimiter ce que devrait être la vertu en matière de société. Je suppose qu'Andrew considérerait une société économiquement planifiée comme une énorme privation de liberté, voire comme une aberration. — Mais le problème réside aussi dans le fait qu'actuellement, comme souvent (voire toujours ?), beaucoup de personnes sont réellement privées de toute liberté parce que la redistribution des richesses est tristement mal foutue.

Save and continue. — Toujours au cours de la même soirée, Andrew, qui en ce moment joue à un vieux Zelda sur sa console, me dit en substance ceci : « Pouvoir revivre sans cesse une journée passée, comme dans Un jour sans fin avec Bill Murray, c'est le rêve de toute la génération "Jeux vidéo" : sauvegarder sa vie comme on le fait avec une partie de Zelda et pouvoir la rejouer sans problème plus tard... » — Du coup, je me demande, si j'en avais le pouvoir, quelles parties de ma vie (quelles sauvegardes) je déciderais de rejouer. C'est impossible : mieux vaut donc ne plus y penser et gagner du premier coup.

Aujourd'hui soir, Maison du Peuple (encore et toujours). — Je suis presque à jour. Sensation étrange que celle d'écrire dans ce blog ce qui se passe à quelques heures d'intervalle. Je vois des troncs d'arbre descendre le cours de la rivière et, pour une fois, un tronc se trouve non pas loin en aval mais presque en face de mes yeux. Je décris, en léger différé, le passage du tronc... J'ai rattrapé mon retard.

(C'est même pire que ça : étant en avance sur la rédaction de mon journal et n'ayant rien d'autre à foutre de mon existence, je suis allé jusqu'à décrire dans le train le passage d'un tronc qui se trouvait en amont : je savais que Léandra serait à la Maison du Peuple ce soir et j'ai donc raconté la rencontre avant qu'elle n'ait réellement lieu. Mais ce genre de chose ne marche pas et je suis maintenant obligé de revoir mon texte. — Il ne peut y avoir de Prédiction sans Avenir.)

Léandra (qui n'est pas un tronc, je tiens à le préciser) est déjà installée à l'une des tables du fond quand j'arrive. Elle a oublié ses clés et s'en ira bientôt passer sa soirée chez Jonas. Nous buvons du vin blanc. Par le plus grand des hasards, Igor est également, en transit, à la Maison du Peuple. Il s'installe avec nous et prend un verre de vin rouge. 

Léandra et Igor partis vaquer à leurs occupations respectives, je reste seul à une table près de la fenêtre. Marrant : je remarque que la jeune dame au sac Quechua rouge, qui prend le même train que moi tous les jours et qui me salue depuis peu de temps, est assise à une autre table avec des amis. Ce n'est pas la première fois que je la vois dans ce café... (Et sur un des murs de celui-ci, plusieurs semaines d'affilée, j'ai cru voir la photo d'enfance d'une autre navetteuse : celle qui ne dit jamais rien, qui a un air très froid, qui lit John Stuart Mill et qui s'intéresse au cinéma.) — Le monde est petit, mais je ne lui parle pas.

La serveuse la plus jolie et la plus souriante du café est présente aujourd'hui. Quand elle me voit, elle me demande comment ça va et me distribue une flopée de tickets Wi-Fi (assez pour tenir quelques jours). J'aimerais être comme elle car elle respire la joie de vivre. Elle accueille tous les clients avec un sourire jusqu'aux oreilles. — Mais comment fait-elle ?

Addendum curieux. (Je jure que le paragraphe ci-dessus ne constituait pas une amorce.) Je m'apprête à partir de la Maison du Peuple, vers 22 heures. J'ai déposé mon verre sur le comptoir, je reviens des toilettes... La serveuse citée plus haut arrive à ma table et me dit : « Je suis un peu déçue. T'es passé devant le bar et tu n'as pas repris de verre. Je comptais t'en offrir un. Tu veux quoi ? ». Euh... « Je veux bien une Chimay blanche, mais en 25, et je vais venir la chercher au bar... » Au bar, elle me dit : « Tu es toujours souriant et de bonne humeur [ha bon ?], alors je t'offre un verre. » Que faire ? Bah rien. Mais je vais juste éteindre mon PC et essayer d'avoir l'air normal, au cas où. (Mon dieu, mon dieu...)

dimanche 1 avril 2012

L'appel de la Barbie Sirène

Ce matin, Gaëlle reçoit ses cadeaux de Pâques à l'avance. Ces derniers sont dispersés au milieu de la grande pelouse de la maison familiale.

De ma part, elle reçoit les talkie-walkies achetés hier (8 fréquences, portée de 5 kilomètres voire plus selon les conditions d'utilisation) ; de la part de mes parents et de ma grand-mère, une "Barbie Sirène" et des "Lego Friends"...

Gaëlle croit dur comme fer que les cheveux de la Barbie Sirène changent de couleur lorsqu'on trempe la femme-poisson dans l'eau ("Comme dans la pub", me dit-elle). Elle plonge donc sa poupée dans une petite baignoire en plastique et attend... — Rien. Une heure plus tard environ : "Tu sais, Gaëlle, il n'est marqué nulle part sur la boîte que les cheveux de Barbie changent de couleur dans l'eau..." — Déception.

Je découvre donc la gamme des Lego Friends, tout spécialement créée pour les petites filles sages qui, comme tout le monde le sait, ne sont absolument pas intéressées pas la mécanique des Lego Technic, ni par les vaisseaux spatiaux des Lego Space, ni par tout autre activité qui se doit d'être hautement virile. Hem. L'entreprise danoise a donc créé une série de Lego pour filles, dont les boîtes ne contiennent que des figurines féminines (Olivia, Emma, Andréa, Mia et Stéphanie) qui attachent des rubans roses sur la tête de petits chiens, s'occupent d'un restaurant de hamburgers et de crèmes glacées ou tiennent un poste d'observation rose et mauve dans les méandres d'un arbre rempli de fleurs et de papillons.

Je n'aime pas l'idée qu'il existe des "jouets pour filles" et des "jouets pour garçons". (De toute façon, je n'aime rien.) Gaëlle adore les costumes de princesse et les vêtements roses, ainsi que le fait de jouer avec des poupées, de les coiffer, etc. (Mais sa couleur préférée est le noir — tout n'est pas perdu !) Robe de princesse et couleur rose : "qui" décide de cela ? Est-ce culturel, social ? Est-ce un comportement qui s'apprend dans la cour de récréation ? Est-ce un schéma que j'applique inconsciemment ? Il faudrait que je lise des ouvrages de Pierre Bourdieu pour en savoir plus. Oui, mais quand ?

N'empêche : ces Lego sont marrants à monter, et je me dis que les ingénieurs qui ont réalisé les manuels de montage de ces jouets sont vachement plus fortiches que leurs confrères d'IKEA. Pendant que Gaëlle construit l'arbre-cabane en suivant le plan sans presque jamais se tromper, je m'amuse à monter le "Burger restaurant".

(Je voulais écrire un paragraphe bidon à l'occasion du premier avril mais je me suis rétracté car l'idée est ridicule.)

En gare de Charleroi, je croise Tony, un copain de Nanash. Il revient de Couvin et, comme moi, reprend le train vers Bruxelles. Nous faisons le trajet ensemble. Ce type est d'un calme olympien. Il m'explique, calmement donc, qu'il travaille actuellement dans une entreprise ixelloise qui s'occupe, si j'ai bien compris, d'effectuer de petits travaux dans des logements sociaux. Il m'explique, toujours aussi calmement, qu'il n'est plus avec sa compagne : "Elle s'énervait parfois pour un rien et changeait d'humeur sans raison, et quand les gens s'énervent, moi, je n'aime pas du tout ça et je laisse couler... Je ne réagis pas, je ne m'énerve pas... Je n'aime pas quand les gens haussent la voix."

Le soir, Léandra me retrouve à la Maison du Peuple, et je n'ai plus aucune idée de ce dont nous avons parlé !

mardi 8 novembre 2011

Discussions rêvées

– Dis donc, Hamil', pour le moment, tu aimes particulièrement les retranscriptions de discussions dans ton journal, non ?
– Ah oui ? tu trouves ? 
– Bah oui ! Tu ne fais presque plus que ça : retranscrire des discussions... Hier avec Fred puis Wali ; avant-hier avec Léandra puis Mary ; dimanche avec Gaëlle... On dirait que t'as trouvé une nouvelle façon de nous communiquer toutes tes conneries.
– Et c'est lassant, c'est ça ? 
– Bah... Euh... Non, ça va encore... Mais j'ai l'impression que ça devient compulsif, voire malsain...
– "Compulsif" ? "Malsain" ? M'enfin, tu déconnes ou quoi ? C'est juste que, quand je discute avec des gens, c'est souvent plus simple, forcément, d'adopter le format de la discussion, avec des tirets marquant les différents protagonistes, et tout et tout...
– Ben justement, pour cette discussion, il n'y a à proprement parler pas de "protagonistes"...
– Comment ça ?
– Hé bien, tu ne discutes avec personne, en ce moment...
– Je ne comprends pas.
– Cette discussion, tu l'as inventée de toutes pièces. C'est dans ta tête, mon gars. Personne ne t'a jamais réellement dit que, pour le moment, tu aimais particulièrement retranscrire des discussions dans ton journal.
Ha-ha-ha !
– Je t'assure ! Tu es en train d'écrire un truc qui n'a jamais été prononcé dans le monde réel, une discussion qui n'a jamais réellement eu lieu.
– T'essaies de me faire flipper, c'est ça ? De me dire que je deviens complètement fou ?
– Pas spécialement... Peut-être n'es-tu pas fou... Peut-être testes-tu simplement une nouvelle fois la technique de la mise en abyme ? Dans ce cas, c'est à nouveau totalement raté !
Pffff...
– Ben c'est comme ça, mon gars ! Désolé si je te fais de la peine, mais t'es sur la mauvaise pente, là !
– J'ai juste une question : si cette discussion n'a pas réellement eu lieu, faute de protagoniste, ça veut dire que tu n'existes pas réellement ! Qu'est-ce que tu réponds à ça ?
(...)
– Ha ! Je l'ai eu à son propre jeu, ce couillon ! 

* * *

– Oui, allo ?
– Hamilton ! Ça va ? T'es où ?
– Je suis à la Maison du Peuple.
– Ha ! Comme c'est original !
– Oui, ça m'arrive très rarement, je sais... Les serveurs ne m'ont pas reconnu et m'ont proposé un Coca.
Haha ! Tu es seul ?
– Oui, je suis seul...
– Moi, je passe la soirée avec Nanash, mais je t'appelais pour autre chose...
– Pour autre chose ?
– Oui... Je me disais que je réécrirais bien une journée sur ton blog, à l'occasion.
– Pourquoi ?
– Je ne sais pas, je me suis dit que ça te permettrait de te reposer un peu...
– Ha oui, c'est une bonne idée. D'autant plus que j'ai du mal pour le moment... Et tu parlerais de quoi ? 
– De toi entre autres, mais pas spécialement de ta journée... Et d'autres trucs...
– Bon, OK, et tu veux faire ça quand ?
– Je ne sais pas. C'est bon pour moi de ce vendredi à mardi prochain...
– Disons lundi alors. Il ne se passe jamais rien le lundi !
 
* * *

– Oui, allo ?
– Hamilton, c'est Tintin ! Dis, je voulais te remercier d'avoir réaffirmé la persistance de ma clarté linéaire intangible face au déferlement de la "performance capture"...
– Oh, bah, tu sais, c'est peu de choses... Mais merci d'avoir appelé ! Je suis très touché !

samedi 10 septembre 2011

Un papa à Barakiland

C'est un samedi "papa" pour Hamilton aujourd'hui. Gaëlle a dormi à Bruxelles cette nuit (je trouve que c'est plutôt une bonne chose), et comme elle s'est couchée tard hier, elle se lève tard ce matin. Hamilton habille sa fille, la fait manger et prépare ses affaires pour le voyage en train : cet après-midi, Gaëlle est invitée à l'anniversaire d'un petit voisin dans un parc à Namur. Hamilton n'est pas du tout motivé par le fait d'y aller, ce qui peut se comprendre, mais bon (il a même essayé de me convaincre de l'accompagner, mais ça aurait encore été un coup à ce que tout le monde croie qu'on est ensemble, alors j'ai décliné).

Avant de partir, Hamilton aide Gaëlle à faire ses devoirs. De la calligraphie (pour moi il n'y a pas d'autres mots). La pauvre a beaucoup de mal à tracer correctement, exactement comment la maîtresse a fait le modèle, une rangée de "1" et de "2". Elle dit textuellement "je suis stressée", et aussi son célèbre "j'y arriverai jamais". Quand elle s'énerve car elle n'arrive pas à faire quelque chose du premier coup, elle ressemble à Hamilton. Mais il tient le coup et l'oblige à faire son devoir correctement.

Ils prennent le train de 12h03 pour Namur à la gare du Midi. Le trajet (en train en tout cas) se passe calmement. Gaëlle est facile, elle s'amuse pendant tout le temps du voyage avec un billet presto à gratter perdant (cette enfant a un imaginaire extraordinaire, elle peut transformer le moindre bout de papier en n'importe quoi). Dans le même wagon qu'eux, il y a un type qui ressemble comme deux gouttes d'eau au Docteur Nanash. Même teint mat, même minceur, même regard inquiétant. Ce n'est pas encore dans ce train qu'Hamilton rencontrera la femme de sa vie. Une dame avec un accent allemand lui demande quand le train arrive à Namur, alors il lui répond simplement, car il connaît ce trajet par cœur à force de le faire depuis des années.

Le train arrive à 13h10, mais ils ne sont pas au bout de leurs peines. On peut même dire que c'est là que les Romains commencèrent à s'empoigner. En effet, pour aller au parc où ils doivent se rendre, il n'y a qu'un bus toutes les heures. Et ce bus est parti à 13h05. Ils sont donc bons pour poireauter dans la gare jusqu'à 14h05. Pour patienter, Gaëlle joue sur le petit train "à pièces" qu'il y a dans la gare (je vois parfaitement où il se trouve, car j'ai moi-même poireauté il y a pas si longtemps dans la même gare - mais je n'ai pas joué au petit train). Hamilton boit un milk-shake à la vanille.

Le bus arrive enfin, mais il est en panne (les portes ne se ferment pas). Un gars de la TEC arrive à réparer ça, et le bus démarre enfin. Mais c'était sans doute du bricolage, car à peine arrivés à Salzinne, rebelote : les portes restent obstinément ouvertes et ils ne peuvent redémarrer. Cette fois tout le monde est prié de descendre du bus, qui ne redémarrera pas de sitôt (ni de Cluny - comme je suis sur le blog d'Hamilton je peux me permettre de faire des blagues pourries). Ils prennent alors un autre bus, mais qui ne les emmène pas à l'entrée du parc. Hamilton doit faire un kilomètre à pied avec sa fille sur son dos (je vois la scène d'ici).

Ils arrivent au parc, dont l'entrée coûte 3 euros par personne. C'est gratuit pour les enfants de moins d'un mètre, mais Gaëlle mesure un tout petit peu plus et Hamilton est hyper légaliste et honnête (de toute façon, peut-être qu'ils l'auraient mesurée pour vérifier). Par contre, un autre gosse ne paie pas car il mesure pile 99 centimètres.

Hamilton et Gaëlle ont un mal fou à trouver la fête d'anniversaire. Hamilton n'a jamais vu ces gens, et il y a plein de monde (le temps est splendide). Finalement, ils trouvent. Il y a bien 30 gosses présents. Le petit voisin en question s'appelle Lewis et a le même âge que Gaëlle. Un autre petit garçon fête aussi son anniversaire. Ce sont des copains d'école, de foot. Gaëlle est la seule voisine (c'est aussi la seule fille, mais ça ne frappe pas Hamilton - c'est très, très bizarre je trouve). Le papa du gamin explique à Hamilton qu'il n'aurait pas dû payer l'entrée du parc mais qu'il aurait dû dire qu'ils venaient pour l'anniversaire de Lewis. Il insiste pour rembourser les 6 euros à Hamilton, que ces simagrées énervent certainement. Mais bon, il finit par se faire rembourser. De toute façon, Hamilton n'a pas une opinion très positive sur cette famille. Il trouve que ce sont "des barakis". À ce que m'en a dit Maïté, il n'a pas tout à fait tort.

Le gosse a reçu plein de cadeaux, des playmobils très chers. Il est pourri gâté comme on l'est souvent dans ces milieux (mais quelle horrible façon de parler et de juger : heureusement que je ne suis pas sur mon blog...). Gaëlle a offert à son copain un petit dragon de pacotille et un cœur en plasticine qu'elle a fait elle-même, mais le garçon s'en fiche. Gaëlle ne s'en formalise pas (à cet âge, on ne s'en fait pas encore pour les hommes - espérons qu'elle ne tienne pas de sa marraine et qu'elle continue comme ça longtemps).

Les autres enfants jouent ensemble mais elle reste plutôt solitaire. Ce qui ne l'empêche pas de très bien s'amuser. Son papa l'emmène faire du trampoline, du château gonflable, de la voiture électrique. Chaque attraction coûte 1 euro : c'est raisonnable. Si j'ai bien compris, c'est un parc un peu "social" (sans doute un truc provincial, mais je n'ai pas envie de vérifier). Les gens qui le fréquentent ne sont pas forcément distingués. Hamilton remarque entre autres deux filles de 15-16 ans, limite débiles mentales, qui s'obstinent à faire toutes les attractions réservées aux petits. C'est, dans l'esprit d'Hamilton, caractéristique du "quart monde" (de pire en pire ici, j'ai honte de raconter ça, mais je ne fais que répéter ce que mon ami m'a dit !). [Note d'Hamilton : Hé ! Je ne pense pas avoir jamais dit que c'était "caractéristique du quart monde" ! Juste caractéristique de ce genre de parcs d'attraction, c'est tout... Les lecteurs vont encore me prendre pour un gars cynique et condescendant, tsss...]

Hamilton fait un petit effort pour socialiser avec le papa de Lewis, qui lui offre une bière. Le type lui explique qu'il est au chômage et que son fils va à l'école catholique à Salzinne (c'est là qu'habite Gaëlle la semaine, mais elle va à l'école à Namur, dans une grosse école évidemment pas catholique - son grand-père maternel est le grand toumou des francs-maçons de Namur, puis Hamilton n'aimerait pas ça non plus).

Hamilton n'aime pas trop l'ambiance. Gaëlle aime le parc mais n'en a rien à foutre de l'anniversaire. Quand le gamin souffle ses bougies, elle refuse de chanter avec les autres enfants. Hamilton parle avec des vieux qui n'ont rien à voir avec la fête, qui promènent leur petit garçon de 5 ans. Celui-ci n'arrête pas de parler et semble particulièrement éveillé pour son âge. Comme il reste un billet en trop pour une attraction et que lui et Gaëlle doivent partir reprendre le bus (et comme ils sont sympathiques), Hamilton le leur donne.

Le trajet de retour est moins pénible que celui de l'aller. Il y a juste un couple de jeunes amoureux débiles qui énerve mon ami. Le chauffeur de bus est le même qu'à l'aller. Hamilton lui dit "Encore vous !". Le type lui explique qu'il fait le même trajet à longueur de journée. Ça doit quand même être très chiant…

Hamilton et Gaëlle doivent encore attendre un peu à la gare de Namur, Gaëlle rejoue avec le même petit train (quelle journée palpitante à raconter, j'en ai de la chance !). Elle sympathise immédiatement avec une petite fille. Hamilton se fait la réflexion qu'elle est très forte pour rentrer en contact avec une personne, mais que les groupes ne l'intéressent pas. Il se dit que c'est comme lui (je ne sais pas, peut-être qu'il se trompe, je me souviens de Gaëlle à l'anniversaire de Fred Jr, jouant avec tous les enfants, menant quasiment la danse).

Le reste du trajet est sans intérêt. Une petite fille et sa maman qui ne donnent pas envie à Hamilton de suivre les conseils de Lewis en matière de lutte contre son célibat ("tu dois viser les femmes divorcées avec enfants" : ta gueule, Lewis !). Des garçons arrogants et naïfs qui se gargarisent et qui posent des questions sur les raisons du trajet du train dans Bruxelles (cette fameuse boucle que je déteste quand je prends le train pour Namur, que même la plupart du temps je descends à Luxembourg tellement ça m'énerve de traînasser). C'est à peu près tout.

Ils arrivent à l'appart vers 18h30. À cette heure-là, il n'y a plus grand-chose à faire, surtout avec une enfant à la maison. Nous sommes tous (entendre par là "le reste de la dream team") dans le centre ville en train de manger un hamburger chic en terrasse. Emily a appelé Hamilton pour qu'il nous rejoigne mais c'est compliqué. Il fait prendre son bain à sa fille, lui cuisine du poulet aux champignons (pour une fois elle mange sans se faire prier, c'est bien car Hamilton a cuisiné avec soin comme toujours). Ils regardent un épisode des Simpsons. Il lui lit une histoire de Mélusine. Gaëlle ne s'endort pas avant 23 heures. Dans sa chambre, la veilleuse aux lapins nocturnes est du plus bel effet.

Hamilton a mal à la gorge. Il s'est laissé convaincre de prendre trois taffes de joint chez Zapata hier, et ça ne lui vaut rien. Il a l'impression d'avoir de l'asthme. Il tombe d'épuisement mais il veut absolument écrire la journée de jeudi (comme moi je veux absolument écrire cette journée d'Hamilton, pour en être quitte). Pour son article, il réécoute de vieilles chansons psychédéliques, que Flippo a passées hier. Il adore ce genre de musique. Ça le rend tout fou, tout bien, j'imagine son enthousiasme solitaire. Mon ami est quelqu'un de tellement authentiquement et constructivement passionné, c'est impressionnant. Il va enfin dormir, certainement très, très tard.

mardi 30 août 2011

Le train, c'est l'avenir !

Avantage du train : ça me laisse beaucoup de temps pour écrire toutes mes âneries.
Avantage supplémentaire du train Bruxelles-Maastricht, avec ses retards fréquents, ses suppressions inopinées (comme aujourd'hui matin) : ça me laisse encore beaucoup plus de temps.
Et du temps, c'est tout ce qu'il me faut pour écrire toutes mes âneries.

Je n'ai jamais vraiment compris les travailleurs qui se plaignaient des retards de leur train. Ce n'est pas de leur faute s'ils sont en retard, c'est de la faute du train. Donc, normalement, ils doivent être payés comme s'ils étaient présents au boulot. En outre, les retards, ça permet de se reposer, de lire, d'écrire, bref de faire ce qu'on veut de sa vie. Donc, haut les cœurs, vive les retards ! Vive la SNCB !

* * *

Aujourd'hui, j'ai fait deux constats.

Le premier est qu'il m'est plus facile de créer de la fréquentation avec un blog de jeu – même minimaliste – qu'avec un journal. En effet, je regarde les premières statistiques du "Devinoscope" (notre nouveau blog de devinettes visuelles, à Léandra et à moi), et j'arrive à une soixantaine de visiteurs différents dès ce premier jour, soit plus du double du taux de fréquentation moyen du présent journal. La grande majorité de ces soixante visiteurs sont originaires de Facebook car des amis (et des amis d'amis, sans doute) ont eu la sympathique idée d'en partager le lien sur leur profil ; quelques uns ont aussi été redirigés depuis Twitter, où officient Léandra et Andrew ; les derniers, enfin, viennent du forum MonLégionnaire, où d'anciens camarades de combat ont cru bon de créer un post à ce sujet. Maintenant, il faut voir si j'arrive à fidéliser et à garder mon public, comme on dirait dans un bureau d'études commerciales.

Question : pourquoi un blog de jeu fonctionne-t-il mieux ? Première hypothèse : parce que c'est un jeu justement et que, de manière générale, beaucoup d'humains aiment se torturer les méninges pour avoir l'immense satisfaction de la découverte, cette petite "étincelle neuronale" qui soudain prend sa source dans une partie indéterminée du cerveau. "Eurêka", comme dirait l'autre. Ici, ça ressemble plus à un : "Bordel, j'ai enfin trouvé la solution de cette putain de devinette à la con !". Bref, la découverte de la réponse est une immense victoire... Pourquoi tant de gens aiment jouer au Sudoku dans le train ? Pourquoi tant de gens aiment les énigmes du père Fouras ? Je suppose que c'est dans le même ordre d'idée, même si personnellement, je déteste le Sudoku et ai constamment envie d'arracher la barbe postiche du faux vieillard de Fort Boyard. Je sais ainsi de source sûre que, quand j'ai lancé le concept de ces énigmes pour la première fois sur Facebook, certaines personnes n'arrivaient pas à dormir s'il restait une devinette non résolue à la tombée de la nuit ! Conclusion : ces devinettes ridicules peuvent devenir une drogue, tant d'ailleurs pour le découvreur que pour le créateur (va falloir que je fasse gaffe !). Seconde hypothèse : ce journal, faut se le taper. Il n'est pas spécialement marrant, ni même spécialement intéressant, sauf pour moi-même. C'est un truc personnel : au départ, je l'écrivais d'ailleurs juste pour moi. C'est encore un peu le cas maintenant, même si le fait de savoir que je suis lu change forcément ma façon de l'écrire, dans le sens où je m'amuse à faire de plus en plus de références ; mais aussi où j'ai de plus en plus peur de ce que j'y évoque ("Comment va-t-il/elle le prendre ?", "Est-ce que je dis ça ou pas ?").

Ce qui m'amène au deuxième constat de cette journée : ce que j'écris dans ce journal a des répercussions sur le monde extérieur parce que je n'y parle pas que de moi, mais aussi de mon entourage plus ou moins proche... C'est même "pire" que ça : je parle de ma façon de voir les autres. Ces autres-là, se voyant dans le miroir déformant que je leur tends, n'ont pas demandé à être décrits. Cette façon de faire ne pose aucun problème pour des inconnus rencontrés dans un café ou au hasard d'une navette de train. Et comme me le fera comprendre Léandra, elle n'en pose pas plus pour les personnes qu'on n'aime pas et qu'on ne côtoie donc pas. C'est tout autre chose avec les amis. Certains adorent, d'autres détestent.

C'est pour cela que j'ai donné des pseudonymes à (presque) tout le monde, pour minimiser la portée de ce que je raconte. Mais ça ne change rien en fait, car tout le monde se reconnaît, forcément (bah oui). De même, Léandra me dira que c'est pour ça que, dans son journal à elle, sauf exception, elle décrit les faits les uns après les autres, du début à la fin de la journée. Elle fait bien plus que ça, pourtant, quand j'y réfléchis : un style d'écriture, même s'il se veut factuel, purement descriptif, permet de faire passer beaucoup plus d'idées que ne le pense le rédacteur. L'écriture trahit : une plume n'est jamais neutre. De toute façon, je ne pourrai jamais faire comme Léandra, car j'ai pris pour parti depuis quelques mois de laisser tomber certains pans de ma journée pour me consacrer de manière plus précise à d'autres, que je décris dès lors de manière plus analytique.

Bref, tout ça pour dire que je me suis rendu compte de cet aspect des choses aujourd'hui. Je ne parle jamais à la deuxième personne dans ce journal (sauf pour me tutoyer quand je suis saoul) et je vais donc utiliser un chemin détourné pour faire passer ma pensée : si certaines personnes qui me lisent ne veulent pas/plus figurer ici, il est très facile de me le faire savoir. Je ne m'en vexerai pas le moins du monde. Je peux même supprimer jusqu'à leur présence si elles le désirent (mais ça me prendra un certain temps dans ce cas, surtout pour des amis proches).

* * *

Le soir, je suis à la Maison du Peuple de Saint-Gilles (ouais, encore !). Je croyais y être seul aujourd'hui, mais en fait tout le monde débarque en même temps : Léandra en coup de vent, avec un Nanash pressé que je ne vois même pas ; Andrew, énervé par les subtiles manœuvres d'évitement dudit Nanash ; Emily, qui doit travailler un peu sur son PC... Après avoir mis en place une série de devinettes visuelles pour aujourd'hui et les jours prochains et après qu'Emily a terminé l'écriture d'un mail, nous nous rendons à une autre table, où Andrew est déjà installé avec Zahra et un de ses compatriotes azerbaïdjanais, pour "fêter" le départ de Zahra de Bruxelles (elle retourne à Paris).

Zahra a constamment le sourire aux lèvres. Elle aura par ailleurs clairement un effet calmant sur Andrew. Le gars qui l'accompagne est beaucoup moins causant. Il ne parle pas français et nous sortira : "Brussels is an international city, so I don't need to speak french" (ou une phrase approchante). Je déteste ce comportement. C'est comme si j'allais à Londres et que je ne faisais pas l'effort de parler anglais, parce que "Londres est une ville internationale". Bref. De toute façon, il est assez laconique, même en anglais, et restera la moitié de sa soirée sur son téléphone (mais à qui me fait-il penser ?).

On entend "London Calling" des Clash et je me dis qu'ils passent de la bonne musique ce soir. Pas de bol : juste après, c'est au tour de Queen. J'ai pensé trop vite.

Zahra et Monsieur je-ne-parle-qu'anglais s'en vont. La fille fait une bise chaleureuse à tout le monde en guise d'au revoir. Le gars me sert la main sans me regarder. Quel contraste ! J'apprends que c'est chez ce type que Zahra est allée habiter lorsqu'elle venait d'arriver à Bruxelles, délaissant dès les premiers jours la chambre que Léandra avait préparée pour elle.

Plus tard, Andrew parlera, je ne sais pour quel raison, d'un sujet assez casse-tête. En résumé, ça donne : en amour, vaut-il mieux tenter le coup avec quelqu'un dont on n'est pas spécialement amoureux mais avec qui on a toutes ses chances ou vaut-il mieux au contraire tenter le grand amour, même si ça semble mal parti d'avance ? La question est toute théorique à mes yeux vu que je ne tente jamais rien, à quelques infimes exceptions près. À un moment, je lancerai quand même un très beau : "De toute façon, il ne faut pas réfléchir autant : il faut se lancer, c'est tout !" (de ma part, fallait oser). Toujours est-il que mon petit cerveau a déjà vécu à plusieurs reprises ce genre de petit débat interne... à mes dépens d'ailleurs, vu que j'ai toujours eu le chic pour choisir des relations impossibles et qu'au final, je ne sors jamais avec personne... C'est la vie !

mardi 9 août 2011

Rêves d'enlèvement et d'adolescentes

Je me réveille vers midi (c'est les vacances !) avec des rêves plein la tête :

(Premier rêve) J'apprends au téléphone par Léandra que Nanash n'est pas content que je l'ai battu aux échecs la dernière fois et que, pour se venger et me faire peur, il a décidé de kidnapper Gaëlle avec son ami Tony. Ils n'ont pas l'intention de lui faire du mal mais je ne suis pas rassuré. L'enlèvement doit avoir lieu chez moi à 21h30 précises dans la chambre de ma fille, chez mes parents. Mes parents habitent un grand château, avec un parc et une grille, et la chambre de ma fille est beaucoup plus grande qu'elle ne l'est dans la réalité. À l'heure du supposé enlèvement, je suis censé être dans un grand restaurant bruxellois. Nanash le sait. J'élabore un plan : faire semblant de ne pas être au courant de ce que j'ai appris au téléphone. 

Dans le rêve, je suis professeur dans une sorte de grand pensionnat, à Bruxelles. À la sortie de mon cours, en fin d'après-midi, je décide de téléphoner à mon père pour qu'il fasse très attention à Gaëlle ce soir, car elle risque d'être kidnappée, mais je ne lui explique pas tous les détails. Il ne me prend pas au sérieux et me répond de son air mi-surpris/mi-fâché un truc du genre : "M'enfin, d'accord, mais c'est n'importe quoi". Un peu avant 21h30, je suis à l'entrée du restaurant et Nanash m'appelle pour prendre de mes nouvelles. Je sais parfaitement qu'il m'appelle en réalité pour savoir si je suis bien de sortie ce soir et non avec ma fille. Je fais semblant de ne rien savoir, comme prévu. Peu après, je décide de retourner chez mes parents, très rapidement, par je ne sais quel tour de passe-passe spatiotemporel. Lorsque j'arrive, Nanash et Tony sont là, mes parents aussi. Mais ma fille, elle, a disparu. Personne ne sait où elle se trouve. Je commence à stresser.

J'ai dû me réveiller à ce moment-là, mais me rendormir directement après. Le rêve s'est alors transformé en tout autre chose :

(Second rêve) De retour au pensionnat/collège dans lequel je donne cours, je dois empêcher des filles en fin d'adolescence de franchir la grille d'entrée de la cour, qui ne ferme pas. La consigne : elles doivent absolument rester dans l'enceinte du bâtiment et surtout ne pas aller courir les rues ou rejoindre leur petit copain. Le problème, c'est que je dois partir, pour je ne sais quelle raison, et que je ne peux pas garder la grille indéfiniment. Je place donc une sorte de petite barrière en bois à la place de la grille. C'est ridicule car la barrière doit faire à tout casser 40 cm de haut. Les adolescentes restent pourtant à leur place à l'intérieur de la cour. Sauf une qui enjambe la barrière, me suit et fait un bout de chemin avec moi en me prenant par la taille. L'adolescente et moi finissons par arriver à un immeuble avec une échelle. Nous décidons de monter à l'échelle pour voir ce qui se passe dans un des appartements. Par la fenêtre, nous voyons trois des adolescentes qui devaient rester dans la cour du collège en plein acte sexuel avec leur petit copain.

Il devenait glauque, ce rêve. Je crois que je me suis réveillé définitivement à ce moment-là. La signification de tout ça ? Aucune idée.

* * *

Hamilton, mon brave petit Hamilton, que cherchais-tu vraiment en débarquant dans cette soirée ? Tu as l'air en forme, bravo, woaw ! Tu fais des efforts, tu tentes l'humour, tu feins la décontraction alors que tu es une boule de nerfs... Tu sais aussi qu'elle va arriver, à un moment. Charles-Henri est là pour vous accueillir, Léandra et toi. Du moment que tu as ta bière (une Chimay blanche ou un Orval), tu es heureux, non ? C'est de cette manière que le monde fonctionne pour toi, depuis des années.

Hamilton III, un des colocataires de la Maison du Bonheur-bis, débarque à un moment, mais il ne mérite même pas que tu le mentionnes dans ce blog. Ce gars sans couleur n'est pas vraiment là, ni pour lui, ni pour toi (Ground control to Major Tom...). Durant toute la soirée, tu auras aussi l'impression qu'Elisabeth, Hamilton III et Emilia, la troisième colocatrice de Charles-Henri, ont un peu trop bouffé de salsepareille cet après-midi. Elisabeth passe une heure (au moins) à faire la sono et finira par passer un tube de Metronomy que tu adores. Emilia lèche son (ex-futur-ex) copain pendant une demi-heure. Passons. Elle n'est pas vraiment là non plus, celle-là.

Annabelle n'est pas en forme : entre la soupe – délicieuse – et le dessert, elle monte se reposer. Elle parle un peu avec Walter et Emily du boulot. Tu ne sais pas trop quoi dire (tu veux que je te ressorte le courriel pathétique que tu lui as envoyé en décembre dernier ?).

Sinon, elle ne s'est pas trop mal déroulée, cette soirée. Tout le monde travaille le lendemain, sauf Léandra et toi. Tu es content de parler à Charles-Henri. Tu as écouté d'une oreille les délires de Walter sur le privé et tu as été en grande partie d'accord avec les "définitions" d'Andrew.

L'after à la Bécasse appartient à un autre monde.

lundi 13 juin 2011

Le jeu de go

Congé de Pentecôte. C'est un peu ennuyant : j'ai l'impression de ne rien faire de ma journée si ce n'est regarder des séries (The Shield, saison 3). Fin d'après-midi, on va jouer au go à la Maison du Peuple avec Emily et Andrew. J'ai encore du chemin à faire. C'est en tout cas très prenant comme jeu : derrière la simplicité des règles se cache un véritable jeu stratégique dont je ne comprends pas grand chose, il faut bien le dire. Je fais constamment tomber les pièces : j'ai un problème de préhension ou quoi ? À la fin de la soirée, arrivée furtive de Léandra, de retour de son rendez-vous avec le docteur Nanash. Elle parle de sa "vie de couple" avec Jonas, qui ne ressemble pas vraiment à une vie de couple en fait (du moins comme elle et moi l'entendons).