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vendredi 8 mars 2013

Le paresseux

Au « Flandre ». — Un début d'après-midi avec Gaëlle à la brasserie « Le Flandre », devant la gare de Namur. Ma fille retrouve sa Nintendo 3DS et « discute avec les Pokémons » pendant qu'un vieux monsieur assis à la table d'à côté me parle des nouvelles technologies auxquelles il ne comprend rien, de ses quatre petits-enfants, des chauffeurs de bus qui klaxonnent trop fort et des piétons qui traversent les routes n'importe comment. Ensuite, le même homme regarde pendant quelques instants Gaëlle, toujours gentiment plongée dans son jeu, avant de me lancer :
« Et dire qu'on leur fait du mal, à ces enfants !
— Qui ça, "on" ?
— Ben les Dutroux et compagnie... »
Il boit rapidement sa bière, puis s'en va.

Les Schtroumpfs sous le parquet. — De retour à Bruxelles. Depuis combien de temps ne les avais-je pas invités chez moi, ces deux-là, ou plutôt ces quatre-là ? La dernière fois, c'était plus que certainement avant la création de ce journal car je ne trouve aucune mention d'une quelconque invitation au sein de ce dernier. — C'est FBsr qui arrive en premier, revenant directement de son boulot, où il a en ce moment, explique-t-il, beaucoup à faire. Alineke ne nous rejoindra en voiture qu'une demi-heure plus tard environ, accompagnée de leurs deux bambins : Marc Aurèle, quatre ans, et Dioclétien, trois mois. Le premier, filiforme et binoclard, ressemble à son père mais en blond ; le second, par contre, ne ressemble à aucun de ses deux parents : c'est un bébé très joufflu et très calme, aux allures de pacha. « Mais pourquoi l'avez-vous appelé Dioclétien ? » Réponse de FBsr : « Tout d'abord parce qu'il fallait trouver un prénom de dix lettres, comme Marc Aurèle. » Soirée tranquille : les enfants sont sages (le plus petit passe son temps à dormir ou à boire du lait, le « moyen » joue tranquillement et la plus grande s'occupe sur sa console durant la majeure partie de la soirée), le souper est apprécié, les parents sont à l'aise et je suis content d'avoir de leurs nouvelles. Avant que la petite famille ne reparte vers la ville frontalière qui leur sert de résidence, j'arrive à faire croire au petit Marc Aurèle (et je n'en suis pas peu fier) que des Schtroumpfs habitent sous le sol de mon appartement. Le pauvre gamin ira jusqu'à coller son oreille contre le parquet pour essayer de les entendre, mais ça ne fonctionnera pas. Je crois que j'ai réussi à jouer le jeu de manière assez réaliste et qu'il n'a, de fait, jamais réussi à savoir si je plaisantais ou si j'étais on ne peut plus sérieux.

Le paresseux, I. — « En fait, Papa, tu es un paresseux, non ?
— Un paresseux ?
— Oui, tu vas te coucher très tard la nuit et tu te lèves très tard le matin !
— Ha, oui, "paresseux" dans ce sens-là !
— Oui, je ne voulais pas dire que tu étais fainéant, mais seulement "paresseux", comme l'animal. Tu vois, le paresseux ? Celui qui dort à des moments curieux de la journée... »
(Mais où va-t-elle chercher tout cela ?)

Le paresseux, II. — « Solitaire, arboricole et bien camouflé », c'est ainsi que l'encyclopédie Larousse en ligne décrit l'indolent animal : « Les seuls paresseux qui ont subsisté jusqu'à nos jours sont tous petits et extrêmement discrets. Ils ont un pelage qui leur assure un parfait camouflage dans les arbres où ils vivent seuls (sauf durant la période de reproduction), bougeant peu même la nuit quand ils se nourrissent. » Plus loin, dans le même article : « Le paresseux a un rythme de vie relativement souple : il peut être actif à n'importe quel moment de la journée (...). Son maximum d'activité se situe autour de minuit et le minimum à l'aube. Encore faut-il s'entendre sur ce qu'on appelle activité chez ce mammifère qui bouge très lentement et le moins possible. » Et sur Wikipédia, on peut lire : « Le paresseux est solitaire, il ne s'accouple environ que tous les deux ans (...) » — Ma parole, cet animal est presque mon portrait craché, en tout de même légèrement plus actif !

Demain, nous continuerons notre exploration du fabuleux monde animal en compagnie du tardigrade, ce minuscule aspirateur organique.

dimanche 7 août 2011

L'image du bonheur

"La première image dont il m'a parlé, c'est celle de trois enfants sur une route, en Islande, en 1965. Il me disait que c'était pour lui l'image du bonheur et aussi qu'il avait essayé plusieurs fois de l'associer à d'autres images mais ça n'avait jamais marché. Il m'écrivait : il faudra que je la mette un jour toute seule, au début d'un film, avec une longue amorce noire. Si on n'a pas vu le bonheur dans l'image, on en verra le noir."

Aujourd'hui soir, durant la fin d'un trajet à vélo, seul, sur une piste cyclable à travers bois et à travers champs, je n'ai cessé de penser à cette première scène de Sans Soleil, de Chris Marker (1983). Une scène qui m'a marqué au plus profond de mon être et qui me marque encore à chaque fois que je la regarde... Trente-deux secondes de perfection. Le rythme, les silences, la voix, la succession des images, le noir : tout y est parfait, et à jamais.

La scène pose une question essentielle : qu'est-ce que le bonheur ? Ou, plus exactement : quelle image se fait-on du bonheur ? Chaque individu possède sa propre réponse, sa propre image.

Si je me suis remémoré cette scène à ce moment particulier de mon périple à vélo, c'est pour une raison très précise : j'ai retrouvé pendant une heure (à peine) mon image du bonheur... Seul, totalement seul, le soleil couchant devant moi, le premier quartier de lune à ma gauche, des champs à perte de vue... Quelques bosquets... Un chemin donnant sur un bois, à un kilomètre environ... Quelques nuages non menaçants... Une ferme au loin... Des grillons tout autour... Et cette odeur d'humus tellement propre à ces crépuscules du mois d'août... Voilà un tableau de la liberté ! Je me suis arrêté plusieurs fois et le temps, lui aussi, s'est arrêté, à plusieurs reprises. Durant ces quelques brefs interludes, je me suis senti libre, totalement libre, et j'ai retrouvé mon "image du bonheur". Je ne suis pas difficile, en fait. Sauf que je pourrais refaire le même chemin demain et ne rien ressentir du tout.

Je commence par la fin, mais tant pis : c'est le plus important. Le reste de la journée se trouve ci-dessous, dans un ordre qui ne bouleverse pas la chronologie.

* * * 

Aujourd'hui, toute ma journée est placée sous le signe du vélo. En effet, je dois rejoindre Tom, son ami Alexandros ainsi que Jessy à Namur pour un "fietstrip", pour reprendre le mot de Tom. Mes trois comparses sont plus motivés que moi : ils veulent faire Bruxelles-Maredsous ce premier jour ; Maredsous-Chimay le deuxième jour ; Chimay-Dinant le troisième, et puis revenir à Bruxelles. Dès le départ, je ne suis partant que pour un jour. Raison principale : ma fille est chez mes parents et, pour cette unique semaine de vacances avec elle, je veux être présent, m'en occuper et pas spécialement courir les routes de manière inconsidérée.

Première étape de la journée : rejoindre tout le monde à Namur. Je pars de chez mes parents (qui habitent Falisolle) par un temps maussade, avec mon Minerva vieux de plus de quinze ans mais néanmoins très bon, et je parcours sans trop de problèmes les quelque 25 kilomètres qui me séparent de Namur. Le rendez-vous est fixé chez Pat et Alizé, qui habitent cette bête ville, ou plus exactement qui habitent "La Plante", comme aimera le rappeler Pat. "La Plante", c'est un lieu-dit namurois, un petit village pas loin du centre historique de Namur qui a été intégré à la ville lors de la fusion des communes... Pat a prévu une "collation" pour le midi. Par collation, il entend : des bières et des chips en apéro, un spaghetti à la bolognaise avec du vin en plat principal, un dessert, des Calvados et des cafés... Y a pas à dire : Pat sait recevoir. Pour l'occasion, arrivent aussi en voiture FBsr, Alineke, avec leur fils Marc Aurèle, et Ophely (enceinte jusqu'au dents, mais ça ne se voit pas trop). Marc Aurèle est le portrait craché de FBsr (lunettes, bouille générale) sauf qu'il a les cheveux blonds, presque blancs. En le voyant, je pense à mon amie Léandra, plus particulièrement à son "type d'hommes", et une blague qui ne ferait rire personne à la table me traverse l'esprit.

Après un midi copieux, Tom, Alexandros, Jessy et moi finissons par prendre la route vers Maredsous : nous longeons la Meuse jusqu'à Anhée, puis le RAVeL de la Molignée jusqu'à la fameuse abbaye. Le groupe est sympa, je les apprécie tous. Tom, pas besoin de le décrire... Alexandros, je ne le connais pas bien et ça fait des années que je ne l'ai plus vu (il voyage tout le temps, c'est même une curiosité qu'il soit en Belgique). Il a une discussion intéressante. Par exemple, sur la capillarité de l'eau : "On représente toujours un goutte d'eau avec le haut pointu mais cette forme, elle ne la possède que lorsqu'elle est démarre du robinet. Sinon, elle est toujours plus ou moins sphérique." On en vient à se demander combien de temps il faut à une goutte de pluie pour parcourir la distance qui la sépare du sol... Dernière randonneuse : Jessy est une musicologue qui a fait des études de lutherie en Italie. Elle est assez "nature" (à Marc Aurèle durant le repas chez Pat : "Les requins ne sont pas méchants, ils ne font que manger pour survivre") et toujours souriante. Bref, un bel après-midi.

Nous buvons des verres à Maredsous (à la brasserie, ils vendent des planches de dégustation "trois bières" : si j'en crois mon expérience récente, c'est à la mode pour le moment). Nous faisons encore une petite partie du trajet ensemble, puis les trois randonneurs décident de faire du camping sauvage dans un champ. Je les quitte à Maredret et je continue ma route vers chez moi. 

La suite, je l'ai déjà racontée.