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mardi 19 mars 2013

Drame à Saint-Gilles

Les murs ont des oreilles (2). — Ce soir, je suis à nouveau dans mon fief, à la Maison du Peuple. À la table de gauche, une femme raconte ses tourments à son amie. Je la reconnais : il s'agit d'une des conteuses que j'avais été écouter le vendredi 12 février 2010 aux Zapéros-contes à la Fleur en Papier doré, en compagnie notamment de Christelle, Emily, Fany et Gaëlle, à une époque où je ne notais pas encore tout dans un journal (dommage !). — Dans un café, les gens discutent souvent comme s'il existait entre les tables d'invisibles cloisons insonorisantes ou comme s'ils se trouvaient à l'intérieur d'un cône de silence tel que celui utilisé par le baron Vladimir Harkonnen et le comte Fenring dans Dune ou, dans un tout autre genre, par Max la Menace dans la série du même nom.

« Si tu voyais comment ma fille me manipule ; si tu voyais la manipulation, c'est inouï ! Complètement inouï... Elle s'arrange toujours pour nous monter l'une contre l'autre. De nos jours, il n'y a plus aucune notion de respect chez les jeunes ! Et moi, je ne veux plus jouer le rôle du parent avec cette adolescente qui ne pense qu'à elle, qu'à ses amis... On n'a qu'une vie, merde ! (...) Elle adore le théâtre pourtant, ma fille, mais là, rien que pour m'emmerder, elle me dira qu'elle ne l'aime pas ! Dernièrement, je voulais aller à un festival du conte : que du conte, du conte, du conte, du conte ! Du conte, tout le temps, toute la journée... Le paradis, quoi ! Et puis ma fille et ma mère ont réussi à m'avoir : elles m'ont toutes les deux manipulée. Envolé, le festival du conte ! Elles ont réussi à m'emmener à Venise à la place ! Mais maintenant c'est fini : je vis ma vie ! » — J'imagine le titre de la rubrique « Faits divers » dans La Capitale : « Drame à Saint-Gilles : avec la complicité de sa grand-mère, une adolescente en crise force sa maman à visiter la Cité des Doges ! »

« Tu as vu Bienvenue chez les Ch'tis ? Tu l'as vu ? Ha, j'adore Kad Merad ! Je l'adore, je l'adore... Je l'adore, je l'adore, je l'adore ! Quel mec ! Je l'adore ! Ha, si je pouvais rencontrer un type pareil, je ne serais peut-être pas si mal en point ! Je suis déjà sortie avec des comiques, tu sais... Trois comiques... Je suis même sortie pendant un temps avec André Lamy ! Un type désagréable, qui ne parle que de lui, de lui, de lui, tout le temps de lui. Pfff... Mais Kad Merad, ha, ce Kad Merad, quel homme ! »

Le chiffre de Dorabella (2)*. — En plus des symboles en forme de demi-cercles répétés une, deux ou trois fois et tournés vers l'une des huit directions possibles (24 symboles utilisables, 20 utilisés dans le cryptogramme), certains ont remarqué, à différents endroits du document, la présence de petits points. À coup sûr, il y en a un après le 5e symbole de la troisième ligne mais aussi, du moins me semble-t-il, un autre accolé au 12e symbole de la deuxième ligne (pour celui-là, il est possible que je me fasse un film et qu'il ne s'agisse en fait que d'une tache d'encre créée lors de l'écriture du symbole). Enfin, deux points sont également bien visibles à proximité du « 4 » de la date en bas à droite du message (« July 14. 97 »). Si le premier de ces deux-là peut être considéré comme un séparateur entre le jour et l'année, le second n'a a priori aucune raison d'être là.


Plusieurs hypothèses se présentent, certaines pouvant s'entrecouper.
1) Ces points n'ont aucune signification particulière.
2) Ils doivent être reliés pour former une figure ou donner une indication de lecture (une sorte de « Join the dots » farfelu). Si c'est le cas, personne n'a compris à ce jour ce qu'il fallait exactement relier, ni pourquoi.
3) Ce sont des signes de ponctuation (point, apostrophe ?).
4) Ils marquent la séparation entre des chiffrements différents (ou des langues différentes ?).
5) Ce sont des signes mettant en valeur un symbole particulier, par exemple pour signifier que le symbole qui suit est un « A » ou bien constitue le départ d'une séquence donnée. Mais alors laquelle ? On pourrait penser que le « Miss Penny » écrit au verso de la note chiffrée correspond à une séquence du texte et qu'il faut la placer après un signe comme le point de la troisième ligne. Cependant, ça ne fonctionne pas si le chiffrement est une substitution simple car on ne trouve pas dans l'ensemble du cryptogramme une suite de symboles qui équivaudrait à deux « S » suivi de deux « N » trois lettres plus loin (« miSSpeNNy »).
6) Les deux points présents dans la date, cumulés ou non avec une partie du chiffre « 4 », constituent une indication de direction pour la lecture des symboles, comme sur une horloge ou sur une boussole (la flèche pointant alors dans ce cas-ci vers environ 37 minutes ou vers le sud-ouest, selon l'analogie utilisée). Cela pourrait avoir un sens si la clé contenant les symboles et leurs équivalents en lettres avait la forme d'une roue que l'on peut faire pivoter.
(La suite demain.)
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* Lire l'article d'hier pour le début de l'histoire 

jeudi 18 octobre 2012

Tempérance

(Co)habitation. — En matière de propriété, de quoi ai-je besoin pour vivre ? Quel est le plancher en dessous duquel mon moral commencerait à se modifier négativement ? Il me faut : une pièce qui m'appartienne en propre (ma pièce, où je peux m'isoler à tout moment), avec un lit, un coin pour me laver (au moins un lavabo raccordé à l'eau courante), un autre coin pour cuisiner, avec une table pour manger et rédiger mes textes ; un cabinet cloisonné pour mes besoins corporels ; un accès à l'électricité ; des livres, de la musique et de quoi écrire (un ordinateur étant le plus évident). Le reste est superflu, c'est-à-dire : si je n'avais comme biens que ce que je viens de citer, je n'en serais certainement pas plus malheureux que si je possédais un château.

Je partage mon appartement (trop grand pour moi tout seul, donc) avec Mary depuis près de deux mois et, contrairement à ce qu'on aurait pu imaginer a priori, le voisinage se passe très bien. Mary a ses activités (badminton, cours et soirées entre amis...) et moi les miennes (soirée à la Maison du Peuple, soirée à la Maison du Peuple et soirée à la Maison du Peuple). De temps en temps, nous nous croisons autour d'un repas, d'une discussion ou d'un film. C'est tout ce que j'attends d'une cohabitation.

Pré-soirée. — Attendant Fred Jr à la Maison du Peuple, j'explique à Léandra : « Tu sais, cette histoire de mois de novembre... Quand je te dis constamment qu'il va se passer quelque chose de spécial pour nous en novembre... "Attendons novembre !"... Eh bien j'y ai repensé et je me suis dit que l'événement spécial en question, ce serait peut-être ma propre mort... Que ma mort servirait de déclic dans le changement de vos vies... Un truc dans ce style-là... J'y ai pensé à la suite de mes récents élancements dans l'abdomen... Je sais : ils sont passés peu de temps après mon arrêt presque total de l'alcool mais peut-être n'est-ce pas fini ? Peut-être n'est-ce qu'un intermède ? Peut-être est-ce grave ? Peut-être que je n'en ai plus que pour un mois tout au plus ? Pour me préparer à cette éventualité, j'ai lu ce qu'a écrit Épicure sur la mort... » (Léandra semble pour le moins dubitative.)

Elle me parle des prénoms Arthur et Emmanuel, en référence (du moins je suppose !) à mon article de vendredi dernier. Je réfléchis tout haut : « Arthur... Emmanuel... C'est vrai que ça sonne bien. Si jamais j'avais à nouveau un enfant — oui, je sais, je n'en veux plus — et que c'était un garçon, je l'appellerais "Arthur-Emmanuel". Comme ça, quand quelqu'un me demanderait d'où viens ce prénom, je pourrais lui expliquer que c'est en référence à Arthur Schopenhauer et Emmanuel Kant. Et là, mon interlocuteur me dirait : "Mais non !", et je répondrais : "Mais si, parfaitement !" »

Soirée. — Fred Jr nous rejoint vers 20h30. Il est venu en voiture jusqu'à notre quartier fétiche. Nous allons manger des pizzas au tout nouveau Mama Roma installé sur le Parvis de Saint-Gilles puis boire un verre au Verschueren. L'occasion pour moi de boire un Orval, le seul, l'unique de la semaine. Si seulement je pouvais continuer dans cet idéal de tempérance !

Une partie de la discussion tourne autour du nouveau boulot de Fred Jr. Celui-ci doit développer une série d'activités d'éducation permanente, notamment sur le thème du temps. « Du temps ? C'est très vaste... Tu dois parler de quoi ? De la relativité restreinte ? Du temps en termes philosophiques ? » Réponse de Fred : « Je n'en sais rien ! » Je lui lance : « Si tu veux, je peux venir en parler, du temps... Je suis justement en train de lire un truc là-dessus. Tout ce que je développerai sera du pur baratin mais je peux tenir des heures sur le sujet ! »

À un moment, nous parlons du resserrement de notre entourage immédiat — surtout du mien en fait, Léandra continuant à rencontrer pas mal de monde via l'impro. Il fut en effet un temps où nous participions à de grandes soirées festives en compagnie des « Français ». Fred commente : « À la lecture de ton blog, j'avais parfois un peu l'impression que tu subissais tous ces gens... » — Exception faite d'Emily et de Walter (qui ne faisaient de toute façon absolument pas partie du même groupe), de Fany, de Vespertine, de Charles-Henri et de quelques autres, il s'avère que c'est complètement vrai. La plupart des fêtards qui composaient ces soirées, je les subissais plus qu'autre chose. J'ai fini par développer une théorie à ce sujet : si j'ai continué à m'y rendre, c'était en grande partie pour rester en contact, d'abord avec Christelle, puis avec Annabelle. Lorsque la première s'est cassée et que, plus tard, la seconde s'est casée, la principale valeur de ces rencontres est partie en fumée. C'est la vie !

jeudi 7 juin 2012

Changement de couche à Saint-Gilles

Inquiétude. — Comme chaque matinée de la semaine ou presque, je commande mon premier café de la journée dans les sous-sols de la gare du Midi. Les serveurs de l'enseigne commencent à me connaître et, dès qu'ils me voient débarquer, mettent la machine en route (ce qui peut d'ailleurs poser problème lorsque je ne veux pas de café, mais c'est très rare).

De temps à autre, certains matins, le comportement de ces vendeurs de cafés et viennoiseries change très rapidement. Il passe de la politesse (« Bonjour Monsieur, votre café, comme d'habitude ? ») à l'inquiétude (se retournant vers les collègues : « Il est encore là ! Surveillez-le ! »). Explication : il semblerait qu'il y ait dans ce souterrain des personnes dont l'occupation favorite est de voler de la nourriture. 

Et ce matin, je vois le regard de mon vendeur se transformer... Il me répond à peine, est ailleurs, regarde vers l'extérieur, me rend la monnaie d'un air distrait... Il en a repéré un, c'est sûr. Il est inquiet : le voleur va-t-il à nouveau venir leur parler, tout en essayant de voler une pomme ou l'un ou l'autre smoothie ? À voir le regard à la limite de la terreur dudit vendeur, je ne peux m'empêcher d'imaginer une scène digne d'un film de zombies : les quelques pauvres préposés assaillis par une horde de malandrins réclamant un peu de café et de nourriture. Ils sortiraient alors des riot guns de leur réserve et protégeraient la sandwicherie attaquée en tirant dans la foule... Mais les munitions viendraient à manquer et les tireurs finiraient par se faire dévorer... Et moi, j'arriverais pour commander un café et ne rencontrerais que ruines fumantes, corps déchiquetés et plaques de sang coagulé... (Un changement dans ma routine, pour sûr !)

Archiviste audiovisuelle. — Dans les escalators, je croise le regard de Fríðr. Comme j'ai établi un contact tangible avec elle depuis ce lundi et que je n'ai donc plus peur de lui adresser la parole, je l'attends en haut de l'escalier mécanique afin de marcher avec elle jusqu'aux quais, où se trouve déjà Epiphany, sa copine navetteuse que je connais un peu aussi désormais. J'attends le train en leur compagnie.

J'en apprends un peu plus sur Epiphany, en recoupant ses propos de ce matin avec son CV en ligne (il n'y a pas que Léandra qui est capable de retrouver la trace de quelqu'un sur le Web). Chose assez amusante, Epiphany a un parcours très similaire au mien : elle a fait des études universitaires en rapport avec le métier du livre, puis s'est spécialisée dans les stratégies de l'information et de la documentation (son travail de fin d'études a consisté à réaliser un site Web dynamique sous interface PHP/MySQL, exactement comme moi), ensuite elle a travaillé dans un écomusée (comme moi), et est maintenant archiviste, mais s'occupe surtout de l'aspect informatique/base de données à son boulot (comme moi). J'apprends par ailleurs qu'elle travaille dans une société belge de numérisation d'archives audiovisuelles bien connue. Je lui explique que je vois très bien de quoi il s'agit, tout en taisant le fait que de nombreux confrères archivistes trouvent leurs tarifs exorbitants (mais c'est une autre histoire !).

Hamilton L. Evenvel, client polyvalent. — La Maison du Peuple est presque comble ce soir. Seules places restantes : les fauteuils confortables sur le petit podium. Le coin est boudé par tout le monde et je m'y assieds donc, seul, avec mon ordinateur et 50 centilitres de bière. C'est la seconde fois que je m'installe à cet endroit légèrement surélevé. (La première fois, c'était pour discuter avec Fany, tiens !) 

Les clients ne tardent pas à investir le lieu. Parmi ceux-ci : une femme seule avec son matériel à dessin ; un groupe de quatre jeunes insupportablement pédants ; deux amoureux qui n'arrêtent pas de s'enlacer et de s'embrasser avec beaucoup de vigueur (pauvres amygdales...). Vont-ils aller jusqu'au coït ? On dirait, mais tout compte fait non (ils gardent beaucoup trop de vêtements pour arriver à quelque chose de vraiment probant en la matière).

Courant de la soirée, une jeune femme couche son bébé sur le canapé vide situé à ma droite et me prévient : « Je suis désolée, je vais devoir changer mon gamin... Ça ne va pas sentir bon. » « Pas de problème. J'ai l'habitude. J'ai connu ça. » Le garçon est tout content d'être sur un canapé, n'arrête pas de gigoter et d'explorer chaque recoin de ce petit monde. La maman est débordée : « Bon, je n'y arriverai pas. Je vais attendre le père... » « Hé, attendez, lui lancé-je, je peux m'en occuper si vous voulez. Je le tiens pendant que vous changez son lange ! » Elle accepte. Je m'attends à voir le bambin pleurer alors que je maintiens ses petits bras contre le canapé, mais c'est l'inverse qui se passe : il me fait un grand sourire émerveillé, comme s'il découvrait quelque chose d'à la fois extrêmement comique et fabuleux. — Oui, oui, je sais, pas besoin de me le répéter à nouveau (vous allez me gêner) : je suis à la fois l'un et l'autre, hem.

samedi 26 mai 2012

Deux équilibristes dans un transept

Aujourd'hui, ma fille, mes parents et moi nous rendons au sein des ruines de l'abbaye de Villers-la-Ville pour assister aux Nuits du Cirque, un événement organisé par l'ASBL Idée Fixe durant lequel clowns, acrobates, équilibristes, jongleurs et autres saltimbanques prennent possession de l'ancien site cistercien. (J'espère ne pas y croiser trop de clowns car, évidemment, je déteste ceux-ci ainsi que, de manière plus générale, tous ces artistes qui veulent que je participe à leurs numéros à la con...Mais passons !)

15h : le départ. — Ma mère connaît parfaitement le chemin pour aller à Villers en voiture mais utilise quand même un GPS qui, assez curieusement, fait emprunter au véhicule un joli chemin bucolique en pavés passant par le petit village de Marbisoux. Plus tard, mon père dira que cet endroit champêtre pourrait parfaitement servir de cadre à un épisode de Barnaby qui s'intitulerait, précise-t-il, Le sonneur de cloches de Marbisoux.

Maman n'est pas contente et s'énerve à tout bout de champ parce que le chemin emprunté est trop étroit. (Pourtant, Jésus n'a-t-il pas dit : « Étroite est la porte, et resserré le chemin qui mène à la vie, et peu nombreux sont ceux qui le trouvent » ? [Matthieu, 7:14] L'excès de soleil sans doute, oui, oui...) Maman n'aime pas le moindre changement dans sa routine, est incapable d'apprécier le moment présent ainsi que toute forme de nouveauté : « On aurait dû passer par Sart-Dames-Avelines, je connaissais le chemin ! Je n'aime pas cette route, j'ai envie de faire demi-tour... Je n'aime pas la campagne... Je trouve ça moche... », etc. Si nous étions passés par l'autoroute, ses protestations auraient sans doute été tout aussi fortes, à cause de la trop grande largeur de la route. Et lorsque mon père et moi lui demandons d'arrêter de s'énerver, elle se fâche de plus belle : « Je n'étais pas énervée, mais maintenant je le suis parce que vous m'avez dit que j'étais énervée alors que je ne l'étais pas ! » Misère !

15h40 : une halte à la brasserie du coin. — Nous attendons le début des festivités à la terrasse du Moulin de Villers, une brasserie située en face de l'abbaye. Mon père et moi goûtons la Villers triple, une bière brassée à Melle (dans les faubourgs de Gand) par la Brasserie Huygue. Bof, bof... La seconde sera une Westmalle triple pour lui et un Orval pour moi. J'emprunte le carnet à dessins de Gaëlle (dont la couverture est recouverte de ridicules petits cœurs roses), afin de retranscrire le plus fidèlement possible cette chaude soirée circassienne dans mon journal en ligne. Je demande à mon père : « Tu as vu mon blog ces derniers jours ? Ça tient la route, non ? » Il me répond, un rien désabusé : « Pfff, j'en sais rien... Je ne le lis plus. »

17h10 : les jouets & les autruches. — Nous sommes accueillis par la brigade des jouets : des danseurs et des musiciens (basse, guitare, tambours, cuivres) montés sur des échasses ou des jambes de satyre. Un peu plus loin, trois acteurs déguisés en autruche bluffent tout le monde. Ils sont eux aussi montés sur échasses et dirigent la tête de leur animal à l'aide de plusieurs fils, à l'instar d'un marionnettiste. Mais le cou d'une des autruches se brise à la suite d'une contorsion trop osée et son conducteur, dépité, est obligé de s'éloigner du public... pour ne plus jamais réapparaître de la soirée, d'après mon père.

Une des autruches dont la tête fonctionne par ensecrètement.
(Toutes les photos de cet article ont été prises avec le petit appareil
Sony Cyber-shot rose de Gaëlle, qui faisait pâle figure face aux
mastodontes à téléobjectifs des journalistes... — Mais on s'en fout !)

17h40 : les deux équilibristes. — Depuis la nef de la vieille abbatiale, nous observons, au centre du transept, un couple haut perché en pleine phase de répétition pour la grande finale de ce soir (que nous ne verrons pas) intitulée « Duo du haut » (jeu de mots, jeu de mots, haha !). Chacun des deux protagonistes est installé dans un mât au sommet d'une longue tige faite de métal pliant. Durant une vingtaine de secondes, l'homme effectue un joli poirier en tentant de garder sa tige la plus droite possible. C'est à mon sens un des seuls cas où tenir sa tige droite relève non pas de la trivialité mais bien de l'art le plus noble. (Il fallait que je la sorte, celle-là, c'était plus fort que moi... Sortir quoi ?*)

Au moment de sa descente au sol, nous remarquons avec un certain étonnement que l'équilibriste marche à l'aide de béquilles ! Un homme dans le public sourit à sa compagne : « La dernière représentation s'est apparemment mal passée. Ça promet ! » Toujours dans la nef, je croise par hasard la mère de Fred Jr et son nouveau compagnon. Au moment de la rencontre, je suis en train de griffonner quelques mots-clés dans le carnet de Gaëlle... Ladite maman me regarde, surprise, voire inquiète pour ma santé mentale : « Et tu prends des notes ? » Réponse : « Ha, oui... Hem... Je note tout ce que je fais, puis je l'écris dans un journal... Euh... Voilà... » J'ai clairement l'impression de passer pour l'idiot du village.

L'équilibriste aux béquilles assaillant sa collègue
dans les hauteurs du transept de l'abbatiale.

18h : le grimage. — Gaëlle veut absolument être maquillée. Je fais donc la file avec elle pendant une petite demi-heure devant le stand « Grimage », où cinq professionnelles s'occupent de travestir avec beaucoup de soin le visage des enfants... et de certains adultes aussi. Dans la file, juste derrière moi, une femme, la vingtaine, impatiente, me demande si moi aussi je veux me faire refaire le portrait ou bien si je suis seulement là pour accompagner ma fille. Je lui réponds : « Oh, non, je ne me maquille pas. Vous savez, la dernière fois qu'on m'a maquillé dans une fête foraine, j'ai attrapé une réaction allergique, avec des plaques et tout... » Elle me demande si c'est grave et si ça peut lui arriver, à elle... « Si ça vous arrive, il faudra venir vous chercher en hélicoptère et vous faire très rapidement une piqûre d'antihistaminique, directement dans l'artère ! » Elle ne semble pas rassurée. Je crois qu'elle est incapable de se décider de manière nette quant au statut de ma remarque : est-ce une plaisanterie ? (Il convient de préciser que j'ai exprimé tout cela le plus sérieusement du monde, d'un regard sombre, voire inquiet.)

Par le plus grand des hasards, la maquilleuse possède à peu de chose près le même tee-shirt que Gaëlle : une marinière blanche et rouge. Seules différences : les coutures à l'épaule et l'absence d'un dessin représentant Hello Kitty sur le vêtement de la dame.

Gaëlle veut se transformer en tigresse. À la fin du grimage (très réussi), la maquilleuse lui demande si elle désire des paillettes. Réponse de ma fille : « Non, non, pas de paillettes car les vraies tigresses n'en ont pas ! » La collègue d'à côté s'arrête brusquement de travailler et demande à Gaëlle, interloquée : « Est-ce que je peux avoir ton prénom et ton adresse ? Un enfant qui refuse les paillettes, c'est extrêmement rare... » Et la maquilleuse de Gaëlle d'ajouter : « Elle ne va pas suivre des chemins ordinaires, votre fille... » — Le destin du Monde est-il contenu dans ce court moment, en apparence anodin, durant lequel Gaëlle a refusé obstinément qu'on lui mette des paillettes sur le visage ?

Pendant ce temps, mes parents font un tour du côté de la scène « Idéaux beurre noir » (encore un jeu de mots de malade, wouhou !), un combat de boxe qui prend place sur un ring loufoque... À leur retour, ma mère est toujours aussi énervée : « Et comment je vais ravoir le maquillage ? Elle en a aussi sur les yeux, ça risque de lui piquer... Et patati, et patata... » (Soupir.)

Les deux tee-shirts appareillés.

19h : l'école du cirque. — Au milieu d'une pelouse remplie d'accessoires de cirque (assiettes tournantes, bâtons du diable, diabolos, etc.), Gaëlle nous annonce, fièrement : « Moi, je sais faire tout ça ! » Conclusion après dix minutes d'essais multiples et infructueux : elle ne sait rien faire du tout !

19h40 : la funambule. — Dans la cour d'honneur, nous tombons sur le début d'un numéro de funambulisme : une femme en rouge s'apprête à danser le long d'un fil, sur une musique New Age constituée en grande partie de « Lalalaaaaa »... Mon père, nullement impressionné et légèrement énervé par tous les « gestes superflus » de la dame avant de monter sur son fil, lâchera : « Pfff, ce qu'elle fait là, ta grand-mère le ferait bien... » (Mon père n'est pas un rêveur.) De son côté, Gaëlle ne regarde pas le spectacle et s'amuse à réaliser des figures de gymnastique dès qu'un carré de pelouse se libère : « Moi, je peux faire le poirier en mettant mes mains comme ça, regardez, regardez, mais regardez ! Nanou, regarde ! » Ma mère : « Gaëlle, attention, il y a une flamme là ! Arrête, il y a des gens ! Reviens ici, ne t'éloigne pas trop ! », etc.

20h : Le trampoline des Blues Brothers. — Assis à ma droite sur un des murs de la cour des quatre jardins, un petit garçon hilare rit de très bon cœur à chaque pitrerie de ces deux « frères » champions du Monde (paraît-il) de trampoline. Faut dire que leur numéro est très bien huilé et assez marrant. Vers la fin du show, ils demandent à un enfant à lunettes de les accompagner sur leur engin à ressorts. Le gosse revient ensuite à sa place totalement ahuri, des rêves plein la tête.

Ils sautent, ils tournent, ils voltigent,
ce sont les Blues Brothers...

20h40 : la femme dans la Lune. — Cette dame arrive dans une robe cerclée rouge recouvrant son corps jusqu'à la plante des pieds. L'homme l'attend au pied du grand arbre. Le concept : sa robe et le cercle métallique sur lequel elle peut s'asseoir et monter en l'air ne font qu'un. Après une série de préliminaires** qui énervent mon père (il s'en ira d'ailleurs nous chercher des Duvel à ce moment-là), le bonhomme hisse la dame à l'aide d'un système de câbles, à la seule force de ses bras. Ensuite, elle se met à se balancer, à se cacher dans les replis de sa robe, à réapparaître, avant d'être rejointe par son comparse. Une fleur fragile, délicate, sensuelle, agile... Tout cela en une seule femme. Woaw.
La femme lunaire dans sa robe-balançoire rouge.
(N'y a-t-il pas dans son allure un petit air de Fany ?
En tout cas, c'est ce que j'appelle être sensuelle...)

21h30 : le retour. — Le soleil se couche, il est temps de rentrer... Ce n'est pas que Gaëlle montre un quelconque signe de fatigue, non... Mais il faut encore la laver, la démaquiller... Et puis ma mère semble tellement exténuée de s'être énervée toute seule toute la journée... Nous prenons donc le chemin du retour, en repassant par le même petit village paumé. Sur Classic 21, un vieux tube de Mercury Rev, « Goddess on a Hiway », une de mes chansons favorites, qui cadre particulièrement bien avec ce retour en voiture dans la lumière du crépuscule... Well I got us on a highway and I got us in a car. Got us going faster than we've ever gone before...

Goddess On A Highway by Mercury Rev on Grooveshark
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* Mon dieu, ayez pitié de moi !
** Il serait sans doute intéressant de relire le présent texte en ayant pour principal objectif la recherche de toutes les allusions sexuelles — conscientes et inconscientes — qu'il contient.

vendredi 20 janvier 2012

Certitudes & incertitudes

« 207. "Étrange coïncidence que toute personne dont on a ouvert le crâne avait un cerveau !" » (Ludwig Wittgenstein, De la certitude, 1969 [posthume])
Train Liège-Namur, début d'après-midi. Dans le même wagon que moi, deux jeunes femmes discutent. Elles sont à la lisière de l'âge adulte, peut-être en première année d'école supérieure... L'une d'elle est un curieux mélange entre Fany et Mary. Elle possède le côté très dynamique de la première et la façon de parler ainsi que l'accent de la seconde. Elle avoue à sa copine qu'elle croit avoir des troubles obsessionnels compulsifs :

— J'te jure, je crois que j'ai des TOC !
— Haha !
— Naaaan, mais rigole pas, c'est pas drôle, grave quoi !
— Hum.
— Dernièrement, là, j'étais chez Dimitri, t'vois, et chez Dimitri, c'est trop space : les murs de sa cuisine sont entièrement noirs. Par contre, sa salle à manger est toute blanche. Et ses chaises sont soit noires, soit blanches !
— Et ?
— Et ben, ça me perturbe à fond.
— Pourquoi ?
— Ça me rend anxieuse de voir qu'il y a deux couleurs... En plus, parfois, les chaises sont mises n'importe comment et ne sont pas ordonnées par couleur ou par paire de couleurs.
— C'est pas si grave, pourtant.
— Si ! Franchement, j'ai du mal à rester dans la pièce. J'ai envie de tout repeindre. Et c'est comme ça dans plein de situations, avec les vêtements aussi par exemple. J'ai beaucoup de mal avec les vêtements dépareillés. 

La pauvre, comme je la plains... 

* * *

Walter, au Congo depuis à peine une semaine, m'envoie un message pour me signaler que sa mission est annulée pour raison de sécurité et qu'il rentrera en Belgique dès dimanche. Nous avions prévu, Emily, Léandra et moi, l'éventualité d'un retour hâtif, mais jamais nous aurions pu imaginer que ce fût aussi tôt.

* * *

Je reviens chez mes parents avec ma fille. Dans le salon, m'attend un colis estampillé "Amazon", celui que j'ai commandé il y a deux semaines. Il contient trois livres de Ludwig Wittgenstein (Recherches philosophiques, Le Cahier bleu et le Cahier brun, De la certitude) et Le mythe du progrès de Georg Henrik von Wright. 

J'ai envie depuis quelques mois de me replonger dans la philosophie. Lire Wittgenstein post-Tractatus (celui que l'on nomme parfois le "second Wittgenstein") m'a paru une bonne idée pour commencer, je ne sais pourquoi. Ou plutôt si : je sais exactement pourquoi ! Je suis beaucoup trop solipsiste pour le moment ; trop versé dans l'idéalisme, au sens philosophique du terme ; j'ai trop tendance à considérer ce que je vois et ressens comme étant le fruit d'une construction de mon cerveau.

Comme l'a notamment expliqué Bertrand Russell dans Human Knowledge: Its Scope and Limits (1948), ce type de conception est "psychologiquement impossible à croire et est rejetée dans les faits par ceux-là même qui disent l'accepter". Un exemple paradoxal : si j'explique à Léandra que je conçois mes pensées comme étant le seul univers existant (sous-entendant que le reste de l'humanité, y compris Léandra donc, n'existe pas en tant qu'ensemble de personnalités individuelles douées de raison), je suis dans une contradiction avec moi-même : si je pense cela, pourquoi dès lors est-ce que je lui parle, pourquoi est-ce que je réagis avec les humains comme s'ils existaient ? Autrement dit : lorsque je pense en termes de solipsisme, je pense une règle du jeu que je suis incapable d'appliquer réellement. Heureusement, sans doute.

Mais pour tout dire, je ne suis pas certain que Wittgenstein m'aidera en quoi que ce soit pour surmonter mon "blocage philosophique" actuel. Rien qu'en feuilletant De la certitude, je me dis que l'ami Ludwig et ses aphorismes vont peut-être même réussir l'exploit de me rendre encore plus incertain qu'avant. Exemples :
« 24. La question que pose l'idéaliste est à peu près celle-ci : "De quel droit est-ce que je ne doute pas de l'existence de mes mains ?" (Et à cela la réponse ne peut pas être : je sais qu'elles existent.) Mais celui qui pose une telle question néglige le fait qu'un doute portant sur l'existence ne peut fonctionner que dans un jeu de langage. Qu'il nous faudrait donc d'abord demander : de quoi aurait l'air un tel doute ? Car nous ne le comprenons pas d'emblée. » 

« 159. Enfants, nous apprenons des faits, p. ex. que tout être humain a un cerveau, et nous les acceptons les yeux fermés. Je crois qu'il existe une île, l'Australie, qui a telle forme, etc. Je crois que j'ai eu des arrière-grands-parents, que les personnes qui disaient être mes parents étaient réellement mes parents, etc. Cette croyance peut ne jamais avoir été exprimée ; et même la pensée qu'il en est ainsi, jamais pensée. » 
Je vais être obligé d'être très attentif pour suivre la pensée de cet homme hors du commun, à l'écriture incisive et à la ponctuation très particulière. Je vais devoir me jeter à corps perdu dans cette philosophie si je veux en retirer quelque chose, ou à tout le moins la comprendre. Rien que cette idée me met du baume au cœur.

À propos de consolation : j'ai une explication à ma déprime ambiante de la semaine. Aujourd'hui, je suis malade (oui, encore !) : toux, courbatures, nez bouché et tête qui tourne. Si j'étais mal en point depuis lundi dernier, c'est parce que je préparais un petit état grippal, voilà tout. Ou pas.

* * *

Pour endormir Gaëlle cette nuit, je lui raconte deux histoires : la première est celle de bruits étranges dans un grenier au-dessus de la chambre d'une petite fille, bruits qui s'avèrent être le déplacement et le hululement d'un hibou (un classique) ; la seconde est, de nouveau, celle de bruits étranges dans un grenier mais qui ne sont plus causés pas un hibou. Ce dernier est d'ailleurs devenu l'ami de la petite fille et l'aide à retrouver la cause des nouveaux bruits. La réponse ne se fait pas attendre : il s'agit d'un gentil monstre en forme de petite boule de poils noirs qui se déplace très rapidement dans le grenier et dans la chambre. Gaëlle n'est pas rassurée :

— Ça n'existe pas vraiment, hein, ça, papa ?
— Ha mais je n'en sais rien...
— Allez, s'il te plaît. Dis-le moi : c'est inventé, hein ?
— Mmmmh ?
(Début de pleurs...)
— Raaah, oui, oui, c'est inventé !

dimanche 15 janvier 2012

Ma vie au sein du Superamas de la Vierge

Hamilton, mon petit Hamilton (comme dirait Fany), combien de fois t'ai-je fait comprendre que tu ne devais sous aucun prétexte ne fut-ce que jeter un œil à des articles relatifs à la taille de l'Univers observable ou à la position de notre petite planète au sein de celui-ci ? Dès que tu y réfléchis un tant soit peu, tu te tapes une crise d'angoisse.

Sauf que voilà : tu n'as pas pu t'empêcher d'aller (re)lire hier, avant ta soirée d'anniversaire, ces nombreuses pages anglophones de Wikipedia – la version francophone est souvent nettement inférieure – consacrées à la taille de l'Univers, à sa topologie, à son âge... 

Et alors ? Alors, se rendre compte de l'immensité du "vide" qui entoure notre ridicule planète bleue est à la fois passionnant et extrêmement angoissant... Passionnant car on ne peut qu'être ébahi par la taille, la structure, l'organisation et la beauté de ce que l'on observe au travers d'un télescope... Angoissant car cela mène au constat que nous ne sommes qu'une merde de mouche – c'est un euphémisme – dans le Cosmos, comme le montre le schéma ci-dessous*, reprenant la position de la Terre dans l'Univers observable (à savoir cette sphère d'environ 47 milliards d'années-lumière de rayon dont on peut en principe observer le contenu depuis la Terre, car la lumière a eu le temps de se propager jusqu'à nous) :


À chaque fois que je regarde un tel schéma, je ne peux m'empêcher de penser que ma vie est totalement et définitivement insensée et surréaliste. Tout cela n'a aucun sens. À quoi cela sert-il de se rendre compte que nous sommes là ? D'avoir l'intelligence suffisante pour constater notre propre conscience ? À quoi cela sert-il, sincèrement, de se débattre, d'avoir des projets, d'écrire, de discuter, d'apprendre, d'aimer ? En fait, cela ne sert strictement à rien, si ce n'est à passer le temps, à combler le vide d'une petite existence avant le grand Néant.

Dieu (haha, la bonne blague !) merci, je ne pense pas à cela tout le temps, auquel cas ma vie serait un véritable calvaire. En tant qu'athée, je ne peux néanmoins en aucun cas me rassurer au travers d'une quelconque religion à laquelle il m'est impossible de croire, tant je décèle les ficelles par trop humaines qui se cachent derrière tout ça. Alors quoi ? Que me reste-t-il ? Les amis ? Oui, c'est vrai. Les livres ? Ouaip. L'alcool ? Ha oui, il me reste l'alcool... Bordel ! Comme c'est triste d'en arriver là...

* * *

Je me rends à la Maison du Peuple l'après-midi. Emily arrive en même temps que moi. Elle doit travailler pour son boulot (un dimanche !). Je m'installe à sa table et j'écris ma journée d'anniversaire. Le soir, Léandra me propose de boire un café chez elle. J'accepte. Je ne sais plus de quoi nous avons parlé, si ce n'est du fait que Léandra devrait se racheter un carnet de note et que je devrais faire de même.
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* Retravaillé depuis le travail personnel d'Azcolvin429 sur Wikimedia Commons (voir ICI).

mercredi 9 novembre 2011

Enfance 2.0

Statistiques ferroviaires

Ce matin, mon train est supprimé pour une sombre histoire de signalisation en gare de Schaerbeek... D'autres trains roulent mais le mien fait désespérément du surplace. Lorsque la contrôleuse annonce, dans un français plus qu'approximatif, que tout le monde doit descendre afin d'emprunter un autre train qui, exchepchionnellement, s'arrêtera pour nous permettre d'embarquer, je ne suis même pas surpris... Pour l'instant, et sans vouloir spécialement taper sur l'administration des chemins de fer – les gros beaufs râleurs des forums de presse y arrivent très bien sans moi –, je suis beaucoup plus surpris quand mon train arrive à destination à l'heure et sans encombre... Ma collègue Rolande, très ordonnée, a d'ailleurs certainement dû acheter un petit classeur A5 afin de stocker toutes les attestations de retard SNCB que je lui ai remises... Un bête calcul : en moyenne deux retards conséquents par semaine x environ 45 semaines de boulot par an x bientôt 6 ans = un peu moins de 540 attestations ! Et en prenant pour base un retard d'une demi-heure, ça nous fait 270 heures de perdues, soit plus de 30 jours sur 6 ans, soit 1 mois et demi de boulot à ne pas y être !

Dans le genre "calcul débile qui fait peur", celui du nombre de kilomètres parcourus depuis que je travaille là-bas n'est pas mal non plus... À la grosse louche, ça nous fait : 200 km aller-retour (Bruxelles-banlieue de Liège-Bruxelles) par jour x 220 (nombre de jours prestés approximativement) x bientôt 6 ans. Résultat : presque 264.000 km, soit plus de six fois le tour de la Terre à l'équateur. Encore un petit effort et j'aurai parcouru la distance Terre-Lune (dont le demi-grand axe est de 384.399 km). Toute cette distance pour faire ce bête trajet on ne peut plus répétitif à travers la campagne flamande... Quant au temps passé en train (juste pour ce boulot), à raison d'une heure pour 100 km environ, j'en suis à plus ou moins 2640 heures de train, soit 110 jours (de 24 heures) de ma vie : 110 jours à lire, réfléchir, parler, écrire, visionner des séries, regarder le paysage monotone ou tout simplement dormir. Bah ! Si je comptabilise le nombre de jours que j'ai passés à réaliser d'autres conneries (comme jouer à World of Warcraft, boire des verres ou m'énerver tout seul sur les absconses déclarations d'Alain Finkielkraut...), 110 jours, ce n'est pas tant que ça tout compte fait...

Verrouillage informatique, mon amour

Durant ma journée de travail (écourtée d'une heure en raison d'un train supprimé – voir ci-dessus), je me suis évertué à découvrir une manière efficace de verrouiller la copie d'archives numériques... Résumé d'une situation déjà explicitée dans un précédent post

1- je travaille dans un centre d'archives ;
2- des étudiants de master doivent, dès demain, venir consulter dans notre salle de lecture un très grand nombre de documents d'archives (à savoir des centaines de titres de presse clandestine publiés durant la Seconde Guerre mondiale) ;

3- ces documents sont très fragiles (car ronéotypes sur du mauvais papier) et ne peuvent pour la plupart être consultés que numériquement, sur trois vieux ordinateurs installés dans la salle de lecture ;
4- pour des raisons liées au droit, à la propriété et la fréquentation de notre institution, les étudiants ne peuvent pas copier ces fichiers sur un support tiers (clé USB, CD-ROM, DVD-ROM...) ;
5- mais (c'est là qu'est l'os) ils doivent pouvoir y avoir accès en lecture.

Question : comment faire pour permettre auxdits étudiants de voir/lire ces documents sur un PC sans qu'ils aient jamais la possibilité de les copier en masse sur leur clé USB personnelle ou sur tout autre support ? Une réponse simple et rapide peut être lue sur de nombreux forums consacrés à l'informatique : c'est impossible mon gars, car à partir du moment où ils peuvent voir quelque chose à l'écran, ils peuvent aussi le copier ; autrement dit : à partir du moment où ils ont un accès en lecture, ils ont forcément également un accès à la copie. Tout ce qu'on peut faire, c'est leur alourdir la tâche, par des bricolages un peu ridicules et indignes d'un informaticien (même très amateur), du genre : augmenter virtuellement le volume de chaque fichier ou ne leur donner accès à l'image que via un visionneur très cloisonné, sans possibilité d'aller fouiner ailleurs... Je laisse tomber ce genre de solutions : je les trouve totalement nulles et ça me prendrait de toute façon trop de temps pour un résultat plus que mitigé.

Et puis, j'arrive à une solution un peu con mais beaucoup plus valable, en prenant le problème par l'autre bout (il m'aura fallu une matinée de réflexion car je suis un peu lent à la détente – est-il encore utile de le préciser ?). La question, ramenée à sa plus simple expression, est : comment empêcher les vils étudiants machiavéliques prêts à tout pour spolier le gentil centre d'archives qui ne demande qu'à subsister en ces temps troublés de récupérer de manière massive des images non libres de droit ? Hé bien pas besoin d'inventer un système compliqué de verrouillage de fichiers, mon p'tit Hamilton (comme dirait Fany, dont soit dit en passant je n'ai plus aucune  nouvelle) ! Il suffit d'empêcher l'accès à tous les périphériques extérieurs. Ceux-ci ne sont qu'au nombre de quatre : lecteur de disquette (dont on se fout royalement, dans la mesure où ce format est totalement obsolète et qu'une disquette ne permet même pas de stocker une seule image), connexion Internet (facilement déconnectable et de toute façon limitée en upload), et ensuite les deux derniers, plus problématiques : graveur DVD-ROM et port USB. Pour ces deux derniers, c'est tout con : il suffit de les désactiver (et on te paie pour ça, ducon ?). La solution est au final toute simple : petit passage par la base de registre de Windows, modification de deux ridicules petits nombres hexadécimaux à un endroit très précis de cette base, redémarrage du système... Et au revoir les périphériques !

Je suis satisfait d'avoir trouvé cette solution et en même temps, sur le plan éthique, ça me fait très mal de mettre en place de telles barrières à l'information... Est-ce que j'arriverai à dormir cette nuit ? Oui, je crois que ça ira, mais il ne faudra pas me demander ce genre de démarches trop souvent...

Enfance 2.0

Discussion intéressante durant le temps de midi au boulot : l'accès des enfants (de 5 à 15 ans) à l'informatique et aux jeux vidéo. Ma collègue Wynka annonce, un peu dépitée, que son gamin de six ans voudrait une Wii pour la Saint-Nicolas. Un rien technophile, je lui lance sans réfléchir : "Ha, c'est un très bon choix de console pour son âge : il pourra bouger tout en s'amusant sur des jeux familiaux !".

Wynka, dubitative : "Ha ben figure-toi que c'est exactement le même argument que celui avancé par mon compagnon !"
Moi : "Ben oui, j'aurais fait le même choix pour Gaëlle. Une Wii, c'est bien pour les gosses. La Playstation, c'est pour plus tard..."
Sylvette : "En même temps, faut mettre des quotas, parce que sinon, ils passent des heures et des heures par jour sur leur console..."
Moi : "Et ?"
Sylvette : "Ben c'est pas bien pour leur développement..."
Moi : "Pourquoi ?"
Sylvette : "Ben ils pourraient sortir à la place, voir du monde, rencontrer des enfants de leur âge, tout ça..."
Moi, pas très convaincu (et me souvenant par ailleurs – sans vouloir le moins du monde paraître prétentieux – des "enfants de mon âge") : "Ha..."
Christiane : "Et puis, plus tard, ça en fait des adultes incapables de se servir d'un marteau..."
Moi : "D'un autre côté, ce n'est pas très grave..."
Christiane & Sylvette : "Bah si, c'est grave !"
Moi : "Perso, je préfère me servir d'un ordinateur convenablement que d'un marteau."
Christiane : "Ouais, mais bon, en passant leur journée sur une console, ils ne sauront rien faire de leurs mains."
Moi (de mauvaise foi) : "D'un autre côté, s'ils passent leur journée avec un marteau, ils ne pourront pas faire grand chose non plus..."
Tout le monde (ou presque) : "Pffff..."
Christiane : "En cas d'apocalypse nucléaire, tu n'irais pas loin avec un PC. Par contre avec un marteau..."
Moi : "Ouais, mais bon... Dans l'absolu, il sera encore temps d'apprendre à se servir d'un marteau à ce moment-là... Et puis, la question n'est pas là, car, en fait, je sais me servir d'un marteau."
(Gros silence...)
Moi : "En gros, ce n'est pas une question de laisser un enfant faire n'importe quoi. C'est juste le considérer comme un être doué de raison et lui laisser le choix de son temps libre. Qu'il s'amuse et qu'il apprenne sur un PC, une console, un livre, une BD, un marteau, peu importe ! L'important est qu'il ait la liberté de le faire ! Il aura assez de contraintes par après... Trop, en fait."

En lançant cette dernière phrase, je me souviens de mon éducation, de mon premier PC (à l'âge de huit ans) et de mes soirées entières passées, enfant puis adolescent, simplement à lire des livres, à programmer en GW-BASIC (je sais, c'est un peu nul) ou à jouer des heures sur mon Commodore PC-10 puis, plus tard, sur mon 386... Je ne me souviens pas vraiment avoir été restreint outre mesure dans cette liberté par mes parents... À partir de 12-13 ans, je lisais ce que je voulais (ou presque), je jouais comme je le voulais et je réussissais sans problème à l'école... Je garde de cette époque un souvenir
sans doute biaisé, j'en suis conscient d'énorme liberté...

Et maintenant, à trente ans et des poussières, me voilà tout ce qu'il y a de plus épanoui, ouais, ouais ! (Hem.)

samedi 16 juillet 2011

100% d'humidité

Aujourd'hui, c'est l'anniversaire d'Hamilton II, mon ami d'université. Je ne pourrai pas me rendre au verre qu'il organise au Tavernier, car à cette heure-là, je serai à Lille avec Emily.

Le temps est exécrable, à Bruxelles comme à Lille. Impossible réellement de visiter la ville. Du coup, on passe beaucoup de temps au Furet du Nord, une des plus grandes librairies du Nord de la France. Je passe en revue le rayon BD, puis le rayon SF et j'achète quelques bouquins dont Le monde inverti de Christopher Priest, Blind Lake de Robert Charles Wilson et La Horde du Contrevent d'Alain Damasio. On passe aussi par chez Surcouf (Emily doit acheter un rack pour son vieux disque dur de portable) et on admire pendant quelques instants le fantastique mur d'eau publicitaire à l'entrée (c'est incroyable ce qu'ils inventent de nos jours pour attirer l'attention). Avant de repartir, nous allons manger un bout à la microbrasserie "Les 3 Brasseurs". C'est moi qui propose ce restaurant car il me rappelle mon voyage à Montréal et la dégustation de hambourgeois (nom québécois pour les hamburgers). Je vide assez rapidement deux "brasseurs" (c'est-à-dire deux demi-litres) de bière maison. En route vers le parking souterrain, Emily et moi nous prenons dans la figure une pluie comme c'est pas permis et sommes trempés de la tête au pied.

Après être repassés par nos appartements respectifs (notamment pour changer de vêtements), nous nous rendons à l'anniversaire de Charles-Henri. Léandra, Andrew et Walter sont déjà là. Il y a plein de monde. Il fait moche dehors mais ils ont installé des tentes et font quand même un barbecue. Je revois Vespertine pour la première fois depuis son retour d'Afrique. Fany n'est pas là, évidemment. Je me sens totalement à côté de la plaque, mais ça ne se voit pas trop cette fois-ci. Je parle un peu à tout le monde, je ris, je discute, je fais semblant d'être en forme. Dans la "dream team", seule Emily semble réellement s'amuser. Walter s'emmerde, forcément (on a souvent la même réaction, lui et moi, par rapport à ce genre de soirées). Léandra et Andrew s'en vont relativement tôt. Avant que ces deux-là ne partent, on offre ses cadeaux à Charles-Henri : le jeu de société "Dixit" ainsi qu'un jeu de plein air d'origine viking du nom de "Kubb". 

Annabelle est là également, forcément. Elle essaie de me parler à quelques reprises (elle fait un peu son boulot d'hôte), mais je fais tout pour lui dire le moins de mots possibles. Je l'adore, mais ce n'est pas une amie. Je ne suis plus à l'aise avec elle et je n'ai pas envie d'engager une conversation. Plus tard, je discute assez longtemps avec Pinpin, l'historien du verre. C'est un historien passionné par son sujet et il connaît de nombreux archivistes et historiens : on a des connaissances communes (le monde de l'histoire est petit et assez corporatiste). Discussion intéressante qui tourne autour du monde des ouvriers et des artisans. À un moment, je parle des mineurs, sorte de "nobles" au sein de la main-d'œuvre charbonnière car ce sont eux qui sont au plus près de la veine de charbon et qui prennent le plus de risques. Il me dit que le terme "noblesse ouvrière" est également utilisé dans l'univers de la verrerie. Flopov, une jeune badiste présente à la soirée, tente de "participer" à la discussion : elle est naïve et ce qu'elle dit tombe la plupart du temps totalement à plat.

Walter et moi en avons un peu marre de cette soirée et décidons de partir. Emily, qui semblait pourtant bien s'amuser (elle dansait avec les autres), rentre avec nous. Flopov s'invite également. Direction le Cimetière d'Ixelles. Vu que le Corto est fermé, on termine la soirée calmement chez Emily, avec une Flopov un peu bébête et un Walter qui s'emmerde. À la fin de la soirée, Emily se rend compte que son plafond de cuisine fuit totalement : de l'eau a percé la couleur et s'écoule sur le sol. Ce que j'aime beaucoup chez Emily, dans ces moments-là, c'est sa capacité à prendre ce genre d'événements de manière pragmatique, sans se prendre la tête : "de toute façon, on ne sait rien faire pour le moment. Je vais nettoyer un peu et préviendrai les propriétaires demain".

Retour en taxi avec Flopov. Je fais faire un détour au taxi pour qu'il ramène Flopov devant sa porte (elle a seulement 18 ans : hors de question de la laisser dans la rue à 3 heures du matin).

mercredi 13 juillet 2011

Lobotomie télévisuelle

Dormir tôt hier a un avantage : celui de me réveiller moins crevé aujourd'hui. 

La journée, je fais un boulot tout ce qu'il y a de plus routinier. Le soir, je retourne chez mes parents. Ils ont une télévision. À chaque fois, je me dis que je bien suis content de ne plus avoir chez moi cette horrible boîte bourrée de publicités, de clichés et de propos débiles (le journal parlé, mais quelle horreur !). Ma mère regarde un bête reportage un peu sensationnaliste sur les personnes âgées maltraitées. Ma fille parle tout le temps et pleure à la moindre contrariété. Je la mets au lit assez tôt.

Je retourne à mes Sopranos : le docteur Melfi, la psychiatre de Tony Soprano jouée par Lorraine Bracco, constitue à mes yeux l'exemple parfait de ce que je recherche chez une femme : elle est tellement élégante qu'elle n'a pas besoin de se mettre en valeur par des vêtements exubérants. Et dire que cette dame est née la même année que ma mère... Je me rends à nouveau compte d'un truc : plus une femme porte des vêtements flashy ou sexy (le meilleur exemple reste Fany), moins elle m'attire. À mes yeux, la beauté se trouve dans l'élégance, le classicisme et dans les courbes cachées.

vendredi 17 juin 2011

Colère

Dodo le matin. Je suis fatigué, j'ai mal partout, je ne sais pas ce que j'ai et ça m'énerve. Enfin bon... Prise de sang début d'après-midi puis préparation d'une petite bouffe pour le soir, à l'occasion de la soirée "jeux" qui se déroulera chez moi, avec (normalement) toute la "dream team" + Jonas. On verra !  

(Petite digression : Léandra m'a dit qu'elle avait une drôle de relation par rapport à ce journal : quand une soirée qui s'est déroulée n'y est pas encore consignée, par flemme ou par faute de temps, c'est un peu comme si cette soirée n'était pas terminée.) 

La soirée de vendredi (qui réunit effectivement le monde prévu) est un peu bizarre au début, parce que j'ai "crisé" : la chose m'arrive de temps en temps. La dernière fois, c'était un dimanche avec Charles-Henri et Fany. Pas à cause de ces deux-là mais à cause de deux autres Français un peu (voire beaucoup) beaufs : l'un qui n'arrêtait pas de critiquer les "gauchistes" (sans se rendre compte que je rentre clairement dans la catégorie) et l'autre parlant de l'anarchisme, mélangeant tout, à tel point qu'aujourd'hui il dit que je suis "trotskyste" (gné, c'est quoi le rapport ?). J'avais presque pris ça pour une attaque ad hominem ; du coup, je me suis cassé avant de m'énerver. 

Lors de cette soirée du 17 juin, je ne me casse pas vu que je suis chez moi, donc je m'énerve, un peu comme mon père (je lui ressemble beaucoup). Ce genre d'énervement, c'est toujours lié chez moi à une sorte de défense des idées de gauche (une forme, sans doute en partie fantasmée et idéaliste, de lutte contre les injustices). Le début de mon énervement est clairement lié à un "mot" de Walter, comme quoi le monde aujourd'hui n'a jamais été aussi solidaire, ou un truc dans le genre... Callys a l'air d'être d'accord avec lui (ce n'est pas la première fois), alors qu'il ne devrait pas l'être. Voilà peut-être ce qui arrive quand tout rejoint tout (post-modernisme ?). En gros, le mysticisme New Age de Callys (qui mélange tout et son contraire) se fond très bien dans le néolibéralisme. Rien d'étonnant. 

Je ne suis donc pas dans mon assiette et je suis vraiment remonté contre plein de trucs. Notamment la question de l'argent, du salaire, des heures sup ("ça sert à quoi d'en faire ?"), du chômage, des gens qui ont plein de fric et des autres qui n'en ont pas. Je me suis souvenu de mes parents qui terminaient leur fin de mois avec un négatif de plus de 1000 euros sur leur seul et unique compte  bancaire (et je me dis : ce n'est rien, ça va encore, en fait). Peut-on se rendre compte de ça : que plein de gens ne possèdent rien d'autre, sur le plan financier, qu'une dette ? Bref. 

Le reste de la soirée se déroule parfaitement. Callys a également parlé de l'actualité de l'Apocalypse de Jean et du nouvel ordre mondial. Que dire face à ce genre d'élucubrations mystiques ? Réponse : rien, on est passé à autre chose. Y croit-il réellement ou pas ? Le pire, c'est que je crois qu'il y croit. Julien Lepers nous a également posé des questions, ralenti par le "Jägermeister" apporté par Matys et Callys. Le compagnon de Léandra, Jonas, que je vois pour la première fois (ou presque) est un type original, intelligent et intéressant. Il a fait la vaisselle avec Emily. Bref, c'était sympa. Le seul problème, c'est qu'ils sont partis vers 5h du matin et que je dois me lever 4 heures plus tard...  Pas grave, pas grave...

mercredi 25 mai 2011

Histoire de péréquation

Matinée calme à trier des bouquins et des brochures en provenance d'un fonds d'archives sur lequel je travaille actuellement, le fonds de l'Association charbonnière de la Province de Liège (fonds très intéressant et très riche). La plupart des livres traités ce matin parlent de la CECA et de la politique énergétique de l'Europe dans les années 1960-1970, y compris du nucléaire, qui n'était pas encore le mastodonte qu'il est devenu aujourd'hui. Y a des titres qui donnent envie d'en savoir plus sur la vie et le monde, comme le très beau : "Rapport sur l'action de la Haute Autorité dans le domaine du contrôle de l'origine de la ferraille prise en péréquation par la Caisse de péréquation des ferrailles importées (C.P.F.I.) (Annexe spéciale au neuvième rapport général)" [sic]. Oufti ! 

Ce soir, j'ai revu Fany et Lytle. Plus tard nous avons été rejoints par la sympathique Clara. On a mangé dans un café/restaurant portugais près de l'arrêt de tram Germoir. Comme plat : de la "franceschina" (suis pas certain de l'orthographe). C'est très bon, un peu comme de la poutine ! J'ai payé le resto à Fany pour son anniversaire (en retard). Lytle m'a également rapporté mon hélicoptère miniature (son père gère un JouéClub en France), réplique au 1/80e de l'Eurocopter 155 de EADS. Il tourne, il monte, il descend, il avance... C'est magique !  Je me demande si Gaëlle appréciera. On est réellement arrivé à l'ère de la technologie de précision miniature en plastique très bon marché. Nous sommes partis vers 23h : l'infatigable Fany allait danser un tango (!), Clara l'a suivie et Lytle s'est précipité vers le tram.

lundi 23 mai 2011

La Belle au bois dormant

J'ai décidé de ne pas aller au badminton ce soir : Emily est repartie en France pour la semaine et je n'ai vraiment pas envie d'entendre Lewis me déblatérer ses sentences prétentieuses. Je me dis qu'un jour, je vais changer de club ou tout simplement arrêter ce sport (j'ai envie de faire de l'Ultimate, sans raison). 

Dans le train, entre deux sommeils, j'ai un peu repensé à cette histoire de Charles-Henri et d'Annabelle. Je me suis dit (entre autres) que pour créer une relation d'intimité avec quelqu'un, il faut s'isoler avec la personne (c'est la logique même : même moi, je sais cela). De la même manière, la meilleure façon de casser cette relation, c'est d'empêcher l'isolement, par exemple en proposant constamment de ramener en voiture ou en s'installant toujours à côté. Il est très fort, Charles-Henri (gros soupir). J'avais raison depuis le début, même si Léandra me disait : "mais non, mais non" (même Léandra se trompe parfois). Par ailleurs, j'ai appris hier que le même Charles-Henri a organisé en toute conscience une contre-soirée à celle de Fany. Tsss... Arrivé en gare de Liège, je me dis que j'ai vraiment raison de n'accorder ma confiance (absolue du moins) qu'au compte-gouttes.  

J'ai croisé sur le quai des bus à Liège ce matin une copine navetteuse, Amely, qui travaille presque au même endroit que moi. Elle tousse. "C'est parce que j'ai arrêté de fumer depuis une semaine", me dit-elle. Je réponds : "Logique. Moi, j'ai arrêté de boire et depuis, j'ai des problèmes d'estomac". Conclusion malsaine : l'alcool et le tabac, c'est bon pour la santé. Ayant fait tomber mon ancien baladeur MP3 dans les toilettes ce week-end (on ne se refait pas) et l'ayant vu agoniser sur une table et pousser d'horribles petits "brrrz tic brrr" déchirants, et ne pouvant pas rester plus de quatre heures sans musique dans les oreilles, je me suis décidé à acheter un Philips GoGear Ariaz de 4 Go (j'ai failli prendre un Archos pour aller en même temps sur le Web, mais ça aurait servi à quoi, si ce n'est à copier mes amis qui ne peuvent s'empêcher de m'énerver en regardant Facebook sur leur smart phone toutes les cinq minutes ?).  

Ce soir, je ne fais rien (ou presque). Chose rare et précieuse. J'écoute Great Lake Swimmers : le clip fait un peu cucul-la-praline, mais je pense que c'est un peu (voire totalement) fait exprès. C'est très beau mais le type fait penser un peu à Richard, l'ancien compagnon de Léandra, dessinateur de BD de son état. Ah, oui : pas un seul verre d'alcool aujourd'hui.

samedi 21 mai 2011

Course en chaise roulante

Malade cette nuit (une crise de foie, je pense : le comble quand on sait que justement, je ne bois plus !). Je vais rester à la mer et bouder la soirée anniversaire de Fany. Après-midi à la plage avec Gaëlle et mon père. Bowling le soir. Je gagne les trois parties contre ma mère. Ma grand-mère (85 ans en août) est vraiment vieille, désormais. Elle est en chaise roulante. Je la pousse toute la journée et je fais la course, parfois. Lytle me téléphone de France pour me vendre un hélicoptère. Je l'aurai mercredi 25 ! Sinon, c'est dingue : j'ai toujours des nausées. Du coup, je prends 1 (un seul) Orval avant d'aller dormir pour... mieux digérer. Et ça fonctionne ! (Est-ce psychologique ?)

jeudi 21 avril 2011

Un jour avant la création de ce journal

Nous sommes le 21 avril 2011. Demain, je me mettrai à écrire ce journal un peu ridicule au jour le jour. Au départ, ce carnet était intégré à mon blog, de manière un peu cachée (mais néanmoins trouvable). Cependant, le format n'était pas vraiment adéquat et l'instabilité de Blogger me faisait perdre des pans entiers de ce que j'avais écrit, sans raison. Des années 2009-2010 et du début de 2011, je me souviens de quelques trucs...

En 2009, le début d'année fut assez plat, monotone et insipide. C'est l'année de ma reprise du badminton, après dix ans d'arrêt. C'est là que je rencontre  le vieux Lewis, président du club, historien de formation, qui deviendra mon ami.

Le vendredi 7 août 2009, je passe à un "Apéro urbain" devant le Palais de justice de Bruxelles en compagnie de mon pote Vinge. On s'emmerde, on va partir mais on rencontre par hasard Charles-Henri du badminton, avec d'autres Français. C'est là que je rencontre Christelle. Le lendemain, jeu de tarot à Bruxelles-les-Bains avec les Français. C'est le début de la "période française". 

Durant cette période, je  rencontre plein de nouveau monde dont Emily, Fany, Vespertine, Lytle, notamment. Au badminton, arrivée de Walter, aussi. Sinon, quelque chose a-t-il changé depuis ? Ah oui : j'ai aussi rencontré Annabelle. Pour elle aussi, je me souviens de l'endroit où je l'ai vue la première fois : j'étais à deux mètres de la porte d'entrée en train de placer un filet dans la salle de sport et je l'ai accueillie. Et je me souviens aussi de la première fois où je lui ai proposé d'aller boire un verre à la buvette. 

(Note : parfois je me souviens parfaitement de la première rencontre, parfois pas. Exemple le plus flagrant : Léandra. Je ne sais pas du tout quand ni où je lui ai parlé la première fois. Et elle non plus, je pense.)