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vendredi 30 novembre 2012

Intercalaires

Rude novembre. — Message de Léandra : « Voilà, c'est le dernier jour de novembre. Et ça a été le plus dur pour moi depuis longtemps. » Que répondre ? Il n'y avait aucun deus ex machina à attendre de ces paroles prononcées le 23 septembre dernier, seulement une inspiration : il fallait que le changement vienne d'elle, voire de nous tous. L'étincelle n'a pas eu lieu. Quant à moi, comme d'habitude, j'aurais mieux fait de fermer ma grande gueule.

Menace déguisée. — À la sortie de l'école, Gaëlle m'explique qu'elle a oublié son doudou chez sa maman. Elle me dit que si nous n'allons pas le chercher, elle ne pourra pas dormir cette nuit. Elle me prévient en ces termes : « Tu ne veux pas aller le chercher, Papa ? D'accord, ce n'est pas grave, mais alors il faut que tu saches que je ferai une nuit blanche. C'est comme ça... » — Oh comme elle est maligne ! Mais que croit-elle donc ? Que les humains, une fois devenus adultes, ont tout oublié des stratagèmes de leur enfance ?

Pokémon, 1. — J'offre à Gaëlle son cadeau de Saint-Nicolas à l'avance : à Namur, nous nous rendons dans un magasin de jeux vidéo et elle peut choisir le jeu Nintendo DS de son choix. Elle opte pour Pokémon version blanche 2 : « Je choisis "version blanche" parce que les blancs, c'est les gentils. »

Circulaires. — Dans la voiture vers la maison familiale, ma mère me déclare : « Fab a besoin de toi pour un examen qu'il doit passer en janvier. Je vais te déposer chez lui, ensuite il te reconduira... » Chez mon cousin, celui-ci m'expose son problème : il veut passer l'examen de chef d'atelier. Il me montre, consterné, les centaines de pages qu'il vient d'imprimer : une flopée de circulaires à connaître. « Quoi ? Tu dois étudier tout ça pour janvier ? », lui demandé-je. « Oh non ! Je peux les avoir à côté de moi durant l'examen. J'ai juste besoin de les organiser !... Et comme tu es archiviste... » « L'archiviste », lui réponds-je, « il prend chacune de ces circulaires et il les met dans une boîte... Cela fait, par circulaire, tout au plus trois lignes dans un inventaire... Et puis c'est tout ! » Mais je lui conseille de mettre chaque circulaire dans un classeur et de hiérarchiser chaque classeur à l'aide d'intercalaires et de sous-intercalaires... Que lui conseiller d'autre ? Il n'y a pas de solution miracle... Il me lance : « Et tu as fait six ans d'université pour me sortir un truc pareil ? Pour me dire que je dois acheter de bêtes intercalaires ? » (Oui, mais mon but dans la vie, au départ, c'était d'être marchand de crème.)

Pokémon, 2. — Gaëlle joue à son nouveau jeu toute la soirée. Rien n'a changé : j'ai l'impression de voir Hamilton, plus jeune de vingt-cinq ans, se lancer à corps perdu dans les quelques jeux qui existaient à son époque (Asteroids sur Amiga ; Lode Runner, Digger, SRAM sur PC)... Mes parents mettent des limites à ma fille. En ai-je eues, moi aussi ? Je ne m'en rappelle plus.

samedi 10 novembre 2012

ICT

Chez mes parents, en début d'après-midi. Ma tante déboule dans la salle à manger et nous dit : « Je crois que maman a un problème ! Je viens à l'instant d'aller chez elle et je n'ai pas compris ce qu'elle m'a expliqué.
— Comment ça, tu n'as "pas compris" ? demande ma mère.
— Ce qu'elle disait n'avait aucun sens... »
Ma maman accompagne alors sa sœur chez ma grand-mère (86 ans), qui habite le rez-de-chaussée de la même maison. Gaëlle n'a strictement rien remarqué et continue à jouer à Mario Kart 7 sur sa nouvelle Nintendo 3DS. Quant à moi, une suite ininterrompue de noires pensées me traverse l'esprit : troubles du langage = aire de Broca touchée = grave problème au cerveau = accident vasculaire cérébral = mort. Après quelques minutes à mettre sur pied les pires scénarios, plus macabres les uns que les autres, je décide d'aller aux nouvelles...

Ma vieille grand-mère est assise dans son fauteuil devant la télévision et semble parfaitement normale, sauf lorsqu'elle se met à parler. Sa voix est à la fois pâteuse et euphorique, comme si elle avait siphonné en cachette une bouteille de tequila. Quand elle me voit arriver dans son salon, elle déclare, joyeuse : « Ha ! Tiens ! V'là l'autre ! Mon... petit-fils chéri ! » Elle tente une réflexion, mais ça ne donne rien de cohérent, sinon quelque chose comme : « Il faut que je sauve l'armoire en salle de bain, sortir du... regarde ! » (Quand un enchaînement de mots n'a pas de sens, il est très difficile de le mémoriser.)  

Horrible impression : c'est ma grand-mère. Elle est intelligente, sage, raisonnée, de bon conseil. L'entendre déclamer ces phrases surréalistes est presque choquant.

Elle veut absolument prendre un bain, mais ma mère l'en dissuade à plusieurs reprises : « Rassieds-toi, maman. Tu n'es pas dans ton état normal. Le médecin va arriver.
— Je vais bien... Je n'ai pas... euh... Je suis...
— Tu ne sais plus parler. Rassieds-toi. Je préfère. »

Je reste un moment seul avec elle. Ses deux filles parties, elle me lâche : « Elles sont bêtes, hein ? » Puis mon cousin Fab débarque et lance, je ne sais pourquoi, un « Avé ! », ce à quoi ma grand-mère répond distinctement par : « Avé ! Celle qui va mourir te salue ! » — Ce terrible humour que peuvent avoir de nombreux membres de ma famille vis-à-vis de leur propre mort ! 

Lorsque le médecin de garde arrive, Bobonne est déjà en train de reprendre ses esprits ! Le diagnostic : sans doute une « petite » ICT, c'est-à-dire une ischémie cérébrale transitoire, engendrée par l'obstruction partielle de la circulation sanguine vers le cerveau. Si le trouble survient à nouveau, explique-t-il, il faudra faire des examens approfondis... — Quelle merde ! Cela ne présage rien de bon ! D'un autre côté, à 86 ans, il faut hélas s'attendre plus que jamais à l'extinction des feux.

dimanche 18 mars 2012

Repas familial, le retour

Dans le train Charleroi-Namur que j'emprunte pour me rendre chez mes parents, un homme et son fils. Le garçon semble un peu plus âgé que Gaëlle (je lui donne entre 7 et 8 ans) et, selon ce que j'ai cru comprendre, le père ramène le fils chez la maman... Une séparation à ajouter au compte de toutes les autres séparations... Le papa est horripilant. Je suppose qu'il essaie de créer une relation particulière avec son enfant mais tout cela sonne terriblement faux. Il en fait de trop, n'est pas à l'aise... Il n'arrête pas de le toucher, de le prendre sur ses genoux et aussi de le rabaisser intellectuellement, constamment. Il est mielleux. Il me tape sur le système. Le schéma est toujours le même : le père pose une question ; le fils répond du mieux qu'il peut ; le père dit, mi-dédaigneux, mi-complice : "Mais ouais, c'est ça... T'es bête ou quoi ? Banaaaane, va !". Parfois, il lui frotte les cheveux, aussi. Pauvre gosse... (Sans doute est-il habitué ?)

* * *

Chez mes parents, m'attend le colis Amazon du mois de mars. J'ai commandé... euh... la suite du programme, pour ainsi dire. Un biographie signée Ray Monk (professeur de philosophie analytique) intitulée Wittgenstein. Le devoir de génie (1990), ainsi que les Remarques mêlées, un recueil d'aphorismes et de textes divers (1914-1951) signés... hem... Wittgenstein, encore et toujours. Nous ne sommes pas sortis de l'auberge, les amis ! Troisième ouvrage, un peu différent mais néanmoins dans la lignée de ce que je lis en ce moment : un recueil d'articles coordonné par Gilbert Hottois (mon ancien prof de philo contemporaine à l'ULB) intitulé Philosophie et science-fiction (2000). J'ai découvert il y a peu l'existence de ce recueil ; aujourd'hui, il est là, devant moi, et me présente son contenu alléchant.  

* * *

En début d'après-midi, je me rends avec mes parents au repas de famille biannuel. L'endroit ? Un restaurant italien dans la vallée de la Molignée : Le Minotier (terme désignant un fabricant de farine) : cadre sympa, bonne bouffe. Nous sommes quatorze à table. Outre mes parents et moi, sont présents : Lazlo (un ami de mon père) ; ma tante Gigi, son mari Jean-Paul et sa fille ; mon oncle Vilppu, sa femme Rabarama et leur fille ; mon cousin Fabrizio et ses trois enfants...

Mon oncle Vilppu est, comme à son habitude, survitaminé et parle tellement vite qu'il est très difficile à suivre. Il fait l'éloge d'une émission de télévision : "Hamilton ! Tu as déjà vu Les bûcherons de l'impossible ? Il faut que tu vois ça, vraiment ! Tape sur Internet : Les bûcherons de l'impossible ! Tu verras ! Les bûcherons de l'impossible... C'est génial ! Tu verras ! C'est des fous, ces mecs... Ils montent sur un énorme arbre et le coupe... Y en a plein qui meurent chaque année. Y en a qui meurent, ouais, ouais. Les bûcherons de l'impossible que ça s'appelle ! C'est dingue. Totalement dingue..." Vilppu amuse également les enfants en faisant des tours de magie avec des cure-dents. Il a toujours adoré ça. Lorsque j'étais tout petit, il me montrait des tours, me faisait rire en racontant des blagues ou m'apprenait des jeux de mots... ("L'eusses-tu cru que ton père fut là peint ? Tu saurais l'écrire, ça, Hamilton ? Hein, Hamilton ? Tu saurais l'écrire ?")

Mais pourquoi parle-t-il si vite ? Pour tout dire, la famille Evenvel a tendance à parler très vite. Mon père a sa théorie sur la question : "Les Evenvel pensent à tellement de choses en même temps qu'ils sont obligés de parler vite pour dire tout ce qui leur passe par la tête..." C'est n'importe quoi mais je me suis tout de même déjà fait ce genre de réflexion aussi. Rabarama me dit : "Ça va, toi, Hamilton, tu ne parles pas si vite que ça... Tu n'as pas ce trait de famille." C'est parce que je me contiens, parfois...

Mon cousin Fabrizio est fan de football (il prend de temps en temps l'avion jusqu'à Turin pour assister à un match de la Juventus), de voitures et de smartphones. Il est du genre à acheter des appartements et à les rénover lui-même (comme mon autre cousin Fab — amusant). Il n'a plus bu une seule goutte d'alcool depuis plus d'un an. Il a une très belle et riche épouse qui pourrait être top model. Il a vraiment beaucoup de points communs avec moi, Fabrizio...

En fin d'après-midi, nous changeons de lieu. Nous allons manger une glace à la Fleur de Lait, un glacier de Wépion qui propose de délicieuses coupes artisanales. Nous terminons la soirée en buvant un, deux, trois verres au "Lodge", le café-restaurant où nous étions allés manger dans le cadre d'un autre repas familial, le 14 août 2011. J'ai beaucoup trop bu. J'ai l'alcool triste. Je réfléchis. Je ressasse beaucoup trop de choses, ne parle presque plus et ça se voit. À mon retour à la maison familiale, je boirai café sur café et jouerai au Stratego avec ma maman, pour essayer d'inverser cette néfaste tendance à broyer du noir, avec un résultat mitigé.

jeudi 23 février 2012

Aucun feu ardent ?

Dernière journée de travail avant le week-end. Réunion le matin, création d'un formulaire Web l'après-midi. Entre les deux, un coup de fil de Lewis. Il a une très petite voix et parle d'un ton monocorde, comme si plus rien n'avait d'importance en ce monde... Extrait.

« Lewis, bonjour !
— Bonjour, mon grand. Es-tu repassé au badminton ces dernières semaines ?
— Non.
— Moi non plus, je n'y suis plus allé. Ça ne va pas très fort, tu sais.
— Ah ?
— Mon parkinson qui reprend malgré les médicaments et une relation qui n'a duré que 9 jours. Mais cela n'a pas d'importance. Comment vas-tu ?
— Ça va, ça va...
— Comptes-tu revenir au club un de ces jours ?
— Je ne sais pas. 
— Aucun feu ardent dans tes veines en ce moment ?
Pardon ? Désolé, je ne comprends pas la question...
— Tu n'as plus envie de revenir jouer ?
— Non, je n'arrive pas à me motiver. 
— Tu fais ce que tu veux, tu sais. Tu fais ce que tu veux.
— Je sais.
— Y a-t-il une femme dans ta vie en ce moment ?
(Toujours cette question récurrente !)
— Non, il n'y a personne.
(Toujours cette réponse récurrente !)
— Et cherches-tu quelqu'un pour refonder quelque chose ? 
— Non, je suis résigné à ce sujet...
(Je pense un instant continuer ma phrase par : "Je lis Wittgenstein, désormais, tu sais...", mais je m'abstiens. À la place, je lui dis :)
— En fait, pour tout dire, je n'ai jamais vraiment cherché...
— As-tu pensé à l'ordinateur ? Je n'y connais rien, mais toi, tu aimes les ordinateurs...
(Pendant un quart de seconde, j'imagine qu'il me demande si j'ai déjà essayé d'avoir une relation sentimentale voire sexuelle avec mon PC... Puis TILT.) 
— Ha ! Tu parles des sites de rencontre ? Non, je sais que ça ne fonctionnerait pas. Je ne tombe pas amoureux d'un cerveau... Ou en tout cas pas d'un cerveau sans ce qui va autour.
(Définitivement bizarre, cette conversation...)
— Tu sais, Hamilton, les femmes sont constamment intéressées par le physique mais nous, les hommes, nous nous en désintéressons assez tôt pour nous rendre compte de la beauté féminine en tant que telle...
— Ha. »
(Mais où va-t-il chercher tout ça ?)

* * *
 
Le soir, chez mes parents, avec Gaëlle, ma maman est en train de servir le repas quand mon cousin Fab (celui qui en ce moment construit presque tout seul sa nouvelle maison en annexe de la bâtisse familiale) débarque dans la salle à manger. Il a l'air très contrarié (c'est un air général chez lui) et s'adresse à mon père :

« Tu ne veux pas venir voir ? Tu t'y connais en champignons ?
— On va manger... Je viendrai voir après...
— Qu'est-ce qu'il y a ? demandé-je.
— Il y a peut-être de la mérule dans la construction, voilà ce qu'il y a ! Tu ne t'y connais pas en mérule, toi, par hasard ?
Ha bah ! Je m'y connais un peu en archivistique, donc un peu en champignons. J'ai déjà lu des trucs théoriques sur les différents types de moisissures qui attaquent le papier, comme la mérule, mais bon... De là à la reconnaître sur le terrain, dans une maison en construction... Euh...
— Allez, viens jeter un œil alors. » 

Fab se fraie un chemin au milieu du chantier en éclairant son passage à l'aide d'une lampe de poche. Il me montre une planche remplie de poils blancs cotonneux :

« Ha oui, c'est bien de la moisissure, dis-je.
Ouais, mais c'est de la mérule ou pas ?
— Bof. Ça ne ressemble pas à de la mérule... On dirait de la moisissure classique...
— On va aller voir en haut ! Viens.
(Nous revenons à l'extérieur de la construction, devant une échelle qui monte au premier étage.)
— T'as le vertige ? me demande mon cousin.
— Non, non, ça va...
(Une fois en haut, Fab désigne les poutres en bois, en passant son doigt par endroit sur la nébuleuse blanche qui constelle la partie inférieure de la charpente.)
— Ha ouais, putain, y en a beaucoup, constaté-je. Et ça ressemble à la moisissure d'en bas...
Regarde ça ! Dès que je passe mon doigt, ça vole dans tous les sens. Pffff. J'ai pas de chance. 
— Ce n'est sans doute pas la mérule. Juste une moisissure classique, mais je vais me renseigner ce soir... »

Je n'en sais pas plus que ça... Je sais qu'à son premier stade, la mérule est un champignon qui possède une consistance ouatée et qu'il est difficile de la différencier des autres moisissures moins dangereuses. Ensuite, on la reconnaît très facilement car elle se présente sous la forme de longs filaments plus foncés qui constituent une vraie saloperie pour le bois et la maçonnerie. Elle se développe plus facilement dans les vieilles constructions humides. Et la maison familiale est, de fait, une assez vielle construction, humide par endroit.

samedi 24 décembre 2011

Un roi sans couronne

– Regarde Gaëlle, c'est le discours du roi, à la télévision !
– Mais j'en ai rien à faire, moi, Papa, du discours du roi !
(Remarque, moi non plus...)
– Et puis, continue ma fille sur sa lancée, pourquoi il n'a pas de couronne, si c'est un roi ?
(C'est vrai ça ! Pourquoi n'a-t-il pas de couronne ?)

* * *

Le soir, mes parents, ma fille et moi sommes invités à passer le réveillon de Noël chez mon cousin Fridric et sa femme Aude. Sont présents les deux enfants d'Aude ainsi que le petit dernier, Roberto. Sont présents également : ma bobonne (ma vieille grand-mère qui, du haut de ses 85 ans, a de plus en plus de mal à entendre ce qu'on lui dit et à se déplacer) ; mon cousin Fab (le frère de Fridric) et sa femme Bridget ; les parents d'Aude ; les parents de Fridric. En tout, ça fait seize personnes.

La chienne de la maisonnée a l'air malade. Elle pue, elle bave et regarde les invités bizarrement. Elle est enceinte. Lors de la dernière portée en date, elle a dévoré un de ses jeunes (miam !). Ma mère se méfie et ne veut pas que Gaëlle s'en approche.

Le repas est gargantuesque. En apéritif, nous avons droit à des dizaines de plats qui viennent et repartent dans tous les sens : des toasts, des ailes de poulet, des lardons farcis, des olives, de l'ail mariné, du fromage de Grimbergen, des chips, des verrines... Ensuite, nous mangeons une entrée froide (une terrine), puis une soupe aux chicons (préparée par ma maman), puis une seconde entrée, chaude cette fois-ci (une lasagne de saumon, avec de la pâte fraîche, faite "maison" par ma tantine et son mari Tino), puis le plat principal (de la volaille, des croquettes et de la salade), puis le dessert (des choux glacés préparés par mon père). Je bois et mange beaucoup, comme d'habitude lors d'un repas de Noël.

Durant la soirée, Fridric, qui est instituteur depuis presque vingt ans, nous parle des gamins à qui il donne cours : leur niveau baisse de manière catastrophique : ils sont pour la plupart incapables de se concentrer plus d'un quart d'heure et ne s'intéressent pas à grand chose. Quant aux nouveaux instituteurs, ils sont d'après lui en moyenne moins cultivés et moins formés qu'auparavant : "Comment intéresser une classe si on ne sait même pas soi-même de quoi l'on parle ?".

Mon père a apporté ses vieilles diapositives et l'appareil qui permet de les projeter. Mon papa est (entre autres) photographe de formation et a pendant une bonne dizaine d'années (de 1975 à 1988 environ) réalisé plusieurs centaines de diapositives de sa jeunesse et de mon enfance. En fin de soirée, il les projette sur un mur blanc. Avec le temps, les images font très vintage : photos de virées dans les "dancings" ; voyage en Irlande ; photos de ma mère jeune (une vingtaine d'années) en train de poser devant l'appareil, avec ses cheveux teints en roux, son visage très froid et boudeur ; voyage à Paris ; voyage en Italie ; photos de famille...

Ce n'est vraiment plus le même monde qui s'affiche sur le mur blanc : on y voit la vieille maison familiale perdue dans la campagne (alors qu'aujourd'hui ladite bâtisse est entourée de nouvelles constructions cubiques toutes aussi laides les unes que les autres), mes (alors jeunes) cousins qui font du vélos en plein milieu de la route déserte pas loin de la maison, les vêtements démodés du début des années 80, les fameuses couvertures à carreaux, le vieux tourne-disque, les vieilles bagnoles (dont une Lada et une Simca 1000 !).

Dans tout ce vrac, il y a également des centaines de photos de moi, de la naissance à l'âge de 7-8 ans. Une des diapositives me montre, âgé de 2 ans et demi, assis seul dans un grand transat, sur la plage de Sperlonga en Italie, parce que je "refusais catégoriquement de toucher le moindre centimètre de sable" (je ne m'en souviens plus, évidemment, mais ça ne m'étonne qu'à moitié) ; une autre me montre en train de poser, plus vieux, la mine très sérieuse, les yeux cachés par de ridicules lunettes noires, mimant un jeu de guitare sur une raquette de tennis en plastique. Paraît que j'étais fan de Michel Polnareff à l'époque. En tout cas, faudra absolument que je les numérise, ces diapositives-là !

Il est presque deux heures du matin. Gaëlle est très fatiguée et s'énerve pour un rien. Pas question de jouer à la belote ce soir. Nous retournons donc chez mes parents en voiture et, pour gagner du temps, nous racontons une histoire à ma fille sur la route du retour. Je joue le rôle du Schtroumpf à lunettes et ma mère celui du Grand Schtroumpf (qu'elle imite très bien). J'imagine une histoire où le Schtroumpf à lunettes découvre un second village schtroumpf qui n'est peuplé que de Schtroumpfs à lunettes. C'est l'horreur totale quand le Schtroumpf à lunettes, premier du nom, se rend compte qu'il existe des Schtroumpfs encore plus moralistes que lui. C'est une histoire débile mais ça nous fait rire.

De retour à la maison, j'ai trop bu et n'arrive pas à dormir, évidemment. Alors, pour passer le temps, j'écris ma journée de jeudi de manière assez virulente, l'alcool aidant. Non, je ne regrette rien...