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mardi 26 mars 2013
mardi 12 mars 2013
Blizzard
Lorsque, de très bon matin, le blizzard souffle, le chemin vers ce bureau très éloigné de mon domicile me semble encore plus parsemé d'embûches qu'en temps normal. J'atteins tout de même sans encombre la gare de Bruxelles-midi, où les panneaux d'affichage sont constellés de rouge et où les annonces de retard et de suppression de trains se succèdent.
Il aurait sans doute été plus sage de travailler chez moi aujourd'hui. Trop tard : je suis déjà dans un train qui roule à toute allure à travers la campagne flamande pour rattraper son retard. Après Leuven, le paysage est grandiose, proche du « blanc dehors » (whiteout), ce phénomène météorologique des régions froides du globe durant lequel l'horizon se noie complètement entre un sol d'un blanc immaculé et un ciel qui possède les mêmes tons laiteux.
Le train est évidemment plus chargé que d'habitude : toute personne sensée voulant tout de même parcourir de longues distances malgré le blizzard prendra le train et non la voiture. L'homme assis en face de moi, âgé d'environ soixante ans, semble vouloir faire un brin de causette. C'est un entrepreneur qui a rendez-vous chez un client à Liège : « Le client voulait annuler à cause du temps... "Hors de question !", lui ai-je répondu au téléphone, "Je suis déjà dans le train !" » ; « J'étais en France hier et j'ai vu trois chasses-neiges côte à côte sur l'autoroute ! Oui, oui, vous m'avez bien entendu : côte à côte ! Ils nettoyaient les trois bandes en même temps ! »
À la gare de Liège-Guillemins, un peu avant neuf heures du matin, les retards s'intensifient et atteignent parfois des proportions vertigineuses. Sur les quais, attendant ma correspondance (en retard donc), j'ai noté cette annonce, dont la ridicule précision horaire a provoqué chez moi un éclat de rire : « Attention. Suite à un problème à Trois-Pont, le train à destination de Herstal partira maintenant avec une heure et 54 minutes de retard. Veuillez nous en excuser. »
Finalement, je n'arriverai au bureau qu'avec quarante-cinq minutes de retard, ce qui n'est pas si mal compte tenu des conditions climatiques. Seules Sylvette et Christiane sont présentes. Mes autres collègues ne peuvent sortir de chez eux : leur voiture est bloquée et aucun bus ne circule. — Train ! Seigneur des neiges ! Héros de la glaciale et téméraire traversée ! Ce que tu as aujourd'hui accompli, aucun autre tas de ferraille n'en aurait été capable ! Georges-Jean Arnaud ne s'est pas trompé lorsqu'il t'a choisi comme moyen de transport privilégié de la nouvelle ère glaciaire qui recouvre la Terre dans La Compagnie des glaces ! Hourra ! Hourra ! Puisse ton règne durer jusqu'à ce que les pierres deviennent des roches recouvertes de mousse, comme ils disent par là-bas, dans l'Orient lointain.
Au soir, c'est la « panique sur le rail », écrivent les médias. Les navetteurs qui doivent rentrer chez eux se rongent les ongles, les panneaux d'affichage restent désespérément vides, etc. Je reste donc de longues heures à attendre qu'un train arrive ? Non, absolument pas : je réussis à en happer directement un et je suis de retour à mon appartement à dix-neuf heures, pour ne plus en sortir. — Train ! Seigneur des neiges ! Etc.
Cet article est à placer, comme souvent, dans la catégorie : « Qu'est-ce qu'on peut dire quand on a rien à dire ? »
lundi 11 mars 2013
Vertus du rien
(Absence de) foie de canard. — À la pause café de ce matin, une discussion sur l'homéopathie. Ce qui m'impressionne le plus dans ces conversations sur les vertus du rien durant lesquelles j'ai à chaque fois le plus grand mal à garder mon sang-froid (mais je me soigne), c'est cette croyance selon laquelle l'homéopathie est synonyme de médecine par les plantes, de phytothérapie, alors que ce n'est pas du tout ce qui la caractérise. Ils prennent leur petite granule sans connaître — ou en connaissant mal — les principes sur lesquels repose ce charlatanisme médical.
« Si tu es grippé, tu devrais prendre de l'Oscillococcinum®, comme Wynka ! s'exclame Sylvette avec le sourire.
— Ben voyons !
— Du foie de canard, déclare Charlotte.
— Hein ?
— L'Oscillococcinum® est un produit à base de foie de canard.
— Tu rigoles ? lâche Lodewijk.
— D'un autre côté, ce n'est pas si grave, vu qu'il n'y a plus de foie de canard dans la solution finale ! »
Digression. — Au cœur de l'homéopathie se trouve le principe de similitude, la croyance que l'on peut guérir un malade en lui faisant ingurgiter une substance, d'origine végétale, minérale ou animale, qui provoque sur un organisme sain des effets similaires à sa maladie (d'où le préfixe homéo). À ce premier principe s'ajoute celui de dynamisation : vu que l'homéopathie joue avec des produits nocifs pour la santé humaine, il faut les diluer pour en supprimer la toxicité, tout en essayant d'en garder une trace. Il existe deux grandes méthodes de dynamisation utilisées aujourd'hui par les laboratoires homéopathiques (comme Boiron) : la première consiste à verser une certaine proportion de la substance active (la « teinture-mère ») dans un flacon de solvant, puis à vigoureusement secouer ledit flacon, puis à renouveler l'opération plusieurs fois, c'est-à-dire : prélever une partie de ce qui vient d'être secoué et la diluer à nouveau dans du solvant, secouer, etc. Ce type de dilution se compte souvent en CH (pour « centésimale hahnemannienne »), 1 CH équivalant à une goutte de substance active pour 99 gouttes de solvant, soit 1% de substance active, 2 CH à 0,01% de substance active, 30 CH à... du solvant sans substance active (voir ici). La seconde méthode est appelée méthode Korsakov ou encore méthode « Pourquoi s'emmerder à utiliser plusieurs flacons et à compter les gouttes pour fabriquer du rien ? » : plutôt que de prendre une goutte du flacon secoué et de la diluer dans un autre flacon, on vide ce flacon avant de le remplir de solvant (!), ce qui équivaudrait grosso modo à garder un centième de la substance. Ensuite on réitère l'opération un certain nombre de fois. Enfin, reste le principe d'individualisation (ou d'adaptation), qui stipule que chaque malade est unique et qu'il faut adapter le traitement en prenant en compte tout son environnement, ses symptômes, son vécu, etc. Les patients ne peuvent pas prendre du rien tout seul, non, non, non : ils doivent d'abord consulter un homéopathe qui, après une longue discussion, leur dira quel rien ils doivent avaler.
« Que contient Oscillococcinum® ? », peut-on lire sur le site Web suisse de la firme Boiron, « 1 dose contient 1 g de globules de Anas Barbariae, Hepatis et Cordis extractum 200 K. » En oubliant le jargon, cela signifie qu'une dose d'Oscillococcinum® contient du foie et du cœur de canard de barbarie dynamisé à 200 K, selon la méthode Korsakov donc, autrement dit qu'on a dilué une part de cette curieuse solution de départ dans 99 parts de solvant (de l'eau distillée), puis qu'on a secoué l'ensemble, qu'on a vidé le flacon avant de le remplir à nouveau de solvant, etc., jusqu'à la 200e fois.
À lire sur l'Oscillococcinum® : un article sceptique, qui se termine par une citation très comique provenant du Guide Giroud-Hagège de tous les médicaments : « Nous conseillons de remplacer ce produit par un confit de canard, aussi efficace contre la grippe, et nous prions les laboratoires Boiron de ne
plus embêter les canards. » (Voir aussi, sur le même site : « Les différentes lois des marchands d'attrape-nigaud », très instructif pour aiguiser son regard critique face à la commercialisation du n'importe quoi.)
Homeopathic A&E. — Lorsqu'ils me parlent de magnétisme, d'homéopathie ou encore de médecines parallèles « qui marchent tu sais, la science occidentale n'a pas le dernier mot en matière de guérison », j'ai à chaque fois en tête ce sketch de Mitchell et Webb, ces deux humoristes britanniques qui passent une partie de leur temps à démystifier un tas de sujets : et si un service d'urgences ne fonctionnait qu'en proposant aux blessés graves des techniques issues des médecines parallèles ? Je n'ai pas trouvé la version sous-titrée mais la transcription (en anglais) se trouve ici (les acteurs parlant avec un débit presque aussi véloce que celui d'Amy, cette transcription s'avérera peut-être nécessaire à certains moments).
« Parfait. Est-ce que quelqu'un sait quel type de voiture l'a heurté ? demande l'urgentiste homéopathe.
— Une Ford Mondeo bleue apparemment, répond l'infirmière.
— Bien. Trouvez-moi un petit morceau de Ford Mondeo bleue, mettez-le dans de l'eau, secouez, diluez-le, secouez, diluez-le à nouveau, puis diluez-le encore un peu plus... Ensuite, mettez trois gouttes de ce produit sur sa langue. Si ce remède ne le soigne pas, alors je ne sais pas ce qui pourra le soigner ! »
Larmes. — Gaëlle me téléphone alors que je suis dans le train Liège-Bruxelles : « Je pleurais dans la cour de récréation tout à l'heure et Margot m'a demandé pourquoi. Je lui ai dit que c'était parce que tu me manquais ! » Gros silence, puis : « Tu sais que dans le nouveau jeu Pokémon que tu m'as acheté, il y aussi moyen d'avoir accès à des Pokémons noirs ? »
mardi 19 février 2013
...
Immolation par le feu. — Au boulot, la chaudière est (comme presque chaque hiver) en panne depuis ce matin et mes collègues rajoutent des couches à leurs vêtements au fur et à mesure de la journée. Sylvette débarque dans notre bureau : « Si vous allez dans le couloir, que vous sentez une drôle d'odeur de mazout et que vous y voyez des pompiers et des policiers, c'est normal : un type a tenté de s'immoler ce matin dans la commune ! » — Une sordide analogie à base de mazout est hélas possible entre cet incident tragique (la tentative de suicide, ou à tout le moins l'appel à l'aide, d'un homme doté d'un bidon d'essence [?] et d'un briquet) et cet autre incident banal (une panne de chaudière), mais ce n'est pas moi qui, le premier, fais le rapprochement, pour une fois.
La presse de caniveau et ses commentateurs. — Ils lisent « immolation », « Marocain » et « permis de séjour » dans un article de presse (un torchon rédigé à la va-vite) et leur cerveau (?) démarre au quart de tour. Ils écrivent : « Encore un assisté », « Un de moins » (texto) ou bien le très relevé « Crève ! » (... raclure ?), sans oublier évidemment la panoplie complète du « Et pendant ce temps, nous les Belges, on souffre en silence ! » et du « Et qui va encore payer les frais d'hôpitaux ? » Si je leur réponds, je me ferai à coup sûr traiter de « gauchiste » (ce qui est vrai, et par ailleurs un très beau compliment, surtout quand il arrive par l'intermédiaire du clavier d'un facho à la limite de l'analphabétisme) ou de « socialo-bobo » : un terme grâce auquel ces couillons arrivent à mettre dans le même ensemble un écolo, un communiste et un social-démocrate, voire même le jeune gars de droite qui vérifie les cours de la bourse à la table d'un café branché. Toute réponse apportée à ces enragés est vaine, terriblement vaine. Il est déjà trop tard. Quoi que je dise — quoi que nous disions —, ils me — nous — taxeront de « bien-pensance », alors qu'ils sont les pires des conformistes ; alors qu'ils s'inscrivent à la perfection dans le climat délétère qui ronge actuellement la vieille Europe. — Que disait l'autre ? « Fuis, mon ami, fuis dans ta solitude ! » Et si jamais cette fuite-là ne suffisait plus ? Et si jamais ces zombies me rattrapaient, avec leur talion et leur guillotine ? Eh bien plutôt mourir que de partager le quotidien et les idées des « braves gens comme tout le monde » adeptes malgré tout de la torture et de la punition pour l'exemple — de la barbarie !
Points de suspension. — Je les adore, peut-être même presque autant que les tirets cadratins ! Donc, lorsque, à la pause café, mes collègues en discutent (pas nécessairement en mal, cela dit), je me sens obligé de prendre le rôle de l'avocat de la défense. Wynka explique que son ancien chef les détestait : « Ces trois points, pour lui, c'était le synonyme de l'indécision féminine. » Ben voyons ! (N'importe quoi.) Utilisés à bon escient, les points de suspension permettent pourtant d'éviter de bien pénibles développements : quand ce qu'on voulait dire est dit et que le prolongement de notre pensée est assuré, à quoi bon continuer de remplir une page avec des mots ? Trois points de suspension et voilà que la phrase jamais écrite mais néanmoins pensée s'imprime comme par enchantement dans l'esprit des lecteurs !
jeudi 7 février 2013
Épuisé !
En rentrant, tard, à mon appartement, je suis au bord de l'épuisement. Je lutte, je lutte de toutes mes forces pour ne pas m'écrouler. Mais lorsque, peu après minuit, je me rends compte que je ne peux strictement rien faire (ni lire, ni écrire, ni regarder une série, ni même jouer !), je finis tout de même par m'endormir comme une masse, totalement résigné.
La journée avait pourtant bien commencé... À la pause café, au travail, je me suis gentiment insurgé contre Sylvette qui expliquait que sa famille s'apprêtait à couper cinq chênes dans le jardin de leur maison en Provence. Un pin, un peuplier, un bouleau, un palmier, un platane commun, peu me chaut ! — Mais un chêne — que dis-je, un chêne ? — cinq chênes ! Cinq majestueux chênes ! C'est un quintuple assassinat, voilà tout ! Un véritable sylvicide !
J'ai ensuite travaillé allègrement, mais dans l'urgence tout de même, au diaporama de ma conférence du soir. Je suis parti plus tôt du bureau pour être certain d'arriver à l'heure à La Louvière, à plus de cent kilomètres à l'ouest. Hélas ! À un kilomètre à peine de la gare de Huy, une grave panne de locomotive a coupé net mon entrain ! Immobilisés pendant plus d'une heure, forcés de descendre de la voiture pour longer la voie ferrée escortés par des policiers, obligés de rejoindre à pied la gare de Huy, où nous avons pu (du moins certains d'entre nous : ceux qui marchaient vite) happer un autre train, lui aussi en retard : c'est à partir de ce moment-là que l'épuisement m'a gagné, avant même que je ne commence à parler.
Arrivé dans la petite bibliothèque avec, assez miraculeusement, seulement cinq minutes de retard sur l'horaire, j'ai été accueilli par mon ami Fred Jr (l'organisateur de cette petite conférence) et la dizaine de personnes constituant mon public... Des passionnés. Qui d'autre se déplacerait un jeudi soir pour écouter une communication sur l'histoire du syndicalisme employé ? J'ai parlé pendant une heure, ai répondu à neuf questions (« Avez-vous eu toute latitude pour réaliser cette étude ? », « Avez-vous remarqué une évolution en matière de stratégie syndicale ? », « Pourquoi l'éléphant d'Afrique a-t-il de plus grandes oreilles que celui d'Asie ? », etc.), puis les gens s'en sont allés sans rien dire.
Fred m'a invité au « restaurant » après la conférence : au McDonald's ! Enfin, il m'a reconduit jusqu'à la gare de Braine-le-Comte où j'ai repris mon train en direction de Bruxelles, pour retrouver mon appartement, etc.
jeudi 31 janvier 2013
Tranches - I
Pause café du matin. Un monsieur frappe discrètement à la porte d'entrée de notre bureau. « Bonjour... Peut-être vous souvenez-vous de moi ? Je suis le frère de Louis-Antoine... Nous nous sommes croisés au crématorium... Je suis en train de débarrasser l'appartement de mon frère et j'ai pensé que certaines archives pourraient vous intéresser... » Il se confie : « Je dois vous avouer que notre famille en a appris beaucoup sur Louis-Antoine depuis qu'il est décédé... C'était quelqu'un de très secret... Ce que nous avons découvert dans son appartement... Hem... Enfin, que voulez-vous ? On est bien obligé de faire le ménage, c'est la vie ! » (Il en a assez dit pour susciter ma curiosité et beaucoup trop peu pour la rassasier.)
« Nous allons devoir nous rendre chez lui pour trier ses affaires, frissonne Sylvette.
— Oui, et alors ?
— Ben ça ne va pas être facile : c'est un peu comme violer son intimité. »
(Suis-je le seul malade à trouver une excursion de ce type particulièrement excitante ?)
« Drôle de sensation que de voir ce gars débouler dans le bureau, remarque Charlotte. Il ressemble tellement à son frère ! Pendant une seconde, j'ai vraiment cru que c'était Louis-Antoine qui revenait d'entre les morts ! »
À force de la remettre à plus tard, l'ouverture de cette ridicule bouteille de Porto s'est métamorphosée en fantasme dans ma petite caboche. Maintenant que l'alcool est versé et que je peux le boire, la dégustation n'a plus aucun intérêt : c'est du Porto, voilà tout !
Dans le train du retour, une dame au téléphone : « Oui, allo ! J'aurais besoin de ton aide pour terminer mes mots croisés... Alors, je te lis la définition, hein... Voilà : "Carré d'un
damier" en quatre lettres, et ça se termine par "S-E". Comment ? "Gase" ?
Ça ne veut rien dire, ça, "Gase" !... Ha, "Case" ! Bon, d'accord,
si tu le dis... Merci... Et ici, en cinq lettres, "Trophée" — avec "É" et "E" au bout — "de
l'Indien"... "Trophée de l'Indien", oui... Avec un "C" en deuxième position.
J'avais pensé à "Totem" mais ça ne rentre pas à cause du "C" en deuxième position... Comment ?
"Scalp", dis-tu ? Tu écris ça comment ? D'accord... » (Peut-être devrait-elle essayer le sudoku ?)
Le soir, en compagnie de Carmela, Alizé et Pat, une conférence de Jacques Sojcher au théâtre Marni autour d'un aphorisme de Nietzsche (« Nous avons l'art pour ne pas mourir de la vérité »). « Comment en parler pendant une heure alors que le sujet en demanderait cinquante ? » : c'est approximativement de cette manière que le professeur de philosophie a introduit son exposé. (Effectivement, une heure, c'est très court : je n'ai pas appris grand-chose mais j'ai souvent acquiescé, mentalement du moins.)
« Je suis des cours de solfège avec un de tes potes... Un roux..., me lance Carmela.
— Un pote roux ?
— Oui, oui... Il est aussi dessinateur !
— Ha oui, Georges ! C'est amusant, ça ! »
(C'est Georges qui va être content : il apparaît dans ce blog, même quand je ne le rencontre pas en personne.)
« Donc, vous suivez tous les deux des cours de solfège dans l'ancienne école de ma fille !
— Ha bon ? Tu as une fille ?
— Eh bien ! Oui ! »
(Ah là là ! Si tout le monde lisait ce journal, ce genre de surprise ne pourrait plus exister.)
Ces gens qui prennent tout ce que je raconte au premier degré : je pourrais m'inventer une aventure au pôle Nord sans que ça ne les fasse tiquer !
« Ha-ha ! Vous avez vu Melancholia ! Et alors, comment l'avez-vous compris, ce film ? », leur demandé-je... Apparemment, ils ne l'ont pas du tout compris comme moi, alors je m'enflamme, heureux de pouvoir partager ma découverte : « La planète n'existe pas ! C'est simplement la dépression de Justine ! Et les chevaux qui s'arrêtent toujours avant de traverser le pont, qui ne peuvent sortir de cet univers clos... C'est limpide ! » Mais Alizé semble vexée : « Il n'y a pas qu'une seule vérité, tu sais, Hamilton ! » (Ça m'apprendra, tiens, à vouloir partager mes joyeuses prises de tête !)
De retour à l'appartement. Mary est là. Nous écoutons Grizzly Bear (« les plus belles harmonies pop depuis les Beatles ! ») ainsi que le sous-estimé Jason Lytle, ex-Grandaddy. Le dernier album solo de ce dernier, Dept. of Disappearance (octobre 2012), porte bien son nom : à peine est-il sorti qu'il a déjà disparu ! Peut-être, à l'instar de Mark Oliver Everett, Jason Lytle est-il l'homme d'une seule chanson, celle dans laquelle il explique merveilleusement bien qu'il n'est pas du tout à sa place dans ce monde ? — Encore un mélancolique !
mercredi 16 janvier 2013
À rebrousse-temps
Archéologues malgré eux. — Je comble à rebrousse-temps (ce joli terme prend sa source à la traduction d'un titre de P.K. Dick) les cinq interstices localisés entre ta fête d'anniversaire et la mienne. Dans quelques jours, plus personne ne s'en apercevra mais pour le lecteur assidu, celui ou celle qui lit ce blog quotidiennement — et il semblerait que ce lecteur-là existe bel et bien ! —, la lecture ressemblera à une descente dans les profondeurs de la page. — Pendant quelques jours, ce lecteur se transformera en archéologue malgré lui, lisant par strates successives les épisodes de ma vie... à moins qu'il n'utilise un agrégateur de contenus, auquel cas il ne goûtera nullement aux joies de la fouille.
Le plagiat en héritage. — Un titre opposé au reste du texte par un tiret cadratin pour structurer chaque paragraphe : Nietzsche utilisait le même procédé dans ses ouvrages aphoristiques (comme Humain, trop humain ou Le Gai savoir, que je viens de me procurer en ce lundi de congé). — Constat : j'employais cette technique avant de lire quoi que ce soit de Nietzsche, de la même manière d'ailleurs que j'abusais déjà du tiret cadratin avant de découvrir Wittgenstein. Cependant, je me considère comme bien trop bête pour avoir trouvé tout seul cette habile structuration. La question est donc avant tout de savoir qui j'ai bien pu copier en décidant de ponctuer mes paragraphes de la sorte : si ce n'est Nietzsche, aurais-je plagié à mon insu un plagiaire de Nietzsche ?
Thaumaturgie informatique. — Le clavier et la souris de cet antique ordinateur ne répondent plus depuis des semaines, me préviennent Christiane et Sylvette. De bon matin, assis devant la machine récalcitrante que je viens seulement d'allumer, je constate que les deux périphériques fonctionnent pourtant parfaitement. Conclusion rationaliste : la panne était temporaire ; conclusion mystique : par ma seule présence, je commande aux machines ! — J'ai raté une belle occasion de lancer devant la vieille carte-mère paralysée : « Lève-toi, prends tes circuits électroniques et marche ! »
Le syndrome de l'imposteur. — Je leur dis : « Je donne l'image de quelqu'un qui maîtrise parfaitement toutes ces matières (la mise en page, le Web, les métadonnées et, plus personnellement en ce moment, des morceaux de philosophie) mais en réalité, je n'y connais que dalle. Mon entourage finit lui-même par croire que je m'y connais et pense sans doute : "Ha, voilà quelqu'un qui s'y connaît !", mais en fait, c'est faux : j'usurpe complètement ma condition. » C'est comme si j'avais constamment besoin de faire mes preuves, de montrer que je suis capable de cerner un problème de la manière la plus parfaite et professionnelle possible. (J'ai les mêmes hésitations avec ce blog : tout ce que j'y écris est en quelque sorte une usurpation de mon identité ; rien ne m'appartient en propre ; je ne suis pas capable de ça — et ne pas constater que je suis foncièrement malhonnête serait encore plus malhonnête.) Lorsque j'explique que j'ai constamment l'impression d'être un usurpateur dans tout ce que j'entreprends, mon chef Lodewijk ne comprend pas (« Si tout le monde reconnaît ton savoir dans une discipline, en quoi es-tu un usurpateur ? ») tandis que Charlotte s'exclame : « C'est le syndrome de l'imposteur ! ». Elle-même en « souffre » apparemment. Conclusion de mon chef : « Bon, sur le temps de midi, on vous couchera sur la table et vous nous expliquerez clairement votre problème. » — J'imagine déjà le tableau !
jeudi 10 janvier 2013
Histoires de bières et de talents
Subjectivité. — Lors du repas de midi, au bureau, ça recommence ! Nous buvons le Champagne que j'ai apporté à l'occasion de mon anniversaire lorsque Sylvette ouvre les hostilités... « Tu n'y as pas été avec le dos de la cuiller avant-hier, me dit-elle.
— Pardon ?
— Delphine nous apporte gentiment une grande bouteille de bière et la première chose que tu lâches après l'avoir goûtée, c'est : "Ce n'est vraiment pas bon !"
— Oui, et alors ? C'était la stricte vérité ! Elle n'était vraiment pas bonne, cette bière...
— Mais ça ne se dit pas ! C'est impoli ! Et puis, le goût, c'est subjectif. Tu aurais dû dire : "Je ne la trouve pas bonne !"
— C'était une très mauvaise bière. Ce n'est pas si subjectif que ça.
— Si, c'est une question de goût personnel !
— Non. Elle était mal brassée et trop sucrée. Elle ressemblait à un soda. Ce n'était pas de la bière mais de la limonade. Un amateur de bières reconnaîtrait ce fait à la toute première dégustation.
— Oui, elle avait un goût bizarre. Comme si elle n'avait pas fermenté, approuve Charlotte.
— Ha ! Vous voyez ?
— Moi, pourtant, je la trouvais bonne, dit Lodewijk.
— Mais ce n'est pas possible ! Attends... Tu prends une bière trappiste, disons une Westmalle triple, et tu la compares avec cette bière ignoble mal fermentée : forcément, la Westmalle sera cent fois meilleure !
— Il y a des gens qui n'aiment pas la Westmalle et qui préféreraient sans doute l'autre bière.
— Mais ça n'a rien à voir avec le fait d'aimer ou de ne pas aimer ! Par exemple, je n'aime pas la Rochefort mais je reconnais que c'est une très bonne bière, bien équilibrée.
— Tu reconnais que c'est une bonne bière. C'est donc subjectif. »
La discussion s'éloigne du goût de la bière pour s'ouvrir, curieusement, sur la question du talent artistique. Le talent, est-ce une valeur totalement subjective ou peut-on arriver à un certain consensus objectif ? Là encore, c'est Charlotte et moi versus le reste de l'équipe.
Repas d'anniversaire. — Pour changer d'environnement, j'ai proposé à Léandra et Andrew de fêter mon anniversaire au Restobières, dans le quartier des Marolles à Bruxelles. Nous sommes accueillis par le sympathique patron qui nous propose, avec son accent brusseleir, quelques nouveautés qui ne sont pas reprises sur la carte : « Y a de l'escavèche en plus dans le menu, ici... C'est de la truite... » (Miam !) — C'est pas cher, c'est délicieux, c'est original : ce Restobières, je le rajoute à ma liste des endroits où l'on mange très bien à Bruxelles. Seule ombre au tableau : l'unique bouteille d'Orval du restaurant est piégée dans un casse-tête infernal que nos voisins de table ont essayé d'ouvrir pendant presque deux heures, sans succès. — Léandra, Andrew et Hamilton arriveront-ils à débloquer la bouteille, en fin de soirée ? Suspense... Non.
« Le génie, ça n'existe pas ! » — Je leur explique la discussion de ce midi sur le talent.
« Le talent, c'est quelque chose qui est reconnu par tous à une époque et dans un contexte donnés, tranche Léandra.
— Tu parles comme Schopenhauer : les gens talentueux s'adaptent parfaitement à leur temps...
— Mais le talent, surtout, c'est quelque chose que tout le monde reconnaît d'office, directement.
— Ha bon ?
— Oui, oui... Pour reconnaître quelqu'un de talentueux, pas besoin d'être initié, ni même cultivé.
— Il y a aussi l'autre question, celle du génie...
— Oh, je ne crois pas au génie, conclut Léandra, très péremptoire. Le génie, ça n'existe pas ! »
mercredi 17 octobre 2012
« Il en est ainsi : nous dormons »
Typographie, mon amour II. — Hamilton Evenvel l'a vue. Pour lui, tout a commencé la semaine dernière, par une journée pluvieuse, à l'intérieur de son bureau en périphérie de la Cité ardente, alors qu'il cherchait le caractère parfait que jamais il ne trouva... — Le caractère parfait n'existe pas (lire l'article d'hier), mais certaines polices d'écriture s'en rapprochent dangereusement. En témoigne la série de polices Legacy® Sans (comprendre sans empattement), développée par Ronald Arnholm pour le compte d'ITC (International Typeface Corporation). Legacy (« héritage » en anglais) est une police d'écriture qui porte bien son nom car elle trouve ses racines dans une très ancienne gamme de caractères d'imprimerie utilisée par le graveur et imprimeur français Nicolas Jenson dès 1470, notamment pour son édition de la Préparation évangélique (De Evangelica praeparatione) d'Eusèbe de Césarée. Cette police mêle lisibilité exemplaire et très grande élégance. Dans l'exemple ci-dessous, la queue du « Q » et la traverse oblique du « e » sont à mes yeux particulièrement réussies.
Vol. — À mon travail, sur le temps de midi. Nous mangeons dans la grande salle de lecture, comme d'habitude. Sylvette entend la porte d'entrée s'ouvrir et se refermer. Elle s'en va jeter un œil et entraperçoit un homme descendant les escaliers. Peu de temps après, Wynka, retournée dans son bureau, s'exclame : « On a volé mon portefeuille ! » — Il faut avoir un certain cran pour venir fouiner dans notre bureau alors que nous sommes en train de manger à environ vingt mètres de là.
Wynka avait, dit-elle, sept euros dans son portefeuille. À deux mètres du lieu du vol, se trouvent toujours, étalés sur mon bureau : mon propre portefeuille (contenant plus de cinquante euros), « mon » petit ordinateur portable et mon nouveau baladeur MP3. Le voleur aurait bien fait d'aller fouiner un peu plus loin. Lodewijk avance qu'il n'a pas osé car mon bureau se trouve plus avancé dans le local, mais je pense que c'est Wynka qui a donné l'explication la plus plausible : « Le bordel ambiant de ton bureau a joué en ta faveur. Le voleur a été incapable de voir ton portefeuille et tes affaires au sein de tous ces documents éparpillés, dans le désordre le plus complet ! » — Une devise : être ordonné dans mes seules pensées, car en ce lieu, nul voleur ne pourra jamais venir me dérober !
Extrait de lettre. — L.W. à Paul Engelmann, 9 avril 1917 : « En ce qui concerne votre humeur changeante, il en est ainsi : nous dormons. (Je l'ai déjà dit à Monsieur Groag et c'est vrai.) Notre vie est comme un rêve. Dans les meilleures heures, nous nous éveillons toutefois juste assez pour reconnaître que nous rêvons. Mais la plupart du temps nous dormons d'un sommeil profond. Je ne peux pas me réveiller moi-même ! Je m'y efforce, le corps que j'ai en rêve se meut, mais mon corps réel ne bouge pas. Il en est malheureusement ainsi ! » (Ludwig Wittgenstein. Paul Engelmann. Lettres, rencontres, souvenirs, sous la dir. d'Ilse Somavilla, Paris, 2010 pour l'éd. française, p. 33.)
lundi 15 octobre 2012
Idéal, idéal... Est-ce que j'ai une gueule d'idéal ?
Stagiaires. — Quatre nouvelles stagiaires en bibliothéconomie et une étudiante en histoire travaillent en ce moment, de manière ponctuelle, dans nos bureaux. Amusant : leur prénom se termine tous par « ine » : Martine, Sandrine, etc. À midi, ma collègue Rolande me demande : « Alors, y en a une qui te plaît ? » Je lui réponds, l'air faussement peiné, un léger sourire aux lèvres : « Oh, tu sais, moi, désormais, je suis dans le monde des idées ! Les relations charnelles ne m'intéressent absolument plus ! »
Christine : « Celle qu'Hamilton préfère, c'est l'universitaire ! » Et Sylvette d'ajouter : « Ben oui, hein, il faut que Mademoiselle ait fait l'université pour trouver grâce à ses yeux ! » — Si seulement elle savait à quel point elle est dans l'erreur la plus totale !
Alcool. — Le soir, à ma librairie habituelle, aux Guillemins, je prends une bouteille d'Ice Tea et la dépose sur le comptoir. Le libraire me regarde, surpris : « Oh-oh ? Malade ?
— Non, j'arrête l'alcool pour le moment. La grande canette que je buvais dans le train, plus toutes les bières spéciales que je siphonnais ensuite en soirée, ça faisait un peu beaucoup. »
Il m'observe sans rien dire. Mais pourquoi donc est-ce que je lui raconte tout ça, moi ?
Si ce n'est une plus grande nervosité, je ne perçois aucune différence physique entre le fait de boire de l'alcool et celui de ne pas en boire (mon mal de crâne d'il y a quelques jours était simplement lié, je pense, à mon rhume et à ma prise de tête sur Kant). Cela prouve que, malgré les quantités énormes d'éthanol que j'ai avalées cette année, le problème est avant tout d'ordre psy-cho-lo-gi-que, oui, oui, parfaitement ! J'ai donc trouvé la solution : je m'achète de la bière sans alcool et je la verse dans un verre à Jupiler. (Quelle pitié !) Le geste est là, la consistance est là et — jusqu'à un certain point — le goût est là. Par contre, hors de question d'utiliser un verre à Orval, car celui-ci, je le garde précieusement dans un coin, à destination de la seule bière trappiste gaumaise, dont le goût légèrement houblonné, mâtiné d'amertume, dépose — déposait plutôt — délicatement sur ma langue une sensation unique et désaltérante — divine, dirais-je même si mon athéisme ne m'interdisait ce genre d'écart de langage. (Arrête, Hamil, tu te fais du mal !)
Un constat. — En fin de soirée. J'ai beau être dans le monde des idées et tout et tout, cela ne m'empêche absolument pas de me masturber. Il me fait bien rire, l'ami Artie, avec ses longs bains froids et ses calmes nuits de sommeil ! (Il a également écrit quelques chapitres sur la sexualité ; faudra que je me les procure, un de ces jours... À moins que je les aie déjà, dans le Monde comme etc. ? — À vérifier.)
mardi 31 juillet 2012
3. « Ce n'est pas une femme, c'est une apparition »
3.1. Donc aujourd'hui, Charlotte, Christiane, Rolande, Sylvette et moi quittons le boulot un peu plus tôt pour nous rendre à l'exposition « Golden Sixties. J'avais 20 ans en 60 », qui prend ses quartiers jusqu'au 28 avril 2013 dans la gare de Liège-Guillemins.
3.1.1. Découvrant les premières salles intitulées « Prologue », j'ai très peur — façon de parler — car c'est vraiment du grand n'importe quoi. Charlotte ne peut réprimer des éclats de rire. Quant à moi, je suis littéralement plié en deux. La raison : les scénographes ont ponctué le début de la visite d'encarts historiques sous forme de slogans percutants, faisant le pont entre cette époque « révolutionnaire » et la nôtre. Cela donne lieu à des absurdités comme (de mémoire) : « 1960 : Nuclear Power / Today : Economic Power », ou bien à des raccourcis fulgurants, en quelques lignes, entre une crise politique et une autre qui a lieu cinquante ans plus tard.
3.1.1.1. Je range dans ma poche, dès les premières salles, cet audioguide qu'il faut constamment tenir auprès de l'une de ses oreilles. Je ne veux pas qu'un narrateur à la voix suave m'explique que je suis le tueur de John
Fitzgerald Kennedy embusqué avec mon fusil Carcano dans un appartement
surplombant Elm Street.
3.1.1.2. Sur un des murs du « Prologue », une série de très belles affiches de propagande pour la coopération européenne dans le cadre du plan Marshall (voir ici, notamment). — On peut être pour ou contre le programme, cela restera tout de même de très belles affiches. La fin de cette jolie série est hélas souillée par une ridicule page blanche sur laquelle a été imprimé à la va-vite le logo de... la Région wallonne ! — Quel est le rapport, s'il vous plaît ?
Reyn Dirksen, All our colours to the mast, 1950.
(Source : Wikimedia Commons.)
3.1.2. Mais je suis mauvaise langue car ce n'est que le début. Et la suite vaut tout de même le détour. L'exposition est un mélange de mises en scène (l'assassinat de JFK donc, un restaurant et une barricade durant les évènements de Mai 68, le module Eagle posé au milieu d'un paysage lunaire, l'Hôtel du Globe dans La Grande Vadrouille...) et d'espaces plus didactiques (objets divers, panneaux d'explication...).
3.1.3. L'exposition devient vraiment intéressante au moment où elle bifurque vers le culturel. Car de nombreuses salles sont consacrées à la musique, à la peinture, au cinéma... Les Beatles sont partout, mais aussi la génération Woodstock, les hippies de l'île de Wight, le Velvet Underground (et Adamo). Quand je les vois tous (ou presque), avec leurs longs cheveux, en train de fumer leurs pétards dans la nature des festivals sur fond de California Dreamin', je me fais évidemment la réflexion suivante : « Mais qu'est-ce que je fous ici ? »
3.1.4. Une des salles est consacrée au féminisme (un encart pour Simone — coucou Léandra !). Une salle plus loin, place aux icônes des années soixante... Bardot évidemment (dont une horrible statue [de cire ?] absolument pas ressemblante se dresse un peu plus loin dans l'exposition), Jeanne Moreau... Elles sont toutes balayées par ces photos en noir et blanc de Delphine Seyrig, la formidable et mystérieuse inconnue de L'Année dernière à Marienbad de Resnais. (« Ce n'est pas une femme, c'est une apparition », dira sept ans plus tard Antoine Doisnel/Jean-Pierre Léaud dans Baisers volés.)
Delphine Seyrig. (Source.)
3.1.4.1. Fin de la rêverie/Retour à la réalité : « Ouais, ce film, si tu veux un bon somnifère, c'est parfait ! » (Sylvette)
3.1.5. Sans aucun rapport avec la Nouvelle Vague, je visionne une dizaine de fois d'affilée en fin d'exposition — parce que ça me fascine — le mythique rouleau dorsal de Dick Fosbury aux Jeux olympiques de Mexico de 1968... Ce type était plutôt du genre « athlète amateur », mais lors de ces fameuses olympiades, il a bluffé tout le monde avec sa fameuse méthode de saut en hauteur renversé, qui est soit dit en passant aujourd'hui la seule utilisée dans les compétitions de haut niveau. — Le voir si concentré avant le saut et entendre le public l'acclamer dès qu'il se met à courir... L'ambiance a quelque chose de magique et d'attachant. (Ce paragraphe est en contradiction la plus totale avec tout ce que j'ai pu dire ou écrire précédemment sur les foules en délire.)
Fugace expression étonnée de l'arbitre à la fin de la vidéo :
« Mais qu'est-ce qu'il fout ? Est-ce légal ? »
_________________________________________
3.2. Dans le train de retour, devant moi, une dame d'environ soixante ans tente de résoudre tant bien que mal une grille de « mots mêlés ». L'anecdote vaut la peine d'être mentionnée car, de Liège à Tamines, soit en une heure de voyage, elle a fini par trouver en tout et pour tout... sept mots ! Qu'est-ce qu'elle est lente ! Elle passe son stylo le long d'un mot puis passe outre, puis y revient, etc. J'ai envie de lui en montrer plein — « Là, "ARBRE", et là, "CRAYON" ! » — mais je me retiens.
Libellés :
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Sylvette
jeudi 5 juillet 2012
Bowling à Liège
Rolande, à la pause café de ce matin, s'adressant principalement à Wynka et à moi, mais ciblant tout aussi bien Charlotte et Lodewijk (qui sont absents ce jeudi), nous lâche : « Franchement, les amis, vous êtes pénibles avec vos histoires de syndicalistes... Vous n'arrêtez pas d'en parler, au café comme au dîner... » Elle est rejointe dans son discours par Sylvette et Christiane : « Est-ce qu'on vous ennuie avec des histoires de bibliothéconomie toute la journée, nous ? » — « Mais c'est que nous n'avons pas moyen d'en parler à d'autres moments... » Nous sommes tellement pressés par ce temps qui fuit !
Sylvette : « Si vous mentionnez une seule fois le boulot au bowling ce soir, vous devrez payer une tournée ! »
La tentation est trop forte : ce sera le gag récurrent de la journée. À chaque fois que je croise Sylvette ou Christiane, je me mets à parler de syndicalisme : « Ton histoire me fait penser à cette fameuse lettre que Bastien Durrée a remise à Albert II lors de sa joyeuse entrée à Liège ! », « 1971 ! Comme la grève des cols blancs à Cockerill, bien sûr ! », « Mais tout cela ne nous dit pas pourquoi André Renard a procédé de cette manière en 1948, alors qu'il se positionnait clairement pour l'unité syndicale... Qu'en pensez-vous ? »
Le soir, au bowling, nous formons tout d'abord deux équipes : l'équipe « BEF » (pour « Bibliothécaires en folie », hé oui !), composée de Christiane et de Sylvette, et celle des historiens, composée de Wynka et de moi-même. J'avais fait (comme d'habitude) le malin toute la semaine en affirmant que je savais très bien jouer au bowling... Mes trois collègues sont donc très déçues (et surtout hilares) lors de ma première « rigole ». Wynka, quant à elle, s'amuse à lancer la boule le plus loin possible de la piste, c'est-à-dire dans la direction opposée des quilles. Elle et moi, nous formons une fine équipe ! Les « BEF » gagnent deux parties, mais de peu siouplaît.
Sur le tableau de bord de la piste, l'inscription suivante : « Consommations OBLIGATOIRES. Veuillez appuyer sur le bouton rouge pour commander. » — Est-ce légal ?
Lodewijk arrive alors que nous sommes occupés à jouer une troisième partie, individuelle cette fois-ci. En me regardant lancer ma boule, il pouffe : « Quoi ? C'est tout ? Tu lances fort et au milieu ? Et moi qui croyais que tu avais une technique particulièrement originale ! » Quant à Christiane et Sylvette, elles font tout ce qu'elles peuvent pour me déconcentrer : par exemple, elles crient « Pouet pouet ! » quand je m'élance. Tout le monde il est très très méchant avec moi M'dame !
« Tu as 65 points... 1965... Cette fameuse année où ils ont tenté de syndicaliser les cadres d'entreprise en embauchant des universitaires au sein des structures syndicales nationales... »
Un groupe d'une quarantaine de jeunes (et moins jeunes) débarque dans le bowling. Ils sont apparemment là pour boire un verre et non pour jouer. Wynka : « C'est horrible, on dirait des étudiants d'HEC ! », puis : « Je me tais, je me tais, car on va dire que je fais du délit de sale gueule ! » Un peu plus tard, le serveur vient prendre une troisième commande de boissons (OBLIGATOIRES donc). Lodewijk tente de faire de l'humour avec le serveur, désignant le groupe de jeunes : « Nous avons un compte "boissons" à l'entrée, mais ne les comptez pas dans notre addition, hein... » Le serveur ne comprend pas le second degré et répond, presque choqué : « Ça n'a rien à voir avec vous, Monsieur... »
Après le bowling, nous passons en coup de vent au Village gaulois, place Saint-Paul. (Tout ce monde condensé, ça me donne le bourdon...) Nous n'y restons pas longtemps et allons manger dans une brasserie pas loin de la place Cathédrale. La pluie commence à tomber dru. Je commande des boulets à la liégeoise (c'est délicieux, vraiment).
Voilà une journée globalement positive, sans cynisme ni pensées ténébreuses ! Comme quoi, tout peut arriver dans ce journal, même le meilleur !
mercredi 4 juillet 2012
La découverte du flocon
Six heures quarante. Sur le chemin de la gare, rue de la Petite Pierrère, le vieux chat roux fatigué, assis confortablement sur son mur de schiste, me regarde passer sans broncher ni bouger. — Voir sa bonne gueule désabusée chaque jour me réconcilie un tant soit peu avec cette espèce tant honnie.
J'ai trouvé ma navetteuse favorite sur le trajet Tamines-Liège. Elle est du genre « toujours légèrement soucieuse » et aussi « yeux bleus fixes interrogateurs ». — Non, non, je ne me fais pas un film !
Matin et soir, depuis le train, j'observe les enceintes de confinement et les hautes cheminées de la centrale nucléaire de Tihange, de l'autre côté de la Meuse. Là-bas, des techniciens s'occupent de fendre l'atome pour créer de la vapeur d'eau (en résumé).
« Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément » (Boileau) : c'est bien exprimé mais est-ce vrai ? Combien de fois n'ai-je pas pesté en exprimant maladroitement une pensée qui pourtant se présentait clairement dans mon esprit ?
Les bons philosophes sont des rémouleurs : ils aiguisent la pensée, la laissant telle quelle mais supprimant les scories inutiles. Les
autres ajoutent curieusement des aspérités à la lame, voire la cassent complètement.
« On a découvert le boson !
— C'est quoi, un boson ?
— Je ne sais pas, mais on l'a découvert ! »
Au moment de l'accident de Fukushima, nous nous prenions tous pour des ingénieurs en énergie nucléaire. Aujourd'hui, avec
la découverte du boson de Higgs, nous allons sans doute devenir pendant quelques jours des spécialistes en physique quantique. Werner Heisenberg, prends garde car nous voilà !
Le physicien John Ellis compare le boson de Higgs à un flocon de neige, le champ de Higgs à une étendue de neige et les autres particules à des skieurs ou à des marcheurs (avec ou sans raquettes). — La vulgarisation scientifique était plus facile du temps d'Isaac Newton !
Un jour, j'ai expliqué à ma collègue Wynka que j'étais souvent attiré par des femmes à l'allure très bourgeoise. Elle m'a alors répondu : « Ha ! Tu es comme mon père ! Lui aussi est fils d'ouvrier et craque fréquemment sur des petites bourges ! » — Nous autres, enfants de prolétaires instruits, voulons usurper notre condition sociale !
La recherche historique possède des points communs avec l'enquête policière... Recueillir des indices ça et là, les trier, combler les vides d'information, puis s'écrier enfin, victorieux : « Voilà ! C'est comme cela que ça s'est passé ! »
L'historien est le pire des jardiniers : vous lui commandez un champ de roses et il met l'accent sur les mauvaises herbes.
Je pourrais emprunter l'autoroute de l'Histoire, mais je préfère de loin les chemins sinueux et remplis d'ornières. — Emily me dirait alors : « De toute façon, en Belgique, les routes sont toujours pleines d'ornières ! »... Mais Emily n'est plus jamais là.
L'Histoire est beaucoup plus une arme à destination du futur qu'un outil de compréhension du passé. C'est sans doute pour cette raison que les commandes de travaux historiques effectuées par des acteurs du monde politique se font toujours avec méfiance et circonspection : « Nos archives ? On cherche, on cherche... », « Lui, vous ne l'interviewez pas ! », « Non, non, traitez plutôt cet événement ! », etc.
Au téléphone, la vieille militante syndicale glisse, entre deux renseignements sur l'histoire de sa centrale : « J'ai toujours été étonnée, tout au long de ma vie, par cette faculté qu'a mon cerveau de
travailler tout seul. Une pensée est floue ? Je n'y réfléchis plus et je m'occupe d'autre chose... Plus tard, quand j'y reviens, la même pensée
est beaucoup plus nette... Comme souvent, mon cerveau a travaillé en
secret. » — Vite, vite, un bloc-note !
La
même, interrogeant sa prodigieuse mémoire (sauf en ce qui concerne les dates), me permet d'éliminer au moins dix points
d'interrogation insérés à divers endroits de mon texte. Je
raccroche et lance triomphalement à Wynka et Sylvette : « Cette grande
dame, si elle n'était pas de cinquante ans mon aînée, je la demanderais en
mariage ! »
Qu'une œuvre soit aimée par beaucoup de monde me paraît toujours très suspect... Comment tous ces gens peuvent-ils sortir si contents de la salle de cinéma ou faire l'éloge de tel ou tel roman quand, la plupart du temps, ils ne peuvent même pas différencier une orchidée d'une ortie ?
J'ai toujours eu un train de retard : adolescent, je me comportais comme un petit enfant et aujourd'hui, je me comporte comme un adolescent... — Avoir un train de retard : une métaphore qui me va bien, donc.
mardi 19 juin 2012
Tagada tsoin tsoin !
Avignon, nous voilà ! — Un délire que je développe en ce moment avec ma collègue Sylvette, durant les pauses café et les temps de midi au boulot : compte tenu de ma capacité naturelle à faire rire les gens (souvent sans le vouloir, il est vrai), elle et moi irions participer au 66e Festival d'Avignon (fondé par Jean Vilar s'il vous plaît !).
Je serais seul à l'avant de la scène, à balancer mes jeux de mots tellement drôles qu'ils font rire une fois sur quatre une personne et demie (soit 0,375 personne en moyenne tout de même). Sylvette se situerait un peu en retrait et s'occuperait du petit rythme de batterie qui accompagne chaque chute. Clou du spectacle : nous placerions notre ancien collègue Aurèle dans le public afin d'augmenter l'intensité des rires... Car Aurèle rigolait à chacune de mes blagues, voire même à chacune de mes phrases... Je n'ai jamais compris pourquoi... Peut-être, tout bien réfléchi, se foutait-il de ma gueule ?
Sur scène...
Hamilton : « L'étudiant a mal fait son travail de fin d'étude sur la houille. Lors de sa défense, il se dira sans doute : "Ouille !" »
Sylvette : « Tchic, tchic, tchic, boum ! Tagada tsoin tsoin ! »
Aurèle : « Hahahahaha ! »
(Un plan à devenir millionnaire, ça...)
Un adieu. — Je n'ai jamais vu une personne aussi stressée avant sa défense de mémoire... Pourtant, à l'université, j'ai observé un jour Pat courir en rond dans les couloirs de la section d'histoire (le fameux cinquième étage qui se trouve en réalité au deuxième) avant ce bête examen de critique de textes médiévaux qu'il a pourtant réussi avec brio. (Avec qui ? — Tchic, tchic, tchic, boum ! Tagada tsoin tsoin ! — Hahahahaha !)
Cette fille n'arrive pas à « gérer son stress » — je hais cette expression ! —, à cacher quoi que ce soit... C'est justement cet aspect de sa personnalité qui la rend craquante... Son côté très naturel en quelque sorte...
Elle revient après sa défense, sautant dans tous les sens, exultant de bonheur. Elle a fait 85%. Elle enlace chaleureusement ma collègue Wynka et fait de même avec moi. Elle nous dit au revoir, « à la prochaine peut-être », avec son joli accent allemand...
Je ne la reverrai plus jamais !
mercredi 23 mai 2012
Rencontre du troisième type
Rêve extérieur. — Aujourd'hui matin, c'est au tour de ma collègue Wynka de décrire les rêves qu'elle a faits cette nuit. Elle a rêvé que je l'engueulais de manière extrêmement virulente, en lui criant : « Tu ne fais jamais rien comme il faut ! Tu as un comportement totalement irrationnel ! » (À noter que c'est quelque chose qu'elle projette de manière récurrente en moi, à tort ou à raison : que je suis « scientiste », « rationnel », « logique »... Donc : que je l'engueule dans un rêve parce qu'elle est irrationnelle est vraiment intéressant quant à l'idée qu'elle se fait de moi, et d'elle-même aussi.) Autre partie du rêve : elle remarque que des légumes ont poussé dans les interstices des carrelages de notre bureau. Elle en parle à Lodewijk et ce dernier l'engueule à son tour, mais de façon moins violente.
Pompage-turbinage. — Temps de midi. Lodewijk raconte qu'il est allé se promener récemment du côté de Coo. « Ha ! », dis-je, « tu as sans doute dû passer le long du barrage inférieur de la station hydroélectrique... » Non, il n'est pas passé le long du barrage inférieur de la station hydroélectrique... « Dommage, c'est vraiment joli et en plus c'est un bel exemple de station électrique d'un genre spécial : ils font descendre de l'eau de la journée depuis deux réservoirs supérieurs pour créer de l'électricité... Et la nuit, quand la demande est faible, ils remontent l'eau à l'aide de pompes. » La technique, que je mentionnais déjà dans ce blog en juillet 2011, s'appelle le pompage-turbinage et n'a rien à voir avec une quelconque pratique sexuelle. Et il a la cote en ce moment, ce pompage-turbinage, dans la mesure où c'est une des meilleures façons, assez écologique en plus, de stocker de l'énergie dormante.
Durant la discussion, Lodewijk et Sylvette ont bizarrement le plus grand mal à concevoir le principe selon lequel ce genre de procédé entraîne fatalement une perte d'énergie (environ 25% dans le cas de la centrale de Coo). Ils pensent tous les deux que l'électricité créée par le turbinage est plus importante que celle utilisée pour remonter l'eau durant le pompage. J'explique (mais beaucoup moins bien que par écrit) que ce n'est hélas pas possible, que cela contreviendrait aux lois de la physique, et que si c'était le cas, on pourrait faire tourner en permanence les turbines et utiliser une partie de l'énergie créée pour remonter l'eau — une sorte d'énergie perpétuelle et gratuite... « Mais si on perd de l'énergie dans le processus, à quoi est-ce que ça sert alors ? », demande Lodewijk. Simplement à créer un stock d'électricité pour les périodes de pics énergétiques, ni plus, ni moins. (Et compte tenu des fluctuations du prix de l'énergie, ça rapporte pas mal d'argent.)
Rencontre du troisième type. — Le troisième type, c'est Vinge. Je ne l'ai plus vu depuis... euh... le 3 août 2011, apparemment. Il me rejoint au Starbucks de la gare de Bruxelles-Central et, comme il fait délicieusement bon dehors, nous laissons tomber l'idée de nous enfermer à la Porte Noire et nous dirigeons à pied vers la terrasse du Potemkine : « Y a plein de mes collègues là-bas... Travaillent à la justice... Ouaip... Elles sont top biches... Ouais... Quoi ? » (Le « Quoi ? » en fin de phrase est un de ses plus ou moins nouveaux tics de langage.) Arrivés à la terrasse en question, nous buvons de la Volga forte. Curieux : cette bière est bien meilleure que la Volga classique. Je regarde l'étiquette : normal, elle est brassée à Le Roeulx par la brasserie Saint-Feuillen ! (Bizarre...)
Rencontre du troisième type. — Le troisième type, c'est Vinge. Je ne l'ai plus vu depuis... euh... le 3 août 2011, apparemment. Il me rejoint au Starbucks de la gare de Bruxelles-Central et, comme il fait délicieusement bon dehors, nous laissons tomber l'idée de nous enfermer à la Porte Noire et nous dirigeons à pied vers la terrasse du Potemkine : « Y a plein de mes collègues là-bas... Travaillent à la justice... Ouaip... Elles sont top biches... Ouais... Quoi ? » (Le « Quoi ? » en fin de phrase est un de ses plus ou moins nouveaux tics de langage.) Arrivés à la terrasse en question, nous buvons de la Volga forte. Curieux : cette bière est bien meilleure que la Volga classique. Je regarde l'étiquette : normal, elle est brassée à Le Roeulx par la brasserie Saint-Feuillen ! (Bizarre...)
Vinge travaille toujours dans les appels d'offres, mais pour la Justice cette fois-ci : « J'suis presque un collègue de Flippo maintenant... Hé ouais ! » Il travaille sous la tutelle de la ministre Annemie Turtelboom, qu'il appelle « Tarte al'pomme ». Cette semaine, il a reçu une agente commerciale de chez Coca-Cola qui venait négocier la vente des canettes à redistribuer dans tous les palais de justice de Belgique, s'il vous plaît. Elle avait un joli décolleté, se penchait vers lui et tout et tout, mais Vinge a compris que c'était une vile manœuvre pour le faire plier et a donc tenu bon : il a ainsi réussi à obtenir un achat massif de canettes à 55 centimes l'unité au lieu de 60. « J'ai fait économiser plus d'un million à l'État... Ouais, ouais... Quoi ? »
« Putain, mais tu notes tout sur ton vieux téléphone ! Tu devrais t'acheter un carnet ! » (J'en ai un, que Jonas m'a donné, mais il est trop voyant.)
« Putain, mais tu notes tout sur ton vieux téléphone ! Tu devrais t'acheter un carnet ! » (J'en ai un, que Jonas m'a donné, mais il est trop voyant.)
Vinge m'explique qu'il n'a rien à voir avec les spéculateurs néolibéraux actuels. Lui fait partie de la droite traditionnelle, sociale, tendance « bon père de famille ». Il me dit : « Moi, c'est simple, je suis du genre "droite bourgeoise flamande" ! » (Ha bon ?) « On ne peut pas laisser les gens dans la merde... C'est malhonnête, non ?... Quoi ? On ne crée pas une société en engendrant de la pauvreté, non Monsieur ! » Il me conseille de regarder le reportage consacré à John Law sur Arte : « Il avait tout compris, lui : il disait qu'un système monétaire est toujours basé sur la confiance. C'est lui qui est à l'origine du billet de banque en France, hé ouais ! La confiance... Voilà... C'est à la base de tout. Quoi ? »
« Dis, t'as pas un paquet de clopes sur toi ?
— Si, mais elles sont très vieilles, vu que je ne fume pas.
(Je lui passe le paquet, il allume une cigarette.)
— Ha ouais... Putain, c'est de la paille !
— Je t'avais prévenu ! Ils devraient mettre une date de péremption sur les paquets...
— Ouais mais le gars qui fume, il ne laisse pas traîner un paquet pendant des mois, hein. »
(Conclusion : je suis le seul couillon à avoir des cigarettes sur moi sans presque jamais en fumer une seule.)
Je raccompagne Vinge à la gare de Bruxelles-Midi aux alentours de 22h30. Il doit prendre un train car il loge en province chez sa copine. Quand il reviendra à Bruxelles, ce sera pour acheter un appartement, « parce que je ne veux pas perdre de l'argent en louant... »
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