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lundi 13 août 2012

16. Le monde accéléré

16.0. Dans une volonté toujours extrêmement vivace de rendre ce blog le plus inintéressant possible, aujourd'hui, je m'amuse à poster les résultats de mes expériences de vidéos accélérées [14.2]. Le principe est toujours le même : poser mon vieil appareil photo quelque part et le régler de telle manière qu'il prenne des photographies selon un intervalle de temps déterminé à l'avance, pour ensuite regrouper les photos au sein d'une vidéo qui les diffuse à raison de 25 ou de 12,5 images par seconde. Le but est de montrer la marche du monde à un rythme différent, difficilement perceptible par nos sens : le mouvement de la Lune, la projection des ombres sur le sol...

16.1. Lever de Lune. La nuit, j'ai posé mon appareil photo à la fenêtre de ma chambre, dans la maison de mes parents. L'idée était de photographier le lever de la Lune puis, au petit matin, celui du Soleil. Les photos, espacées de 5 minutes dans le temps réel, sont diffusées à raison d'une image tous les 8 centièmes de seconde, soit à une vitesse 3750 fois plus grande que la normale. Résultat : on voit la Lune se lever au début de la vidéo (en haut à gauche), puis arrive le jour, et les nuages défilent sans discontinuer...


16.2. Dissipation des nuages. Ensuite, les nuages disparaissent pour laisser la place à un joli ciel bleu. Sur cette seconde vidéo, les photos ne sont plus espacées que de 30 secondes l'une de l'autre, à raison de 25 images par seconde, soit une accélération de 750. Ce petit film permet de cerner un phénomène difficilement perceptible à l'œil nu, à savoir que tous les nuages présents dans le ciel ne se déplacent pas dans la même direction selon qu'ils sont proches du sol ou en très haute altitude (influence des grands courants de type jet stream).


16.3. Ombres. La troisième vidéo est filmée à partir de la sapinière de mes parents. Elle montre la progression des ombres à raison d'une photo par minute, à du 25 images par seconde. Commentaire de mon cousin Fridric : « Ouais, bon, t'as filmé un cadran solaire géant, quoi... » — Ce n'est pas très palpitant, je l'avoue.


16.4. Route. Dans la quatrième vidéo, j'ai filmé la route devant la maison. (Oui, je sais, c'est terriblement sexy.) On y voit à nouveau la formation des nuages, les changements d'ombre, mais aussi le passage furtif de quelques voitures ou piétons. (1 photo toutes les 30 secondes, à du 25 images/seconde.)


16.5. Je maîtrise désormais la technique... La prochaine fois que je posterai une vidéo de ce type, je me fais la promesse solennelle que ce sera un tout petit peu plus intéressant...

dimanche 12 août 2012

15. « À chaque casserole son couvercle »

15.1. Sur la grande cour devant la maison, toute la famille est réunie. Grande-tante Marcella — 77 ans au compteur — est là. Elle parle, parle, parle encore. Elle n'arrête pas de parler. Quand sa fille la rejoint en fin d'après-midi, elle parle aussi. À deux, elles parlent, parlent, parlent, encore et toujours. Elles n'arrêtent pas de parler... Deux fois plus.

15.2.
Ce flot continu de paroles me rend nerveux. Tellement nerveux qu'après deux heures de logorrhée mère/fille presque ininterrompue, je ressens le besoin de m'enfermer dix minutes dans ma chambre, avant de reprendre le chemin du Front.

15.3. « Toujours pas de copine, Hamilton ? me demande Marcella.
(Je quitte lentement des yeux mon écran d'ordinateur pour la regarder.)
— Non, toujours pas.
— Et c'est pour quand ?
— Jamais.
Ooooh... À chaque casserole son couvercle, pourtant, comme on dit.
— Ouais, peut-être, mais là, j'ai dévalisé les armoires de la cuisine sans en trouver une seule.
— Les casseroles sont trop petites pour ton couvercle, c'est ça qu'il y a !
— Oui, c'est ça... "Les casseroles sont trop petites." »

15.4. « Michel Daerden, il avait un gentil regard. C'est ça, il avait un regard gentil. Moi, j'ai un regard méchant. Je n'en peux rien. J'ai un regard méchant. Je suis née comme ça. Mais Michel Daerden, il avait un regard gentil, ha ouais, ha ouais, ouais, ouais ! »

15.5. « Et Michèle Martin ? Moi, je ne sais pas... Je ne suis pas très futée, mais vous en pensez quoi, vous, de sa libération ? Je ne sais pas, moi, bah ouais, ha ouais. Non, je ne sais pas... Je ne sais pas, je ne sais pas. Elle n'aurait pas dû sortir de sa prison, non ? Et toi Hamilton ? Tu en penses quoi, toi qui es intelligent ?
— Euh... »

15.6. La fille : « Il travaillait dans l'Horéca mais il a fait un gros burn out. Et il a dû arrêter de travailler pendant un an. Sans rire, avec sa dépression, s'il avait continué, il aurait tué tout le monde dans le restaurant : les clients, son patron... » — Ha ! Comme John Cleese avec son hachoir dans le fameux sketch du restaurant du Monty Python Flying Circus !

« You bastards! You vicious, heartless bastards! Look what you've 
done to him! He's worked his fingers to the bone to make this place 
what it is, and you come in with your petty feeble quibbling and 
you grind him into the dirt, this fine, honourable man, whose boots 
you are not worthy to kiss. Oh, it makes me mad. Maaaaaad! »

15.7. « Oui, Gaëlle, pour le moment, elle croit en Dieu, tout ça... 
— Ha ? Roberto, lui, il a des "visions", m'explique Aude. Il affirme qu'il est capable de voir les gens à travers les portes et les murs. Ce genre de chose... »
(L'une se prend pour Jésus, l'autre pour Superman : ça promet !)

15.8. « Moi, je vois des gens la nuit, raconte la même (40 ans). Je me réveille et je vois des silhouettes à la périphérie de mon regard. Je suis certaine de ne pas rêver et qu'il y a vraiment un inconnu. Alors, je sursaute, je crie et Fridric me demande ce qu'il y a... Mais j'ai peur de passer pour une folle, alors je fais semblant de rien.
— Tu vois un inconnu dans ta chambre la nuit et tu fais "semblant de rien" ? »

dimanche 3 juin 2012

Les petits paragraphes dominicaux (4)

Le vilain petit poney. — À l'anniversaire de mon petit-cousin Roberto, dans la maison de Fridric et de son épouse, ma cousine Chelsea (17 ans) : « Pour mes dix-huit ans, j'aimerais avoir un poney. Pas un cheval... Non. Je n'aime pas les chevaux... Non, vraiment, je voudrais un petit poney... C'est pas plus haut qu'un gros chien, un poney... Et ce poney, j'en ai une idée très précise : il serait très, très moche, mais ce serait mon poney... Un poney que j'aimerais malgré sa laideur, en quelque sorte. »

Le/la dulciné(e), le retour. — Au même anniversaire, mon oncle Tino, s'adressant à moi : « Et le mariage, c'est pour quand ? » (Ils sont tous à l'affût d'une compagne, c'est prodigieusement énervant.) Réponse : « Jamais, je suppose. Je suis contre le mariage... Déjà que pour la petite copine, c'est pas gagné alors... » Chelsea : « Et un petit copain, ça n'irait pas ? » « Non, mais c'est pas possible, vous en avez parlé en réunion de famille ou quoi ? » Il semblerait que rester aussi longtemps sans personne est socialement perçu comme anormal et qu'il leur faille donc trouver une sorte de circonstance atténuante.

Monstre. — Roberto a reçu des armes de guerre en plastique pour son anniversaire et joue en compagnie des deux autres enfants de la maisonnée : son voisin (muni d'une mitraillette) et Gaëlle (armée d'un couteau « à la Rambo »). Le voisin tire sur moi avec sa mitraillette... Comme je ne sais pas faire les choses à moitié (c'est tout ou rien), je mime ma mort tragique d'une manière très théâtrale, avec moult convulsions et hoquets réalistes, en tombant de ma chaise et tout et tout. Ensuite, je ne bouge plus et reste les yeux fermés pendant une bonne minute. Les trois enfants s'approchent de moi et j'en profite pour me réveiller et me relever d'un coup en gueulant : « Je être monstre ! Moi manger chair fraîche ! Moi manger petits enfants ! » Entre la peur et l'amusement, ils s'enfuient dans l'escalier. Je réitère l'expérience à de nombreuses reprises, à la grande satisfaction des trois gosses. La belle-mère de mon cousin : « C'est Hamilton qui s'amuse le plus dans cette histoire ! » — En effet, je m'amuse comme un gamin !

Immigration flamande. — Mon papa explique à ma famille maternelle : « Mon grand-père est venu s'installer en Wallonie vers l'âge de vingt ans. Il était électricien et a marié une paysanne, chose que sa famille n'a jamais accepté. Alors, par amour, il a renié ses parents, est parti s'installer dans le Hainaut et a complètement oublié ses racines flamandes. Il a eu treize enfants et leur a tous appris le français, mais pas un seul mot de flamand. C'est la raison pour laquelle mon père ne connaissait pas le néerlandais et que ça s'est perdu depuis lors... » Dommage !

Pleurs. — Gaëlle pleure à chaudes larmes : « Je ne veux pas rentrer chez maman, noooon ! Je m'amuse bien ici ! Je ne veux pas, je ne veux pas ! » C'est déchirant mais c'est le lot des enfants de la plupart des couples séparés, du moins je suppose...

Résolution de la crampe mentale par métaphore ferroviaire. À lire ce que j'ai écrit sur l'existence du Monde extérieur dimanche dernier, c'est à croire qu'étudier Wittgenstein pendant des mois ne m'a pas servi à grand-chose... (Tsss, tu n'avais pas écrit que tu n'en parlerais plus ? Si, mais je fais ce que je veux !) Dans De la certitude, le philosophe réfute de manière très subtile les arguments en faveur d'une telle pensée. Par exemple : « 339. Image-toi quelqu'un qui doit aller chercher son ami à la gare mais qui, plutôt que de simplement consulter l'horaire et, à une certaine heure, se mettre en route pour la gare, dise : "Je ne crois pas que le train va réellement arriver, mais je vais tout de même aller à la gare." Il fait tout ce que ferait une personne ordinaire, mais l'accompagne de doutes et de mauvaise volonté, etc. » Ce livre est sans doute un des meilleurs remèdes pour soigner le solipsisme. Néanmoins, il faut constamment que j'en relise des passages pour chasser ces vilaines pensées de mon esprit, un peu à l'exemple d'un médicament que l'on doit prendre à vie.

Îlot de normalité. Léandra : « Quand je suis chez eux, j'ai l'impression d'observer un îlot de normalité dans un monde de plus en plus désespérant de méchanceté et d'individualisme. » C'est la joie, ce soir, chez Léandra !

You're so free, you can buy the lie... — Léandra toujours : « Pour la majorité des gens, tu n'existes que si tu consommes... » Nouvelle voiture, nouvelle télévision, nouveau mobilier, nouvelle cuisine, etc. Projeter d'acheter une nouveauté technologique est presque devenu chez certains un véritable moteur d'existence, une raison de vie à part entière. « Et, dit-elle, chez ceux qui ne peuvent pas suivre financièrement et consommer comme les autres, cela crée de la frustration... » Je souris et elle me demande pourquoi. C'est parce que son discours me rappelle directement une très belle chanson du groupe punk néerlandais The Ex intitulée « Prism Song » (Turn, 2004), qui résume à la perfection cette mode du consumérisme forcené. Extraits : « Here's the soap that will set you free, cleaning up your visions of reality, and all the salesmen will agree: surround sound DVD is ecstacy! » La batteuse et chanteuse Katherina Bornefeld récite ensuite sur un ton monocorde une série de mensonges et de banalités que les publicitaires tentent de nous faire gober (avec un succès certain) : « Life can be sweet with those candy-bars. Increase your ego with that brand new car. Insure your safety, buy the lie, and buy and buy and buy and buy. (...) Fast food burgers slim your time. Send a present to your Valentine. Get your airmiles travel free. In September start your Christmas shopping spree. It's in the stars, be a millionaire. Conquer the world with new underwear. (...) Keep on track with the digital fun. Book in time for the winter sun. Get a free cell-phone, call all day. The next great prey is on its way. » 

Prism Song by The Ex on Grooveshark

Enterrements. — « S'il venait à mourir, irais-tu à son enterrement ? », me demande Léandra. Réponse : « Non, absolument pas. Je trouve que c'est très faux cul d'aller à l'enterrement de quelqu'un avec qui on n'a plus aucun contact. » « Et si c'était celui-là et non celui-ci qui mourrait, tu n'irais pas non plus ? » « Ha, dans ce cas, c'est un peu différent. C'est un vieil ami. J'ai vraiment été très proche, donc j'irais à son enterrement quand même... » Puis je rajoute : « D'ailleurs, si c'est moi qui venais à décéder, je suis presque certain qu'il viendrait lui aussi à mon enterrement... Enfin, si ça arrive, je compte sur toi pour me tenir au courant, hein... » (Rires.)

dimanche 27 mai 2012

Les petits (?) paragraphes dominicaux (3)

Discothèque flamande. — Sur la grande cour circulaire du jardin familial, sous un soleil de plomb, en début d'après-midi, mon baladeur diffuse l'angoissante mélodie floydienne intitulée « One of These Days » (celle au milieu de laquelle une voix diabolique menace de nous couper en petits morceaux). Mon père me raconte que, lorsqu'il était jeune, il dansait sur cette chanson dans une discothèque anversoise. Il n'était pas spécialement obligé de bouger car les stroboscopes donnaient une constante impression de mouvement. Pouvoir danser sur la double ligne de basse hypnotique de « One of These Days » : je me dis une nouvelle fois que j'aurais dû naître (et vivre ma jeunesse) vingt-cinq ans plus tôt. 

La dulcinée. — Ma grand-mère me demande : « Toujours pas de dulcinée ? » Je lui réponds : « Non. Je n'aurai plus jamais personne. » « Pourquoi dis-tu ça ? Tu n'es pourtant pas un monstre ! » « Si. Presque. » « Il y a que tu es extrêmement difficile, voilà ce qu'il y a ! » D'abord je nie, et ensuite je lui décris quelques uns de mes critères de recherche comme : les yeux en amande pétillants d'intelligence et d'ironie, ce genre de choses toutes simples, quoi... Mais j'en viens tout de même finalement à l'idée que oui, peut-être que je suis un tout petit peu exigeant (en plus d'être un monstre, cela va de soi). 

Le « dulciné ». — Ma grand-mère toujours : « Et un homme avec des yeux en amande, ça n'irait pas ? » C'est la troisième fois en moins d'un mois (sans rire) qu'un membre de ma famille me demande si je ne devrais pas passer de l'autre côté du miroir, autrement dit changer d'orientation sexuelle. Je me demande ce qui, dans mon comportement actuel, leur a donné cette idée saugrenue de coming out. Peut-être le fait que je suis célibataire depuis très longtemps ? — Bon, t'es bien gentille Bobonne, mais aux dernières nouvelles, ce sont toujours des femmes (et uniquement des femmes) qui hantent la totalité de mes fantasmes... 

Crampe mentale. À l'origine de nombreux questionnements d'ordre philosophique, ce terrible constat : la seule chose dont je suis absolument certain, c'est de ma propre conscience. Je reçois des informations de différents types (visuel, auditif, olfactif, gustatif, tactile, en un mot sensoriel) et je les organise, analyse, catégorise, etc. L'existence de mes propres organes directement visibles (mes mains, mes pieds...) ou non (mon cerveau, ma vésicule biliaire...) —, n'est pas certaine. Autrement dit : même mon corps tel que je le vois et le ressens ne pourrait être qu'une image et une sensation. — Pire : c'est une image et une sensation, dont la source se trouve dans mon cerveau (c'est du moins ce qu'énonce l'énorme majorité de la littérature à ce sujet). Les idéalistes « à l'extrême » n'ont eu de cesse que d'exprimer cette évidence (mais alors pourquoi et pour qui l'exprimaient-ils ?) ; les matérialistes, quant à eux, ont essayé de la réfuter, de prouver l'existence d'un monde extérieur à eux-mêmes (ou plutôt à moi-même)... Quelle que soit la philosophie proposée (idéaliste ou matérialiste, ou bien un complexe mélange des deux, ou autre chose encore), cette tendance à infirmer ou confirmer la présence d'un monde en dehors de soi-même semble découler d'une angoisse fondamentale liée à la nature des données sensorielles reçues. — La seule manière de m'en sortir, d'arrêter ce flux de réflexions obsédantes et stériles, est de penser que, jusqu'à présent, tout ce que j'ai observé est conforme à l'idée que je m'en fais... Jusqu'à présent, si j'agis de telle façon sur mon environnement, celui-ci prendra en compte, de manière totale, l'action effectuée. Que toute cette vision grouillante de vie soit une idée ou au contraire une réalité physique est somme toute annexe et n'enlève rien au fait que le Monde dont j'ai la chance de recevoir quelques maigres données (et sur lequel je peux laisser une très légère empreinte) est extraordinaire à tout point de vue.

Message érotique en flamand. — Dernièrement, mon père a reçu sur son téléphone portable deux messages en flamand d'un certain (ou d'une certaine ?) Robin, qu'il ne connaît évidemment pas. Dans le premier, très court, la personne se dit déçue de ne pas recevoir de réponse. Dans le second, elle affirme être assise dans son bain et décrit ce qu'elle désire en termes de relation sexuelle satisfaisante. Mon père, très pragmatique, lui a répondu en français : « Je crois que vous vous êtes trompé de destinataire... » (Plus de nouvelle depuis lors.)

La terreur des petits enfants. — Mon cousin Fridric débarque en fin d'après-midi en compagnie de son fils Roberto (quatre ans) et de son voisin (même âge environ). Fridric raconte n'importe quoi au pauvre petit voisin, d'un air très sévère : « Quand tu ne seras pas chez toi, je viendrai dans ta maison et je casserai tout, et particulièrement ta chambre ! Et tes jouets surtout ! » Le gamin, un peu méfiant mais nullement terrorisé (il doit avoir l'habitude), lui rétorque : « Tu ne saurais pas ! Mon papa, il a un gros marteau ! » Réponse de mon cousin : « Et moi j'ai une tronçonneuse et je vais tout découper ! » (Vu de l'extérieur, Fridric peut paraître totalement timbré mais en fait, il est très gentil ; il est même instituteur !)

samedi 24 décembre 2011

Un roi sans couronne

– Regarde Gaëlle, c'est le discours du roi, à la télévision !
– Mais j'en ai rien à faire, moi, Papa, du discours du roi !
(Remarque, moi non plus...)
– Et puis, continue ma fille sur sa lancée, pourquoi il n'a pas de couronne, si c'est un roi ?
(C'est vrai ça ! Pourquoi n'a-t-il pas de couronne ?)

* * *

Le soir, mes parents, ma fille et moi sommes invités à passer le réveillon de Noël chez mon cousin Fridric et sa femme Aude. Sont présents les deux enfants d'Aude ainsi que le petit dernier, Roberto. Sont présents également : ma bobonne (ma vieille grand-mère qui, du haut de ses 85 ans, a de plus en plus de mal à entendre ce qu'on lui dit et à se déplacer) ; mon cousin Fab (le frère de Fridric) et sa femme Bridget ; les parents d'Aude ; les parents de Fridric. En tout, ça fait seize personnes.

La chienne de la maisonnée a l'air malade. Elle pue, elle bave et regarde les invités bizarrement. Elle est enceinte. Lors de la dernière portée en date, elle a dévoré un de ses jeunes (miam !). Ma mère se méfie et ne veut pas que Gaëlle s'en approche.

Le repas est gargantuesque. En apéritif, nous avons droit à des dizaines de plats qui viennent et repartent dans tous les sens : des toasts, des ailes de poulet, des lardons farcis, des olives, de l'ail mariné, du fromage de Grimbergen, des chips, des verrines... Ensuite, nous mangeons une entrée froide (une terrine), puis une soupe aux chicons (préparée par ma maman), puis une seconde entrée, chaude cette fois-ci (une lasagne de saumon, avec de la pâte fraîche, faite "maison" par ma tantine et son mari Tino), puis le plat principal (de la volaille, des croquettes et de la salade), puis le dessert (des choux glacés préparés par mon père). Je bois et mange beaucoup, comme d'habitude lors d'un repas de Noël.

Durant la soirée, Fridric, qui est instituteur depuis presque vingt ans, nous parle des gamins à qui il donne cours : leur niveau baisse de manière catastrophique : ils sont pour la plupart incapables de se concentrer plus d'un quart d'heure et ne s'intéressent pas à grand chose. Quant aux nouveaux instituteurs, ils sont d'après lui en moyenne moins cultivés et moins formés qu'auparavant : "Comment intéresser une classe si on ne sait même pas soi-même de quoi l'on parle ?".

Mon père a apporté ses vieilles diapositives et l'appareil qui permet de les projeter. Mon papa est (entre autres) photographe de formation et a pendant une bonne dizaine d'années (de 1975 à 1988 environ) réalisé plusieurs centaines de diapositives de sa jeunesse et de mon enfance. En fin de soirée, il les projette sur un mur blanc. Avec le temps, les images font très vintage : photos de virées dans les "dancings" ; voyage en Irlande ; photos de ma mère jeune (une vingtaine d'années) en train de poser devant l'appareil, avec ses cheveux teints en roux, son visage très froid et boudeur ; voyage à Paris ; voyage en Italie ; photos de famille...

Ce n'est vraiment plus le même monde qui s'affiche sur le mur blanc : on y voit la vieille maison familiale perdue dans la campagne (alors qu'aujourd'hui ladite bâtisse est entourée de nouvelles constructions cubiques toutes aussi laides les unes que les autres), mes (alors jeunes) cousins qui font du vélos en plein milieu de la route déserte pas loin de la maison, les vêtements démodés du début des années 80, les fameuses couvertures à carreaux, le vieux tourne-disque, les vieilles bagnoles (dont une Lada et une Simca 1000 !).

Dans tout ce vrac, il y a également des centaines de photos de moi, de la naissance à l'âge de 7-8 ans. Une des diapositives me montre, âgé de 2 ans et demi, assis seul dans un grand transat, sur la plage de Sperlonga en Italie, parce que je "refusais catégoriquement de toucher le moindre centimètre de sable" (je ne m'en souviens plus, évidemment, mais ça ne m'étonne qu'à moitié) ; une autre me montre en train de poser, plus vieux, la mine très sérieuse, les yeux cachés par de ridicules lunettes noires, mimant un jeu de guitare sur une raquette de tennis en plastique. Paraît que j'étais fan de Michel Polnareff à l'époque. En tout cas, faudra absolument que je les numérise, ces diapositives-là !

Il est presque deux heures du matin. Gaëlle est très fatiguée et s'énerve pour un rien. Pas question de jouer à la belote ce soir. Nous retournons donc chez mes parents en voiture et, pour gagner du temps, nous racontons une histoire à ma fille sur la route du retour. Je joue le rôle du Schtroumpf à lunettes et ma mère celui du Grand Schtroumpf (qu'elle imite très bien). J'imagine une histoire où le Schtroumpf à lunettes découvre un second village schtroumpf qui n'est peuplé que de Schtroumpfs à lunettes. C'est l'horreur totale quand le Schtroumpf à lunettes, premier du nom, se rend compte qu'il existe des Schtroumpfs encore plus moralistes que lui. C'est une histoire débile mais ça nous fait rire.

De retour à la maison, j'ai trop bu et n'arrive pas à dormir, évidemment. Alors, pour passer le temps, j'écris ma journée de jeudi de manière assez virulente, l'alcool aidant. Non, je ne regrette rien...

vendredi 23 décembre 2011

(Futura)ma(thématique)

Raconter ma journée de vendredi ne me demandera pas beaucoup de temps.

À Bruxelles, je prends le train pour Namur un peu plus tôt que d'habitude, en trimbalant ma grosse valise remplie de vêtements. Le train n'a aucun retard. L'objectif de l'après-midi : acheter quelques cadeaux dans cette ville maudite avant d'aller chercher ma fille à l'école, puis revenir avec elle chez mes parents pour le week-end de Noël.

Je passe par le magasin de jouets situé dans la rue Saint-Jacques (celui qui vend de beaux jeux d'échecs et des globes terrestres), afin d'acheter un jeu de société pour ma fille. Je choisis Mille et un trésors, dont le but est de collecter le maximum de trésors dans une caverne avant l'arrivée des quarante voleurs. Je voulais également passer chez Nicolas (le marchand de vins), afin d'acheter une bouteille d'alcool pour mon père et une autre pour mon cousin Fridric, chez qui nous sommes invités demain. Pas de chance : le Nicolas de la rue de l'Ange est bel et bien fermé. Je prends donc des pralines et des truffes chez Neuhaus à la place des bouteilles. Pour ma grand-mère et ma maman, j'achète respectivement des savons et trois huiles culinaires chez Oliviers & Co. 

Le précédent paragraphe n'a aucun intérêt, si ce n'est celui de servir de mémoire à long terme.

Chez mes parents, Gaëlle veut absolument ouvrir son cadeau avant la Noël. Peu importe : mes parents ont prévu le coup et ont encore deux cadeaux à mettre sous le sapin, au compte-gouttes. Et la tradition de Noël alors, qui veut qu'on n'ouvre pas ses cadeaux avant la nuit du 25 décembre ? Hem... Dans ma famille, on n'a jamais trop aimé les traditions (voilà qui résout le problème !).

Je joue avec Gaëlle aux Mille et un trésors. Je me rends compte, une nouvelle fois, que ma fille n'aime pas respecter les règles d'un jeu. Tout l'inverse de moi quand j'avais son âge. En effet, quand j'étais petit, je respectais scrupuleusement chaque règle et piquait une crise au moindre soupçon de tricherie ou de contournement que je considérais comme frauduleux : fallait jouer à la loyale, sinon la victoire était factice. Somme tout, ça n'a pas beaucoup changé aujourd'hui : je dirais même que ça a vachement empiré. Gaëlle, elle, s'en fout complètement : tout ce qu'elle veut, c'est créer son propre univers à partir des pièces du jeu. Elle invente donc une histoire où il est question de se frayer un chemin au sein de la caverne (mais ce n'est pas dans les règles). 

En outre, elle déteste perdre. Quand elle perd, elle ne veut plus jouer. J'essaie de lui expliquer que pour augmenter son expérience, il faut qu'elle perde, que c'est un passage obligé, que ça fait partie de l'apprentissage... En vain, jusqu'à présent.

* * *

Gaëlle couchée, je replonge dans le dessin animé Futurama. Vu aujourd'hui : "The Prisoner of Benda" (10e épisode de la 6e saison), un épisode de grand malade car il repose sur un véritable théorème qui a été démontré par Ken Keller, docteur en mathématiques et auteur du présent épisode. La démonstration est désormais également connue sous le nom de "Théorème de Futurama" (voir ICI, "Le théorème de Ken Keller" ou encore , "The Futurama Theorem and Puzzle"). 

Vers la fin de l'épisode, la démonstration est rédigée par deux Harlem Globetrotters (parmi les meilleurs mathématiciens de l'Univers, hé oui !), en tout petit mais au complet (!), sur un tableau virtuel du professeur Fansworth. Et elle tient la route ! Cette série est une véritable série pour geeks, au sens premier du terme.

Le scénario est le suivant : le professeur Fansworth invente une machine qui permet de permuter les esprits de deux corps (humains ou robots). Il effectue une première permutation avec Amy Wong : son esprit se retrouve donc dans le corps de la jeune femme et réciproquement. Par contre, il est impossible de faire l'opération en sens inverse avec la même paire de corps. Le professeur pense donc, sans trop réfléchir, qu'il suffirait d'utiliser une troisième personne (soit d'injecter un seul nouvel élément dans le système) pour revenir à la situation initiale après quelques manipulations de paire, mais ça ne fonctionne pas. Après de nombreuses péripéties, neuf personnages de la série sont ainsi mélangés et c'est un véritable calvaire pour revenir à la normale.

Cependant, les deux basketteurs-mathématiciens (!) démontreront que, quels que soient le nombre d'esprits qui ont été permutés et le nombre de permutations, il est possible pour chaque esprit de revenir à son corps d'origine en ajoutant au plus deux nouveaux individus dans le système. 

C'est vachement mieux expliqué dans les deux liens susmentionnés. Du coup, je ne sais même pas pourquoi je traite aussi longuement de ce théorème dans ce journal. 

La fatigue peut-être ? 
Ou bien l'admiration ?

samedi 26 novembre 2011

Dora : 0 / Mendoza : 1

Et voilà ! Après des années de bataille éreintante contre la vile Dora l'Exploratrice qui rend les enfants beaucoup plus idiots qu'ils ne le sont en réalité, la lutte sans merci a enfin donné ses premiers résultats concrets ce week-end : ma fille Gaëlle, six ans au compteur (pour rappel), regarde désormais Les Mystérieuses Cités d'Or. Ce fut un combat difficile et très long, qui s'est terminé lorsque mon père – qu'il en soit personnellement remercié ici – a copié sur une clé USB les premiers épisodes de ce génial dessin animé, afin de les diffuser sur la télévision familiale.

Aujourd'hui, Gaëlle regarde donc les premiers épisodes des fameuses Cités d'Or et je ne peux m'empêcher de verser quelques larmes... Nostalgie de mon enfance mais aussi admiration : ha, que cette série est bien foutue ! On y retrouve des accroches historiques pour les plus petits (sur l'Espagne au temps des grandes découvertes, sur les conquistadors, sur les civilisations précolombiennes, sur la navigation en mer...), des héros qui ont de la gueule (trois enfants qui permettent au jeune public de s'identifier, mais aussi des adultes crédibles, comme Mendoza, personnage futé et "anti-manichéen" par excellence – ni bon, ni mauvais), un scénario complexe qui n'est pas mièvre et qui prend pour principe que même des enfants peuvent comprendre l'adversité (par exemple, certaines scènes font référence aux massacres des Amérindiens)... Et puis ces mélodies faites de "Haaaahahahahaaaaa" ou encore de "Haaaaaaaaaaaa"... 


* * *

Ce soir, je me rends avec mes parents et ma fille à la soirée d'anniversaire de mon cousin Fridric. Il a bientôt quarante ans au compteur et pour fêter l'événement, il a invité une centaine de personnes à un repas dans le réfectoire de l'école primaire où il donne habituellement cours. C'est à deux pas de mon ancien lycée/athénée. J'ai plein de très bons souvenirs d'adolescence en tête (je suis ironique).
 
Les grandes tables du réfectoire sont disposées par "groupes d'intérêt" : "Famille" (la table à laquelle je suis installé), "Chorale" (car mon cousin chante dans une chorale, CQFD), "Tennis", "Poker", "Amis", "Enfants", etc. C'est vachement bien organisé. Il y a un DJ mais nous ne le voyons quasiment pas avant minuit. Durant le repas, le rôle du DJ consiste à prendre son ordinateur (avec une playlist préétablie) et de le brancher à un système d'enceinte acoustique (de très mauvaise qualité, dans ce cas-ci). 

Pour les quarante ans de son fils, ma tante (conteuse à ses moments perdus) a préparé, en collaboration avec la chorale, un discours qui fait rire tout le monde, sur l'air des Trois Cloches d'Edith Piaf. Ma tante conte la vie de son gamin et s'arrête de chanter à chaque couplet pour expliquer un détail croustillant ou une anecdote. Après ce discours qui n'en est pas vraiment un, le beau-fils (dix ans) de mon cousin lui lit un petit texte qu'il a préparé tout seul. C'est assez émouvant mais, de la façon dont c'est écrit, on a l'impression qu'il parle d'un mort, qu'il lit un discours funèbre. Fridric fait enfin un petit discours, qu'il termine par un mythique : "Et je tiens à saluer ici l'ainée de cette salle, ma grand-mère, cette vieille mijole" (en "belge", "mijole" désigne très vulgairement le vagin). Tout le monde éclate de rire. Mon père : "Roooh, il est vraiment taré. Il a osé dire ça devant cent personnes !"

Durant la soirée, un professeur de religion orthodoxe un peu hors-monde, qui a apporté pour tout cadeau un mug à deux euros, boit plus que de raison et tente d'emporter une partie de repas dans un aluminium...

Vers la fin de la soirée, Gaëlle commence réellement à fatiguer. Elle s'énerve pour un rien, pleure à la moindre contrariété... Nous nous en allons donc un peu après minuit. De toute façon, je commençais vraiment à avoir mal à la tête, avec tout ce bruit et tous ces gens...