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samedi 16 mars 2013

Larve fébrile contre chat allergène

Je pourrais profiter de ce samedi sans Gaëlle pour lire, écrire, sortir, mais je suis une loque : il me faut trois heures pour m'extraire de ce lit confortable dans le creux duquel je visionne pour la trente-deuxième fois de ma vie Starvin' Marvin in Space et Trapper Keeper ; deux heures pour prendre un bain bouillant ; une heure pour me traîner jusqu'au magasin et effectuer quelques courses (non sans m'être au préalable rhabillé) ; une heure pour manger... Quand j'ai effectué ces quelques simples tâches, le soleil est déjà en train de se coucher et il est temps pour moi de me rendre à la soirée d'anniversaire de Zapata. (Premier paragraphe bateau.)

Cela fait maintenant plus de six jours que je suis une larve au bord de la fébrilité : pour ne pas faire trop mauvaise impression au cours de ladite soirée et aussi parce que je déteste paraître malade même si je le suis assez souvent, j'avale un gramme de paracétamol et me débouche le nez à l'aide de quelques vaporisations de décongestionnant. J'oublie néanmoins de me gaver de cétirizine pour contrer l'allergie qui ne manquera pas de pointer son nez lorsque je serai en contact avec... le chat. Heureusement, je sais qu'Amy en a toujours en stock (je parle d'un stock de cétirizine, alias Zyrtec, et non d'un stock de chats). (Deuxième paragraphe bateau.)

Dans le hall d'entrée à la lisière de leur appartement, j'entends des cris et des pleurs d'enfants. « Pour le moment, me prévient Zapata, ça ressemble à une crèche et ça crie beaucoup ! » De fait, de plus en plus de couples voient un enfant débarquer tout à coup dans leur vie et les premières heures de cette soirée d'anniversaire leur sont clairement consacrées. J'ouvre la porte d'un coup sec et tonne : « Maintenant, fini de pleurer ! » Et ça fonctionne ! Ha-ha, je n'ai rien perdu de mon autorité légendaire ! (La grande illusion.) J'essaye à plusieurs reprises de prendre Sophia dans mes bras, mais cette petite est dans sa phase négative : elle ressemble à Toupet ! (Oui, oui, il peut citer Nietzsche et Kraus puis faire référence à Godard et Blesteau : Hamilton n'a peur de rien, et certainement pas de la troisième personne du singulier ni du ridicule.) (Troisième paragraphe bateau.)

Les enfants partis, une autre soirée commence : un anniversaire de Zapata qui ressemble vraiment à un anniversaire de Zapata... Tout le monde y est le bienvenu : copains, copines, mutants, végétariens, tardigrades, cryptanalystes, voire même princes du Danemark. Il y a de la nourriture mais surtout beaucoup de boissons alcoolisées et de cannabis. J'ai l'impression de me retrouver douze ans en arrière, avec mes cheveux longs et mes poches remplies de post-rock : rien ne change donc, sauf que je suis toujours malade et que, pour une fois peut-être même pour la première fois ! — je suis loin de partir le dernier. (Dernier paragraphe bateau.)

jeudi 6 septembre 2012

Chers O. & T.,

Aujourd'hui, nous avons marché le long d'un sentier que vous auriez sans doute apprécié. Treize kilomètres de montées et de descentes en forêt avec de nombreux merveilleux points de vue sur le Fjord du Saguenay et le petit village de Tadoussac (Côte Nord, Québec). Je ne doute pas un seul instant que vous auriez, marcheurs aguerris que vous êtes, plutôt choisi la promenade de vingt-cinq kilomètres, voire celle de quarante-trois (!), mais Flippo et moi, nous la jouons beaucoup plus calme. Ce soir, nous avons rencontré quelques sympathiques Français, avec qui nous allons sans nul doute passer la soirée. Ils sont presque tous venus ici pour voir les baleines et semblent très étonnés quand je leur dis que je ne suis pas là pour les observer (du moins pas spécialement) mais bien pour profiter de l'ambiance et des promenades, et pour me reposer aussi. Ha, ces Français ! Ils sont tous tellement obnubilés par ces maudits cétacés !

À bientôt et bisous à Sophia,
H.

samedi 14 juillet 2012

Le Centre sous la pluie

Le ciel est gris lorsque je descends du train, en gare de La Louvière-Sud. Zapata a loué une voiture pour la journée et doit passer me chercher d'un instant à l'autre. Il est le joyeux organisateur d'une excursion d'un jour dans la région du Centre... Un événement plus que réussi malgré le mauvais temps puisqu'il réunira treize personnes réparties au sein de trois véhicules : Zapata, Amy, Tom, Ophely, leur bébé Sophia, Ophely II, Bastien, Pietro, Ismerie, Sandro & Sandra (un couple d'Espagnols que je ne connaissais pas) et moi.

Il est avant tout question de montrer à ce groupe un des fleurons du patrimoine industriel de la région du Centre reconverti en Écomusée, à savoir le charbonnage et la cité du Bois-du-Luc, dans la périphérie de La Louvière. Le site vient d'être inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco. Il s'agit d'un exemple unique et extrêmement bien conservé d'habitat ouvrier qui fonctionnait en autarcie sous la direction d'un patron paternaliste. À Bois-du-Luc, les gueules noires et leurs familles n'avaient nul besoin de sortir de leur environnement clos, car ils avaient absolument tout ou presque à portée de la main : leur (petit) logement, une épicerie, une salle des fêtes, une école, un hôpital, un hospice, une église, etc.

J'ai travaillé plus d'un an et demi comme guide dans cet écomusée et, se disent mes amis, je vais pouvoir leur faire une visite personnalisée de l'ancien site charbonnier. Ils se trompent et c'est tant mieux ! Car nous sommes accueillis par mon ancien collègue Alan, qui se fera un plaisir de nous guider à travers l'ancien charbonnage, en compagnie de Florentin, son fils de huit ans, qui connaît la visite par cœur (le pauvre). Alan est le meilleur des guides. Il exerce ce métier depuis tellement d'années qu'il connaît tout sur le bout des doigts : la législation sociale, l'histoire de la société charbonnière (qui s'étale sur plus de trois siècles) ainsi que des milliers d'anecdotes...

Alan nous explique que la visite ne durera qu'un peu plus d'une heure, car « une partie du parcours a été réquisitionnée pour une exposition réalisée par la ville ». Je ris intérieurement : une visite de seulement une heure avec Alan, c'est impossible ! De fait, deux heures plus tard, nous sommes toujours en sa compagnie à l'intérieur du puits d'extraction : « Cette partie de la visite ne durera qu'un petit quart d'heure », nous lance-t-il à nouveau. Tu parles ! (Comment diantre fait-il pour parler aussi longtemps devant la lampisterie ?) À plusieurs moments de la visite, il lâche au groupe : « Mais Hamilton vous expliquera sans doute tout cela mieux que moi ! » ou bien : « Hamilton, tu confirmes ? », alors qu'il est vachement plus calé que je ne le serai jamais. (C'est son côté humble à l'excès.)

« Dis donc, Hamil, il a l'air de bien t'aimer, ton ancien collègue... » (Bastien)
« Les visites sont toujours aussi bien ou c'est parce que t'es là ? » (Ophely)
« "Hamilton, tu confirmes ?" Haha ! » (Bastien)

Je serre chaleureusement la main d'Alan en guise d'au revoir. Je lui donne un bon pourboire — « Pour ton professionnalisme ! », lui dis-je — qu'il refuse plusieurs fois (évidemment), avant de le donner à son fils vu mon obstination. Sur le chemin du parking, je croise mes anciens collègues Giuseppe, qui a l'air très content de me voir (« La fifille va bien ? », « T'es séparé, c'est ça ? T'as retrouvé quelqu'un ? »), et Fatima (« Alors ? Ça va bien ? T'es revenu parce qu'on a eu la reconnaissance Unesco ? Haha ! »). Quoiqu'on en dise et malgré les anciennes petites tensions, le courant passe toujours aussi bien avec elle, je trouve...

Il est presque deux heures de l'après-midi lorsque je rejoins les douze autres au kiosque à musique pour le pique-nique. Ils ont emmené de quoi très bien manger : Sandro a préparé une délicieuse tortilla ; il y a de la baguette à volonté, de l'houmous, de la charcuterie, du fromage ; et pour le dessert, Bastien a même apporté des petits chocolats et de la compote. Pendant le repas, je reçois un coup de téléphone de Fred Jr : « Il paraît que t'es à Bois-du-Luc ? Je voulais y aller cet après-midi, j'ai téléphoné à Giuseppe et il m'a dit que tu venais de passer ! » (Les nouvelles vont vite dans cette région.)

Le pique-nique terminé, direction la brasserie Saint-Feuillien au Roeulx. Alan nous a gardé trop longtemps et il n'est hélas plus possible d'en faire la visite. Nous décidons donc d'aller nous poser dans un café du village. Oui, mais lequel ? Tous les bars sont curieusement fermés. Après avoir tourné un quart d'heure, nous finissons par trouver, à deux pas de la brasserie, un petit bistrot de quartier, avec ses éternels jeux d'argent et ses quatre ou cinq habitués.

« Hamilton, tu confirmes ? »

L'excursion dans la région du Centre se termine par la visite des ascenseurs à bateaux. Nous faisons tout d'abord un crochet par le nouvel ascenseur de Strépy-Thieu — le plus grand ascenseur à bateaux du Monde s'il vous plaît, avec ses 73,15 mètres de dénivelé ! — qui permet de relier le bassin de la Meuse à celui de l'Escaut en une seule fois.

« Hamilton, tu confirmes ? »

Nous sortons de la voiture éclairés par un timide soleil.
Nous observons le transfert de deux bateaux sous la pluie drue.
Nous revenons à la voiture éclairés par un timide soleil.
(Impression d'être à la page 54 des Sept boules de Cristal.) 

Après ce passage par Strépy-Thieu-le-léviathan, nous rendons visite aux quatre anciens ascenseurs à bateaux. Ces derniers, construits entre 1888 et 1917, ont exactement la même fonction que le nouvel ascenseur (à savoir relier les deux bassins fluviaux), tout en s'avérant évidemment beaucoup moins performants. Ils sont néanmoins beaucoup plus jolis et pittoresques que leur homologue moderne. Alors que ce dernier ressemble à un bâtiment LEGO très (trop) propret, entouré d'arbustes ridicules plantés avec une linéarité consternante, les vieux ascenseurs donnent ce sentiment de château fort abandonné recouvert de végétation. (C'est d'un romantique !)

« Hamilton, tu confirmes ? »

De retour à la gare de La Louvière-Sud, j'observe à nouveau la pluie remplir mon champ de vision. Il pleut tellement que les personnes sur le quai se montrent très réticentes à monter dans le train. Le contrôleur descend du wagon et crie à la cantonade : « Il pleut beaucoup pour un mois de novembre, hein ? » — Un classique qui fait toujours sourire !

« Hamilton, tu confirmes ? »

vendredi 4 mai 2012

« Il était une fois un navire... »

Pneus à crampons. — Ce matin, je travaille à Bruxelles, en bibliothèque. Dans le tram vers le Centre-ville, deux gars discutent. Le premier (très excité et recouvert de la tête aux pieds d'un treillis militaire) explique au second (crâne rasé, piercings, béquille et regard sombre) sa rencontre de la semaine.

« J'marche dans la rue, t'vois, et cette putain de bagnole s'arrête juste devant moi...
— Elle était belle ?
— P'tain, mon gars, jamais vu ça ! Une Toyota... Les pneus arrivaient à hauteur de mon cou !
— P'tain !
— Alors j'parle au propriétaire, moi. T'sais comment j'suis. Sans-gêne, hein, héhé !
— Ouais.
— Ni une, ni deux... Je lui ai demandé, comme ça, si j'pouvais monter dans sa caisse.
— Et il a bien voulu ?
— Ouais, mon gars ! Et je m'suis retrouvé au volant. P'tain, tu vois le monde différemment dans c'te bête.
— J'veux bien croire.
— J'lui demande plus d'informations sur ses pneus. Il me dit que ce sont des pneus à crampons, qui viennent directement des États-Unis !
— Des pneus à crampons ? Hé, c'est une voiture de foot ou quoi ?
— P'tain, mais t'fous pas d'ma gueuuuuleuh ! Il m'a dit que c'était des pneus à crampons... Moi j'fais que répéter, BORDEL !
— OK, OK... Te fâche pas. J'te crois !
— Des États-Unis, mon vieux, quoi... Et tu sais ce qu'il paie par an pour avoir l'autorisation de circuler avec ce tank ?
— Sais pas... Quinze cents euros ?
— Tu divises au moins par dix. Par DIX, p'tain ! 
— Pas possible !
125 euros de taxe de roulage par an, qu'il paie, le salaud !
— Ha, p'tain !
— Ouais. P'tain quoi... 
— Lemonnier... C'est pas ici que tu dois descendre ?
— Non, je dois prendre le 82. 
— Ben tu dois le prendre ici. Il bifurque sur la gauche, là...
— T'es sûr, couillon ?
— Ouais, ben ouais. 
— Ha p'tain ! Bon, allez, t'as intérêt à ne pas te tromper. Salut p'tite bite !
— P'tain, t'es irrécupérable... »

Les collègues de Léandra. — Étant dans le Centre-ville de Bruxelles ce vendredi, je propose à Léandra de prendre le repas de midi avec moi. Elle me rejoint au nouvel EXKi situé en face de la Bourse, qui a l'avantage de se trouver à cent mètres à peine de son bureau. Léandra prend un sandwich au pain de viande ainsi qu'une eau pétillante spéciale (un truc bio, je crois). Je prends un petit sandwich rond aux saumon et œufs mimosa, une salade de pâtes au thon, un waterzooï, une Ramée ambrée et trois cafés (dont deux en avant que Léandra n'arrive). — Et de nouveau ce constat : ici, c'est hors de prix quand on a faim.

Chez EXKi, j'ai vraiment beaucoup de mal avec la clientèle bobo-chic, un concentré d'individus (voire d'individualismes) qui ne semblent pas connaître les concepts de file d'attente et de goulet d'étranglement. Exemple : Léandra et moi attendons notre tour pour accéder au très convoité espace sandwiches ; une dame déboule de l'arrière en nous bousculant... « Excusez-moi, excusez-moi, c'est juste pour prendre un sandwich... » Et nous, tu crois que nous sommes là pour quoi ? Pour écouter le discours du pape ?

Nous sommes très vite rejoints à table par deux collègues de Léandra, Eulalie et Halima. « Vous voulez rester à deux ? On vous dérange ? », demanderont-elles à plusieurs reprises. Je m'amuse à leur faire croire que oui mais ça ne marche pas... Elles sont sympas, les collègues, mais elles parlent beaucoup de boulot, forcément. Je suis submergé par les nouveaux prénoms et leur mise en relation : qui sort avec qui ; qui n'aime pas qui ; qui est idiote ; etc. Elles essaient ensuite de me caser...

« On devrait te présenter Mimi, la jeune stagiaire...
— Non, non, pas Mimi pour Hamilton ! s'exclame Léandra. 
— Il faut pourtant quelqu'un pour la dévergonder, voire peut-être pour la violer, propose Halima...
— Euh... La dévergonder, à la limite, je veux bien essayer... Mais pour le viol, ce sera sans moi ! 
— Elle est vraiment coincée, tu sais... 
— Euh... Ouais mais non. »

« Notre collègue flamande, elle est célibataire et en plus elle est très, très jolie. Et elle a clairement fait savoir qu'elle cherchait quelqu'un...
— Ouais... Euh... 
— Attends. Je vais te la montrer, me dit Halima en sortant son smartphone. Tu vois celle-là qui danse ? Ben c'est elle... 
— D'accord. »

Les trois collègues retournent à leur bureau en même temps. Je reste seul debout devant la table pendant quelques secondes. Il fait très calme, tout d'un coup. Je vais partir, moi aussi. Un grand blond arrive et me demande si la table est libre...

« Oui, oui. Vous pouvez prendre la place...
— Oulala, mais attention, vous alliez oublier un sac par terre !
— Ha... Oui, c'est un sac EXKi. Je vais l'utiliser pour débarrasser la table.
— Mettez ces jolies tasses à café dedans et partez avec, non ?
— Mais ce serait du vol...
— Oui, mais ne sont-elles pas belles, ces tasses ?
— Si, si, mais je ne fais pas ça...
— Allez, mettez ces tasses dans ce sac et on n'en parle plus.
— Mais non !
— Elles seraient pourtant du plus bel effet chez vous, non ?
— Oui, mais je ne fais pas ça...
— Bon, eh bien tant pis alors... »

Soirée à Berchem. — Ce soir, Gaëlle et moi sommes invités à manger une lasagne chez Tom et Ophely (et la petite Sophia), dans la périphérie bruxelloise, en compagnie d'Amy et Zapata. Depuis leur retour d'Amérique, il est écrit dans le labyrinthe du temps que lorsque ces deux-ci sont invités chez un ami commun, j'y suis également : « On invite Amy et Zapata ? Bah, invitons aussi Hamilton, en passant... Il n'est pas méchant, il est propre et il ne fait pas trop de bruit... » Ophely et Tom n'ont plus vu Amy et Zapata depuis très longtemps. La dernière fois, c'était apparemment dans le cadre d'une chasse aux œufs.

Concernant le souvenir d'un week-end à la campagne entre amis, Zapata dira : « Ouais, je m'en souviens bien, de ce week-end. C'était un des seuls moments de ma vie où j'étais célibataire, alors je m'en rappelle... » Je ne peux m'empêcher : « Ha ? Moi, c'est l'inverse : bientôt je pourrai parler de ma relation passée comme un des seuls moments où je n'étais pas célibataire... » Rires. — Et en plus, c'est vrai !

Sophia a du mal à s'endormir ce soir, sans doute parce qu'elle est excitée par la présence de tout ce monde. Gaëlle n'arrête pas de jouer avec elle, de la toucher, de la caresser, de s'en occuper à la manière d'une institutrice ou d'une grande sœur. Apparemment, le bébé aime bien et lui fait de grands sourires...

La phrase enfantine du jour. — Dans la rue, marchant vers l'arrêt de bus, Gaëlle lance à Amy : « Tu ressembles fort à Léandra ! » (L'amour est-il un éternel recommencement ? — Mais non !)

La Nef des fous. — Sur le trajet de retour, dans le bus nous conduisant vers la station de métro Beekkant, Zapata mentionne brièvement La Nef des fous, une très courte nouvelle écrite en prison par Ted Kaczynski, alias « Unabomber »... Activiste et terroriste anarchiste néo-luddite (c'est-à-dire opposé au progrès technologique actuel, vu comme une forme moderne d'aliénation de l'humanité), Kaczynski est incarcéré à vie dans une prison de très haute sécurité à Florence (Colorado) pour avoir envoyé une série de colis piégés à des personnes considérées par lui comme des acteurs nuisibles apparentés au technosystème (universitaires, propriétaires de magasin informatique, lobbyistes...), causant la mort de trois personnes et en blessant vingt-trois autres.

La Nef des fous (Ship of Fools, 1999) est disponible en ligne et en français ICI. La nouvelle commence comme un conte :
« Il était une fois un navire commandé par un capitaine et des seconds, si vaniteux de leur habileté à la manœuvre, si pleins d’hybris et tellement imbus d’eux-mêmes, qu’ils en devinrent fous. Ils mirent le cap au nord, naviguèrent si loin qu’ils rencontrèrent des icebergs et des morceaux de banquise, mais continuèrent de naviguer plein nord, dans des eaux de plus en plus périlleuses, dans le seul but de se procurer des occasions d’exploits maritimes toujours plus brillants. »
L'histoire est celle d'un bateau piloté par des officiers fous et « conservateurs », menant les passagers vers des conditions de vie de plus en plus difficiles, glaciales. Chaque passager se plaint d'un mal particulier : les uns d'être mal payés ; les autres d'être victimes de racisme, de sexisme ou d'homophobie... Une passagère critique aussi la cruauté envers les animaux. Un seul membre de l'équipage, un simple mousse, adopte un discours différent : même si les problèmes mentionnés par les passagers sont importants, ce qui importe le plus en l'occurrence est de faire demi-tour. Les passagers et membres de l'équipage ne l'écoutent pas et ne mettent jamais en doute la trajectoire du navire voulue par les seuls officiers. À plusieurs reprises, ils demandent simplement une série de mini-réformes, que les officiers accordent en ricanant. De son côté, le mousse continue d'affirmer qu'il faut avant tout faire demi-tour, puis s'inquiéter des autres problèmes. Il propose d'attaquer la dunette et de jeter les officiers par-dessus bord, mais tout le monde est contre cet accès de violence. À la fin, le mousse est vraiment énervé :
« Bande d’imbéciles ! cria-t-il, Vous ne voyez pas ce que le capitaine et les officiers sont en train de faire ? Ils vous occupent l’esprit avec vos réclamations dérisoires — les couvertures, les salaires, les coups de pied au chien, etc. — et ainsi vous ne réfléchissez pas à ce qui ne va vraiment pas sur ce navire : il fonce toujours plus vers le nord et nous allons tous sombrer. Si seulement quelques-uns d’entre vous revenaient à la raison, se réunissaient et attaquaient la dunette, nous pourrions virer de bord et sauver nos vies. Mais vous ne faites rien d’autre que de geindre à propos de petits problèmes mesquins, comme les conditions de travail, les parties de dés et le droit de sucer des bites. »
La nouvelle se termine abruptement par la mort de tout l'équipage :
« Et l’un après l’autre, tous les passagers et membres de l’équipage firent chorus, traitant le mousse de fasciste et de contre-révolutionnaire. Ils le repoussèrent et se remirent à maugréer à propos des salaires, des couvertures à donner aux femmes, du droit de sucer des bites et de la manière dont on traitait le chien.
Le navire continua sa route vers le nord, au bout d’un moment il fut broyé entre deux icebergs. Tout le monde se noya. 
»
(La suite demain...)

jeudi 20 octobre 2011

"Choro Original"

Ce soir, comme tous les jeudis jusqu'au 15 décembre, à différents endroits de la capitale belge, des musées ouvrent leurs portes pour une "Nocturne" (comprendre : "On ouvre jusqu'à 22h, plus rarement jusque minuit, woaw !"). Aujourd'hui, c'est le cas du Musée du costume et de la dentelle (définitivement hors de question que j'y mette les pieds), du Musée de la Ville de Bruxelles (ça pourrait être intéressant), du Musée d'Art fantastique (oh !), du Musée Constantin Meunier (ah ?), du Musée bruxellois du moulin et de l'alimentation ("Bonbons, caramels, gâteaux et pâtes de fruit" : merde, ça donne envie !), ainsi que du Palais des Beaux-Arts et du Musée des instruments de musique (le MIM), qui centrent tous deux leurs activités autour du Brésil. L'idée, lancée par Mademoiselle Léandra Courbet – lointaine descendante en ligne très indirecte du peintre du même nom – a toujours été d'aller au MIM, notamment pour voir, dans une des salles du musée, la représentation musicale du "Choro Original", groupe de quatre musiciens au sein duquel joue mon ami Tom, guitariste, musicologue et mélomane, celui-là même qui a été jusqu'à Prague pour s'acheter un luth (et qui compte d'ailleurs en commander un second, auprès du même artisan !).

Léandra et moi rejoignons Andrew à l'entrée du MIM. Emily est malade et reste donc chez elle. Jonas devait peut-être nous rejoindre mais tout compte fait ne vient pas. Quant à Walter, il a aussi été question durant un bref moment qu'il nous rejoigne, et puis non : il passera la soirée chez lui avec Mary. De toute façon, je ne l'imaginais que trop bien dans ce musée, contemplant sans passion un instrument de l'époque baroque ou jouant avec son smartphone durant le concert de musique brésilienne... Ceci étant dit, peut-être est-ce que je me trompe lourdement ? Peu importe. Nous ne serons donc que trois pour cette soirée musicale.

Nous commençons par une visite de quelques unes des salles du musée : la salle des instruments traditionnels puis celle consacrée à l'époque classique. On notera en passant qu'ils ont changé leur système d'audioguides. Auparavant, il s'agissait d'un système automatique qui se mettait en marche lors du passage devant une vitrine d'instruments, permettant d'écouter le son desdits instruments. Aujourd'hui, c'est un système un peu plus bancal : à l'entrée, on nous distribue un casque qu'il faut brancher à chaque fois dans une des quatre prises mini-jack placées sur une borne devant les vitrines. Lorsque quatre personnes sont connectées simultanément à une même borne, le signal sonore est dillué et on n'entend plus grand chose. Bref, ce n'est pas terrible, mais je suppose que l'ancien système d'audioguides par infrarouge était devenu défectueux. Ayant travaillé moi-même dans un musée utilisant de vieux audioguides pourris qui fonctionnaient une fois sur deux, je ne vais pas leur jeter la pierre. Ça devient vite obsolète, ces petites choses, ma brave dame !

À un moment, je ne peux m'empêcher d'appuyer sur la touche d'un piano sur lequel il n'est pas écrit "Ne pas toucher". Et en plus, il n'est même pas accordé, ce salaupiaud !

À l'entrée de la salle des instruments classiques, nous finissons par croiser Tom, accompagné d'Ophely et de leur bébé Sophia. Carmela est là également, accompagnée d'un gars taciturne. "Je ne sais pas si vous vous connaissez", lance Tom. Elle ne se souvient apparemment plus de moi (j'ai l'habitude), mais je me souviens d'elle, évidemment : "Mais oui, on a même fait un bowling ensemble...". Ou plutôt : elle nous avait regardés jouer au bowling... C'était il y a presque six mois, avec Christelle, pour l'anniversaire de Tom. Je peux même retrouver le jour exact, le tout premier jour jamais écrit dans l'ancêtre de ce journal : le 22 avril 2011. (Ha ! Le présent journal s'avère utile, contre toute attente. Dans 10 ans, non seulement je pourrai peut-être concourir pour le Livre des records mais aussi – plus important encore – faire le malin en retrouvant une occurrence très précise enfouie dans un lointain et glorieux passé.)

Le concert va bientôt commencer : nous allons donc nous installer sur un des bancs improvisés de la petite salle. Le groupe est composé de Tom (guitare et cavaquinho), de Guy Buyse (guitare, cavaquinho et cistre), de Pierre Gevaerts (guitare et bandolim) et, en guest star, du percussionniste Osvaldo Hernandez (pandeiro une sorte de tambourin brésilien et maracas). Pour autant que je puisse en juger, le groupe est bon et Osvaldo Hernandez tout bonnement impressionnant : je l'avais déjà vu il y a deux ans, pour une représentation en solo. Ce type, on devrait l'appeler "Mr. Tambourine Man", comme dans la chanson de Dylan, ou plutôt "Mr. Pandeiro Man", tant il semble ne faire qu'un avec son instrument. Autre façon de voir les choses, le point de vue de Léandra : on a l'impression que son tambourin est doté d'une vie propre. Avant d'avoir vu joué ce gars, jamais je n'aurais cru qu'on pouvait faire autant de sons et de rythmes différents avec un "bête" tambourin. Mention spéciale à cette technique qui consiste à effleurer la peau du pandeiro avec un doigt pour lui donner un son saccadé si particulier. Le gars sait qu'il est bon et il en surjoue même un peu. C'est aussi le seul musicien à avoir droit à un vrai solo (avec applaudissement durant le morceau, comme dans les concerts de jazz). Hé oui, on a pu le voir : il est d'une dextérité inouïe.

Et en plus, il chante, parfois : Osvaldo, l'homme multifonction.

Le concert se termine d'une manière abrupte car il est l'heure et l'heure c'est l'heure ! Une dame du musée se pointe une première fois vers 21h30 et fait de grands gestes destinés à arrêter les musiciens, qui ne la voient pas. Elle revient cinq minutes plus tard et interrompt la musique en parlant. Et elle travaille dans un musée des instruments de musique ? Pfff... Andrew la comprend, "ayant déjà travaillé dans un musée durant une nocturne". Ben moi je ne la comprends pas. S'il y a bien un truc que je ne supporte pas, c'est quand on interrompt des artistes (d'autant plus qu'ils allaient vraiment terminer, qu'ils n'en avaient plus que pour une ou deux minutes).

* * *

Nous finissons la soirée au café "La Fleur en papier doré". Léandra comptait y manger une soupe à l'oignons. Pas de chance : le cuisinier vient de partir. Léandra, désespérée : "Vous n'avez même pas une soupe en sachet ?". Non, même pas : nous devrons nous contenter d'une assiette mixte. Et pour ma part, je comptais y boire deux Orval, mais je n'aurai droit qu'à un seul, car le serveur m'oubliera à deux reprises. Ce n'est pas notre soirée.

Durant cet après-concert, Andrew parle d'encre de Chine. Andrew n'est jamais arrivé à utiliser correctement un stylo à l'encre de Chine. Andrew est traumatisé par l'encre de Chine. Il a eu à subir deux examens de passage pour son cours de dessin (!), en première et deuxième secondaires, parce qu'il n'arrivait pas à faire quelque chose de correct avec son Rotring (Andrew m'a appris en passant que le fameux stylo allemand était rempli de véritable encre de Chine).

Mes deux amis parlent également beaucoup de leur cours d'impro débutants, qu'ils suivent avec assiduité (avec assiduiqui ?) tous les mercredis soir. Ils doivent y faire une série d'échauffements physiques, puis intellectuels, du genre : être couchés dans le noir et se mettre à compter tout haut ; si deux personnes lancent le prochain nombre en même temps, on recommence à zéro. Ou encore : se lancer des sorts imaginaires ; si quelqu'un dans la salle lance "FREAK OUT !" (littéralement "paniquer", "péter les plombs"), tout le monde doit courir frénétiquement dans tous les sens, en faisant plein de gestes et en se cognant. Léandra me dit que je devrais aussi faire de l'impro. C'est totalement hors de question : déjà, c'est trop cher pour moi ; ensuite, le théâtre, le jeu d'acteur, l'improvisation, ça n'a jamais été trop mon truc. Plus tard, elle me dira que je devrais participer à des ateliers "Jeux de société", ce qui me plaît déjà beaucoup plus !

Constat, à la sortie de La Fleur en papier doré : le bus 48 passe à l'arrêt juste devant le café. Il dépose Léandra près de chez elle, à la Porte de Hal, et me dépose à... 28 secondes du pas de ma porte. Quant à Andrew, il pourra happer le bus 95 qui passe aussi à deux pas de chez lui. C'est magique !

jeudi 22 septembre 2011

Premier souvenir

Ce soir, je me rends chez Tom et Ophely. Ils habitent une maison nouvellement achetée pas loin de la Basilique de Koekelberg... L'objet premier de ma visite : voir enfin leur petite fille Sophia, qui vient de naître en août dernier. Ophely a accouché à domicile, en présence d'une seule sage-femme (la deuxième est arrivée trop tard !), sans complication d'aucune sorte. À mon arrivée, le bébé dort sur sa maman mais se réveillera assez vite. Elle reste tranquille dans son landau, puis braille un peu, demande à manger, braille à nouveau, fait caca, regarde son jouet-spirale avec étonnement, pleure, braille, écoute de la musique et se calme, demande à manger, braille, crie, s'endort dans son porte-bébé, etc. En trois mots : un bébé normal. 

Le chat est un peu dérangé par la présence de ce nouvel occupant et les parents s'en méfient. L'animal occupe constamment les lieux de vie de Sophia et cherche la caresse de ses maîtres. Le chat est-il capable de ressentir une forme primaire de jalousie ? Cette question me rappelle l'histoire de Zoé, la chatte qui habitait avec mes grands-parents maternels quand j'étais gamin. Zoé cohabitait avec un canari. Mon grand-père avait en effet construit dans le jardin une volière avec une centaine de canaris, dont un seul avait le privilège d'occuper une cage personnelle dans la maison. Zoé se couchait sur la cage, jouait tranquillement avec l'oiseau, sans jamais lui faire de mal. Un jour, Zoé a mis bas une portée. Comme d'habitude, mon grand-père a tué tous les chatons d'un coup, utilisant une technique assez barbare mais efficace : il les mettait tous dans un sac en tissu et tapait le sac d'un coup sec contre le mur de briques d'une des remises. La nuit suivant la mise à mort, Zoé a ouvert la porte de la cage du canari et a bouffé l'oiseau. Vengeance ? Colère ? Mise en place d'une justice féline ("tu as tué mes enfants, je tue le tien") ? Coïncidence ? Le mystère reste entier.

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Chez Tom et Ophely ce soir, la musique provient d'une petite chaîne portable située dans la cuisine. Au début de la soirée, occupé à cuisiner un délicieux poulet au curry et noix de cajou, Tom met un CD d'Alela Diane. Je ne savais pas que le couple aimait bien cette chanteuse. Apparemment, si : ils ont même été la voir en concert. Son premier album est assez minimaliste (deux-trois accords de guitare, des mélodies très simples) mais, dira Tom, on sent déjà chez elle une certaine aisance musicale, un sens de la mélodie et de l'harmonie... Ophely rajoutera que cette dame dévoile réellement son talent lorsqu'elle est toute seule avec sa guitare, sans aucun orchestre... 

Plus tard, ce sera au tour du dernier album de Radiohead, The King of Limbs de passer "sur la platine". C'est assez incroyable, mais depuis Hail to the Thief (qui m'avait bien énervé à l'époque avec son "Copy control" m'empêchant de l'écouter convenablement sur mon discman – le monde à l'envers : j'avais été obligé de graver sur un CD vierge cet album que j'avais acheté, afin supprimer un son parasite au début de chaque piste), je ne suis plus du tout au courant de leur production. Du coup, je demande à Tom si ce qu'on entend est le dernier album solo de Thom Yorke. Pauvre de moi : ben nan, c'est Radiohead, tout simplement. 

Ces musiciens-là n'aiment pas les longues mélodies, ils sont toujours dans l'urgence, à l'opposé des longues plages – parfois magnifiques mais parfois chiantes aussi, faut bien le dire – du post-rock. Le résultat : un album fabuleux. Exemple avec "Feral", en live (la vidéo est montée avec un effet de miroir horizontal, pour une raison que j'ignore) :


Musique toujours... En début de soirée, Tom me présente son superbe luth, qu'il a acheté à un artisan tchèque installé dans un village de la banlieue praguoise, sur les conseils de son professeur. Tom et Ophely ont fait le voyage jusqu'à Prague pour aller le chercher et en ont profité pour visiter la région. Tom ne m'a pas donné le nom du facteur mais je crois avoir retrouvé le bonhomme (merci Google) : un certain Jiří Čepelák. Le gars est un vrai passionné qui fabrique ses instruments à l'ancienne (si on parlait de nourriture, on parlerait de "bio"), en respectant les contraintes des artisans de l'époque baroque ou classique, utilisant des produits naturels comme des huiles de poissons. Tom m'explique : la table est en épicéa (le meilleur bois pour conduire le son), la touche en ébène (un bois dur qui supporte les nombreuses manipulations), les frettes sont en boyau... Seules les cordes sont en nylon (elles peuvent être remplacées par des cordes en boyau mais c'est très cher !). L'instrument est superbe, jusqu'au moindre détail : les chevilles sont taillées à la main et l'ouïe est finement ciselée, comme on peut le voir sur cette page. Tom m'explique enfin que l'instrument est en quelque sorte vivant et que pour qu'il atteigne sa perfection mélodique, il doit être joué souvent, pendant de nombreuses années. C'est définitivement passionnant.

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Durant la soirée, on parle de souvenirs d'enfance. Quel est notre premier souvenir ? Ophely ne s'en souvient pas. Tom en a par contre une vision très nette : en Suisse, vers deux ans et demi, il est émerveillé à la vue d'un lichen sur une roche. Pour ma part, mon premier souvenir est le suivant : à deux ans et demi aussi, sur les épaules de mon tonton Tino qui avait les pieds dans la mer Tyrrhénienne, sur une plage italienne (je sais que c'était là par reconstitution, car c'est la seule possibilité), la vue d'un torchon sale qui bougeait dans l'eau et qui me terrorisait... L'inverse donc de l'émerveillement de Tom pour le lichen... Nos premiers souvenirs respectifs ont néanmoins deux points communs : dans les deux cas, il s'agit d'un souvenir dont la dominante est clairement visuelle et qui par ailleurs est en rapport avec un événement totalement anodin. Freud parlerait de souvenirs-écrans, cachant un souvenir plus important mais refoulé. D'accord, mais lequel ?

En fin de soirée, Tom sort le pousse-café et le dessert. Le digestif : un alcool à base de pommes, ressemblant à du Calvados, distillé par un pote qui possède un alambic. On se resservira à deux reprises. La dessert : deux glaces délicieuses provenant d'un glacier de Wépion du nom de "La Fleur de Lait". 

Je pars juste après le dessert. Je happe un tram. Je happe un métro. Je happe un second tram. Je happe mon lit. Et, rapidement, je happe mon sommeil.

Et pendant ce temps (et sans aucun lien ni transition), des chercheurs du CERN ébranlent nos certitudes en mesurant un neutrino se déplaçant légèrement plus vite que la lumière. Misère !