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jeudi 2 février 2012

Rencontre imprévue

De retour du boulot, en soirée, je passe par le Parvis de Saint-Gilles pour retirer de l'argent. Je n'ai pas envie de rentrer chez moi. Je fais donc un crochet par la Maison du Peuple, entièrement comble. Je me fraie un chemin à travers le café, non pour m'y installer mais pour vérifier qu'Emily ne s'est pas cachée dans un des recoins de la salle avec son PC. Elle n'y est pas, évidemment. Je fuis cet endroit trop bruyant pour moi et marche jusqu'au Potemkine.

Au Potemkine, je dépose mon sac et mon manteau à l'une des tables encore libres avant de me rendre au bar pour commander une Maredsous. Je n'ai prévu de voir personne aujourd'hui et compte bien écrire ma journée de mercredi, au moins. Je regarde un peu autour de moi, observe le public au bar et — je ne sais quand ni comment exactement — je tombe sur un visage familier. Je la reconnais, elle me reconnaît. Et je lui dis, à un mètre de distance environ : "Claire ?" Elle commande des boissons et je comprends quelques secondes plus tard, lorsque le serveur me demande ce que je veux, qu'elle me paie un verre...

Voilà : ce n'était pas prévu mais ça devait arriver un jour. Claire est "l'inconnue" qui lit mon blog depuis un certain temps et qui est "sortie de l'anonymat" peu de temps après la fameuse (ou pas) "Journée dont vous êtes le héros #1". Vu que nous sommes amis sur Facebook, je connaissais son visage et elle connaissait le mien. Donc à la question : "est-il possible de reconnaître quelqu'un sur base de quelques photos Facebook ?", la réponse est positive. Tu en doutais, Hamilton ? 

Claire est déjà installée à une table en compagnie d'une bande d'amis. Elle me propose de m'installer avec eux, ce que j'accepte évidemment (l'écriture du blog attendra). Je suis un peu gêné de rencontrer une série d'inconnus d'un seul coup, mais je gère plus ou moins (je crois ne pas avoir paru trop bizarre). La majorité de la tablée est composée de Français. Il y a là notamment un ingénieur qui travaille dans l'aérospatiale, plus particulièrement sur un des composants des vérins, pour être précis du tout nouveau lanceur Vega de l'Agence spatiale européenne (ESA) ; un autre qui bosse pour Médecins sans frontières... J'essaie de retenir les prénoms de tout le monde mais ce n'est pas évident (il y a là une dizaine de personnes et j'ai du mal avec les prénoms).

Une question d'un des participants à la soirée : "Et vous vous connaissez comment, en fait ?" L'explication donne plus ou moins ceci : Claire connaissait le blog (très éphémère) de Vincent, dans lequel se trouvait un lien vers le blog (moins éphémère mais pas très pérenne) de Léandra, dans lequel se trouvait forcément un lien vers mon blog. Vincent et Léandra ont abandonné leur blog-journal. Pas moi... Et donc Claire a continué de me suivre. (Je me souviens d'une remarque dudit Vincent, lorsque je lui ai expliqué à la Maison du Peuple hé oui, encore ! que j'écrivais ce journal pour moi-même, sans attendre particulièrement qu'on me lise : "C'est sans doute ce genre de projet qui a le plus de chance de perdurer", m'a-t-il dit alors [c'était le 11 septembre 2011]. Et il avait raison sur ce point !)

Chaque demi-heure environ, certain(e)s s'en vont pour fumer une cigarette dehors. Il fait -12° Celcius, sans compter le vent. Voici, dans toute sa splendeur grisâtre, le véritable pouvoir de la nicotine. Au-delà de ces considérations tabagiques, la tablée fonctionne sur le mode de la tournée. Ça carbure principalement à la bière (la... hum... Volga). Je veux payer une tournée à un moment mais une des dames de l'assistance vient jusqu'au bar pour me dire que c'est à elle de payer et qu'il est hors de question que je débourse le moindre centime : "Je me fais servir des bières comme une princesse depuis le début de la soirée et ce n'est pas dans mon habitude." Soit. Je ne dis rien mais c'est la même chose pour moi, sauf — précision importante que je ne suis pas une princesse.

Je sors du café vers 23 heures avec Claire et un de ses amis. Nous retournons vers la bouche de métro toute proche. Il fait glacial. Les deux s'en vont happer leur métro tandis que je m'en vais récupérer mon tram.

mardi 6 décembre 2011

Normalisation

Ce midi, en attendant mon plat de nouilles au bœuf piquant dans le petit snack vietnamien à quelques mètres de mon travail, j'observe et écoute un groupe de quatre étudiantes qui attendent elles aussi leur plat de nouilles ou leur sandwich. Elles suivent des cours de je ne sais quoi à l'école supérieure située à quelques centaines de mètres en face du snack... Quatre étudiantes, quatre sosies... Non pas physiquement, mais en habillement, en coiffure, en maquillage et jusque dans leur façon de s'exprimer... Je me rappelle une vieille remarque de ma collègue Sylvette, qui sort de la même école mais qui, fort heureusement, ne leur ressemble pas : "Dans cet établissement, 90% des étudiants sont des clones : tous les mecs ressemblent à Ken, toutes les nanas à Barbie". J'avais des doutes quant à cette affirmation... jusqu'à aujourd'hui. 

Mais alors, pourquoi les étudiants et étudiantes qui font leur stage à la bibliothèque de mon travail (et qui viennent de la même école) ne sont-ils pas standardisés comme les autres ? Deux éléments de réponse : mon boulot est un repère de fous et n'attire par conséquent que des fous non conformistes ; lesdits étudiants étudient la bibliothéconomie et il faut déjà une bonne dose d'originalité pour choisir de pareilles études !

L'enquête continue... (Ou comment écrire deux paragraphes sans contenu pour combler le vide de cette journée de boulot et de cette bête soirée passée à mon appartement à ne rien faire d'autre qu'écouter de la musique.)

* * *

Autre remarque, plus intéressante : hier, j'ai reçu un message d'une inconnue (que je nommerai Claire dans ce blog – désolé pour la francisation du prénom), qui me disait en substance qu'elle lit mon blog depuis quelques mois maintenant, sans jamais s'être manifestée jusqu'à hier. Je suis intrigué : quel intérêt peut-elle trouver dans ce blog si elle ne me connaît pas un tant soit peu ? Déjà que quand on me connaît, l'intérêt de le lire est fort réduit, alors... hem... quand on ne me connaît pas, hein... (Oh ! Pauvre Hamilton ! Et tu veux qu'on s'apitoie sur ton sort en plus ?) La réponse : elle y retrouve racontés les lieux dans lesquels elle vit (le Parvis de Saint-Gilles ? La Maison du Peuple ? Le Potemkine ?), "mais aussi les amitiés, les rencontres, les passions et les doutes d'un trentenaire".  Claire a décidé de sortir de l'anonymat après avoir lu "La journée dont vous êtes le héros #1". Comme quoi, je n'ai pas écrit tout ça pour des prunes... Comme dirait Léandra : "Voilà ce qui arrive quand on écrit pendant longtemps..."

Une question que je me suis également posée : comment Claire est-elle tombée sur mon blog ? C'est Léandra qui m'a donné la réponse, confirmée par la principale intéressée par la suite : Claire est une copine de Vincent, le gars que Léandra a rencontré sur son site de rencontre fétiche (Adopteblablabla). Claire est tombée sur le blog de Léandra via le blog (très éphémère) de Vincent ; puis sur le mien via le blog (actuellement fermé – pour toujours ?) de Léandra.  Un vrai parcours du combattant.

J'ai beau écrire ce blog en grande partie "pour moi-même" et tout et tout, sans la volonté d'être lu ou de faire "de l'audimat", ce message m'a tout de même fait extrêmement plaisir...

dimanche 2 octobre 2011

Un coup de dés, etc.

Hem...
Ça suffit.
Gaëlle est fan...
Mais faut pas exagérer.
J'ai d'autres sujets à traiter.
Bref : pas de Spelunky aujourd'hui.

Quand je rends ma fille à Maïté, il est 16h26.
Après, je m'assieds à la terrasse d'un café pour écrire.
Léandra arrive et, avec Andrew, nous décidons d'aller au Potemkine.

Le Potemkine : là où coule la répugnante Volga et passe l'insouciante musique made in sixties des bobos heureux et fiers de l'être... Bah !

Arrivés en terrasse, nous assistons aux toutes dernières minutes du concert d'un groupe de free-jazz (?). Un peu plus tard, à la sono : encore et toujours "I Heard It Through The Grapevine", mais dans une version alternative, chantée par The Slits, un éphémère groupe punk majoritairement féminin qui a officié au tournant des années 70 et 80. Pourquoi pas ? Cette version est éminemment sympathique.

Comme tous les dimanches, sans raison (ou peut-être parce que je sais que je n'aurai rien d'autre à raconter), je note pour plus tard quelques sujets de conversation. La mémoire (ma mémoire surtout) est ainsi faite : sans note, impossible de retrouver le moindre thème abordé durant une soirée. Par contre, à l'aide de notes lacunaires – quelques rares mots-clés gribouillés ou encodés –, tout un pan de la conversation me revient d'un seul coup. Ça fonctionne de la même façon pour les rêves : il me faut une simple clé d'entrée (une ID, dirait-on dans le monde des bases de données), un mot-souvenir qui, une fois invoqué, éclairera cette minuscule zone de souvenirs située sur la gigantesque face cachée de ma mémoire. Nous n'oublions rien : nous enfouissons, simplement.


* * *

Durant la discussion, Andrew mentionne à nouveau la conjecture de Poincaré... Il la remet de temps en temps sur le tapis, celle-là, car c'est passionnant. Passionnant non pas à cause de la conjecture en elle-même (quoique !) mais surtout en raison du mathématicien russe qui en 2002-2003 a démontré son exactitude : Grigori Perelman.

Cette conjecture (une conjecture : une affirmation mathématique qui n'a pas encore été démontrée), formulée pour la première fois par le mathématicien français Henri Poincaré en 1904 (merci Wikipédia), est la suivante : "Soit une variété compacte V simplement connexe, à 3 dimensions, sans bord. Alors V est homéomorphe à une hypersphère de dimension 3". Je n'ai même pas envie de définir le moindre terme de cette conjecture, tant j'ai la trouille de me planter lamentablement la gueule dans ce domaine que je ne maîtrise absolument pas.

Donc Grigori Perelman a démontré la conjecture de Poincaré (qui n'en est plus vraiment une, du coup). En 2006, pour couronner ses travaux, Perelman est nommé lauréat de la médaille Fields, une des plus hautes distinctions dans le domaine des mathématiques, attribuée tous les quatre ans par l'Union mathématique internationale à quelques "jeunes" mathématiciens de moins de quarante ans. Perelman refuse la médaille (c'est le seul à l'avoir déclinée depuis la création du prix, en 1936). Plus fou encore : plus tard, en 2010, le mathématicien refusera le prix Clay. Décerné par le Clay Mathematics Institute, ce prix récompense d'un million de dollars la première personne qui arrivera à démontrer un problème mathématique complexe. Sur une liste de sept problèmes, seule la conjecture de Poincaré a été démontrée et Perelman a donc refusé la récompense. Dans une rarissime interview parue dans le tabloïde  Komsomolskaïa Pravda (Комсомо́льская пра́вда), le génie reclus dans un petit appartement de Saint-Petersbourg explique comment il a trouvé la solution de la conjecture (à savoir grâce au fait que dès sa jeunesse, il a essayé de trouver des réponses à des questions complexes, du genre : calculer la vitesse à laquelle aurait dû marcher Jésus Christ sur l'eau afin de ne pas tomber dedans, oui, oui !) et pourquoi il a refusé le prix ("Je sais comment gouverner l'Univers. Pourquoi devrais-je courir après un million ?") : c'est entre autres expliqué ici. Ce gars me fait penser à un autre génie, des échecs cette fois-ci : Bobby Fischer. Un type hors norme, à la logique différente, refusant lui aussi des sommes astronomiques (par simple caprice), annulant des tournois, disparaissant de la circulation... Mais ceci est une autre histoire.

* * *

De son côté, Léandra chante. Enfin, pas toujours. Juste un morceau en fait : "Octobre" de Francis Cabrel. Une des chansons préférées de ma mère – normal car c'est aussi son mois préféré –, une de celle qu'elle voudrait à son enterrement (enfin, je crois). J'adore également le mois d'octobre pour ses couleurs, ses odeurs... Léandra dira – et je suis fondamentalement d'accord avec elle, mais pas Andrew – que seul le mois de novembre est horrible : il est moche, froid, venteux et sans aucune magie... En tout cas, pour le moment, octobre ne ressemble absolument pas au mois d'octobre de l'ami Francis : pas de feuilles partout, pas de nuages pris aux antennes, pas d'écharpes pour deux...

Autre sujet de discussion, lancé par Léandra : l'anniversaire prochain de Jonas. Jonas est informaticien et est né un 10.10 : un nombre "binaire". De mon côté, je suis né un 10.01 : un nombre binaire aussi. Question : combien de jours de l'année sont binaires ? Facile : seuls les mois de janvier (01), octobre (10) et novembre (11) peuvent concourir. Pour les jours, c'est seulement le cas des 01, 10 et 11 aussi... Conclusion : 9 jours sur 365 ne sont pas hors-jeu : ça fait un peu moins d'une chance sur 40 de tomber juste. C'est pas mal je trouve... Par contre, si l'on ajoute les années à la donne, il va falloir attendre longtemps avant de voir la naissance d'un "bébé binaire", à savoir l'année 10000 après Jésus-Christ. Entre 1111 et 10000, un "grand vide binaire" s'étale dans toute sa splendeur, à moins de calculer avec un autre calendrier que le calendrier chrétien ou bien de tricher et de ne compter que les deux derniers chiffres de l'année (dans ce cas, 2011 fonctionne mais c'est le dernier avant 2100)...

Une dernière question : pourquoi la plupart des célibataires (éventuellement frustrés) d'Adopteunmec.com, le site de rencontre préféré de Léandra, sont-ils des inconditionnels de Dune de Frank Herbert ? Exemple : un des derniers en date que Léandra a rencontré virtuellement a pour surnom... Duncan Idaho ! Léandra ne savait même pas qui c'était avant que je ne le lui dise ! M'enfin ! Duncan Idaho : le fidèle lieutenant de la Maison des Atréides, celui qui bloquera la route aux Harkonnens assez longtemps pour que Paul et sa mère puissent s'enfuir dans le désert ! Hum... Peu importe. J'en suis arrivé à une théorie beaucoup plus générale : lire Dune nuit gravement à la vie conjugale. Pire : les fans de Dune sont destinés à être des éternels célibataires. En fait, je suis bien conscient que c'est souvent exactement l'inverse : ceux qui lisent ce genre de romans sont déjà dans un monde à part et le fait qu'ils aiment Dune n'est qu'un révélateur parmi d'autres d'une forme de rêverie, voire d'échappatoire...

Un peu comme la fantasy, le rock, les bandes dessinées, les jeux vidéo ou encore l'astronomie...

* * *

Avec tout cela, je n'aurai même pas mentionné le fameux poème de Mallarmé.
À la suite d'une phrase de Vincent le jour où nous l'avons rencontré,
Andrew a eu l'idée de retrouver une vieille édition du poème
D'après Andrew, ce poème typographique
échappe à toute vaine tentative
de compréhension frontale.
C'est mieux ainsi,
sans doute.
Non ?

vendredi 16 septembre 2011

Une soirée tranquille chez Léandra

Je me réveille, assez tard dans la matinée, après un "rêve au long cours", qui reprend des événements se déroulant sur plusieurs journées, avec une multitude de situations différentes, mais inscrites dans le même contexte. Le problème, c'est que je ne me souviens que de bribes et que ce dont je me souviens le mieux, hé bien je n'ai vraiment pas envie d'en parler dans ce journal.

Le contexte : une énorme fête familiale, dans un manoir, avec plein d'inconnus. Une bribe : à un moment, j'accompagne un orchestre en tapant n'importe comment sur les touches d'un piano. Curieusement, le résultat donne un son mélodieux, accompagnant à merveille le reste de la musique. Dans mon rêve, je me rappelle avoir pensé distinctement que je faisais comme Irmin Schmidt.
 
Début d'après-midi, Fred Jr me contacte pour me dire que je deviens vieux et que mes souvenirs ne sont pas entièrement corrects quant à la journée du 11 septembre 2001. Je ne fais normalement jamais ça dans ce blog, mais je décide donc d'ajouter un addendum dans la description de ladite journée. Cette anecdote me rappelle que la mémoire est un outil fabuleux mais trompeur. Le cerveau est capable de fabriquer de faux souvenirs, de combler les vides mémoriels avec des actes qui n'ont jamais eu lieu, d'oublier et de récréer des événements. Je me rassure en me disant que je n'ai pas entièrement inventé le fait qu'Hamilton II était passé manger chez moi ce jour-là.

* * *

Cet après-midi, sur le statut Facebook de son copain Vincent, Léandra a eu une longue "conversation" par commentaires interposés avec une étudiante en médecine du nom de Daily Rente (c'est un pseudonyme ; Léandra ne se souvient plus de son vrai prénom, alors que Vincent lui en a parlé, tsss...). Cette dernière a choisi pour illustrer son profil une photo de Tippi Hedren (oooh !) dans Pas de printemps pour Marnie d'Alfred Hitchcock. Bref. Au final, l'échange donne un statut Facebook de 147 commentaires (si mes souvenirs sont bons), bourrés de jeux de mots, sur tous les sujets (Léandra arrivera même à parler de moi, en passant !).

C'est la première chose que Léandra veut me montrer quand j'arrive chez elle. Andrew est déjà là. Ce soir, Léandra a décidé de fêter la fin de son contrat en invitant des amis. Pour l'occasion, j'ai apporté des petits bouchées de bœuf/tomate cerise/Grana Padano. J'ai déjà fait mieux (le bœuf – des morceaux de carpaccio en fait – n'est pas très bon, pour tout dire). Et Andrew a amené du Champagne !

Les invités arrivent au compte-goutte : Emily a apporté une tortilla (comme d'habitude, elle "s'amusera" à se démolir toute seule en disant que son plat est raté, qu'il se casse en mille morceaux, alors que pas du tout) ; Lyric et Romain presque en même temps (ils s'asseyent l'un à côté de l'autre durant toute la soirée ; c'est amusant de voir le contraste de taille – Lyric est très grand, Romain a choisi le fauteuil bas près de la télévision – et de façon de penser aussi : Léandra dira plus tard qu'ils représentent typiquement la différence existant entre le Français et le Belge ; mais qu'est-ce que ça veut dire ?) ; Walter, enfin, en retard, qui a deux mauvaises nouvelles à nous annoncer : en premier lieu, il a eu un accident de voiture avec un Russe qui roulait sans permis et qui ne parlait pas un mot de français ni d'anglais ; en second lieu, il pense qu'il va sans doute se faire virer de sa boîte.

Comme musique, Léandra a mis son habituelle playlist iPod en aléatoire. Léandra, selon ses propres dires, doit encore "faire son éducation musicale" (il serait temps !). La playlist contient tous les styles : des chansons qui souvent lui ont été passées par des amis. J'en ai notée quelques unes...

- "Mosquito Song" de Queens of the Stone Age (elle a Rated R et Songs for the Deaf dans sa playlist (mais qui lui a passé ça ? (Oui, moi aussi, je peux mettre des parenthèses dans les parenthèses dans les parenthèses. (Et je préfère mettre le point avant de fermer la parenthèse, quand il en faut un.)))). C'est ma chanson préférée de l'album, c'est amusant.
- Je ne sais quelle chanson de Röyksopp (passée à Léandra par Romain ?). Je me souviens d'un de leur vieux clip sur MTV, "Remind Me", fait de schémas animés, de graphiques vachement bien foutus. Par contre, je ne suis pas trop fan de leur musique.
- Du Hubert-Félix Thiéfaine (venant sans doute d'Igor, qui adorerait ce chanteur).
- Du Vincent Delerme, hum
- "Sister Sleep" de Shalabi Effect (cette mélodie provient d'une vieille compilation musicale post-rock que j'avais offerte à Judith il y a longtemps pour son anniversaire). La musique stresse Emily. Curieux : mis à part le violon strident, je la trouve assez reposante, celle-là.

J'ai également attrapé "au vol" quelques discussions...

1) Les sujets pragmatiques du début de soirée, tournant autour des droits du consommateur, du travail, de l'assurance-voiture ou encore du code de la route. Je trouve que ce sont des discussions "à la française", très techniques et à cheval sur la loi. Quand on est uniquement entre Belges (du moins dans les gens que je fréquentent), on ne parle que très rarement de ce genre de choses. 

Un sujet : Emily s'est fait ponctionner de l'argent sur un de ses comptes par France Télécom (ou une marque du genre), sans en être avertie, simplement parce qu'ils "ont confondu avec une autre Emily"... Que faut-il faire ? Il faut leur redemander l'argent, en bonne et due forme, par recommandé. Et demander qu'ils repaient le prix du recommandé. Et leur faire un procès, car c'est de la vente forcée ! Un autre sujet : Walter a démoli sa voiture dans un accident ; il est en tort mais la personne en face n'a pas son permis... Qui doit payer qui ? C'est l'autre qui doit payer, il fallait appeler la police !

2) Le rugby : Emily et son frère ont offert à leur sœur, comme cadeau d'anniversaire, un ticket pour le match France-Italie du Tournoi des Six Nations, au mois de février 2012. Le frère d'Emily, "un sadique", a dit à sa sœur de réserver son week-end, sans dire pourquoi. Seul indice : "Coq au vin - Macaroni". Ça nous semble assez clair (et lourd) comme indice mais apparemment ça ne l'est pas.

3) Les géants : Léandra parle à Lyric de son blog (elle ne peut pas s'en empêcher), puis du mien (argh !). Sans raison particulière, j'ai l'impression que Lyric est déjà courant de son pseudo et de l'existence de nos blogs, mais qu'il fait semblant de rien. Léandra lui dit qu'elle l'a un peu surestimé dans ses articles : elle lui donne 2 mètres 10 alors qu'il ne fait "que" 1 mètre 98. Lyric : "Si je faisais 2 mètres 10, je serais bon pour le Guiness Book." – Moi : "Pas vraiment car le record est de 2 mètres 72, détenu par le Géant de l'Illinois". Sur le coup, j'ai oublié le nom du gars : après vérification, il s'agit de Robert Wadlow, mort bêtement à 22 ans à cause de l'infection d'un méchant phlyctène (une ampoule, quoi) au pied, causée par l'irritation d'un de ses appareils orthopédiques. Sa taille spectaculaire était apparemment liée à une hypertrophie de l'hypophyse. À 10 ans, le gars avait exactement la taille de Lyric, à savoir 1 mètre 98 ! À sa mort, il était encore en train de grandir ! 

Léandra lancera aussi dans la conversation qu'elle aime bien les grands hommes (elle ne peut pas s'en empêcher non plus). "Quoi ? Comme Grand corps malade ?" – Léandra : "Oui, s'il n'était pas handicapé !".

4) Je parle un moment avec Romain. Celui-ci a été archiviste, comme moi, mais pas dans les archives privées, non : dans les archives publiques, s'il vous plaît... Un monde impitoyable fait de contractuels et de statutaires qui se disputent leur petite parcelle de pouvoir ; et aussi d'archivistes méticuleux qui ont leur mot à dire sur la moindre note de bas de page (qui a dit "enculeur de mouches" ? Personne, voyons). Côtoyant moi-même ce petit monde-là de temps en temps, je comprends parfaitement ce qu'il veut dire. Pendant plus de quatre ans, Romain a été payé pour réaliser un inventaire des "séquestres" qui n'a à ce jour pas encore été publié (le débat est en cours : ces archives relèvent-elles du public ou du privé ? Comment sortir de l'impasse ?). Ah, comme je suis content de travailler dans une petite asbl, de ne pas avoir à rendre compte de mes faits et gestes à tout bout de champs ! Romain parle aussi de ses anciens blogs : sur l'administration, puis sur la vie. Il a tout effacé, sauf un article traitant du chiffre 2. Aujourd'hui, il possède au moins encore deux blogs Wordpress (ici et ) mais c'est un peu vide pour le moment. 

5) Andrew s'entraîne pour ses cours d'impro : il me parle des deux filles que l'on a rencontrées un jour en trimballant un radiateur, et qu'on était censée rejoindre ce soir vers 21h30 dans le Centre-ville : Naomi – une fille d'origine néo-zélandaise originaire d'Auckland – et Helga, une jolie blonde avec des tresses. Elles devaient retrouver vers minuit deux amies Costaricaines. Nous resterons sagement chez Léandra et n'irons jamais les rejoindre. Existaient-elles réellement ? Nous attendaient-elles dans le Centre-ville ? Nous ne le saurons jamais !

Conclusion : une soirée tranquille, avec les gens qui partent tôt ou qui s'endorment en fin de soirée (ha, si Léandra s'était reposée au lieu de discuter pendant une heure sur Facebook avec Daily Rente, elle aurait peut-être été plus en forme !).

mardi 13 septembre 2011

Rêve de pendaison

Je me réveille en plein milieu de la nuit, vers 4 heures du matin, ce qui me permet de me souvenir du cauchemar que je viens de faire. À moitié dans les vapes, je me jure de le retenir, afin de le retranscrire dans le train. Sur le quai de la gare, trois heures plus tard environ, je ne me souviens plus de rien, si ce n’est justement que je devais m’en souvenir. Je fais un effort surhumain pour me rappeler un détail du rêve : un seul petit détail qui me permettrait – j’en suis convaincu – de tout faire revenir à la surface. Gagné : il s’agissait d’une pendaison. Et tout me revient d’un coup, comme prévu...

Je suis assis au dernier rang d’une petite salle. Il doit y avoir à tout casser 50 sièges, dont les rangées sont alignées à des hauteurs différentes, un peu comme dans un auditoire d’université, un amphithéâtre ou encore un cinéma. À ma droite, un peu en contrebas, les sièges laissent la place à une sorte de cercle, à l’intérieur duquel un bourreau passe une corde au cou d’une jeune fille. Je la reconnais ! Il s’agit de la fille de 14-15 ans, un peu "limitée", qui samedi s’amusait avec des enfants beaucoup plus jeunes qu’elle au Parc Reine Fabiola à Namur (voir la description de cette abominable journée par Léandra pour plus de détails).

La corde est installée : elle part donc du cou de l’adolescente, passe, telle une courroie, par une poutre en chêne située pas loin au-dessus de ma tête, pour terminer dans les mains de l’homme assis juste à côté de moi, à ma droite, qui s’apprête à tirer de toutes ses forces pour pendre/étrangler la jeune femme. Je reconnais soudain l’homme en question : il s’agit de mon père. Je lui crie une phrase du genre : "Tu es fou ? Ce n’est pas toi qui vas la tuer quand même ?". Il me répond par : "C’est comme ça, Hamilton : on ne fait pas ce qu’on veut dans la vie !". Je me lève pour sortir de la salle, totalement dégoûté. Le petit auditoire est rempli. Les autres personnes m’observent bizarrement, avec des regards réprobateurs. Je me dis qu’ils sont embêtés ; que de ma faute ils n’arrivent pas à se concentrer sur le "spectacle" qui va avoir lieu.

Une fois sorti de la pièce, je me retrouve dans un grand hall commercial, un peu dans le style de City2 à Bruxelles, mais en beaucoup plus gigantesque. Partout, des escalators en état de marche... Le hall est vide, totalement désert. Je marche longtemps et je finis par croiser une personne, dans un couloir. C’est Doëlle. Elle est debout, appuyée contre un mur, et me regarde avec des yeux tristes. Elle a l’air peinée pour moi. À ce moment, je me rends compte de l’horreur de la situation (une personne va être pendue) et m’exclame : "C’est interdit de tuer des gens. La peine de mort a été abolie, merde !" et je fais demi-tour pour essayer d’arrêter la mise à mort. Doëlle me suit. Quand nous arrivons dans l’auditoire, la fille est décédée, pendue. Toutes les personnes présentes ont désormais un regard épouvanté en regardant le corps inerte. Je crois que je me suis réveillé à ce moment-là.

Je serais bien curieux de savoir pourquoi j’ai associé tous ces éléments. Cette histoire de meurtre d’une personne innocente, sous le regard d’une foule qui ne se rebelle pas face à l’horreur de la situation... C’est con mais je me demande si ça n’a pas un rapport avec mes réflexions d’hier et d'avant-hier sur Salvador Allende. Ça peut paraître tordu, mais ça expliquerait notamment la présence dans le rêve de Doëlle, qui a posté sur Facebook le dernier discours du président chilien. Mais pourquoi est-ce mon père qui tient la corde ? Parfois, j’aimerais avoir un pote psychanalyste, juste pour savoir ce qu’il en tirerait comme conclusion.

* * *

À la sortie du boulot, coup de fil de Vinge pour me dire qu’il est "en balance pour le moment". Je ne comprends pas, alors il explicite (pas besoin de lui demander d’expliciter pour qu’il explicite, de toute façon) : il travaille en intérim actuellement et est reconduit chaque semaine depuis des mois, mais il a "terminé 3e sur 1250" à un test du SELOR : "Dans les marchés publics, faut aller la chercher quand même, la 3e place, hein ? Faut le faire, non ? Non ? Quoi ? Qu’est-ce que tu en penses, toi ? Hein ?". Il a également réussi un autre examen, toujours au SELOR : "9e sur 70" pour devenir conseiller en prévention, oui Monsieur !

Vinge me demande si j'ai repris le badminton. Je lui réponds que oui, mais que bientôt, je vais devoir arrêter un petit moment parce que je vais être opéré. En guise de réponse, il me parle de ses maux de dos, et finit quand même par demander : "Opéré de quoi ?". Il me propose d’aller boire un verre ce jeudi soir, du côté de Saint-Gilles.

* * *

J’arrive à la Maison du Peuple de Saint-Gilles  (encore et toujours Saint-Gilles). Emily et Léandra sont déjà là, avec leurs portables allumés à la table (j’utilise un vocabulaire "andrewesque"). Andrew arrivera plus tard. Juste en face mais à une autre table, Vincent avec son iPad (frimeur ! Et en plus avec un vil produit Apple !). Mais pourquoi donc s’est-il installé à une autre table ? Au cours de la soirée, des amis à lui défilent, lui disent bonjour, mais il reste à sa petite table. À la fin, il viendra s'installer avec nous et partira en même temps que Léandra (qui oubliera son portable et devra revenir le chercher).

Le PC d’Emily n’arrive pas à se connecter à Internet. Le mien s’éteint et se rallume tout le temps. C’est la fin des temps ! Vais-je arriver à poster tous mes textes en attente aujourd’hui soir ? Mystère ! (La réponse est tombée plus tard : non, je n'en posterai aucun.)

dimanche 11 septembre 2011

Ils pourront couper toutes les fleurs...

Aujourd'hui, 11 septembre 2011, c'est le 10e anniversaire des attentats du même nom, le 38e anniversaire de la mort de Salvador Allende et le jour du départ de Zapata et Amy vers le Canada.

La plupart des gens se souviennent de ce qu'ils faisaient le 11 septembre 2001, paraît-il... Et moi ? Qu'est-ce que je foutais le 11 septembre 2001, à l'heure des attentats ? Hé bien je revenais de ma matinée de cours à l'Université libre de Bruxelles. J'étais alors en dernière année de licence en histoire médiévale. Hamilton II était venu manger à mon appartement sur le temps de midi. La télévision était éteinte. Reparti chez lui après le repas, Hamilton m'a envoyé un court sms du genre : "New York en feu. Allume ta télévision." Mes parents m'ont téléphoné juste après. Ma mère, paniquée : "Il y a des attentats partout dans le Monde. Surtout ne sors pas de chez toi et n'emprunte pas le métro !".

Addendum datant du 16 septembre 2011 : après avoir lu le précédent paragraphe, Fred Jr me contacte et me dit que ça ne s'est pas vraiment passé comme ça. Je me suis fabriqué en partie un faux souvenir de cette journée ! Je n'ai pas été à une matinée de cours à l'Université. La veille, le 10 septembre 2001 donc, d'après Fred Jr, nous avions passé la soirée à l'Atelier avec Hamilton II et Marguerite. Nous étions un peu saouls. À la sortie du café, en pleine nuit, mes amis voulaient absolument aller au Bois de la Cambre pour voler le panneau "Avenue de Marguerite". Sans jamais y arriver. J'étais très réticent, en retrait (je ne supportais pas les actes illégaux, surtout sur des biens de l'État ; c'est encore le cas aujourd'hui, d'ailleurs). On a vu (ou on a cru voir) arriver une voiture de police et on s'est cassé... chez moi (je n'habitais pas loin). Marguerite est partie aux aurores, Fred Jr un peu plus tard et Hamilton II est resté manger le midi. La suite de l'histoire reste la même.

Le 11 septembre 1973, je n'étais pas encore né. Ce jour-là, Pinochet prenait le pouvoir au Chili, instaurant une dictature militaire de droite, mettant brutalement fin au programme socialiste initié par Salvador Allende (nationalisation des banques, des mines et des industries ; réformes de l'éducation et du système de santé, etc.). Lors de son dernier discours, peu avant sa mort, Allende fustigera les généraux qui l'ont trahi, remerciera le peuple qui lui a fait confiance et prononcera la célèbre phrase, destinée à tous les travailleurs : "Je ne renoncerai pas !". Autrement dit : "je mourrai avec la société que j'ai essayé de mettre en place". "On ne peut arrêter les mouvements sociaux, ni par la force, ni par le crime", dira-t-il, "L'histoire est à nous, ce sont les peuples qui la font". Ça rappelle un peu le slogan de Mai 68, repris sur la tombe de Malik Oussekine (un étudiant tabassé à mort en 1986 par la police française) : "Ils pourront couper toutes les fleurs, mais ils n'empêcheront pas la venue du printemps".

Étant très à gauche sur l'échiquier politique, quelque part du côté de l'anarchisme et du socialisme radical, je suis à chaque fois très touché quand j'entends le discours d'Allende... Ce dernier avait en quelque sorte ce qu'on pourrait appeler, de manière un peu grandiloquente, le sens de l'histoire. En lisant calmement ce texte-là, à ce moment-là, il s'inscrit comme un acteur du socialisme, acteur dont la mort, en tant qu'individu, n'a pas réellement d'importance : seul compte pour lui le fait qu'on "n'arrête pas la marche du progrès" et qu'un jour prochain la révolution de la société qu'il a initiée dans son pays arrivera coûte que coûte. Un tragique message d'espoir qui me noue à chaque fois l'estomac, qui m'effraie un peu même : comment peut-il être aussi serein et confiant dans l'avenir alors que tout s'effondre, alors qu'il sait que sa mort arrive à grand pas ? Je l'admire pour ça, pour ne pas avoir plié, même devant les bombes et les balles ennemies... Et ça me fait à chaque fois beaucoup de mal de me dire qu'un connard de général opportuniste et tortionnaire à la solde des États-Unis a tué dans l'œuf cette réforme socialiste démocratique ; et aussi que plein de gens, par peur viscérale du "péril rouge", ont soutenu cette crapule sanguinaire de Pinochet.

Le gouvernement mis en place par Allende se rapproche assez fort de ce que devrait être le socialisme à mes yeux, à des années-lumières d'Aubry, Di Rupo et consorts ; à des années-lumières également du socialisme autoritaire qui s'est très vite installé en URSS, sous Lénine puis les autres, après la Révolution d'Octobre... Le socialisme : un mouvement d'essence populaire, de base démocratique, consistant à métamorphoser totalement la société, en tentant d'établir une plus grande justice quant à l'accès à l'éducation, à la santé, aux transports... Plus qu'un projet politique, c'est un projet économique : celui du contrôle démocratique de ce que nous produisons ; la gestion des banques par l'État, la production (contrôlée par les citoyens et non par des oligarchies) des biens nécessaires à la population, la suppression de tout privilège lié à la richesse, à la propriété ou à l'héritage. Pas étonnant que ça ne plaise pas à tout le monde, forcément... 

À mon sens, nous sommes, en Europe, en ce pluvieux mois de septembre 2011, très loin de toute ébauche de programme socialiste, y compris dans les partis qui se revendiquent de ce courant. Le socialisme, dans sa forme actuelle, n'est devenu qu'une sorte d'alternative mole au néolibéralisme ambiant... Un triste et lucide constat que fait notamment Serge Halimi du Monde Diplomatique dans cet extrait du documentaire Avanti Popolo! de Yannick Bovy et Mathieu Sonck.

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Le dimanche, la Maison du Peuple de Saint-Gilles (qui, soit dit en passant, n'a elle aussi de "maison du peuple" que le nom), c'est surtout la maison des enfants qui courent partout. Quand j'y arrive avec Gaëlle en fin de matinée, rejoints très vite par Léandra et Andrew, il n'y a quasiment que des couples avec des poussettes, des bébés dans les bras ou des enfants dans les pattes. Ma fille est toute contente car elle connaît bien l'endroit ("Ah oui, on va au café habituel, c'est ça, Papa ?" – elle utilise de ces termes pour le moment : ça ferait encore flipper Flippo, tiens) et se trouvera au moins deux compagnons de jeu : d'abord un petit garçon qui veut l'emmener jouer dehors (ce que je refuse, en ce jour de marché) ; ensuite une petite fille (ressemblant un peu à Anouchka), avec qui elle dansera ou arrachera les jambes d'une pauvre barbie qui n'avait rien demandé à personne... Gaëlle distribuera aussi des prospectus aux autres tables, ce qui fera sourire la plupart des gens, sauf la plus jeune des serveuses, qui est hyper-nerveuse ce dimanche. Avec le petit garçon, elle s'amusera aussi avec des avions en papier. Coïncidence curieuse pour un 11 septembre : le garçon fera tomber, à quelques minutes d'intervalle, à l'aide de son avion en papier, deux présentoirs à menu disposés sur les tables du café. Gaëlle disparaîtra aussi de temps en temps (aux toilettes, dans des coins...), ce qui aura tendance à me stresser.

Avant l'arrivée d'Andrew, Léandra me raconte sa journée de samedi, dans un but précis : nous avons prévu de nous échanger nos journaux pour un jour... Elle écrira ma journée de samedi et j'écrirai la sienne. Je prends compulsivement note de tous les détails qu'elle me donne (Léandra a une bonne mémoire factuelle). Puis, c'est à mon tour de raconter ma journée, de manière plus confuse. Andrew arrive à ce moment-là et patiente avec un livre pendant les dernières prises de notes.

Gaëlle a déjà mangé vers 11h, nous pas. Nous prenons tous les trois une salade de magrets de canard et de gésiers. Je refile mes concombres à Léandra et je n'arrive pas à manger tous les gésiers, que je trouve indigestes. En bref : je ne mange pas grand chose.

Ce dimanche, nous finissons aussi par voir en chair et en os Vincent, une des nouvelles connaissances de Léandra qui, par une curieuse coïncidence, a déjà aussi croisé Amy, la copine de Zapata : c'était, expliquera-t-il plus tard dans la conversation, lors d'une soirée du WWF, alors qu'ils étaient invités tous les deux par une amie commune du nom de Paulette (que j'ai déjà vue aussi, d'ailleurs). Vincent s'installe à notre table. Léandra a peur que le gars ne me plaise pas. Il n'y a pas de raison, pourtant. Et puis, Léandra tient (sans doute trop) compte de mon avis. À la lire, je passe parfois pour un ogre sans pitié qui critique et démolit tout ce qui bouge.

Tout le monde finit par se casser. Peu de temps après, je récupère Gaëlle, que je dois ramener à Maïté à la Gare du Midi. Gaëlle est en train de jouer sur les canapés du fond avec la petite fille mentionnée plus haut. Elle est assise entre deux jeunes femmes travaillant sur leur ordinateur. Je croyais qu'une des deux était la mère de la petite fille mais pas du tout : "Elles sont à vous, les deux filles ?", me demande-elle – "Seulement une." – Avec un grand sourire, la jeune femme me lance alors : "Euh... Vous ne voulez pas reprendre l'autre en même temps, tant que vous y êtes ?". Bah non, je ne peux pas. On va encore me traiter de kidnappeur (à raison cette fois-ci) si je fais ça...

À la gare, Maïté est manifestement de mauvaise humeur. Je me demande un instant pourquoi et puis je me rappelle que c'est Maïté et que la moindre contrariété l'énerve. Elle reprend Gaëlle en triple vitesse. J'ai à peine le temps de dire au revoir à ma fille qu'elle est déjà dans le train, en train de s'éloigner. Je ne la reverrai que dans deux semaines... Ça me donne le cafard.

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Je n'ai plus rien à faire, je retourne donc à la Maison du Peuple lire et travailler sur mon PC, près de la fenêtre. À côté de moi, installé à ma table, un homme et une femme assez désagréables, en train de réaliser une affiche pour un événement musical, sur un Mac. La dame demande si je peux surveiller leurs affaires pendant qu'ils vont chercher à boire. Je peux, évidemment, même s'ils ne risquent pas grand chose ici. Avant de partir, le gars est choqué parce qu'il ne retrouve pas ses DVD qu'il était certain d'avoir mis dans son sac. Il me regarde sévèrement comme si je n'avais pas bien observé ses affaires pendant son absence. Mais qu'il aille se faire foutre, merde ! Il les a oubliés chez lui, ses DVD, voilà tout.

La fin de la soirée se déroule avec Andrew, de retour, et Walter. Emily se repose chez elle et ne vient donc pas. Deux chiens ridicules n'arrêtent pas de passer entre les tables et de grimper sur les genoux des gens. Andrew parle d'éthologie. Nous rentrons chez nous vers 10 heures du soir. Je discute un peu avec Léandra sur Facebook, qui finit par m'appeler au téléphone pour me parler de sa curieuse soirée avec Daniel et Vincent. Elle est un peu saoule. Je lui dirai à ce propos quelque chose de très élégant (c'est tout moi, ça), à savoir que j'ai l'impression d'avoir mon ami Vinge au bout du fil (qui est un peu alcoolique sur les bords – et pas que sur les bords d'ailleurs).

Quand elle raccroche, c'est la nuit. J'ai sommeil. Je m'endors assez vite.

vendredi 9 septembre 2011

La veilleuse aux lapins nocturnes

Je ne travaille pas aujourd’hui, comme c’est souvent le cas en fin de semaine. Le vendredi à mon boulot, nous devons juste prester une matinée et ça m’emmerde royalement de me lever aux aurores, de me taper trois heures de transports en commun (quand tout va bien) pour une seule demi-journée. Je me réveille en fin de matinée et propose à Léandra d’aller manger avec elle, à la Focaccia, la terriblement bonne sandwicherie juste à côté de son (bientôt ancien) boulot. Aujourd’hui, je testerai leur sandwich de la semaine : une ciabatta au rosbeef, avec oignons frits croustillants et sauce tartare.

Léandra a un moral en dents de scie (rien de nouveau). Ce midi, elle est dans le creux de la scie – ou plutôt de la vague. La raison principale : son pote Daniel (celui avec qui elle ne se voyait pas sortir il y a quelques semaines) a une copine. Le raisonnement tordu, forcément de Léandra, dans les très grandes lignes, est le suivant : "Je n’étais pas spécialement intéressée par lui, mais ça m’énerve de savoir qu’il n’est peut-être pas, lui non plus, intéressé par moi". Elle est donc un peu jalouse qu’un mec avec qui elle ne voulait pas sortir sorte avec une autre. Bigre ! À cela, il faut sans doute rajouter le très imminent départ de Zapata pour les Amériques. Sept mois sans le voir, ça va faire beaucoup pour son petit cœur.

Léandra me parle également de sa soirée d’hier avec Vincent et ses amis, et aussi d’une coïncidence amusante : en regardant sur le profil Facebook de ce dernier, elle croit avoir trouvé une photo de lui en compagnie d’Amy, la compagne de Zapata. Après m’avoir envoyé la photo, je confirme qu’il s’agit bien d’Amy. L’enquête suit son cours.

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Je prends le train pour aller chercher Gaëlle à son école à Namur. Rien à signaler sur le trajet : pas de déviation par la campagne flamande prévue aujourd’hui. J’arrive tôt dans la capitale wallonne (hum) et j’attends la sortie des cours, comme souvent, au café "Le Flandre", en face de la gare.

Plus tard, sur le trajet de retour vers la gare de Namur avec ma fille, je décide de me rendre dans un magasin de jouets, pour lui acheter un jeu d’apprentissage des lettres (elle est en plein dedans, depuis la rentrée scolaire) ainsi qu’un cadeau de son choix. Juste pour me faire du mal, je monte à l'étage regarder les beaux plateaux d'échecs et les globes terrestres, dont un, dans le style "rétro/classique", représentant le monde à l'époque moderne  bave à la commissure des lèvres.

Gaëlle lorgne vers une jolie veilleuse, représentant la nuit, avec des lapins et d’autres animaux qui font la fête. C’est un peu cher, mais ma fille possède une excellente mémoire (du moins je pense car je n’ai pas vraiment de comparatifs) et me dit : "Avec Léandra, dans un autre magasin de jouets à Bruxelles, tu m’avais dit que tu m’achèterais une veilleuse plus tard". Totalement exact. C’était à la fin du printemps, je pense... On repart donc vers la capitale (tout court) avec un jeu didactique, la veilleuse et une bague à 3 euros (que Gaëlle perdra trois heures plus tard au grand magasin Match près de chez moi).

La veilleuse est vraiment très jolie, c’est vrai. En l’installant, j’apprends un truc tout con, à savoir qu’elle se met à tourner après un moment seulement, grâce à la chaleur dégagée par la lampe.

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Le soir, ma fille et moi rejoingnons Emily et Walter au Parvis de Saint-Gilles, pour manger un couscous aux Mille et Une Nuits. Gaëlle se lie d’amitié avec une petite fille de la table d'à côté. Elles dansent, courent dans tous les sens, jouent à cache-cache, gênant parfois le passage des serveuses, qui ne disent rien et qui rigolent de la situation.

Walter veut absolument téléphoner à Andrew et Léandra pour savoir s’ils font un "after" après leur théâtre. Après nous avoir déposés à mon appartement, Emily et Walter continueront vers le cimetière d’Ixelles.

De retour chez moi, je lis une bande dessinée du Petit Spirou à ma fille pour l’endormir (tu parles !), puis la laisse jouer toute seule dans sa chambre. J’ai la gorge enrouée, je suis fatigué... Je m’endors en quelques minutes (et je prends du retard dans l’écriture de ce journal, du coup).

Dans le genre "je n'ai rien d'intéressant à raconter", cette journée n'était pas mal, je trouve.
Pour ma journée de demain, c'est Léandra qui prendra la plume ici-même (et inversement). Voilà qui risque de changer un peu la donne.