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lundi 28 janvier 2013

« Oh, un piano ! »

Loupe pour les oreilles. — Seul à l'appartement. J'utilise pour la troisième fois en un mois le casque audio de Mary, un Beats By Dre™ qui coûte la peau des fesses et qu'elle voudrait utiliser dans un futur plus ou moins proche pour mixer de la musique (enfin, peut-être). La qualité cristalline du son qui en sort restitue minutieusement chaque petit détail enfoui dans les diverses strates mélodiques mais aussi, quelquefois, la mauvaise compression audio de certains morceaux. — Écouter de la musique en ligne avec un tel matériel peut facilement devenir un cauchemar ; écouter un vinyle par contre...

Déjà-disparu. — Une fugace impression de déjà-vu : comme si j'avais déjà écrit quelque chose concernant ces casques-là dans mon journal, exactement dans les mêmes circonstances et avec les mêmes pensées en arrière-plan... Le temps de rédiger ce petit paragraphe et la sensation a déjà disparu ! Déjà-vu, déjà-disparu !

Wonderful, Glorious. — Mark Oliver Everett, fils du physicien Hugh Everett et cerveau derrière le groupe Eels, n'a jamais fait, dans tous ses albums, que décliner la même chanson des centaines de fois : de la mélancolie, de l'ironie, beaucoup de dépression et un soupçon de pâquerettes ! — Il suit en cela, mais dans un domaine complètement différent, la même trajectoire que son défunt père : tout comme lui, il invente plusieurs mondes à partir d'un seul.

Morts absurdes. — Je m'intéresse pour l'instant aux morts inhabituelles et insolites, celles qui, à la lecture du compte rendu, laissent dans l'esprit un sentiment d'ironie, de perplexité et d'absurdité face à la vie. L'encyclopédie en ligne Wikipédia francophone en propose une liste, mais on privilégiera la version anglophone, plus complète et mieux renseignée : du vieux Milon de Crotone (qui selon la légende s'est fait dévorer par des loups en essayant de fendre un chêne à moitié abattu) à Richard Sumner (artiste schizophrène et dépressif qui s'est menotté à un arbre afin de se laisser mourir de faim... pour apparemment changer d'avis après coup sans pouvoir se libérer), en passant par l'acteur Vic Morrow (décapité par des pales d'hélicoptère lors du tournage de La Quatrième Dimension de John Landis), la liste regorge de morts profondément ridicules et nous rappelle, si besoin est, que le diméthylmercure n'est pas bénin, qu'un cure-dent est une arme mortelle ou encore qu'il ne faut surtout pas sauter depuis le premier étage de la Tour Eiffel avec un parachute de fortune.

Chester Brown et les prostituées. — Chester Brown, le dessinateur de bandes dessinées canadien libertarien, auteur notamment du très documenté Louis Riel (lu dans l'avion au retour du Québec), raconte dans un assez long roman graphique sa décision d'abandonner toute forme d'amour « romantique » pour passer au sexe tarifé : Vingt-trois prostituées (Pay For It en anglais, 2011)... Un récit autobiographique transpirant l'honnêteté, dans lequel il décrit (et dessine) avec beaucoup de méticulosité l'avant, le pendant et l'après de ses relations avec des escort girls : les pensées, l'acte sexuel en tant que tel, les discussions... Qu'on soit ou non d'accord avec le gaillard, c'est un ouvrage à lire !

mardi 24 avril 2012

Le réel qui suinte

Légère révision de mon questionnaire de Proust. — Après réflexion, je me rends compte que « l'écoute » n'est certainement pas une des réponses correctes à la question de la qualité que je préfère chez un être humain. Il faut que je change cette réponse par « l'investissement ». L'investissement... Voilà une qualité que j'adore : s'investir pleinement et sérieusement dans quelque chose (relation humaine, projet, idée...), ne pas le faire avec je-m'en-foutisme, et ce même si le projet peut paraître de l'extérieur totalement ridicule. (Pour en finir avec la superficialité.)  

Déjà-vu & rêve combinés. — Aujourd'hui, je me relève en pleine nuit, vers quatre heures du matin, assez agité. J'ai fait un cauchemar très réaliste dont j'ai hélas oublié la teneur deux heures plus tard à mon second réveil. J'aurais bien voulu m'en souvenir car, sur le coup, je me suis dit que je devais absolument m'en souvenir. Tant pis... Mais il y a autre chose : quand je me suis dit que je devais m'en souvenir, j'ai eu une sensation de déjà-vu assez étrange... L'impression que j'avais déjà vécu cette situation particulière (jusque là, rien de plus « classique »), à savoir entre autres : revenir de la Maison du Peuple où la gentille serveuse m'a offert un verre, me poser plein de questions sur moi-même avant de m'endormir et me réveiller quelques heures plus tard en pleine nuit à cause d'un cauchemar dont je devais me souvenir et... avoir une sensation de déjà-vu. Car — et c'est là que ça devient d'une certaine manière original — dans cette fugace sensation de déjà-vu était contenue ma sensation de déjà-vu. Curieux : cela forme comme un sorte de cycle sans fin... — En fait, à y réfléchir, non, ça ne forme rien de ce genre.

Prise de contact. — Sous-sol de la gare de Bruxelles-Midi. Je prends un café à mon endroit habituel. Le vendeur : « Salut, M'sieur ! Un café noir à emporter, comme d'habitude ? ». Ouaip. (Le besoin de repères.) La jeune femme au sac Quechua rouge que j'ai mentionnée hier soir est là, justement, en compagnie d'une autre dame que je ne connais pas. (Note : je l'appelle de cette manière alors qu'elle ne porte plus de sac Quechua rouge depuis longtemps, que je sache...) Elle me salue, et j'en profite pour lui demander :

« Vous étiez à la Maison du Peuple hier soir, non ?
— Ha. Euh. Mais oui ! C'est pas loin. On habite le même quartier, je crois. Toi aussi, tu habites Saint-Gilles, non ?
— Oui ! Enfin, non : Forest. À la lisière entre Forest et Saint-Gilles, en fait. 
— Et comme Fríðr et moi, tu fais la navette Bruxelles-Liège tous les jours...
— Hé oui... Depuis six ans...
— Six ans ! Moi ça n'en fait que trois...  Enfin, là, j'ai de la chance, je ne travaille pas à Liège aujourd'hui.
— Il en a fallu du temps pour qu'on s'adresse la parole.
— Oui, en effet.
Fríðr, c'est celle avec ses longs cheveux châtains, à qui je dis bonjour aussi et qui prend son tram à Albert ?
— Oui, c'est elle. À force de prendre le même train, on a fini par faire la navette ensemble, parfois...
— Et tu travailles dans quoi ?
— Dans les archives audiovisuelles.
— Ha ! Marrant. Moi, c'est les archives tout court.
— Ha tiens...
— Et Fríðr, elle travaille où ? Dans les archives audiovisuelles aussi ?
— Non, rien à voir. Elle est dans l'écologie, elle.
— OK. Moi, c'est Hamilton. Et toi ?
— Epiphany. »

Son café et le mien sont prêts. Je lui souhaite une bonne journée et la laisse avec sa collègue car mon train va bientôt arriver en gare. Sur le quai, je dis bonjour à la petite dame un peu ronchonne, dont je parlais ICI notamment. Elle répond, comme souvent, par un sourire et un clin d'œil.  

Gare de Liège-Guillemins. Je vois un inconnu monter dans mon train en correspondance, le premier tome du roman Dune en main. J'ai la fibre sociale aujourd'hui, et je ne peux m'empêcher de lui lancer, souriant : « Un des plus grands romans de tous les temps... Dune. » Il me répond par un simple oui entre l'enthousiasme et la surprise.Fin de la partie consacrée au microcosme ferroviaire. 

Constat. Je me trouve dans un de ces jours durant lesquels, sans raison, « le réel suinte ». J'ai l'impression de réintégrer momentanément le giron de l'humanité. Je suis vivant. Je pourrais m'émerveiller devant, au hasard, quelque chose d'aussi banal (du moins en apparence) qu'un bourdon butinant une fleur ou bien la trajectoire d'un groupe d'oiseaux dans le ciel. J'ai le (faux) sentiment de tout comprendre, beaucoup plus rapidement que d'habitude, et je souris béatement dans le tram qui me ramène chez moi. (Je dois passer pour un taré.)

Chez Flippo et Bastien. — J'arrive chez eux vers 21h10. Seules présentes, dans la cuisine : Amy, qui prépare des boulettes de poulet à la ricotta (miam !) et Ismerie, assise sur un tabouret près de la fenêtre ouverte, au bord de laquelle elle fume de temps à autre. Flippo, Zapata et Pietro sont encore au badminton ; Bastien est à une soirée « football » (hein ?). Amy et Ismerie me demandent comment je vais et je leur réponds : « La routine... Mais ça me fait plaisir de vous voir... » Ce qui est vrai, sauf que d'habitude, je ne le dis pas. Aujourd'hui, je suis dans une journée où tout va bien, où je souris aux gens et où je lance tout ce qui me passe par la tête...

Les trois badistes reviennent vers 21h30. Zapata reparle de Seashack, mais aussi de différents projets qui consisteraient, l'un à habiter une maison à plusieurs pendant un temps, l'autre, plus vaste, à fonder une auberge alternative à la campagne. Il s'est déjà renseigné à ce sujet auprès de banques. C'est une constante chez lui : le travail de salarié l'emmerde et il se voit mal passer le restant de sa vie dans un schéma de type métro-boulot-dodo. (Moi aussi, mais contrairement à lui, je n'essaie pas de m'en sortir : je suis piégé et regarde passer les jours, les semaines, les années...) De leur côté, Pietro et Ismerie sont à la recherche d'un appartement à acheter. 

Amy déteste l'utilisation spéciale qui est faite, par les Français principalement, de la préposition « sur » quand elle est utilisée pour remplacer « à » : « Je vais sur Paris » au lieu de « Je vais à Paris »... Les Belges de la Capitale commencent à l'utiliser aussi, par pur mimétisme. « Pourtant, dit Amy, il n'y a aucune raison d'utiliser un "sur" dans ce cas... On ne marche pas dessus quand on s'y rend ! »

La soirée a commencé tard et se termine donc assez vite. Après le souper (soupe, riz, boulettes et gâteau), pas le temps de jouer à un jeu de société. Il est minuit. Avant que je m'en aille, Zapata me propose de partager un joint. — Ce dernier, combiné au vin rouge que j'ai bu un peu plus tôt, passe mal : je ne suis pas malade, mais la clarté intellectuelle dont je me vantais ci-dessus n'est plus qu'un lointain souvenir. Un peu plus tard, à la Porte de Namur, j'ai mal aux yeux et j'ai la plus grande difficulté à prononcer ma destination au taximan. Je vais être frais demain, tiens !

vendredi 27 janvier 2012

Déjà-vu

Dans le train me conduisant de Liège à Namur, vers 14h05, un peu avant d'arriver en gare de Huy, j'ai été troublé pendant une vingtaine de secondes par une puissante sensation de déjà-vu. (Je me suis dit qu'à partir d'aujourd'hui, je mentionnerais systématiquement dans ce blog ces manifestations et que je les taguerais [Déjà-vu], à l'instar de ce que je fais déjà pour les rares scènes de [Rêve].)

Cette sensation de déjà-vu arrive alors que je continue ma lente lecture des Recherches philosophiques de Wittgenstein... Paragraphe 68, je tombe sur une phrase anodine : « Et c'est bel et bien ainsi que nous employons le mot "jeu" ». Plusieurs choses se passent alors en une ou deux secondes : en lisant ce passage, je repense à un livre que j'ai lu il y a des années, Homo Ludens de Johan Huizinga, un brillant essai sur les jeux et la culture ; je relève la tête et j'aperçois un rayon de soleil qui, de biais, éclaire d'une façon assez complexe le siège vide devant moi. Je sursaute presque, mon cœur semble rater un battement : j'ai la très nette impression d'avoir vécu exactement la même chose, à savoir lire le même passage de ce même livre (que je n'ai pourtant jamais ouvert auparavant), penser à cet ouvrage de Johan Huizinga, alors que je suis dans un train désert roulant vers Namur, dans une certaine configuration de lumière. 

En trente secondes, la sensation s'est estompée. Mon cerveau est "retombé sur ses pattes". Une demi-heure plus tard, à la Brasserie Le Flandre à Namur, attendant la fin des cours à l'école de ma fille, je noterai sur mon PC le moindre détail... (La brasserie est à un pet d'oiseau d'une borne Wi-Fi "Telenet Hotspot", ce qui est parfait étant donné que mon abonnement Internet m'y donne accès gratuitement.)

Elles sont toujours aussi impressionnantes, ces sensations de déjà-vu/déjà-vécu, ces "hics" mémoriels que le cerveau semble "réparer" en quelques secondes... En cherchant un peu, j'apprends qu'il existe d'autres phénomènes apparentés, comme le "jamais-vu", qui est presque l'exact opposé du déjà-vu, à savoir l'impression d'observer une situation pour la première fois alors que l'on sait pertinemment qu'on l'a déjà observé auparavant. Pour autant que je m'en souvienne (putain de mémoire !), je n'ai jamais encore été confronté à une sensation de jamais-vu, alors que celles de déjà-vu se comptent chez moi par centaine depuis l'enfance... 

* * *

Gaëlle a reçu son second bulletin de première primaire. Elle a 94/100 en langue française, 97 en mathématique et 81 en éveil, avec le commentaire suivant : "Gaëlle est une merveilleuse grande fille qui partage ses connaissances avec beaucoup de spontanéité et qui est souriante toute la journée ! C'est une joie de travailler avec elle ! Elle maîtrise toutes les notions avec une grande rapidité et un réel plaisir. Elle apprécie moins les moments de synthèses au cahier. Un léger effort est à réaliser à ce niveau car le soin apporté à l'écriture est dépendant de l'envie que Gaëlle décide d'y consacrer. Gaëlle a bien progressé au niveau du bavardage. Je la félicite ! Les nouvelles matières en grandeurs, géométrie et éveil ne posent aucun problème. Un tout grand bravo !". Bon, ça a l'air d'aller : je vais pouvoir arrêter de stresser (d'autant plus que je ne stressais pas).

* * *

Ma fille et moi revenons sans encombre à Bruxelles. De retour à mon appartement, Gaëlle joue tranquillement dans sa chambre. Plus tard, elle voudra regarder de "nouveaux dessins animés". Dans un recoin de mon PC se trouve Akira, le film d'animation japonais de Katsuhiro Otomo, que j'avais une furieuse envie de revoir. Pensée furtive : "Lui montrer Akira ?" Mais non ! Elle en ferait sans doute des cauchemars !

Vers 21 heures, débarquent Emily et Walter pour une soirée "Jeux de société" improvisée. Tout part d'un message de Walter me demandant ce que je fais ce soir. — Rien, car je reste avec ma fille à l'appartement. — Il propose alors une soirée chez moi. Ils arrivent avec trois Chimay blanches (une par personne : tout le monde est très calme), ainsi que les jeux Munchkin et La Havane... 

Nous jouons à La Havane (que je ne connaissais pas) et aux Colons de Catane (que je connais bien), mais pas au Munchkin. Je carbure principalement au café. Résultats de la soirée : Emily gagne la première partie de la Havane, je gagne la seconde, puis je gagne les quatre parties de Colons de Catane. Je reste donc invaincu depuis très longtemps à ce jeu. Ce n'est même pas drôle. 

Je gagne la dernière partie presque par traîtrise, en exploitant une règle que je croyais connue de tous, celle qui consiste à briser l'unicité d'une route adverse grâce à une colonie judicieusement placée à l'une de ses intersections. Emily parle de son frère, qui veut à tout prix gagner quand il joue à un jeu et qui "par conséquent" triche tout le temps. Je trouve ça terriblement débile : quel est l'intérêt d'arriver premier si c'est par des moyens détournés et malhonnêtes ? Tout cela m'échappe complètement.

Je remettrais bien mon titre en jeu dans une cinquième et ultime partie, mais Walter tombe de fatigue. Mes invités s'en vont donc, vers 3h30 du matin.