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lundi 25 février 2013

Erreurs

Erreur 503.Toujours pas de chauffage au boulot ce lundi matin. De plus, une partie du vieux système électrique est hors service et les bureaux ne sont donc pas correctement alimentés en courant. Après la traditionnelle réunion d'équipe matinale, le chef nous propose par conséquent de quitter les locaux et de travailler chez nous... Nous sommes sur le départ lorsque les électriciens débarquent in extremis pour régler le problème et nous annoncer par ailleurs que la chaudière vient de redémarrer. Changement de programme : demi-tour et au revoir le télétravail !

Erreur 508. — Repas diététique en soirée chez Léandra. À nouveau, Jonas est au centre de la discussion. Cette histoire d'amour qui « finit constamment sans jamais véritablement finir », je n'ai plus besoin de la décrire avec de nouveaux mots. Il me suffit simplement d'extraire les bons morceaux de phrase, parsemés par-ci, par-là au milieu d'une multitude de pages de mon journal (journal qui, soit dit en passant, par un hasard du calendrier, a été fondé seulement quatre jours après le foudroyant début de leur relation le 18 avril 2011). En résumé, cela donne : « [Léandra] ne va pas très bien, à cause de Jonas (elle sent que ça ne va pas) [6/5/2011]. Elle est anxieuse en attendant Jonas [15/5] [et] se pose beaucoup de questions par rapport à [lui] [24/5]. Sa "vie de couple" ne ressemble pas vraiment à une vie de couple [13/6]. Elle ne va pas bien (c'est le moins qu'on puisse dire et j'ai un peu l'impression de me répéter pour le moment, tristement) [16/6]. Elle est littéralement malade de n'avoir aucune nouvelle de Jonas [19/7]. Elle parle beaucoup de Jonas (la vie est-elle un éternel recommencement ?) [14/10]. Elle n'a apparemment que Jonas en tête. Son humeur (bonne ou mauvaise) tourne tellement autour de ce type que ça devient flippant [27/11]. Elle m'explique qu'elle en a un peu marre, qu'elle tourne en rond avec Jonas [27/3/2012]. Il ne fait aucun effort et se contente de la voir une ou deux fois par semaine. Elle pense qu'il rate quelque chose [3/4]. Ce n'est pas facile tous les jours — c'est le moins qu'on puisse dire ! — avec Jonas (avec qui elle sort/ne sort pas — biffer la mention inutile) [19/8]. Elle en a vraiment marre de Jonas et a vraiment décidé de ne plus entrer dans son jeu [21/8]. Elle s'est plus ou moins rendu compte que c'était vraiment fini avec Jonas. Mais elle reprend du poil de la bête, dirait-on [30/9]. » — Quand, aujourd'hui soir, elle me jure que ce garçon est ce qui lui est arrivé de mieux dans la vie au cours de ces deux dernières années et que c'est pour cette raison qu'elle s'y accroche, à savoir parce qu'elle n'imagine pas comment elle pourrait trouver mieux, je pense qu'elle est sincère, évidemment, mais je sourcille tant la déclaration me paraît étrange et paradoxale : comment est-il sérieusement possible de ne pas arriver ne fût-ce qu'à entrevoir l'éventualité d'une plus belle relation que cette relation-là (déséquilibrée, malsaine, destructrice) ?

Erreur 417. — Quand on ne parle pas d'elle et de lui, on parle aussi un peu de moi. J'expose ma « profession de foi » du moment, qui est presque à l'opposé de la sienne : je ne suis pas à la recherche de cette vie de couple que tant de personnes semblent envier, voire dans le pire des cas jalouser ; je ne veux pas planifier les prochaines vacances au soleil, le prêt de la nouvelle voiture et la prochaine sortie chez IKEA ; je ne veux pas être installé avec une femme dans le sofa d'un joli appartement devant le journal télévisé de 19 heures, pendant que Wolfy le gentil labrador se gratte le cou à côté du feu de bois qui crépite ! Mieux vaut être un solitaire entouré de livres, de musique et d'idées que de vivre cette vie de dormeur ! À vrai dire, malgré les misères du temps, et s'il n'y avait pas l'épineux problème de ma frustration sexuelle, mon épanouissement personnel serait presque à son comble.

samedi 2 février 2013

Tranches - III

Andrew, encore un peu malade, me téléphone en début d'après-midi : cette nuit, malgré le vent, le froid et les intempéries hivernales, il s'apprête, en compagnie de Pietro, de Zapata et de deux Russes, à traverser une forêt des Hautes Fagnes à l'occasion d'une... marche scoute !... Une sorte de joyeuse randonnée masochiste à la lumière des lampes frontales (mais en moins extrême qu'il y a cinquante ans, dixit les organisateurs).

Donna et Fred Jr doivent arriver chez moi avec leurs deux enfants vers quinze heures. Message de Fred : « Ça te va si on vient à 19h ? » Sans problème. Cependant, ils arrivent à seize heures tapantes : Fred a inversé le « 6 » et le « 9 », comme dans La Grande Vadrouille ! (Léandra doit arriver, elle aussi. Mais Léandra n'a pas la forme. Et puis, elle suit un régime. Et puis, tout compte fait, elle doit voir Jonas. Donc Léandra ne fera que croiser la famille au complet dans la rue, alors qu'ils retournent à leur voiture, vers neuf heures du soir.)

Au menu de ce soir : une soupe aux lentilles relevée au cumin, au curry, au paprika et à la coriandre, à laquelle j'ai ajouté — pour m'écarter de la recette diront les uns, pour faire le malin diront les autres — une touche fleurie de safran ; un gratin de rigatoni aux petits pois et dés de jambon ; et enfin des crêpes préparées par mes invités car « c'est la Chandeleur ».

Donna me fait implicitement comprendre, à plusieurs moments de la soirée, qu'elle me trouve presque dangereusement permissif avec Gaëlle : alors que sa propre fille ne peut regarder une console de jeux que pendant un quart d'heure à peine, je laisse la mienne s'amuser des heures entières devant son écran si elle en a envie. — Qu'est-ce qu'un jeu ? Comment le jeu nous éduque-t-il ? Quel est le rôle de la liberté dans l'éducation d'un enfant ? C'est parce qu'elle et moi avons des réponses complètement différentes — voire même diamétralement opposées (ceci dit sans aucun jugement) — à ces questions que nous ne serons sans doute jamais d'accord.

Léandra (enfin) arrivée, nous regardons Les Bronzés font du ski, un DVD que Fred m'a offert cet après-midi sans raison. Tous les « héros » de ce film — et c'est ça qui est particulièrement marrant — constituent des parodies de bourgeois profondément égoïstes, dont les marques d'amitié ne sont qu'une succession de masques plus ou moins grossiers... sauf peut-être en ce qui concerne le dénommé Gilbert, incarné par Bruno Moynot (l'acteur qui jouait Preskovic dans Le père Noël est une ordure)... Lui endosse au contraire le rôle du « brave gars » un peu paumé, assez décalé, un rien vicelard aussi, qui ne demande rien à personne mais qui se fait constamment marcher sur les pieds. — Quoique... Non... Laissons tomber ! Tout cela ne tient absolument pas la route. C'est seulement un film comique, et puis c'est tout !

dimanche 21 octobre 2012

Anouchka

Ce dimanche après-midi, à l'occasion des cinq ans de leur fille Anouchka, Donna et Fred Jr ont convié les « habituels » : parents, tantes, marraine (Pippa — qui vient d'accoucher, mais ça ne se voit pas) et parrain (moi). Enzo, le compagnon de la maman de Fred, se présente mais je l'arrête net : « Mais oui, nous nous sommes déjà rencontrés, à Villers-la-Ville ! » Et j'aurais pu ajouter : « C'était le samedi 26 mai 2012, un peu avant 18 heures, dans la nef en ruine de l'ancienne abbatiale... Même que j'étais en train de noter des informations dans le carnet à dessins de ma fille et que deux équilibristes, dont un en béquilles, répétaient leur numéro au milieu du transept ! » (La grande question du jour étant : si je ne l'avais pas écrit dans ce journal, m'en serais-je seulement souvenu ?)

Anouchka est toute fière de me raconter qu'elle va désormais dormir dans un « lit à étage »... Comme cadeaux, je lui offre le « Bassin des pingouins » PLAYMOBIL® ainsi qu'un livre pour enfants intitulé La porte ! (l'histoire d'une petite fille qui veut prendre son bain tranquillement mais qui est constamment dérangée dans son intimité par sa famille ; à la fin de l'histoire, en colère, elle crie : « La porte ! », et ce sera la seule parole de tout le récit). Anouchka laisse le livre de côté pour se précipiter sur le bassin en plastique. Parmi les autres cadeaux, elle recevra également un petit appareil photo numérique.

Les deux filles de Donna et Fred sont très différentes, tant au niveau du physique que du caractère : Anouchka, blonde aux yeux bleus, est plutôt du genre bavarde et souriante ; Mado, brune aux yeux bruns, ne parle quasiment pas (mais elle est plus jeune) et fluctue entre rires francs et crises de pleurs à chaque contrariété.

Les invités s'en vont rapidement en fin d'après-midi (c'était déjà le cas l'année dernière) et je suis donc le seul qui reste pour manger des frites avec la petite famille. « Tu vas manger avec nous, Hamilton ? Tu vas manger avec nous ? », demande Anouchka. Elle paraît démesurément contente quand je lui réponds par l'affirmative. « Et tu vas rester dormir ici cette nuit ? » Non, quand même pas. Elle ne me quitte plus d'une semelle. Elle me fait de grands câlins, me lance des « Je t'aime vraiment très fort, Hamilton ! »

Il y a un an, je quittais la maison de Fred en soirée pour rejoindre Andrew et Walter à la Maison du Peuple, Léandra s'étant éclipsée pour accourir au chevet de Jonas. Ce soir, je quitte la maison de Fred en soirée pour rejoindre Léandra et Andrew à la Maison du Peuple. (Il y a du changement dans l'air !) Ces deux-là reviennent d'un petit week-end à Chevetogne organisé avec des amis de l'impro, dans la maison de campagne de l'un d'eux. Ils ont fait de belles promenades bucoliques et visité une jolie église d'aspect oriental, au caractère œcuménique.

Lorsque je retrouve mon appartement, Mary est installée à la table de la salle à manger en compagnie de Cyrus et de Martin (deux potes du club de badminton d'Ixelles). Devant chacun d'eux sont empilés des jetons de différentes couleurs. Ils jouent au poker depuis environ cinq heures de l'après-midi. Mary m'explique : les trois autres joueurs ont perdu la partie et sont partis. Je m'installe au bout de la table et observe. Les parties défilent à coup de « Check », de « J'me couche », de doubles coups sur la table, de regards faussement sérieux, de rires jaunes, de petites intimidations... Et moi, je ne pige strictement rien, si ce n'est que Mary dispose d'un réservoir de jetons beaucoup plus conséquent que ses deux adversaires. Cyrus se refait une santé mais finit par perdre la partie contre Mary, aux alentours de minuit.

De mon côté, je suis entretemps retourné à mon ordinateur. Avant de partir, Martin se dirige vers moi, curieux :
« Qu'est-ce que tu fais ?
— J'écris...
— Pour ton travail ?
— Pas vraiment. Je tiens un blog quotidien... Je rédige un article par jour...
— C'est en rapport avec ton métier d'historien, c'est ça ?
— Oh non ! Je ne suis pas assez cultivé pour écrire un article historique par jour ! Non, non, j'écris un peu n'importe quoi. Ça peut être sur ce que je lis ou bien sur ce que je fais...
— Une sorte de journal de bord ?
— Oui, c'est ça ! D'ailleurs, il y a des chances pour que je parle de vous dans l'article de ce dimanche... Toutes les personnes que je croise, je leur donne un prénom d'emprunt dans mon blog. Par exemple, Lewis, je ne l'appelle pas "Lewis" mais "Lewis"... Là, tu vois, il apparaît 48 fois...
— Lewis ?
— Oui, Lewis du badminton.
— Et tu tiens ce blog depuis quand ?
— Depuis un peu plus d'un an... »
Il n'a pas l'air plus intéressé que ça.

dimanche 30 septembre 2012

Princesses & vampires

Princesses & vampires. — Gaëlle a un nouveau passe-temps : réaliser, en agrafant ensemble plusieurs pages, des mini-albums dessinés racontant chacun une histoire particulière. Les deux premiers sont consacrés aux princesses, le troisième aux vampires. (Elle déteste écrire lorsqu'elle fait ses devoirs mais dès qu'il s'agit d'un projet personnel, curieusement, elle s'en donne à cœur joie.)

Dans la première histoire, une petite princesse demande à sa maman si elle peut aller dehors. « Non », répond la mère qui montre du doigt la pluie qui tambourine à la fenêtre. Au retour du soleil, un oiseau transportant une enveloppe dans son bec lâche celle-ci dans un arbre. La princesse récupère l'enveloppe, qui contient une lettre de sa copine Aline lui expliquant qu'une vilaine sorcière volant sur un balai s'attaque à sa maison. Alors la jeune princesse se rend sur place et piège la sorcière à l'intérieur d'un bouclier destructeur.

Dans la deuxième histoire, il est toujours question d'un oiseau livrant une enveloppe dans un arbre. Cette fois-ci, il s'agit d'une lettre d'une autre copine de la princesse, une fée qui porte le nom d'Alane. Cette dernière lui écrit qu'elle va passer lui dire bonjour. La princesse montre son château à Alane puis l'invite à manger. « Où elle est ton amie ? », demande Alane, et la princesse de répondre : « Elle est dans mon pays. » Puis elles se disent au revoir et Alane retourne chez elle en s'envolant.

Dans la troisième histoire (celle des vampires), ma fille utilise un marqueur rouge pour dessiner le sang. Deux vampires discutent. L'un tend un verre à l'autre : « Tu veux un peu de sang ? », lui demande-t-il. À la page suivante, le même mord un petit enfant au cou en criant : « Hé ! J'en ai mordu un ! » puis, à la troisième page, lui dit : « Salut ! Maintenant, tu es un vampire ! »

Dîner. — Vers midi, Gaëlle accueille Léandra dans l'escalier de mon immeuble : « Papa m'a dit que tu avais un peu pleuré à cause de ton ami. Moi je fais des livres de princesses moi-même. Tu veux voir ? »

Léandra a « un peu pleuré » parce qu'elle s'est plus ou moins rendu compte que c'était vraiment fini avec Jonas. Mais elle reprend du poil de la bête, dirait-on.

Revenant. — Dans le tram, un revenant : Lyric. Rien n'a changé : il est toujours aussi grand. Une Jupiler à la main, il vient vers moi et me sort : « Et alors grand, comment ça va ? » Le reste de la discussion est en grande partie composé de « Ça va, ça va... Et toi, ça va ? » À un moment, il me lâche : « Ça fait un petit temps qu'on ne t'a plus vu à la coloc ! Qu'est-ce qui s'est passé ? Y a sans doute des trucs que j'ai pas compris ou que je ne veux pas comprendre... » — Je le rassure : il n'y a de toute façon pas grand-chose à comprendre.

Souper. — Première soirée que je passe dans le nouvel appartement d'Amy et Zapata depuis qu'ils y ont emménagé. Je suis le premier à arriver (à l'heure), comme souvent. Les autres débarquent au compte-gouttes : Yama, Flippo, Pietro et Ismerie...

« Et alors, le Canada ?
— Quoi ? Flippo ne vous a pas déjà un peu raconté ?
— Non. Il a juste parlé de l'Espagnole.
— Ha bon. »

Un nouveau petit chat (Coati) court partout dans l'appartement. Flippo n'est pas à l'aise. « Tu n'aimes pas les animaux ? », lui demande-t-on. Sa réponse : « Non. Ni les chats, ni les chiens... Ni les humains d'ailleurs. »

Schmilblick. — « Tout cela ne fait pas avancer le schmilblick ! » (dixit Andrew). — Mais faut-il forcément que le schmilblick avance ? (Un concept qu'il conviendrait de développer, une autre fois.)

mardi 18 septembre 2012

Bribes de souper

Mary est un peu malade mais elle mange tout de même avec nous. Au menu de ce soir : des pâtes au poulet et au parmesan. 

Une sacrée réminiscence de notre vol Montréal-Bruxelles : je suppose — c'est Léandra qui m'y a fait penser — que je ne voulais pas garder un si mauvais souvenir de ce plat en barquette made in Air Transat, alors je l'ai recréé... (La recette : mélanger des dés de poulet avec des échalotes finement coupées, quelques morceaux d'ail pilé, du vin blanc, de l'huile d'olive, un peu de jus de citron, du persil plat, du poivre et du sel. Faire revenir le tout dans du beurre. Ajouter de la crème fraîche lorsque le poulet est tendrement cuit ainsi qu'un soupçon d'huile à la truffe. Placer des copeaux de parmesan et du basilic frais après la cuisson. En option, verser un peu de crème de vinaigre balsamique pour faire joli.)

Léandra va mieux car elle a compris que Jonas n'allait pas bien. Qu'il soit en forme pendant qu'elle déprime est intolérable à ses yeux ; qu'il soit malheureux rend par contre sa douleur beaucoup plus supportable. Si je prends ces éléments sans le moins du monde les interpréter, je constate que pour l'instant, il faut qu'il aille mal pour qu'elle aille mieux. (C'est totalement surréaliste !)

Un peu comme si je me réjouissais que la relation que vit actuellement mon ex-compagne soit compromise et que (par exemple) elle pleure chaque soir : elle m'a fait souffrir, c'est normal qu'elle souffre à son tour. Bien sûr, ça m'a déjà effleuré l'esprit (souvent même, surtout au début), mais je pense qu'il faut lutter de toutes ses forces contre de pareilles pensées : à quoi cela sert-il de vouloir que les autres soient eux aussi malheureux ?

Je souhaite beaucoup de bonheur à tout le monde. Ce n'est pas parce que je ne suis pas très en forme qu'il faut que j'entraîne les autres — amis, « ennemis », inconnus — dans une spirale destructrice.

* * *

« Laisser vingt longs messages vocaux par jour à quelqu'un pour lui signifier qu'il est dans l'erreur n'est absolument pas du harcèlement. »
SI, C'EST DU HARCÈLEMENT, BORDEL !
(La majuscule et le caractère italique, utilisés avec modération, ont presque autant d'effet qu'un cri de rage dans la nuit.)

Si on m'envoyait une série de messages à n'en plus finir pour me signifier quelque chose (peu importe le contenu, la forme et le média), je couperais directement le contact... Mais on ne m'a jamais envoyé de tels messages. Lewis a peut-être essayé, à un moment. (Il s'est lamentablement planté, en fin de compte.)

Une conclusion : l'envoi de ces bouteilles procède d'une double dynamique... Il faut quelqu'un qui les lance et quelqu'un qui veuille bien les recevoir, du moins dans une certaine mesure. Il est inimaginable que le receveur n'y trouve jamais son compte. « Masochisme » me vient à l'esprit mais ce n'est sans doute pas le terme adéquat. (L'alcool éveille mais brouille, aussi.)

Si personne ne m'a jamais traité de la sorte, c'est sans doute parce que je n'ai jamais voulu jouer ce jeu-là, par trop malsain, dans un sens comme dans l'autre. 

* * *

Dans je ne sais quel contexte, je leur ai dit que j'avais vraiment du mal avec ce regard particulier qui signifie autre chose qu'un simple regard ; ce regard qui signifie « J'ai envie de toi ! »... Il est rare que je ne détourne pas la tête dans ce cas. « Putain, mais laisse tomber ! », me lance Mary, presque énervée... (Mais c'est justement ce que je fais !)

Même chose avec la danse.

* * *

« Toi non plus, tu ne tiens pas les promesses faites à toi-même : tu avais dis que tu arrêterais l'alcool et tu n'y es jamais arrivé... », me lâche Léandra en désignant mon verre d'Achel blonde.
Et pan dans la gueule ! —
Je ne réponds rien.
Je rentre dans un débat interne pendant environ dix longues secondes.
Je ne trouve pas de répartie.
Et je finis par me dire qu'elle a raison, sur ce point.

Entendu au Québec : « Il a arrêté de boire mais il est toujours alcoolique. Ce n'est pas parce qu'on a arrêté de boire qu'on n'est plus alcoolique. L'alcoolisme, c'est pour la vie. » (C'est foutrement vrai !)

* * *

Cette histoire de pardon semble très compliquée quand ces deux-là en parlent, alors que ça me paraissait très simple de prime abord : comment peut-on demander pardon sans comprendre (et ressentir) pourquoi on le demande ? Mais il semble y avoir autre chose que je n'appréhende pas. — C'est terrible : nous parlons sur des chemins parallèles ; nos phrases ne se croisent jamais.

Ce qui ennuie Léandra dans ce type de livre de psychologie, c'est le jargon symbolique. Je trouve que ça pourrait être pire. Elle me répond : « C'est normal que tu dises cela. Tu es habitué. Tu lis pas mal de philosophie en ce moment. » C'est vrai, mais s'il y a bien une chose que j'ai appris de ma lecture de Ludwig, c'est bien celle-ci : nul besoin d'utiliser des mots extraits/subtilisés de leur usage courant pour philosopher ; au contraire, c'est dans l'étude et la pratique du langage de tous les jours qu'on trouve matière à réflexion. Le langage est un mur infranchissable. Mary n'est pas d'accord... Ou peut-être que si (j'ai oublié).

Dans la phrase qui suit, je n'arrive plus à faire le tri entre ce que j'ai vraiment dit et ce que j'ai seulement pensé : « Non, non, pas de transcendance, pas d'absolu, il faut revenir aux cas concrets, à la pratique, à la vie réelle ! » (En disant/pensant cette phrase, j'ai eu l'impression de réciter la pensée de quelqu'un d'autre.)

* * *

Évidemment, tu ne trouves rien de mieux à faire que d'écrire ces paragraphes jusqu'à deux heures du matin. Tu les relis et tu n'es pas certain de leur pertinence... Alors tu attends le lendemain pour les vérifier/corriger. (Et tu auras fini par boire les quatre Achel du frigo. — Rien ne va plus !)

mardi 21 août 2012

On ne s'évade pas du Temps

« J'ai deux montagnes à traverser,
Deux rivières à boire.
J'ai six vieux lacs à déplacer,
Trois chutes neuves à mettre au lit,
Dix-huit savanes à nettoyer,
Une ville à faire avant la nuit.
»
(Félix Leclerc, chanteur et poète québecois, 1914-1988.)


Original : ce syndicaliste, contacté par mon chef hier par téléphone, dit avoir puisé une de ses stratégies dans L'Art de la guerre de Sun Tzu. Sur base du concept de « non-guerre » développé par le tacticien chinois (l'art de la guerre est aussi et avant tout celui de l'éviter), il a développé celui de « non-grève ». Exemple : continuer la production au sein d'une entreprise tout en bloquant les camions et donc la distribution. Un moyen de pression qui, dans certains cas, peut s'avérer gagnant : les stocks s'accumulent, les ventes se tarissent et le personnel continue à être payé.
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Débat sur Facebook, la journée. — Qu'est-ce que ça peut faire qu'elle ait un voile sur la tête, bordel ? — À jouer la carte de la laïcité là où il n'y a rien à défendre ni à combattre, on se retrouve à se faire des amis qui écrivent comme des éditorialistes de Minute !

Lu, à peu de chose près : « C'est communautariste de mettre ensemble quatre Arabes sur un tract. » — Ce ne sont pas des Arabes, ce sont des habitants qui s'impliquent dans la politique de leur commune (Molenbeek) au travers d'un des quatre partis traditionnels (le PS). Si quatre noms flamands avaient été sur un même tract, aurait-on mis en avant la dérive communautariste ?
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Dans le train, le soir. — Yama m'informe de la mort de Chris Marker, qui a eu lieu le 29 juillet 2012, à l'âge de 91 ans. Sans journal ni télévision pour m'informer de ce genre d'événement, je me retrouve à découvrir l'information avec un putain de décalage.

« Une fois sur la grande jetée d'Orly, dans ce chaud dimanche d'avant-guerre où il allait pouvoir demeurer, il pensa avec un peu de vertige que l'enfant qu'il avait été devait se trouver là aussi, à regarder les avions. Mais il chercha d'abord le visage d'une femme, au bout de la jetée. Il courut vers elle. Et lorsqu'il reconnut l'homme qui l'avait suivi depuis le camp souterrain, il comprit qu'on ne s'évadait pas du Temps. Et que cet instant qu'il lui avait été donné de voir enfant, et qui n'avait pas cessé de l'obséder, c'était celui de sa propre mort. » (La Jetée, 1962.)

Nostromo, Sulaco, Narcissus... Tous ces noms de vaisseaux appartenant au monde angoissant de la série Alien sont issus de l'univers de Joseph Conrad. D'aucuns ont essayé d'y trouver une signification particulière : ce serait en rapport avec le pessimisme radical qui transparaît tant dans Alien (?) que dans le roman Nostromo ; ou bien encore avec l'échec cuisant d'une quête effrénée de richesse et de pouvoir... — Mais il s'agit sans doute avant tout d'un clin d'œil au film précédent de Ridley Scott, The Duellists (1977), dont le scénario est tiré d'une nouvelle de... Joseph Conrad.

Ils sont en train de transposer Ender's Game, le chef-d'œuvre d'Orson Scott Card, au cinéma, avec Harrison Ford dans le rôle du colonel Graff et Ben Kingsley dans celui du grand Mazer Rackham, le vieux sauveur de l'humanité. Et dans le rôle d'Andrew « Ender » Wiggin ? Asa Butterfield ! Regard intelligent, sourire espiègle... Je dois avouer que le choix de l'acteur n'est vraiment pas mal. — Une crainte cependant : que cette fabuleuse histoire d'enfant brillant et tacticien de génie, dernier espoir de la Terre face à une probable troisième invasion d'extraterrestres du nom de Doryphores, ne devienne un mélange raté de Harry Potter et d'Avatar.

« Ce livre est extrêmement difficile à transposer en film. Du début à la fin, il est question d'entraînements en école militaire de plus en plus poussés... Jusqu'au final époustouflant où l'on se rend compte que... Ha, oui, c'est vrai, tu ne veux pas connaître la fin des histoires ! » Jusqu'au moment où Ender se rend compte que son entraînement final n'en était pas un et qu'il a mené et gagné une vraie guerre offensive et destructrice contre les Doryphores à l'intérieur de leurs propres systèmes solaires !

Wittgenstein aurait-il pu écrire ce qu'il a écrit s'il n'avait pas été un tyran égocentrique, une sorte d'enfant-adulte ? Ou plutôt : quelqu'un d'autre aurait-il pu développer la même pensée en étant globalement plus sympathique (plus « normal ») que lui, avec ses amis notamment ? Je pense que non (sans ce comportement perfectionniste et totalement monomaniaque, il n'aurait pas écrit ce qu'il a écrit). Yama, plongée actuellement dans sa biographie, pense au contraire que oui (cette pensée est possible et répond à des questions que nous nous posons ; elle aurait donc pu être développée par une toute autre personnalité).
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Léandra me rejoint vers 21 heures à la Maison du Peuple. Deux sujets occupent la discussion. En premier lieu, elle en a vraiment marre de Jonas et a vraiment décidé de ne plus entrer dans son jeu. Je suis d'accord avec le principe. Cette histoire devient éreintante pour tout le monde, d'abord pour Léandra évidemment, mais aussi pour son entourage immédiat. Il faudrait pouvoir secouer ce type une bonne fois pour toute et lui dire : « Prends une décision ! » et « Sois plus souple ! » (Et c'est moi qui dis ça ! Oui, oui, je sais : je ne manque pas d'air !)

Le second sujet concerne cette fameuse discussion sur Facebook, dans laquelle Léandra, tout en restant très calme, s'est pas mal impliquée, à l'inverse de moi. Elle m'explique : « Au début, je n'ai pas vu où était le problème. J'ai cru qu'il y avait sur le tract électoral une phrase du genre : "Dieu est avec nous" (ça s'est déjà vu)... Puis je me suis rendu compte que le problème pour lui, c'était que la dame était voilée et aussi, peut-être, qu'ils avaient tous les quatre des noms à consonance arabe. »

« Franchement, il se dit socialiste simplement parce qu'il se présente à Charleroi. Mais il pourrait tout aussi bien très vite passer à droite. Ça arrivera un jour, sans doute, tu verras, Hamil'. »

Léandra et moi sommes parfaitement d'accord sur le sujet, à savoir que ce genre de discours présenté comme « laïque » sert surtout et avant tout de défouloir pour les fachos nostalgiques de la Belgique de Degrelle (« Au moins, à son époque, l'ordre régnait Monsieur, et nous étions chez nous ! »).

Mais, pourrait-on me rétorquer, « et alors ? De nombreux sujets de société sont récupérés par l'extrême droite ! Faut-il pour cela renoncer à des principes comme la défense de la laïcité ou la lutte contre l'incursion du religieux dans la politique et les services publics ? » — Je n'ai pas de réponse à cette question. Rien n'est simple, comme dirait l'autre.
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Andrew nous rejoint après une très longue journée de travail. Il a passé ces dernières semaines à la rédaction d'un texte de géostratégie (je ne suis pas certain que ce soit le bon terme) en anglais pour un commanditaire qui semble avoir une idée assez précise de ce à quoi le texte devrait ressembler. — Décidément, écrire l'histoire sans contrainte extérieure est toujours loin d'être évident, quel que soit le milieu dans lequel on évolue !

dimanche 19 août 2012

Ode à Trois-Rivières

« Trois-Rivières, ville algonquine presque quatre fois centenaire, berceau de l'implantation européenne en Amérique du Nord, capitale de la poésie, ville de science et de lettres !
» Trois-Rivières, dont les joyeux vallons, creusés par le vieux Saint-Maurice avant de se jeter dans le grand fleuve, laissent béat d'admiration le voyageur égaré !
» Trois-Rivières, dont les habitants — les "Trifluviens", le savais-tu ? — arborent en permanence un sourire qui n'a son pareil nulle part ailleurs dans la Belle Province !
» Trois-Rivières, bordée par le Saint-Laurent, voie navigable qui a servi de porte d'entrée triomphale à l'exploration sans limite du continent nord-américain ; cours d'eau impérial dont le débit dépasse de loin celui du Nil !
» Trois-Rivières... Écoute comme ce nom coule ! Écoute-le résonner à l'intérieur de ton esprit, tel le béluga nageant majestueusement au gré du courant et des marées !
» N'as-tu donc jamais observé, Hamilton, le soleil de septembre se coucher sur le lac Saint-Pierre ?
» N'as-tu jamais vu ces terrasses se remplir au premier rayon de soleil estival ?
» N'as-tu jamais entendu vibrer la ville lorsque, au gré des saisons, des groupes itinérants envahissent les rues, les esplanades et les terrasses pour jouer une musique qui, longtemps après son évaporation, bercera ton cœur ?
» N'as-tu jamais senti le souffle léger du vent du Sud-Ouest effleurer ta peau avec amour ; avec la même délicatesse que l'abeille butinant la rose au crépuscule ?
» N'as-tu jamais touché ces anciens murs de pierres préservés du grand incendie ? — Leurs aspérités sont aussi douces que la rosée glissant sur la feuille d'érable au petit matin...
» Tonnancour, Saint-Quentin, Laviolette, Attikameks, Capitanal... Ces mots qui aujourd'hui ne t'évoquent sans doute rien de connu seront pour toi comme une seconde nature après y avoir séjourné !
» Trois-Rivières est plus qu'une ville, c'est un pays à elle toute seule !
» Trois-Rivières est plus qu'un pays, c'est un...
— Ouais, ça va, c'est bon, t'as gagné, Flippo ! On va s'y arrêter quelques jours, à ton fameux Trois-Rivières ! »
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Après m'être fait convaincre, chez Flippo, de faire une escale de deux nuits à Trois-Rivières (on l'aura compris) pendant notre voyage au Québec en septembre prochain, je retrouve ma Maison du Peuple de Saint-Gilles pour y attendre Léandra, que je n'ai plus vue depuis des semaines. — Cela fait d'ailleurs des semaines que je n'ai plus vu grand monde...

Même si, pour le moment, ce n'est pas facile tous les jours — c'est le moins qu'on puisse dire ! — avec Jonas (avec qui elle sort/ne sort pas — biffer la mention inutile), Léandra n'est pas déprimée. Elle a profité à moitié de son pass pour le Brussels Summer Festival (BSF pour les intimes) et a vu (et adoré) Iggy Pop, le chanteur fou contorsionniste. Elle sera bientôt en vacances — encore ! — et ne sait toujours pas vraiment comment elle va en profiter.

Qu'écrire d'autre ?
Léandra n'essaie pas de me convaincre d'aller à Trois-Rivières.
Léandra s'en fout, des verts vallons creusés par le Saint-Maurice.
Léandra n'a pas d'atomes crochus avec le Canada, ni avec ses habitants.

Le prix des « antipasti » a augmenté. 
Ils ont tout « arrondi » vers le haut, les salauds !

Il fait chaud — étouffant même !

Et puis Jonas envoie un message pour demander à Léandra de le recontacter, et la soirée se termine vers dix heures du soir ! — Au vu de la chaleur et de mon épuisement, ce n'est sans doute pas plus mal...

vendredi 3 août 2012

6. Le billet de cent francs

6.1.1. Terrasse du jardin familial, début d'après-midi, une bouteille de vin rouge posée sur la table. Mon père est dans une phase « péremptoire » (on se demande à qui je ressemble...). À ma maman : « Diététicien, c'est un métier qui ne sert à rien ! » ou encore : « C'est absurde de tondre une pelouse, c'est du conformisme ! » Ce à quoi ma mère répond : « Oui, oui, c'est ça, ça ne sert à rien... » et : « Tout à fait. On va laisser le pelouse en friche et tu la faucheras tous les ans... »

6.1.2. À moi, il me dit : « Ça te fera du bien de marcher, c'est bon pour ce que t'as ! » et : « Tiens, tu bois du vin ? Hier, tu te moquais en disant que "ça ressemblait presque à du vin" ! »

6.1.3. Discussion sur le fait de laisser Gaëlle seule pendant quelques minutes sans surveillance lorsqu'elle est dans son lit. Ma mère : « Tu es un inconscient ! Et si elle se cassait une jambe ou si un incendie ravageait ton appartement ? Tu t'en voudrais toute ta vie d'être sorti pendant une minute. » Oui, et si je me faisais écrabouiller par une météorite ou par un piano en sortant de chez moi, que deviendrait ma fille, hein, hein ?
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6.2. « On ne voit plus beaucoup David Bowie. Paraîtrait qu'il a un cancer du foie.
Non. David Bowie ne peut pas avoir de cancer. Il ne peut pas être malade. »
(C'est un peu comme Robert Smith : ces gens-là ont l'interdiction formelle de vieillir, d'être malade et de mourir.)
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6.3.1. Plus tard dans l'après-midi, mon père se souvient de ses formations syndicales chez « les Métallos » à Melreux [-13.7] : « Les formateurs étaient des radicaux. Dès le premier jour, ils nous mettaient dans le bain, directement dans le conflit... Ils venaient de Liège... C'étaient des bons, ils avaient l'habitude !
— Comment faisaient-ils ?
— Avec un billet de cent francs.
Un billet de cent francs ?
Un billet de cent francs. Ils nous ont réunis le premier jour dans une des salles de réunion et nous ont demandé un billet de cent francs. Sans donner de raison. Aux gens qui demandaient pourquoi, ils ne donnaient pas de réponse, ils éludaient. Certains ont donné le billet et d'autres non.
— Bizarre.
— Puis ils nous ont dit : "Ce billet, vous ne le récupérerez jamais ! On le garde pour nous !" Ils sont devenus odieux. Alors nous sommes entrés en conflit avec eux.
— En conflit ?
— Oui, nous les avons enfermés dans la pièce et nous avons occupé la cafétéria de l'hôtel. Le personnel, habitué à l'exercice, est sorti. Et nous avons occupé le bar. Les formateurs, eux aussi, avaient l'habitude. Ils savaient que nous allions peut-être les séquestrer et avaient prévu à l'avance une échelle pour sortir.
— Ha.
— Tout ça faisait partie d'un exercice mais personne ne le savait. Enfin, si. Moi, je le savais parce qu'on me l'avait dit avant. On n'aurait pas dû me le dire.
— Ha oui, c'est con.
— À partir du moment où les formateurs sont partis, directement sont apparus les leaders (ceux qui prennent le pouvoir), les stratèges et les théoriciens (ceux qui réfléchissent calmement à la situation et proposent des solutions élaborées), les fonceurs (ceux qui veulent tout casser, sans trop réfléchir), et enfin les suiveurs...
— Et toi, tu étais dans quelle catégorie ?
— Moi ? Je ne disais pas grand-chose. J'observais... Je me souviens d'autre chose... Nous avons été soutenus dans notre combat par une délégation flamande qui n'était pas du tout au courant de nos techniques de formation et s'est dite "solidaire" de ses camarades wallons. Les Flamands ont bu des verres avec nous.
— Ha ! Et ça s'est terminé comment, cette histoire ?
— Eh bien on a discuté de la situation toute la nuit. Certains sont partis de la formation totalement choqués. D'autres ont pris le pouvoir. Le lendemain, les formateurs sont revenus, nous ont expliqué que c'était un exercice et ont décortiqué avec nous tous nos comportements. Le plus impressionnant, c'était d'étudier les leaders. Ils ont pris le pouvoir et tout le monde a accepté cet état des choses sans broncher, sans se poser de questions. Enfin, si... On se posait des questions mais on ne disait rien.
— Eh bien ça, c'est vraiment intéressant... »
(... et il faut absolument que je l'écrive quelque part dans mon blog !)

6.3.2. Mon père toujours : « Un calotin dans un conseil d'entreprise, tu le reconnais directement. C'est celui qui ne rentre jamais en conflit et qui dira au représentant du directeur : "Oh oui, Monsieur, nous savons que vous faites de votre mieux et que ce n'est pas facile pour vous non plus tous les jours !", ce genre de chose... Même si c'est vrai, on ne doit jamais tenir ce genre de discours face au patronat ! »
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6.4.1. Je rentre à Bruxelles pour un soir et rejoins Léandra et Jonas au moment où ils sortent du Moeder Lambic de la place Fontainas. Je me suis incrusté en toute dernière minute à un repas « au Canard », comme dirait Léandra — « Au Canard ? Au Canard ! » —, c'est-à-dire au Domaine de Chavagnac, le restaurant où nous étions déjà allés pour l'anniversaire d'Andrew [-31.6].

6.4.1.1. « Les concepteurs des Simpson sont des fans absolus d'Alfred Hitchcock. Du coup, ils n'arrêtent pas de mettre des références à plein de ses films. Vous avez déjà vu la référence aux Oiseaux dans "Un tramway nommé Marge" ["A Streetcar Named Marge", 1992, 15 min. 45 sec.] ?
— Non, me répondent-ils.
— C'est génial. La petite Maggie est enfermée durant tout l'épisode dans une garderie pour enfants où la nurse, très autoritaire, confisque toutes les tétines... ».
... S'ensuit une rébellion menée par Maggie durant laquelle les enfants récupèrent leur objet fétiche. Plus tard, lorsque Homer vient rechercher sa fille, il se trouve nez à nez avec des centaines de bébés silencieux suçant leur tétine, réplique d'une fameuse scène des Oiseaux. Et lorsqu'il sort de la garderie avec sa fille et ses deux autres enfants, Hitchcock apparaît dans un joli caméo dans lequel il promène ses deux Terriers écossais en avant-plan (comme dans le film !)...

« Maggie ? C'est l'heure d'aller... Haaaaaa ! »

Le passage d'Alfred.

6.4.2. Après le repas et une balade dans le quartier Sainte-Catherine, nous retournons à la case départ : le Moeder Lambic Fontainas. Jonas y commande un Valeir blonde et Léandra un... thé. Quant à moi, je demande une bière à la fois amère et légère à la serveuse, qui me conseille une « Bitter Sorachi » (une bonne bière française au très faible taux d'alcool : 2,5% !).

6.4.2.1. « Elle est bien, je trouve, cette serveuse... 
— Daniel a essayé de la draguer, mais ça n'a pas du tout marché.
— Ha bon. »

6.4.2.2. « Oh là là, je bois beaucoup plus vite que vous ! »

6.4.2.3. Discussion sur les reconstitutions médiévales — et les reconstitutions tout court. J'explique à Jonas (car Léandra est déjà au courant, évidemment) que je déteste les reconstitutions. Je les hais, je les hais ! (Du calme, Joe.) Je déteste ce principe qui consiste à se déguiser en chevalier, en écuyer, en prêtre ou en paysan(ne) et à faire semblant de vivre, manger, boire ou parler (le comble de l'horreur !) « comme au XIIIe siècle » (simple exemple).

6.4.2.3.1. Un souvenir : lors de ma seconde licence en histoire médiévale, mes amis savaient déjà tout le mal que je pensais des costumes et des reconstitutions historiques. En raison de mes — horribles — exercices pratiques d'agrégation qui chevauchaient les autres cours, je n'avais pu me rendre à l'importante séance de distribution des thématiques pour les travaux de l'année académique 2001-2002. Cette année-là, le séminaire avait trait au mode de vie des élites européennes aux XIe et XII siècles. J'avais demandé à mes amis Hamilton II et Pat de me réserver, si possible, le thème du jeu d'échecs médiéval, « au cas où il serait proposé par le professeur lors de la distribution... » À midi, pendant le repas suivant les cours, ces deux sans-cœur me dirent :
« Il y avait "Les jeux de société au XIIe siècle" dans la liste mais on a préféré te prendre "L'évolution du costume ecclésiastique", vu que tu adores ça !
Quoi ? Oh non ! C'est pas vrai ! C'est un cauchemar !
— Mais non, couillon, on a réussi à te l'avoir, ton travail sur le jeu d'échecs ! »

dimanche 22 juillet 2012

Ombre & lumière

Au réveil, toujours cette envie de reprendre mon souffle, comme si j'émergeais à la surface d'un océan après une longue balade sous-marine sans oxygène. Faire de l'apnée, alors que je ne sais même pas nager, quelle ironie !

Je suis déjà fatigué avant même de commencer la journée et j'ai le plus grand mal à décoller de mon lit. Il faut pourtant que je sorte, que je m'aère, que je quitte l'environnement vicié de ma chambre... Les météorologues ont — enfin ! — annoncé l'arrivée du soleil cet après-midi. Hamilton, bordel, lève-toi et va faire un tour !

À la Maison du Peuple, en début d'après-midi, je fais semblant d'être en forme, mais j'ai évidemment la triste impression de tricher sur toute la ligne. Je demande au nouveau serveur : « Alors, t'as bien fêté le 21 juillet ? », comme si cette question et sa réponse avaient la moindre importance à mes yeux. Il me répond : « Non, non, je ne suis pas Belge ! » Vu son accent, il est Français, mais il aurait tout de même pu faire la fête !

Une autre serveuse, nouvelle elle aussi, dira par contre un peu plus tard à l'une de ses collègues : « Moi, je n'ai pas dormi du tout cette nuit ! »

Je rédige sans conviction la journée d'hier avant de m'installer en terrasse, en compagnie de Tous à Zanzibar de John Brunner. Je relis les passages du roman où le sociologue de génie Chad Mulligan, un rien alcoolique tout de même, livre sa vision pessimiste et désabusée de l'humanité.

À ma droite, trois anglophones ; derrière moi, des anglophones ; partout, des anglophones. Je me rattache à l'une des seules conversations francophones à portée d'oreilles, tenue par deux jeunes femmes : « Il y avait un monde fou au feu d'artifice, hier... Et les gens couraient pour trouver une bonne place... C'était la folie ! »

Le Parvis de Saint-Gilles a la particularité d'être extrêmement bien positionné par rapport à l'ensoleillement. Le matin, le marché est plongé dans l'ombre rafraîchissante des bâtiments et ce n'est qu'en milieu d'après-midi que le soleil, pas trop éloigné du Zénith, fait sa flamboyante apparition sur le rebord de la façade du café « Le Louvre ». Ensuite, il suit lentement sa courbe descendante pour finir par se cacher derrière la tour de l'église Saint-Gilles et ne réapparaître que subrepticement. En soirée, par beau temps, le mélange d'ombre et de lumière est magique ! — Magique sauf qu'en l'occurrence, l'astre du jour me brûle les yeux... Je repars donc à l'intérieur du café pour quelques heures.

Andrew me rejoint en début de soirée. Il fait délicieusement bon et il y a, curieusement, de la place en terrasse. Nous buvons deux verres de rosé désaltérants. Un élément de discussion : l'émission Noms de dieux, présentée par Edmond Blattchen, dont Andrew regarde en ce moment des rediffusions. — Noms de dieux : une émission que je devais presque visionner en cachette la nuit quand j'étais adolescent, tellement papa et maman ne pouvaient pas la blairer. De nombreux illuminés sont passés par là et je crois que c'est ce qui énervait mes parents au plus haut point, en plus de l'aspect extrêmement formel de l'ensemble. Moi, au contraire, j'adorais ce genre de dialogue, parce que la plupart des invités proposaient une vision opposée ou très différente de la mienne, et aussi parce que le présentateur les laissait parler avec respect, sans aucune coupure intempestive. Blattchen est là pour mettre en valeur ses invités, et non l'inverse. (Regard méprisant vers Ruquier, son humour potache et sa clique de m’as-tu-vu.)

Nous rejoignons Léandra au bowling du Centre-ville vers 21 heures. Jonas n'est pas là : il a mal, il n'est pas bien, il se repose. Deux parties jouées de manière inconstante, une piste à problèmes (quilles coincées dans la rigole, caoutchouc qui pendouille...) et puis nous voilà déjà repartis vers nos domiciles respectifs.

J'ai envie de suivre des cours de bowling et également — mais alors rien à voir ! — de me mettre au dessin, avec pour objectif ultime de faire de l'animation (oui, oui, ne pas rigoler, merci...). Ça fait des années que je dis que je vais me lancer dans l'aventure (Léandra confirmera), en autodidacte évidemment. Et puis je postpose, je postpose... à l'infini. Car il faudrait, pour ce faire, que j'achète de bons bouquins d'apprentissage, du bon matériel de dessin (feuilles, crayons...) et surtout que je passe des centaines de soirées de travail à mon appartement, coupé du monde... Ça ne me refroidit nullement, mais je postpose quand même.

dimanche 15 juillet 2012

L'adjoint du grand détective

Gaëlle ne parle plus de Dieu aujourd'hui. À la place, elle s'intéresse brièvement au futur : « On n'est jamais certain de ce qui se passera dans le futur. Si je dis : "Demain, je serai chez maman", c'est vrai que je serai sans doute chez maman mais, par contre, je ne sais pas ce que j'y ferai. C'est comme ça : on ne peut pas connaître le futur ! »

Plus grande est la projection dans l'avenir, plus difficile est la prévision. Les temps lointains se perdent dans une improbable brume. C'est vrai en météorologie comme en sciences politiques... C'est ce qui rend les bons romans de science-fiction si impressionnants : comment des auteurs comme John Brunner ou George Orwell ont-il réussi à entrevoir avec tant de précision ce monde futur dont ils ne pouvaient observer, en leur temps, qu'une mince ébauche ?

« Ouvrant la porte au médecin, prête à s'excuser d'avoir les mains enfarinées — elle était en train de faire son pain — Mrs. Byrne fronça les narines. De la fumée ! Et si elle la sentait avec le rhume de cerveau qu'elle avait, il fallait que ce soit un gigantesque incendie !
— Il faudrait prévenir les pompiers ! s'exclama-t-elle. Est-ce que c'est une meule de foin ?
— Les pompiers auraient du chemin à faire, lui dit le médecin gravement. Ça vient de l'autre côté de l'Atlantique. Le vent souffle fort, aujourd'hui. »
(La fin du Troupeau aveugle de John Brunner [1972] donne envie de le lire, n'est-ce pas ?)

Une figure récurrente de nombreux romans policiers : celle du candide qui accompagne le grand détective dans tous ses déplacements, à la recherche de « la vérité »... Hercule Poirot a son capitaine Hastings, Sherlock Holmes son docteur Watson, etc. Même si ce personnage secondaire est très souvent limité dans ses mouvements, il apporte quelque chose d'essentiel à l'enquête, à savoir un autre point de vue, beaucoup plus naïf mais néanmoins déterminant. Combien de fois n'entend-on pas Hercule Poirot s'écrier : « Mais bien sûr ! » après qu'une remarque apparemment anodine du capitaine lui a fait découvrir une pièce capitale du puzzle ?

C'est comme ça aussi chez W. ! Car le philosophe a souvent vécu exactement à la manière d'un grand détective : il lui fallait la présence d'un ingénu (Pinsent, Skinner...) à ses côtés pour stimuler sa pensée.

Afin de tromper ses adversaires, Poirot — c'est lui-même qui l'explique dans Drame en trois actes — se fait passer pour plus bête qu'il ne l'est. Une de ses stratégies préférées est de mal parler anglais, de manière à être grandement sous-estimé par le meurtrier. Dans les derniers chapitres, c'est à chaque fois le coup d'éclat et la balance s'inverse d'un seul coup !

On l'aura compris : je traverse en ce moment une phase « vieux romans policiers ». En fait, on pourrait dire que je ne change jamais de centre d'intérêt : romans policiers, science-fiction et philosophie traitent exactement de la même chose, avec des mots sensiblement différents.

On pourrait aussi ajouter le Western dans cette liste, tout comme la pratique de l'Histoire. Tout est lié ! La différence entre une enquête policière, une investigation philosophique, une recherche historique, un récit de science-fiction et un duel de six coups est beaucoup plus maigre qu'on ne le croit !

Léandra, Jonas et moi arrivons presque au même moment au Parvis de Saint-Gilles. Elle et moi sommes là pour l'échange : elle me passe son petit netbook et je lui rends son grand portable sans batterie et à la ventilation plus que douteuse. Que deviendrais-je sans le soutien logistique de mon amie ? (Pas grand-chose, je le crains.)

Léandra a amené Jonas pour tenter de lui changer les idées. Le pauvre stresse parce qu'il a mal et parce qu'on va peut-être bientôt devoir l'opérer. Et il n'est pas content parce que certains médecins lui disent qu'il n'a... rien du tout.

C'est vrai qu'il n'a pas l'air dans son assiette. Il veut rentrer chez lui mais nous arrivons tout de même à le convaincre de venir manger un paquet de frites en notre compagnie, chez Léandra. L'occasion de tester à nouveau Nonsense, le jeu de société qui consiste à insérer un ou plusieurs mots à l'intérieur d'une histoire improvisée sur un thème déterminé. — Ce jeu a tendance à nous stresser, Léandra et moi. Par contre, Jonas semble à l'aise. Sur le chemin du retour, il m'avouera d'ailleurs avoir passé une agréable soirée, qui lui a permis de « penser à autre chose ».

samedi 7 juillet 2012

L'amertume du canari

Léandra et moi nous asseyons à la terrasse de la Maison du Peuple. Elle me montre son nouvel appareil photo : un bridge. « Ouais, je sais, toi tu n'aimes pas trop les bridges ! », me lance-t-elle. Je n'ai encore rien dit, mais il est vrai que, pour en avoir reçu un en cadeau d'anniversaire il y a des années, je ne suis pas un fanatique de cette gamme hybride coincée entre le compact et le reflex.

Un bridge, c'est un peu comme un ornithorynque. Queue de castor, bec de canard et pattes de loutre ? Non : assemblage hétérogène et contre-nature.

« Oh, mais c'est un objectif Leica tout de même !
— Oui, et il y a un zoom de malade. Tiens, essaie !
— Mazette ! Un zoom optique 24x !... Et avec un bon stabilisateur ! »
(Ha, ces progrès que l'on fait constamment en optique...)

« Tu peux jouer sur la profondeur de champ en modifiant l'ouverture du diaphragme... Plus la valeur ici est petite, plus le diaphragme est ouvert et plus la netteté de l'image est réduite dans l'espace...
— Romain m'a déjà expliqué tout ça plusieurs fois, mais à chaque fois j'oublie !
— Là, par exemple, je vais te photographier en laissant l'arrière-plan flou. Ha ben merde, ça ne marche pas ! »

Si je vois Léandra aujourd'hui, c'est aussi pour l'échange : je lui rends son petit ordinateur portable et elle me passe, en attendant, son vieil ordinateur dépourvu de batterie, dont le ventilateur, faisant autant de bruit qu'un système de ventilation d'une salle informatique des années soixante, énerve apparemment tellement Jonas, le puriste linuxien, que ce dernier en soupire de mécontentement à chaque fois qu'il voit la bête. Léandra me prévient : « Il faut beaucoup de temps pour le démarrer. Souvent, je le laisse branché pour ne pas avoir à le rallumer. Et j'ai rien nettoyé, hein... Il y a plein de trucs assez personnels sur le bureau... » ― Je suis curieux de nature mais j'ai sans doute trop de conscience morale pour essayer de chercher activement les « trucs assez personnels ».

Léandra part demain, seule, à Marseille avec son ornithorynque bridge récemment acquis. Elle logera à L'Estaque, le quartier portuaire peint à de nombreuses reprises par Cézanne.

Mary, deuxième du nom, est à nouveau de service au bar. Si elle avait disparu de la circulation depuis plus d'un mois, me dit-elle, c'est parce qu'elle préparait ses examens d'architecture à La Cambre... A-t-elle réussi ? Je ne sais pas, j'ai oublié de lui demander... Mais elle continue de sourire en tout cas !

« Chez mes parents, j'ai regardé une émission sur les aquariophiles, me raconte Léandra.
— Ha ?
— Y a des Européens qui vont jusqu'en Thaïlande pour acheter des poissons combattants !
— Ha.
— Là-bas, le combat de cette espèce de poisson est un vrai sport national... Ils mettent deux Combattants dans un petit bocal et les deux poissons commencent par se tourner autour... Ensuite ils s'attaquent en s'agrippant par la bouche, parfois pendant très longtemps, jusqu'à ce qu'un des deux ne meure. C'est celui qui a la mâchoire la plus développée qui survit.
— Bigre ! »

J'explique à Léandra : « Quand j'étais petit, on avait un canari à la maison. Un jour, mes parents l'ont mis dehors, au milieu de la terrasse, dans sa cage... Soudain, une buse s'est précipitée sur lui : depuis le ciel, elle avait vu la petite proie ― ça a une de ces vues, ces animaux-là ! ― mais pas la cage, qui est tombée lourdement par terre... La buse fut surprise et s'en alla, et le canari fut sain et sauf... Mais plus jamais il ne chanta comme avant ! Il devint aigri et mourut quelques mois plus tard... » (Je me demande jusqu'à quel point ma mémoire est fiable à ce sujet : plus tard, ma mère confirmera l'histoire de la buse, mais ne se souvient absolument pas du reste.)

« Je suis allée voir avec Jonas à la Cinematek un vieux film japonais intitulé La Femme des sables... L'histoire d'un gars, du genre "scientifique", qui fait une pause dans un village en plein désert. Les habitants l'hébergent pour la nuit. Ils le font descendre à l'aide d'une échelle dans une des maisons, où vit une femme seule. Le lendemain, il se rend compte que l'échelle a disparu et qu'il est prisonnier... » Léandra se contrefiche de garder secrète l'intrigue et me révèle donc la fin du film. Ça me donne envie de le voir !

Certaines personnes seraient-elles toxiques ? Entraîneraient-elles les autres dans leur sillage personnel fait de tristesse, de déprime, de mauvaise humeur et de misanthropie ? ― Je n'en sais rien mais si la chose est humainement possible, je dois avoir un très haut taux de toxicité ! (Et c'est que j'en serais fier, en plus...)

Mais peut-être est-ce justement l'inverse ? En me lisant, peut-être certains se disent-ils avec bonne humeur : « Eh bien ! Je croyais être mal en point, mais regarde donc celui-là ! »

Je suppose que pour de nombreuses personnes sensibles, Cioran constitue le comble de la toxicité.

Mais j'ai lu quelque part que le philosophe roumain, pourtant si désabusé et pessimiste dans ses écrits, aurait été dans la vie de tous les jours d'un abord très agréable, voire joyeux. Si c'était effectivement le cas, quoi de plus naturel, tout bien réfléchi ?

Jamais nous ne sommes obligés de lire quoi que ce soit ; par contre, nous ne décidons pas toujours spécialement de nos rencontres physiques. ― Ne pas avoir peur d'être toxique/pessimiste par écrit, mais se retenir dans les contacts sociaux ?

Le soir, je fais croire à Gaëlle que je ne la vois pas. Comme tous les petits enfants, mi-amusée, mi-apeurée, elle tente d'attirer mon attention par des gestes, des touchers, des appels. À la fin du jeu, je lui demande : « Croyais-tu que tu n'existais plus ? » Pour toute réponse, elle me montre sa main droite (!) et me dit : « Non, je savais très bien que j'existais, car je voyais encore ma main ! » (Elle reprend sans le savoir l'argument de G.E. Moore dans Preuve d'un monde extérieur.)

Des groseilles et des framboises ! Donnez-moi des groseilles et des framboises par milliers et je serai le plus heureux des hommes ! (Et de la rhubarbe aussi, si possible.)