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dimanche 24 juin 2012

Les petits paragraphes dominicaux (7)

La falaise. — Sur le profil Twitter de Léandra, un lien vers une récente interview, réalisée à la veille du sommet Rio+20, du physicien Dennis Meadows, membre honoraire du Club de Rome et militant environnementaliste... Il y critique de façon cinglante la raison d'être d'un tel sommet mondial et, quarante ans après le rapport sur les limites de la croissance (1972) auquel il a participé, considère que l'humanité court vers la catastrophe : « On me parle souvent de l'image d'une voiture folle qui foncerait dans un mur. Du coup, les gens se demandent si nous allons appuyer sur la pédale de frein à temps. Pour moi, nous sommes à bord d’une voiture qui s'est déjà jetée de la falaise et je pense que, dans une telle situation, les freins sont inutiles. Le déclin est inévitable. » (Encore un joyeux !)

L'appartement. — « Pourquoi n'achètes-tu pas un appartement plutôt que d'en louer un qui ne t'appartient pas ? » Je ne comprends pas cette question. Car l'appartement dans lequel je vis actuellement m'appartient au même titre que si je l'avais acheté. C'est mon appartement, celui dans lequel je vis pour le moment. Quelle importance (bordel de merde) que dans un avenir plus ou moins proche, il ne sera plus mon appartement ? Quoi que je fasse, que je l'achète ou que je ne l'achète pas, il ne sera de toute façon plus mon appartement un jour ou l'autre. À quoi bon thésauriser, thésauriser, thésauriser ? Tout ce que je thésaurise ne me sera d'aucune utilité dans la tombe. (Il y a sans doute moyen de creuser cette idée, notamment sur la question de la propriété visuelle/sensorielle d'un bien ou d'un lieu à un moment donné de mon existence.)

Adelita. — « On a pendu tous les notaires, les curés et les propriétaires... Et pendant qu'ils agonisaient, nous autres on dansait, on chantait ! » Qui déballe cette joyeuse mélodie en l'honneur de Pancho Villa et de la révolution mexicaine ? Julien Clerc, pardi ! (Album Niagara, 1971.) Étienne Roda-Gil, son parolier d'alors, était du genre rêveur et anarchiste. Bon dieu, il faut réécouter les premiers albums de ce chanteur, qui font référence à la révolution, aux Républicains espagnols et à la liberté ! Ses autres chansons — « Yann et les Dauphins », « Ivanovitch », « Zucayan », « Sertao »... —, en plus de me rappeler mon enfance, sont des voyages en terre inconnue à elles seules ! « Tout seul, je suis resté parmi les Indiens bleus, les lianes enchevêtrées et les anciennes mines... » : en voilà de sacrées paroles ! (Non, non, je n'ai pas d'actions chez EMI...)

« Nous » suspect. — Les Belges raillent les mauvais résultats des Bleus au Championnat d'Europe de football et beaucoup de Français prennent assez mal la moquerie, répondant que les premiers, au vu de l'état lamentable de leur propre équipe nationale, feraient bien de la fermer. Dans les deux cas, Belges et Français se comportent comme si les gens étaient responsables des résultats des quelques joueurs qui composent l'équipe de leur pays. Et pourtant, cela sort complètement de leur domaine de compétence : un supporter (à l'exception peut-être de celui qui se trouve directement dans le stade, et encore !) ne peut adopter qu'une attitude passive et fataliste ; se dire qu'il n'a aucune prise sur le match qui est en train de se dérouler devant ses yeux. Dans pareil cas, c'est donc le « nous » qui me paraît suspect : « Nous vous avons battus à plate couture ce soir les gars ! » Mais non ! Personne n'a battu personne : cela ne concerne qu'une vingtaine d'humains sur un terrain. — Il y a là, je trouve, une nette ressemblance avec le patriotisme en temps de guerre.

Chuck Norris regarde passer les trains. — Tony, rencontré par hasard sur le quai de la gare de Charleroi-Sud : « Je suis très énervé », me lâche-t-il le plus calmement du monde. « Ha bon ? Ça ne se voit pas du tout », lui réponds-je. Et il me raconte : « Dans le train Couvin-Charleroi, j'ai vu un gars pointer une carabine sur le train. Un barakie du genre à vouloir faire justice lui-même... Chuck Norris mais en beaucoup plus large du bide... Je suis allé voir le contrôleur et tout ce qu'il m'a répliqué d'une voix indolente, c'est : "Ha bon ? Ce serait bien la première fois que ça arrive..." »

La politique vue par Tony. — Dans le train vers la capitale, il m'explique : « La politique aujourd'hui, c'est juste essayer de savoir ce que l'électorat a envie d'entendre et le restituer plus ou moins tel quel : "Allons bon, qu'est-ce qu'un électeur de gauche aimerait bien nous entendre dire ? Oh bah on va mettre le mot solidarité quelque part, ça sonne bien ça, solidarité... Et puis on va se prononcer pour l'euthanasie et le mariage homosexuel... Ce sont des thèmes de gauche et c'est une simple loi à changer, ça ne coûte pas beaucoup de pognon..." »

Le nouvel amour de Tony. — Dans la station de métro : « J'ai une nouvelle compagne, mon vieux, tout le contraire de l'autre ! En fait, ça faisait des mois que je la voyais en tant que simple copine, mais j'étais un peu mal à l'aise avec elle... Elle m'évitait... Chaque fois que je lui parlais, elle me disait : "Faut que j'y aille !" J'ai compris plus tard que c'était parce qu'il y avait quelque chose : on était tous les deux attirés l'un par l'autre... Un jour, elle sortait ses poubelles et je lui ai juste proposé d'aller manger au restaurant le lendemain... Et voilà, quoi... On s'est embrassés... Et puis, directement après la chose, elle m'a dit qu'elle devait rentrer chez elle, et je me suis demandé pendant une journée si c'était fini, si elle voulait simplement qu'on s'embrasse une fois comme ça... Mais non ! Voilà... »

Aphorismes.Pourquoi suis-je plus à l'aise devant ces courts paragraphes qu'en compagnie d'un long texte suivi ? Parce que j'ai l'impression, en écrivant de la sorte, d'être beaucoup moins artificiel que d'habitude... Je m'oblige à traiter d'un sujet en quelques lignes et c'est sans doute ce que je peux faire de mieux...  En philosophie, les aphorismes sont légion et je crois en comprendre la raison : ils constituent les meilleures armes pour décrire des pans du réel... Considérer la réalité comme un amalgame de petites pièces qui s'ajoutent et qui finissent par entrer en relation les unes avec les autres, cela peut avoir plus de gueule que les grandes synthèses globalisantes.

dimanche 1 avril 2012

L'appel de la Barbie Sirène

Ce matin, Gaëlle reçoit ses cadeaux de Pâques à l'avance. Ces derniers sont dispersés au milieu de la grande pelouse de la maison familiale.

De ma part, elle reçoit les talkie-walkies achetés hier (8 fréquences, portée de 5 kilomètres voire plus selon les conditions d'utilisation) ; de la part de mes parents et de ma grand-mère, une "Barbie Sirène" et des "Lego Friends"...

Gaëlle croit dur comme fer que les cheveux de la Barbie Sirène changent de couleur lorsqu'on trempe la femme-poisson dans l'eau ("Comme dans la pub", me dit-elle). Elle plonge donc sa poupée dans une petite baignoire en plastique et attend... — Rien. Une heure plus tard environ : "Tu sais, Gaëlle, il n'est marqué nulle part sur la boîte que les cheveux de Barbie changent de couleur dans l'eau..." — Déception.

Je découvre donc la gamme des Lego Friends, tout spécialement créée pour les petites filles sages qui, comme tout le monde le sait, ne sont absolument pas intéressées pas la mécanique des Lego Technic, ni par les vaisseaux spatiaux des Lego Space, ni par tout autre activité qui se doit d'être hautement virile. Hem. L'entreprise danoise a donc créé une série de Lego pour filles, dont les boîtes ne contiennent que des figurines féminines (Olivia, Emma, Andréa, Mia et Stéphanie) qui attachent des rubans roses sur la tête de petits chiens, s'occupent d'un restaurant de hamburgers et de crèmes glacées ou tiennent un poste d'observation rose et mauve dans les méandres d'un arbre rempli de fleurs et de papillons.

Je n'aime pas l'idée qu'il existe des "jouets pour filles" et des "jouets pour garçons". (De toute façon, je n'aime rien.) Gaëlle adore les costumes de princesse et les vêtements roses, ainsi que le fait de jouer avec des poupées, de les coiffer, etc. (Mais sa couleur préférée est le noir — tout n'est pas perdu !) Robe de princesse et couleur rose : "qui" décide de cela ? Est-ce culturel, social ? Est-ce un comportement qui s'apprend dans la cour de récréation ? Est-ce un schéma que j'applique inconsciemment ? Il faudrait que je lise des ouvrages de Pierre Bourdieu pour en savoir plus. Oui, mais quand ?

N'empêche : ces Lego sont marrants à monter, et je me dis que les ingénieurs qui ont réalisé les manuels de montage de ces jouets sont vachement plus fortiches que leurs confrères d'IKEA. Pendant que Gaëlle construit l'arbre-cabane en suivant le plan sans presque jamais se tromper, je m'amuse à monter le "Burger restaurant".

(Je voulais écrire un paragraphe bidon à l'occasion du premier avril mais je me suis rétracté car l'idée est ridicule.)

En gare de Charleroi, je croise Tony, un copain de Nanash. Il revient de Couvin et, comme moi, reprend le train vers Bruxelles. Nous faisons le trajet ensemble. Ce type est d'un calme olympien. Il m'explique, calmement donc, qu'il travaille actuellement dans une entreprise ixelloise qui s'occupe, si j'ai bien compris, d'effectuer de petits travaux dans des logements sociaux. Il m'explique, toujours aussi calmement, qu'il n'est plus avec sa compagne : "Elle s'énervait parfois pour un rien et changeait d'humeur sans raison, et quand les gens s'énervent, moi, je n'aime pas du tout ça et je laisse couler... Je ne réagis pas, je ne m'énerve pas... Je n'aime pas quand les gens haussent la voix."

Le soir, Léandra me retrouve à la Maison du Peuple, et je n'ai plus aucune idée de ce dont nous avons parlé !

mardi 9 août 2011

Rêves d'enlèvement et d'adolescentes

Je me réveille vers midi (c'est les vacances !) avec des rêves plein la tête :

(Premier rêve) J'apprends au téléphone par Léandra que Nanash n'est pas content que je l'ai battu aux échecs la dernière fois et que, pour se venger et me faire peur, il a décidé de kidnapper Gaëlle avec son ami Tony. Ils n'ont pas l'intention de lui faire du mal mais je ne suis pas rassuré. L'enlèvement doit avoir lieu chez moi à 21h30 précises dans la chambre de ma fille, chez mes parents. Mes parents habitent un grand château, avec un parc et une grille, et la chambre de ma fille est beaucoup plus grande qu'elle ne l'est dans la réalité. À l'heure du supposé enlèvement, je suis censé être dans un grand restaurant bruxellois. Nanash le sait. J'élabore un plan : faire semblant de ne pas être au courant de ce que j'ai appris au téléphone. 

Dans le rêve, je suis professeur dans une sorte de grand pensionnat, à Bruxelles. À la sortie de mon cours, en fin d'après-midi, je décide de téléphoner à mon père pour qu'il fasse très attention à Gaëlle ce soir, car elle risque d'être kidnappée, mais je ne lui explique pas tous les détails. Il ne me prend pas au sérieux et me répond de son air mi-surpris/mi-fâché un truc du genre : "M'enfin, d'accord, mais c'est n'importe quoi". Un peu avant 21h30, je suis à l'entrée du restaurant et Nanash m'appelle pour prendre de mes nouvelles. Je sais parfaitement qu'il m'appelle en réalité pour savoir si je suis bien de sortie ce soir et non avec ma fille. Je fais semblant de ne rien savoir, comme prévu. Peu après, je décide de retourner chez mes parents, très rapidement, par je ne sais quel tour de passe-passe spatiotemporel. Lorsque j'arrive, Nanash et Tony sont là, mes parents aussi. Mais ma fille, elle, a disparu. Personne ne sait où elle se trouve. Je commence à stresser.

J'ai dû me réveiller à ce moment-là, mais me rendormir directement après. Le rêve s'est alors transformé en tout autre chose :

(Second rêve) De retour au pensionnat/collège dans lequel je donne cours, je dois empêcher des filles en fin d'adolescence de franchir la grille d'entrée de la cour, qui ne ferme pas. La consigne : elles doivent absolument rester dans l'enceinte du bâtiment et surtout ne pas aller courir les rues ou rejoindre leur petit copain. Le problème, c'est que je dois partir, pour je ne sais quelle raison, et que je ne peux pas garder la grille indéfiniment. Je place donc une sorte de petite barrière en bois à la place de la grille. C'est ridicule car la barrière doit faire à tout casser 40 cm de haut. Les adolescentes restent pourtant à leur place à l'intérieur de la cour. Sauf une qui enjambe la barrière, me suit et fait un bout de chemin avec moi en me prenant par la taille. L'adolescente et moi finissons par arriver à un immeuble avec une échelle. Nous décidons de monter à l'échelle pour voir ce qui se passe dans un des appartements. Par la fenêtre, nous voyons trois des adolescentes qui devaient rester dans la cour du collège en plein acte sexuel avec leur petit copain.

Il devenait glauque, ce rêve. Je crois que je me suis réveillé définitivement à ce moment-là. La signification de tout ça ? Aucune idée.

* * *

Hamilton, mon brave petit Hamilton, que cherchais-tu vraiment en débarquant dans cette soirée ? Tu as l'air en forme, bravo, woaw ! Tu fais des efforts, tu tentes l'humour, tu feins la décontraction alors que tu es une boule de nerfs... Tu sais aussi qu'elle va arriver, à un moment. Charles-Henri est là pour vous accueillir, Léandra et toi. Du moment que tu as ta bière (une Chimay blanche ou un Orval), tu es heureux, non ? C'est de cette manière que le monde fonctionne pour toi, depuis des années.

Hamilton III, un des colocataires de la Maison du Bonheur-bis, débarque à un moment, mais il ne mérite même pas que tu le mentionnes dans ce blog. Ce gars sans couleur n'est pas vraiment là, ni pour lui, ni pour toi (Ground control to Major Tom...). Durant toute la soirée, tu auras aussi l'impression qu'Elisabeth, Hamilton III et Emilia, la troisième colocatrice de Charles-Henri, ont un peu trop bouffé de salsepareille cet après-midi. Elisabeth passe une heure (au moins) à faire la sono et finira par passer un tube de Metronomy que tu adores. Emilia lèche son (ex-futur-ex) copain pendant une demi-heure. Passons. Elle n'est pas vraiment là non plus, celle-là.

Annabelle n'est pas en forme : entre la soupe – délicieuse – et le dessert, elle monte se reposer. Elle parle un peu avec Walter et Emily du boulot. Tu ne sais pas trop quoi dire (tu veux que je te ressorte le courriel pathétique que tu lui as envoyé en décembre dernier ?).

Sinon, elle ne s'est pas trop mal déroulée, cette soirée. Tout le monde travaille le lendemain, sauf Léandra et toi. Tu es content de parler à Charles-Henri. Tu as écouté d'une oreille les délires de Walter sur le privé et tu as été en grande partie d'accord avec les "définitions" d'Andrew.

L'after à la Bécasse appartient à un autre monde.