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mardi 29 janvier 2013

Apiculture

Dîner d'équipe ce mardi, dans un restaurant à la fibre sociale. Le vin ne coule pas à flots mais presque. La serveuse est terriblement gauche mais on s'en fout. Je suis le seul homme entouré de huit femmes : le Grand Manitou est malade et Louis-Antoine est mort et incinéré.

Gare de Liège-Guillemins, le soir. Perdu dans mes pensées, je passe devant Amely sans la voir (« regards curieux et scrutateurs » mon cul !). Faut dire pour ma défense qu'elle a coupé ses cheveux. Je reprends le train avec cette ancienne navetteuse qui aujourd'hui se dit fatiguée parce qu'elle doit terminer son travail très rapidement avant de partir au Pérou pour élever des abeilles (c'est une obsession !).

Le souper organisé par Mary à l'appartement est annulé pour de ténébreuses raisons. Je me retrouve donc seul à la Maison du Peuple de Saint-Gilles, par défaut. « Pourquoi donc toujours à la Maison du Peuple ? », me demande-t-on parfois. Parce que, à l'exception des amateurs de chaises vides, la majorité des gens qui s'y trouvent me laissent en paix. (Est-il possible de comprendre cela ? Que j'ai beaucoup plus de facilités à me concentrer quand je suis isolé à la lisière de l'activité mondaine que lorsque je suis seul chez moi ?)

« On ne rapporte pas les chaises de l'extérieur ! », s'énerve un des serveurs devant des clients par trop enthousiastes.

C'est la soirée « Quiz » aujourd'hui... « Qui a écrit Les Voyages de Gulliver ? Je répète : qui a écrit Les Voyages de Gulliver ? »

Est-ce un rêve ? Non, ce n'est pas un rêve : je viens à nouveau de déverser une flaque de bière sur le clavier de mon nouvel ordinateur... Suis-je maudit ? Non, je suis seulement très maladroit.

Les deux jeunes femmes à ma gauche discutent de psychologie cognitive mais je ne note pas ce qu'elles racontent : je suis trop occupé à enlever vaillamment le liquide indésirable à l'aide d'un bout de tee-shirt. Je suis irrécupérable, à l'inverse d'ailleurs de mon clavier qui, du moins semble-t-il, n'a apparemment pas tellement souffert de cette maladresse !

mercredi 27 juillet 2011

Navetteurs au long cours

Dans le train aujourd'hui, je me fais la réflexion que je suis un navetteur depuis environ sept ans. Un navetteur (à ne pas confondre avec "un after", qui se prononce presque de la même façon) est une personne qui fait des trajets réguliers de chez lui à son travail. Après avoir utilisé pendant plus d'un an le train pourri qui fait la liaison Bruxelles-La Louvière pour un travail tout aussi pourri, ça fait plus de cinq ans que je parcours le trajet Bruxelles-Liège, pour un travail un peu plus intéressant. 

Dans le train Bruxelles-Liège le matin, il n'y a jamais grand monde, encore moins durant les vacances (assez rares sont ceux qui habitent la capitale et qui travaillent à l'extérieur de celle-ci), mais par contre ce sont toujours les mêmes têtes que l'on croise. Il y a d'abord ceux que je connais personnellement et avec qui je m'assieds le soir quand ils sont présents (le matin, c'est sacré : tout le monde dort dans le wagon) : Flippo, qui travaille au greffe de la jeunesse du tribunal de Liège, un très bon pote avec qui je suis parti au Québec il y a presque trois ans déjà. Flippo était une année au-dessus de moi en histoire à l'université. Il est fan de cinéma et de musique psychédélique. Il adore Chris Marker, Fassbinder, Tarkovski, Wes Anderson et Will Ferell et dit que ce n'est pas incompatible (je le crois volontiers). Il voue un culte à Neil Young. Flippo est quelqu'un de bien, qui "laisse couler", assez casanier et qui n'aime pas qu'on l'embête (quelqu'un de très facile à vivre et de reposant, somme toute, comme je m'en suis rendu compte au Canada). Il y a aussi Yama, la copine de la copine de Zapata. Yama connait plein de choses même si elle me jure constamment que ce n'est pas vrai  : le moindre film alternatif, le moindre groupe underground. Future Days de Can fait partie des trois albums qui tournent en boucle à son bureau, m'a-t-elle dit un jour. Elle connaît par ailleurs assez bien le monde des graffeurs et du hip-hop.

Ensuite, il y a les quelques uns que j'ai connus dans le train  : Amely, "l'apicultrice", que j'ai rencontrée il y a peu parce qu'elle prenait parfois le même bus que moi pour aller travailler dans la banlieue ouest de Liège. Amely a donné sa démission pour pouvoir faire le tour du monde pendant un an, un peu comme mon ami Zapata (ils vont partir plus ou moins au même moment, tiens). Elle part notamment au Pérou pendant quelques mois, pour élever des abeilles, entre autres. Il y a aussi Dizzee, le copain de Yama, un grand gars très-calme-mais-faut-pas-me-chercher-des-noises, cheveux rasés, fan de hip-hop, un peu parano sur les bords, qui a plein de projets en tête (notamment celui de créer un ligne de vêtements). Il avait l'habitude de toujours s'installer le plus loin possible à l'arrière du train. Comme Amely, Dizzee ne reviendra plus dans ce train car il a trouvé un job à Bruxelles, dans les télécommunications. Sa copine, qui travaillait également à Liège, n'est plus jamais dans les wagons non plus. Sans doute a-t-elle aussi fini par trouver un travail près de chez elle.

Ensuite, il reste tous les autres, que je reconnais mais dont je ne connais même pas le prénom comme la mystérieuse jeune femme froide, brune, lunettes, chaussures Nike, ordinateur Mac. Elle lit parfois Les Inrocks. Il y a un mois, c'était L'utilitarisme de John Stuart Mill. Elle a l'air très éduquée, intelligente et ne supporte pas les emmerdeurs dans le train (genre ceux qui écoutent leur musique à fond ou qui jouent avec des jeux bruyants et débiles sur leur gsm). Elle n'est pas la seule. Il y a aussi celle qui prend le tram en même temps que moi à la station Albert. Ou encore celle qui se balade toujours avec son sac Quechua rouge. Il y a également les deux hommes, peut-être des frères, avec leur petites valisettes, qui font toujours le trajet ensemble ; le cinquantenaire barbu qui a l'air sympa qui prend le train à Leuven... Etc. Je serais curieux de savoir dans quoi travaillent tous ces gens.

Arrivé au boulot, je regarde les actualités. David Servan-Schreiber est mort ce dimanche. Ironie du sort : c'est un cancer qui a eu raison de l'auteur d'Anticancer. Je regarde aussi les nouvelles par rapport à l'extrémiste qui a assassiné une septantaine de personnes à l'arme automatique dans un congrès de jeunes sociaux-démocrates norvégiens. Je vais jeter un œil sur la vidéo et le manifeste que ce taré a posté avant le massacre. Il se considère comme un templier luttant pour le "retour à une Europe chrétienne". Il veut débarrasser sa nation des marxistes, du multiculturalisme et des musulmans et propose une stratégie à long terme (jusqu'en 2083) pour arriver à cet objectif. La vidéo est accompagnée d'une petite musique dans le pur style folk néo-païen. C'est assez dément. Plus dément encore : les néonazis qui lui donnent raison dans les commentaires (c'est à gerber). 

L'après-midi, Lewis me téléphone pour me proposer d'aller manger au restaurant italien samedi midi. Pourquoi pas ? Il a l'air en forme. Il me parle de Léandra. Il a vu Mary ce lundi qui lui a dit que je buvais un verre avec elle au Parvis. Il est tout content car il m'assure qu'il a retenu le prénom de Léandra, que c'est une femme intelligente avec un sens de la discussion, blablabla (je suis certain que mon amie sera contente de le savoir, ha !). 

Après le travail se profile un long périple en train vers Ecaussinnes (le village de mon ami Fred Jr) avec correspondances et tout ce qui les accompagne. Je rate ma correspondance à Huy, où je poireaute une heure au café en face de la gare. Je bois un Orval et mange de petits toasts servis par une serveuse ma foi bien sympathique. Dans le train vers La Louvière, je voyage en compagnie d'une demoiselle qui lit un roman de Fred Vargas au rythme d'une page toutes les 10 minutes. Sur la banquette opposée, se trouvent deux vieilles personnes qui ont une discussion captivante sur les "oi" qui se prononcent "o" : le village d'Oignies, des oignons. À noter : dans ma région natale, on dit aussi "poreau" pour poireau.

Après une deuxième correspondance à La Louvière, j'arrive enfin à Ecaussinnes où m'attendent Fred Jr et Léandra. Fred se remet tout doucement d'une entorse. Je suis content de le revoir. Nous allons manger à la brasserie du Vieux Moulin. La discussion tourne d'abord autour du boulot (Léandra et Fred ont travaillé tous les deux dans le même service public). Léandra remarque que je m'endors un peu. Fred est en forme : il fait des plaisanteries très subtiles, ainsi que des jeux de mots de très haute volée, à la manière d'un véritable gars de la région du Centre. À la gare de Soignies, attendant notre train pour Bruxelles, Léandra parle (une nouvelle fois) de son livre The Game sur la drague et Fred essaie de le mettre en pratique directement (il est très fort).

mercredi 22 juin 2011

Anniversaires

Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de ma maman (57 ans) et d'Andrew (l'âge de Notre Seigneur sur la Croix, loué soit-il blablabla). Ma maman a déjà dépassé les 42 ans, Andrew pas encore. 

Ce matin, nous avons eu droit à une fausse alerte au gaz à Seraing. J'étais censé être évacué de mon boulot avec tous mes collègues, mais "ils" ont oublié de nous prévenir (comme d'habitude). Heureusement, c'était une fausse alerte : juste les usines polluantes qui ont été un peu plus polluantes que quand elles polluaient moins (gné ?). Train avec Flippo, Yama et Amely. C'est la dernière semaine de cette dernière avant qu'elle ne parte pour le Pérou s'occuper de ses abeilles pour un long moment. Elle ne prendra plus jamais le même train que nous. Le train, ça permet de rencontrer des gens sympas, quand même. 

Ce soir, squash avec mon ami Fred Jr... Putain, il s'est amélioré, le bougre ! Je perds 6 sets contre 3, dont certains très tendus. Je suis très content de le voir à Bruxelles. Je bois un verre avec lui sur les lieux de sa victoire puis il me reconduit au Cimetière d'Ixelles et s'en va. Je passe une grosse heure avec Hamilton II au Corto. Tout va bien pour lui : promotion au boulot, "compagne parfaite"... On parle de tout, comme d'habitude. Il demande comment va Léandra, on parle un peu d'elle. Je lui dis qu'il faudrait qu'il la voit à l'occasion.. On parle un peu de moi : rien de nouveau (pas de promotion, pas de "compagne parfaite", pas de compagne du tout même). Ce soir, je n'aurai vu ni Emily, ni Léandra. Je n'aurai pas vu non plus ma maman, ni Andrew pour leurs anniversaires respectifs, mais ce n'est que partie remise.

lundi 23 mai 2011

La Belle au bois dormant

J'ai décidé de ne pas aller au badminton ce soir : Emily est repartie en France pour la semaine et je n'ai vraiment pas envie d'entendre Lewis me déblatérer ses sentences prétentieuses. Je me dis qu'un jour, je vais changer de club ou tout simplement arrêter ce sport (j'ai envie de faire de l'Ultimate, sans raison). 

Dans le train, entre deux sommeils, j'ai un peu repensé à cette histoire de Charles-Henri et d'Annabelle. Je me suis dit (entre autres) que pour créer une relation d'intimité avec quelqu'un, il faut s'isoler avec la personne (c'est la logique même : même moi, je sais cela). De la même manière, la meilleure façon de casser cette relation, c'est d'empêcher l'isolement, par exemple en proposant constamment de ramener en voiture ou en s'installant toujours à côté. Il est très fort, Charles-Henri (gros soupir). J'avais raison depuis le début, même si Léandra me disait : "mais non, mais non" (même Léandra se trompe parfois). Par ailleurs, j'ai appris hier que le même Charles-Henri a organisé en toute conscience une contre-soirée à celle de Fany. Tsss... Arrivé en gare de Liège, je me dis que j'ai vraiment raison de n'accorder ma confiance (absolue du moins) qu'au compte-gouttes.  

J'ai croisé sur le quai des bus à Liège ce matin une copine navetteuse, Amely, qui travaille presque au même endroit que moi. Elle tousse. "C'est parce que j'ai arrêté de fumer depuis une semaine", me dit-elle. Je réponds : "Logique. Moi, j'ai arrêté de boire et depuis, j'ai des problèmes d'estomac". Conclusion malsaine : l'alcool et le tabac, c'est bon pour la santé. Ayant fait tomber mon ancien baladeur MP3 dans les toilettes ce week-end (on ne se refait pas) et l'ayant vu agoniser sur une table et pousser d'horribles petits "brrrz tic brrr" déchirants, et ne pouvant pas rester plus de quatre heures sans musique dans les oreilles, je me suis décidé à acheter un Philips GoGear Ariaz de 4 Go (j'ai failli prendre un Archos pour aller en même temps sur le Web, mais ça aurait servi à quoi, si ce n'est à copier mes amis qui ne peuvent s'empêcher de m'énerver en regardant Facebook sur leur smart phone toutes les cinq minutes ?).  

Ce soir, je ne fais rien (ou presque). Chose rare et précieuse. J'écoute Great Lake Swimmers : le clip fait un peu cucul-la-praline, mais je pense que c'est un peu (voire totalement) fait exprès. C'est très beau mais le type fait penser un peu à Richard, l'ancien compagnon de Léandra, dessinateur de BD de son état. Ah, oui : pas un seul verre d'alcool aujourd'hui.