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vendredi 10 mai 2013

Copier-coller

Si j'étais fainéant au point de renâcler à réécrire autrement ce que j'ai déjà écrit auparavant, je pourrais rédiger quelques-unes de mes journées à l'aide de simples copier-coller d'articles antérieurs, auxquels j'ajouterais simplement un ou deux compléments d'information sur ce qui a changé au regard de la dernière fois. — Par exemple, voici le copier-coller du jour : comme chaque vendredi (ou presque), Gaëlle et moi nous reposons à notre table habituelle, à la brasserie « Le Flandre » ; Gaëlle retrouve sa Nintendo 3DS devant un verre de grenadine et un paquet de chips ; elle rejoint rapidement son amie Colombine, avec qui elle échange ses derniers exploits Pokémon. Et voici le complément d'information : la maman de Colombine se dirige vers ma table, échange quelques mots avec moi et me rend le baladeur que j'avais oublié la semaine dernière. (Et voilà, c'est tout !) — Si je devais consulter un psychologue (chose qui n'est pas du tout à l'ordre du jour), je lui parlerais de toutes mes routines, dont le présent journal est sans nul doute un des reflets les plus criants... Car non seulement je traite de mes routines dans mon blog mais, en plus, ce dernier est lui-même une routine ! (Il serait d'ailleurs peut-être plus intéressant pour ledit psychologue de me lire plutôt que de m'écouter.)

mardi 7 mai 2013

Nerfs

Objet trouvé. — Début de soirée, sur le chemin de la salle de badminton, je reçois un coup de téléphone de ma fille : « Dis Papa, est-ce que tu as retrouvé tes écouteurs ?
— Tu veux parler de mon baladeur ? Non, je pense l'avoir oublié à la brasserie vendredi dernier.
— Ton baladeur, oui. Colombine l'a vu et l'a repris avec elle en partant. Elle te le redonnera vendredi prochain.
— Mais c'est fantastique, ça !
(Long silence.)
— Bon ben... à vendredi alors ?
— À vendredi Gaëlle ! », mais elle a déjà raccroché.

Crise. — Ce dont j'ai le plus peur, c'est que personne, absolument personne, ne comprenne pourquoi j'ai réagi de façon si énervée, impulsive et radicale ; que personne ne comprenne pourquoi je l'ai complètement supprimée de mon existence à ce moment précis. J'ai vraiment peur de me retrouver seul sur ce coup-là, seul à comprendre mon comportement ; de passer pour le fou psychorigide de l'histoire, pour le gamin qui fait une tempête dans un verre d'eau. — Puis je me ravise : NON, on ne gueule pas sur les gens, on ne rentre pas de manière désinvolte sur un terrain pendant un échange et surtout, surtout, on ne confisque pas un volant de manière autoritaire, quelle que soit la raison invoquée (en l'occurrence le fait qu'Amy et Zapata nous attendaient pour manger)... Si je laisse passer un comportement pareil, alors plus rien n'a d'importance et autant tout laisser passer. — Donc je m'énerve, je range mes affaires en marmonnant un « Je rentre chez moi », je quitte la salle de sport en poussant violemment la porte et je me dirige rapidement vers les vestiaires pour prendre une douche et changer de vêtements. Je suis vraiment remonté : quelle autorité a-t-elle pour nous confisquer ce volant ? Est-elle notre mère ? Sommes-nous de petits enfants irresponsables ? Puis je me souviens qu'elle est arrivée en retard à la séance de ce soir ; qu'elle arrive tout le temps en retard, en fait... et ça m'énerve encore plus ! J'ai le cœur qui bat très, très vite ; j'ai l'estomac noué et je suis incapable de penser à autre chose. — Je sors du bâtiment en compagnie de Pietro et de Don Camillo. Elle attend dehors. Je dis au revoir aux deux copains et je la nie complètement. Je ne veux plus la voir et il est évidemment hors de question que j'aille manger, comme prévu, chez Amy et Zapata. C'est con (et triste), mais c'est impossible ; c'est au-dessus de mes forces !

Au Corto. — Ce soir, le Corto est un désert. Au bar, une jeune serveuse que je n'ai jamais vue* discute avec deux copines. Je m'installe à l'une des tables de l'arrière-salle, commande une Westmalle Triple, sors mon ordinateur, m'en vais demander s'il y a le Wi-Fi dans le bar, reviens à ma table, m'en vais à nouveau demander quel est le code du Wi-Fi, reviens à ma table et bois ma Westmalle par à-coup, ressassant ce moment où elle a pris le volant de façon autoritaire : « Maintenant c'est fini ! » Quelle drôle de soirée ! Et pour couronner le tout, je pense que les deux copines du comptoir se foutent de ma poire... — Plus d'une heure plus tard, de retour à l'appartement après de nombreux détours en bus, je lâcherai à Mary, du fond du cœur : « J'ai vraiment perdu ma journée ! »

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* Faut dire que je n'y ai plus mis les pieds depuis (si l'on en croit ce journal) le 15 avril 2012.

vendredi 3 mai 2013

Métajournal

Écrire sans le savoir. — Je consulte mon blog en milieu de matinée et découvre un texte (l'article du samedi 27 avril consacré à l'excursion dinantaise) que je ne me souviens absolument pas d'avoir écrit, à l'exception du premier paragraphe consacré à mes souvenirs d'enfance. Il n'y a qu'une seule possibilité : j'ai rédigé la majeure partie de ces quelques lignes et les ai publiées cette nuit même, entre mon retour du Pantin (voir hier) et mon endormissement, mais j'étais apparemment trop saoul pour m'en rappeler. — Détail amusant : le texte n'est pas du tout illisible ; il reste « logique » et sans faute, un peu comme si, malgré la brume alcoolique, j'étais resté alerte et vigilant ; comme si je m'étais relu plusieurs fois, avais corrigé l'orthographe, fais attention à la forme, etc. De par ce simple constat, un échantillon ahurissant de possibilités nouvelles s'offre à moi.

Métajournal. — Mon journal tend parfois à devenir, du moins partiellement, un journal à propos de mon journal ; un journal en circuit fermé, autoréférent ; un métajournal qui ne fait somme toute que consigner l'épineux problème consistant à écrire un journal. — Puis-je m'enfoncer à ce point, sans paraître ridicule ou prétentieux, dans la description de la description ? Écrire, à l'intérieur de mon blog, que j'ai du mal à écrire mon blog ? Auto-alimenter le récit de ma vie sans rien créer de neuf ? — Il y a quelque chose de paradoxal dans le fait d'écrire, dans un journal quotidien, que l'on a du mal à écrire ce même journal quotidien : c'est un peu comme si la seule mention d'un problème permettait illico presto d'en apporter la solution.

Observation enfantine. — Brasserie « Le Flandre », en début d'après-midi.
« Tu écoutes une chanson sur une petite chatte ? me demande Gaëlle.
— Pardon ?
— Ton baladeur est resté allumé sur la table et il y a le mot "Kitty" dans le titre de la chanson...
— Ha...
— Kitty, ça veut bien dire "petite chatte" en anglais, non ?
— Euh... Oui, ça veut bien dire "petite chatte"... »
Il s'agissait de la chanson « Kitty Empire » de l'album Songs About Fucking (1987) de Big Black, groupe de rock indépendant mené par Steve Albini à la fin des années 1980. (Je devrais faire un tantinet plus attention à ce que je laisse traîner négligemment sur les tables, car ma fille est en passe de devenir une observatrice hors pair.)

Mauvaise perdante. — Colombine est à nouveau présente avec sa maman, à la table adjacente. Elle aussi a apporté sa console portable. Afin qu'elles puissent s'affronter en temps réel, je me suis procuré cet après-midi, avant de récupérer ma fille à l'école, le jeu New Super Mario Bros. Cependant, Colombine, qui est plus âgée (j'apprends qu'elle va bientôt avoir douze ans) remporte toutes les parties, au grand dam de ma fille. « Tu gagnes tout le temps ! Ça ne m'amuse plus ! », déclare cette dernière, qui décide d'abandonner le Royaume Champignon pour retourner, seule, en terrain connu, c'est-à-dire dans la région d'Unys, où croissent et prospèrent des troupeaux entiers de Pokémon.

Négligence. — Le soir, de retour chez mes parents, je ne retrouve plus mon baladeur numérique. L'aurais-je laissé traîner négligemment sur la table de la brasserie ? Je suis maudit ! (Ou peut-être seulement distrait, tout simplement.)

vendredi 26 avril 2013

Pièces étoilées

Simple comme bonjour. — Je suis au bureau ce matin. C'est rare. C'est le branle-bas de combat pour terminer à temps la mise en page d'un important dossier de reconnaissance accompagné de ses annexes. Une fois reliés, les deux volumes me font penser à la fin de ce vieux sketch des Inconnus intitulé « Simple comme bonjour » ; plus précisément à ce moment où le présentateur, pince-sans-rire, offre en compensation au perdant les deux imposants tomes de la règle du jeu. Nous ne sommes pas encore arrivés à cette extrémité-là, mais nous nous en rapprochons dangereusement.

« Sortez de ma salle de bain ! » — Au « Flandre », à Namur, sirotant un café en attendant la fin des classes de primaire, j'écoute le serveur raconter à un habitué les dernières anecdotes croustillantes du lieu. — « Je venais de prendre mon service, de bon matin, et voilà qu'une cliente vient me trouver : "Monsieur, il y a une femme nue dans les toilettes !" Je demande à ma collègue d'aller vérifier (moi, je ne rentre pas dans les toilettes des dames, hein !). Et effectivement, il y avait vraiment une femme nue dans les toilettes, remplie de mousse de la tête aux pieds ! "Sortez de ma salle de bain !", qu'elle disait. J'ai directement téléphoné à la police... "Vous avez une femme nue dans vos toilettes ? Vous en avez de la chance !", qu'ils m'ont lâché au téléphone... Ils ont envoyé une équipe mixte. La policière a eu le plus grand mal à l'appréhender. "Sortez de ma salle de bain !", qu'elle criait sans cesse. En fait, elle s'était échappée de l'hôpital psychiatrique... » — « Un soir, j'ai aussi eu un gars qui avait dépecé un mouton et qui l'avait mis sur sa tête. Il avait placé la peau du mouton sur sa tête comme un homme des cavernes ! Il entre et me lance, imbibé d'alcool : "C'est un discothèque, ici ?" "Non, non, ce n'est pas une discothèque", que je lui réponds... Il s'en va, puis il revient à la charge : "C'est une discothèque, ici ? On peut danser ?" Et il commence à faire des gestes comme pour danser, avec sa peau de mouton sur la tête... C'était vraiment impressionnant, je te jure ! »

Collecte de copains. — Je reviens un peu plus tard à la même brasserie avec Gaëlle. Avant de retrouver son amie Colombine pour des parties de Nintendo 3DS, ma fille me déclare, fièrement : « Tu sais, maintenant, j'ai cent copains ! J'en ai collectés neuf nouveaux ces deux dernières semaines ! » — Elle me parle d'amours comme de pièces étoilées dans Super Mario.

Restaurant. — « Ça te dit d'aller au restaurant ce soir, Gaëlle ?
— Oh oui, au restaurant, au restaurant ! »
Je l'emmène à La Porteuse d'Eau à Saint-Gilles. Elle est très calme et discute posément. Je lui explique la première fois où Maïté et moi avions été manger à l'extérieur avec elle, alors qu'elle n'avait pas encore un an. Elle avait dormi durant tout le trajet en Maxi-Cosi et avait pleuré dès notre arrivée dans ce restaurant vietnamien de la rue Dejoncker, à Bruxelles. Un coup classique : la poussette s'arrête, le bébé pleure.
« Pourquoi est-ce que je me suis mise à pleurer ?
— Si on l'avait su, on aurait peut-être réussi à t'arrêter ! »

vendredi 29 mars 2013

Retour de classes vertes

À trois heures tapantes, j'arrive en vue de la place Saint-Aubain à Namur, au moment où les enfants de première et deuxième primaires descendent du car. Ils sont de retour de leur semaine de classes vertes à Saint-Vaast, dans la région du Centre. Gaëlle court vers moi en pleurant : « Je dois vraiment aller faire pipi mais Madame n'a pas voulu, bou-hou-hou !
— Y avait pas de toilettes dans le car ?
Non-on-on-on, y avait pas de toilettes dans le ca-a-a-ar ! »

Sur le trajet du retour, Gaëlle a déjà oublié qu'elle avait un besoin pressant : « Durant le voyage, j'ai rencontré deux nouveaux amoureux. Donc, maintenant, en tout, j'en ai quatre-vingt-quatre ! »

Comme chaque vendredi (ou presque), nous nous reposons à notre table habituelle, à la brasserie « Le Flandre ». Gaëlle retrouve sa Nintendo 3DS devant un verre de grenadine et un paquet de chips. (Curieuse impression de déjà-vu.)

Le vieux monsieur au discours incohérent, qui voulait absolument boire un verre avec moi la semaine dernière, n'est pas là aujourd'hui (ouf !), mais j'ai tout de même droit à la visite d'un autre vieux monsieur qui semble captivé par la faculté de ma fille à jongler avec les fonctionnalités de sa console de jeux. — Rectification : tout compte fait, il s'agissait d'un prétexte bateau pour engager la conversation avec la vieille dame seule assise à ma droite (re-ouf !).

« J'ai une amie qui s'appelle "Océane". Si ça avait été un garçon, il se serait appelé "Océan"... C'est amusant, tu ne trouves pas ? »

Colombine, la petite fille avec qui Gaëlle a lié connaissance le 22 février dernier, débarque dans la brasserie avec sa maman. Elle se déplace en béquilles. « Que s'est-il passé ? Tu as fait une vilaine chute ?
— Non, pas du tout. Un gros garçon m'est tombé sur les jambes... »

Gaëlle va s'installer à la table de Colombine et lui montre ses jeux : Pokémon Rumble, Professeur Layton et la Boîte de Pandore et Super Mario 3D Land. Elle revient vers moi : « Papa, papa ! Tu peux résoudre cette énigme ? Il faut que le vent souffle mais on ne comprend pas comment faire ! », puis elle repart, avant de revenir : « Papa, papa ! C'est la fin du jeu Layton ! », puis elle repart, avant de revenir à nouveau : « Papa, papa ! C'est embêtant : elle joue à Mario et ne veut plus me rendre ma console ! »

Dans le train de retour, Gaëlle et moi prenons cette fois-ci le rôle du duo comique improvisé. Elle me pose des questions saugrenues et je lui réponds à chaque fois de manière ironique. Ça fait rire les étudiantes et ça fait passer le temps...

vendredi 22 février 2013

Civilisation

Rencontre civilisée. — À la sortie du train en gare de Namur, l'homme derrière moi me pousse pour la troisième fois. Je me retourne : « Pouvez-vous arrêter de me pousser, s'il vous plaît, Monsieur ?
— C'est une question de civilisation, y a des gens qui descendent, bordel ! répond-il, hargneux.
— Qu'est-ce que la civilisation vient faire dans cette histoire ?
— T'es pas le seul à descendre, connard, fils de pute, trou du cul ! T'arrêtes de me faire chier, sinon je te fous mon poing dans la gueule, enculé ! »
Tout s'explique : il parlait de cette « civilisation »-là.

Jeu de mots. — « J'ai un nouveau jeu de mots, m'annonce fièrement Gaëlle sur le chemin de la gare, et cette fois-ci, c'est moi qui l'ai trouvé ! Le voici : "Pour vous débarrasser de la viande de cheval, allez à selle !"
— Ha oui, "selle" comme "selle de cheval"...
— Oui, mais "selle", ça veut aussi dire autre chose !
— Sans blague ?
— Oui, c'est ça le jeu de mots ! On peut le comprendre de deux manières différentes ! »

Réflexions enfantines. — La brasserie « Le Flandre », en face de la gare de Namur, est en passe de devenir, pour ma fille et moi, l'escale habituelle du vendredi après-midi avant de reprendre le train. Assise en face de moi, Gaëlle me raconte, pince-sans-rire : « À l'école, certains enfants ne veulent pas devenir mes amis. Ils me repoussent. Je pense que c'est parce que je suis trop intelligente et que j'ai des idées très différentes d'eux. » À la table d'à côté, une fille un peu plus âgée (celle que je mentionne déjà ici) s'indigne auprès de sa maman car le serveur a oublié sa commande de chips. « Je suis habituée : on m'oublie tout le temps, constate-t-elle. En fait, je n'existe pas, c'est pour ça ! » — Une demi-heure plus tard, elles ont lié connaissance et s'échangent des trucs et astuces pour Nintendo 3DS. En voilà deux qui se sont trouvées !

Mélancolie. L'écoute de Gravenhurst (voir ici, ici et ) se prête particulièrement bien à l'humeur mélancolique qui me submerge sans raison ce vendredi soir. Cette version acoustique de la chanson « The Prize » a été vue à ce jour 2530 fois sur Youtube et la version live hantée de « The Foundry » (ci-dessous) quarante-neuf fois seulement. — L'éclat de ce groupe est inversement proportionnel à son audience (et ça ne m'étonne même pas).

« And you won't know when evil comes.
Evil looks just like anyone.

And I blame, I blame, I blame anyone but me! »