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lundi 2 janvier 2012

Badminton sans raquette

Tiens, qui voilà ! Mais quelle surprise ! Emily est installée à une table de la Maison du Peuple, avec le PC de son boulot, pour ne pas changer. Elle écrit ses vœux pour la nouvelle année. De mon côté, j'ai du travail : je dois rattraper le temps qui passe sur mon blog. C'est pas gagné...

Je cours après mon retard d'écriture en rédigeant un article prétentieux, égocentrique et autodestructeur sur l'intelligence et la dépression. En me relisant, je me dis que je devrais avoir honte de coucher pareilles idées sur le papier, tant c'est pédant : "Baudelaireuh, qui s'est laissé allé à la pensée aristocratiqueuh blablabla". Je n'aime pas Baudelaire et, par ailleurs, ce que j'écris à son endroit ne signifie pas grand chose. Marrant, cela dit : ce journal devient un lieu d'expression où je me critique moi-même. Strange Case of Dr Lionel and Mr Hamilton.

Emily me conduit en voiture jusqu'au badminton. Je croyais qu'elle me déposerait près de chez elle (soit à 500 mètres de la salle de sport) mais non : elle me dépose pile devant l'entrée du bâtiment. Merci Emily ! 

* * *

"Tiens, qui voilà ! Mais quelle surprise !" : c'est à peu de choses près ce que me dit Hamilton III, le serveur de la buvette qui surplombe les six terrains de badminton, lorsqu'il me voit débarquer. Ça fait environ quatre mois que je n'y ai plus mis les pieds : en prévision de mon opération chirurgicale, j'avais en effet décidé d'arrêter le sport dès septembre, histoire de ne pas payer une cotisation complète pour des prunes.

Je regarde avec Hamilton III la salle en contrebas : très peu de joueurs sont présents. Sur une moitié de terrain, Toine et Mary me voient et mon font de grands signes de la main. Pendant ce temps, Hamilton III me parle de sa vie qui change : "C'est l'enfer, mec, ma compagne est enceinte !", puis plus tard : "Si personne n'est là dans une demi-heure, je ferme la buvette et rentre chez moi !" Pour être auprès d'elle ? Pas du tout : "Pour jouer à la Playstation tant que le mioche n'est pas encore sorti !"

Après deux cafés, je descends dire bonjour à mes amis badistes. Les voir jouer me donne furieusement envie de recommencer ce sport. Ce sera sans doute pour la semaine prochaine. Quelques joueurs me saluent quand je passe. Pas de Lewis en vue. Flopov arrive un peu après moi et pousse un "Ooooh !", surpris comme si elle avait vu un revenant (c'est un peu le cas, en fait). Je leur explique la situation : pourquoi j'ai été absent, etc. De son côté, Toine s'est foulé la cheville en septembre et a lui aussi dû arrêter le sport pendant quelques mois. 

Jean, professeur de mathématique à la retraite, le plus vieux joueur du club, est dans la salle : il ne peut plus faire de sport mais est venu faire un petit coucou pour le Nouvel An. Je suis content de le revoir. Pendant ce temps, sur le terrain, Mary rate un coup et lance, furieuse, un "Haaaaa, fuck, fais chier, putain !". Je ne peux m'empêcher de faire, tout sourire, cette remarque à Jean : "Rien n'a changé ici, comme tu peux t'en rendre compte par toi-même."

* * * 

Après le badminton, Mary, qui est en voiture, m'invite à boire un verre chez elle (elle habite à un kilomètre de chez moi). Elle a notamment de la Tripel Karmeliet dans son frigo.

Trois de ses colocataires sont présents quand nous arrivons : John (celui qui monte toujours dans sa chambre très tôt), Matt (celui que je n'avais encore jamais vu) et Sebastian (celui qui ne parle pas beaucoup, du moins de prime abord). Sont également présents, au tout début de la soirée, le frère de John et sa compagne.

Au cours de la soirée, Mary revient sur son obsession : me rhabiller. Il faut que je me rhabille. Elle propose de m'aider. Elle me bassinera avec ça jusqu'au moment où je lui dirai : "Oui, Mary, je vais suivre ton conseil, Mary". En outre, elle sait déjà ce qu'elle va m'offrir à mon anniversaire : un vêtement. Par pitié, qu'on ne me parle plus de vêtements !

Mary me reconduit en voiture vers 23h. Merci Mary ! Je suis fatigué, il faut vraiment que je dorme mais ne suis pas sûr du tout d'y arriver, à cause de cet horrible décalage causé par ma soirée de Nouvel An...

lundi 7 novembre 2011

"Uh, does anyone here speak English?"

Je suis seul à la Maison du Peuple de Saint-Gilles... Vers 22h30, coup de fil d'un numéro privé... Je pense un court instant avoir affaire à un(e) vendeur(se) voulant me vanter l'intérêt de m'abonner à Luminus/Electrabel à la place d'Electrabel/Luminus, puis je me rappelle de l'heure et me dis que ce genre de coup de téléphone n'est pas probable à cette heure tardive. Je décroche.

– Hamil', c'est Fred !
– Hé ! Coucou ! Ça va ?
– Ouais, là, je sors de "Tintin" et tu avais raison : c'est vraiment une grosse merde, ce truc !
Ha ! Tu ne peux pas savoir à quel point ça me fait plaisir que tu me le dises ! Mais bon, c'est logique, vu que t'es un amateur de bandes dessinées, et aussi de Tintin...
– C'est vraiment du grand n'importe quoi ! C'est comme tu disais : au début, on se dit que ça va être bien et puis c'est vraiment dé-bi-le !
– Ouais, je trouve aussi...
– Comme toi, je n'arrive pas à comprendre comment certains tintinophiles ont pu adhérer à ce machin... C'est assez incroyable en fait !
– Ouais, à mon avis, ils ont été payés ou alors ils ont reçu certains privilèges, du genre "droits d'exclusivité sur les interviews"...
– Et puis, il y a vraiment des scènes récupérées d'Indiana Jones... Haddock dans le side-car, c'est le père d'Indiana Jones : le type qui foire tout ou presque dans la Dernière croisade !
– Clairement... Haddock, c'est Henry Jones.
– Je suis vraiment énervé. Il fallait que je partage ma haine avec quelqu'un ! 
(Oh, comme je le comprends !)

On peut continuer la liste, avec juste ce qu'il faut de mauvaise foi : les Dupondt, ce sont deux incarnations de Marcus Brody ; Omar Ben Salaad, c'est le Sultan qui veut absolument sa Rolls-Royce ; etc.

J'en profite pour affirmer ici même que, alors que j'ai détesté le "Tintin" de Spielberg (et c'est peu dire !), j'ai toujours adoré Indiana Jones (du moins les trois premiers épisodes). L'humour y est réussi, les scènes d'action extrêmement bien dosées et le scénario bien ficelé... Oui, oui ! Je mentionne ce fait afin qu'on ne puisse à aucun moment me taxer de "Spielbergophobie" primaire, car ce serait un affront à la vérité vraie, oui Monsieur ! Par exemple, je trouve Duel vachement bien foutu et, enfant, j'ai été très impressionné par Rencontres du troisième type, malgré la performance ridiculement mauvaise de François Truffaut. (Vraiment aucun rapport, mais je viens à l'instant de me rendre compte, en zieutant par hasard une photo sur Google, de la ressemblance assez phénoménale entre Toine du badminton et ledit réalisateur français !)

* * *

Avant de retourner chez moi, je me fais intercepter par Wali, un des habitués de la Maison du Peuple... Le 19 octobre, j'avais passé une fin de soirée avec Darnia et lui. Depuis lors, aucune nouvelle de Darnia (ça t'étonne, Hamilton ?). Par contre, Wali, je l'ai revu à plusieurs reprises accoudé au bar, sans qu'il ne se rende compte de ma présence...

– Je t'avais vu plus tôt mais t'avais l'air très concentré sur ton PC... J'ai pas voulu te déranger.
– Ha, ben tu pouvais... Y a pas de problème...
Alors, ça va, tu as recommencé à travailler ?
– Euh... Oui, faut bien. J'ai été opéré il y a un mois... J'ai recommencé il y a plus de deux semaines donc...
– Et sinon, ça va ?
– Ouais, ouais, ça va... Et toi ?
– Ah ça va bien ! Je reviens de Pologne et je repars bientôt... J'ai trouvé une petite copine là-bas...
– Ha ?
– Là-bas, les filles sont supérieures, franchement. En intelligence, surtout.
– Ha ?
– Oui, ici, en Occident, tu peux rester des années célibataire... Les femmes ne comprennent pas les hommes. Là-bas, c'est différent... Elles sont moins égoïstes, elles comprennent mieux...
– Ha.
– D'ailleurs, tu te souviens de la soirée qu'on a passée ensemble ?
– À la table, là-bas, avec Darnia ? 
– Ouais. Tu l'as revue depuis ?
– Non.
– Ben moi non plus. Mais tu vois, on était deux célibataires et bon, elle n'a rien essayé...
– Hmmm... Faut dire qu'on... Enfin je n'ai rien essayé non plus...   
– Ouais mais bon.
– Ben ouais.
– Là, tu vois, j'ai pris une voiture, j'ai tracé à travers l'Allemagne, direction Cracovie, une ville universitaire, et en très peu de temps, voilà que je tombe sur une fille, quoi. Et elles sont toutes plus intelligentes là-bas. Je veux pas faire de stéréotype, mais en moyenne, c'est vrai.
– Ha ?
– Ouais, ouais...

* * *

Hé bien voilà, il semblerait que j'ai rattrapé ce putain de retard d'écriture accumulé depuis Disneyland® Paris (Tchoutchou !)... Je suis à jour, je suis à jour ! 

lundi 12 septembre 2011

La stratégie du pigeon

Ce lundi, assis sur un banc en attendant ma correspondance sur le quai de la gare des Guillemins à Liège, je m’amuse à lancer des petits morceaux de pain au chocolat à un pigeon qui se trouve à un mètre de moi (je ne lui lance pas mon café noir car ce serait du gâchis, et pour moi et pour le pauvre animal). J’effectue mon habituel "test de confiance" en lançant des morceaux de plus en plus près de mes pieds, ceci afin d’obtenir une réponse à la question : jusqu’où (autrement dit : jusqu’à quel niveau de danger) se permettra d’aller mon ami le pigeon pour bouffer ces ridicules petits morceaux de nourriture ?

Bref, je me demande comment fonctionne sa petite cervelle. Je me dis que, malgré sa relative idiotie, le pigeon dispose d’une sorte de mécanisme de réflexion primaire prenant en compte le risque par rapport au profit... Ainsi, quand le pain est loin de mes pieds, le pigeon ne montre aucun signe de réticence : le risque de se faire attraper/tuer est proche de zéro et le gain est appréciable. Dans la zone proche de mes pieds, le pigeon (du moins celui-là) ne se risquera jamais : le danger est beaucoup trop élevé par rapport au gain. (Question annexe : serait-il venu à mes pieds si le morceau avait été plus gros ? Autre interrogation : a-t-il compris que j’allais finir par m’en aller et simplement attendu ce moment, afin de supprimer complètement tout risque ?) Enfin, il y a la "zone d’entre-deux", formée par une assez mince bande circulaire moins proche de mes pieds mais néanmoins assez proche de moi pour être considérée par le pigeon comme faisant partie de ma "zone de contrôle". Je ne suis pas sûr que l’oiseau ait poussé sa "réflexion" jusqu’à ce point mais c’est en tout cas ce que son comportement traduit. Dans cette zone, l’expérience devient amusante car le pigeon expérimente ! Sa stratégie est forcément très limitée : pas question pour le volatile de m’induire en erreur, de me distraire ou d’agir en compagnie d’autres pigeons... Non, rien de tout ça : le pigeon lorgne – ce n’est pas vraiment le bon terme, je m’en rends compte – le moindre de mes mouvements, se rapproche pour picorer, recule immédiatement après avoir récupéré le morceau de pain. Il compose une sorte de danse grotesque pour... pas grand-chose en fait. Car Monsieur l’oiseau ne risque rien avec moi (j’adore les oiseaux).

En résumé : le pigeon est un peu con.
Il en va tout autrement pour le corbeau.
Car le corbeau est très intelligent.

À la suite de l’histoire du pigeon de ce matin, je me rappelle qu’hier soir à la Maison du Peuple, après le passage de deux horribles petits chiens qui posaient leurs pattes sur les genoux des clients, Andrew et moi avons brièvement discuté d'expériences d’éthologie. 

Andrew mentionna le cas des corvidés super-intelligents, et plus précisément l’expérience du corbeau (ou plutôt de la pie, après vérification par Andrew lui-même) capable de déceler une pastille placée sous sa tête en se regardant dans un miroir [la vidéo] : une preuve que ces putain d’oiseaux sont capables de se reconnaître et possèdent une certaine perception d’eux-mêmes, appelée "conscience de soi". Enfin, seules certaines pies y arrivent, comme le montre la vidéo. Toutes les pies ne possèdent pas la même intelligence (certaines attaquent le miroir, par exemple, en croyant y voir un concurrent). Bref : dans le règne animal comme chez les humains, certains individus sont plus intelligents que d'autres... Bah ouais.

De manière plus générale, peu d’animaux sont capables de cet exploit du miroir, en dehors des humains évidemment : certains singes y arrivent, ainsi que les orques, les dauphins, les éléphants (!) et, si l'on en croit ce site, les porcs également, partiellement (!!). Si je montre un miroir à un chat, à un chien ou à un pigeon préalablement marqué, l'animal ne va rien comprendre. Au mieux, il va être intrigué mais ne se reconnaîtra sans doute pas. En tout cas, j’en suis presque certain dans le cas du pigeon. La prochaine fois que j’en verrai un à la gare, pour en être sûr, je ferai le test (les gens vont encore me prendre pour un fou).

L’expérience la plus intrigante que j’ai vécue avec des corvidés s’est déroulée il y a presque dix ans, lorsque j’étais encore à l’université. Je situerais l’événement plus ou moins aux alentours de l’année académique 2002-2003. À l’époque, je vivais en colocation avec Arnold, un pote d’école secondaire qui faisait des études de polytechnique. Notre appartement se situait à Uccle, à un quart d’heure à pied du campus. Entre ce dernier et notre logement, se dressait le Bois de la Cambre. Ce jour-là, comme tous les jours ou presque, je me rendais aux cours en empruntant un sentier qui traversait ledit bois. Je mangeais un sandwich au filet américain (les Français disent "steak tartare", nous disons les deux) et j’eus l’idée d’en donner quelques bouts à deux ou trois corneilles qui trainaient sur le bord du chemin. Deux minutes plus tard, environ dix corneilles me suivaient, attendant que je lache un morceau de viande. Dix minutes plus tard, une trentaine de corneilles – je n’exagère pas ! – étaient "à mes trousses", à une distance respectable. Elles étaient clairement là pour les bouts de sandwich. Si ça n’avait été qu’une histoire de poursuite de sandwich, je ne l’aurais pas retenue mais la fin est intéressante... et flippante : les corneilles s’arrêtèrent net à l’orée du bois mais ne partirent pas. Elles s’installèrent toutes sur une branche d’arbre et commencèrent à croasser à l’unisson. J’aurais juré qu’elles me jaugeaient de loin, du haut de leur arbre, et que de cette manière, elles marquaient une sorte de territoire (le bois), sur lequel elles exerçaient leur juridiction, à la fois sur les hommes et sur les autres animaux inférieurs. Impossible de ne pas penser aux Oiseaux de du Maurier/Hitchcock. Ou au Corbeau d’Edgar Allan Poe.

* * *

Le soir, je suis de retour au badminton à Ixelles, sans en avoir réellement la motivation. Je quitte le travail une heure plus tôt pour être bien à l’heure : j’arrive même à l’avance. Avant de jouer, à la buvette, je prends une 33. Le serveur, un gars qui s’appelle lui aussi Hamilton (je le nommerai Hamilton III pour plus de facilité), est du genre "Ouais, on s’amuse à donf ! Ambiance !" (texto ou presque). En conséquence, il adore les pires merdes musicales, comme un certain Keen'V qui reprend "À la pêche aux moules" (mon dieu !). "C’est trop kiffant !", dira-t-il, mais il ne l’a "pas sur sa playlist" (ooooh, comme c’est dommage !).

Hamilton III a déménagé. Il me dit que son voisin de palier me ressemble comme deux gouttes d’eau : cheveux courts, barbe mal taillée, yeux bleus, lunettes, taille identique... Au début, il a même cru que c’était moi. Il me dit aussi que la copine dudit voisin est super mignonne (Hamilton III : "Y a des fois où je regrette qu’elle ne se trompe pas d’étage", haha, humour, humour !) et que son chien a fait pipi partout dans le couloir. La ressemblance avec le voisin s’arrête donc au physique.

Présents entre autres sur les terrains : Mary, Walter et Toine. Sur le banc : Lewis. Anecdote : quand un badiste (un des plus sympas du club) raconte qu’il s’entraîne pour le marathon de Bruxelles, Lewis est obligé de rajouter d’un air docte : "Oui, oui... Le marathon... Saviez-vous que la distance du marathon a été augmentée de quelques centaines de mètres pour faire plaisir à la Couronne d’Angleterre, qui voulait voir les athlètes défiler sous sa fenêtre ?" (et en plus c'est vrai, merde !). Nous jouons des doubles sans trop de conviction. Je joue un simple mais c’est encore pire. Je finis par me retrouver très vite à la buvette avec Lewis, puis Mary, puis Walter et Toine.

Le vieux Lewis est en couple pour le moment, mais j’avais mal compris la première fois qu’il m’en avait parlé au téléphone. Je suis presque certain qu’il m’avait dit qu’il s’agissait d’une Réunionnaise, mais pas du tout : c’est une Liégeoise qui habite près de Charleroi et qui est actuellement en voyage d’affaire en République dominicaine. Elle a, d’après Lewis, la fin de la cinquantaine ou le début de la soixantaine.

Lewis coupe les conversations, comme d’habitude. Il pose sa question du jour, comme d’habitude. S’adressant à Mary, il lui demande (il s’agit presque d’un mot à mot) : "Si tu rencontrais un jeune homme beau, intelligent, au front haut, et s’il te demandait si tu sais ce qu'est le Talmud, que répondrais-tu ?". Mary : "Oui ?". Lewis : "Ha ! Une réponse intéressante que celle-là !". Le raisonnement de Lewis est tordu. Face à une question qui décontenance, il y a trois réponses principales : l’apitoyant "Non, je ne sais pas, moi ! Pourquoi me posez-vous cette question ?", qui signifie que la personne est dominée. La réponse de Mary, catégorique, qui signifie au contraire l’esprit de direction, de domination. Et l’intermédiaire : "Je ne sais pas mais je vais me renseigner", un sage compromis. Oui, oui, oui... Il ne peut pas s’en empêcher, c’est plus fort que lui ("Plus fort que lui" est une subtile tentative de jeu de mot sur son prénom, haha, humour, humour !).

Mary est déchaînée aujourd’hui. Elle me dit que je lui ai manqué et que je présente mieux avec une barbe (mouais, je trouve aussi mais bon...). Puis on parle de médicaments. Lewis mentionne une alternative au Motilium mais ne trouve plus le nom du médoc. Mary : "C’est le Buscopaaaaan ! Vi, vi !". Lewis : "Mais non". Mary : "Tu te tais maintenant, Lewis ! C’est le Buscopaaaaan et pi c'est tout !". Elle est géniale, aujourd’hui, Mary. Elle pratique avec aisance le meurtre symbolique du père.

Walter, Mary et moi terminons la soirée au Corto, en terrasse (même quand il fait un peu froid, les fumeurs préfèrent rester en terrasse). Je ne sais plus de quoi nous avons parlé. Mary me reconduit jusque chez moi, en voiture s’il vous plaît, et puis c’est tout.

lundi 1 août 2011

Tony Soprano/mon ami Vinge, même combat

En ce moment, j'écris beaucoup durant mon temps libre. Corollaire de cette activité : j'ai moins de temps à consacrer aux séries télévisées. Je viens tout de même de terminer la première saison des Sopranos, série estampillée HBO narrant les "aventures" d'un chef de la mafia un chouïa dépressif. Conclusion : c'est totalement et définitivement excellent. D'abord, c'est plein d'humour. Un des chefs du clan Soprano risque sa peau parce qu'il va voir une psy, l'autre parce qu'il acquiert la réputation d'être très bon pour le cunnilingus (d'après la série, les deux situations constituent un signe de faiblesse inacceptable pour un mafioso). Au moins trois autres singularités valent le détour dans cette série : le recours aux rêves et à la psychanalyse ; les ironies subtiles (par exemple, à plusieurs reprises, les acteurs se retrouvent derrière des panneaux publicitaires qui comportent une dose d'humour par rapport à la situation) ; et la musique. La musique ! Chaque épisode (ou presque) se termine par une chanson. Pour la première saison, on a notamment droit à la triste "Look on Down from the Bridge" de Mazzy Star ; la fantastique "White Rabbit" de Jefferson Airplane (l'hymne d'une génération, avec la fameuse référence à Alice et aux champignons) ; ou encore "Frank Sinatra" de Cake... Dernière chose : Tony Soprano, quand il est sous Prozac ou sous l'influence de la drogue, ressemble à mon ami Vinge quand il est saoul (c'est-à-dire tout le temps ?) : c'est presque totalement incroyable.

Léandra a définitivement fait une croix sur Jonas ("enfin !", me dis-je quand je l'apprends : j'étais depuis deux-trois semaines revenu à l'idée que cet énergumène ne la méritait absolument pas). (Le mérite n'a rien à voir avec ça.) Je ne vais pas en parler ici : c'est elle que ça regarde. On devait peut-être se voir ce soir. Tout compte fait, ce ne sera pas le cas (c'est entièrement de ma faute). Je passe tout de même un petit bout de temps au téléphone avec elle. Je me doute que ça ne doit pas être facile et qu'elle a envie de parler. D'un autre côté, je la crois (et je la comprends) quand elle dit qu'elle est presque soulagée.

Le soir, badminton ! Je joue mal (en fait, je m'en fous complètement). Lewis passe en coup de vent (je ne sais même pas pourquoi il a pris la peine de venir jusqu'au club). Il me dit que j'ai une bonne mine (ce qui est vrai). Je lui dis que c'est parce que c'est lundi (curieuse réponse). Sont aussi présents dans la salle Mary, Walter, Toine et Flopov. Les autres, peu importe : ils font partie du décor. Après le sport, je vais boire un verre au Corto avec les deux premiers. 

Il faut que ces deux-là parlent de boulot. Ils ne peuvent pas s'en empêcher. Walter disserte sur son chef avec qui il est en froid en ce moment (ah ?) et qui ne lui a pas proposé de l'accompagner au restaurant ce midi, contrairement à ses autres collègues. Mary dit qu'en tant que nouvelle chef, elle a accordé une demi-heure en plus à ses subordonnés durant le temps de midi, à condition que ces derniers récupèrent le temps perdu pendant la matinée ou la soirée. Je pense subitement à mon travail, aux bénévoles, à l'éventuelle bouteille de Bourgogne que l'on boit le midi, et je me dis que j'ai quand même de la chance de travailler dans une asbl, avec des gens de gauche.

Il faut aussi qu'ils parlent de salaires, de bagnoles de fonction et d'appartements. J'essaie de participer à la conversation mais sans entrain. Walter discute ensuite de sa grande idée sur les couples et les relations : avant 25 ans, les femmes cherchent un idéal ; après 25 ans, elles cherchent à se caser pour avoir un enfant avec un homme "avantageux" (qui a du pognon, des ressources, une maison, une voiture tout confort, etc.). Il dit que c'est partout comme ça. Je ne suis pas d'accord : je lui dis que ce qu'il pense des relations entre les gens découle de sa propre vision des choses, de ce qu'il a observé dans sa famille ou à Solvay (le jour où l'on me dira que l'École Solvay constitue la norme en termes de rapports humains, je me tire une balle en pleine tête) et non d'une étude scientifique qui tendrait à dire que tel ou tel pourcentage de gens se comportent de telle ou telle manière.

Durant la soirée, Zapata passe devant nous et nous salue furtivement. Il est avec son père et Amy. Qu'est-ce qu'ils font dans le quartier et pourquoi passent-t-ils devant le Corto ? Mystère...

Mary est toujours obnubilée par les vêtements et parle à nouveau d'aller en acheter avec moi, pour me "rhabiller". C'est une obsession. Je porte des Converse, un 501 noir et un tee-shirt de type "marinière". Je ne vois pas ce qui cloche. Étrangement, elle appelle la serveuse du bar et lui demande si les vêtements ont de l'importance pour elle quand elle voit un homme. La serveuse répond par la négative. Quelle drôle de question, de toute façon.

Je retourne en bus avec Mary. On mange en vitesse un hamburger pas trop mauvais (ça me fait du mal de l'écrire) chez Quick puis on prend le métro. À la Porte de Hal, je guide un type (un Français, semble-t-il) qui veut se rendre au Parvis de Saint-Gilles (tous les chemins mènent au Parvis). Il me lance : "C'est quoi le bouquin dans votre poche ?". Les Seigneurs de l'Instrumentalité, de Cordwainer Smith. Je me trimballe une fois sur quatre avec ce bouquin dans ma poche. Il ne connaît pas mais commence à me parler de Philip K. Dick : Loterie solaire, Ubik, Le Maître du Haut-Château, qu'il n'a pas spécialement aimé. Avant qu'il ne s'en aille vers le Parvis, j'arrive à lui sortir plein d'anecdotes sur Dick (dont je connais assez bien le parcours). Un peu surréaliste, comme fin de soirée. Le gars n'était pas le genre de Léandra, elle n'a rien raté. Et puis, paraît qu'elle veut se mettre en mode "off". (C'est quoi cette nouvelle mode ?)

lundi 27 juin 2011

Bataille d'égos

Rien de spécial à dire pour le début de la journée (le boulot : il fait très beau dehors, tout le monde est habillé de manière estivale). Retour en train vers Bruxelles avec Flippo. J'arrivée au badminton en retard. Il n'y a que neuf joueurs, dont notamment Mary, Lara, Aurely, Flopov, Toine et un Walter pas en forme qui s'en ira rejoindre Emily au rond-point du Cimetière très rapidement. Je ne joue pas trop mal. 

Durant un verre en terrasse avec Lewis, ça se corse. Le gars me fait vraiment chier, et c'est peu dire, et il va finir par le voir en fin de soirée. Je suis en terrasse avec lui, donc, mais aussi avec Mary et Aurely, mais pas Lara, qui allait voir un film à Flagey. (Digression : Lara m'a posé une question avant de partir : "à une époque, tu étais souvent avec une blonde. Elle ne vient plus au club ?" Non, elle ne vient plus au club ; en tout cas, elle a une bonne mémoire, cette Lara.)

Bref. En terrasse donc. Lewis aime poser des questions, du style : "quel genre de femme verriez-vous pour Hamilton ?" Ce n'est pas son problème, d'abord, et ça m'énerve déjà pas mal. Puis il parle de ses conquêtes, de comment il faut voir les femmes, ce qu'elles veulent, etc.  Blabla habituel. Enfin, il parle de techniques sexuelles, et là, c'est le pompon. Il parle de la technique super-prouvée dite de l'inversion-clitoridienne : "il faut d'abord faire comme ça, puis comme ça, de manière transversale à 42 degrés et demi, vous savez je suis un expert, blablabla, je l'ai fait des milliers de fois, blablabla...". Il pose à mainte reprise sa main sur l'avant-bras ou sur l'épaule d'Aurely, ce gros vicelard libidineux manipulateur et vantard à la con... Et elles ont l'air de boire ses bobards (Mary me sort même un très beau : "tu sais, Hamil, c'est vrai, il faut de la technique pour contenter une femme"). J'ai une tendance à foncer dans le lard quand un truc m'énerve pour le moment. On peut appeler ça de la frustration, ou tout simplement le fait que j'en ai marre d'accumuler des pensées qui ne demandent qu'à sortir. Du coup, je dis (un brin énervé) à Lewis que c'est du grand n'importe quoi ses pseudo-techniques ; que personne, au moment de l'acte, ne pense à positionner sa langue sur l'espace e d'une manière m au temps t, que c'est surtout du feeling, une connaissance assez profonde (c'est le cas de le dire) de la personne... Je dis aussi que tout son petit jeu est simplement de la manipulation, mais personne ne semble comprendre ce que je veux dire par là. Il semble juste contrarié mais je l'emmerde (aaah, ça fait du bien de coucher ça par écrit). 

Mary me dit que je n'ai aucune pitié pour cette pauvre vieille personne. Encore cette question de pitié qui revient au premier plan... Après, Mary et moi retrouvons Emily et Walter en terrasse d'un restaurant. Walter est heureux et parle que de son mémoire qui serait en fait revu à la hausse : 18/20 et non 17/20 (woaw !) et donc de son éventuelle "plus grande distinction". La folie des cotations est apparemment quelque chose de très important dans le monde de la finance et donc chez les gens qui ont fait des études à l'École Solvay. Emily n'a pas trop la forme à cause de son opération de ce samedi, mais ça devrait s'améliorer, dit-elle. 

Face à la confrontation des égos, Emily me paraît la seule humaine de mon entourage. Bref, heureusement qu'elle était là ce soir. Par sa simple présence, elle a réussi à calmer.

lundi 20 juin 2011

Nous travaillons actuellement pour l'Europe

Dans le train omnibus vers mon boulot, je tombe sur une fille à la limite de l'handicap mental qui m'explique sa vie palpitante dans une blanchisserie... Elle me demande ce que je fais dans la vie, je lui dis que je suis historien. Gros blanc puis : "ah vous faites l'histoire de trucs, c'est ça ?". J'aime bien discuter dans le train, ça passe le temps. 

Au boulot, je travaille sur une interview, mais peu importe. Au badminton (très en retard à cause du train), je pète la forme alors que je suis très fatigué. Je joue notamment en simple avec Lara, qui est revenue depuis peu au club après cinq mois d'absence environ pour cause de blessure. J'avais oublié qu'elle est quand même très bien, Lara (un peu garçonne, cheveux châtains, belle voix, travaillant actuellement pour l'Europe, comme dirait Bertrand, et ouvertement de gauche en plus, ça change !). Bref, bref, bref. À la buvette du club, verre avec Mary, Lewis (qui est bien sympa, aujourd'hui) et Toine. J'en apprends surtout un peu plus sur Toine (ce que dit Lewis est clairement de la redite) et c'est intéressant : il se décrit comme un individualiste forcené et refuse définitivement de vivre avec qui que ce soit. Il a aussi passé deux hivers entiers à reconstituer un puzzle de... 9000 pièces ! Le puzzle représentait une carte du monde du XVIIIe siècle (Toine est géographe). Fin de soirée au Corto avec Mary, juste Mary.

samedi 18 juin 2011

Tournoi amical de badminton

Faut que je me lève pour ce putain de tournoi amical de badminton à Ixelles. Premier match vers 11h du matin. Après des heures de matches interminables et de pauses encore plus interminables, je gagne la finale du double messieurs avec mon partenaire Toine. En simple, je perds la finale contre Toine (toujours lui), totalement exténué. Quatre heures de sommeil, ce n'est pas assez pour ne pas être crevé. Barbecue du club sous une petite pluie. Lewis est là, évidemment. Lewis fait le malin. Lewis pose des questions. Il m'énerve. Il boit beaucoup trop mais ça, c'est son problème... Mary, Aurely et Flopov sont là aussi. Flopov est un peu (?) bête. Walter passe deux fois en coup de vent. Léandra nous rejoint un peu plus tard. On va manger au Cimetière, puis on retourne "chez nous", du côté de Saint-Gilles. Je termine la soirée avec Mary au Verschueren. Je suis totalement crevé. Tout le monde est un peu crevé en fait. Charles-Henri et Annabelle sont au Centre-Ville, avec Emily, rejoints pas Walter. Je n'ai jamais compté les rejoindre.