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jeudi 31 janvier 2013

Tranches - I

Pause café du matin. Un monsieur frappe discrètement à la porte d'entrée de notre bureau. « Bonjour... Peut-être vous souvenez-vous de moi ? Je suis le frère de Louis-Antoine... Nous nous sommes croisés au crématorium... Je suis en train de débarrasser l'appartement de mon frère et j'ai pensé que certaines archives pourraient vous intéresser... » Il se confie : « Je dois vous avouer que notre famille en a appris beaucoup sur Louis-Antoine depuis qu'il est décédé... C'était quelqu'un de très secret... Ce que nous avons découvert dans son appartement... Hem... Enfin, que voulez-vous ? On est bien obligé de faire le ménage, c'est la vie ! » (Il en a assez dit pour susciter ma curiosité et beaucoup trop peu pour la rassasier.)

« Nous allons devoir nous rendre chez lui pour trier ses affaires, frissonne Sylvette.
— Oui, et alors ?
— Ben ça ne va pas être facile : c'est un peu comme violer son intimité. »
(Suis-je le seul malade à trouver une excursion de ce type particulièrement excitante ?)

« Drôle de sensation que de voir ce gars débouler dans le bureau, remarque Charlotte. Il ressemble tellement à son frère ! Pendant une seconde, j'ai vraiment cru que c'était Louis-Antoine qui revenait d'entre les morts ! »

À force de la remettre à plus tard, l'ouverture de cette ridicule bouteille de Porto s'est métamorphosée en fantasme dans ma petite caboche. Maintenant que l'alcool est versé et que je peux le boire, la dégustation n'a plus aucun intérêt : c'est du Porto, voilà tout !

Dans le train du retour, une dame au téléphone : « Oui, allo ! J'aurais besoin de ton aide pour terminer mes mots croisés... Alors, je te lis la définition, hein... Voilà : "Carré d'un damier" en quatre lettres, et ça se termine par "S-E". Comment ? "Gase" ? Ça ne veut rien dire, ça, "Gase" !... Ha, "Case" ! Bon, d'accord, si tu le dis... Merci... Et ici, en cinq lettres, "Trophée" — avec "É" et "E" au bout — "de l'Indien"... "Trophée de l'Indien", oui... Avec un "C" en deuxième position. J'avais pensé à "Totem" mais ça ne rentre pas à cause du "C" en deuxième position... Comment ? "Scalp", dis-tu ? Tu écris ça comment ? D'accord... » (Peut-être devrait-elle essayer le sudoku ?)

Le soir, en compagnie de Carmela, Alizé et Pat, une conférence de Jacques Sojcher au théâtre Marni autour d'un aphorisme de Nietzsche (« Nous avons l'art pour ne pas mourir de la vérité »). « Comment en parler pendant une heure alors que le sujet en demanderait cinquante ? » : c'est approximativement de cette manière que le professeur de philosophie a introduit son exposé. (Effectivement, une heure, c'est très court : je n'ai pas appris grand-chose mais j'ai souvent acquiescé, mentalement du moins.)

« Je suis des cours de solfège avec un de tes potes... Un roux..., me lance Carmela.
— Un pote roux ?
— Oui, oui... Il est aussi dessinateur !
— Ha oui, Georges ! C'est amusant, ça ! »
(C'est Georges qui va être content : il apparaît dans ce blog, même quand je ne le rencontre pas en personne.)

« Donc, vous suivez tous les deux des cours de solfège dans l'ancienne école de ma fille !
— Ha bon ? Tu as une fille ?
— Eh bien ! Oui ! »
(Ah là là ! Si tout le monde lisait ce journal, ce genre de surprise ne pourrait plus exister.)

Ces gens qui prennent tout ce que je raconte au premier degré : je pourrais m'inventer une aventure au pôle Nord sans que ça ne les fasse tiquer !

« Ha-ha ! Vous avez vu Melancholia ! Et alors, comment l'avez-vous compris, ce film ? », leur demandé-je... Apparemment, ils ne l'ont pas du tout compris comme moi, alors je m'enflamme, heureux de pouvoir partager ma découverte : « La planète n'existe pas ! C'est simplement la dépression de Justine ! Et les chevaux qui s'arrêtent toujours avant de traverser le pont, qui ne peuvent sortir de cet univers clos... C'est limpide ! » Mais Alizé semble vexée : « Il n'y a pas qu'une seule vérité, tu sais, Hamilton ! » (Ça m'apprendra, tiens, à vouloir partager mes joyeuses prises de tête !)

De retour à l'appartement. Mary est là. Nous écoutons Grizzly Bear (« les plus belles harmonies pop depuis les Beatles ! ») ainsi que le sous-estimé Jason Lytle, ex-Grandaddy. Le dernier album solo de ce dernier, Dept. of Disappearance (octobre 2012), porte bien son nom : à peine est-il sorti qu'il a déjà disparu ! Peut-être, à l'instar de Mark Oliver Everett, Jason Lytle est-il l'homme d'une seule chanson, celle dans laquelle il explique merveilleusement bien qu'il n'est pas du tout à sa place dans ce monde ? — Encore un mélancolique !

Last Problem of the Alps by Jason Lytle on Grooveshark

dimanche 16 décembre 2012

Carpaccio de bœuf au saké

Commandement. — Aujourd'hui, peut-être arrives-tu sur cette page en te demandant ce que j'ai bien pu retranscrire de cette soirée — votre soirée... Car je suis en retard de publication, certes, mais je ne saute aucune journée. Telle est la seule contrainte de ce patchwork sans queue ni tête ; une contrainte que tu as, à raison d'ailleurs, remise en question ce dimanche soir : il ne faudrait pas qu'une telle rédaction au jour le jour se fasse au détriment de l'écriture... Je suis d'accord avec toi sauf en ce qui concerne ce journal : « De toute façon, ça a toujours été mal écrit », ai-je répondu. Oui, car le but n'a jamais été de bien écrire, ni d'être intéressant, ni quoi que ce soit d'autre, mais simplement de rédiger un article par jour. — Aucune prétention ici-bas, Dieu m'en préserve ! (Il s'agit d'une simple expression ; je ne suis pas tout à coup devenu déiste.) Tous les détours que ce journal a pu prendre (et prendra sans doute encore) n'ont qu'une importance somme toute très marginale par rapport à cet unique commandement gravé dans le marbre de ma conscience : tu écriras un article pour chaque jour que tu passeras sur cette terre.

Bébé. — C'est vrai (cela a été dit durant la discussion) : certains bébés, à la naissance, sont particulièrement moches et j'ai toujours eu du mal à comprendre comment on pouvait, sans s'esclaffer, s'exclamer : « Oh mais qu'il est beau ! » devant un nouveau-né hideux. Mais ce petit Félix est très bien. Et qu'il ne veuille pas aller dormir quand trois inconnus (ou presque) — c'est-à-dire de la nouveauté — peuplent la salle à manger est un signe de bonne santé... Mais faut-il le laisser pleurer un peu seul dans son lit pour qu'il s'endorme ? Léandra et moi pensons que oui. Je me dois néanmoins de préciser qu'enfant, mes parents ne m'ont jamais laissé pleurer une seule fois (du moins c'est que qu'ils m'ont dit). Mais regarde donc ce que je suis devenu : un monstre asocial sans foi ni loi !

Cuisine. — « Il est encore bien pire qu'Hamilton ! » lâche Léandra en parlant de ton cuistot de compagnon, également artiste et graveur de pierres tombales. C'est un compliment de sa part, évidemment — enfin j'espère ! A-t-on idée de mêler carpaccio de bœuf et saké ; faisan et morceaux de cigare ? Les quatre services sont délicieux et originaux. Léandra n'avait pas menti : il faut ajouter cette maison (future table d'hôtes ?) à la liste des rares adresses auxquelles l'on mange exceptionnellement bien.

Mort. — Je pense que nous n'appréhenderons jamais cette salope de faucheuse de la même façon, mais nous n'avons certainement pas le même vécu. Il n'est pas un jour sans que je ne me questionne sur le néant, mais jamais il ne m'angoisse à ce point. Tout au plus est-il un motif de réflexion. (Exemple : j'ai constamment accès au monde, mais un jour prochain, dans la plus absolue des fatalités, tout cela me sera enlevé d'un coup.) — Mais il est impossible d'être vivant et mort à la fois ; ces deux mondes ne communiquent pas, ne peuvent communiquer ; ma mort n'existe pas : « celui de tous les maux qui nous donne le plus d’horreur, la mort, n’est rien pour nous puisque, tant que nous existons nous-mêmes, la mort n’est pas et que, quand la mort existe, nous ne sommes plus. » (Épicure, Lettre à Ménécée. Est-ce rassurant ou au contraire déconcertant de savoir qu'il y a quelque 2300 ans, on se posait déjà les mêmes questions qu'aujourd'hui ?)

Retour. — Isidore nous ramène, Léandra, Georges et moi, à Bruxelles, en voiture, aux alentours de deux heures du matin. Ha ! Cette dernière semaine de travail démarre sur des chapeaux de roue ! Je ne veux même pas imaginer mon réveil sonner dans à peine quatre heures. Oh non, je ne peux pas m'imaginer une chose pareille !

jeudi 1 novembre 2012

Les ondulations de la méduse

Chez Filigranes, vers midi, à la recherche d'un livre : le second volume du Monde comme volonté et représentation (contenant les compléments au premier volume). Recherche couronnée de succès mais qui emprunte de nombreux méandres. Ainsi, de retour sur l'avenue des Arts, je marche en compagnie de trois Allemands, d'un Chinois et d'un Britannique d'origine polonaise ; dans mon sac, en plus du susdit volume, une petite biographie richement illustrée de Schopenhauer signée Didier Raymond, Ainsi parlait Zarathoustra et Humain, trop humain de Nietzsche, Les Affinités électives de Goethe, L'Art de la guerre de Sun Zi et enfin Nostromo de Joseph Conrad. Tous ces ouvrages font partie d'une courte liste mentale « À lire d'urgence » récemment constituée.

Maison du Peuple, en début d'après-midi. Lorsqu'il entre dans le café, Georges sait qu'il a des chances de m'y trouver attablé. Si je n'y suis pas, qu'à cela ne tienne ! Il est dessinateur, peut s'installer dans un coin sans être dérangé et esquisser des croquis [cf. son blog].

« Je lis ton journal régulièrement », me dit-il. Je le savais déjà et il sait très bien que je le savais déjà, vu qu'il lit mon journal. D'ailleurs, étant donné que je sais qu'il lit mon journal, je me doutais bien qu'il savait déjà que je le savais déjà. Mais passons ! — Je vais finir par me demander qui, dans mon entourage plus ou moins proche, ne lit pas régulièrement mon journal.

Un peu plus tard, Georges m'explique : « J'ai essayé de voir si j'apparaissais dans la liste des personnes citées et je m'y suis trouvé. » Curieuse sensation, me dira-t-il ensuite, que celle de retrouver les détails d'une péripétie dont il ne se souvenait même plus [cf. l'épisode de la machine à laver, troisième chapitre de cet article datant du 29 septembre 2011].

Sur Goethe : Georges a trouvé Les Souffrances du jeune Werther (son best-seller de jeunesse) particulièrement barbant. C'est que Goethe, dont l'œuvre artistique, littéraire et scientifique s'étale sur plus de cinquante ans, a eu le temps de changer de style et d'esthétique. Son premier roman, très prisé du public francophone, le fait presque passer pour un romantique (alors qu'il ne l'a jamais été !) et ne donne pas, à lui seul, une image fidèle de l'étendue des nombreux talents du poète.

« Pour gagner sa vie, la méduse ne fait qu'onduler » : telle est la devise d'un ami de Georges qui prend chaque événement de l'existence avec la même déconcertante placidité. — Mais pendant que la méduse ondule, le poulpe, lui, prépare en silence son avènement.

Chez Léandra, le soir. Celle-ci est toujours malade et a acheté un gâteau au chocolat (aucun lien entre les deux parties de cette proposition). Andrew, qui est invité à une soirée non loin de là, nous rejoint pendant une grosse heure.

Durant une discussion, je confonds Proust et Zola, puis c'est au tour de Léandra d'intervertir Flaubert et Stendhal. De ma part, rien d'étonnant dans la mesure où je suis complètement inculte en matière de littérature française. De la part de Léandra, la faute est sans doute à mettre sur ce curieux état grippal qui persiste.

« Peut-être qu'après, je me mettrai à la philosophie française et à l'existentialisme ?
— Pourquoi pas, mais ça risque fort de t'ennuyer.
— Pourquoi ?
— Parce que ce serait retourner à l'humain. »

jeudi 3 mai 2012

Le syndicaliste & l'expert

Enregistrements. — Wynka et moi passons une partie conséquente de notre journée de travail à réaliser deux interviews en relation avec un livre qui doit paraître en fin d'année.

À chaque interview, j'en apprends un peu plus sur les techniques d'enregistrement : comment obtenir le bon rendu d'une voix ? — Les microphones ne sont pas intelligents : à la différence de l'oreille humaine, ils ne font que capter une série de fréquences sans les interpréter. Si une sonnerie de téléphone retentit durant l'entretien, si un coucou sonne l'heure ou si quelqu'un débarque en hurlant dans la pièce, le micro n'en aura cure et enregistrera tout. Pour pallier un tant soit peu le problème, j'utilise depuis peu deux microphones à condensateur à directivité cardioïde : ce type de microphone, en plus de donner un son cristallin d'assez haute qualité, enregistre principalement la personne qui se trouve devant lui, atténue les bruits latéraux et oublie presque complètement les bruits qui viennent de l'arrière. En jouant avec deux microphones (un pour l'interviewé, un autre pour les deux intervieweurs qui se trouvent de l'autre côté de la table), j'obtiens une piste stéréo de qualité que je peux facilement traiter après coup. L'inconvénient : il faut constamment trimballer l'enregistreur et les deux micros, avec leur câble XLR respectif et leur relativement lourd pied de table. (Historien, un métier tout-terrain.)

Le matin, nous interviewons dans un des bureaux, au boulot, un ancien employé et délégué syndical de l'usine Cockerill, socialiste, fils de résistant. L'après-midi, nous nous déplaçons jusqu'au domicile d'un ancien cadre de cette même entreprise, ex-chef de laboratoire, spécialiste des pensions, âgé de 87 ans. Les deux hommes sont tous deux de gauche, mais quelle différence ! Le premier est resté durant toute sa vie délégué syndical dans son entreprise et a milité auprès de la base ; le second est devenu un cadre assez haut placé dans la hiérarchie et voit donc tous les événements, grèves et manifestations de manière extérieure.

Le premier nous parle, en passant, du débat Hollande-Sarkozy d'hier soir : « Vous l'avez regardé, vous aussi ? Non ? Oh, vous auriez vu ça ! Hollande a complètement démoli son adversaire ! ». Plus tard, il mentionne la Résistance et raconte des anecdotes sur son père, qui faisait partie d'un réseau liégeois : travaillant à la Kommandantur comme interprète, il volait des documents à destination des Anglais... Le courant passe bien avec le monsieur. Il me rappelle mon papa... Un syndicaliste, quoi...

Le second est du genre « expert », très élogieux envers la science et la connaissance technique : il a travaillé en collaboration avec le CERN à Genève, est devenu un spécialiste international en matière de pension et vante à plusieurs reprises son côté « neutre », qui lui a valu certains ennuis : il était à la fois ami avec des syndicalistes socialistes et chrétiens, mais aussi avec le chef du personnel et le patronat. À un moment, je lui pose, tout souriant, la question : « Au fond, vous étiez une sorte d'agent double ? » Quoi qu'il en soit, je l'aime bien aussi, celui-là, pour d'autres raisons que le premier : pour sa vision du savoir et de la connaissance qui ne me rappelle pas spécialement mon père mais plutôt... euh... moi, tout bêtement — et aussi pour sa critique des systèmes de pension privés...

Je me dis que le mieux serait encore d'avoir accès aux enregistrements effectués ce jeudi, afin de travestir le moins possible leurs propos. En conséquence, je reviendrai peut-être plus en détail sur ces deux témoignages quand j'aurai accès à la source brute.

Les surdoués. — Durant le repas de midi séparant les deux interviews, une petite discussion entre Charlotte, Sylvette et moi.

« (...) C'est clairement un enfant surdoué, dit Sylvette, donc il s'emmerde à l'école et ne réussit pas bien...
— Pourquoi ?
— Parce qu'il connaît tout, donc il ne fait rien.
— Ha ! C'est facile de dire ça...
— C'est un truc que je ne comprends pas, lance Charlotte. 
— Qu'est-ce que tu ne comprends pas ?
— S'il était surdoué, il devrait au contraire n'avoir aucune difficulté à réussir, donc il devrait passer son année sans aucun problème... 
— Non, car cela lui semble trop facile : il ne s'amuse pas, il n'apprend rien, donc il ne fait rien.
— Je ne sais pas... Je trouve ça bizarre.
— Je me demande si tout cela ne sert pas un peu d'excuse, dis-je. "Mon fils est surdoué, c'est pour ça qu'il ne réussit pas." »
(Je ne dis pas que ce n'est pas une raison. Seulement qu'on voit des surdoués partout en ce moment, et que la moindre difficulté scolaire est souvent rattachée à ce cas très précis et assez rare...)

Soirée. — Maison du Peuple, avec mon ordinateur. Sur la banquette, à ma gauche, un homme buvant de la De Koninck au fût regarde droit devant lui. Il reste là pendant quelques heures, ne dit rien, ne lit rien. Il était déjà là hier : avant de s'en aller, il s'était alors enquis de quelques renseignements sur mon PC. Je pense qu'il est très seul, qu'il s'ennuie et qu'il aimerait utiliser le café comme un coin de rencontres. Je lui souhaite bonne chance, sincèrement.

La jolie serveuse souriante et sympathique est là aussi. Elle porte de très grosses lunettes rondes, un peu comme celles de Perrette. Est-ce un effet de style ?

En cours de soirée, Georges passe en coup de vent. Il ne s'assied pas et me parle pendant un petit quart d'heure, appuyé contre la grande baie vitrée du café. Il a été engagé en CDI, revient d'Écosse... Il me demande ce que je fais : « Je tiens mon blog à jour. 
— Ha oui, ton blog... Je savais que tu étais actif là-dedans pour le moment. Je l'avais déjà vu, il y a un certain temps. 
— Oui, mais là, c'est un peu différent : je m'efforce d'écrire un article par jour sur ma vie, tout ça... » 
Va-t-il aller jeter un œil ? Suspense.

jeudi 29 septembre 2011

Logotypes

Depuis peu, la Communauté française de Belgique a changé d'appellation : il faut désormais parler de "Fédération Wallonie-Bruxelles". Paraît que c'est plus clair comme ça... De fait, oui, c'est plus clair, ou en tout cas un peu moins ambigu : "Communauté française de Belgique", ça donnait l'impression qu'on avait affaire à une petite communauté d'expatriés français vivant sur le territoire belge (au point même, d'après La Libre Belgique, que François Mitterrand, apparemment mal renseigné, s'était gravement gouré, demandant à Valmy Féaux, alors président de la Communauté, combien de membres comptait son association de Français – Quand ? Où ? On ne sait pas... L'éditorialiste reste nébuleux, se contentant de l'action et se foutant royalement du temps et du lieu ; cette information lacunaire est sujette à caution, du coup !).

Fédération au lieu de Communauté... Peu importe après tout : c'est simplement un nom qui change... Un nom, c'est juste un nom : ça ne modifie pas grand chose à la personnalité, au fonctionnement d'une personne ou d'une institution... Si – simple exemple ! – je m'appelais Lionel au lieu d'Hamilton, ça ne modifierait aucunement ma façon d'écrire... 

Juste un nom donc sauf que, plus pragmatiquement, à mon boulot subventionné de façon non négligeable par ladite Communauté Fédération, nous allons devoir prendre acte de ce changement pour la création de nos papiers en-tête, nos dépliants, nos brochures, nos affiches, notre site Web, nos lettres d'information, etc. En gros, ce sont plusieurs dizaines d'endroits qu'il faudra changer, là où ce putain de terme périmé de "Communauté française de Belgique" apparaît. Quand je dis "nous", je suis un petit comique (haha !) car dans les faits, c'est moi qui vais devoir m'occuper de la majorité de ces modifications. Holy shit ! Et encore je reste poli...

Ce n’est pas tout : dans la lancée des modifications infographiques, en plus de changer la dénomination de cette entité politique dans tous les médias utilisés par mon institution pour communiquer avec l’extérieur, je vais devoir également remplacer son logotype. Car oui, depuis le 27 septembre 2011, la Communauté française Fédération Wallonie-Bruxelles a également dévoilé un nouveau logo pour marquer le coup : trois lignes courbes séparées, schématisant plusieurs concepts à diverses échelles de grandeur : les première et deuxième lignes (rouge et jaune) représentent le "W" de Wallonie, les deuxième et troisième (jaune et bleue) le "B" de Bruxelles ; le tout forme un coq extrêmement stylisé (un peu comme le logo "TGV", qui, retourné, prend la forme d’un escargot : hé oui, c'est épatant !)... Et il paraîtrait même – mais faut avoir l’œil ! – que la ligne jaune du milieu, associée au bleu, symboliserait l’Iris bruxellois. 


Sur le Web comme dans la presse, ce logo suscite beaucoup de railleries. J'ai lu sur la Toile des commentaires réussissant l'exploit d'être à la fois épiques et stupides (je ne peux pas m'empêcher d'aller les lire, pour me faire peur)... Simples exemples : le classique "Et combien ça a coûté aux contribuables ?" ou le très con "Où est le coq ? C'est scandaleux !". Il y en a même qui vont jusqu'à rapprocher ce logo à l'alphabet arabe : c'est dans l'air du temps chez les fachos paranoïaques (ceux du genre : "Le nouvel ennemi, c'est l'Islam" ou "Tous des islamo-gauchistes, au P$" – Mais qui sont ces gens ?). En parallèle, un sondage Web organisé par SudPresse donne les résultats suivants : 53% trouvent ce logo "affreux", 20% le trouvent "magnifique" et 28% répondent par "C'est quoi cette fédération ?". On ne leur a proposé que ces trois choix-là, à ces 101% (sic) de sondés ? (Du grand n'importe quoi.)

L'avis de Tonton Hamilton : ce n’est sans doute pas le plus beau logo de tous les temps, mais faut pas exagérer dans l'autre sens... Ce n’est pas non plus le plus moche. Au-delà de la question du logo en lui-même, toutes ces discussions mettent surtout en avant un fait beaucoup plus fondamental : la propension des humains à râler sur tout ce qui présente un caractère nouveau ou inconnu.

Je ne voulais pas faire aussi long (d'un autre côté, j'écris ce que je veux) mais les logotypes me passionnent. Donc tant qu'à parler de logos, j'en profite pour en poster deux autres que je trouve à la fois simples et extraordinaires, presque magiques même...


Pourquoi ces deux logos sont-ils géniaux ? Pour le premier, celui de FedEx : tout simplement parce qu'il cache une flèche (symbolisant l'expédition, le déplacement...) entre le second "E" et le "x" ; et peut-être même une deuxième, plus difficile à voir car incomplète, entre le "F" et le premier "e" ! Pour le second logo, c'est encore plus terrifiant : c'est l'ancien logo – mais pourquoi diantre ont-ils changé ? – de Northwest Airlines. Il est d'une simplicité diabolique : en quelques traits, on y retrouve le "N" de "North" et le "W" de "West", mais aussi une flèche de boussole, pointant vers le Nord-Ouest ! Certains y ont également vu le long-courrier venant de Stockholm mais je crois qu'ils bluffent.

* * *

Si je parle de la Communauté française Fédération Wallonie-Bruxelles aujourd’hui, c’est pour une raison particulière : en ce début d’après-midi, j'ai assisté dans un auditoire situé dans les locaux de la Communauté Fédération à la présentation d’un prototype de portail Web exposant de manière transversale un pan du patrimoine numérisé en Belgique francophone.

Arrivé sur place, je reconnais quelques personnes dont : Anouk, qui me lance comme phrase de bienvenue : "Tiens, voilà Monsieur Orval !" (ma réputation me précède) ; Doëlle, qui est alors en train de discuter avec Inger (qu'est-ce qu'elle fait là, Inger ? C'est marrant : c'est en fait la copine d'un certain Jyl – pas le même que celui que connaît Léandra, qui s'appelle de toute façon Daniel dans ce blog : ça devient compliqué, tout ça –, des potes de Tom et Ophely) ; Adélaïde-Anne, une consœur archiviste qui travaille dans un centre d'archives à Bois-du-Luc (sur le lieu de mon premier boulot). C'est elle qu'on a croisée par hasard au carnaval de La Louvière : elle était déguisée en sorcière et voulait nous refiler une pauvre tortue trijambiste (aujourd'hui, pas de déguisement ni même de tortue).

La présentation se passe bien : la première partie (un portail esthétiquement bien foutu) est très jolie à regarder ; la seconde (la présentation de l'architecture informatique complexe qui se trouve en "arrière-plan" de ce portail) est plus aride mais intéressante.

Après moult questions, nous sortons tous enfin dans le petit hall qui jouxte l'auditoire : il y a du café (hahaaa !) et des mini-pâtisseries. Parmi celles-ci : un gâteau au chocolat et à la crème fraîche totalement immangeable sans que ça ne dégouline partout de manière dégoûtante. Je reste une petite heure à parler, principalement avec Adélaïde-Anne. 

À la sortie, Doëlle et Anouk fument leur cigarette en compagnie d'autres personnes. Doëlle me demande si elle peut de nouveau avoir accès au journal de Léandra. Je lui dis que peu importe, car Léandra n'écrira plus ! (Renseignements pris : si Doëlle veut avoir accès à ce blog un peu mort, elle doit créer un compte Blogger ; à ce moment, Léandra pourra ouvrir le mode lecture pour ce compte-là – enfin, si Léandra le veut bien, mais il n'y a pas de raisons qu'elle ne le veuille pas). Je discute encore un peu avec Doëlle ainsi qu'avec une de ses copines/collègues (?) qui, travaillant à Bruxelles, fait en train presque le trajet inverse du mien. La seule différence : elle doit parfois rester debout, car dans le sens Liège-Bruxelles le matin, les trains sont remplis et c'est l'horreur (j'ai déjà fait quelques fois ce genre d'expérience). Vers 17h, je reprends le métro vers mon bureau officiel (comprendre : vers la Maison du Peuple de Saint-Gilles).

* * *

Je passe une grosse heure à ladite Maison du Peuple, pour écrire un peu avant le squash. De passage, par hasard : Georges, un des ex de Léandra. Dans la vie, Georges réalise des sites Web et des bandes dessinées (en résumé). Il est à Saint-Gilles pour emporter la machine à laver d'une copine. Un plan foireux car jamais la copine en question ne le rappellera. Georges reste donc une petite heure en ma compagnie. Il commande un thé. Quant à moi, je "sirote" un Orval (j'ai une réputation à tenir).

À un moment, on parle de Maïté, bizarrement. Ça va bientôt faire quatre ans (Ach, quatre ans... Quatre ans !) qu'elle m'a quitté. Georges me dit : "C'est quand même bizarre que tu n'aies jamais retrouvé personne depuis lors". Oui, c'est bizarre, bizarre... On parle de séries aussi. Apparemment, je lui ai donné l'envie de revoir Homicide et, en parallèle, de visionner la série The Wire (il ne l'a jamais vue ! Pauvre de lui !). Pour le moment, il regarde Mad Men (il faut absolument que je la visionne un jour, celle-là). Georges me parle également de Lexx, une série de science-fiction un peu kitsch et en dessous de la ceinture. Jamais vu mais ça a l'air sympa... Le vaisseau spatial Lexx ressemble à une libellule, mais des esprits mal tournés y voient aussi apparemment l'appareil génital masculin au complet et en érection. Le débat reste ouvert !

* * *

J'ai beaucoup de choses à raconter aujourd'hui. C'est laborieux...

Je vais jouer au squash avec Fred Jr ce soir. Il me faut longtemps pour rejoindre le Centre ADEPS d'Auderghem, à la frontière de la ville, perdu à la lisière de la forêt de Soignes. Je suis en retard et Fred est obligé de venir me chercher en voiture. On se change en vitesse directement dans la salle de squash. Je perds encore et toujours contre Fred (3 sets contre 4), mais, selon ses propres dires, il a eu plus de mal cette fois-ci. Durant la partie, j'essaie presque instinctivement et comme à chaque fois de placer des coups de badminton. Au squash, ça fonctionne... euh... beaucoup moins bien. (De retour chez moi, je regarderai une vidéo de squash professionnel : comme pour les autres sports de raquette, les joueurs professionnels donnent l'impression de se balader sans problème sur le terrain et font des revers avec une facilité déconcertante.)

Après le squash, Fred doit se rendre en vitesse à Etterbeek pour acheter une NES (Nintendo Entertainment System : la vieille console de jeu signée Nintendo) chez un type habitant le coin. Le principe un peu tordu, si j'ai bien compris : Fred possède déjà une NES en bon état mais n'a plus la boîte d'origine. Donc : il va prendre la boîte de la NES nouvellement achetée pour son ancienne NES et revendre directement la console toute seule. Typiquement un tic de collectionneur... Mais le gars qui doit la lui vendre est énervant : il annule par sms parce qu'il n'a pas envie de voir débarquer Fred trop tard, puis il téléphone des dizaines de fois, puis il décide enfin de lui apporter la console environ une heure après, alors qu'on boit un verre au Corto près du Cimetière d'Ixelles, en compagnie de Léandra et de Walter, et aussi d'Andrew qui nous rejoindra en compagnie de sa colocataire russe du moment.

Fred a encore une petite heure de route avant de revenir dans son village. Puisqu'il nous reconduit en voiture, Léandra et moi, nous partons un peu avant 23h. Et puis c'est tout... (C'est déjà assez long comme ça !)