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vendredi 5 avril 2013

Brume

Une autre partie du champ de bataille.
« Un antibiotique ! Un antibiotique ! Mon royaume pour un antibiotique ! J'ai joué ma vie sur un coup de dés, j'en veux courir les risques... Un antibiotique ! un antibiotique ! Mon royaume pour un antibiotique ! »
Après le songe, cette pensée : c'est justement parce que je suis malade et prends déjà des antibiotiques que je fais tous ces rêves étranges entrecoupés de réveils en sursaut.

Dans un autre rêve, il est question de fin de mot. Des phrases se forment devant mes yeux et je dois absolument trouver, pour chaque mot d'une phrase donnée, un mot qui se termine de la même façon. La chose me paraît alors normale, logique, extrêmement importante et particulièrement intelligente ; au réveil, par contre, je n'aurai plus aucune considération pour l'exercice : « Quel rêve idiot ! »

« Il faut que je me lève ! » Et je me lève, en effet : je sors de mon lit d'un saut étonnement énergique, m'assieds devant mon ordinateur et commence à travailler d'arrache-pied sur plein de projets : je termine la mise en page d'un rapport pour mon travail, j'écris des pages entières de réflexion pour mon journal, je pense à Dorabella, qui hante toujours mes nuits. — Puis je me réveille ! Classique : j'ai rêvé que je me réveillais. Suis-je éveillé maintenant ? De toute façon, « il en est ainsi : nous dormons », comme dirait l'autre.

Souvenir. — Lorsque j'étais un enfant fiévreux sous antibiotique — et dieu sait (simple expression) que j'en ai pris, des antibiotiques, quand j'étais gamin ! —, je grinçais des dents dans mon lit le soir et, ce faisant, je « voyais » tournoyer d'impalpables formes géométriques. C'était vers l'âge de sept-huit ans et je n'ai plus jamais revécu cette curieuse et intéressante expérience depuis lors.

Toujours pas d'hallucinations ni de phénomènes de dépersonnalisation liés à la clarithromycine. Un petit Orval pour accélérer le processus ? — Il faut vraiment que je sois fiévreux pour imaginer de telles idioties !

Toutes ces mites dispersées dans notre appartement depuis quelques semaines et dont je ne trouve pas le foyer ! Depuis que j'en ai vu une sortir d'un paquet de céréales, je les déteste : j'ai l'impression que je vais en croquer deux ou trois d'un coup si je mâche un morceau de nourriture. — Ha, si l'un des nombreux avatars de Mimi l'araignée trônait encore aujourd'hui fièrement dans la cuisine, rien de tout cela ne serait jamais arrivé !

Eh bien ! Il n'aura fallu que trois saisons de The Big Bang Theory pour que ce show perde presque toute sa saveur et sa drôlerie, et s'enfonce dans de longues et banales histoires de couples qui s'embrassent et font l'amour (ou du moins essayent). Déception donc, mais je me suis procuré les premiers épisodes de Seinfeld pour oublier.

« Je te recommande la merveilleuse série Weeds » (Carmela) ; « Je voulais te causer de la série que j'ai vue ce soir sur Arte, Real Humans » (Esildut). — Doucement ! Je n'ai qu'un cerveau, deux yeux et deux oreilles !

vendredi 15 mars 2013

« Sangdieu ! »

« Eh bien ! Voyez maintenant combien peu de cas vous faites de moi. Vous voulez jouer de moi ; vous voulez avoir l'air de connaître mes trous ; vous voulez arracher l'âme de mon secret ; vous voulez me faire résonner tout entier, depuis la note la plus basse jusqu'au sommet de la gamme. Et pourtant, ce petit instrument qui est plein de musique, qui a une voix excellente, vous ne pouvez pas le faire parler. Sangdieu ! Croyez-vous qu'il soit plus aisé de jouer de moi que d'une flûte ? Prenez-moi pour l'instrument que vous voudrez, vous pourrez bien me froisser, mais vous ne saurez jamais jouer de moi. » (Hamlet, scène IX.)

Hamlet au Varia. — « Serais-tu un puriste ? », me demandera Inger en fin de soirée, chez Ophely et Tom, devant une bouteille de délicieux Calvados hors d'âge, ouverte depuis à peine une demi-heure. Il y a peut-être un peu de cela : en allant voir Hamlet ce soir, je m'attendais à une très (peut-être même trop) longue pièce portée par le souffle de la tragédie et je me suis retrouvé face à des acteurs qui n'ont cessé de briser le quatrième mur pour plaisanter ou converser avec moi. — J'exagère, évidemment !

Je dois être, quoi que j'en dise à d'autres moments, assez imperméable à l'innovation : j'ai du mal à regarder une pièce de théâtre — à plus forte raison une tragédie de Shakespeare — au cours de laquelle les acteurs s'adressent au public en lançant de petites feintes, comme si de rien n'était, comme pour casser l'effet dramatique... Pourquoi font-ils cela ? Pourquoi sortent-ils de leur bulle, de leur... globe (ha !) ? Pourquoi cassent-ils cette barrière entre eux et nous ? Nous ne devrions même pas exister : nous ne devrions qu'être les spectateurs d'un drame qui se joue malgré nous ! — Autre avis, celui d'un Tom lui aussi à moitié déçu : « Il y a un moment où il faut aller jusqu'au fond des choses... Où l'on doit arrêter de rigoler et continuer sur sa lancée, sans coupure dans la tragédie... Dire : "Voilà ! On est dedans et on n'en sort plus !" » Bien sûr, le moment tragique finira coûte que coûte par arriver : à la fin, et ce n'est une surprise pour personne (la licence a ses limites), tout le monde meurt.

Il est très facile, n'est-ce pas, de critiquer depuis son fauteuil ? Aurais-tu aimé, mon petit Hamilton, te taper les quatre heures de dialogues ? Aurais-tu aimé entendre ces acteurs réciter Hamlet, seconde version, dans son intégralité ? — Je suis partial et je me dois de rétablir l'équilibre : Hamlet/Karim Barras est fantastique lorsqu'il joue la folie : ses veines, sa sueur, ses muscles sont pleinement dédiés à son tiraillement ; le parti pris de se concentrer avant tout sur le drame familial, sur l'incompréhension des proches face à la folie (feinte ou non feinte) du prince, en oubliant de nombreux protagonistes propres au château et à l'intrigue secondaire, tient parfaitement la route ; le décor labyrinthique en arrière-plan où les acteurs errent de temps à autre en attendant de ressurgir sur le devant de la scène est très bien pensé ; le petit groupe de jazz/blues (batterie, saxophone, clavier) donne du dynamisme à la pièce ; quant à la modernité affichée de ce décor qui ressemble beaucoup plus à un appartement branché qu'à une pièce du château d'Elseneur, pourquoi pas ? Hamlet est intemporel.

Après Hamlet.Tom et moi buvons de l'Orval, Jyl de la Duvel et les autres... je ne m'en rappelle plus. Tom me parle de cette pièce complètement déjantée signée Raoul collectif et intitulée Le signal du promeneur : « Ça commence avec des gars en parka qui débarquent sur scène, dans l'obscurité, avec une lampe sur le front... » La suite : des histoires entrelacées, un procès, un surréalisme à la Monty Python... Ça donne envie.

Jyl se souvient d'une représentation très marquante de Coriolan de Shakespeare durant laquelle le personnage principal, le patricien Caius Martius Coriolanus, était interprété par Jean-Claude Drouot. Ce dernier récitait semble-t-il son texte tellement à la hâte qu'un homme a osé crier depuis le public : « Caius, articule ! » Le drame : Drouot quitte aussitôt la scène, le rideau tombe et un membre du personnel du théâtre arrive finalement pour donner des nouvelles de l'acteur blessé : « Monsieur Drouot ne reviendra sur scène que lorsque la personne qui a proféré ces paroles aura quitté la salle. » Le monsieur obtempère et le spectacle reprend. Ambiance !

« Tiens, j'ai découvert ton blog, me lâche Tom.
— Ha bon ! Je me demandais justement si...
— C'est Carmela qui m'en a parlé.
— Oui, je m'en doutais.
— Je dois t'avouer que je suis allé regarder les articles dans lesquels j'apparaissais...
— Et ça va ? Tu n'es pas fâché par ce que j'ai écrit à ton sujet ?
— Non, pas du tout... Sinon, ça fait combien de temps que tu tiens ce journal ? »
Etc.

jeudi 28 février 2013

« Je ne suis pas sous le choc ! »

Échange déphasé. — De bon matin, à la gare de Bruxelles-Midi, chez mon habituel pourvoyeur de café, une cliente :
« Un café, s'il vous plaît !
— Pour boire sur place ?
— Pardon ?
— Vous voulez le boire ici, votre café, Madame ?
— Oui, oui, c'est pour moi ! »
Elle voit le vendeur préparer ledit breuvage dans une tasse en céramique et crie depuis le comptoir : « Non, non ! Le café, c'est pour emporter ! »

Restructuration. — Caterpillar Gosselies annonce la suppression de 1400 emplois et mon père, ouvrier sur une chaîne de montage de bulldozers au sein de cette entreprise depuis trente-neuf ans et des poussières, n'est pas du tout surpris. Voici l'analyse à chaud (légèrement remise en forme) de cet ancien délégué syndical FGTB qui, pour avoir siégé comme secrétaire au conseil d'entreprise pendant de très nombreuses années, connaît bien les rouages de l'usine : « Je ne suis pas sous le choc ! Je suis persuadé que le but poursuivi par le groupe est de se séparer des gens de mon âge à moindre frais en nous culpabilisant et en nous donnant le moins possible. Je dis cela car je sais que la prépension actuellement en place ne remporte pas beaucoup de succès et que les vieux, chers et peu rentables, ne partent pas. Nous avons d'ailleurs vécu une situation similaire en 1996... Le patron préfère toujours garder de jeunes ouvriers bon marché, prêts à reprendre le boulot sous n'importe quelles conditions et sans trop de formation. C'est aussi un appel au secours vers les politiques : Caterpillar a reçu il y a peu de grosses aides à l'investissement de la Région wallonne, mais ces aides sont liées à l'emploi, avec risque de remboursement en cas de non-respect. Je suis certain qu'ils ne rembourseront rien avec ce drame social. Tu verras ce que je te dis : les syndicats vont signer des prépensions de misère obligatoires et le patron aura obtenu ce qu'il veut, à savoir de jeunes travailleurs mal payés qui suivront les nouveaux systèmes de production... »

La guerre des sandwiches. — C'est ma collègue Wynka, amusée, qui me fait remarquer la présence de cette nouvelle pancarte fléchée sur le trottoir en face de notre bureau : « La seule vraie sandwicherie ! », y est-il inscrit au feutre, « Quatorze ans à votre service ! Préférez l'original à la copie ! » L'explication est à chercher du côté de cette seconde sandwicherie toute proche qui, apparemment, aurait été ouverte par une ancienne employée de la première et s'amuserait à proposer exactement les mêmes produits. — Qui eût cru qu'en ces temps de crise, l'espionnage industriel gagnât même le monde des sandwiches ?

Boule & Bill. — Le soir, à l'appartement, en compagnie de Mary et de Vivi, je parle d'une critique expéditive et négative de Hugues Dayez, récemment relayée par Carmela, à propos du nouveau film Boule & Bill (qui, en effet, semble atrocement nul) : excepté « le "Tintin" de Spielberg et le "Astérix" de Chabat », écrit-il, « la liste des adaptations de classiques de la bande dessinée belge et française ressemble à un champ de navets. » Voilà que Dayez se met à nouveau à divaguer et à placer dans le panier des bonnes adaptations cinématographiques le premier « Tintin » de Spielberg, alors que ce film est (je persiste et signe) le pire des navets : un navet que l'on a fait pousser avec beaucoup de moyens techniques et financiers, mais un gros navet tout de même. « C'est clair que ce film était une belle daube ! », approuve Vivi, se rappelant non sans sourire le summum du ridicule qu'est le combat final de grues. « Et je suis presque certaine, continue-t-elle, que Hugues Dayez ne l'a pas aimé non plus, en fait ; qu'il a été obligé par la RTBF d'en faire une critique positive ; que c'était ça ou la porte ! » (Je ne suis pas convaincu.) — Au paragraphe suivant, le chroniqueur explique que Roba lui aurait confié qu'une des erreurs de sa carrière avait été l'album Globe Trotters (le seul de Boule et Bill à proposer une histoire suivie et non une série de planches indépendantes les unes des autres). Est-ce possible ? Globe Trotters, une erreur ? Cet album qui a bercé ma petite enfance, que j'ai lu des centaines de fois, avec ces cases hilarantes où le pauvre et stressé John-Cadre d'Hinnamich regarde sa montre ? À chaque fois que je discute de Boule et Bill avec une connaissance (oui, oui, il m'arrive de discuter de Boule et Bill avec une connaissance), c'est, jusqu'à maintenant, toujours cet album-là qui est mentionné en premier ; c'est justement cet album-là qui apparaît comme le plus marquant de la série ! (C'est à n'y rien comprendre.)

jeudi 31 janvier 2013

Tranches - I

Pause café du matin. Un monsieur frappe discrètement à la porte d'entrée de notre bureau. « Bonjour... Peut-être vous souvenez-vous de moi ? Je suis le frère de Louis-Antoine... Nous nous sommes croisés au crématorium... Je suis en train de débarrasser l'appartement de mon frère et j'ai pensé que certaines archives pourraient vous intéresser... » Il se confie : « Je dois vous avouer que notre famille en a appris beaucoup sur Louis-Antoine depuis qu'il est décédé... C'était quelqu'un de très secret... Ce que nous avons découvert dans son appartement... Hem... Enfin, que voulez-vous ? On est bien obligé de faire le ménage, c'est la vie ! » (Il en a assez dit pour susciter ma curiosité et beaucoup trop peu pour la rassasier.)

« Nous allons devoir nous rendre chez lui pour trier ses affaires, frissonne Sylvette.
— Oui, et alors ?
— Ben ça ne va pas être facile : c'est un peu comme violer son intimité. »
(Suis-je le seul malade à trouver une excursion de ce type particulièrement excitante ?)

« Drôle de sensation que de voir ce gars débouler dans le bureau, remarque Charlotte. Il ressemble tellement à son frère ! Pendant une seconde, j'ai vraiment cru que c'était Louis-Antoine qui revenait d'entre les morts ! »

À force de la remettre à plus tard, l'ouverture de cette ridicule bouteille de Porto s'est métamorphosée en fantasme dans ma petite caboche. Maintenant que l'alcool est versé et que je peux le boire, la dégustation n'a plus aucun intérêt : c'est du Porto, voilà tout !

Dans le train du retour, une dame au téléphone : « Oui, allo ! J'aurais besoin de ton aide pour terminer mes mots croisés... Alors, je te lis la définition, hein... Voilà : "Carré d'un damier" en quatre lettres, et ça se termine par "S-E". Comment ? "Gase" ? Ça ne veut rien dire, ça, "Gase" !... Ha, "Case" ! Bon, d'accord, si tu le dis... Merci... Et ici, en cinq lettres, "Trophée" — avec "É" et "E" au bout — "de l'Indien"... "Trophée de l'Indien", oui... Avec un "C" en deuxième position. J'avais pensé à "Totem" mais ça ne rentre pas à cause du "C" en deuxième position... Comment ? "Scalp", dis-tu ? Tu écris ça comment ? D'accord... » (Peut-être devrait-elle essayer le sudoku ?)

Le soir, en compagnie de Carmela, Alizé et Pat, une conférence de Jacques Sojcher au théâtre Marni autour d'un aphorisme de Nietzsche (« Nous avons l'art pour ne pas mourir de la vérité »). « Comment en parler pendant une heure alors que le sujet en demanderait cinquante ? » : c'est approximativement de cette manière que le professeur de philosophie a introduit son exposé. (Effectivement, une heure, c'est très court : je n'ai pas appris grand-chose mais j'ai souvent acquiescé, mentalement du moins.)

« Je suis des cours de solfège avec un de tes potes... Un roux..., me lance Carmela.
— Un pote roux ?
— Oui, oui... Il est aussi dessinateur !
— Ha oui, Georges ! C'est amusant, ça ! »
(C'est Georges qui va être content : il apparaît dans ce blog, même quand je ne le rencontre pas en personne.)

« Donc, vous suivez tous les deux des cours de solfège dans l'ancienne école de ma fille !
— Ha bon ? Tu as une fille ?
— Eh bien ! Oui ! »
(Ah là là ! Si tout le monde lisait ce journal, ce genre de surprise ne pourrait plus exister.)

Ces gens qui prennent tout ce que je raconte au premier degré : je pourrais m'inventer une aventure au pôle Nord sans que ça ne les fasse tiquer !

« Ha-ha ! Vous avez vu Melancholia ! Et alors, comment l'avez-vous compris, ce film ? », leur demandé-je... Apparemment, ils ne l'ont pas du tout compris comme moi, alors je m'enflamme, heureux de pouvoir partager ma découverte : « La planète n'existe pas ! C'est simplement la dépression de Justine ! Et les chevaux qui s'arrêtent toujours avant de traverser le pont, qui ne peuvent sortir de cet univers clos... C'est limpide ! » Mais Alizé semble vexée : « Il n'y a pas qu'une seule vérité, tu sais, Hamilton ! » (Ça m'apprendra, tiens, à vouloir partager mes joyeuses prises de tête !)

De retour à l'appartement. Mary est là. Nous écoutons Grizzly Bear (« les plus belles harmonies pop depuis les Beatles ! ») ainsi que le sous-estimé Jason Lytle, ex-Grandaddy. Le dernier album solo de ce dernier, Dept. of Disappearance (octobre 2012), porte bien son nom : à peine est-il sorti qu'il a déjà disparu ! Peut-être, à l'instar de Mark Oliver Everett, Jason Lytle est-il l'homme d'une seule chanson, celle dans laquelle il explique merveilleusement bien qu'il n'est pas du tout à sa place dans ce monde ? — Encore un mélancolique !

Last Problem of the Alps by Jason Lytle on Grooveshark

samedi 15 décembre 2012

Don stepped outside...

Évidemment, je sais d'avance qu'il y a un risque ; qu'à partir d'une certaine densité d'inconnus partageant la même pièce que moi, je suis susceptible de me sentir mal. En début de soirée à la Maison du Peuple, lorsque j'explique à Léandra que j'ai peur de me retrouver, seul, coincé dans cette nouvelle salle en compagnie de nouvelles personnes, elle me rassure : « Mais non, tu ne seras pas du tout coincé ! Tu pourras toujours sortir si tu en ressens le besoin ! »

Léandra a parfaitement raison : je pourrai toujours m'échapper en cas de problème.

Donc, en seconde partie de soirée, prenant mon courage à deux mains (c'est ridicule, oui, oui...), je me rends à la fête d'anniversaire de Carmela, en plein cœur de la capitale. J'arrive en même temps que deux gars qui attendaient qu'on leur ouvre la porte : un ancien collègue prof de gym et un de ses potes qui, si j'ai bien compris, s'est auto-invité. Je suis parmi les tout premiers arrivants. Je parle un peu avec Carmela, lui offre son cadeau, puis discute quelques secondes avec son ancienne professeur de morale : « Oh, je suis ici parce que Carmela était vraiment une élève extraaaoooordinaire ! »

Puis arrivent les autres : des profs de français, des profs de morale, des profs, des profs à n'en plus finir, qui parlent de l'année scolaire et de leurs étudiants ; des couples aussi, des couples, des couples qui se connaissent et dont la conversation épouse une mécanique parfaitement huilée... Ophely est là et je discute un instant avec elle : « T'as vu ? Leur bébé est né ! », « Tom n'a pas pu venir ? » (Non, car il doit garder la petite). Etc.

Ensuite, me sentant à la fois trop près (physiquement parlant) et trop éloigné de la plupart de ces gens (à des années-lumières de leurs cours et de leur discours aucune critique, juste un constat), je m'éloigne, m'assieds à l'une des chaises hautes du bar et commande une Duvel. En attitude, je dois ressembler à ce type dont on ne voit que le dos dans le magnifique Nighthawks d'Edward Hopper. Pendant une petite heure, j'écoute les conversations en jouant avec huit sous-bocks : j'essaie de les positionner de la manière la plus parfaite et élégante possible, à équidistance des bords du comptoir. Personne ne me parle, personne ne semble me remarquer... Tant mieux !

Puis c'est l'heure du concert. Tout le monde se rend dans la salle contiguë. J'en profite pour récupérer mon manteau et fuir dans la nuit froide et humide.

Je suis beaucoup trop morose pour rentrer directement chez moi. J'ai besoin d'une autre atmosphère pour me régénérer un tant soit peu, alors je décide de faire un crochet par le Moeder Lambic tout proche. Hasard du programme : Léandra, qui rentre elle aussi d'une soirée dans le centre-ville, me rejoint. — Ouf ! De l'oxygène, de l'oxygène !

jeudi 20 octobre 2011

"Choro Original"

Ce soir, comme tous les jeudis jusqu'au 15 décembre, à différents endroits de la capitale belge, des musées ouvrent leurs portes pour une "Nocturne" (comprendre : "On ouvre jusqu'à 22h, plus rarement jusque minuit, woaw !"). Aujourd'hui, c'est le cas du Musée du costume et de la dentelle (définitivement hors de question que j'y mette les pieds), du Musée de la Ville de Bruxelles (ça pourrait être intéressant), du Musée d'Art fantastique (oh !), du Musée Constantin Meunier (ah ?), du Musée bruxellois du moulin et de l'alimentation ("Bonbons, caramels, gâteaux et pâtes de fruit" : merde, ça donne envie !), ainsi que du Palais des Beaux-Arts et du Musée des instruments de musique (le MIM), qui centrent tous deux leurs activités autour du Brésil. L'idée, lancée par Mademoiselle Léandra Courbet – lointaine descendante en ligne très indirecte du peintre du même nom – a toujours été d'aller au MIM, notamment pour voir, dans une des salles du musée, la représentation musicale du "Choro Original", groupe de quatre musiciens au sein duquel joue mon ami Tom, guitariste, musicologue et mélomane, celui-là même qui a été jusqu'à Prague pour s'acheter un luth (et qui compte d'ailleurs en commander un second, auprès du même artisan !).

Léandra et moi rejoignons Andrew à l'entrée du MIM. Emily est malade et reste donc chez elle. Jonas devait peut-être nous rejoindre mais tout compte fait ne vient pas. Quant à Walter, il a aussi été question durant un bref moment qu'il nous rejoigne, et puis non : il passera la soirée chez lui avec Mary. De toute façon, je ne l'imaginais que trop bien dans ce musée, contemplant sans passion un instrument de l'époque baroque ou jouant avec son smartphone durant le concert de musique brésilienne... Ceci étant dit, peut-être est-ce que je me trompe lourdement ? Peu importe. Nous ne serons donc que trois pour cette soirée musicale.

Nous commençons par une visite de quelques unes des salles du musée : la salle des instruments traditionnels puis celle consacrée à l'époque classique. On notera en passant qu'ils ont changé leur système d'audioguides. Auparavant, il s'agissait d'un système automatique qui se mettait en marche lors du passage devant une vitrine d'instruments, permettant d'écouter le son desdits instruments. Aujourd'hui, c'est un système un peu plus bancal : à l'entrée, on nous distribue un casque qu'il faut brancher à chaque fois dans une des quatre prises mini-jack placées sur une borne devant les vitrines. Lorsque quatre personnes sont connectées simultanément à une même borne, le signal sonore est dillué et on n'entend plus grand chose. Bref, ce n'est pas terrible, mais je suppose que l'ancien système d'audioguides par infrarouge était devenu défectueux. Ayant travaillé moi-même dans un musée utilisant de vieux audioguides pourris qui fonctionnaient une fois sur deux, je ne vais pas leur jeter la pierre. Ça devient vite obsolète, ces petites choses, ma brave dame !

À un moment, je ne peux m'empêcher d'appuyer sur la touche d'un piano sur lequel il n'est pas écrit "Ne pas toucher". Et en plus, il n'est même pas accordé, ce salaupiaud !

À l'entrée de la salle des instruments classiques, nous finissons par croiser Tom, accompagné d'Ophely et de leur bébé Sophia. Carmela est là également, accompagnée d'un gars taciturne. "Je ne sais pas si vous vous connaissez", lance Tom. Elle ne se souvient apparemment plus de moi (j'ai l'habitude), mais je me souviens d'elle, évidemment : "Mais oui, on a même fait un bowling ensemble...". Ou plutôt : elle nous avait regardés jouer au bowling... C'était il y a presque six mois, avec Christelle, pour l'anniversaire de Tom. Je peux même retrouver le jour exact, le tout premier jour jamais écrit dans l'ancêtre de ce journal : le 22 avril 2011. (Ha ! Le présent journal s'avère utile, contre toute attente. Dans 10 ans, non seulement je pourrai peut-être concourir pour le Livre des records mais aussi – plus important encore – faire le malin en retrouvant une occurrence très précise enfouie dans un lointain et glorieux passé.)

Le concert va bientôt commencer : nous allons donc nous installer sur un des bancs improvisés de la petite salle. Le groupe est composé de Tom (guitare et cavaquinho), de Guy Buyse (guitare, cavaquinho et cistre), de Pierre Gevaerts (guitare et bandolim) et, en guest star, du percussionniste Osvaldo Hernandez (pandeiro une sorte de tambourin brésilien et maracas). Pour autant que je puisse en juger, le groupe est bon et Osvaldo Hernandez tout bonnement impressionnant : je l'avais déjà vu il y a deux ans, pour une représentation en solo. Ce type, on devrait l'appeler "Mr. Tambourine Man", comme dans la chanson de Dylan, ou plutôt "Mr. Pandeiro Man", tant il semble ne faire qu'un avec son instrument. Autre façon de voir les choses, le point de vue de Léandra : on a l'impression que son tambourin est doté d'une vie propre. Avant d'avoir vu joué ce gars, jamais je n'aurais cru qu'on pouvait faire autant de sons et de rythmes différents avec un "bête" tambourin. Mention spéciale à cette technique qui consiste à effleurer la peau du pandeiro avec un doigt pour lui donner un son saccadé si particulier. Le gars sait qu'il est bon et il en surjoue même un peu. C'est aussi le seul musicien à avoir droit à un vrai solo (avec applaudissement durant le morceau, comme dans les concerts de jazz). Hé oui, on a pu le voir : il est d'une dextérité inouïe.

Et en plus, il chante, parfois : Osvaldo, l'homme multifonction.

Le concert se termine d'une manière abrupte car il est l'heure et l'heure c'est l'heure ! Une dame du musée se pointe une première fois vers 21h30 et fait de grands gestes destinés à arrêter les musiciens, qui ne la voient pas. Elle revient cinq minutes plus tard et interrompt la musique en parlant. Et elle travaille dans un musée des instruments de musique ? Pfff... Andrew la comprend, "ayant déjà travaillé dans un musée durant une nocturne". Ben moi je ne la comprends pas. S'il y a bien un truc que je ne supporte pas, c'est quand on interrompt des artistes (d'autant plus qu'ils allaient vraiment terminer, qu'ils n'en avaient plus que pour une ou deux minutes).

* * *

Nous finissons la soirée au café "La Fleur en papier doré". Léandra comptait y manger une soupe à l'oignons. Pas de chance : le cuisinier vient de partir. Léandra, désespérée : "Vous n'avez même pas une soupe en sachet ?". Non, même pas : nous devrons nous contenter d'une assiette mixte. Et pour ma part, je comptais y boire deux Orval, mais je n'aurai droit qu'à un seul, car le serveur m'oubliera à deux reprises. Ce n'est pas notre soirée.

Durant cet après-concert, Andrew parle d'encre de Chine. Andrew n'est jamais arrivé à utiliser correctement un stylo à l'encre de Chine. Andrew est traumatisé par l'encre de Chine. Il a eu à subir deux examens de passage pour son cours de dessin (!), en première et deuxième secondaires, parce qu'il n'arrivait pas à faire quelque chose de correct avec son Rotring (Andrew m'a appris en passant que le fameux stylo allemand était rempli de véritable encre de Chine).

Mes deux amis parlent également beaucoup de leur cours d'impro débutants, qu'ils suivent avec assiduité (avec assiduiqui ?) tous les mercredis soir. Ils doivent y faire une série d'échauffements physiques, puis intellectuels, du genre : être couchés dans le noir et se mettre à compter tout haut ; si deux personnes lancent le prochain nombre en même temps, on recommence à zéro. Ou encore : se lancer des sorts imaginaires ; si quelqu'un dans la salle lance "FREAK OUT !" (littéralement "paniquer", "péter les plombs"), tout le monde doit courir frénétiquement dans tous les sens, en faisant plein de gestes et en se cognant. Léandra me dit que je devrais aussi faire de l'impro. C'est totalement hors de question : déjà, c'est trop cher pour moi ; ensuite, le théâtre, le jeu d'acteur, l'improvisation, ça n'a jamais été trop mon truc. Plus tard, elle me dira que je devrais participer à des ateliers "Jeux de société", ce qui me plaît déjà beaucoup plus !

Constat, à la sortie de La Fleur en papier doré : le bus 48 passe à l'arrêt juste devant le café. Il dépose Léandra près de chez elle, à la Porte de Hal, et me dépose à... 28 secondes du pas de ma porte. Quant à Andrew, il pourra happer le bus 95 qui passe aussi à deux pas de chez lui. C'est magique !

vendredi 22 avril 2011

Retour de Christelle

Christelle arrive de Lyon en voiture en fin d'après-midi. Je suis content. On passe la soirée au bowling avec FBsr, Alineke, Tom, Ophely et son amie Carmela, puis on va manger à La Fleur en papier doré.