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vendredi 5 avril 2013

Brume

Une autre partie du champ de bataille.
« Un antibiotique ! Un antibiotique ! Mon royaume pour un antibiotique ! J'ai joué ma vie sur un coup de dés, j'en veux courir les risques... Un antibiotique ! un antibiotique ! Mon royaume pour un antibiotique ! »
Après le songe, cette pensée : c'est justement parce que je suis malade et prends déjà des antibiotiques que je fais tous ces rêves étranges entrecoupés de réveils en sursaut.

Dans un autre rêve, il est question de fin de mot. Des phrases se forment devant mes yeux et je dois absolument trouver, pour chaque mot d'une phrase donnée, un mot qui se termine de la même façon. La chose me paraît alors normale, logique, extrêmement importante et particulièrement intelligente ; au réveil, par contre, je n'aurai plus aucune considération pour l'exercice : « Quel rêve idiot ! »

« Il faut que je me lève ! » Et je me lève, en effet : je sors de mon lit d'un saut étonnement énergique, m'assieds devant mon ordinateur et commence à travailler d'arrache-pied sur plein de projets : je termine la mise en page d'un rapport pour mon travail, j'écris des pages entières de réflexion pour mon journal, je pense à Dorabella, qui hante toujours mes nuits. — Puis je me réveille ! Classique : j'ai rêvé que je me réveillais. Suis-je éveillé maintenant ? De toute façon, « il en est ainsi : nous dormons », comme dirait l'autre.

Souvenir. — Lorsque j'étais un enfant fiévreux sous antibiotique — et dieu sait (simple expression) que j'en ai pris, des antibiotiques, quand j'étais gamin ! —, je grinçais des dents dans mon lit le soir et, ce faisant, je « voyais » tournoyer d'impalpables formes géométriques. C'était vers l'âge de sept-huit ans et je n'ai plus jamais revécu cette curieuse et intéressante expérience depuis lors.

Toujours pas d'hallucinations ni de phénomènes de dépersonnalisation liés à la clarithromycine. Un petit Orval pour accélérer le processus ? — Il faut vraiment que je sois fiévreux pour imaginer de telles idioties !

Toutes ces mites dispersées dans notre appartement depuis quelques semaines et dont je ne trouve pas le foyer ! Depuis que j'en ai vu une sortir d'un paquet de céréales, je les déteste : j'ai l'impression que je vais en croquer deux ou trois d'un coup si je mâche un morceau de nourriture. — Ha, si l'un des nombreux avatars de Mimi l'araignée trônait encore aujourd'hui fièrement dans la cuisine, rien de tout cela ne serait jamais arrivé !

Eh bien ! Il n'aura fallu que trois saisons de The Big Bang Theory pour que ce show perde presque toute sa saveur et sa drôlerie, et s'enfonce dans de longues et banales histoires de couples qui s'embrassent et font l'amour (ou du moins essayent). Déception donc, mais je me suis procuré les premiers épisodes de Seinfeld pour oublier.

« Je te recommande la merveilleuse série Weeds » (Carmela) ; « Je voulais te causer de la série que j'ai vue ce soir sur Arte, Real Humans » (Esildut). — Doucement ! Je n'ai qu'un cerveau, deux yeux et deux oreilles !

samedi 23 février 2013

Le forestier circonspect

Roland Emmerich, sors de ce rêve !De l'autre côté de la grande fenêtre, les ténèbres menaçantes sont entrecoupées par de brefs et curieux éclairs qui irisent le ciel et se reflètent sur la cime des arbres en face de la maison familiale. Ma mère frissonne avant de fermer les rideaux. Ma fille, assise bien droite dans le divan, est tétanisée : « Que se passe-t-il, Papa ? » « Je ne sais pas, Gaëlle. Personne ne le sait ! » Mon père allume la télévision : « ... ceux qui nous rejoignent à l'instant, je répète la nouvelle du jour : une structure inconnue d'une dimension gigantesque est suspendue en ce moment au-dessus de la ville de Charleroi. Ses effets se font sentir à une vingtaine de kilomètres à la ronde. Des interférences... » Puis les lumières de la maison se mettent à faiblir et à mourir. Panne d'électricité. Un vrombissement assourdissant me vrille les tympans et, dans les nuages, les éclairs redoublent d'intensité... et je me réveille ! Pendant quelques secondes, je me demande comment j'ai pu m'endormir au beau milieu d'une situation pareille, puis je me souviens que cette apocalypse n'était que de l'ordre du cauchemar.

« Zelda ! » — Dès que je me lève, Gaëlle accourt vers moi et me tend sa Nintendo 3DS : « Zelda ! », réclame-t-elle, joyeuse, à la manière d'un bébé qui apprend à parler. Elle veut à nouveau me regarder jouer à The Legend of Zelda: Ocarina of Time. L'histoire commence le 3 novembre 2012, date à laquelle ma fille a compris qu'il était aussi amusant de regarder quelqu'un passer son temps sur un jeu vidéo que d'y jouer soi-même. Depuis lors, je suis condamné à jouer à sa place. J'aurais terminé Ocarina of Time depuis longtemps si Gaëlle n'avait pas effacé la première sauvegarde à l'occasion d'une mauvaise manipulation et si le professeur Layton ne m'avait pas détourné du chemin semé d'embûches tracé spécialement pour moi par le vénérable Arbre Mojo. Aujourd'hui, samedi 23 février 2013, « nous » attaquons enfin la noire forteresse retranchée de Ganondorf. Et demain, le combat final avec ce seigneur diabolique aura lieu ! (Mais, me rétorquera-t-on à raison, qu'est-ce qu'on en a à battre, n'est-ce pas ?)

Le chêne. — Parmi les principales critiques que l'on pourrait émettre à l'encontre du présent journal, la suivante : que, en raison notamment de leur quotidienneté, les articles et les paragraphes s'enchaînent sans que ne soient jamais précisées leur importance et leur hiérarchie au sein de l'ensemble. — Tout se vaudrait-il donc ? Absolument pas ! Considérons plutôt ces bouts de texte comme des fiches dont l'essentiel (si essentiel il y a) ne pourra seulement être décidé que dans une dizaine d'années tout au moins. — Ou encore comme une forêt qui vient d'être plantée par un impénétrable forestier circonspect : on ne peut dire aujourd'hui à quel endroit pousseront les arbrisseaux ni à quel autre poussera le chêne, ni même d'ailleurs si ce dernier poussera un jour.

jeudi 24 janvier 2013

Nombril béant

Rêve de nombril ouvert.Je touche mon nombril (un tic que j'ai insidieusement acquis, hors de tout rêve, depuis ma cholécystectomie par incision ombilicale) et mon doigt s'enfonce dans la chair, sans retenue. Je regarde mon ventre et me rends compte que cet ombilic qui devrait être un simple creux est curieusement devenu un trou béant donnant sur l'intérieur de mon corps. J'y aperçois un organe grisâtre et vivant. Je ne saigne pas. Je ne suis pris d'aucune panique mais je pense tout de même que cette « ouverture directe vers ma mécanique intérieure » n'est pas normale et qu'il faudrait que je contacte au plus vite un chirurgien... — Et le réveil sonne ! Bien sûr, même si je sais pertinemment que ce n'était qu'un rêve, je vérifie tout de même l'état de mon nombril.

Intérieur des corps. — On pourrait développer toute une théorie farfelue sur la symbolique de ce nombril béant rêvé (sur l'« ego sacrifié », le « néant du moi », voire même une pensée aux contours plus sexuels ?), mais il faudrait plutôt chercher du côté de cet aphorisme de Nietzsche que j'ai lu hier en début de soirée (Le Gai savoir, §59) qui traite, du moins dans sa première partie, de « l'être humain sous la peau », plus précisément de cette abomination qui consiste à considérer un être aimé (une femme aimée) comme autre chose qu'une simple âme/forme, comme un corps lui aussi esclave des nécessités de la nature. (Je comprends très bien cette idée pour l'avoir moi-même déjà pensée à de nombreuses reprises sous d'autres formes : pourquoi cette peau est-elle si lisse et si belle alors que l'intérieur du corps ne semble pas soumis à pareille esthétique ? Mais c'est retourner le problème : la peau humaine ne nous paraît-elle pas agréable à la vue et au toucher simplement parce que nous la voyons et la touchons tout le temps — parce que nous y sommes habitués —, alors que nous observons beaucoup plus rarement, voire jamais, des viscères grouillantes ?)

Antiphilosophie. — Lu d'une traite : L'antiphilosophie de Wittgenstein, un éclairant traité signé Alain Badiou. En premier lieu, j'y ai appris le concept même d'« antiphilosophie », terme que Badiou emprunte à Lacan et qui désigne une pratique reconnaissable aux trois grandes opérations qui la constituent : 1) la destitution pure et simple de la philosophie en tant que discours de la vérité ; 2) l'affirmation que l'essence de la philosophie ne réside pas dans la théorie (considérée comme toujours fallacieuse) mais dans l'acte lui-même ; 3) le disqualification de la « maladie philosophique » à l'aide d'un acte d'un genre nouveau, de nature a-, anti- ou supra-philosophique, qui veut se situer en dehors de la philosophie. Parmi les antiphilosophes modernes, on retrouve notamment Kierkegaard, Nietzsche, Wittgenstein, Lacan... — Dans son texte, Badiou explicite puis critique certains points centraux de la doctrine du Tractatus logico-philosophicus, montrant en quoi la démarche alors « définitive » de Wittgenstein relève de l'antiphilosophie. Il ne fait par contre qu'effleurer l'œuvre du « second Wittgenstein », celui des Investigations philosophiques et autres textes jamais publiés de son vivant. Ce Wittgenstein-là, qui troque le ton péremptoire de son premier chef-d'œuvre (le Tractatus) contre une philosophie tourbillonnante faite de questionnements toujours fuyants, Badiou avoue ne pas l'aimer. — (Ce petit livre m'a permis de beaucoup mieux saisir certains passages du Tractatus et aussi, dans le même élan de compréhension, d'en cerner les limites. J'ai pris des notes, mais je remets à plus tard l'éventuel compte rendu.)

Et l'humain dans tout ça ? Beaucoup de lectures et de pensées multiples ces derniers jours, mais très peu d'humains en chair et en os ! Certes, l'humain est fort absent de mon journal ces jours-ci, mais je ne vais pas inventer des rencontres pour le simple plaisir de combler mes propres vides relationnels. 

Pour tempérer le propos précédent... Hier, un coup de fil de Léandra, une belle discussion avec Mary à l'appartement, quelques bières et même trois cigarettes. « Ça va, Hamil ? Tu as rencontré quelqu'un ? », me demande-t-elle alors que je souris sans raison, debout, cigarette en bouche, devant la fenêtre ouverte de la salle à manger. — Non, non, absolument personne, mais il y a quelque chose de propre à l'instant qui me rend heureux : la cigarette, l'air froid qui s'engouffre dans l'appartement et qui effleure mes joues, le panorama sur la nuit bruxelloise, les habitations, les cheminées, ce genre de choses...

mardi 25 décembre 2012

Glouglou

Rêve de poissons d'argent.Chez mes parents. Ma chambre et celle de ma fille sont toutes les deux infestées par des lépismes, ces petits insectes qui ressemblent à des vers et qui se faufilent d'habitude dans les pièces humides des maisons. Ils grouillent par milliers... Les écraser ne sert à rien car dès qu'un vide se forme sur le parquet après y avoir posé et relevé un pied, d'autres de ces bestioles le comblent aussitôt. Ma mère nous explique qu'on ne peut rien y faire et qu'il va falloir que nous dormions dans nos lits respectifs en compagnie des poissons d'argent. « De toute façon », m'assure-t-elle, « ils sont inoffensifs ! », et je me réveille !

« Moi, je crois en Dieu ! » — Gaëlle n'en démord pas : elle croit en Dieu et en Jésus : « Maman m'a mise au cours de morale mais moi, je voudrais aller en religion catholique ! » Dans une famille athée depuis au moins deux générations, tant du point de vue paternel que maternel, la déclaration a de quoi surprendre ! — Ma fille va à contre-courant, elle incendie déjà ses aînés : c'est une très bonne chose. D'ailleurs, si elle s'était déclarée mécréante d'emblée, je me serais méfié.

Repas de Noël. — Ma grand-mère et Lazlo (le meilleur ami de mon père) participent à ce repas de Noël chez mes parents. Au menu : un simple velouté de tomates, des chaussons au potiron et à la feta (très bons et très simples à réaliser, je le note) ainsi que, en plat principal, la traditionnelle dinde. — Pourquoi ? Pourquoi faut-il donc qu'il y ait à chaque fois ce « gros poulet » répugnant (esthétiquement parlant) ? Arrivé à ce moment du repas, je n'ai déjà plus très faim et ce pauvre dindon m'achève complètement ; il me nargue avec ses os à décortiquer et la complexité de son corps jadis glougloutant... Un blanc pour moi, merci, comme ça je suis certain de ne pas tomber sur de l'immangeable ! — Enfin, arrive le dessert : des choux à la crème garnis de framboises et de chocolat fondant, préparés par mon père. Retour à la délicieuse simplicité !

Belote. — Bobonne est partie se reposer ; Gaëlle regarde la télévision. Nous sommes quatre adultes ; le moment rêvé pour une belote ! Ha, que j'aime ce jeu de cartes ! À chaque fois que je joue à la belote, j'ai envie de partager tout ce qu'elle représente pour moi (j'ai déjà essayé), mais c'est peine perdue : seule une personne qui a connu elle aussi ces veillées nocturnes estivales avec huit cartes en main pourra sans doute appréhender ce que je veux dire. — Dès qu'on cerne ce jeu et qu'on sait quelle carte jouer (autrement dit dès que c'est un tant soit peu automatique), la partie se déplace ; elle trouve son intérêt ailleurs : dans la complicité des partenaires et dans la bulle sociale formée par ce groupe de quatre joueurs. Le jeune Schopenhauer considérait le jeu de cartes comme une des manifestations les plus visibles de l'ennui en ce monde, mais en ne focalisant sa pensée que sur cet aspect-là du jeu, il en a sans doute loupé un autre, primordial... Oui, peut-être joue-t-on aux cartes pour passer le temps (pour ne pas succomber à l'ennui), mais on y joue aussi pour se retrouver.

lundi 24 décembre 2012

Non-réveillon

Rêve de gratte-ciel.Je me trouve sur le toit d'un gigantesque gratte-ciel. Dans mes bras, un peu comme si je tenais un bébé, se trouvent mon nouvel ordinateur portable et un disque dur externe. Je dois descendre de l'immeuble en m'agrippant à sa façade. Je regarde en direction du sol pour estimer la distance qui sépare la rue de ma position haut perchée... En vain : après quelques étages, le bâtiment se noie déjà dans les nuages. Je décide tout de même de dévaler la paroi verticale d'une main, en maintenant de l'autre l'ordinateur et le disque dur contre ma poitrine. Après quelques mètres de descente seulement, je lâche ces deux composantes qui en une seconde disparaissent dans le brouillard en contrebas. Je me retrouve aussitôt au niveau de la rue pour examiner le matériel : il est en lambeaux mais fonctionne encore sans aucun problème. « Ah, quelle chance ! », et je me réveille !

Non-réveillon. — Rien de spécial en cette veille de Noël : mes parents ont décidé de seulement faire un grand repas demain midi. Nous nous contentons donc de quelques « Apéricubes », de deux paquets de chips, de trois cougnous et de différentes sortes de délicieux boudins... Gaëlle passe sa journée soit à se promener dans World of Warcraft, soit à jouer aux Pokémons. De mon côté, alors que ma fille n'est pas occupée sur ces derniers, je termine Professeur Layton et l'Étrange Village : j'avais compris quelle était la véritable nature du village presque dès le début du jeu (je suis content de moi)... Dans les jours à venir, il ne me restera plus qu'à dénicher et à résoudre trois des énigmes du jeu ainsi que la grosse dizaine d'énigmes complémentaires que comprennent les « Extras » : elles ont l'air beaucoup plus coriaces que celles présentes au cours de l'aventure...

Les questions de Mère-Grand. — Je passe une petite heure chez ma grand-mère, qui habite dans la même maison que mes parents, à l'étage du dessous. — De toutes les personnes proches que je côtoie en ce moment, je pense que c'est la seule qui, cette année, m'a posé franchement la question de mon bonheur : « Es-tu heureux en ce moment ? » J'ai donc pu lui répondre, sans trop mentir : « Oh oui ! Assez curieusement d'ailleurs ! » Je lui explique que je lis beaucoup et apprends de nouvelles choses, et que quand je suis dans ce genre de phase, c'est que ça va bien ! Amen.

samedi 8 décembre 2012

Souffle

Cauchemar opalin. — Ce rêve : je suis chez mes parents. Ma tante frappe à la porte vitrée, entre dans la salle à manger et me parle : « Hamilton ? Accompagne-moi un instant, je dois absolument te montrer quelque chose ! » et elle me conduit jusque dans l'allée de graviers qui mène à son garage. Y sont éparpillés des morceaux de plastique noir, des bouts de métal et des lambeaux de tissu. Je remarque assez vite qu'il s'agit des restes du vieil ordinateur et des quelques vêtements sales qui se trouvaient dans ma valise bêtement perdue dans le train Bruxelles-Liège du 9 novembre (voir ICI). Je retrouve également des débris de ce fameux appareil photo argentique Leica reçu par « héritage interposé » (voir ) : il y a dans les graviers trois objectifs brisés ainsi qu'un antique boîtier photographique complètement démantibulé. Étaient-ils eux aussi dans la valise ? Je ne sais pas ; je ne m'en rappelle pas et je trouve bizarre de ne pas m'en rappeler. Enfin, au milieu de l'allée, je découvre un petit carnet à mon nom, dans lequel se trouve l'adresse de la maison familiale.

Je comprends que c'est grâce à ce carnet que des fragments d'objets personnels se sont retrouvés ici : quelqu'un s'est emparé de ma valise et a détruit méticuleusement ce qui m'appartenait ; maintenant, il me fait savoir qu'il sait où j'habite. Une angoisse panique enveloppe soudainement tout mon être, avec cette certitude absolue : un inconnu me veut du mal, désire jouer avec moi... Ces quelques lambeaux de ma vie répandus sur le sol devant le garage ne sont qu'un préambule à quelque chose de beaucoup plus malsain. — Et je me réveille en sueur, bordel !

Gériatrie. — Donc ma vénérable et bien-aimée grand-mère est à l'hôpital depuis ce mercredi. Elle racontait à nouveau des salades et ma famille a préféré appeler l'ambulance. Les médecins lui ont fait passer un scanner et toutes sortes de tests mais ils n'ont strictement rien découvert : pas le moindre vaisseau sanguin obstrué, pas la moindre anomalie cérébrale... Diagnostic : sans doute un délire lié à une trop forte prise de Tradonal, en interaction avec d'autres médicaments. Mais Bobonne, dans son égarement, a voulu à tout prix sortir de son lit d'hôpital et a méchamment trébuché. Elle est donc toujours hospitalisée, avec les jambes gonflées, le menton tuméfié et les yeux au beurre noire. Je déteste la voir à ce point amoindrie, mais c'est la vie et il ne faut pas se voiler la face.

Ma maman me conduit auprès d'elle en début d'après-midi. Gaëlle est présente ; elle lui a fait un joli dessin. C'est sans doute la première fois que ma fille voit une vieille personne à ce point amochée, mais elle prend l'air de ne pas s'en rendre compte. Elle repart avec ma maman pour trouver un cadeau de Saint-Nicolas. Je reste une grosse heure en compagnie de ma grand-mère endormie et passe le temps en faisant ses mots croisés. Dans l'autre coin de la chambre double, se trouve la grand-mère sourde (et plus vieille encore) de mon ancien colocataire d'université : elle est assise dans son fauteuil et regarde droit devant elle, d'un air extrêmement sérieux et interrogatif. Une pensée : « Voilà ! Cette dame a presque exactement trois fois mon âge et elle a un air interrogatif... Elle pourrait avoir dix mille ans que ça ne changerait rien à l'affaire : elle serait toujours en train de s'interroger ! » — Ces gens n'en savent pas plus que moi ! De toute façon, comment pourraient-ils en savoir plus ? On traverse l'existence, on se pose plein de questions et puis on meurt. Il n'y a aucun sens à tout ce chaos luxuriant si ce n'est celui qu'on veut bien lui donner.

Ma grand-mère est réveillée. Avant de la quitter, je lui dis (en partie en wallon — et dans un sens affectueux, en référence à ses blessures) : « Ah là là, Bobonne, t'è-st-arindjî ! ». Elle me répond, avec le sourire, qu'elle espère que c'est bien la dernière fois qu'elle déraille. Un jour, sans crier gare, je me suis réveillé et j'ai remarqué que ma grand-mère avait perdu presque tout son souffle.

vendredi 26 octobre 2012

Déesse de jeu

[J+2]. — Les retards d'écriture de ces derniers jours sont à mettre sur le compte de ma fille Gaëlle et de mon amie Léandra Courbet qui, en compagnie de son tristement célèbre acolyte Andrew B., a décidé de détourner du droit chemin l'honnête et probe Hamilton en débarquant à la Maison du Peuple à une heure indue, l'invitant même à venir manger des rillettes de porc chez elle. Pour toute réclamation, prière donc de vous adresser directement à ladite L.C. (leandra.courbet@gmail.com). — Un petit message, s'il n'est pas insultant, lui fera d'ailleurs plaisir, voire même le plus grand bien !

Rêve n°1.Gaëlle et moi remontons l'escalier d'une bouche de métro. Ma fille sort du tunnel la première et je la perds de vue un instant. Lorsque, à mon tour, j'arrive au niveau de la rue, Gaëlle n'est toujours pas visible. Je me trouve au milieu d'une place noire de monde, curieux mélange entre l'arrêt « Louise » à Bruxelles et un quartier de Wadesdah (la ville arabe imaginaire dans Les Aventures de Tintin). À mes pieds, sous une petite table, son cartable et son manteau, mais pas de Gaëlle ! Je panique et je crie son prénom de plus en plus fort... Sans résultat. Personne ne fait attention à moi. Je me réveille en sursaut : je suis dans mon lit. Tout va bien. Gaëlle dort dans la chambre d'à côté. Bordel, quel cauchemar idiot !

Rêve n°2.Dans ce rêve-ci, il est question d'une femme corpulente (un peu dans le genre de Carole Fredericks) qui veut me prouver qu'il n'y a rien de mieux, en matière de plaisir, qu'un baiser posé délicatement sur la lèvre inférieure. Elle rapproche son visage du mien et embrasse cet endroit précis. Après l'expérience, je lui déclare, dubitatif : « Pour que ce que tu dis soit vrai, il faudrait que mes lèvres soient beaucoup moins sèches ! » C'est tout ce dont je me souviens.

Cadeau. — Dans les couloirs de la Fnac en fin d'après-midi, Gaëlle veut absolument savoir quel cadeau nous allons lui offrir demain à sa soirée d'anniversaire. À chaque fois qu'elle croise un objet qui lui plaît, elle me demande : « C'est ça, Papa ? C'est un robot qui se transforme ? », « C'est ça, Papa ? C'est une boîte Hello Kitty ? »... À chaque fois, je lui réponds : « Oui, c'est ça !
— Ha chouette ! Super ! C'est vrai ? C'est vraiment ça ?
— Non. » 
Dans le tram de retour : « Papa ? Moi, ce que je voudrais vraiment comme cadeau, c'est une "déesse de jeu".
— Une quoi ?
— Une déesse de jeu, avec Super Mario.
— Haaaa, une Nintendo DS ! »
Coup de pot : c'est ce qu'elle va recevoir.

vendredi 28 septembre 2012

Bougies

Rêve d'Australie. — Je suis à peine rentré du Québec que je repars pour l'Australie, du moins en rêve. Je suis sur le pont supérieur d'un bateau et j'aperçois au loin, sur le rivage, une tour qui ressemble à celle du stade olympique de Montréal. C'est là que je me dis, émerveillé : « Ha, j'arrive enfin à Sydney ! »

Néanmoins, une fois débarqué, je ne suis pas dans une grande ville mais à la périphérie d'un petit village encerclé par un désert rocailleux. Derrière les rochers oranges sur lesquels poussent quelques maigres buissons, le coucher de soleil est tellement rouge que je pense un instant avoir affaire à un gigantesque incendie. Je me balade dans ce désert de roches à la lisière des maisons. Je ne suis pas seul : d'autres personnes y flânent comme s'il s'agissait d'un parc (et dans une certaine mesure c'en est un, car des sentiers y sont aménagés pour les promeneurs). C'est à ce moment que je me rends compte que je n'ai pas un seul dollar australien sur moi, que je n'ai pas pensé à débloquer ma carte de débit pour pouvoir l'utiliser à l'étranger et que le solde de ma carte de crédit est presque à zéro ; en bref, que je suis en vacances en Australie sans moyen de paiement. Je stresse, puis je me dis que je trouverai bien une solution, car je comprends plus ou moins que je suis en train de rêver.

J'arrive à l'auberge où je suis censé loger — encore une auberge de jeunesse ! L'ambiance de la demeure est du genre « Spring break » : partout, des étudiants en short ou en maillot de bain, bouteille d'alcool en main, en train de s'amuser, de danser, de courir partout, de crier... En faisant la file au guichet d'accueil, je remarque à travers la fenêtre derrière le comptoir qu'un homme est en train de baisser son short hawaïen pendant qu'une femme s'accroupit devant lui afin, me semble-t-il, de lui pratiquer une fellation. Des gens se mettent à siffler dans la maisonnée. La dame au guichet voit mon regard étonné, se retourne un instant vers la fenêtre puis me lance : « Ha oui, c'est un endroit où l'on s'amuse, ici. C'est comme ça tout le temps... » Et je me réveille ! (Je suppose que l'idée de me retrouver dans un lieu pareil me stressait plus que le fait d'être au bout du monde sans le moindre sou.)

« Une idée, c'est mille bougies allumées dans la nuit. » — Oui, mais encore faut-il que l'idée soit lumineuse. Une idée, ça peut tout autant être mille bougies qui s'éteignent.

mardi 25 septembre 2012

Le chemin de la gare

Orientation. — Après une réunion matinale dans la cité du Doudou, je redescends à pied de la vieille ville jusqu'à la gare. Étant donné que je suis totalement incapable de m'orienter — rapport sans doute à mon aversion pour les mouvements de jeunesse —, j'emprunte la mauvaise ruelle et je me retrouve je ne sais où, dans ce qui ressemble à un quartier étudiant. Après quelques autres malencontreuses déviations, me voilà en périphérie de la ville, dans une banlieue résidentielle. Au loin, le beffroi. Évidemment, je ne suis pas du tout sur le chemin de la gare. Évidemment, hors de question de demander la route à quiconque... Je marche d'un pas assuré tout en me demandant : « Mais où est-ce que je suis ? »

Hier, au travail, une discussion tournait justement autour du fait que je refusais catégoriquement de demander ma route aux gens, dussé-je être poursuivi par des loups en plein milieu d'une forêt lugubre et inhospitalière (mais dans ce cas, me rétorquera-t-on à raison, je ne croiserais de toute façon sans doute personne). Lors de la même discussion, Wynka expliqua que son compagnon réagissait exactement de cette manière : « Il préfère se planter complètement que de demander son chemin. C'est une question de fierté personnelle et de contrôle : hors de question de s'avouer perdu ! », puis elle rajoute : « Je dis ça, je dis rien, mais vous êtes tous les deux des capricornes ! » (Il est même né le 10 janvier, comme moi... Si ça, ce n'est pas une preuve indubitable de l'incroyable pouvoir des forces astrales qui nous entourent, je veux bien manger mon pantalon ! — Euh...)

Tout compte fait, je n'étais pas si loin de la gare. J'ai fini par retomber sur une des rues qui y menaient... et sans rien demander à personne, s'il vous plaît !

Solitude & sentiment de solitude. — « Un enfant aveugle de naissance ne sait pas qu'il est aveugle tant qu'on ne le lui dit pas. Et même alors, il ne se fait qu'une idée très théorique de ce qu'est la cécité ; seul celui qui a perdu la vue en possède la notion. Ben Hanscom n'éprouvait aucun sentiment de solitude pour avoir toujours été seul. La chose n'étant ni nouvelle ni limitée, il ne pouvait pas se rendre compte que la solitude était toute sa vie, qu'elle était simplement là, comme les deux articulations de son pouce et la petite irrégularité marrante de l'une de ses dents de devant, sur laquelle il passait la langue chaque fois qu'il se sentait nerveux. » (Extrait de Ça de Stephen King.) — De tous les personnages du roman, Ben Hanscom est de loin mon préféré.

Pour se sentir seul, il faut avoir éprouvé au moins une fois le fait d'être accompagné : c'est, en résumé, ce qu'affirme ce paragraphe. Je ne sais pas si le principe s'applique à tous les cas de solitude (Léandra ne serait peut-être pas d'accord), mais je le trouve très pertinent en ce qui me concerne. Autrement dit : enfant (adolescent surtout), j'étais très seul, même si je ne m'en doutais pas. Aujourd'hui, je le suis tout autant mais, ayant connu pendant quelques années la vie à deux, l'idée de solitude est désormais plus ancrée dans mon esprit, bien que tout à fait supportable.

(En y réfléchissant à nouveau, je me dis qu'il y a quelque chose de faux dans ce que je viens d'écrire ci-dessus : même en couple, j'étais seul. J'ai toujours été seul.)

Rêve de pigeons morts. — Je travaille chez moi l'après-midi. J'en profite pour me reposer en début de soirée. Mary est au badminton ; l'appartement est tranquille. Je dors trois bonnes heures et me réveille alors que la nuit tombe. Je m'empresse alors de retenir un rêve étrange dont je viens de sortir et dont voici la teneur : je suis chez mes parents avec Gaëlle. Cette dernière a décidé d'élever des pigeons à l'intérieur de petites cages situées dans une des vieilles remises de la propriété familiale (là où, deux décennies plus tôt, mon grand-père maternel élevait des canaris). 

C'est le matin et j'accompagne ma fille dans la remise pour l'aider à nourrir les pigeons. Mais dès que nous ouvrons la porte, nous sommes tenaillés par une chaleur suffocante. De la vapeur brûlante s'échappe par l'ouverture nouvellement créée. Soudain, je comprends... Pour chauffer la remise durant la nuit, Gaëlle a eu la mauvaise idée d'installer un bac rempli de pierres comme on en trouve dans les saunas. Je me dirige avec difficulté vers deux cages. Dans la première, un pigeon est mort ; dans la seconde, l'oiseau n'arrête pas de tourner, affolé. Gaëlle dépose une grande assiette d'eau devant la cage et l'animal se met à laper rapidement le liquide à la manière d'un chat. Je lui explique que ce n'était pas une bonne idée de mettre ce système de chauffage dans la remise... et je me réveille !

samedi 22 septembre 2012

Ça commence et ça se termine par un rêve

Un rêve ! — Je ne me rappelle plus s'il s'est présenté cette nuit-ci ou la nuit précédente. C'est un rêve très flou, à la lisière de ma mémoire, faute de l'avoir noté directement lors de la courte phase de réveil nocturne qui lui est associée. Je suis avec ma fille Gaëlle et je suis censé réciter une histoire apprise par cœur... Était-ce sur une scène de théâtre ou simplement dans une des pièces de la maison de mes parents ? Je ne m'en rappelle plus... Quoi qu'il en soit, Gaëlle vient de déclamer ladite histoire à la perfection et c'est à mon tour de jouer. Cependant, chaque phrase qui sort de ma bouche est particulièrement mauvaise. Je m'en rends compte. Et Gaëlle de me reprendre constamment : « Non, ce n'est pas exact, Papa. Tu as inversé ce mot-ci... Et celui-là n'est pas bon... Tu as très mal mémorisé ton texte ! Tu as une très mauvaise mémoire ! »

C'est vrai que j'ai une très mauvaise mémoire. Mais il y a autre chose : depuis peu, je me pose des questions sur les facultés de mémorisation de ma fille. La semaine dernière, elle a été, à plusieurs reprises, capable de me ressortir des successions de chiffres (comme un mot de passe de session d'ordinateur, par exemple) qu'elle avait retenues des semaines auparavant. — Tous les parents espèrent que leurs enfants soient exceptionnels. En écrivant ce paragraphe, je suppose que je ne déroge pas à la règle. (De toute façon, les enfants sont souvent exceptionnels, beaucoup plus que les adultes en tout cas.) 

« Je te donne une série de chiffres et on va voir si tu les retiens, d'accord ?
— D'accord !
— 2-0-0-6-8.
— Euh... Attends, hein, Papa.
(Elle court s'enfermer une dizaine de secondes dans sa chambre puis revient.)
— Voilà ! C'est retenu !
Qu'est-ce que tu as été faire dans ta chambre ? Les noter sur une feuille ?
— Non, je suis allée les écrire dans ma tête ! »

Musique ! — Ça fait longtemps que je n'ai plus parlé de musique. Et pour cause : un jour, j'ai oublié mon baladeur MP3 sur le quai de la gare de Liège-Guillemins. Afin d'avoir quelque chose à me mettre dans les oreilles durant mon voyage au Québec en dehors des cotons-tiges (ha-ha, on est tous morts de rire), je m'en suis racheté un. Un Archos 20d Vision. Une vraie merde (comment est-il possible de fabriquer des machins pareils en 2012 ?) que j'ai selon toute vraisemblance oubliée dans l'avion à mon retour à Bruxelles (sans doute un acte manqué). Aujourd'hui, le petit dernier est un Philips GoGear ViBE — « Hé ! Vous avez vu les gars ? Le "i" de "ViBE" est une minuscule ! Ça en jette, hein ? » —, mais on s'en fout complètement, non ? Où en étais-je ? Que voulais-je dire ? Ha oui ! J'ai donc de nouveau l'occasion d'écouter de la musique. Sans son dans les oreilles, la vie ne vaut pas la peine d'être vécue... J'espère ne jamais être sourd, donc. — Mais qu'est-ce que c'est que ce foutu paragraphe qui ne ressemble à rien ?

Parmi les nouveautés, il y a ces deux groupes que Mary m'a fait découvrir en début de semaine :  (prononcer « Alt-J » — référence, paraît-il, à un curieux raccourci clavier sur Mac) et The Antlers (référence aux bois d'un cerf ?). En ce qui concerne le premier, c'est bizarre : je n'arrive toujours pas, après trois écoutes consécutives, à savoir si leur premier album (An Awesome Wave, 2012) est un chef-d'œuvre ou une daube pseudo-arty. C'est original, à coup sûr. Souvent, quand je n'arrive pas à me décider tout de suite, c'est plutôt bon signe. En ce qui concerne le second, c'est différent : j'ai immédiatement accroché à leur petit dernier (Burst Apart, 2011). Il va falloir que je le fasse tourner plusieurs fois pour savoir si j'accroche toujours après une dizaine d'écoutes, et aussi que je me renseigne sur celui d'avant, Hospice (2009).

Lu quelque part sur le Web, à propos de  : « Des incantations contemporaines psalmodiées dans des contrées incertaines où de subtiles beats hip hop se transforment en flux et reflux et accompagnent avec fougue l’épopée de ces romantiques aux fantasmes arty ». (C'est très bien écrit. FBsr n'aurait pas fait mieux. En tout cas, c'est hors de portée du style ramassé du pauvre petit Hamilton.) — Au départ, je voulais écrire un plus long texte à leur sujet, et puis, en lisant une telle prose, j'ai tout de suite pensé que toute description musicale était vaine. (Comment décrire une musique ? Mieux vaut laisser couler...)

Le clip officiel de « Fitzpleasure » de , tourné en collaboration avec Wim Delvoye (ha bon ?). La chanson se réfère à Last Exit to Brooklyn d'Hubert Selby Jr, le roman choc consacré aux bas-fonds de New York. (Une version haute définition ICI.)

Le clip officiel de « Tessellate », toujours de , signé Alex Southam. Mélanger L'École d'Athènes de Raphaël avec un univers « Gangsta », fallait oser ! (De nouveau une version HD ICI.)

« Parentheses » de The Antlers. (Retour à quelque chose de moins flippant... Quoique...) La voix haut perchée du chanteur est intéressante mais c'est surtout la rythmique lancinante et le riff de guitare impeccable en milieu de morceau qui me donnent envie de la réécouter, encore et encore.


« Every Night My Teeth Are Falling Out » de The Antlers, toujours. Cette chanson est magnifique, vraiment. (Déjà rien que le titre, bordel !) Pourquoi faut-il toujours que je tombe amoureux de chansons traitant à demi-mot de ruptures sentimentales ? « Try it, try it, try it, Try it, try it, try it, try it, Get your jaw off the floor. »

vendredi 27 juillet 2012

Les hésitations d'un pauvre historien

1. Toujours plus haut ! L'air chaud monte toujours plus haut ! Je n'ai rien contre cette loi physique si ce n'est que le « toujours plus haut » en question correspond en l'occurrence au dernier étage d'un immeuble au toit plat. Mon appartement.

J'ouvre la fenêtre de la salle à manger et, à l'opposé, celle de ma chambre. Cela créera-t-il le salutaire courant d'air que Mister Hamilton attend dans la moiteur de ses draps ? Que nenni ! La seule différence consiste en ce minuscule mais néanmoins horrible claquement de porte, d'autant plus horripilant que ledit Hamilton ne perçoit aucunement le mouvement d'air qui l'actionne. C'est un fantôme, pardi ! — Vite, vite, appeler le Docteur Sangsue !

Voilà-t-y pas qu'Hamilton commence à parler de lui à la manière d'Hercule Poirot : à la troisième personne du singulier ! Ce n'est pas la première fois, ni sans doute la dernière. — Va te faire soigner, Hamilton ! (Ça n'a pas l'air de s'arranger : il parle désormais de lui à la seconde personne.)

2. Depuis deux nuits, je me réveille toutes les heures ou presque. La chaleur y est pour quelque chose mais ce n'est pas le seul élément déclencheur. Il y a aussi les cauchemars. Je rêve constamment que je réorganise le texte que je dois rédiger sur le syndicat des employés : dans mon songe, je déplace des paragraphes, j'en supprime d'autres et je réécris des parties entières... Puis je me réveille en sursaut : ce que j'ai écrit ne va pas du tout ! Chaque matin donc, après une nuit agitée, je rallume mon ordinateur pour déplacer des paragraphes, en supprimer d'autres et réécrire des parties entières, avant que le réarrangement rêvé ne s'efface à tout jamais de ma mémoire. Ensuite je me relis et je me dis que ça ne va toujours pas du tout ! — Et je refais des cauchemars la nuit suivante, etc.

J'ai l'impression, en relisant mon texte, d'être dans le constat général, de dégager de très grandes tendances, de faire dans l'induction (à la manière d'un philosophe raté)... Où se trouve l'histoire, les anecdotes — la vie ! — dans cette vue globalisante, bordel ? Je suis bien incapable de retracer l'existence de qui ou de quoi que ce soit : tout ce que je peux faire, c'est condenser à l'extrême, encore et toujours, et donc raconter quelque chose de faux, comme d'habitude.

Exemple : je lis que des employés du Commerce sont en difficulté et lancent une grève pour préserver leur emploi. Ce qui m'intéresse au plus haut point dans ce genre d'histoire, ce n'est pas la description détaillée et chronologique des faits, mais bien la tendance générale et structurelle : déclin des centres-villes ; mouvement centrifuge (déplacement des magasins et des habitations du centre vers la périphérie) ; perte de vitesse des petites structures au profit des grosses ; accroissement de la polyvalence et de la flexibilité... — J'ai l'impression de brasser plein de concepts sans entrer le moins du monde dans l'histoire concrète.

(C'est d'autant plus bizarre que dans la vie de tous les jours, j'adore me concentrer au contraire sur les tout petits détails, comme les manies des gens ou le vent dans les arbres. — C'est faux, évidemment : dans la vie de tous les jours, je suis également un putain de généraliste !)

Sur la forme comme sur le style, mon texte a sans doute — toute proportion gardée — une certaine gueule (suite de phrases simples allant à l'essentiel, le moins possible de propositions subordonnées, une impression de précision). Cette maîtrise de la forme, bien qu'imparfaite, entraîne un semblant de contenance quant au fond, mais cela ne veut absolument pas dire que tout cela a un sens. Je suis incapable de bluffer, sauf par écrit.

3. Voilà ! Je dispose de l'autorisation de la grande famille « MonLeg » pour poster une de leurs plus fabuleuses réalisations sur Minecraft. C'est là que ça se passe :


4. J'arrive aux « Apéros Saint-Gilles », place Van Meenen, un peu avant 19 heures. J'attends Léandra en compagnie de deux Carlsberg (ça se boit vite, ces saloperies). — Probably the best beer in the world... but certainly not! La meilleure bière du Monde, c'est l'Orval et ce fait n'est absolument pas soumis à l'appréciation des publicitaires — ni de quiconque d'ailleurs !

Léandra arrivée, c'est à son tour de me montrer un petit livret contenant les descriptions que nous avions faites d'elle à l'occasion d'un (pas si) lointain anniversaire. Beaucoup d'amis avaient alors tenté de la décrire. « Ce n'est pas très bien écrit », me lâche-t-elle à plusieurs reprises. Puis : « En plus, vous me considérez tous comme une personne joviale pour qui tout va bien ! »

Je relis rapidement l'ensemble et je tombe sur ce que j'avais écrit, à savoir une série de courts paragraphes sans lien. Deux constatations : en premier lieu, je n'ai absolument pas changé de style d'écriture entretemps (j'en veux pour preuve la présence d'une double incise, faite de tirets cadratins à l'intérieur de parenthèses !) ; en second lieu, je n'avais déjà plus à l'époque une idée très nette de l'endroit et de la date de notre première rencontre. — C'est tout de même terriblement frustrant !

Les transats installés sur le site des Apéros saint-gillois sont des attrape-trentenaires : il est aisé de s'y laisser choir mais bien plus complexe de s'en relever. — C'est le début de la déchéance !

5. Chez Léandra, avec Andrew. Ils regardent la pharaonique cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Londres pendant que je feuillette tranquillement et avec attention deux livres traitant de « l'analyse transactionnelle » (ou « l'art d'être un gagnant »). D'après l'un des livres, « être gagnant » signifie entre autres (si mes souvenirs sont bons) ne pas avoir peur de développer une pensée et une façon propre d'exister, ne pas douter de son mode de pensées personnel, vivre le moment présent, être honnête avec soi-même et avec les autres, accepter ceux-ci tels qu'ils sont, sans les culpabiliser... Je pensais que ce livre allait complètement démolir ma façon d'être, mais ce n'est pas entièrement le cas. Car malgré mon pessimisme à toute épreuve, j'ai au moins le mérite de ne pas tricher ! (Je suppose qu'ils aiment ça, les analystes transactionnels.)

Dans l'autre livre, une sorte de test de « profil émotionnel ». Après l'avoir complété, j'essaie de comparer mon graphique aux grandes tendances générales esquissées dans les pages suivantes (les équivalents simplifiés d'une courbe ascendante, d'une courbe de Gauss et d'une courbe descendante). Conclusion : mon profil en dents de scie ne ressemble à rien

À la fin de l'ouvrage, une série de « notes philosophiques » (vers lesquelles je me précipite, évidemment), où il est question de Nietzsche mais aussi de Jésus de Nazareth, dont l'auteur reconnaît l'enseignement comme primordial. — D'accord, mais quel enseignement ? « Aimez-vous les uns les autres » [Jean 13:34] ou bien « Je ne suis pas venu apporter la paix, mais l'épée » [Matthieu 10:34] ? — Ceci étant dit, ces deux phrases ne sont peut-être pas si contradictoires, car elles ne semblent pas se situer sur le même niveau (la première commande un comportement alors que la seconde explique que ce nouveau comportement va créer une rupture entre les humains).

Voilà-t-y pas qu'Hamilton se met à défendre le christianisme... Non, mais faut arrêter l'Orval, hein ! — Eh bien justement : il n'y en a plus ! (Voilà donc qui explique bien des choses.)

Dans un autre chapitre, une référence à une technique de travail sur soi appelée « Radical Honesty ». Développée par un certain Brad Blanton, elle consiste à être le plus honnête possible, prélude à une relation plus intime et plus heureuse avec les autres. — Sans trop m'avancer, j'aurais tendance à considérer que l'exercice consistant à devenir honnête à l'âge adulte doit être très compliqué à mettre en pratique. On est éduqué dans l'honnêteté ou on ne l'est pas.

(Haaaa ! — TILT ! — En lisant différents articles sur le Web à ce sujet, je viens de faire un putain de rapprochement : dans l'épisode des Simpson intitulé « Bart enfant modèle » [« Bart's Inner Child », 1993], un agaçant psychologue/conférencier, gourou du développement personnel, porte le nom de Brad Goodman. Peu de chance que ce nom soit une coïncidence car il est le mix parfait entre Brad Blanton et Paul Goodman, un autre psychothérapeute féru d'analyse transactionnelle et de « Gestalt-thérapie ».Je suis content de ma découverte. [Il ne me faut pas grand-chose, je sais.])

(Franchement, que signifient tous ces tirets, crochets et parenthèses ?)
(Et puis, pourquoi mettre la ligne précédente en italique ?)

Sur l'honnêteté. Souvenir marquant de ma mère, à l'époque où elle travaillait dans un magasin de fleurs, dans les années nonante... Un ami lui demande de réaliser une série de montages floraux pour une fête (une communion ? Un mariage ? — Je ne m'en souviens plus...). Chaque montage nécessite la présence de quelques épis de blé. Je me rends donc avec elle et ma tante, en voiture, au bord d'un champ pour cueillir quelques ridicules morceaux de blé. Le champ s'étend sur des hectares à perte de vue. Après avoir cueilli trois épis, ma maman nous a demandé de remonter dans la voiture : « Ce blé ne nous appartient pas. C'est malhonnête de le cueillir. Je me débrouillerai autrement. »

Je m'en suis encore bien sorti !

6. Bon, c'est pas tout ça, hein, mais il commence à se faire tard... Ils sont en train de forger le cinquième anneau olympique à la télévision... Ce n'est pas comme si ce genre de spectacle mégalomane m'intéressait particulièrement, mais je vais faire comme si c'était le cas...

7. Aujourd'hui, Léandra apparaît dans 256 articles de ce blog. Un nombre pas mal, même s'il ne vaut pas 512 ou 4096 !

8. Comme le Lapin blanc, je n'ai pas le temps de dire au revoir, je suis en retard, en retard ! 

vendredi 29 juin 2012

« À travers la pluie noire des champs... »

Un rêve... Je me rends compte que le sommet de mon crâne, jusqu'à présent totalement épargné par la calvitie, s'est subitement transformé en un disque sans le moindre cheveu. J'essaie, paniqué, de cacher la chose en effectuant une sorte de mouvement centripète, ramenant les cheveux de la périphérie vers le centre. Et puis, je me souviens que je m'étais juré de ne pas procéder de la sorte ; que si je devenais chauve, je me raserais sur-le-champ le cuir chevelu. Je vais chercher ma tondeuse à barbe et l'utilise sur mon crâne... Mais l'afflux massif de cheveux paralyse le mécanisme et je me retrouve avec une coiffure ridicule... Je peste : « Pourquoi tant d'acharnement ? », et je me réveille !

(Le sommeil, cet endroit magique où les rêves sont plus faciles à supporter.)

Travail au dépôt d'archives ce matin. Lodewijk est un juke-box vivant. Il connaît par cœur le répertoire de Barbara, Brassens, Brel, Ferré, Le Forestier, Piaf, Reggiani... — J'ai l'air malin, moi, avec ma parfaite connaissance de Julien Clerc et de Starmania !

Nous nous emmêlons les pinceaux sur « Chanson pour l'Auvergnat »... « Il parle de "huche", à un moment, mais quand ? » — Ha ! C'est lorsqu'il mentionne l'Hôtesse : « Toi qui m'ouvris ta huche quand les croquantes et les croquants, etc. » (Le plus beau couplet est le dernier, celui de l'Étranger qui « d'un air malheureux m'a souri lorsque les gendarmes m'ont pris » : on rêve, dans l'adversité, de recevoir un tel réconfort anonyme !)

Citant Léandra dans les grandes lignes, je dis à Lodewijk : « Une autre vraiment très intéressante : "Supplique pour être enterré à la plage de Sète"... Elle dure un peu plus de sept minutes et possède la particularité de ne pas avoir de refrain... Et question "vocabulaire", c'est quelque chose ! » — « Trempe dans l'encre bleue du Golfe du Lion, trempe, trempe ta plume, ô mon vieux tabellion... »

« Le petit cheval » : « Cette chanson décrit une idée très précise mais je n'arrive pas à trouver le terme exact... » Plus tard, dans le calme relatif du wagon me ramenant à Bruxelles, le mot tant cherché m'apparaît d'un seul coup : l'abnégation. Le petit cheval se sacrifie pour les autres, sans qu'il y ait la moindre récompense à la clé... D'ailleurs, l'idée même de récompense lui est étrangère ! — C'est ce qui rend cette histoire à la fois triste, injuste et belle.

Quand je parle, je cherche constamment mes mots, je me trompe dans la grammaire et les expressions... Quand j'écris, au contraire, le phrasé coule de source. — Parler est un désert ; écrire un oasis.

Pourquoi tous ces « philosophes nouvelle génération » se font-ils photographier la tête inclinée ? — Un mystère que la légèreté de leur pensée ne suffit pas à expliquer.

Léandra : « Tu es très péremptoire dans ton blog en ce moment ! Tu ne laisses aucune place au doute ! » — Péremptoire, moi ? Jamais !

La même (en résumé) : « Un iPad, ce serait parfait pour toi ! Grâce aux applications, tu pourrais directement voir toutes les notifications quand elles apparaissent... » — Mais je ne veux justement pas voir toutes ces notifications ; être connecté en permanence ; savoir qu'untel a commenté mon statut ou m'a envoyé un message ! Pour tout dire, je recherche exactement l'inverse, à savoir un système où je ne suis informé de rien du tout !

Amusants, ces parallèles entre l'armée et l'entreprise moderne ! Les cadres : officiers ou sous-officiers dirigeant une troupe mais aussi membres de l'encadrement du personnel d'une société... Le mess : endroit où mangent les gradés de l'armée mais aussi, parfois, cantine des cadres supérieurs... Et ce n'est pas tout : campagne, capitaine (d'industrie), cible stratégique, conflit, conquête, ennemi/concurrent, espionnage, guerre (des prix), leadership, mobilisation des troupes, offensive, opération, QG, siège, etc.

Léandra : « Je suis d'un prévisible ! Évidemment que j'allais dormir ici ce soir... » (... dans la chambre bordélique de ma fille, remplie de nounours et de jouets éparpillés.)

Dormir la journée, veiller la nuit... Car la nuit, mère d'une tranquillité sans pareille, éveille les sens quand la journée les endort !

jeudi 28 juin 2012

Chavagnac

Au réveil, le souvenir vivace d'un rêve pornographique au cours duquel je sors avec une vieille connaissance d'école secondaire. En public, la femme est timide et effacée, jusqu'à regarder constamment le sol... Au lit par contre, elle devient à la fois vulgaire et dirigiste. Elle me repousse et me crie : « J'en ai rien à foutre de tes petits bisous et de tes caresses ! Je veux que tu mettes ta main là, et là, et puis ici ! » ou : « Je veux que tu me prennes comme ça ! » ou encore : « T'as pas oublié les préservatifs, au moins, couillon ? », etc. J'exécute tout ce qu'elle me demande, sans néanmoins prendre le moindre plaisir. Pendant l'acte, elle me lance une série de phrases comme : « T'aimes ça, hein, mon cochon ? » — Misère ! Pour une fois que je rêve de sexe, il faut que ma partenaire imaginaire soit dans l'incapacité d'être douce ! (Je ne veux même pas savoir ce que ce rêve cache au niveau symbolique.)

Librairie Filigranes. Je flâne aux rayons philosophie, science-fiction, littérature générale et poésie. Du côté de la science-fiction, j'opte pour Simulacron 3 de Daniel F. Galouye (1964), où il est question d'un simulateur d'environnement total, autrement dit d'un monde complet créé informatiquement (Matrix est en retard d'une guerre !)... Au rayon littérature, je cherche en particulier le texte de Goethe sur la botanique (La métamorphose des plantes) mais je ne le trouve pas... « Ha, désolé, nous ne l'avons pas en stock, me répond une vendeuse. Mais nous avons Faust, au rayon théâtre, et le très beau Divan d'Orient et d'Occident qui établit, comme son nom l'indique, le pont entre ces deux mondes. Je suis assez fière d'en avoir fait l'acquisition... » C'est un peu cher, alors je me rabats sur ses Maximes et réflexions (pour le moment).

Goethe : « Si Dieu avait été préoccupé de faire vivre et agir les hommes dans la vérité, il aurait dû s'y prendre autrement. » ; « Lorsque l'homme se met à réfléchir sur sa santé ou son moral, il se trouve généralement souffrant. » ; « Jeter un coup d'œil sur une horloge qui ne marche plus, par habitude, comme si elle marchait encore ; regarder le visage d'une beauté comme si elle aimait encore. »

Une réplique culte, et très drôle, du barman Moe Szyslak dans Les Simpson (Toute la vérité, rien que la vérité, 1991) : « Les gens riches ne sont pas heureux... Depuis leur naissance jusqu'à leur mort, ils s'imaginent qu'ils sont heureux, mais crois-moi : ils ne le sont pas ! »

Je suis au MicroMarché, dans le quartier de Sainte-Catherine, en compagnie de Léandra, de Perrette et du Docteur Nanash. Celui-ci et moi-même commandons à boire. Lui un mojito, moi une simple bière. La serveuse nous sert les deux boissons et souhaite encaisser de suite : « Ça fera six euros nonante, s'il vous plaît...
— Combien coûte le mojito ? demande Nanash.
— Sept euros.
— Et l'on vous doit ?
— Six euros nonante, s'il vous plaît.
— D'accord. »
Constat : soit la bière est au prix incroyable de -10 cents (si j'avais commandé 70 chopes au lieu d'une, la commande aurait entièrement payé le mojito), soit la serveuse est un peu... hem... limitée. La conclusion toute personnelle de Nanash : « Faut pas chercher à comprendre, c'est la sélection naturelle, un point c'est tout ! »

Un peu plus tard, Léandra et moi rejoignons Andrew au Domaine de Chavagnac, un restaurant gastronomique (très abordable) spécialisé dans la cuisine du Sud-Ouest... Ça sonne un peu comme « Champignac », dans les aventures de Spirou et Fantasio, c'est sympa !

J'offre à Andrew son cadeau d'anniversaire : un recueil de poésie japonaise intitulé De cent poètes, un poème, trouvé tout à l'heure chez Filigranes. Le connaissant, je me suis dit qu'il aimerait pareil recueil de poésie orientale — j'ai longtemps hésité entre l'arabe et la japonaise —, d'autant plus que chaque poème est accompagné, en pleine page, de sa propre calligraphie. (Apparemment, je ne me suis pas trompé.)

Je déguste une tranche de foie gras en entrée... « Le foie malade d'un animal torturé », disait en son temps Maïté... Mais c'est tellement bon ! En plat principal, un pavé de bœuf. De leur côté, Andrew et Léandra mangent du magret de canard au thym.

Est-il possible que je n'aie plus vu Andrew depuis le 22 avril 2012 (si l'on en croit sa dernière apparition de visu dans ce blog, mentionnée un jour plus tard, soit le 23 avril) ? Idem pour Emily : cela fait plus de deux mois que je ne l'ai plus croisée. C'est la vie !

C'est la folie dans le centre-ville... L'Italie a gagné, semble-t-il. Le boulevard Anspach est assailli par les bruits de klaxons et l'agitation des drapeaux... Une scène : une famille d'Asiatiques, dans un taxi, observant avec de grands yeux émerveillés cette démonstration de liesse populaire européenne. Une autre scène : deux supporters allemands, dans le tram, petit drapeau en main, essayant tant bien que mal de se consoler de la défaite de leur équipe. Ils ont vraiment l'air au bord des larmes, c'en est presque... inquiétant.

vendredi 22 juin 2012

Le pigeon magique, la licorne et le poney

Rêve coloré. — Je ne me souviens que d'un très court extrait, en rapport avec la couleur qu'un peintre aurait découverte : un bleu indigo (le bleu Klein ?) qui aurait une signification bien précise... Pour la comprendre, je lis la légende de l'œuvre et j'y découvre la mention suivante : « Adieu ! ». Rien de cauchemardesque dans ce rêve, et pourtant au réveil je suis dans un état de confusion qui me suivra toute la journée. (Mais sans doute cet état n'est-il pas spécialement lié à ce rêve-là en particulier.)

Prout-prout. — Avant ce vendredi midi, je n'avais jamais mis les pieds aux « Nourritures terrestres », pourtant situées en plein centre du Parvis de Saint-Gilles. Aujourd'hui, je me retrouve en compagnie de Léandra au comptoir de ce snack/restaurant, à parcourir un tableau presque entièrement rempli de plats végétariens. Trois femmes très « prout-prout » nous doublent pour commander, sans remarquer que nous étions avant elles dans la file (sans nous remarquer tout court, en fait) : « Euh... Voui, voui... Un instant... Je vais choisir mon plat... Mais qu'est-ce donc que cet étrange mot, "Falafel", sur votre carteuh ? » 

Je lance à Léandra : « Tu n'aurais pas une hache ? Ou alors une batte de baseball ? » Mon amie me répond tout haut (elle adore se comporter de cette manière, afin que les impolies l'entendent distinctement) : « Oui, je sais, elles sont passées DEVANT NOUS et en plus, elles prennent DU TEMPS pour commander... » Les trois sans-gênes reparties à leur table, nous commandons en vitesse deux couscous falafel, une eau pétillante et une Guldenberg. La dame au comptoir nous lâche un : « Ha, vous au moins vous savez ce que vous voulez ! »

Le couscous était froid mais néanmoins bon. Par contre, j'ai l'impression que la clientèle est encore plus « bobo végétarienne moralisatrice » que partout ailleurs dans le quartier... En m'embusquant dans un coin sans bouger, tel le chasseur à l'affût, je suis presque certain que je pourrais capter le discours suivant : « J'ai conscience de mes limites, moi, t'vois... Je ne mange pas de viande parce que ça a un effet néfaste sur mon empreinte écologique... En juillet, Ingrid et moi partons visiter l'Australie en 4x4, en dehors des sentiers battus... On va rencontrer des Aborigènes, de vrais humains en contact avec la nature, tout ça, t'vois, et ça va nous changer de l'Europe et de son monde de consommation factice, carrément ouais ! » — J'en serais presque à regretter ma petite Maison du Peuple et ses bobos old school !

Les monologues ferroviaires de Gaëlle. — (Ces trois monologues ont été enregistrés et donc retranscrits avec le moins de distorsion possible.)

« (Partiellement chanté) Un petit lutin faisait du caca... Et son caca était très bien... Mais le petit lutin avait une petite diarrhée. Il est allé chercher un sorcier, qui pouvait enlever la diarrhée. Et le sorcier lui a enlevé la diarrhée... Il était très heureux et il trouva une femme. Mais la femme ne voulait pas de lui... Il était très triste... Alors il a trouvé son cousin qui avait une femme lui aussi, mais qui n'avait pas encore adopté... Mais qui a un chat par contre. Et le chat, il a adopté une chatte. Mais alors, un chat, ça adopte une chatte comment ? Eh ben le petit lutin disa [sic] : "On n'a qu'à faire comme les chats... Les chats, ils adoptent les femmes, alors nous on va faire la même chose ! On va adopter la femme comme le chat le fait !" Mais, attends, si tu demandes la question : "Comment il peut adopter une chatte ?", mais alors comment on peut faire ce qu'eux ils disent ? Mais le truc, c'est ça : comment on peut adopter une chatte, c'est ça le truc... Ben alors, il dit : "On ne peut toujours pas adopter une chatte"... Mais les chats, pour adopter une fille, eh bien ça fait ça : ça fait semblant de rien et c'est la fille qui décide, c'est la fille qui tombe amoureuse de l'homme, et alors l'homme, enfin, il a sa fille... Et ils vécurent beaucoup d'enfants. »

« (Entièrement chanté) As-tu vu la vache, la vache aux yeux bleus ? Toujours à la tâche, elle faisait "Meuh ! Meuh !" Avec sa p'tite queue nature, elle euh... en faisait un plumet [sic]... Elle battait la mesure pendant que les oiseaux chantaient. Tous les bœufs, tous les bœufs, tous les bœufs aimaient la vache, mais la vache, mais la vache n'en aimait aucun d'eux. Elle aimait un taureau — Olé ! — qu'elle avait vu à Bilbao, à la foire aux bestiaux ! Qu'il était beau, qu'il était fort, c'était un vrai taureau costaud ! Mais elle pleurait, la vache, après son bien-aimé, qui était décédé... À la riri, à la dada, à la corrida — Olé ! »

« Pour inventer un dessin animé, moi, j'ai inventé un personnage... Je l'ai dessiné sur une feuille de méchants, avec plein de méchants. C'était un renard, un héros, qui lançait des flèches de feu. Il était vraiment courageux. Il y avait plein d'autres gens qui lui lançaient des flèches de feu, des filets pour l'attraper. Ils voulaient le faire mourir et le remplacer... Comme ça, c'est eux les héros. Eh ben, alors, pour ça, ils ont besoin d'aide, alors ils vont appeler l'oiseau, le pigeon magique, la licorne et le poney, mais ils croivent [sic] que quand on est plusieurs, on peut très bien gagner, mais ce n'est pas la vérité. Lui, il a gagné le combat tout seul... »

lundi 21 mai 2012

L'homme qui défiait les horloges

(Ça ferait un bon titre de film, non ?)

Rêve de vacances anticipées. — Encore un rêve (!), dont je ne me rappelle que de quelques fragments, que je vais essayer de reconstituer du mieux que je peux... Je décide de me rendre au Québec bien avant la date prévue. Je suis chez mes parents et je constate sur le Web qu'un avion à destination de Montréal s'en va de l'aéroport de Charleroi (« Brussels South », qu'ils disent pour se la péter, mais c'est une autre histoire) en début d'après-midi... Ni une, ni deux, je décide que je serai à bord. Pas question de réserver : je demande simplement à ma mère de me conduire jusqu'à l'aéroport. 

Dans la voiture, je regarde l'heure et me rends compte que l'avion devrait déjà être parti. Je dis à ma maman, assez fier, quelque chose comme : « Tu vois ? Moi, je me fiche des horaires ! Je défie les horloges ! » Ma mère me dépose non pas à l'aéroport mais dans une gare, puis s'en va... Peu de temps après, je réalise que j'ai déjà payé un billet pour le mois de septembre et non pour le mois de mai, et qu'en plus je suis censé partir avec Flippo. Je téléphone donc à ma mère et lui demande, un peu déçu, de venir me rechercher. Je termine l'appel par : « Ce que j'étais en train de faire n'avait strictement aucun sens car ce n'est pas maintenant que je pars... Et je perdrais énormément d'argent si j'agissais de cette manière. »

Smog. — Est-ce moi qui suis très sensible des voix respiratoires ou y a-t-il réellement un problème avec l'atmosphère, ce matin, dans les hauteurs de Forest ? Sur le court trajet séparant mon domicile de la station de prémétro, au milieu d'un épais brouillard, j'ai le souffle court et l'impression d'étouffer (un rappel des crises d'asthmes de mon enfance)... L'air que je respire ne sent en tout cas pas très bon ; il me paraît presque vicié... — Je m'imagine dans quelques années, suivant l'exemple des habitants de certaines mégalopoles, porter en permanence un masque lorsque je marche dans la rue... Non, non, NON ! Cassez-vous des centres urbains, putain de bagnoles à la con !

Rasage intime. — Écrire une chanson poétique sur un thème aussi cru relevait de la gageure. Et pourtant, Chad VanGaalen l'a fait sans trop de problème... Dans « Shave My Pussy », dernier morceau de son quatrième et dernier album studio Diaper Island (2011), il tente d'entrer dans la peau d'une femme qui veut absolument se sentir belle, désirable et intéressante auprès de sa moitié mais qui, en quelque sorte, se trompe complètement de combat : « Maybe if I shave my pussy then you'll love me, Baby... Will you love me? I'm really feeling ugly... »

Dans une interview, le musicien explique : « J'étais simplement en train d'acheter quelques courses et au moment de payer à la caisse, je suis tombé sur cette femme qui était totalement aliénée par tous ces magazines, par tous ces magazines injectés de collagène qu'elle voyait autour d'elle... Alors je suis rentré chez moi avec cette idée en tête... » Et VanGaalen a écrit cette courte chanson, très rapidement, sans développer le thème à outrance. Musicalement, avec son refrain hanté, le résultat me semble assez grandiose...


Goliath blonde. — Vu aujourd'hui au rayon bières du supermarché Match à côté de chez moi (à la recherche d'un Orval que jamais je ne trouvai) : le nouveau design des bouteilles de Goliath blonde 6°, une bière brassée pas loin d'Ath (à Irchonwelz pour être précis) par la Brasserie des Géants/des Légendes (la délicieuse Quintine, c'est eux aussi). Bon, d'accord, le logo est joli, épuré, tout ça, mais... euh... hem... c'est moi qui ai l'esprit mal tourné ou tout cela rappelle un tantinet l'imagerie nazie ?