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jeudi 18 octobre 2012

Tempérance

(Co)habitation. — En matière de propriété, de quoi ai-je besoin pour vivre ? Quel est le plancher en dessous duquel mon moral commencerait à se modifier négativement ? Il me faut : une pièce qui m'appartienne en propre (ma pièce, où je peux m'isoler à tout moment), avec un lit, un coin pour me laver (au moins un lavabo raccordé à l'eau courante), un autre coin pour cuisiner, avec une table pour manger et rédiger mes textes ; un cabinet cloisonné pour mes besoins corporels ; un accès à l'électricité ; des livres, de la musique et de quoi écrire (un ordinateur étant le plus évident). Le reste est superflu, c'est-à-dire : si je n'avais comme biens que ce que je viens de citer, je n'en serais certainement pas plus malheureux que si je possédais un château.

Je partage mon appartement (trop grand pour moi tout seul, donc) avec Mary depuis près de deux mois et, contrairement à ce qu'on aurait pu imaginer a priori, le voisinage se passe très bien. Mary a ses activités (badminton, cours et soirées entre amis...) et moi les miennes (soirée à la Maison du Peuple, soirée à la Maison du Peuple et soirée à la Maison du Peuple). De temps en temps, nous nous croisons autour d'un repas, d'une discussion ou d'un film. C'est tout ce que j'attends d'une cohabitation.

Pré-soirée. — Attendant Fred Jr à la Maison du Peuple, j'explique à Léandra : « Tu sais, cette histoire de mois de novembre... Quand je te dis constamment qu'il va se passer quelque chose de spécial pour nous en novembre... "Attendons novembre !"... Eh bien j'y ai repensé et je me suis dit que l'événement spécial en question, ce serait peut-être ma propre mort... Que ma mort servirait de déclic dans le changement de vos vies... Un truc dans ce style-là... J'y ai pensé à la suite de mes récents élancements dans l'abdomen... Je sais : ils sont passés peu de temps après mon arrêt presque total de l'alcool mais peut-être n'est-ce pas fini ? Peut-être n'est-ce qu'un intermède ? Peut-être est-ce grave ? Peut-être que je n'en ai plus que pour un mois tout au plus ? Pour me préparer à cette éventualité, j'ai lu ce qu'a écrit Épicure sur la mort... » (Léandra semble pour le moins dubitative.)

Elle me parle des prénoms Arthur et Emmanuel, en référence (du moins je suppose !) à mon article de vendredi dernier. Je réfléchis tout haut : « Arthur... Emmanuel... C'est vrai que ça sonne bien. Si jamais j'avais à nouveau un enfant — oui, je sais, je n'en veux plus — et que c'était un garçon, je l'appellerais "Arthur-Emmanuel". Comme ça, quand quelqu'un me demanderait d'où viens ce prénom, je pourrais lui expliquer que c'est en référence à Arthur Schopenhauer et Emmanuel Kant. Et là, mon interlocuteur me dirait : "Mais non !", et je répondrais : "Mais si, parfaitement !" »

Soirée. — Fred Jr nous rejoint vers 20h30. Il est venu en voiture jusqu'à notre quartier fétiche. Nous allons manger des pizzas au tout nouveau Mama Roma installé sur le Parvis de Saint-Gilles puis boire un verre au Verschueren. L'occasion pour moi de boire un Orval, le seul, l'unique de la semaine. Si seulement je pouvais continuer dans cet idéal de tempérance !

Une partie de la discussion tourne autour du nouveau boulot de Fred Jr. Celui-ci doit développer une série d'activités d'éducation permanente, notamment sur le thème du temps. « Du temps ? C'est très vaste... Tu dois parler de quoi ? De la relativité restreinte ? Du temps en termes philosophiques ? » Réponse de Fred : « Je n'en sais rien ! » Je lui lance : « Si tu veux, je peux venir en parler, du temps... Je suis justement en train de lire un truc là-dessus. Tout ce que je développerai sera du pur baratin mais je peux tenir des heures sur le sujet ! »

À un moment, nous parlons du resserrement de notre entourage immédiat — surtout du mien en fait, Léandra continuant à rencontrer pas mal de monde via l'impro. Il fut en effet un temps où nous participions à de grandes soirées festives en compagnie des « Français ». Fred commente : « À la lecture de ton blog, j'avais parfois un peu l'impression que tu subissais tous ces gens... » — Exception faite d'Emily et de Walter (qui ne faisaient de toute façon absolument pas partie du même groupe), de Fany, de Vespertine, de Charles-Henri et de quelques autres, il s'avère que c'est complètement vrai. La plupart des fêtards qui composaient ces soirées, je les subissais plus qu'autre chose. J'ai fini par développer une théorie à ce sujet : si j'ai continué à m'y rendre, c'était en grande partie pour rester en contact, d'abord avec Christelle, puis avec Annabelle. Lorsque la première s'est cassée et que, plus tard, la seconde s'est casée, la principale valeur de ces rencontres est partie en fumée. C'est la vie !

mercredi 16 novembre 2011

"Ça va à la Maison du Peuple ?"

Ce matin, au boulot, je reçois un coup de fil de Lewis, vingt jours après son dernier coup de téléphone. Je décroche. Je comptais le joindre un de ces jours, tout en remettant constamment la chose à plus tard. Lewis a une petite voix triste.

– Lewis, bonjour ! Comment ça va ?
– Pas très bien, j'ai eu quelques ennuis de santé mais je ne téléphone pas pour cette raison.
– Oh.
– J'ai vu Mary dernièrement. La discussion est toujours aussi intéressante avec elle. Mais elle m'a dit que tu ne comptais peut-être pas recommencer le badminton. Est-ce vrai ?
– Oui, bah, je ne le sais pas moi-même. Peut-être. Disons que ça m'énerve quand on me demande si je vais recommencer, alors je réponds souvent que je ne recommencerai pas du tout
– Tu as rencontré quelqu'un, c'est ça ? Tu as trouvé une jolie jeune femme ?
– Non, non, je passe juste mon temps libre autrement, pour le moment.
– Tu sais, tu fais ce que tu veux, Hamilton. Ce serait ridicule de recommencer quelque chose si tu n'as pas l'envie de le faire, mais tu dois savoir que tu seras toujours chez toi au club. Toujours. Sache-le.

* * *

Le midi, dans la sandwicherie en face de mon boulot (dans la banlieue de Liège), une des vendeuses m'apostrophe :

– Ça va à la Maison du Peuple ?
– Pardon ?
– À la Maison du Peuple, à Saint-Gilles. 
– Euh...
(Pendant un bref instant, une pensée traverse mon esprit : "Lit-elle mon blog ?". Puis : "M'enfin, mais non !")
– J'y étais avec des amis bruxellois la semaine dernière. Vous étiez à une table, mais vous ne m'avez pas vue.
– Ha ! Haha, oui ! Ha, ben disons que je passe beaucoup de soirées là-bas pour le moment.
– Vous habitez Bruxelles ?
– Yep...
(Elle écarquille les yeux) Et vous venez travailler ici tous les jours ?
– Yup, ça va faire six ans...
– C'est loin.
– Hé ouaip !
– Tout ça pour travailler dans une administration communale ?
– Ben en fait, je ne travaille pas à l'administration. L'endroit où je travaille se situe dans les locaux de la Commune, mais c'est tout. Pour faire simple, mais vraiment très simple, je travaille dans un institut d'histoire contemporaine.
– Et vous faites quoi ?

S'il y a bien quelque chose que je ne sais pas faire dans la vie, même si je me suis vachement amélioré à ce niveau, c'est expliquer en quoi consiste mon travail. Il y a cinq ans, je me présentais simplement comme "archiviste" et quand on me demandait en quoi ça consistait, je répondais : "En fait, je trie et je fais des inventaires de vieux documents". Sans doute ma présentation aurait-elle eu beaucoup plus de gueule si je m'étais présenté de cette manière : "Je suis record manager ; mon domaine d'activité, c'est la préservation du passé pour envisager le futur en toute quiétude, yeah !". Hors de question que je dise ça un jour, même pour rire. 

En ce qui concerne la jeune dame de la sandwicherie, j'ai trouvé un moyen d'éluder sa question. Je lui ai donné l'adresse de notre site Web : "Vous verrez, c'est très chouette !".

* * * 

Je m'installe au Verschueren en attendant Walter, qui doit arriver d'un moment à l'autre. Ils ont de l'Orval, dans ce café : rien à voir avec l'autre "bidule" d'à côté, toujours en rupture parce qu'un certain Evenvel, Hamilton de son prénom, vide leur stock aussi vite qu'ils ne le remplissent... Mais quand Walter débarque, il veut absolument que nous allions à... la Maison du Peuple (argh !) parce qu'ils y servent de la Chimay Blanche au fût. Pour une fois que je voulais changer d'atmosphère, hé bien c'est raté !

Incroyable : quand nous débarquons à la Maison du Peuple, Emily y est déjà, ultra-concentrée sur son PC portable. Elle ne m'avait même pas dit qu'elle s'y rendait ce soir. La raison : elle y est pour travailler, oui-Monsieur-c'est-ça-être-cadre, à tel point que Walter et moi la laissons pour nous installer à une autre table pas loin. De temps en temps, je regarde dans sa direction pour m'assurer qu'elle n'a pas disparu sous ses papiers. Pour notre deuxième tournée, je prends quand même la peine de lui apporter un cappuccino, faut pas déconner non plus !

Walter est très content. Il a "une bonne nouvelle" à m'annoncer : il a sans doute trouvé un boulot de stagiaire dans une ONG du nom d'Acted (Agence d'aide à la coopération technique et au développement). Il parle désormais de partir au Congo ou au Tadjikistan (comme Annabelle ?) pendant six mois dès décembre ou janvier prochain pour travailler au sein du département "Finance" d'une cellule d'aide humanitaire. Ce gars m'étonnera toujours.

Une des grandes questions de Walter en dehors de la coopération au développement est la suivante : "Est-ce que les hommes d'église se touchent parfois ? Tu crois que Monseigneur Léonard, il se masturbe de temps en temps ?". Autre question de Walter, corollaire de la première : 

Est-il physiologiquement possible pour un homme de passer une vie entière sans se masturber ?
Je suppose que oui...
(Pensé très fort : ... bien que je n'ai nullement envie d'expérimenter la chose juste pour la prouver.)
– Mais à un moment, il y a un "trop plein" et ils doivent quand même bien finir par éjaculer !
– Mais ils ne sont pas obligés de se masturber pour ce faire. Ils peuvent éjaculer dans leur sommeil, de manière fortuite... 
– Ce n'est pas bon du tout, ça.  
(Walter a l'air très préoccupé par la santé des hommes d'église.)
– J'en sais rien...
– Si, si. Il faut régulièrement se vider, sinon ça peut créer des problèmes.
– Je suppose qu'après un certain temps d'abstinence, leur production de sperme diminue, non ?
Pas sûr... Et puis, les spermatozoïdes pourrissent à l'intérieur, après un petit temps.
Mais non !
Si, c'est comme ça !
(À un moment, j'ai envie de me lever et de crier : "Y a-t-il un sexologue dans la salle ?" mais je me retiens – de crier, j'entends bien.)

Emily nous rejoint plus tard dans la soirée. Elle a terminé son travail. Elle est en petite forme. Elle transforme des sous-bocks de la marque Omer en de minuscules bouts de papier (un point commun avec Léandra !) et tente de réaliser tant bien que mal un Pac-Man que j'essaie de démolir à chaque fois. On s'amuse comme on peut... Je me dis que les serveurs doivent râler parfois, à ramasser nos enfantillages à la fin de leur service... Peut-être nous ont-ils même donné un surnom, comme "la table des petits nerveux qui déchirent tout" ?

samedi 15 octobre 2011

There is sun and spring and green forever

Ce samedi est un samedi tranquille de convalescence. La soirée d'hier – pourtant très calme – m'a passablement épuisé, preuve que je ne suis pas encore totalement remis de ma petite opération du ventre. Pour passer le temps, je m'installe dans mon canapé, bien au centre de mon petit système d'enceintes stéréo, et j'écoute des vinyles... Encore et toujours Spiderland de Slint, dont la face B m'obsède au plus haut point, mais aussi In the Aeroplane Over the Sea, l'OVNI musical de Neutral Milk Hotel, le groupe aux paroles tellement complexes et oniriques qu'elles ont engendré – phénomène assez rare pour un groupe indépendant – des centaines de commentaires sur SongMeanings.

Goldaline, my dear
We will fold and freeze together 
Far away from here

* * *

Le soir, Walter me ramène trois chaises qu'il m'avait empruntées hier pour sa soirée d'anniversaire, ainsi que mon saladier et le récipient qui contenait la vinaigrette. (Ce que j'écris dans ce journal devient de plus en plus captivant, c'est tout bonnement in-croya-ble !) Walter serait bien sorti boire un verre mais personne n'a l'air motivé, dira-t-il. Emily est dans une journée "Rugby" ; Léandra est chez ses parents dans la région du Centre... Peu importe : nous allons boire un verre à deux près de chez moi, au Verschueren. C'est très étrange à voir car nous sommes tous les deux très calmes niveau boisson : moi, forcément, parce que je suis toujours en convalescence ; lui, parce qu'il doit reprendre sa voiture. Donc nous sirotons lentement, lui une Chimay bleue, moi une Guldenberg : ça fait presque peine à voir, mais c'est mieux comme ça, dans un sens.

Walter reparle avec nostalgie de l'année dernière : ces mois d'octobre et de novembre où nous faisions beaucoup plus la fête, et beaucoup plus tard, notamment lors de ces fameux jeudis à l'Atelier, à Ixelles... Nous sortions alors du badminton et rejoignions les autres (Emily, Léandra, Annabelle, Andrew...) dans ce café, comme au bon vieux temps de l'Université, dix ans plus tôt. Même Léandra, qui n'est pas vraiment fan de ce quartier, nous rejoignait après ses cours de néerlandais. Tout cela s'est estompé au début de l'année 2011. Walter dira que ce n'était plus possible de continuer à ce rythme-là et que c'est pour cette raison que tout s'est arrêté, principalement. J'ai avancé une autre explication de la chose, mais c'est une explication beaucoup plus solipsiste et vaniteuse. NON, Hamilton, tout l'Univers ne tourne pas autour de ta pauvre petite personne

En tout cas, moi aussi, je suis nostalgique de cette courte période. Amusant comme ce passé se pare de couleurs, alors qu'il n'était pas toujours si coloré. Faut dire, pour ma défense, que j'étais amoureux. Puis j'ai été amoureux et stressé. Puis j'ai été amoureux et totalement déprimé. Puis j'ai été juste déprimé. Puis je n'ai été plus rien du tout. Aujourd'hui, j'écoute Spiderland et In the Aeroplane Over the Sea : ça ne peut qu'aller mieux. Oui, oui.

* * *

Autre sujet de discussion : les autres (pas le film, hein). Walter aime bien analyser les autres. D'ailleurs, quand je ne suis pas présent, il se livre sans aucun doute à une analyse poussée de ma personne. À un moment, je parle de Lewis. Je dis que si ce dernier lisait ce journal – mais il y a très peu de chance que ce soit le cas dans la mesure où il est incapable d'allumer un ordinateur et sait à peine ce qu'est le World Wide Web –, il n'y verrait que des choses négatives à son encontre.

Lewis est du genre à avoir besoin des autres : il veut un contact fusionnel avec ceux qu'il aime. Contact fusionnel signifie par exemple : tenter de joindre, coûte que coûte, quels que soient l'heure et l'endroit, la personne désignée. Peu importe que la personne en question soit au Texas ou à Dubaï : il doit lui parler, sinon il angoisse sévèrement. Il aime aussi se sentir indispensable : souvent, il me dira que je peux compter sur lui, que je ne suis pas seul, etc., etc. Pour moi, il s'agit clairement d'un transfert, dans le sens où je n'ai pour ma part aucun problème avec le fait d'être seul ; c'est lui qui a un problème avec la solitude.

Lewis constitue l'exact inverse de mes parents et de ma famille proche. Mes parents m'ont toujours foutu une paix royale quand j'étais en dehors de leur "juridiction", et vice versa. Ils sont là quand il faut qu'ils soient là mais ils ne sont pas collants (je déteste les gens collants). Mes parents et moi ne nous téléphonons jamais sans qu'il y ait une raison purement pratique derrière le coup de fil, et c'est mieux comme ça. 

Souvenir proche : mercredi dernier, à la soirée chez ma tante, cette dernière reçoit un sms de sa fille de plus de vingt ans : "Bonne nuit, maman ! Je t'aime." Explication de ma tante : sa fille lui envoie ce genre de message tous les jours. Mon père et moi sommes hilares, forcément, car nous considérons ce genre de situation comme totalement anormale. Une raison : ma cousine a été plus ou moins abandonnée par son père lorsque ce dernier a refait sa vie avec une autre femme. On en revient à un thème récurrent : une forme d'abandon, durant l'enfance, et la peur d'être abandonné qui persiste à l'âge adulte. Le comportement de Lewis et de ma cousine ne sont sans doute qu'une manifestation de cette peur. Mais par qui Lewis a-t-il été abandonné ? Mystère.

Walter me reconduit en voiture. Il est 23h : l'heure de prendre un Dafalgan et d'essayer de dormir (la grande illusion).

vendredi 14 octobre 2011

Long John Silver à Charleroi

Cet après-midi, je repars vers Bruxelles. Rien à signaler si ce n'est, sur le quai de la gare de Charleroi-Sud, la présence d'un pigeon unijambiste. Le pauvre animal fait son possible pour marcher droit mais boite à la manière d'un pirate à la jambe de bois. Arbitrairement, je décide de l'appeler Long John Silver, à la mémoire de l'ancien quartier-maître du Walrus dans L'Île au trésor de Stevenson. La ressemblance s'arrête au détail morphologique car, contrairement à Silver, mon pigeon unijambiste n'a pas un perroquet sur l'épaule. Mais peu importe... Si jamais je recroise un jour l'animal sur les quais de la gare, nous irons boire des grogs et nous encanailler dans les bas-fonds de la ville industrielle déchue, en nous remémorant le bon vieux temps de la piraterie.

* * *

Ce soir, Walter nous a invités à une petite soirée dans son appartement en l'honneur de son quart de siècle. Étaient présents : Emily, Léandra, Andrew, Annabelle, Charles-Henri et Frédéric (l'ami historien de Walter), mais pas son ami sarkozyste de la dernière fois. Walter ne sait pas (et ne veut sans doute pas) faire à manger. Tout est donc préparé par les invités : Annabelle et Charles-Henri ont apporté des baguettes et diverses préparations Delhaize (de l'Houmous piquant, de la tapenade d'olives...) pour un copieux apéro ; Emily et moi avons chacun amené une salade ; Léandra et Andrew se sont occupés du dessert (une fondue au chocolat). La maman de Walter avait également préparé une sauce bolognaise, mais personne n'en mangera, à l'exception de Frédéric et d'Andrew, arrivé en retard.

À plusieurs reprises, passe en fond sonore le "Concerto pour une voix" de Saint-Preux, ou plutôt une version légèrement remaniée...

Niveau boisson, je bois lentement deux Leffe triple et un verre de vin rouge, qui me font vite tourner la tête. Ha ! Si ça pouvait continuer comme ça – autrement dit : si je ne pouvais ne boire que trois verres d'alcool en une soirée et être un peu ivre – jusqu'à la fin de ma vie, je serais le plus heureux des hommes ! Je suppose néanmoins que cette non-résistance inhabituelle à l'alcool est tout simplement liée aux molécules de tramadol et de paracétamol qui se promènent encore dans mon sang.

Léandra est très énervée, et ce depuis le début de la soirée. Faut pas l'emmerder ce soir ! Elle a peut-être envie d'être ailleurs ? Walter l'énerve parce qu'il ne fait rien et reste constamment à la fenêtre à fumer ses cigarettes ; Andrew l'énerve parce qu'il commente de manière légèrement critique la présence (rare à la télévision !) de l'économiste Frédéric Lordon à Ce soir ou jamais, l'émission de Frédéric Taddeï sur France 3 ; même moi, je l'énerve apparemment !

* * *

Grosse digression sur Frédéric Lordon vu chez Taddeï : alors celle-là, elle est quand même très poilante ! À tel point que lorsqu'Andrew me dit qu'il a vu l'économiste à Ce soir ou jamais, je me suis vraiment demandé si mon ami se foutait de ma poire, ayant clairement en mémoire une ancienne vidéo du même Lordon démolissant de manière gentiment sardonique la même émission et disant en substance qu'il n'y mettrait jamais les pieds.

Ai-je rêvé ? Non, je n'ai pas rêvé... Plus tard, de retour chez moi, je retrouverai ladite vidéo :  un petit reportage, intéressant au demeurant, intitulé "La stratégie de la vaseline" (2009) dans lequel Lordon explique entre autres – et je suis totalement d'accord avec lui – que développer une analyse alternative (c'est-à-dire sortant de ce que les spectateurs ont l'habitude d'entendre dans les médias) demande du temps et que, de ce fait, c'est une chose quasiment impossible à mettre en œuvre dans le cadre d'un débat télévisé, dont le format est forcément très limité dans le temps. Par ailleurs, les débats télévisés sont très souvent emplis de "contradicteurs professionnels", qui n'ont pas grand chose à dire mais qui n'arrêtent pas de casser et de couper les invités. Pierre Bourdieu en avait d'ailleurs déjà fait à la fois la démonstration et les frais dans l'émission Arrêt sur images, interrompu à tout bout de champ par l'horripilant Jean-Marie Cavada. Mais c'est une autre histoire...

Dans "La stratégie de la vaseline", reportage qui mélange des extraits d'un débat d'Acrimed (datant du 5 février 2009) et une interview de Lordon, ce dernier lance à un moment, faisant rire son auditoire : "Taddeï ? Ha non, non, non ! Mais ça j'ai dit tout à l'heure que non, non ! (...) Non, non, je ne vais pas chez Taddeï. Chez Taddeï, (...) si vous voulez c'est la variante chic de ce que j'appelle les talk-shows de pochtrons, quoi. (...) Vous avez RTL : [grosse voix grasse] 'Ouaaaais, euh' ; chez Taddeï, c'est [voix pincée] 'Oui, euh', mais c'est pareil... Fondamentalement c'est pareil (...). Ce n'est pas tout à fait les mêmes, mais c'est tout aussi inintéressant" (l'extrait ICI).

J'adore Lordon : je le trouve souvent très clair, très intéressant et très réfléchi. J'aime également son humour acerbe. Je suis aussi clairement du même bord politique que lui (mais ça, ça ne veut rien dire : je connais plein de gens de gauche qui m'énervent prodigieusement). N'empêche, sur Taddeï, en deux ans, l'ami Lordon a fait un virage à 180 degrés. Ça arrive, me dira-t-on : qui n'est jamais revenu sur une décision, sur un jugement à l'emporte-pièce ? C'est vrai, mais ce qui est vraiment rigolo ici, c'est la comparaison de ce revirement avec le sujet même du débat d'Acrimed dans lequel Lordon prend la parole : pendant une dizaine de minutes, l'économiste s'est royalement foutu de la tronche de tous ces intellectuels, journalistes, critiques qui ont retourné leur veste après le passage de la crise des subprimes, tous ceux qui ont affirmé tout et son contraire dans un intervalle de temps somme toute assez réduit...

* * *

La soirée se termine relativement tôt, un peu après 1 heure du matin. Léandra et moi nous faisons débarquer en voiture au Cimetière d'Ixelles par Emily, pour prendre un taxi que nous ne prenons pas immédiatement : nous allons boire un dernier verre à la Bécasse. J'ai un énorme mal de tête, je n'ai pas la forme. Léandra, par contre, n'est plus du tout énervée : elle parle beaucoup de Jonas (la vie est-elle un éternel recommencement ?). Après un café (pour moi) et une infusion (pour elle), nous reprenons le taxi vers chez nous.

De retour chez moi, dans mon lit, je m'endors sur... Ce soir ou jamais. Ha !

lundi 19 septembre 2011

Mes amis sont des étoiles

J'ai fait un court cauchemar pour le moins bizarre cette nuit, dont l'idée principale est à la fois simple et terrifiante... Devant le miroir de ma salle de bain, à l'aide de ciseaux, je me découpe méticuleusement les paupières, qui sont bizarrement plus carrées que la normale (elles forment presque deux angles droits le long de l'arcade sourcilière). Je n'ai pas du tout mal en pratiquant cette opération à vif. Après avoir fini le travail, je me dis que ce n'est pas grave car mes paupières vont repousser. Le rêve me reste en mémoire bien après le réveil, au moins jusqu'au quai de la gare. Sur ce dernier, la navetteuse brune qui lit toujours des trucs intéressants me parle pour la première fois depuis des années pour me demander un bic, que je ne trouve d'ailleurs pas sur le moment – j'en retrouverai trois plus tard dans le fond de mon sac. Si on continue de prendre le même train pendant encore dix ans, peut-être aurai-je avec elle une conversation de plus de six mots ("Euh...", "Je vais regarder...", "Désolé, non...") ?

* * *

Dans La Recherche de ce mois de septembre, à la rubrique "Curiosités" (page 106), ce court article intitulé "Nos enfants sont des planètes", dont voici le début : "Le physicien et astrophysicien israélien Alon Retter a remarqué l'existence d'une analogie entre l'organisation de l'Univers et celle des sociétés humaines. Il associe ainsi : célibataires et étoiles seules ; couples et étoiles doubles ; villes et amas d'étoiles ; pays et galaxies, etc. Les planètes sont la progéniture des étoiles. Les planètes gazeuses représentent les garçons et les planètes rocheuses les filles [...]".

Apparemment, Alon Retter (dont, soit dit en passant, le site Web est ignoble) s'emmerdait ferme ce jour-là (on lui avait peut-être interdit l'accès au télescope ?). L'idée est somme toute marrante (même si l'astrophysicien ne doit certes pas être le premier à avoir imaginé une telle analogie) et m'en rappelle une autre que j'aime assez bien, celle de l'univers sous forme de (fausse) fractale : il est possible (et assez facile) de trouver des similitudes, à différents niveaux de grandeur, entre des éléments de l'Univers qui n'ont a priori aucun rapport. Exemple avec la sphère, que l'on retrouve forcément un peu partout, sous forme imparfaite : la goutte d'eau sur une surface hydrophobe ou en train de tomber, mais aussi une planète ou une étoile... Un autre exemple est celui de la spirale : spirale d'un escargot mais aussi d'une galaxie ; hélice d'ADN... Je n'arrive pas à tirer grand chose de ce genre de constats, si ce n'est la satisfaction de trouver des structures identiques dans une nature par essence très diversifiée et de me dire que je ne suis pas totalement paumé dans cet univers ; qu'il y a moyen de le déchiffrer.

Bref, toujours est-il que je trouve l'analogie étoiles-humains assez sympathique. Et si j'appliquais le même principe avec mon univers ? Et si Saint-Gilles était un groupe local d'étoiles dans l'amas stellaire Bruxelles ? Et si la Belgique était une galaxie dans l'amas galactique Europe ? Et si mes amis étaient des étoiles ?

À une époque, durant mes premières années d'université, je formais avec deux amis un triangle d'été : Altaïr, An-Nasr Al-tâ'ir ("le vautour qui vole") en arabe, c'était Hamilton II ; la supergéante Deneb du Cygne, Dhanab ad-Dajājah ("la queue de la poule"), c'était Fred Jr ; la proche Vega, An-Nasr Al-Wâqi' ("le vautour qui tombe"), c'était moi. D'après Alon Retter, les étoiles doubles symbolisent les couples ; les étoiles seules les célibataires. Là, ça se complique car depuis que nous nous connaissons, nous avons tous été en couple et tous été célibataires à un moment ou à un autre. Fred Jr est depuis un bon bout de temps l'une des deux étoiles d'un système double autour duquel gravitent deux petites planètes rocheuses. Hamilton II, c'est plus compliqué... Depuis dix ans environ, il est une des étoiles majeures d'une nébuleuse amicale et amoureuse. Quant à moi, c'est plus simple : j'ai été une étoile seule pendant des années, partie d'une étoile double pendant sept ans, puis de nouveau une étoile seule, autour de laquelle gravite de manière irrégulière, depuis bientôt six ans, une petite planète tellurique.

Il y a un peu plus de deux ans, c'était le début de ma "période française" : à cette époque, je me suis créé toute une série de nouveaux potes et je sortais beaucoup avec eux. J'étais presque le seul belge (encore une étoile seule !) au sein d'une nébuleuse de Français. Avant, je trainais beaucoup avec Vinge : lui, c'était à certains moments de la matière sombre à l'état brut, à d'autres moments une planète (il a un côté enfantin) gazeuse dans le style de Saturne, avec son cortège de satellites (des filles pas très sures d'elles qui voyaient en lui un gros nounours à choyer).

Actuellement, mon groupe d'amis proches ressemble plus aux Pléiades, un amas ouvert d'étoiles qui porte le nom donné aux sept filles de Pléioné dans la mythologie grecque. Cependant, nous ne sommes que cinq dans la "dream team". Alcyone/Eta Tauri, l'étoile la plus brillante de l'amas, une binaire à éclipses, c'est Léandra (les éclipses, ça rappelle un peu les dents de scie de mon amie). Atlas, c'est trop facile : c'est Walter (il veut porter le monde sur ses épaules, mais la charge est trop lourde). Électre, c'est Emily. Andrew, c'est Astérope. Pourquoi ? Parce que. Et moi, je ne sais pas... De toute façon, je suis Véga, le "vautour qui tombe".

Le vieux Lewis du badminton est un trou noir. C'est une évidence. C'était autrefois une étoile supermassive, une géante rouge mais pas trop, parfois double, autour de laquelle gravitaient deux planètes gazeuses : une très proche (son second fils, qu'il appelle encore aujourd'hui tout le temps) et une très éloignée (son premier fils, qu'il ne voit quasiment plus). Depuis quelques temps, l'étoile massive s'est effondrée sur elle-même et s'est mise à absorber la lumière des autres étoiles, plus petites, qui s'approchent trop près de son horizon.

Certaines amies sont des comètes : elles font une révolution pas loin du centre de mon système solaire puis s'en vont rejoindre la ceinture de Kuiper (comme Annabelle). Certaines comètes restent plus longtemps, mais finissent quand même par s'en aller faire leur vie ailleurs (comme Christelle). Et que dire des étoiles filantes ? Ces personnes qui arrivent dans mon atmosphère et qui s'y brûlent presque instantanément ? Si j'en ai connues, je les ai oubliées.

* * *

Ce soir, je retrouve Emily... Plus besoin de dire où. Nous sommes avec nos ordinateurs portables. J'ai décidé de ne pas boire d'alcool aujourd'hui (je carbure au thé et au café), alors je suis beaucoup plus stressé, nerveux, énervé même, que d'habitude. Nous parlons un moment de Disneyland® Paris (nous allons essayer de fêter l'anniversaire de ma fille deux jours là-bas : j'ai déjà acheté mes médicaments contre le mal Disney) et de rugby : Emily est une grande fan de ce sport (c'est de famille, dit-elle). Je l'écoute religieusement vu que je n'y connais strictement rien. Elle parle de l'émotion qui se dégage d'un match lors des hymnes nationaux ou lors du fameux Haka des All Blacks, avant le jeu.

Emily me reconduit chez moi en voiture (comme d'habitude). Sur le chemin du parking, devant l'Union, je croise par hasard Lodewijk As Himslf, le compagnon d'une ancienne amie de Maïté (je ne sais pas si elles sont encore en contact). Lodo (c'est son diminutif attitré) me demande si je "sors de mon bureau". Je lui dis que non, pas du tout, que j'étais à la Maison du Peuple avec Emily. Il me répond : "C'est bien ce que je disais !" Il suit ma vie, rajoutera-t-il. On discute dix minutes, en grande partie d'idées qu'on a en commun : certaines utopies sur (ou plutôt contre) le travail... De musique aussi. Lodo a de très bons goûts musicaux. À une époque, si mes souvenirs sont bons, un de ses potes lui passait des disques durs entiers de musique indépendante. Des centaines et des centaines d'heures d'écoute... Je lui dis que je découvre de bons groupes grâce à lui, sur Facebook, et il me renvoie le compliment.

mardi 9 août 2011

Rêves d'enlèvement et d'adolescentes

Je me réveille vers midi (c'est les vacances !) avec des rêves plein la tête :

(Premier rêve) J'apprends au téléphone par Léandra que Nanash n'est pas content que je l'ai battu aux échecs la dernière fois et que, pour se venger et me faire peur, il a décidé de kidnapper Gaëlle avec son ami Tony. Ils n'ont pas l'intention de lui faire du mal mais je ne suis pas rassuré. L'enlèvement doit avoir lieu chez moi à 21h30 précises dans la chambre de ma fille, chez mes parents. Mes parents habitent un grand château, avec un parc et une grille, et la chambre de ma fille est beaucoup plus grande qu'elle ne l'est dans la réalité. À l'heure du supposé enlèvement, je suis censé être dans un grand restaurant bruxellois. Nanash le sait. J'élabore un plan : faire semblant de ne pas être au courant de ce que j'ai appris au téléphone. 

Dans le rêve, je suis professeur dans une sorte de grand pensionnat, à Bruxelles. À la sortie de mon cours, en fin d'après-midi, je décide de téléphoner à mon père pour qu'il fasse très attention à Gaëlle ce soir, car elle risque d'être kidnappée, mais je ne lui explique pas tous les détails. Il ne me prend pas au sérieux et me répond de son air mi-surpris/mi-fâché un truc du genre : "M'enfin, d'accord, mais c'est n'importe quoi". Un peu avant 21h30, je suis à l'entrée du restaurant et Nanash m'appelle pour prendre de mes nouvelles. Je sais parfaitement qu'il m'appelle en réalité pour savoir si je suis bien de sortie ce soir et non avec ma fille. Je fais semblant de ne rien savoir, comme prévu. Peu après, je décide de retourner chez mes parents, très rapidement, par je ne sais quel tour de passe-passe spatiotemporel. Lorsque j'arrive, Nanash et Tony sont là, mes parents aussi. Mais ma fille, elle, a disparu. Personne ne sait où elle se trouve. Je commence à stresser.

J'ai dû me réveiller à ce moment-là, mais me rendormir directement après. Le rêve s'est alors transformé en tout autre chose :

(Second rêve) De retour au pensionnat/collège dans lequel je donne cours, je dois empêcher des filles en fin d'adolescence de franchir la grille d'entrée de la cour, qui ne ferme pas. La consigne : elles doivent absolument rester dans l'enceinte du bâtiment et surtout ne pas aller courir les rues ou rejoindre leur petit copain. Le problème, c'est que je dois partir, pour je ne sais quelle raison, et que je ne peux pas garder la grille indéfiniment. Je place donc une sorte de petite barrière en bois à la place de la grille. C'est ridicule car la barrière doit faire à tout casser 40 cm de haut. Les adolescentes restent pourtant à leur place à l'intérieur de la cour. Sauf une qui enjambe la barrière, me suit et fait un bout de chemin avec moi en me prenant par la taille. L'adolescente et moi finissons par arriver à un immeuble avec une échelle. Nous décidons de monter à l'échelle pour voir ce qui se passe dans un des appartements. Par la fenêtre, nous voyons trois des adolescentes qui devaient rester dans la cour du collège en plein acte sexuel avec leur petit copain.

Il devenait glauque, ce rêve. Je crois que je me suis réveillé définitivement à ce moment-là. La signification de tout ça ? Aucune idée.

* * *

Hamilton, mon brave petit Hamilton, que cherchais-tu vraiment en débarquant dans cette soirée ? Tu as l'air en forme, bravo, woaw ! Tu fais des efforts, tu tentes l'humour, tu feins la décontraction alors que tu es une boule de nerfs... Tu sais aussi qu'elle va arriver, à un moment. Charles-Henri est là pour vous accueillir, Léandra et toi. Du moment que tu as ta bière (une Chimay blanche ou un Orval), tu es heureux, non ? C'est de cette manière que le monde fonctionne pour toi, depuis des années.

Hamilton III, un des colocataires de la Maison du Bonheur-bis, débarque à un moment, mais il ne mérite même pas que tu le mentionnes dans ce blog. Ce gars sans couleur n'est pas vraiment là, ni pour lui, ni pour toi (Ground control to Major Tom...). Durant toute la soirée, tu auras aussi l'impression qu'Elisabeth, Hamilton III et Emilia, la troisième colocatrice de Charles-Henri, ont un peu trop bouffé de salsepareille cet après-midi. Elisabeth passe une heure (au moins) à faire la sono et finira par passer un tube de Metronomy que tu adores. Emilia lèche son (ex-futur-ex) copain pendant une demi-heure. Passons. Elle n'est pas vraiment là non plus, celle-là.

Annabelle n'est pas en forme : entre la soupe – délicieuse – et le dessert, elle monte se reposer. Elle parle un peu avec Walter et Emily du boulot. Tu ne sais pas trop quoi dire (tu veux que je te ressorte le courriel pathétique que tu lui as envoyé en décembre dernier ?).

Sinon, elle ne s'est pas trop mal déroulée, cette soirée. Tout le monde travaille le lendemain, sauf Léandra et toi. Tu es content de parler à Charles-Henri. Tu as écouté d'une oreille les délires de Walter sur le privé et tu as été en grande partie d'accord avec les "définitions" d'Andrew.

L'after à la Bécasse appartient à un autre monde.

mardi 19 juillet 2011

Eddy Merckx, sauna et casse-têtes

Première nuit dans le gîte à Stavelot. J'ai bien dormi (j'ai hérité, sans rien demander, de la plus belle chambre). Je dors seul (bah oui), avec une salle de bain multifonctions et un WC à côté. Le matin, on prend un déjeuner. Je n'ai pas l'habitude de déjeuner. Je ne sais jamais quoi faire quand on me propose de déjeuner : la plupart du temps, je me prépare une tartine, sans entrain, et je bois des cafés (ça me rappelle les fois où je recevais Christelle chez moi et où je devais faire semblant de trouver normal de couvrir ma table de plein de nourriture et de boissons tôt le matin). Le reste de la matinée est passé à tapoter sur des claviers ou à lire un livre.

L'après-midi, nous faisons un tour dans Stavelot : on commence par longer le cimetière, puis on se dirige vers l'étang, puis vers un petit chemin de campagne menant dans un champ de vaches bordé par la jolie Amblève. Andrew essaie de me tuer avec un bâton. Ensuite, nous revenons sur nos pas, traversons un pont et pratiquons l'ascension de la route de Somagne en direction de la stèle Eddy Merckx, une sorte de faux bas-relief ridiculement laid. Sur le chemin, on croise une maison à flanc de colline, qui ressemble à un légo mal construit, ainsi qu'un "Bed & Breakfast" de luxe mais néanmoins kitsch. C'était quand même un beau parcours.

En début de soirée, nous avons pu essayer le sauna. Nous sommes un peu ridicules : Andrew et moi ressemblons à des sénateurs romains drapés dans une serviette de bain. Je suis le maître de la "cérémonie" (ça se résume à mettre de l'eau de temps en temps sur les pierres chaudes : la sensation de chaleur augmente alors à cause du plus fort taux d'humidité). Léandra est en bikini. Le sauna, c'est cool et ça me fait vraiment me rendre compte que je suis en vacances. La situation me rappelle également ma cure aux thermes de Spa, quand Maïté était enceinte, il y a environ six ans...

Emily arrive en début de soirée. Un bon repas nous attend. En résumé, Andrew s'est occupé de la soupe tomates-carottes (délicieuse) et du dessert (du flan), et je me suis occupé du plat principal (rôti de bœuf, haricots, purée). La viande est un peu trop crue. Elle n'est néanmoins pas mauvaise, à l'exception d'une ligne moins tendre. J'ai vraiment du mal avec le flan : trop le goût d'œuf et un fond liquide qui me dégoûte, sans raison particulière (les autres aiment bien, c'est moi qui suis difficile avec certains aliments).

La fin de la soirée est "casse-tête", d'abord au sens figuré puis au sens propre. Léandra est littéralement malade de n'avoir aucune nouvelle de Jonas, alors qu'elle lui a envoyé un long courriel il y a peu de temps. Elle entrevoit plusieurs solutions, trois en fait : 1) soit elle l'oublie complètement et déprime un bon coup avant de passer à autre chose (c'est très hardcore, comme façon de penser) ; 2) soit elle s'amuse un peu, dans une sorte de "situation d'entre-deux" ; 3) soit elle s'accroche et continue dans la lancée et essaie de récupérer ce putain de lascar indécis. Dans tous les cas, là, elle n'est vraiment pas bien. Léandra trouve qu'elle et Jonas vont bien ensemble, mais ce dernier n'a pas l'air de partager ce sentiment ("trop différents"). On a tous notre avis sur la question. Andrew ne dit pas grand chose. Je crois que je suis celui qui parle le plus, je crois aussi que la solution n°3 n'est certainement pas la bonne. Pour le reste, je ne suis sûr de rien. En tout cas, ça m'énerve de voir mon amie si mal en point à cause d'un gars qu'elle trouve excellent mais qui n'en vaut peut-être pas la peine. Je me remémore par ailleurs en écrivant ces lignes ces soirées interminables où je me rongeais les ongles à cause d'Annabelle et après lesquelles Léandra me disait, à juste titre, un truc du genre : "il faut que ça finisse, ce genre de prise de tête, elle te ronge complètement". Je me rends compte que je lui renvoie presque le conseil, même si les situations sont extrêmement différentes.

La fin de la soirée (ou plutôt la nuit) se passe sur un autre type de casse-tête. Léandra et Andrew sont partis dormir. Emily et moi essayons de résoudre un casse-tête en bois apparemment connu (après vérification sur le Web) sous le nom de la "roue du diable". On comprend le principe, on y arrive presque, mais on cale quand même. On jure d'y arriver avant d'aller dormir mais on finit par abandonner. Je garde néanmoins un bon souvenir de cette fin de soirée. C'était sympa, c'était calme (malgré le stress du casse-tête) et ça m'a détendu.

samedi 16 juillet 2011

100% d'humidité

Aujourd'hui, c'est l'anniversaire d'Hamilton II, mon ami d'université. Je ne pourrai pas me rendre au verre qu'il organise au Tavernier, car à cette heure-là, je serai à Lille avec Emily.

Le temps est exécrable, à Bruxelles comme à Lille. Impossible réellement de visiter la ville. Du coup, on passe beaucoup de temps au Furet du Nord, une des plus grandes librairies du Nord de la France. Je passe en revue le rayon BD, puis le rayon SF et j'achète quelques bouquins dont Le monde inverti de Christopher Priest, Blind Lake de Robert Charles Wilson et La Horde du Contrevent d'Alain Damasio. On passe aussi par chez Surcouf (Emily doit acheter un rack pour son vieux disque dur de portable) et on admire pendant quelques instants le fantastique mur d'eau publicitaire à l'entrée (c'est incroyable ce qu'ils inventent de nos jours pour attirer l'attention). Avant de repartir, nous allons manger un bout à la microbrasserie "Les 3 Brasseurs". C'est moi qui propose ce restaurant car il me rappelle mon voyage à Montréal et la dégustation de hambourgeois (nom québécois pour les hamburgers). Je vide assez rapidement deux "brasseurs" (c'est-à-dire deux demi-litres) de bière maison. En route vers le parking souterrain, Emily et moi nous prenons dans la figure une pluie comme c'est pas permis et sommes trempés de la tête au pied.

Après être repassés par nos appartements respectifs (notamment pour changer de vêtements), nous nous rendons à l'anniversaire de Charles-Henri. Léandra, Andrew et Walter sont déjà là. Il y a plein de monde. Il fait moche dehors mais ils ont installé des tentes et font quand même un barbecue. Je revois Vespertine pour la première fois depuis son retour d'Afrique. Fany n'est pas là, évidemment. Je me sens totalement à côté de la plaque, mais ça ne se voit pas trop cette fois-ci. Je parle un peu à tout le monde, je ris, je discute, je fais semblant d'être en forme. Dans la "dream team", seule Emily semble réellement s'amuser. Walter s'emmerde, forcément (on a souvent la même réaction, lui et moi, par rapport à ce genre de soirées). Léandra et Andrew s'en vont relativement tôt. Avant que ces deux-là ne partent, on offre ses cadeaux à Charles-Henri : le jeu de société "Dixit" ainsi qu'un jeu de plein air d'origine viking du nom de "Kubb". 

Annabelle est là également, forcément. Elle essaie de me parler à quelques reprises (elle fait un peu son boulot d'hôte), mais je fais tout pour lui dire le moins de mots possibles. Je l'adore, mais ce n'est pas une amie. Je ne suis plus à l'aise avec elle et je n'ai pas envie d'engager une conversation. Plus tard, je discute assez longtemps avec Pinpin, l'historien du verre. C'est un historien passionné par son sujet et il connaît de nombreux archivistes et historiens : on a des connaissances communes (le monde de l'histoire est petit et assez corporatiste). Discussion intéressante qui tourne autour du monde des ouvriers et des artisans. À un moment, je parle des mineurs, sorte de "nobles" au sein de la main-d'œuvre charbonnière car ce sont eux qui sont au plus près de la veine de charbon et qui prennent le plus de risques. Il me dit que le terme "noblesse ouvrière" est également utilisé dans l'univers de la verrerie. Flopov, une jeune badiste présente à la soirée, tente de "participer" à la discussion : elle est naïve et ce qu'elle dit tombe la plupart du temps totalement à plat.

Walter et moi en avons un peu marre de cette soirée et décidons de partir. Emily, qui semblait pourtant bien s'amuser (elle dansait avec les autres), rentre avec nous. Flopov s'invite également. Direction le Cimetière d'Ixelles. Vu que le Corto est fermé, on termine la soirée calmement chez Emily, avec une Flopov un peu bébête et un Walter qui s'emmerde. À la fin de la soirée, Emily se rend compte que son plafond de cuisine fuit totalement : de l'eau a percé la couleur et s'écoule sur le sol. Ce que j'aime beaucoup chez Emily, dans ces moments-là, c'est sa capacité à prendre ce genre d'événements de manière pragmatique, sans se prendre la tête : "de toute façon, on ne sait rien faire pour le moment. Je vais nettoyer un peu et préviendrai les propriétaires demain".

Retour en taxi avec Flopov. Je fais faire un détour au taxi pour qu'il ramène Flopov devant sa porte (elle a seulement 18 ans : hors de question de la laisser dans la rue à 3 heures du matin).

vendredi 15 juillet 2011

Pastis-pétanque sans pastis

Dernière journée de boulot en compagnie de Bernard Selayve, un des anciens membres des Mouvements Marxistes Militants (MMM en abrégé), un groupe d'extrême-gauche belge qui fit de nombreux attentats à la bombe dans les années 80 contre les symboles du système capitaliste et de l'impérialisme américain (banques, entreprises d'armement...). L'institution dans laquelle je travaille a hérité des archives de ce groupe et je passe ainsi la matinée à les trier en compagnie de Bernard, un gars bien sympa. Il a un peu des côtés de mon pote anar Zapata : le même humour et le même idéalisme. Ça me fait un bien fou de me retrouver en compagnie d'un militant de la gauche radicale. Ce type partage beaucoup de valeurs en commun avec celles de ma famille, notamment avec le radicalisme marxiste et syndical de mon père.

En soirée, je me rends au "pique-nique pétanque" proposé par Andrew pas loin de chez lui. Il me faut un temps de dingue pour retrouver le petit parc dans lequel nous allons jouer. Quand j'arrive, Andrew est déjà en compagnie d'Emily et de ses deux stagiaires : Zahra, que j'avais déjà vue, ainsi que Lavida, la fameuse stagiaire franco-israélienne dont Andrew parle tout temps. Cette dernière ressemble très très fort à ma collègue de bureau Wynka. Elle déprime en Belgique à cause du temps : heureusement pour elle, elle s'en va bientôt. Dommage, elle avait l'air sympa.

On mange bien, trop bien même : il y a plein de charcuteries et de fromages sur la table et j'ai apporté une grande salade. Certains boivent du vin. Moi je suis à l'Orval, comme d'habitude. Quand Walter arrive, il boit des Chimay Bleues, comme d'habitude aussi. On joue à la pétanque. Que de souvenirs... On n'a pas trop perdu la main, en fait, même si on ne sait plus trop chasser les boules. Au crépuscule, un SDF s'installe pour la nuit en dessous du petit préau situé juste en face du terrain de pétanque. La situation m'embête au plus haut point, non pas, bien sûr, parce qu'il est là, mais plutôt parce qu'on vient de bien boire, de bien manger et que lui n'a rien. Du coup, je lui demande s'il veut à boire ou à manger, ou bien une cigarette, seule chose qu'il accepte. Andrew est gêné par la situation : il dit que parfois, ces gens ont des situations tellement éloignées de la nôtre qu'on ne sait jamais s'il faut vraiment leur proposer quoi que ce soit. Il parle aussi d'un livre qui traite de ce sujet délicat : une histoire d'anthropologue au milieu des SDF, ou un truc dans le genre. Sur le coup, ça m'énerve un peu : j'en ai rien à battre de ce livre à cet instant précis. Je trouve juste totalement condescendant de jouer à la pétanque comme s'il n'existait pas, et totalement malsain de ne rien lui proposer à manger.

Fin de la soirée et début de la nuit chez Andrew. La discussion tourne autour des femmes que Léandra n'aime pas (comme Mary Augustus et Annabelle...), pour une raison que je continue à trouver en partie irrationnelle. C'est assez fou de détester à ce point certaines personnes. Léandra trouve que Mary est très froide. Mary pense exactement la même chose de Léandra. Léandra n'aime pas les femmes qui ne s'intéressent pas à elle. C'est pourtant l'inverse qui s'est passé au début avec Mary : c'est Léandra qui ne s'est pas intéressée à Mary, qui la prenait un peu pour une "envahisseuse" dans la discussion qu'elle avait avec Walter, à l'Atelier.  Qui a raison, qui a tort ? C'est curieux car je ne les trouve ni l'une ni l'autre froides. Des "querelles de filles", quoi (pourtant, ici, il n'y pas réellement d'enjeu). Mmmmh, ce paragraphe tourne un peu à la "Santa Barbara". Par après, énième discussion entre Léandra et Walter sur leur ancienne relation, blablabla. Walter parle avec beaucoup de verve, Léandra lui sort des réponses froides, coupées au couteau. 

Au retour en taxi, je me rends compte que j'ai trop bu. Je discute avec le taxi, mais je ne me souviens pas ce que je lui ai dit (pauvres taxis, ils doivent en voir de toutes les couleurs la nuit).

samedi 18 juin 2011

Tournoi amical de badminton

Faut que je me lève pour ce putain de tournoi amical de badminton à Ixelles. Premier match vers 11h du matin. Après des heures de matches interminables et de pauses encore plus interminables, je gagne la finale du double messieurs avec mon partenaire Toine. En simple, je perds la finale contre Toine (toujours lui), totalement exténué. Quatre heures de sommeil, ce n'est pas assez pour ne pas être crevé. Barbecue du club sous une petite pluie. Lewis est là, évidemment. Lewis fait le malin. Lewis pose des questions. Il m'énerve. Il boit beaucoup trop mais ça, c'est son problème... Mary, Aurely et Flopov sont là aussi. Flopov est un peu (?) bête. Walter passe deux fois en coup de vent. Léandra nous rejoint un peu plus tard. On va manger au Cimetière, puis on retourne "chez nous", du côté de Saint-Gilles. Je termine la soirée avec Mary au Verschueren. Je suis totalement crevé. Tout le monde est un peu crevé en fait. Charles-Henri et Annabelle sont au Centre-Ville, avec Emily, rejoints pas Walter. Je n'ai jamais compté les rejoindre.

lundi 23 mai 2011

La Belle au bois dormant

J'ai décidé de ne pas aller au badminton ce soir : Emily est repartie en France pour la semaine et je n'ai vraiment pas envie d'entendre Lewis me déblatérer ses sentences prétentieuses. Je me dis qu'un jour, je vais changer de club ou tout simplement arrêter ce sport (j'ai envie de faire de l'Ultimate, sans raison). 

Dans le train, entre deux sommeils, j'ai un peu repensé à cette histoire de Charles-Henri et d'Annabelle. Je me suis dit (entre autres) que pour créer une relation d'intimité avec quelqu'un, il faut s'isoler avec la personne (c'est la logique même : même moi, je sais cela). De la même manière, la meilleure façon de casser cette relation, c'est d'empêcher l'isolement, par exemple en proposant constamment de ramener en voiture ou en s'installant toujours à côté. Il est très fort, Charles-Henri (gros soupir). J'avais raison depuis le début, même si Léandra me disait : "mais non, mais non" (même Léandra se trompe parfois). Par ailleurs, j'ai appris hier que le même Charles-Henri a organisé en toute conscience une contre-soirée à celle de Fany. Tsss... Arrivé en gare de Liège, je me dis que j'ai vraiment raison de n'accorder ma confiance (absolue du moins) qu'au compte-gouttes.  

J'ai croisé sur le quai des bus à Liège ce matin une copine navetteuse, Amely, qui travaille presque au même endroit que moi. Elle tousse. "C'est parce que j'ai arrêté de fumer depuis une semaine", me dit-elle. Je réponds : "Logique. Moi, j'ai arrêté de boire et depuis, j'ai des problèmes d'estomac". Conclusion malsaine : l'alcool et le tabac, c'est bon pour la santé. Ayant fait tomber mon ancien baladeur MP3 dans les toilettes ce week-end (on ne se refait pas) et l'ayant vu agoniser sur une table et pousser d'horribles petits "brrrz tic brrr" déchirants, et ne pouvant pas rester plus de quatre heures sans musique dans les oreilles, je me suis décidé à acheter un Philips GoGear Ariaz de 4 Go (j'ai failli prendre un Archos pour aller en même temps sur le Web, mais ça aurait servi à quoi, si ce n'est à copier mes amis qui ne peuvent s'empêcher de m'énerver en regardant Facebook sur leur smart phone toutes les cinq minutes ?).  

Ce soir, je ne fais rien (ou presque). Chose rare et précieuse. J'écoute Great Lake Swimmers : le clip fait un peu cucul-la-praline, mais je pense que c'est un peu (voire totalement) fait exprès. C'est très beau mais le type fait penser un peu à Richard, l'ancien compagnon de Léandra, dessinateur de BD de son état. Ah, oui : pas un seul verre d'alcool aujourd'hui.

jeudi 21 avril 2011

Un jour avant la création de ce journal

Nous sommes le 21 avril 2011. Demain, je me mettrai à écrire ce journal un peu ridicule au jour le jour. Au départ, ce carnet était intégré à mon blog, de manière un peu cachée (mais néanmoins trouvable). Cependant, le format n'était pas vraiment adéquat et l'instabilité de Blogger me faisait perdre des pans entiers de ce que j'avais écrit, sans raison. Des années 2009-2010 et du début de 2011, je me souviens de quelques trucs...

En 2009, le début d'année fut assez plat, monotone et insipide. C'est l'année de ma reprise du badminton, après dix ans d'arrêt. C'est là que je rencontre  le vieux Lewis, président du club, historien de formation, qui deviendra mon ami.

Le vendredi 7 août 2009, je passe à un "Apéro urbain" devant le Palais de justice de Bruxelles en compagnie de mon pote Vinge. On s'emmerde, on va partir mais on rencontre par hasard Charles-Henri du badminton, avec d'autres Français. C'est là que je rencontre Christelle. Le lendemain, jeu de tarot à Bruxelles-les-Bains avec les Français. C'est le début de la "période française". 

Durant cette période, je  rencontre plein de nouveau monde dont Emily, Fany, Vespertine, Lytle, notamment. Au badminton, arrivée de Walter, aussi. Sinon, quelque chose a-t-il changé depuis ? Ah oui : j'ai aussi rencontré Annabelle. Pour elle aussi, je me souviens de l'endroit où je l'ai vue la première fois : j'étais à deux mètres de la porte d'entrée en train de placer un filet dans la salle de sport et je l'ai accueillie. Et je me souviens aussi de la première fois où je lui ai proposé d'aller boire un verre à la buvette. 

(Note : parfois je me souviens parfaitement de la première rencontre, parfois pas. Exemple le plus flagrant : Léandra. Je ne sais pas du tout quand ni où je lui ai parlé la première fois. Et elle non plus, je pense.)