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dimanche 5 février 2012

Le repère du dimanche soir

Le dimanche à la Maison du Peuple est devenu un des repères de la semaine, une institution comme l'était, au temps lointain de l'université, le dimanche à l'Atelier... De retour de chez mes parents, je rejoins donc Léandra et Andrew en fin d'après-midi avec ma valise à roulettes — la valise à roulettes est elle aussi un repère !

(Réminiscence d'un échange avec Claire la discussion du 1er février 2012 via Facebook durant lequel elle m'a dit entre autres que j'étais non pas un mais le repère de ma fille, et que tout ce que cette dernière cherchera plus tard dans la vie se fera à l'aune de ce qu'elle vit en ce moment avec moi. Je ne suis pas convaincu. Je dis néanmoins : "Dans repère, il y a père". Et je ne crois pas si bien dire : en cherchant un peu, je me rends compte que "repère" vient du latin reperio, reperire, du préfixe "re-" et de "pario" qui signifie notamment "enfanter", "produire", "mettre au monde"... La Maison du Peuple est donc un repère, c'est-à-dire une matrice au sein de laquelle nous pouvons tous reprendre notre position fœtale symbolique — franchement, faut que t'arrêtes de boire, Hamilton !)

Emily ne sera pas des nôtres aujourd'hui : elle est en France, au sein de sa famille (encore un repère). Quant à Walter, il enverra son habituel message laconique du dimanche soir : "Hello ça va? mdp? ++". Il débarquera environ une heure plus tard. Léandra est déjà partie à ce moment. En effet, dès que Jonas lui a fait savoir qu'il l'attendait au métro Louise, notre amie a bu son Pineau des Charentes en quelques gorgées et s'est cassée en triple vitesse... Peu importe.

Le dimanche soir à la Maison du Peuple, sont abordés de nombreux sujets. Je me suis amusé à noter certains mots-clés et quelques bribes de conversation, afin de pouvoir les retranscrire par la suite dans ce blog.  

Les armoiries de De Koninck

Ce soir, je carbure à la De Koninck au fût. Une question :  pourquoi cette bière est-elle représentée par deux écus, l'un de gueules au château à trois tours d'argent et l'autre de sinople à la main senestre appaumée d'argent ?  


Si j'avais un tant soit peu de culture héraldique, j'aurais pu y déceler une variation sur le thème de l'écu de la ville d'Anvers (de gueules au château à trois tours d'argent, accompagné en chef d'une main dextre et d'une main senestre appaumées d'argent), où est brassée cette bière. Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ?


Wittgenstein

« C'est désespérant. J'ai l'impression d'être très bête. Je comprends à peine la moitié de ce qu'il écrit.
— C'est normal, me répond Andrew.
— J'ai l'impression de saisir fugacement sa pensée, et puis tout disparaît.
— Tu ne crois pas que tu devrais d'abord lire d'autres livres plus généraux, sur l'analyse du langage, par exemple ?
— En fait, je devrais peut-être même commencer par relire de A à Z le cours de Gilbert Hottois sur les grands courants de la philosophie contemporaine.
— Pourquoi lis-tu Wittgenstein ?
— Je ne sais pas... (Gros blanc.) Je l'ai déjà expliqué de manière succincte sur mon blog : c'est peut-être... euh... pour lutter contre le solipsisme.
— Lutter contre le solipsisme ? »

J'y ai réfléchi plus tard chez moi, au calme et : non, ce n'est pas ça — pas que ça, en tout cas. Il y a autre chose. Je crois qu'en dehors de tout ce que Wittgenstein a écrit ou pensé, j'admire le personnage pour une tout autre raison, fortement liée à ce que je conçois comme étant de l'honnêteté intellectuelle. Wittgenstein n'appartient à rien de connu. Il n'a suivi ni initié aucun grand mouvement, même s'il a eu une énorme influence sur la philosophie du XXe siècle. Il ne rentre dans aucun courant politique : on ne peut dire qu'il est conservateur, ni qu'il est progressiste. Il semble simplement à contre-courant, ou plus exactement au-delà (au-dessus ou en dessous) de tout courant. Un îlot de pensée en marge. Parfois, je me demande qui sur Terre a compris Wittgenstein en dehors de Wittgenstein lui-même. 

Les grands classiques de la littérature racontés aux enfants

Léandra et Andrew reviennent de la librairie Filigranes. Léandra a acheté des fiches de Sudoku (!), classées en trois catégories, de "facile" à "démentiel" (ou à tout le moins quelque chose du même acabit). Il faut croire que le Sudoku Clearwire a éveillé de tardives vocations sudokistes au sein de la "dream team".

Andrew trimballe deux sacs. Dans l'un d'eux, quatre livres qu'il a dévorés quand il était enfant : Moby Dick, L'Île au trésor, Ivanhoé et... euh... je ne sais plus. Ce sont des versions illustrées et simplifiées à destination du jeune public. Andrew doit les apporter à Eugenia, sa collègue russe, mère d'un gamin qui doit s'exercer au français.

Il est également brièvement question du Monde de Sophie de Jostein Gaarder, une initiation à la philosophie pour les jeunes mais pas seulement... Peut-être est-ce par ce livre que je devrais commencer ?

Tueurs en série

Lorsque Walter arrive, la conversation change de thématique : il nous (re)parle de Jeffrey Lionel Dahmer, dit "le cannibale de Milwaukee", tueur en série américain qui prenait pour cible des homosexuels, qu'il tuait, violait, démembrait et mangeait (!). Walter fait également mention de Jack l'Éventreur, et Andrew de Whitechapel, une série policière britannique mettant en scène la recherche, un siècle plus tard, d'un copycat du célèbre tueur en série de l'époque victorienne. 

Néolibéralisme, etc.

Andrew a besoin de se reposer et repart donc chez lui. Je reste avec Walter. Nous commandons une bière, puis une autre... Combien de sinoples à la main senestre appaumée d'argent ai-je aperçus ce soir ? Je ne sais pas et c'est très mauvais signe.

Walter m'emmène dans une discussion que je n'ai pas spécialement envie d'avoir, sur les actions, la bourse, l'assurance pension et ce genre de choses. Ai-je envie de souscrire une assurance d'essence privée ? Non, évidemment : je suis contre l'idée de cotiser de manière individuelle pour quelque chose qui relève du bien commun. (Paradoxe interne : je dispose d'une assurance hospitalisation, pourtant.)

— Alors comment vas-tu vivre lorsque tu auras atteint l'âge de la retraite ?
— Je n'atteindrai pas l'âge de la retraite.
— Tu n'en sais rien. Tu crois que tu vas mourir d'ici-là ? De quoi ?
— D'un cancer ou d'une crise cardiaque.
Et si tu ne meurs pas et que tu te retrouves avec une pension de 1000 euros à la fin de ta vie ?
— Je suis incapable de me projeter à une semaine d'intervalle, alors ne me pose pas la question pour dans trente ans.
(Et puis quand bien même : si je suis contre un système, je vais tout faire pour ne pas y participer. Point.)

Je crois également entendre Walter affirmer que l'état belge est en partie communiste car il détient plus de 50% du capital dans certaines entreprises. J'ai dû rêver. Même sans prendre position pour ou contre ce système, est-il possible de réduire le communisme à cela ? À une part de capital public dans une entreprise ?

jeudi 2 février 2012

Rencontre imprévue

De retour du boulot, en soirée, je passe par le Parvis de Saint-Gilles pour retirer de l'argent. Je n'ai pas envie de rentrer chez moi. Je fais donc un crochet par la Maison du Peuple, entièrement comble. Je me fraie un chemin à travers le café, non pour m'y installer mais pour vérifier qu'Emily ne s'est pas cachée dans un des recoins de la salle avec son PC. Elle n'y est pas, évidemment. Je fuis cet endroit trop bruyant pour moi et marche jusqu'au Potemkine.

Au Potemkine, je dépose mon sac et mon manteau à l'une des tables encore libres avant de me rendre au bar pour commander une Maredsous. Je n'ai prévu de voir personne aujourd'hui et compte bien écrire ma journée de mercredi, au moins. Je regarde un peu autour de moi, observe le public au bar et — je ne sais quand ni comment exactement — je tombe sur un visage familier. Je la reconnais, elle me reconnaît. Et je lui dis, à un mètre de distance environ : "Claire ?" Elle commande des boissons et je comprends quelques secondes plus tard, lorsque le serveur me demande ce que je veux, qu'elle me paie un verre...

Voilà : ce n'était pas prévu mais ça devait arriver un jour. Claire est "l'inconnue" qui lit mon blog depuis un certain temps et qui est "sortie de l'anonymat" peu de temps après la fameuse (ou pas) "Journée dont vous êtes le héros #1". Vu que nous sommes amis sur Facebook, je connaissais son visage et elle connaissait le mien. Donc à la question : "est-il possible de reconnaître quelqu'un sur base de quelques photos Facebook ?", la réponse est positive. Tu en doutais, Hamilton ? 

Claire est déjà installée à une table en compagnie d'une bande d'amis. Elle me propose de m'installer avec eux, ce que j'accepte évidemment (l'écriture du blog attendra). Je suis un peu gêné de rencontrer une série d'inconnus d'un seul coup, mais je gère plus ou moins (je crois ne pas avoir paru trop bizarre). La majorité de la tablée est composée de Français. Il y a là notamment un ingénieur qui travaille dans l'aérospatiale, plus particulièrement sur un des composants des vérins, pour être précis du tout nouveau lanceur Vega de l'Agence spatiale européenne (ESA) ; un autre qui bosse pour Médecins sans frontières... J'essaie de retenir les prénoms de tout le monde mais ce n'est pas évident (il y a là une dizaine de personnes et j'ai du mal avec les prénoms).

Une question d'un des participants à la soirée : "Et vous vous connaissez comment, en fait ?" L'explication donne plus ou moins ceci : Claire connaissait le blog (très éphémère) de Vincent, dans lequel se trouvait un lien vers le blog (moins éphémère mais pas très pérenne) de Léandra, dans lequel se trouvait forcément un lien vers mon blog. Vincent et Léandra ont abandonné leur blog-journal. Pas moi... Et donc Claire a continué de me suivre. (Je me souviens d'une remarque dudit Vincent, lorsque je lui ai expliqué à la Maison du Peuple hé oui, encore ! que j'écrivais ce journal pour moi-même, sans attendre particulièrement qu'on me lise : "C'est sans doute ce genre de projet qui a le plus de chance de perdurer", m'a-t-il dit alors [c'était le 11 septembre 2011]. Et il avait raison sur ce point !)

Chaque demi-heure environ, certain(e)s s'en vont pour fumer une cigarette dehors. Il fait -12° Celcius, sans compter le vent. Voici, dans toute sa splendeur grisâtre, le véritable pouvoir de la nicotine. Au-delà de ces considérations tabagiques, la tablée fonctionne sur le mode de la tournée. Ça carbure principalement à la bière (la... hum... Volga). Je veux payer une tournée à un moment mais une des dames de l'assistance vient jusqu'au bar pour me dire que c'est à elle de payer et qu'il est hors de question que je débourse le moindre centime : "Je me fais servir des bières comme une princesse depuis le début de la soirée et ce n'est pas dans mon habitude." Soit. Je ne dis rien mais c'est la même chose pour moi, sauf — précision importante que je ne suis pas une princesse.

Je sors du café vers 23 heures avec Claire et un de ses amis. Nous retournons vers la bouche de métro toute proche. Il fait glacial. Les deux s'en vont happer leur métro tandis que je m'en vais récupérer mon tram.

mercredi 1 février 2012

Égocentriques sociaux adultes

La citation du jour
« Can you imagine a world without lawyers? »
                                                       Lionel Hutz, avocat
Il est 6h45 du matin. Je suis dans la file d'un des snacks de la gare de Bruxelles-Midi pour commander un grand café. Un type débarque. Il a l'accent français (simple constat). Il dépasse tout le monde et demande à l'un des serveurs :

« Vous n'avez que du jus d'orange frais, ici ?
— Non, nous avons aussi des smoothies et d'autres jus dans le rayon là-bas.
(Le gars s'en va voir, puis revient vers le serveur...)
— Ouais mais non, je vais juste prendre un jus d'orange frais tout compte fait !
— Un instant Monsieur. Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais il y a d'autres personnes avant vous.
— Ha. D'accord. »

Le concept de "file" — un groupe d'humains attendant leur tour, qu'il lui est implicitement demandé d'intégrer s'il veut commander quelque chose — n'a apparemment jamais atteint son cerveau, à ce couillon. 

L'observant silencieusement depuis ma position dans la file, je range ce monsieur dans la famille que j'ai créée spécialement pour lui et plein d'autres de son espèce : la famille des "égocentriques sociaux adultes". Ceux qui rentrent dans un train ou un métro sans avoir laissé descendre les gens au préalable font également partie de cette même famille honnie. "Oh", me dira-t-on, "tout cela est très anecdotique !" — Non, ça ne l'est absolument pas. Car ces égocentriques se comporteraient sans doute de la même manière dans des situations bien plus graves — par exemple, lors d'un naufrage, ils pourraient bousculer un enfant pour monter dans un canot de sauvetage en premier. Non, non, je ne déconne pas.

* * *

Mon train de 6h57 a 41 minutes de retard en gare de Bruxelles-Midi. Je prends par conséquent celui de 7h24, qui arrive à Liège-Guillemins avec 22 minutes de retard. Ça fait donc beaucoup de retard cumulé. Le couillon antipathique de droite (le LCADD dont je parlais déjà ICI) est ulcéré, mais pas de bol pour lui : personne n'est présent au guichet d'accueil de la gare pour récolter son énervement à peine contenu. Il tourne en rond une minute ou deux dans le hall puis se casse en fulminant. De mon côté, j'aurais dû arriver à l'avance au boulot (8h20) et j'y arrive en retard (à 9h10). C'est la vie, ce n'est pas grave (moins grave en tout cas qu'un naufrage ou qu'une famine).

* * *

Je suis avec Flippo dans le train de retour vers la capitale (celui de 18 heures). Le pauvre ami me parle à nouveau de ses déboires avec la dame de son service qui est amoureuse de lui. Il parle beaucoup de cela, en ce moment : ça le travaille. 

Mon téléphone sonne dans ma poche. Je dis à Flippo : "C'est Emily !" Je regarde mon téléphone : c'est Emily ! À cette heure-ci de la journée, un mercredi, qui d'autre me téléphonerait ? Elle me propose d'aller à la Maison du Peuple. ("C'est passionnant ce que tu racontes là, Hamilton...", comme dirait Lewis.)

* * *

Maison du Peuple de Saint-Gilles, 19h15. Emily est sur son PC, à l'une des tables habituelles. Elle n'a rien mangé de la journée et propose donc que nous passions en vitesse à la Brasserie du Parvis, juste à côté, pour nous rassasier. J'ai déjà mangé mais je l'accompagne, évidemment. Je me contenterai d'un Coca (c'est l'effet "Brasserie du Parvis"). 

À peine de retour à la Maison du Peuple, nous tombons par hasard sur Mary et Jacques-Armel, un badiste du club d'Ixelles, qui explique qu'il travaille actuellement comme avocat. Paraîtrait que les études de droit sont très rébarbatives (ha bon ?), alors il a aussi essayé la philosophie mais n'a pas terminé si j'ai bien compris (il y avait beaucoup de bruit dans le café pendant qu'il parlait et j'ai beaucoup de mal avec le bruit)... Constat : le nombre de personnes que je croise qui ont étudié le droit et qui disent avoir détesté ces études est tout de même assez élevé. Pourtant, si le monde a besoin de quelque chose, c'est bien de plus d'avocats. Peut-on imaginer un monde sans avocat ?


D'autres bribes de discussion : Mary parle de son ex-relation sentimentale, comme souvent (malgré ce qu'elle dit ou croit) et Emily des limites de la confiance, même en amitié. La conclusion de cette histoire de confiance n'est hélas pas des plus joyeuses... Ne pas désespérer de l'espèce humaine, non, non...

Sur le plan musical, Mary nous parle de l'Allemand Pantha du Prince et de l'Américain Nicolas Jaar, deux compositeurs de musique électronique que je connaissais déjà — de l'intérêt d'avoir parmi ses amis Facebook des défricheurs de nouvelles sonorités — ainsi que de Get Well Soon, un groupe allemand aux tendances "folk orchestrales". De son côté, Emily dit avoir déprimé hier sur une vieille chanson des Cowboys fringants qu'elle ne connaissait pas intitulée "Ruelle Laurier". Ça parle d'un père alcoolique et violent. C'est beau et, en effet, c'est très déprimant. 

Pantha du Prince, variation "house" sur "Lento" de Howard Skempton :
Saturn Strobe by Pantha Du Prince on Grooveshark

Nicolas Jaar s'essaie à la philosophie et à l'esthétique :
Être by Nicolas Jaar on Grooveshark

Get Well Soon prend la mer :
5 Steps - 7 Words by Get Well Soon on Grooveshark

Les Cowboys fringants, c'est po joyeux :
Ruelle Laurier by Les Cowboys Fringants on Grooveshark

* * *

Extrait d'une discussion virtuelle (très légèrement retravaillée pour les besoins de la narration) avec Claire, sur Facebook :

« Ton avis sur cette phrase : "Si le plaisir s'appuie sur l'illusion, le bonheur repose sur la vérité" ?
— Euh... Je ne sais pas, ça ressemble à une phrase vide de sens. On pourrait dire plein de choses dans le même genre, ainsi que le contraire, sans que ça ne choque. Pourquoi le plaisir s'appuierait-il (ou pas) sur l'illusion ?
— bah, je parlais de bonheur avec une copine et de faire des choix en suivant ce chemin...
— Je suis en train de lire un bouquin à ce sujet, justement, qui traite notamment du fait qu'il faut faire extrêmement gaffe en utilisant des propositions de ce style-là. »

Hé oui : un jour entier sans citer Wittgenstein et ses Recherches philosophiques dans ce blog, c'était un jour de trop. Il fallait que, tard le soir, Ludwig ramène sa fraise. Pourtant, je ne suis pas certain qu'il ait un quelconque rapport avec cette histoire, ni même qu'il ait dit qu'il fallait "faire extrêmement gaffe" pour quelque chose de ce genre, ni pour quoi que ce soit d'autre d'ailleurs. On va donc laisser tomber le philosophe autrichien pour aujourd'hui. 

En cherchant un peu, j'apprends que la citation sur le plaisir et l'illusion est d'Arsène Houssay, poète et écrivain romantique (1814-1896), également l'auteur de "Qui est heureux par l'illusion n'a sa fortune qu'en agiotage."

"Si le plaisir s'appuie sur l'illusion, le bonheur repose sur la vérité" : j'ai beau tourner la phrase dans tous les sens, je me dis que ça manque de contexte : contexte de l'œuvre mais aussi contexte dans lequel Claire a discuté de cet extrait. Toujours est-il que pour moi, ça ne veut strictement rien dire.

Ce que Claire comprend dans cette phrase est plus ou moins ceci : "Un sentiment vrai (être aimé) nous donne du bonheur tandis que l'illusion d'un sentiment peut souvent ne proposer que du plaisir ou de la passion". Oui, mais comment faire la séparation entre "la vérité" et "l'illusion" ? Et puis, c'est bien gentil, Arsène, de placer quatre mots fourre-tout dans une phrase ("plaisir", "illusion", "bonheur", "vérité") mais ça ne nous fait pas vraiment avancer (mais le faut-il ?)... Ce sont des termes faussement érigés en absolu, en idéaux : "la vérité", "le bonheur", etc. Un peu comme "la démocratie" ou "la liberté", tous des mots transcendants, sublimés, mais souvent utilisés hors contexte, sans trop de signification.

vendredi 6 janvier 2012

"Moi, j'aime bien la mort !"

Ce matin, je ne travaille pas, je me repose. Au réveil, je me retrouve la tête pleine de rêves étranges. Les dévoiler ici dans leur totalité pourrait s'avérer intéressant mais c'est impossible, définitivement. Je me contenterai donc d'un extrait onirique qui n'a rien à voir avec le reste des histoires imaginées cette nuit : j'ai rêvé que Noam Chomsky, le célèbre linguiste connu pour son engagement politique et ses convictions anarchistes, était mort. Je pleurais comme une Madeleine à lecture de la nouvelle, en criant : "Non, non, pas Chomsky, ce n'est pas possible !"... Ou bien une situation vaguement approchante. Le cauchemar était tellement réel qu'il m'a réveillé et que je me suis précipité sur le Web pour vérifier si Chomsky était toujours en vie. Conclusion : il a passé 80 ans, mais il pète toujours la forme... 

Je me dis, mais je me trompe peut-être, que cette mort imaginaire traduit l'élan de pessimisme qui me paralyse le cerveau actuellement : pessimisme quant à ma propre vie mais surtout pessimisme quant à l'état du Monde en général. Faire mourir Chomsky dans un rêve, c'est en quelque sorte détruire dans mon esprit ce qui reste d'idéalisme et d'optimisme quant au progrès de l'humanité. C'est d'un joyeux ! 

Il faut que je lise de la philosophie, c'est très urgent. Pas n'importe laquelle. En tout cas autre chose que l'indigeste Logicomix (qui n'a de toute façon pas grand chose à voir avec de la philo). J'ai donc commandé trois ouvrages de Wittgenstein : Recherches philosophiques, Le Cahier bleu et le Cahier brun et De la certitude (faut bien commencer par quelque chose), ainsi que Le mythe du progrès du Finlandais Georg Henrik von Wright, intrigué que je fus par un article de Jacques Bouveresse sur le même sujet. La suite quand j'aurai reçu et digéré ces livres.

* * *
 
Discussion avec Claire sur Facebook. Elle me rappelle que je dois toujours lui conseiller des films. Je lui réponds : "Je crois, vu que je suis très en retard sur mon blog, que je te ferai ma réponse sur les films via un article." La réponse prochainement donc : dix films qui m'ont marqué et que je conseillerais. Je vais écrire la liste tranquillement et la posterai lors d'une journée calme.

Claire me répond : "Comme ça tu vas prendre 2 machins avec un truc. Je connais pas l'expression en français". Claire est Italienne. Elle veut parler de l'expression "Faire d'une pierre deux coups", sauf qu'en Italien, ça ne se dit pas comme ça mais bien : "prendere due piccioni con una fava", c'est-à-dire : "attraper deux pigeons avec une fève". C'est très amusant car en anglais, pour la même expression, il est à la fois question d'oiseaux et de pierre (un mélange de l'italien et du français ?) : "kill two birds with one stone" (tuer deux oiseaux avec une pierre). En allemand, il est toujours question d'oiseaux : "zwei Fliegen mit einer Klappe schlagen" (frapper deux oiseaux d'un coup). Même chose ou presque en néerlandais : "twee vliegen in een klap slaan". Dans les autres langues, est-il question d'oiseaux et/ou de pierre ? Je n'en sais rien car Google translate est vraiment trop mal foutu.

En ce qui concerne l'expression française, en cherchant un peu, je tombe sur une étymologie sans aucun doute fausse mais loufoque : l'histoire d'un homme, un rien fainéant, logeant dans un entresol situé entre une cuisine et l'appartement de son amoureuse : quand il voulait recevoir la nourriture de l'un et l'amour de l'autre, il lançait une pierre au plafond. Le texte se trouve ICI.  

* * *

Deux discussions avec Gaëlle, 6 ans, qui en valent la peine... Il s'agit presque de la retranscription exacte. Dois-je m'en inquiéter ? Dois-je amener ma fille chez un pédopsychiatre ?

(Regardant Tamala 2010: A Punk Cat in Space, un dessin animé japonais psychédélique qui n'est pas vraiment fait pour les enfants, mais qu'elle adore néanmoins.)
— Le loup a mangé Tamala, mais ça ne me fait rien car moi, j'aime bien la mort !
— Hein ?
— Quand mon chat Ishu est mort, maman pleurait. Moi, je ne pleurais pas, parce que j'aime bien la mort. Ishu, il a été empoisonné. On croyait que le Monsieur l'avait fait exprès mais non, en fait. Ishu, il a juste mangé du poison qui n'était pas pour lui.
Tu sais c'est quoi la mort, Gaëlle ? 
— Oui, la mort, c'est quand on a peur. 
— Non, ce n'est pas vraiment ça.
— Je sais, mais je ne sais pas l'expliquer.
C'est quand on arrête de vivre, quand le cœur ne bat plus et qu'on ne peut plus voir, entendre, réfléchir... Quand on n'existe plus.
— Je sais. Je fais même des rêves de gens qui sont morts, puis quand on les revoit, ils sont vivants.
— Euh...
(Help !)

(Essayant de déchiffrer le titre d'un livre dans ma bibliothèque.)
A-na-lo-gi-pue
C'est presque bon, mais ce n'est pas "pue", c'est "que". Analogique. Dictionnaire analogique.
—  C'est pas grave. C'est presque la même chose.
— Ben non. Si tu utilises une lettre à la place de l'autre, personne ne te comprendra.
— Oui, mais c'est pas pour ça qu'on appellera la police.
(Mais où va-t-elle chercher ces expressions ?)

lundi 26 décembre 2011

6ACV11

Le hasard existe-t-il ?

Considérant avec Andrew (rendons à César, etc.) que :
1) 9 personnes sont présentes à la soirée de Noël chez lui,
2) 9 personnes seront présentes à la soirée de Nouvel An chez moi,
3) 9 esprits sont permutés dans l'épisode 6ACV10 de Futurama,
4) certaines personnes sont permutées entre sa soirée et la mienne,

... quel est l'âge du capitaine ?
... comment peut-on encore croire en la contingence ?
Y s'passe quequ'chose, ici ?

Considérant en outre que :
1) je mentionne Orson Welles ICI, ICI ("Rosebud") et (War of the Worlds),
2) Claire discutait hier de "Rosebud" dans Citizen Kane,
3) Walter me parle, ce soir, de "Rosebud" dans Columbo (!),
4) juste après, Igor (le copain de Perrette) conseille Le Procès d'Orson Welles,
5) la tête du même Orson apparaît dans l'épisode 6ACV11 de Futurama,

... quelle est la couleur du cheval ?
... peut-on en déduire que le sieur Hamilton pète un câble ?
Y s'passe quoi, là ?

* * *

Neuf personnes au souper, donc. J'y rencontre (par ordre d'apparition) Andrew (l'hôte), Eugenia (une de ses collègues russes), Léandra, Romain et son compagnon Ramon (c'est Léandra qui a choisi le surnom, je n'y suis pour rien !), Igor (dont j'ai décidé de changer le surnom, l'ancien étant trop péjoratif à mon goût) et sa compagne Perrette (qui, en bonne anthropologue, part au Laos le 3 janvier prochain), et enfin Walter (qui, en bon économiste, part en mission au Congo en janvier prochain, pour le compte de l'ONG Acted).

Comme apéritif, nous avons droit à un magnum de délicieux Champagne, accompagné d'un très bon saucisson bien frais, de fruits secs et de verrines à la crème d'asperge. En entrée, des huitres et une salade. En plat principal, un chapon fourré avec une succulente préparation à base de foie gras. Tous ces plats sont néanmoins assez (trop ?) complexes pour moi : je ne peux pas manger d'huitre (une aversion sévère m'en empêche) ; quant à la volaille, j'ai du mal à en déguster des morceaux tout en la voyant entière, en pleine phase de décortication devant moi (heureusement, c'est Igor qui s'occupe de la découpe pour tout le monde et je ne me retrouve pas avec des morceaux d'os dans mon assiette : j'aurais eu l'air malin si Léandra avait dû m'aider à dépecer une partie de la bestiole, comme si j'étais un petit enfant dégoûté – en fait, je suis un petit enfant dégoûté)... Résultat : quand je vois arriver, en fin de repas, les "cantuccini" et le "panettone" apportés par Léandra, j'intériorise un soupir de soulagement : enfin un truc simple à manger ! 

* * *

Durant la soirée, j'ai noté au fur et à mesure quelques mots-clés sur mon téléphone portable, afin de disposer d'histoires pour mon journal (Léandra me sort d'ailleurs à un moment : "Tu dois la noter, celle-là !"). Alors que je me relis, je me demande ce que je vais bien pouvoir faire de ce bric-à-brac informe : "C'est pas Malte", "Le plaisir des zuitres", "Derrick", "Columbo", "Performances", "Cadeaux", "Blog et psychothérapie", "Poussin", "Noël 2012", "Anus de dinde"... Je peux au moins expliciter certains termes.

- "C'est pas Malte" est un jeu de mots (qui a dit "pourri" ?) lancé par Romain en début de soirée, après qu'on a parlé brièvement de Malte. Certains invités ont même osé continuer la série avec des "Tout ça va mal tourner" et autres jeux de mots de très mauvais aloi.

- "Derrick" : personne (ou presque) ne croit Léandra quand elle annonce que je possède l'intégrale en DVD de la première saison de la série allemande Derrick. Romain : "Non mais sans rire ? C'est vrai ? T'as vraiment l'intégrale de Derrick ?". Oui, oui, c'est même Maïté qui me l'a offerte pour mon anniversaire, trois petits jours avant de me quitter (véridique !). Je n'ai jamais compris (ou n'ai jamais voulu comprendre) la raison de ce cadeau. Peut-être n'y en avait-il pas ? Peut-être n'était-ce qu'une plaisanterie d'une très grande ironie ? Voilà la preuve absolue que le hasard n'existe pas.

- "Columbo" : Walter, sans emploi pour l'instant, n'a pas grand chose à faire de ses journées. Récemment, il a donc regardé, pendant plusieurs jours, tous les épisodes du célèbre inspecteur, toutes époques confondues. 

- "Performances" : Igor croit, a priori à tort, que Léandra se moque de lui. Igor est artiste : il organise des "performances", c'est-à-dire (si j'ai bien compris) des actes théâtraux dans lesquels il se met en scène (paraît qu'il s'est déjà suspendu au plafond). À 2 (deux) reprises, il regarde Léandra droit dans les yeux d'un air mi-sarcastique, mi-courroucé et lui dit quelque chose comme : "Mais allez, vas-y ! Arrête de marmonner, va jusqu'au bout de ce que tu voulais dire !". D'après Andrew, c'est normal : leur relation a toujours été "un peu" tendue.

- "Cadeaux" : plusieurs personnes ont apporté des cadeaux. Léandra, me voyant déposer trois cadeaux en bas du sapin, me lance : 
— Quoi ? Tu as apporté des cadeaux tout compte fait ? T'avais dit que tu n'en amènerais pas !
Haha ! Oui, mais c'était pour que tu n'en apportes pas pour moi !
— Ha ben je n'en ai pas apporté, du coup...
(Haaa, le don et le contre-don...)

D'Andrew (qui a par ailleurs offert un cadeau à tout le monde), je reçois un livre de Kazuo Ishiguro : Nocturnes, Cinq nouvelles de musique au crépuscule (je ne sais pas de quoi il est question mais le titre donne envie) ; de Walter, une double assiette creuse entièrement biodégradable. De mon côté, j'offre à Léandra deux livres dénichés aux librairies Tropismes (Galerie du roi, à Bruxelles) : un calendrier de jurons et un petit livre intitulé Anagrammes renversantes ou Le sens caché du monde d'Étienne Klein (physicien) et Jacques Perry-Salkow (pianiste de jazz et écrivain spécialisé dans les anagrammes – ça tombe bien), où l'on apprend (entre autres) que "Entreprise Monsanto" est l'anagramme de "Poison très rémanent" (woaw !) ; à Walter, une bouteille de Chimay Grande Réserve (Édition limitée 2010) ; à Andrew, une bouteille de Bush de Nuits (concrètement : une bière "Bush de Noël" murie 6 à 9 mois dans "des foudres de bois ayant contenu du Bourgogne de Nuits-Saint-Georges", puis refermentée en bouteille dans une chambre chaude – qui a dit que brasser de la bière était un exercice facile ?).

- "Blog et psychothérapie" : Romain parle de blogs. Actuellement, il n'écrit plus car il ne trouve pas le concept original qui lui permettrait de se lancer. Romain est (semble-t-il) comme Léandra : ce sont de vieux blogueurs, des vétérans qui refusent d'écrire sans avoir une idée précise quant à la forme que leur blog doit prendre, sans disposer d'une "charte éditoriale" bien établie. Il parle également de la tenue d'un blog comme d'une forme de psychothérapie. Je ne peux que lui donner raison. En tout cas, je considère mon propre journal comme une psychothérapie à part entière : j'écris tout ce qui me passe la tête, tout en essayant de structurer un minimum l'ensemble. Le but a été, est et sera toujours personnel : essayer de mieux me comprendre, même si le fait de savoir que je suis lu rajoute un certain piquant à l'expérience.

- "Noël 2012" : à table, Léandra imagine le prochain Noël : en décembre 2012, elle est toujours avec Jonas ; Walter s'est trouvé la personne de sa vie au Congo ; Andrew sort avec une Slave rencontrée via son travail d'agent secret à la solde de l'Occident ; Emily sort avec Lyric (m'enfin !) ; et moi aussi je suis avec quelqu'un (mouhahaha !). À un moment, nous avons émis l'hypothèse que la probabilité d'un seul suicide dans le courant de l'année prochaine était plus forte que cette situation "Tout le monde en couple" imaginée par Léandra. C'est toujours d'un joyeux, les discussions de la "dream team" sur l'avenir de la "dream team" !

- "Anus de dinde" : Romain provoque au bas mot 50% des rires de la soirée. Parmi les histoires amusantes qu'il a racontées, celle-ci : un jour, alors qu'il était en train de manger une dinde (ou un poulet ?), il tombe sur un morceau différent du reste, beaucoup plus sombre. Il le met en bouche et le trouve totalement répugnant, mais en même temps il a peur de passer pour un impoli en le recrachant. Il s'avérera qu'il a tout de même bien fait de le recracher car il s'apprêtait à manger l'anus de la volaille sans le savoir. D'après Andrew, certains raffolent de cette partie, au point de se la réserver ! Miam, miam, miam, it's delicious !

Il est passé une heure du matin lorsque Léandra et moi décidons de rentrer chez nous en taxi. Eugenia nous accompagne, car elle habite à quelques rues de chez moi. Comme souvent, je ne peux m'empêcher de faire la conversation avec le taximan, de parler de tout et de rien (la circulation, tout ça...). Je suis néanmoins très loin d'Andrew, qui arrive à discuter de sujets hautement philosophiques (l'athéisme, tout ça...) à des heures impossibles avec "ses" taximen.

Demain, je dois me lever vers 6h32. Je sens que ça ne va pas être facile.

dimanche 25 décembre 2011

Rosebud

Le présent article inaugure (ou presque) la mise en place d'un cycle "Orson Welles". Il semblerait en effet, comme le découvrira le lecteur attentif dans le futur, que tous les éléments de ma vie actuelle tendent vers le même objectif : me documenter sur Orson Welles. C'est comme ça...

* * *

Je me lève vers midi et tout ça pour quoi ? Pour voir sur la table du salon des "Apéricubes" (argh !), des petits morceaux de fromage de chèvre (nooon !), du saucisson et un "Picon vin blanc" (mmmh...). Pas de doute : ma mère a osé (c'est le mot) préparer un "petit" dîner pour le jour de Noël, après l'énorme repas d'hier soir chez mon cousin. Il va donc falloir que je me remette à manger : le cauchemar continue ! 

Quel rapport avec Orson Welles ?
Oh, je ne sais pas très bien.
Je suis un peu confus pour le moment. 
J'écris des salades sur tout et sur rien, histoire de combler les interstices.

* * *

Le soir, tout le monde a droit à une pause car ma mère n'a préparé aucun plat. C'est incroyable : elle est même un peu choquée quand je lui demande ce qu'il y a à manger ! Comme souper, je me contenterai donc d'une crème glacée au Grand Marnier préparée par ma grand-mère, accompagnée d'un café revigorant. Ma "bobonne" habite au rez-de-chaussée de la maison familiale, juste en dessous de chez mes parents. Quand ma grand-mère me voit descendre avec un ordinateur portable, elle me pose l'éternelle question : "Tu es constamment obligé de te balader partout avec ce bête machin en main ?". 

Aujourd'hui, j'ai une excuse : je discute avec Claire sur Facebook. Elle vient de voir Citizen Kane et sait enfin à quoi correspond le mystérieux terme "Rosebud", le dernier mot de Charles Foster Kane sur son lit de mort... Elle me parle aussi du Procès, autre film de Welles, adaptation du célèbre roman de Kafka. J'ai furieusement envie de (re)voir ces deux films.

* * *

Je n'ai pas grand chose d'autre à raconter si ce n'est que le soir, je joue avec Gaëlle aux "Fischertechnik". Toujours le même constat : ma fille n'a pas l'âme d'une technicienne, ni d'une ingénieure (malgré ses ridicules 100% en mathématiques). Elle préfère créer des machines imaginaires qui ne tiennent pas un seul instant debout : ça sert à quoi de placer un seul engrenage sur un axe de rotation ? Hein ? Hé bien ça ne sert à rien, si ce n'est à faire joli. Pauvres Fischertechnik... Et dire que l'on pourrait presque créer un cyclotron avec cette gamme de jouets.

Mais quel rapport avec Orson Welles ?
Aucun, j'en ai bien peur.
Quoique...

dimanche 11 décembre 2011

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   .O151W 2321 .11DEC11 .= 
    HAM.L.EV. FST/BXL= VIA WA DC .STD16
    MRS LEANDRA COURBET STG/BXL=

    AI ETE MALADE DURANT TOUT LE WE =STOP= SUIS RESTE CHEZ 
  PARENTS JUSQUE CE DIM =STOP= MAMAN A PREPARE DU POISSON
  CREME ET POIREAUX POUR MIDI =STOP= GAELLE A REGARDE DORA
  =STOP= OVERDOSE DE DORA =STOP= ENVIE DE MEURTRE =STOP=
    SUIS RETOURNE A BXL LE SOIR =STOP= AI VU EMILY WALTER
  ANDREW A MDP DE ST-GILLES =STOP= BU 2 THES BEURK =STOP=
  WALTER A VU FARGO FRS COHEN ET A PAS AIME NON PLUS =STOP=
  IL N AIME QUE BATMAN ET RETOUR VERS LE FUTUR CE ===
  =STOP= EMILY PARLE DU DR HOUSE =STOP= ANDREW MENTIONNE
  RESSEMBLANCE DR HOUSE/SHERLOCK HOLMES DR WILSON/DR WATSON  
  =STOP= AVAIS-TU DJ FAIT LE RAPPROCHEMENT =STOP= ON A 
  PARLE DE MARY ET DE SA SOIREE =STOP= WALTER A EU PEUR 
  =STOP= IL TROUVE MARY TOTALEMENT FOLLE =STOP=
    PLUS RIEN A RACONTER =STOP= TRES FATIGUE MAIS MOINS
  MALADE =STOP= REGARDE 2 EPISODES DES CITES D OR =STOP= 
  ECHANGE QUELQUES TELEGRAMMES AVEC CLAIRE PUIS DODO =STOP=
    ET TOI CA VA =STOP= 

                  HAMILTON 


jeudi 8 décembre 2011

Le marbre des possibles

J'ai sans doute avalé trop de barbaque – délicieuse au demeurant – hier soir ou alors j'ai pris un peu froid sous le vent glacé. Ou peut-être les deux ? Toujours est-il que je suis malade. Vraiment. Ce matin, ça allait encore. Ce midi, j'ai eu la mauvaise idée de commander une pizza au jambon (avec un supplément d'ail et d'huile piquante – rien qu'à y repenser, j'en ai la nausée !) et cet après-midi de boire beaucoup de café. Quel idiot je fais ! Je suis donc actuellement dans mon lit, il est 21h17 et j'ai envie de dormir. D'un autre côté, je suis presque à jour sur mon blog... Encore un petit effort et je ne devrai pas passer les nuits de ce week-end à rattraper mon retard.

Quand j'y réfléchis, ce journal est vraiment une très grosse contrainte. Je passe une partie de ma journée à observer tout plein de situations différentes, à réfléchir comment je vais les "mettre en scène", puis une autre partie (plus conséquente) à l'écrire dans ce blog. Et c'est un peu comme en physique quantique : l'observation modifie l'objet observé. Depuis que je tiens ce blog, je modifie ma réalité pour la faire entrer dans ce ridicule canevas Web. Mais il ne faut pas que je réfléchisse trop. Si je réfléchis, je m'arrête d'écrire. Toujours de l'avant, Camarade, toujours plus haut, toujours plus loin ! (La fièvre, sans doute...)

* * *

Ce matin, dans le train m'amenant à Liège, des écouteurs vissés dans les oreilles (je redécouvre pour l'instant tous les albums de Pinback, et ce depuis une discussion avec mon collègue Aurèle), je repense assez curieusement à cette histoire de David de Michel-Ange et de son bloc de marbre. Qui m'avait parlé de cela ? Andrew ? Oui, c'est sans doute Andrew... Ou Lewis, qui vénère Michel-Ange le sculpteur ? Non, je pense que c'est Andrew... Je suis fatigué. Qu'est-ce que je racontais ? Ha oui ! Une question existentielle sur ce bloc de marbre, avec lequel le jeune artiste a réalisé ce chef-d'œuvre intemporel qu'est le David. La question est la suivante : "Michel-Ange a-t-il sculpté le David ou bien n'a-t-il fait qu'extraire quelque chose qui existait déjà dans le marbre ?". Posée de cette manière, la question n'a presque aucun sens et tout le monde répondra assez logiquement : "Mais bien sûr que c'est lui qui l'a sculpté. D'ailleurs, un mauvais sculpteur, avec le même bloc, aurait sans doute donné naissance à un horrible volume informe !"

C'est vrai mais la question de départ (absurde) est nécessaire pour amener à quelque chose de plus fondamental (il faut "jeter l'échelle après y être monté", comme dirait Wittgenstein, première période), à savoir le fait qu'un bloc de marbre contient dès le départ une infinité (ou une quasi-infinité ?) d'états possibles et que l'artiste, somme toute, ne fait que révéler un de ces états. Si l'artiste est un génie, la forme extraite de la masse n'en sera que plus grandiose. L'exemple de Michel-Ange est parfait car celui-ci a laissé une galerie de sculptures non terminées (même si c'était non voulu au départ), telle une partie de la série des Esclaves, dont certains corps resteront bloqués à jamais dans le marbre, à moins qu'un fou ne les attaque au burin ou avec un marteau de géologue...

Mais pourquoi est-ce que je développe tout cela ici ? Simplement parce que je n'ai rien d'autre à dire aujourd'hui j'y ai pensé dans le train ce matin. Et pourquoi y ai-je pensé dans le train ce matin, en écoutant Pinback ? Car je me suis dit que cette histoire de David caché au sein du marbre était valable pour absolument tout : pour la musique, pour la littérature, la peinture, les idées, la science, la technologie, les relations humaines (!), pour tout : l'univers contient déjà l'ensemble de tous les possibles, mais seuls certains seront dévoilés. Dans cette optique précise, le génie n'est en fait que la faculté, à un moment donné, d'exhumer ce qui est caché aux yeux des autres. 

Je me dis que je réfléchis toujours plus à ce genre de concept un rien alambiqué quand je suis saoul ou quand je suis malade. Si je veux vraiment me dépasser, il faut que je boive et que je sois malade au même moment.

* * *

Normalement, ce soir, Emily va voir Intouchables au cinéma avec Lytle et peut-être Charles-Henri. Dès ce mercredi, je n'étais pas très motivé pour aller voir ce film avec eux. Aujourd'hui, étant malade, je le suis encore moins. Léandra m'a gentiment donné hier soir une invitation pour une place de cinéma qu'elle a reçue à son boulot, estampillée "Brightfish" (l'agence publicitaire). Rien ne presse et je l'utiliserai donc une autre fois...

Je suis en train d'écrire ma journée alors qu'elle se déroule, en temps réel ou presque (c'est une expérience intéressante). Je suis dans mon lit, toujours malade, évidemment. Je suis en train de discuter sur Facebook avec Claire (à son tour de se présenter un tout petit peu !). 

Un numéro de téléphone inconnu m'appelle. D'habitude, je ne décroche pas, mais vu l'heure, je sens qu'il faut que je réponde. C'est Léandra : quelqu'un vient de lui piquer son smartphone à la station de prémétro Anneessens. Non pas en loucedé, non : on lui a arraché des mains, bordel ! (Je profite par ailleurs de ce post pour dire à ceux qui s'inquiéteraient que Léandra est rentrée chez elle et qu'elle va bien !)

mercredi 7 décembre 2011

"Regardez-moi ça, quel morceau !"

Durant toute la journée, les portes de mon boulot sont restées closes, en solidarité avec les nombreux ouvriers d'ArcelorMittal qui risquent de perdre leur travail en même temps que la fermeture de la phase à chaud de ce qui reste de la vieille aciérie liégeoise... Mes collègues sont tous à la manifestation qui a lieu dans le centre de Liège. Étant donné la distance qui sépare mon domicile de mon boulot (environ 100 km), ma présence n'est pas requise et je reste chez moi, à condition d'abattre un peu de travail pendant que les autres manifestent (c'est assez paradoxal comme situation). Donc, pendant que mes collègues se prennent dans la figure un orage (!) et une forte grêle, je "télétravaille" bien au chaud dans mon appartement bruxellois.

Le soir, je ne pensais pas spécialement sortir de chez moi (les soirées en tête à tête avec mon ordinateur à la Maison du Peuple m'exaspèrent lorsque l'expérience est répétée un trop grand nombre de fois), mais vers 19h, je reçois un coup de fil d'Emily, qui me propose d'aller manger quelque part avec Walter. J'accepte. Léandra et Andrew, quant à eux, sont à leur cours d'improvisation du mercredi, durant lequel (je l'apprendrai plus tard) Léandra doit jouer une naine du Moyen Âge (il paraît qu'elle a un potentiel comique pour certains rôles – ça ne m'étonne pas !).

J'arrive au Parvis de Saint-Gilles pile en même temps qu'Emily et Walter. Pour changer, nous décidons d'aller manger à La Braise (pas oublier le "R", s'il vous plaît), un restaurant de grillades. Ce resto est caractéristique pour au moins trois raisons : premièrement (et c'est le principal), c'est sans doute un des meilleurs restaurants de viande de Bruxelles en termes de rapport qualité/prix (une délicieuse côte à l'os d'environ 1400 grammes, pour deux personnes, pour moins de 40 euros) ; deuxièmement, c'est petit, intimiste et l'ambiance est très conviviale ; troisièmement, le patron (celui qui cuit les viandes avec beaucoup d'amour sur son grill) est assez particulier.

Ledit patron tutoie tout le monde directement. Il nous présente sa viande fièrement. À Walter et à moi, qui avons pris la côte à l'os susmentionnée, il nous crie : "Regardez-moi ça, quel morceau !". En effet, c'est impressionnant. Lorsqu'il nous sert, il me lance : "T'inquiète, mon gars ! Tu l'auras ta sauce au poivre, mais seulement après avoir goutté la viande sans rien dessus !". Je sais, je sais... Le patron aime boire et manger : c'est un bon vivant et ça se voit tout de suite. Il a également une autre spécialité : l'Irish coffee, qu'il sert dans un long récipient du genre verre à Picon, et il n'est pas chiche sur le whisky !

Au début de la soirée, alors que nous sommes encore seuls dans le restaurant, un monsieur entre avec un bouquet de roses et essaie de nous en vendre une coûte que coûte. Nous déclinons. Il insiste lourdement. Nous déclinons lourdement. Il reste planté devant nous. Après une minute de refus de notre part, il dépose une fleur sur la table et nous dit : "Gratuit !" et s'en va. Emily et Walter sont convaincus qu'il reviendra plus tard pour nous forcer à acheter sa rose. Personnellement, je ne suis convaincu de rien du tout. Sur le moment, je me dis même qu'il a peut-être voulu nous "apprendre" le don, tout simplement. Et force est de constater que ce monsieur n'est jamais revenu nous ennuyer par la suite.

Walter lance le début de la discussion : il est tout content de dire qu'il a passé un entretien qui s'est bien déroulé, pour être contrôleur de gestion chez Acted, l'ONG qui fait dans la coopération au développement. Par la suite, il est question de médicaments placebo et de tests cliniques statistiques. Emily et Walter ne sont pas d'accord sur une sombre histoire d'influence du psychologique et du moral sur la guérison des malades. Je n'ai pas vraiment d'avis sur le sujet.

Il est également question de Retour vers le futur (oui, encore !) et de paradoxe temporel. J'en profite pour placer dans la discussion deux histoires de science-fiction "marrante" sur le thème du voyage dans le temps. En premier lieu, Le Voyageur imprudent de Barjavel : un voyageur temporel, assistant au siège de Toulon, veut assassiner un jeune capitaine du nom de Napoléon Bonaparte mais tue par mégarde un de ses ancêtres. Or, en résumé, s'il a tué son ancêtre (avant que ce dernier n'ait des enfants), il ne peut pas lui-même exister ; s'il n'existe pas, il ne peut pas avoir tué son ancêtre ; s'il n'a pas tué son ancêtre, il existe... C'est embêtant, hein ? En second lieu, L'Homme éclaté de David Gerrold : l'histoire dingue d'un jeune homme qui se rend dans le futur pour se rencontrer lui-même. L'auteur explore toutes les possibilités (par exemple, le voyageur ira jusqu'à se faire l'amour et à entamer une relation amoureuse avec lui-même). 

Toujours dans le domaine de la science-fiction, Walter me parle du film Blade Runner, que je lui avais conseillé dernièrement. Il n'a pas aimé et s'est vraiment forcé pour le regarder jusqu'au bout : "C'est trop long !", me dit-il. Il demande d'autres propositions de films à regarder. Je lui conseille Fargo des frères Cohen, en pensant à la belle brochette de cinglés qui peuplent ce film d'un bout à l'autre : "Celui-là", lui dis-je, "tu l'adoreras, c'est certain !".

Emily est très fatiguée. Elle a eu trois très longues journées de taf. Après avoir un peu traîné au restaurant, nous laissons la rose sur la table, sortons et prenons le chemin de la voiture. Emily me reconduit chez moi, comme d'habitude. Je suis à peine dans le véhicule que je reçois un sms. Je lance : "Ha zut ! C'est Léandra ! Elle me demande si je suis à la Maison du Peuple ou non !". Conclusion : Emily fait le tour du paté de maisons et me redépose devant la Maison du Peuple, où j'attends Léandra pour un dernier verre (il est 23h environ). On discute de ses cours d'impro, de Claire, de la relation de Léandra avec Jonas (évidemment), de notre futur week-end, puis nous retournons chez nous.

Devant la bouche de prémétro, un gars très enthousiaste nous demande de l'argent. Je lui donne ce qu'il me reste de monnaie et il commence à nous parler, plein d'entrain : "Maintenant que nous avons un gouvernement, nous allons pouvoir enfin de nouveau boire, fumer, toucher le chômage !" Je lui dis : "Oh, vous savez, pas besoin de gouvernement pour ce genre de chose !" Par après, il veut absolument que Léandra et moi nous prenions par le coude. Je sais qu'il y a de nouveau un gouvernement en Belgique mais ce n'est pas une raison pour que je marche avec Léandra comme si je sortais avec elle, faut pas déconner, hein, non mais ! Léandra retourne chez elle et je reprends le souterrain qui mène au tram, où un second type me demande de l'argent.

– Désolé, je viens de donner tout ce qui me restait à l'autre monsieur, là... Je n'ai plus que des chèques repas...
– Et un chèque-repas, ce serait peut-être abuser de vous en demander un ?
– Bah, ma foi, en fait... Euh... Non, ce n'est pas vraiment abuser...

Pour une fois qu'un chèque repas sert à autre chose qu'à commander un Orval.
..

mardi 6 décembre 2011

Normalisation

Ce midi, en attendant mon plat de nouilles au bœuf piquant dans le petit snack vietnamien à quelques mètres de mon travail, j'observe et écoute un groupe de quatre étudiantes qui attendent elles aussi leur plat de nouilles ou leur sandwich. Elles suivent des cours de je ne sais quoi à l'école supérieure située à quelques centaines de mètres en face du snack... Quatre étudiantes, quatre sosies... Non pas physiquement, mais en habillement, en coiffure, en maquillage et jusque dans leur façon de s'exprimer... Je me rappelle une vieille remarque de ma collègue Sylvette, qui sort de la même école mais qui, fort heureusement, ne leur ressemble pas : "Dans cet établissement, 90% des étudiants sont des clones : tous les mecs ressemblent à Ken, toutes les nanas à Barbie". J'avais des doutes quant à cette affirmation... jusqu'à aujourd'hui. 

Mais alors, pourquoi les étudiants et étudiantes qui font leur stage à la bibliothèque de mon travail (et qui viennent de la même école) ne sont-ils pas standardisés comme les autres ? Deux éléments de réponse : mon boulot est un repère de fous et n'attire par conséquent que des fous non conformistes ; lesdits étudiants étudient la bibliothéconomie et il faut déjà une bonne dose d'originalité pour choisir de pareilles études !

L'enquête continue... (Ou comment écrire deux paragraphes sans contenu pour combler le vide de cette journée de boulot et de cette bête soirée passée à mon appartement à ne rien faire d'autre qu'écouter de la musique.)

* * *

Autre remarque, plus intéressante : hier, j'ai reçu un message d'une inconnue (que je nommerai Claire dans ce blog – désolé pour la francisation du prénom), qui me disait en substance qu'elle lit mon blog depuis quelques mois maintenant, sans jamais s'être manifestée jusqu'à hier. Je suis intrigué : quel intérêt peut-elle trouver dans ce blog si elle ne me connaît pas un tant soit peu ? Déjà que quand on me connaît, l'intérêt de le lire est fort réduit, alors... hem... quand on ne me connaît pas, hein... (Oh ! Pauvre Hamilton ! Et tu veux qu'on s'apitoie sur ton sort en plus ?) La réponse : elle y retrouve racontés les lieux dans lesquels elle vit (le Parvis de Saint-Gilles ? La Maison du Peuple ? Le Potemkine ?), "mais aussi les amitiés, les rencontres, les passions et les doutes d'un trentenaire".  Claire a décidé de sortir de l'anonymat après avoir lu "La journée dont vous êtes le héros #1". Comme quoi, je n'ai pas écrit tout ça pour des prunes... Comme dirait Léandra : "Voilà ce qui arrive quand on écrit pendant longtemps..."

Une question que je me suis également posée : comment Claire est-elle tombée sur mon blog ? C'est Léandra qui m'a donné la réponse, confirmée par la principale intéressée par la suite : Claire est une copine de Vincent, le gars que Léandra a rencontré sur son site de rencontre fétiche (Adopteblablabla). Claire est tombée sur le blog de Léandra via le blog (très éphémère) de Vincent ; puis sur le mien via le blog (actuellement fermé – pour toujours ?) de Léandra.  Un vrai parcours du combattant.

J'ai beau écrire ce blog en grande partie "pour moi-même" et tout et tout, sans la volonté d'être lu ou de faire "de l'audimat", ce message m'a tout de même fait extrêmement plaisir...