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lundi 22 avril 2013

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Bougies. — Juste avant le 22 avril 2012, j'avais fêté le premier anniversaire de mon journal en publiant coup sur coup un adieu à Wittgenstein et un questionnaire de Proust augmenté dûment rempli. Aujourd'hui, 22 avril 2013, à l'occasion du deuxième anniversaire du même journal, qu'ai-je fait ? Rien. Aujourd'hui, je suis, comme toujours, dépassé par les événements ! J'avais réfléchi à une forme de célébration, mais je ne l'ai pas concrétisée, faute de temps. Faisons donc comme si de rien n'était : de toute façon, les anniversaires sont là pour nous rappeler que nous nous éloignons de plus en plus de l'enfance ; que nous devenons nuls, réactionnaires, rigides, vieux, vides, sans idée, sans vie et sans intérêt. — Si je bois autant à chaque anniversaire, n'est-ce pas pour oublier que je deviens de plus en plus con ? À moins que ce ne soit l'inverse ? (« Tu es certain que tout va bien, Hamil ? »)

Relecture. — Les débuts de mon journal sont faciles à résumer. J'écrivais quelques lignes et je m'en contentais : « Christelle revient de Lyon », « Je suis malade », « Je prends le train », « J'ai croisé le sosie d'Ernest Hemingway dans les toilettes du Metteko », etc. — Puis est venue la période dite « prolixe » durant laquelle je décrivais tout ce que je vivais, jusqu'au bout d'épinard que j'avais réussi, non sans mal, à extraire alors qu'il était implacablement coincé entre ma canine et ma prémolaire, ce jeudi de septembre où, assez curieusement, un merle battait des ailes beaucoup plus lentement que d'habitude au-dessus de ces deux bouleaux se dressant majestueusement dans la grande pelouse située au sud-ouest de la maison familiale. — Aujourd'hui, je suis beaucoup plus concis : j'essaye d'extraire l'essence de ma journée, sans entrer dans ces détails qui n'intéressent personne. Mais il y a un problème : l'essence ne se manifeste pas toujours et, à défaut de carburant performant, je suis obligé d'utiliser de la bagasse. Voilà une confession qui, pour le moins, fera plaisir aux écologistes !

Place réservée. — D'habitude, Wynka ne s'assied pas sur cette chaise-là pendant le repas de midi, parce qu'elle sait que c'est ma chaise depuis presque exactement sept ans. De la même manière, Christiane s'installe toujours à ma droite, en bout de table. Un esprit malveillant a-t-il eu envie, ne fût-ce qu'une seule fois, de déloger Christiane de son bout de table ? Non : l'événement n'a jamais eu lieu. Et quand Rolande mange avec nous, elle est toujours assise en face de moi : je n'ai jamais vu Rolande manger sur un autre siège que celui qui se trouve en face de moi. — Mais aujourd'hui, lorsque j'arrive, en retard, dans la salle de lecture pour le repas de midi, Wynka est installée à ma place ! Je sais qu'elle sait que c'est ma place... « Veux-tu que je change de chaise ? me demande-t-elle gentiment.
— Non, non, ça ira !
— En es-tu sûr ?
— Oui, oui, ça ira ! Sans problème, ha-ha-ha ! »
(Ils arborent tous leur petit sourire, mais je survis sans aucune difficulté.)

Rapport d'activités. — Toute cette énergie dépensée à pondre des rapports expliquant en quoi consiste notre travail, puis à les corriger, à les illustrer et à les mettre en page... Voilà encore une belle mise en abyme : bientôt, nous passerons l'année entière à préparer avec le plus grand soin des rapports d'activités décrivant la rédaction d'autres rapports d'activités. Dans ces rapports-là, nous expliquerons, un peu gênés, que notre seule activité de l'année précédente aura été d'écrire les rapports d'activités de l'année d'avant. La boucle sera alors bouclée, les responsables seront satisfaits et je pourrai enfin me consacrer à plein temps à mon passe-temps favori : mettre en page des rapports d'activités dans lesquels il sera dit que j'ai mis en page, de manière prioritaire, d'anciens rapports d'activités.  Voici l'homme qui, dans sa vie, ne fait qu'écrire sur ce qu'il a déjà écrit.

mardi 19 mars 2013

Drame à Saint-Gilles

Les murs ont des oreilles (2). — Ce soir, je suis à nouveau dans mon fief, à la Maison du Peuple. À la table de gauche, une femme raconte ses tourments à son amie. Je la reconnais : il s'agit d'une des conteuses que j'avais été écouter le vendredi 12 février 2010 aux Zapéros-contes à la Fleur en Papier doré, en compagnie notamment de Christelle, Emily, Fany et Gaëlle, à une époque où je ne notais pas encore tout dans un journal (dommage !). — Dans un café, les gens discutent souvent comme s'il existait entre les tables d'invisibles cloisons insonorisantes ou comme s'ils se trouvaient à l'intérieur d'un cône de silence tel que celui utilisé par le baron Vladimir Harkonnen et le comte Fenring dans Dune ou, dans un tout autre genre, par Max la Menace dans la série du même nom.

« Si tu voyais comment ma fille me manipule ; si tu voyais la manipulation, c'est inouï ! Complètement inouï... Elle s'arrange toujours pour nous monter l'une contre l'autre. De nos jours, il n'y a plus aucune notion de respect chez les jeunes ! Et moi, je ne veux plus jouer le rôle du parent avec cette adolescente qui ne pense qu'à elle, qu'à ses amis... On n'a qu'une vie, merde ! (...) Elle adore le théâtre pourtant, ma fille, mais là, rien que pour m'emmerder, elle me dira qu'elle ne l'aime pas ! Dernièrement, je voulais aller à un festival du conte : que du conte, du conte, du conte, du conte ! Du conte, tout le temps, toute la journée... Le paradis, quoi ! Et puis ma fille et ma mère ont réussi à m'avoir : elles m'ont toutes les deux manipulée. Envolé, le festival du conte ! Elles ont réussi à m'emmener à Venise à la place ! Mais maintenant c'est fini : je vis ma vie ! » — J'imagine le titre de la rubrique « Faits divers » dans La Capitale : « Drame à Saint-Gilles : avec la complicité de sa grand-mère, une adolescente en crise force sa maman à visiter la Cité des Doges ! »

« Tu as vu Bienvenue chez les Ch'tis ? Tu l'as vu ? Ha, j'adore Kad Merad ! Je l'adore, je l'adore... Je l'adore, je l'adore, je l'adore ! Quel mec ! Je l'adore ! Ha, si je pouvais rencontrer un type pareil, je ne serais peut-être pas si mal en point ! Je suis déjà sortie avec des comiques, tu sais... Trois comiques... Je suis même sortie pendant un temps avec André Lamy ! Un type désagréable, qui ne parle que de lui, de lui, de lui, tout le temps de lui. Pfff... Mais Kad Merad, ha, ce Kad Merad, quel homme ! »

Le chiffre de Dorabella (2)*. — En plus des symboles en forme de demi-cercles répétés une, deux ou trois fois et tournés vers l'une des huit directions possibles (24 symboles utilisables, 20 utilisés dans le cryptogramme), certains ont remarqué, à différents endroits du document, la présence de petits points. À coup sûr, il y en a un après le 5e symbole de la troisième ligne mais aussi, du moins me semble-t-il, un autre accolé au 12e symbole de la deuxième ligne (pour celui-là, il est possible que je me fasse un film et qu'il ne s'agisse en fait que d'une tache d'encre créée lors de l'écriture du symbole). Enfin, deux points sont également bien visibles à proximité du « 4 » de la date en bas à droite du message (« July 14. 97 »). Si le premier de ces deux-là peut être considéré comme un séparateur entre le jour et l'année, le second n'a a priori aucune raison d'être là.


Plusieurs hypothèses se présentent, certaines pouvant s'entrecouper.
1) Ces points n'ont aucune signification particulière.
2) Ils doivent être reliés pour former une figure ou donner une indication de lecture (une sorte de « Join the dots » farfelu). Si c'est le cas, personne n'a compris à ce jour ce qu'il fallait exactement relier, ni pourquoi.
3) Ce sont des signes de ponctuation (point, apostrophe ?).
4) Ils marquent la séparation entre des chiffrements différents (ou des langues différentes ?).
5) Ce sont des signes mettant en valeur un symbole particulier, par exemple pour signifier que le symbole qui suit est un « A » ou bien constitue le départ d'une séquence donnée. Mais alors laquelle ? On pourrait penser que le « Miss Penny » écrit au verso de la note chiffrée correspond à une séquence du texte et qu'il faut la placer après un signe comme le point de la troisième ligne. Cependant, ça ne fonctionne pas si le chiffrement est une substitution simple car on ne trouve pas dans l'ensemble du cryptogramme une suite de symboles qui équivaudrait à deux « S » suivi de deux « N » trois lettres plus loin (« miSSpeNNy »).
6) Les deux points présents dans la date, cumulés ou non avec une partie du chiffre « 4 », constituent une indication de direction pour la lecture des symboles, comme sur une horloge ou sur une boussole (la flèche pointant alors dans ce cas-ci vers environ 37 minutes ou vers le sud-ouest, selon l'analogie utilisée). Cela pourrait avoir un sens si la clé contenant les symboles et leurs équivalents en lettres avait la forme d'une roue que l'on peut faire pivoter.
(La suite demain.)
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* Lire l'article d'hier pour le début de l'histoire 

jeudi 18 octobre 2012

Tempérance

(Co)habitation. — En matière de propriété, de quoi ai-je besoin pour vivre ? Quel est le plancher en dessous duquel mon moral commencerait à se modifier négativement ? Il me faut : une pièce qui m'appartienne en propre (ma pièce, où je peux m'isoler à tout moment), avec un lit, un coin pour me laver (au moins un lavabo raccordé à l'eau courante), un autre coin pour cuisiner, avec une table pour manger et rédiger mes textes ; un cabinet cloisonné pour mes besoins corporels ; un accès à l'électricité ; des livres, de la musique et de quoi écrire (un ordinateur étant le plus évident). Le reste est superflu, c'est-à-dire : si je n'avais comme biens que ce que je viens de citer, je n'en serais certainement pas plus malheureux que si je possédais un château.

Je partage mon appartement (trop grand pour moi tout seul, donc) avec Mary depuis près de deux mois et, contrairement à ce qu'on aurait pu imaginer a priori, le voisinage se passe très bien. Mary a ses activités (badminton, cours et soirées entre amis...) et moi les miennes (soirée à la Maison du Peuple, soirée à la Maison du Peuple et soirée à la Maison du Peuple). De temps en temps, nous nous croisons autour d'un repas, d'une discussion ou d'un film. C'est tout ce que j'attends d'une cohabitation.

Pré-soirée. — Attendant Fred Jr à la Maison du Peuple, j'explique à Léandra : « Tu sais, cette histoire de mois de novembre... Quand je te dis constamment qu'il va se passer quelque chose de spécial pour nous en novembre... "Attendons novembre !"... Eh bien j'y ai repensé et je me suis dit que l'événement spécial en question, ce serait peut-être ma propre mort... Que ma mort servirait de déclic dans le changement de vos vies... Un truc dans ce style-là... J'y ai pensé à la suite de mes récents élancements dans l'abdomen... Je sais : ils sont passés peu de temps après mon arrêt presque total de l'alcool mais peut-être n'est-ce pas fini ? Peut-être n'est-ce qu'un intermède ? Peut-être est-ce grave ? Peut-être que je n'en ai plus que pour un mois tout au plus ? Pour me préparer à cette éventualité, j'ai lu ce qu'a écrit Épicure sur la mort... » (Léandra semble pour le moins dubitative.)

Elle me parle des prénoms Arthur et Emmanuel, en référence (du moins je suppose !) à mon article de vendredi dernier. Je réfléchis tout haut : « Arthur... Emmanuel... C'est vrai que ça sonne bien. Si jamais j'avais à nouveau un enfant — oui, je sais, je n'en veux plus — et que c'était un garçon, je l'appellerais "Arthur-Emmanuel". Comme ça, quand quelqu'un me demanderait d'où viens ce prénom, je pourrais lui expliquer que c'est en référence à Arthur Schopenhauer et Emmanuel Kant. Et là, mon interlocuteur me dirait : "Mais non !", et je répondrais : "Mais si, parfaitement !" »

Soirée. — Fred Jr nous rejoint vers 20h30. Il est venu en voiture jusqu'à notre quartier fétiche. Nous allons manger des pizzas au tout nouveau Mama Roma installé sur le Parvis de Saint-Gilles puis boire un verre au Verschueren. L'occasion pour moi de boire un Orval, le seul, l'unique de la semaine. Si seulement je pouvais continuer dans cet idéal de tempérance !

Une partie de la discussion tourne autour du nouveau boulot de Fred Jr. Celui-ci doit développer une série d'activités d'éducation permanente, notamment sur le thème du temps. « Du temps ? C'est très vaste... Tu dois parler de quoi ? De la relativité restreinte ? Du temps en termes philosophiques ? » Réponse de Fred : « Je n'en sais rien ! » Je lui lance : « Si tu veux, je peux venir en parler, du temps... Je suis justement en train de lire un truc là-dessus. Tout ce que je développerai sera du pur baratin mais je peux tenir des heures sur le sujet ! »

À un moment, nous parlons du resserrement de notre entourage immédiat — surtout du mien en fait, Léandra continuant à rencontrer pas mal de monde via l'impro. Il fut en effet un temps où nous participions à de grandes soirées festives en compagnie des « Français ». Fred commente : « À la lecture de ton blog, j'avais parfois un peu l'impression que tu subissais tous ces gens... » — Exception faite d'Emily et de Walter (qui ne faisaient de toute façon absolument pas partie du même groupe), de Fany, de Vespertine, de Charles-Henri et de quelques autres, il s'avère que c'est complètement vrai. La plupart des fêtards qui composaient ces soirées, je les subissais plus qu'autre chose. J'ai fini par développer une théorie à ce sujet : si j'ai continué à m'y rendre, c'était en grande partie pour rester en contact, d'abord avec Christelle, puis avec Annabelle. Lorsque la première s'est cassée et que, plus tard, la seconde s'est casée, la principale valeur de ces rencontres est partie en fumée. C'est la vie !

vendredi 24 août 2012

« I saw the light from heaven »

« À nous les bois et leurs mystères,
Qui pour nous n'ont plus de secrets !
À nous le fleuve aux ondes claires
Où se reflète la forêt,
À nous l'existence sauvage
Pleine d'attraits et de douleurs !
À nous les sapins dont l'ombrage
Nous rafraîchit dans nos labeurs.
Dans la forêt et sur la cage,
Nous sommes trente voyageurs. (...) »
(Octave Crémazie [poète québécois, 1827-1879], Le Chant des voyageurs.)


Soudain, je me suis dit que ce journal était une façon de passer le temps en attendant le retour de Christelle, retour qui — faut-il encore le préciser ? — n'adviendra jamais. Je suis donc condamné à écrire jusqu'à la fin de mon temps. C'est d'un joyeux !
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Presque plus aucune musique n'a traversé ce blog ces dernières semaines. La raison est toute simple : un soir de distraction, j'ai oublié mon baladeur MP3 sur le quai de la gare des Guillemins ; difficile de vivre sans chanson, je m'en suis donc racheté un. Un véritable objet en toc que cet « Archos 20d Vision » : sa légèreté de plastique me donne l'impression qu'il va craquer à chaque instant ; l'esthétique de son écran tactile me rappelle les CGA des premiers temps. Son ergonomie se rapproche des arches du premier pont de Tacoma ; enfin bon, j'ai de la musique, c'est déjà ça !

Une découverte : sur son site Web officiel, le groupe texan Okkervil River propose gratuitement un mini-album intitulé Golden Opportunities 2 (suite de Golden Opportunities Mixtape), dans lequel le chanteur Will Sheff reprend cinq morceaux du registre folk. Cinq morceaux, cinq petites perles (pour ceux qui aiment le genre, évidemment)... Parmi celles-ci, « Dry Bones », chanson folk traditionnelle chrétienne, et « U.F.O. » de Jim Sullivan. L'histoire de ce dernier est pour le moins étrange : auteur d'un unique album paru en 1969, il disparaît mystérieusement environ six ans plus tard à proximité de Santa Rosa, au Nouveau Mexique. Seuls vestiges de sa présence à cet endroit : sa Coccinelle abandonnée ainsi qu'une chambre louée (mais non utilisée) dans un motel du coin. Certains disent qu'il s'est perdu dans le désert ; d'autres qu'il s'est fait enlever par des extraterrestres... Toujours est-il qu'on n'entendra jamais plus parler de lui !

Dry Bones by Okkervil River on Grooveshark

U.F.O. by Okkervil River on Grooveshark

Un constat : malgré mon athéisme, j'ai toujours eu un faible non pas pour la religion (Dieu m'en préserve, haha !), mais pour la culture héritée de la religion. Cela vaut tant pour mes préférences musicales (blues, folk, country...) que pour ma période historique de prédilection (le Moyen Âge, baigné de toute part par un christianisme omniprésent), ou encore mes auteurs préférés (le roman Dune est saturé de religion ; quant à L.W., n'en parlons même pas !). Dans tous les cas, c'est l'étrangeté de cette culture, de cette pensée, comparée à celle que j'ai reçue pendant mon éducation, qui m'attire plus que certainement.

D'un côté, je suis imprégné de l'éducation de mes parents (la volonté d'honnêteté poursuivie presque compulsivement par ma mère ; le radicalisme de mon père), de l'autre je n'ai jamais cessé de m'en éloigner. La science-fiction, l'anarchisme, l'histoire médiévale, la philosophie, l'astronomie... J'ai découvert tous ces sujets « tout seul comme un grand », comme si je voulais me démarquer de cet enseignement — enrichissant mais trop terre à terre  par un excès d'« ailleurs »... (Je suis comme ça depuis très longtemps mais je ne m'en rends compte que depuis peu.)
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En tant qu'historien, l'anecdote n'aurait pas dû me faire rire, mais rien à faire : à chaque fois que je vois cette « restauration » ratée — c'est le moins qu'on puisse dire — de la vieille peinture du Christ de la petite église de Borja, je ne peux m'empêcher de tomber dans un fou rire dévastateur. Je pense que c'est le surréalisme de la situation qui fait rire la Toile entière... Bigre, même le bas du rouleau du parchemin est peint à l'envers ! C'est tellement ridiculement mal foutu que ça en devient presque génial...


dimanche 22 avril 2012

366

Hasard du calendrier. — Pendant qu'en France, les électeurs doivent (ou plutôt peuvent) choisir entre l'extrême droite, la droite dure, la droite molle et la gauche, de mon côté, je fête (c'est un grand mot) le premier anniversaire de ce journal en ligne. 

Mais je triche un peu... S'il est vrai que je traite de ma petite vie à la con à raison d'un article par jour depuis un an, à quelques très rares exceptions près, la nuance est de mise. Car ce n'est qu'à partir de la mi-juillet 2011, lors de mes vacances à Stavelot, en compagnie de ce qu'on appelait alors la "dream team", que le présent journal a pris la forme d'un blog à part entière. Vers le 20 juillet 2012, je pourrai donc vraiment affirmer que j'ai atteint un premier objectif : celui d'avoir écrit, et ce pendant une année complète, un "vrai" article pour chaque jour de l'année écoulée. — Objectif totalement ridicule, j'en conviens.

Au début, il s'agissait d'un journal en ligne "secret" (plus d'informations ICI), qui ne contenait que quelques descriptions sommaires de ma journée. En date du 22 avril 2011, on peut donc lire ici-même le texte fondateur de cet immense patchwork sans queue ni tête, un paragraphe ridiculement inintéressant et on ne peut plus laconique :
Retour de Christelle
Christelle arrive de Lyon en voiture en fin d'après-midi. Je suis content. On passe la soirée au bowling avec FBsr, Alineke, Tom, Ophely et son amie Carmela, puis on va manger à La Fleur en papier doré.
En ces temps lointains, l'objectif était simple : me permettre d'avoir un très bref aperçu de ce que je faisais de mes journées. Le fait qu'il débute avec le retour (très temporaire) à Bruxelles de Christelle (la seule personne ici à garder son vrai prénom, avec Gaëlle et Maïté) n'est pas un hasard : somme toute, sa venue était pour moi un événement marquant et heureux, et l'utiliser comme la pierre angulaire de ce journal n'a donc rien d'étonnant. Depuis lors, je n'ai presque plus (voire plus du tout) de nouvelles d'elle. 

Par la suite, c'est devenu beaucoup plus compliqué : je me suis mis à écrire de plus en plus et j'ai fini par considérer tout ce projet comme une sorte d'atelier d'écriture très personnel, un peu à l'instar de Lewis Trondheim qui, pour apprendre à dessiner, s'est fixé la réalisation d'une BD de 500 pages, le mythique Lapinot et les Carottes de Patagonie... — Sur 500 pages, Trondheim s'est vachement amélioré. De mon côté, je ne peux hélas, et en toute honnêteté, en dire autant : je compare mes textes d'aujourd'hui avec ceux d'il y a dix mois et je trouve que j'écris toujours de la même manière, sans le moindre effet de style (à l'université, mon ami Hamilton II disait que j'écrivais de manière "mathématique", mais ça ne veut pas dire grand chose) et avec beaucoup de fadeur.

Tableau d'ensemble. — Je voulais, pour mieux comprendre le sens de tout ceci, réaliser, en ce jour d'anniversaire, un tableau d'ensemble un "tableau synoptique" comme dirait l'autre (dont je dois taire le nom dès demain)... Un tel tableau m'aurait peut-être permis de mieux comprendre le sens de ce blog. Mais je n'ai tout compte fait ni le temps, ni l'envie de me consacrer à cette tâche aujourd'hui soir. Le résultat de la bête noire à l'élection présidentielle française, la fatigue mais aussi la morosité qui m'assaille en ce début de nuit y sont pour quelque chose, sans aucun doute...

lundi 16 avril 2012

Bonheur laconique

Je suis extrêmement énergique ce matin. Je me lève à six heures et je pète la forme, très curieusement. Est-ce la perspective de me rendre à nouveau au travail et de faire autre chose de mes journées que de jouer bêtement aux Colons de Catane ? Ou tout simplement un de ces rares moments où, sans raison, j'ai confiance en moi, souris et regarde avec un regard vif et pétillant tout ce qui m'entoure ? (L'arrivée d'un train en gare, les oiseaux, les gens qui marchent dans la rue...) Ou peut-être, tout compte fait, est-ce simplement une question d'hormones ?

Aucune idée, mais il faut que j'en profite.

Comme si le bonheur allait de paire avec le laconisme (et la tristesse avec la prolixité), je n'ai pas grand-chose à raconter aujourd'hui. J'ai beaucoup de travail, lié à la préparation d'un comité scientifique. Par exemple : je m'amuse (c'est vraiment le mot) pendant quelques heures à réaliser un plan d'un de nos dépôts d'archives, en essayant d'être le plus précis possible au niveau du tracé, jusque dans les moindres détails. Mon chef Lodewijk, voyant ledit plan presque terminé, fait semblant de vouloir m'étrangler, et s'étouffe : "T'es vraiment malade... T'as même dessiné le lavabo ! Je t'avais pourtant dit de faire un truc simple... C'est vraiment bien, mais t'es vraiment malade quand même..." Je suis content de sa réaction car c'est exactement l'effet auquel je voulais arriver en réalisant ce plan de cette manière : exposer au grand jour mon côté maniaque.

La stagiaire germanophone est là toute la journée. De nouveau, je me dis qu'elle ressemble vachement à Christelle (yeux bleus, cheveux bouclés et regard de biais, entre autres). C'est également une boule de nerfs ambulante : stressée pour le travail de fin d'année qu'elle doit bientôt rendre et faisant de grands gestes énergiques pour accompagner ses paroles, qu'elle clame rapidement, avec son accent allemand mélodieux.

Décidément, pour le moment, je parle beaucoup des Allemand(e)s.

Pourquoi y a-t-il tant de monde et tant de bruit à la Maison du Peuple ce soir ? Je pose la question au serveur et il n'en sait rien : d'habitude, le lundi, c'est calme. Il propose néanmoins un début d'explication : "Peut-être est-ce à cause du temps ? Dès qu'il fait un peu meilleur dehors, les gens sortent de chez eux..." D'accord, mais ne peuvent-ils pas dès lors rester à l'extérieur du café, surtout s'ils parlent bruyamment anglais et, en restant debout dans les travées, bloquent complètement la circulation dans le café ? 

Et voilà : je recommence à me plaindre !

dimanche 19 février 2012

Villes et chevaliers

Je me réveille plusieurs fois cette nuit. J'ai gardé en mémoire deux bribes de rêve... Ou plutôt : ces bribes de rêve sont réapparues au cours de la journée. Des éléments — dont j'ai oublié la teneur par contre, c'est ça qui est drôle ! — me les ont remises en mémoire. 

Première bribe : je suis de nouveau à Disneyland® Paris, avec la même "équipe" que la dernière fois. Nous sommes aux Walt Disney Studios® et Walter veut absolument retourner dans la Tour de la Terreur (l'ascenseur infernal qui tombe en chute libre, voire "plus que chute libre"). Je demande : "On n'irait pas plutôt essayer la montagne russe qu'on n'a pas eu le temps de tester la dernière fois ?" — Walter : "Tu es certain que tu ne préférerais pas l'ascenseur ?" (Je suppose que ce rêve est en rapport avec l'ascenseur dans Le Roi et l'Oiseau, que j'ai revu hier avant de m'endormir.)

Seconde bribe : je marche dans une ruelle de Bruxelles. J'arrive à un petit carrefour. Sur un autre trottoir, de l'autre côté du croisement, j'aperçois Christelle en compagnie d'un très grand type tout mince. Je crois qu'ils se promènent main dans la main mais je fais semblant de ne pas le remarquer. J'essaie de les éviter, mais Christelle arrive en face de moi et me dit, avec son "air habituel" : "Et quoi, tu me nies, maintenant ?". (Le compagnon d'une amie vient secouer mon esprit jusque dans les profondeurs de mon sommeil — au secours !)

* * *

Walter organise un après-midi "Colons de Catane avec extensions" (un jeu de société allemand bien connu) à son appartement. Marrant : il habite au 21 — à la boîte 21 , comme dans le roman. Pour l'occasion, il a invité son frère Ronald, sa belle-sœur Valière et Emily. Ronald ressemble un peu à FBsr mais en blond. Il a également des airs d'Arnold, mon colocataire polytechnicien du temps de l'université. Il a le même rire que Walter et aussi, pour condenser, la même forme d'intelligence empreinte d'ironie. Valière est une brune aux yeux bleus, sympathique, souriante, à l'esprit vif. Nul besoin de décrire Emily — personnage récurrent de ce blog. Je me contenterai donc de résumer son état : toux sèche, respiration difficile à la lisière de l'asthme et nez bouché. Elle a, dit-elle, "fait un gros effort pour venir coûte que coûte à cet après-midi jeu." 

Sur le divan de Walter, se trouvent toutes les extensions (ou presque) du jeu de Klaus Teuber : "Les Marins de Catane", "Villes et chevaliers", ainsi que les extensions pour cinq-six joueurs. Sur la table, est déjà installé le plateau "Villes et chevaliers". Les marins, ce sera pour une prochaine fois... 

J'ai apporté des bières (deux Orval et trois Westmalle triples) et je suis le seul à en boire. Emily a amené un "tourteau fromager", une spécialité de sa région (le Poitou-Charentes) : un drôle de cheese cake très léger dont la croûte est totalement brûlée. C'est la deuxième fois que j'en mange. Walter, de son côté, a prévu du thé, du café et un gâteau aux noix de pécan, très bon mais beaucoup plus lourd à digérer que le tourteau... 

* * *

Les différences avec le jeu original sont nombreuses, nécessitant la lecture complète des nouvelles règles, à voix haute, par Walter. Nous prenons donc une petite heure pour les assimiler avant de jouer. Les principales nouveautés sont les suivantes : l'utilisation d'un troisième dé ; la nécessité d'atteindre 13 points de victoire (au lieu de 10) pour gagner ; l'arrivée fréquente, par bateau, de barbares qui tentent de détruire les villes ; la perception de trois nouvelles ressources secondaires (papier, tissu et monnaie) qui donnent la possibilité de se développer dans trois secteurs différents (la culture, le commerce et l'armée) remplaçant les cartes "développement" ; la création de métropoles (ayant notamment pour effet d'augmenter les points de victoire) et de remparts (augmentant le nombre de cartes protégées lorsqu'un "7" tombe au dé) ; la présence, chez chaque joueur, de chevaliers (qui peuvent attaquer d'autres chevaliers, déplacer le voleur présent sur une tuile adjacente, se défendre contre les brigands ou encore couper une route ennemie). En outre, comme nous jouons à cinq, nous avons droit à un plateau de jeu élargi, avec plus d'hexagones.

Face à ces nouveaux mécanismes, une nouvelle stratégie est de mise. Les anciens "trucs" ne fonctionnent plus aussi bien. Nous devons donc tous tâter le terrain et certains joueurs sont plus doués que d'autres face à la nouveauté. Ainsi, la première partie est gagnée haut la main par Walter, qui construit rapidement ses villes et amasse de nombreux points de victoire en défendant Catane à lui tout seul avec ses chevaliers ; la seconde partie est remportée par Emily, plus ou moins pour les mêmes raisons. 

Ces deux parties terminées, il est déjà presque 22 heures. Le frangin et sa femme s'en vont. Emily aussi. Walter me propose un "dernier" — hem ! — verre dans le quartier du Cimetière d'Ixelles. Pourquoi pas ? Emily nous y dépose en voiture et nous terminons la soirée à deux au Corto. Lorsque je reprends mon dernier bus (celui de 23h32), j'ai en tête cette époque où, systématiquement, chaque lundi et chaque jeudi, je reprenais ce bus après "un verre" en compagnie des "autres".

jeudi 15 décembre 2011

Capsules à vis

Gare de Bruxelles-Midi. Aujourd'hui, mon train est annoncé avec 35 minutes de retard. Après de nombreuses péripéties ferroviaires, j'arrive en gare de Liège-Guillemins à 9h27 au lieu de 8h22, soit avec 65 minutes (!) de retard sur l'horaire. Je n'en connaîtrai jamais la raison. J'ai raté ma correspondance habituelle de 8h26 et également celle de 9h26. Seul point positif : j'aurai échangé quelques mots avec une sympathique navetteuse régulière. Ma vie est passionnante.

J'arrive enfin au boulot et mon chef m'annonce que "ça ne peut plus durer et qu'il faut trouver une solution" quant à ces histoires de retards de trains (comme si j'en pouvais quelque chose !) : peut-être prendre un train plus tôt ? Et me lever encore plus tôt ? Et avoir encore moins de vie en dehors du boulot ? Bordel ! Et changer de boulot ? Je l'ai pensé très fort mais je ne l'ai pas exprimé.

Quelqu'un qui ne prend pas le train tous les jours ne peut pas se rendre compte à quel point ces trajets sont saoulants (et pourtant, je suis quelqu'un de très patient)... Le train que je prends n'est jamais à l'heure. Il doit arriver à 8h22 mais n'est jamais arrivé une seule fois à 8h22. Il y a toujours un problème : avarie à la motrice, problème "de composition", goulet d'étranglement à Bruxelles-Central, vol de câbles, présence d'extraterrestres sur les voies, problème d'électricité sur le réseau, absence de charbon, tornades, cyclones, train en détresse sur la ligne, trou de ver spatio-temporel, etc.

* * *

Ce soir, Léandra vient manger chez moi. J'ai préparé de simples rigatoni sauce bolognaise. J'ai prévu deux bouteilles de vin de table fermées par une capsule à vis : comme rouge, un Cabarnet sauvignon d'Afrique du Sud et comme blanc, un Chardonnay de Californie. Ils sont tous les deux répugnants : le rouge est bouchonné (alors qu'il n'est même pas fermé par un bouchon !) et le blanc semble avoir été coupé à l'eau. Heureusement, Léandra a apporté une troisième bouteille : un Bourgogne Passe-tout-grains. Ben merde alors : lui aussi semble avoir été coupé à l'eau ! La compression des coûts, tout ça : avant la mise en bouteille, on rajoute de la flotte !

Léandra m'a "un peu" parlé de Jonas durant la soirée. Elle et lui passent ce début de week-end à Gand. Ils dormiront dans une chambre d'hôte pour la nuit de vendredi à samedi. Trouver un logement n'a semble-t-il pas été de tout repos.

Le jour de mon anniversaire approche et il faut encore que j'envoie une invitation pour ma traditionnelle soirée à la Porte Noire. Je profite du fait que Léandra est présente pour lui demander son avis sur la liste des invités. Qui inviter ? Que faire ? J'ai deux choix : inviter tout le monde ou bien au contraire restreindre leur nombre. Je décide d'inviter tout le monde, mais j'arrive à 35 personnes ! C'est de pire en pire. Il faut encore que j'y réfléchisse... Et si je supprimais de la liste tous ces Français (à l'exception d'Emily évidemment... et de Chrsitelle, qui ne pourra hélas sans doute pas venir) que je ne vois de toute façon plus du tout ?

Léandra est très fatiguée. Elle s'installe dans mon petit divan et baille à de nombreuses reprises... Elle a eu une semaine éreintante. Elle n'a pas envie de rentrer chez elle et, après un dernier thé, s'en ira dormir dans la chambre de Gaëlle. Ni elle ni moi ne travaillons demain. 

mardi 25 octobre 2011

Le baron d'Holbach, ce héros au sourire si doux

J'évacue les questions philosophiques en début de "journée". De cette manière, après les trois astérisques, c'en est fini de la philo ! En posant cet avertissement dès le début, je me dis que si les rares lecteurs de ce blog se foutent royalement de savoir si le libre arbitre est une contrainte ou pas, ils pourront sauter cette partie. De toute façon, même s'ils ne s'en foutent pas, ils feraient bien de la sauter quand même... (Sauter qui ? Ben la partie, bon sang !)

Aujourd'hui, j'apprends par hasard au boulot, en fouinant là où je ne devrais pas fouiner – je ne fume pas : faut bien que je me détende autrement de temps en temps – que ce serait p'têt' ben le baron d'Holbach (Paul-Henri Thiry pour les intimes) qui aurait inventé (ou tout au moins popularisé) le terme "coordonner". Crévindiou d'bon diou ! Le mot se trouve en toutes lettres dans son Système de la nature (...) (1770) : "Toutes les productions pour pouvoir se conserver ou se maintenir dans l'existence ont besoin de se co-ordonner avec le tout dont elles sont émanées [...]". Léandra faisait la maligne dernièrement avec son "bla-bla-bla", qui aurait p'têt ben été inventé par Céline – Louis-Ferdinand, hein, pas la chanteuse horripilante. Hé bien elle peut aller se rhabiller, Léandra : mon philosophe radical favori du XVIIIe siècle pulvérise son écrivain en inventant, non pas une onomatopée, mais un verbe qui, de nos jours encore, est utilisé à toutes les sauces. Mais qu'est-ce qu'on s'en fout ? C'est quoi cette histoire de "preum's étymologique" ?

Durant ces dix minutes de pause au travail (ça va plus vite de lire que d'écrire, bordel !), j'aperçois aussi une définition intéressante du fatalisme. Dans sa Théologie portative : dictionnaire abrégé de la religion chrétienne (1768), d'Holbach définit, de manière ironique et renversée, ledit fatalisme : "Système affreux qui soumet tout à la nécessité, dans un monde réglé par les décrets immuables de la divinité, sans la volonté de laquelle rien ne peut arriver. Si tout était nécessaire, adieu le libre arbitre de l'homme dont les prêtres ont si grand besoin pour pouvoir le damner". Subtil argument : si l'homme est doté d'un libre arbitre, l'église/la loi peut le juger sur les actes qu'il commet car chacun de ces actes est considéré comme libre/volontaire ; si l'homme n'est pas libre de ses choix (autrement dit si toutes ses actions sont déterminées par des absolus extérieurs, par la nature, par la nécessité), il ne peut être jugé car il n'est pas libre de son destin. D'Holbach préfigure Nietzsche qui dira, dans Le Crépuscule des idoles (1888) : "Il ne nous reste aujourd’hui plus aucune espèce de compassion avec l’idée du 'libre arbitre' : nous savons trop bien que c’est le tour de force théologique le plus mal famé qu’il y ait, pour rendre l’humanité 'responsable', à la façon des théologiens, ce qui veut dire : pour rendre l’humanité dépendantes des théologiens. (...) Partout où l’on cherche des responsabilités, c’est généralement l’instinct de punir et de juger qui est à l’œuvre. (...) Toute l’ancienne psychologie, la psychologie de la volonté n’existe que par le fait que ses inventeurs, les prêtres, chefs des communautés anciennes, voulurent se créer le droit d’infliger une peine – ou plutôt qu’ils voulurent créer ce droit pour Dieu... Les hommes ont été considérés comme 'libres', pour pouvoir être jugés et punis, – pour pouvoir être coupables (...)." Plus loin, Friedrich terminait par un très beau : "Le christianisme est une métaphysique du bourreau".

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À mon travail, une des stagiaires en bibliothéconomie ressemble à Christelle : mêmes cheveux blonds bouclés, mêmes yeux bleus, même froideur analytique apparente, même "air général". Elle est Allemande.

À mon travail, ce midi, nous discutons d'une ancienne "tigiste" (travailleuse d'intérêt général) qui a traversé en coup de vent nos locaux, il y a plus de trois ans. Christiane, une des bibliothécaires, affirme que ladite tigiste n'est pas restée longtemps chez nous, à tel point qu'elle n'a jamais travaillé dans nos dépôts d'archives. Moi : "Faux ! Je me souviens très bien d'elle, avec ses yeux en amande, mi-tristes, mi-amusés, en train de nettoyer une étagère, sur son escabelle, dans un des entrepôts". J'étais amoureux. Je me souviens avec acuité de tous les moments durant lesquels elle était présente. Comme toujours, l'histoire fait rire mes collègues. 

(Une minute avant que la fameuse tigiste ne s'en aille pour toujours, j'avais – chose extrêmement rare ! – pris mon courage à deux mains et bégayé quelques mots embarrassés trois exactement. Un résultat : un verre dans un café liégeois et rien de plus. Une conclusion : ce verre, je ne l'aurais jamais pris avec elle si j'étais resté muet.)

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Je suis dans le train de retour vers Bruxelles avec Flippo, qui est fatigué d'avoir dormi dans une voiture durant tout un trajet l'amenant à Bertrix : Flippo est greffier dans un tribunal de la jeunesse et doit se déplacer avec son juge dans divers centres pour jeunes délinquants (je ne suis pas certain que ce soit le terme exact). Je bois une bière et nous mangeons des bonbons.

En soirée, je refuse tout contact avec Lewis, qui me téléphone tout le temps et qui m'énerve prodigieusement. Lewis veut me parler : il me laisse des messages sur mon répondeur, autant de bouteilles jetées à la mer – comprend-il seulement que je déteste ce genre de comportement ? Comprend-il seulement que je déteste les personnes collantes, qui veulent s'assurer constamment de mon bien-être ? Comprend-il seulement que je suis fondamentalement un solitaire et que je n'ai besoin de personne pour fonctionner ? Ni dieu, ni maître, ni père de substitution ! Lewis me téléphone cinq fois dans la journée. Après le dîner, j'éteins mon téléphone portable. Il me laissera encore deux messages. Le premier : simplement "Lewis" ; le second : "C'est Lewis. Que se passe-t-il, mon grand ?". Je fais exprès de ne pas lui répondre. Emily me demandera plus tard – et elle a entièrement raison – pourquoi je ne lui envoie pas simplement un message pour lui dire que je n'aime pas ça... La réponse : sans doute une certaine forme de méchanceté revancharde qui consiste à laisser dans l'expectative ceux qui me sollicitent plus que de raison...

Je passe la soirée avec Emily à la Maison du Peuple de Saint-Gilles. Emily est encore un peu malade (elle tousse de temps en temps) mais, à part ce détail, elle se porte bien, je trouve.

La musique des années 80 est à l'honneur aujourd'hui. À un moment, passe "I Won't Let You Down" de Ph.D... Sans doute la chanson est-elle aussi nulle que toutes les autres (Emily n'a pas l'air spécialement enchantée de l'entendre en tout cas) mais pour moi elle revêt une signification particulière : c'était ma chanson préférée quand j'étais un tout petit gamin, ex æquo avec "Maid of Orleans" d'Orchestral Manoeuvres in the Dark... Ha, la New Wave ! J'ai beau regarder tout cela avec un œil plus critique aujourd'hui, elle restera à jamais une des musiques de mon enfance (et si j'aime The Cure ou Echo and the Bunnymen encore aujourd'hui, c'est grâce à cet héritage des eighties).

(Après des décennies, je réécoute/revisionne cette vidéo d'OMD et je me dis : non seulement que le rythme syncopé de la batterie est terrible, mais aussi que la danse hystérique du chanteur est tout bonnement fantastique ! Mon but avoué si jamais j'arpente à nouveau une piste de danse : arriver, sans trembler, à un tel résultat.)

Tiens, Wali est accoudé au bar. J'ai passé trois heures avec ce gars et sa copine dernièrement, mais il ne me reconnaît même pas. (À un moment, il drague une des serveuses dans les toilettes, l'Espagnole qui a du mal à parler français : "Ha, tu fais du théâtre... Comme c'est intéressant !").

Emily me reconduit chez moi. Il me faut un peu de temps pour réaliser qu'il n'est que... 9 heures du soir.

jeudi 20 octobre 2011

"Choro Original"

Ce soir, comme tous les jeudis jusqu'au 15 décembre, à différents endroits de la capitale belge, des musées ouvrent leurs portes pour une "Nocturne" (comprendre : "On ouvre jusqu'à 22h, plus rarement jusque minuit, woaw !"). Aujourd'hui, c'est le cas du Musée du costume et de la dentelle (définitivement hors de question que j'y mette les pieds), du Musée de la Ville de Bruxelles (ça pourrait être intéressant), du Musée d'Art fantastique (oh !), du Musée Constantin Meunier (ah ?), du Musée bruxellois du moulin et de l'alimentation ("Bonbons, caramels, gâteaux et pâtes de fruit" : merde, ça donne envie !), ainsi que du Palais des Beaux-Arts et du Musée des instruments de musique (le MIM), qui centrent tous deux leurs activités autour du Brésil. L'idée, lancée par Mademoiselle Léandra Courbet – lointaine descendante en ligne très indirecte du peintre du même nom – a toujours été d'aller au MIM, notamment pour voir, dans une des salles du musée, la représentation musicale du "Choro Original", groupe de quatre musiciens au sein duquel joue mon ami Tom, guitariste, musicologue et mélomane, celui-là même qui a été jusqu'à Prague pour s'acheter un luth (et qui compte d'ailleurs en commander un second, auprès du même artisan !).

Léandra et moi rejoignons Andrew à l'entrée du MIM. Emily est malade et reste donc chez elle. Jonas devait peut-être nous rejoindre mais tout compte fait ne vient pas. Quant à Walter, il a aussi été question durant un bref moment qu'il nous rejoigne, et puis non : il passera la soirée chez lui avec Mary. De toute façon, je ne l'imaginais que trop bien dans ce musée, contemplant sans passion un instrument de l'époque baroque ou jouant avec son smartphone durant le concert de musique brésilienne... Ceci étant dit, peut-être est-ce que je me trompe lourdement ? Peu importe. Nous ne serons donc que trois pour cette soirée musicale.

Nous commençons par une visite de quelques unes des salles du musée : la salle des instruments traditionnels puis celle consacrée à l'époque classique. On notera en passant qu'ils ont changé leur système d'audioguides. Auparavant, il s'agissait d'un système automatique qui se mettait en marche lors du passage devant une vitrine d'instruments, permettant d'écouter le son desdits instruments. Aujourd'hui, c'est un système un peu plus bancal : à l'entrée, on nous distribue un casque qu'il faut brancher à chaque fois dans une des quatre prises mini-jack placées sur une borne devant les vitrines. Lorsque quatre personnes sont connectées simultanément à une même borne, le signal sonore est dillué et on n'entend plus grand chose. Bref, ce n'est pas terrible, mais je suppose que l'ancien système d'audioguides par infrarouge était devenu défectueux. Ayant travaillé moi-même dans un musée utilisant de vieux audioguides pourris qui fonctionnaient une fois sur deux, je ne vais pas leur jeter la pierre. Ça devient vite obsolète, ces petites choses, ma brave dame !

À un moment, je ne peux m'empêcher d'appuyer sur la touche d'un piano sur lequel il n'est pas écrit "Ne pas toucher". Et en plus, il n'est même pas accordé, ce salaupiaud !

À l'entrée de la salle des instruments classiques, nous finissons par croiser Tom, accompagné d'Ophely et de leur bébé Sophia. Carmela est là également, accompagnée d'un gars taciturne. "Je ne sais pas si vous vous connaissez", lance Tom. Elle ne se souvient apparemment plus de moi (j'ai l'habitude), mais je me souviens d'elle, évidemment : "Mais oui, on a même fait un bowling ensemble...". Ou plutôt : elle nous avait regardés jouer au bowling... C'était il y a presque six mois, avec Christelle, pour l'anniversaire de Tom. Je peux même retrouver le jour exact, le tout premier jour jamais écrit dans l'ancêtre de ce journal : le 22 avril 2011. (Ha ! Le présent journal s'avère utile, contre toute attente. Dans 10 ans, non seulement je pourrai peut-être concourir pour le Livre des records mais aussi – plus important encore – faire le malin en retrouvant une occurrence très précise enfouie dans un lointain et glorieux passé.)

Le concert va bientôt commencer : nous allons donc nous installer sur un des bancs improvisés de la petite salle. Le groupe est composé de Tom (guitare et cavaquinho), de Guy Buyse (guitare, cavaquinho et cistre), de Pierre Gevaerts (guitare et bandolim) et, en guest star, du percussionniste Osvaldo Hernandez (pandeiro une sorte de tambourin brésilien et maracas). Pour autant que je puisse en juger, le groupe est bon et Osvaldo Hernandez tout bonnement impressionnant : je l'avais déjà vu il y a deux ans, pour une représentation en solo. Ce type, on devrait l'appeler "Mr. Tambourine Man", comme dans la chanson de Dylan, ou plutôt "Mr. Pandeiro Man", tant il semble ne faire qu'un avec son instrument. Autre façon de voir les choses, le point de vue de Léandra : on a l'impression que son tambourin est doté d'une vie propre. Avant d'avoir vu joué ce gars, jamais je n'aurais cru qu'on pouvait faire autant de sons et de rythmes différents avec un "bête" tambourin. Mention spéciale à cette technique qui consiste à effleurer la peau du pandeiro avec un doigt pour lui donner un son saccadé si particulier. Le gars sait qu'il est bon et il en surjoue même un peu. C'est aussi le seul musicien à avoir droit à un vrai solo (avec applaudissement durant le morceau, comme dans les concerts de jazz). Hé oui, on a pu le voir : il est d'une dextérité inouïe.

Et en plus, il chante, parfois : Osvaldo, l'homme multifonction.

Le concert se termine d'une manière abrupte car il est l'heure et l'heure c'est l'heure ! Une dame du musée se pointe une première fois vers 21h30 et fait de grands gestes destinés à arrêter les musiciens, qui ne la voient pas. Elle revient cinq minutes plus tard et interrompt la musique en parlant. Et elle travaille dans un musée des instruments de musique ? Pfff... Andrew la comprend, "ayant déjà travaillé dans un musée durant une nocturne". Ben moi je ne la comprends pas. S'il y a bien un truc que je ne supporte pas, c'est quand on interrompt des artistes (d'autant plus qu'ils allaient vraiment terminer, qu'ils n'en avaient plus que pour une ou deux minutes).

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Nous finissons la soirée au café "La Fleur en papier doré". Léandra comptait y manger une soupe à l'oignons. Pas de chance : le cuisinier vient de partir. Léandra, désespérée : "Vous n'avez même pas une soupe en sachet ?". Non, même pas : nous devrons nous contenter d'une assiette mixte. Et pour ma part, je comptais y boire deux Orval, mais je n'aurai droit qu'à un seul, car le serveur m'oubliera à deux reprises. Ce n'est pas notre soirée.

Durant cet après-concert, Andrew parle d'encre de Chine. Andrew n'est jamais arrivé à utiliser correctement un stylo à l'encre de Chine. Andrew est traumatisé par l'encre de Chine. Il a eu à subir deux examens de passage pour son cours de dessin (!), en première et deuxième secondaires, parce qu'il n'arrivait pas à faire quelque chose de correct avec son Rotring (Andrew m'a appris en passant que le fameux stylo allemand était rempli de véritable encre de Chine).

Mes deux amis parlent également beaucoup de leur cours d'impro débutants, qu'ils suivent avec assiduité (avec assiduiqui ?) tous les mercredis soir. Ils doivent y faire une série d'échauffements physiques, puis intellectuels, du genre : être couchés dans le noir et se mettre à compter tout haut ; si deux personnes lancent le prochain nombre en même temps, on recommence à zéro. Ou encore : se lancer des sorts imaginaires ; si quelqu'un dans la salle lance "FREAK OUT !" (littéralement "paniquer", "péter les plombs"), tout le monde doit courir frénétiquement dans tous les sens, en faisant plein de gestes et en se cognant. Léandra me dit que je devrais aussi faire de l'impro. C'est totalement hors de question : déjà, c'est trop cher pour moi ; ensuite, le théâtre, le jeu d'acteur, l'improvisation, ça n'a jamais été trop mon truc. Plus tard, elle me dira que je devrais participer à des ateliers "Jeux de société", ce qui me plaît déjà beaucoup plus !

Constat, à la sortie de La Fleur en papier doré : le bus 48 passe à l'arrêt juste devant le café. Il dépose Léandra près de chez elle, à la Porte de Hal, et me dépose à... 28 secondes du pas de ma porte. Quant à Andrew, il pourra happer le bus 95 qui passe aussi à deux pas de chez lui. C'est magique !

lundi 19 septembre 2011

Mes amis sont des étoiles

J'ai fait un court cauchemar pour le moins bizarre cette nuit, dont l'idée principale est à la fois simple et terrifiante... Devant le miroir de ma salle de bain, à l'aide de ciseaux, je me découpe méticuleusement les paupières, qui sont bizarrement plus carrées que la normale (elles forment presque deux angles droits le long de l'arcade sourcilière). Je n'ai pas du tout mal en pratiquant cette opération à vif. Après avoir fini le travail, je me dis que ce n'est pas grave car mes paupières vont repousser. Le rêve me reste en mémoire bien après le réveil, au moins jusqu'au quai de la gare. Sur ce dernier, la navetteuse brune qui lit toujours des trucs intéressants me parle pour la première fois depuis des années pour me demander un bic, que je ne trouve d'ailleurs pas sur le moment – j'en retrouverai trois plus tard dans le fond de mon sac. Si on continue de prendre le même train pendant encore dix ans, peut-être aurai-je avec elle une conversation de plus de six mots ("Euh...", "Je vais regarder...", "Désolé, non...") ?

* * *

Dans La Recherche de ce mois de septembre, à la rubrique "Curiosités" (page 106), ce court article intitulé "Nos enfants sont des planètes", dont voici le début : "Le physicien et astrophysicien israélien Alon Retter a remarqué l'existence d'une analogie entre l'organisation de l'Univers et celle des sociétés humaines. Il associe ainsi : célibataires et étoiles seules ; couples et étoiles doubles ; villes et amas d'étoiles ; pays et galaxies, etc. Les planètes sont la progéniture des étoiles. Les planètes gazeuses représentent les garçons et les planètes rocheuses les filles [...]".

Apparemment, Alon Retter (dont, soit dit en passant, le site Web est ignoble) s'emmerdait ferme ce jour-là (on lui avait peut-être interdit l'accès au télescope ?). L'idée est somme toute marrante (même si l'astrophysicien ne doit certes pas être le premier à avoir imaginé une telle analogie) et m'en rappelle une autre que j'aime assez bien, celle de l'univers sous forme de (fausse) fractale : il est possible (et assez facile) de trouver des similitudes, à différents niveaux de grandeur, entre des éléments de l'Univers qui n'ont a priori aucun rapport. Exemple avec la sphère, que l'on retrouve forcément un peu partout, sous forme imparfaite : la goutte d'eau sur une surface hydrophobe ou en train de tomber, mais aussi une planète ou une étoile... Un autre exemple est celui de la spirale : spirale d'un escargot mais aussi d'une galaxie ; hélice d'ADN... Je n'arrive pas à tirer grand chose de ce genre de constats, si ce n'est la satisfaction de trouver des structures identiques dans une nature par essence très diversifiée et de me dire que je ne suis pas totalement paumé dans cet univers ; qu'il y a moyen de le déchiffrer.

Bref, toujours est-il que je trouve l'analogie étoiles-humains assez sympathique. Et si j'appliquais le même principe avec mon univers ? Et si Saint-Gilles était un groupe local d'étoiles dans l'amas stellaire Bruxelles ? Et si la Belgique était une galaxie dans l'amas galactique Europe ? Et si mes amis étaient des étoiles ?

À une époque, durant mes premières années d'université, je formais avec deux amis un triangle d'été : Altaïr, An-Nasr Al-tâ'ir ("le vautour qui vole") en arabe, c'était Hamilton II ; la supergéante Deneb du Cygne, Dhanab ad-Dajājah ("la queue de la poule"), c'était Fred Jr ; la proche Vega, An-Nasr Al-Wâqi' ("le vautour qui tombe"), c'était moi. D'après Alon Retter, les étoiles doubles symbolisent les couples ; les étoiles seules les célibataires. Là, ça se complique car depuis que nous nous connaissons, nous avons tous été en couple et tous été célibataires à un moment ou à un autre. Fred Jr est depuis un bon bout de temps l'une des deux étoiles d'un système double autour duquel gravitent deux petites planètes rocheuses. Hamilton II, c'est plus compliqué... Depuis dix ans environ, il est une des étoiles majeures d'une nébuleuse amicale et amoureuse. Quant à moi, c'est plus simple : j'ai été une étoile seule pendant des années, partie d'une étoile double pendant sept ans, puis de nouveau une étoile seule, autour de laquelle gravite de manière irrégulière, depuis bientôt six ans, une petite planète tellurique.

Il y a un peu plus de deux ans, c'était le début de ma "période française" : à cette époque, je me suis créé toute une série de nouveaux potes et je sortais beaucoup avec eux. J'étais presque le seul belge (encore une étoile seule !) au sein d'une nébuleuse de Français. Avant, je trainais beaucoup avec Vinge : lui, c'était à certains moments de la matière sombre à l'état brut, à d'autres moments une planète (il a un côté enfantin) gazeuse dans le style de Saturne, avec son cortège de satellites (des filles pas très sures d'elles qui voyaient en lui un gros nounours à choyer).

Actuellement, mon groupe d'amis proches ressemble plus aux Pléiades, un amas ouvert d'étoiles qui porte le nom donné aux sept filles de Pléioné dans la mythologie grecque. Cependant, nous ne sommes que cinq dans la "dream team". Alcyone/Eta Tauri, l'étoile la plus brillante de l'amas, une binaire à éclipses, c'est Léandra (les éclipses, ça rappelle un peu les dents de scie de mon amie). Atlas, c'est trop facile : c'est Walter (il veut porter le monde sur ses épaules, mais la charge est trop lourde). Électre, c'est Emily. Andrew, c'est Astérope. Pourquoi ? Parce que. Et moi, je ne sais pas... De toute façon, je suis Véga, le "vautour qui tombe".

Le vieux Lewis du badminton est un trou noir. C'est une évidence. C'était autrefois une étoile supermassive, une géante rouge mais pas trop, parfois double, autour de laquelle gravitaient deux planètes gazeuses : une très proche (son second fils, qu'il appelle encore aujourd'hui tout le temps) et une très éloignée (son premier fils, qu'il ne voit quasiment plus). Depuis quelques temps, l'étoile massive s'est effondrée sur elle-même et s'est mise à absorber la lumière des autres étoiles, plus petites, qui s'approchent trop près de son horizon.

Certaines amies sont des comètes : elles font une révolution pas loin du centre de mon système solaire puis s'en vont rejoindre la ceinture de Kuiper (comme Annabelle). Certaines comètes restent plus longtemps, mais finissent quand même par s'en aller faire leur vie ailleurs (comme Christelle). Et que dire des étoiles filantes ? Ces personnes qui arrivent dans mon atmosphère et qui s'y brûlent presque instantanément ? Si j'en ai connues, je les ai oubliées.

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Ce soir, je retrouve Emily... Plus besoin de dire où. Nous sommes avec nos ordinateurs portables. J'ai décidé de ne pas boire d'alcool aujourd'hui (je carbure au thé et au café), alors je suis beaucoup plus stressé, nerveux, énervé même, que d'habitude. Nous parlons un moment de Disneyland® Paris (nous allons essayer de fêter l'anniversaire de ma fille deux jours là-bas : j'ai déjà acheté mes médicaments contre le mal Disney) et de rugby : Emily est une grande fan de ce sport (c'est de famille, dit-elle). Je l'écoute religieusement vu que je n'y connais strictement rien. Elle parle de l'émotion qui se dégage d'un match lors des hymnes nationaux ou lors du fameux Haka des All Blacks, avant le jeu.

Emily me reconduit chez moi en voiture (comme d'habitude). Sur le chemin du parking, devant l'Union, je croise par hasard Lodewijk As Himslf, le compagnon d'une ancienne amie de Maïté (je ne sais pas si elles sont encore en contact). Lodo (c'est son diminutif attitré) me demande si je "sors de mon bureau". Je lui dis que non, pas du tout, que j'étais à la Maison du Peuple avec Emily. Il me répond : "C'est bien ce que je disais !" Il suit ma vie, rajoutera-t-il. On discute dix minutes, en grande partie d'idées qu'on a en commun : certaines utopies sur (ou plutôt contre) le travail... De musique aussi. Lodo a de très bons goûts musicaux. À une époque, si mes souvenirs sont bons, un de ses potes lui passait des disques durs entiers de musique indépendante. Des centaines et des centaines d'heures d'écoute... Je lui dis que je découvre de bons groupes grâce à lui, sur Facebook, et il me renvoie le compliment.

jeudi 1 septembre 2011

Contre-journal

J'ai du retard dans l'écriture de ce journal, alors j'ai décidé de faire un contre-journal pour ce 1er septembre. Le concept : je reprends la partie du journal de mon amie Léandra où je suis présent et je décris les mêmes événements, mais à ma façon. Mon frère Lionel, qui regarde à l'instant (comme souvent) par-dessus mon épaule pour lire ce que je suis en train d'écrire, trouve que c'est vraiment une idée de gros flemmard, mais je l'emmerde.

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Ce soir, je suis invité chez Léandra. J'arrive chez elle vers 19h avec des Chimay blanches (il n'y a plus d'Orval au Delhaize des Guillemins), que je mets directement au frigo (en fait, je le fais presque machinalement : je ne demande même plus). Léandra est encore sous antibiotiques et carbure donc au jus de clémentines. On mange, on discute, on sort évidemment l'ordinateur. Je dois gérer les commentaires de mon "Devinoscope". Léandra n'est toujours pas convaincue que modérer les réponses avant publication soit une bonne idée : elle trouve que ça enlève le côté palpitant du jeu. Mais comme elle semble être la seule ou presque à penser ça, elle écrase. Personnellement, je n'ai pas d'avis : j'ai juste envie de tester les deux systèmes (avec et sans modération), afin de faire un choix en fin de week-end...

Léandra fera un repas tout simple : du chili con carne, accompagné d'avocats. C'est une bonne idée. J'aime bien les avocats, mais là, ils sont vraiment immangeables car vraiment pas assez mûrs. Léandra les coupe en petits morceaux et essaie quand même de les manger, mais elle abandonne après quelques minutes. Je parle d'une technique pour les faire mûrir très rapidement, sans doute la réminiscence très lointaine d'une émission TV que j'ai dû entendre il y a des années... La technique consisterait à malaxer fortement les avocats dans ses mains pendant un quart d'heure environ, mais j'ai l'impression en en parlant que c'est du grand n'importe quoi. Plus tard, j'irai voir sur le Web. Si certains citent également cette technique, d'autres parlent de leur truc à eux : les faire rouler sur une table (ou à la main, sous les aisselles ?) ; les placer à côté d'un citron, d'une pomme ou d'une banane ; les sortir à température ambiante ; les mettre dans un sac papier ; les mixer ; les cuire au four à micro-ondes (!) ; les passer rapidement dans l'eau bouillante ; les acheter déjà mûrs chez le marchand (l'inventeur de cette technique ne s'est pas vraiment foulé) ; leur gueuler dessus ; les cajoler ; les soumettre à une salve de rayons gamma ; les faire manger par un chat innocent ; etc.

Léandra a également acheté des fraises pour le dessert. Elle me demandera si je veux les manger avec du sucre directement dessus ou si je préfère le sucre à part, "comme Andrew". Léandra est très prévenante avec ses invités. Je m'en fous un peu, mais je demande quand même une sous-tasse de sucre, pour ne pas que celui-ci baigne et fonde sur les fraises. Tout ça pour manger trois fraises en tout et pour tout (hé ouais, car, à ce moment-là, se prépare dans mon ventre une petite crise dont l'apogée sera atteinte vers 3 heures du matin).

Nous passons un long moment à inventer de nouvelles devinettes visuelles et nous amusons bien. Pour trouver de l'inspiration, Léandra sort un livre de peinture et son fameux "Lagarde et Michard" sur la littérature du XXe siècle. J'essaie d'utiliser son ordinateur à plusieurs reprises pour effectuer des recherches sur le Web, mais sa connexion rame. Faut dire que ce n'est pas vraiment sa connexion, mais celle qu'elle pique à l'un ou l'autre de ses voisins, et cela depuis des plombes. Je n'arrive toujours pas à comprendre comment elle arrive à vivre avec un Wi-Fi aussi instable, d'autant plus qu'avoir un accès au Web est totalement vital pour elle. La chose a sans doute un rapport avec sa phobie de payer les factures. Léandra m'explique que pour améliorer la connexion, il faut toucher la prise d'alimentation du PC. C'est du grand n'importe quoi à mon humble avis, mais ça m'amuse beaucoup de faire de d'humour en répétant ce bête geste à différents moments.

Durant la soirée, je reçois un courriel de Christelle. Le message me donnera le cafard pendant quelques minutes.
À un moment, on parle de Jonas et la soirée devient subitement plus tendue. La raison : cette bête histoire de running gag qui date de la soirée de samedi soir chez moi. On s'était dit, Emily et moi, qu'on allait inviter Jonas de 23h à 23h30, juste pour qu'il fasse la vaisselle. Léandra l'a très mal pris car ça l'irrite profondément que son amour blessé devienne un sujet anodin, dont on peut plaisanter. Elle trouve que c'est dévaloriser quelque chose d'important pour elle et en lequel elle a cru. Pourtant, ce n'est pas du tout ça, mais juste une gentille blague débile sur une manie, un peu comme si on rigolait de mes besoins de symétrie ou du fait que je passe beaucoup de temps dans ma baignoire, comme Marat. J'ai beau tenter de me mettre à la place de Léandra, imaginer une situation similaire, j'ai du mal à comprendre le malaise. Je finirai par comprendre ce qu'elle veut dire, mais vraiment avec beaucoup de mal. C'en est presque flippant.

On finit par discuter d'autre chose : de tout et de rien, de nos amis. Léandra ne me proposera pas de café. De toute façon, je n'en aurais pas pris (j'avais déjà du mal à terminer ma Chimay blanche – d'ailleurs, pourquoi a-t-il fallu que je la termine ?). Je quitte son appartement et reviens chez moi vers minuit. Je ne peux alors plus rien faire, si ce n'est me tordre dans mon lit pendant environ quatre heures. Je suppose que c'est toujours ce même problème de calculs à la vésicule biliaire. Je sais des heures à l'avance quand je dois me préparer à une mauvaise nuit. Par contre, à la fin de la crise, la douleur passe d'un seul coup. À certains moments, c'est difficilement tenable. J'essaie de penser à autre chose, de lire des BD, mais j'arrive à peine de me concentrer... Il faut vraiment que je me rende chez le médecin la semaine prochaine.

Je me demande si ces crises sont purement physiques ou si elles ont une quelconque relation avec mon état psychologique du moment. Autrement dit : les courriels que je reçois durant une soirée peuvent-ils influencer mon état physique ?