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dimanche 17 mars 2013

Œufs Spinoza

Je pourrais profiter de ce dimanche sans Gaëlle pour lire, écrire, sortir, mais je suis une loque : il me faut trois heures pour m'extirper de ce lit confortable dans le creux duquel je visionne pour la trente-troisième fois de ma vie Starvin' Marvin in Space et Trapper Keeper ; deux heures pour prendre un bain bouillant ; une heure pour me traîner jusqu'à la Maison du Peuple où j'arrive — ô miracle ! — à me concentrer assez longtemps pour terminer un article, celui sur, entre autres, le radiotélescope Alma.

Concentré. — Talya, Poulain Perspicace et leur bébé Lilas s'installent à quelques tables de la mienne et sont assez vite rejoints par Andrew. Cependant, je ne les remarquerai qu'au moment où Léandra viendra, une heure plus tard environ, me révéler leur présence. « Tu avais l'air tellement concentré devant ton écran d'ordinateur quand nous sommes arrivés que nous n'avons pas voulu te déranger ! », me donneront-ils comme explication. Comme c'est chic de leur part !
 
Les « bobors ». — Léandra suit actuellement des cours à l'ICHEC mais elle n'y aime pas l'ambiance : la plupart des gens qui fréquentent cette école de gestion, professeurs comme étudiants, sont, d'après elle, des « bourgeois bornés ». Je croise le regard amusé d'Andrew... Nous avons, je pense, la même idée en même temps : ce ne sont plus des bobos mais des « bobors » ! Léandra continue son explication : « On a eu un cours consacré à Linkedin... Le prof n'a pas été jusqu'au fond des choses, il n'a fait qu'effleurer le sujet. Pour lui, Linkedin, c'est un réseau qui permet avant tout de "rester entre nous", entre cadres, entre gens du même monde, sans être dérangés par la plèbe ! Pfff... »

Restaurant philosophique. — Sur la route du « Vert de Gris » où nous allons manger ce soir dans le cadre des « RestoDays », j'explique à Léandra et Andrew mon nouveau concept de restaurant philosophique. Chaque mur serait une bibliothèque et chaque plat porterait le nom d'un philosophe : la salade Wittgenstein, les œufs Spinoza, le ragoût Schopenhauer, etc. Sur l'addition serait imprimée la phrase : « Sur ce dont on ne peut parler, il faut garder le silence » et en guise d'au revoir, les serveurs lanceraient aux clients : « À jamais reviendriez-vous pour cette même et identique recette, pour à nouveau de toutes cuisines goûter le retour éternel ? »

Restaurant quantique. — Plus tard, lors du délicieux repas (cannelloni de homard et canette rôtie pour eux ; carpaccio aux copeaux de foie gras et filet de bar pour moi), nous discutons de cuisine moléculaire. — Il faudrait dépasser le stade de la molécule et s'aventurer jusqu'aux quantas ! Andrew imite le serveur d'un restaurant de cuisine quantique au sein duquel l'incertitude régnerait : « Désolé, Monsieur, vous ne pouvez pas connaître à la fois l'assaisonnement et la cuisson de votre viande ! » Ou bien la viande serait servie dans une boîte à chats de Schrödinger : tant que l'intérieur de la boîte n'aurait pas été observé, la viande se trouverait dans deux états superposés, à la fois crue et cuite.

vendredi 4 janvier 2013

Chiny, septième jour

Ce jeudi, seul dans l'obscurité, je m'apprête à monter jusqu'à ce palier qui me sert de chambre lorsqu'un bruit de cloche retentit dans le salon. J'ai besoin de quelques longues secondes pour comprendre qu'il s'agit de la sonnette de la porte d'entrée. Je rallume toutes les lampes et regarde la pendule de la salle à manger : quatre heures du matin. Une question glaciale me traverse l'esprit : « Qui chevauche si tard dans la nuit et le vent ? », mais je sais pertinemment que la phrase n'est pas de moi — je suis incapable d'inventer de si belles formules.

Je me dirige vers le corridor.
« Qui est là ? crié-je en me rapprochant prudemment de l'huis fermé à clé.
— Laissez-moi entrer ! se lamente une voix rauque de l'autre côté de la porte en bois.
— Qui est là ? lancé-je à nouveau un ton plus bas.
— Je suis le dernier survivant. La tempête... les a tous emportés.
— Qui... commencé-je, puis je m'arrête : à quoi bon ? Je suis las de toutes ces sottises.
S'il vous plaît... Il fait froid... »
Un visage battu par la pluie, aux traits fatigués, apparaît finalement sur le rebord de la petite fenêtre à droite de la porte d'entrée. Même dans le noir relatif de la nuit, je reconnais ses cheveux blancs et le haut de son costume cistercien : c'est l'homme qui nous a « accueillis » sur le pont Saint-Nicolas dimanche dernier, celui qui nous a remis la photographie de la chapelle Notre-Dame... « Frère Xavier », selon Monsieur Cailloutard. Il semble profondément découragé. Il se met à genoux. Va-t-il prier ? Non : il ne tient plus sur ses jambes, tout simplement.
« Aidez-moi !
 », pleure-t-il en se remettant lentement debout. Il souffle ses mots plus qu'il ne les prononce, mais je comprends distinctement chaque syllabe.
Je me dirige vers la fenêtre et tire consciencieusement les deux rideaux. Je m'assure avec calme que la porte est bel et bien fermée à double tour. J'entends l'homme se lamenter, à l'extérieur de la maison : « Car j'ai eu faim, et vous m'avez donné À MANGER ! J'ai eu soif, et vous m'avez donné À BOIRE ! J'étais un étranger, et vous m'avez ACCUEILLI ! »
Silence, hoquets, à nouveau silence... Puis il reprend sa litanie :
« J'essaie de retrouver le chemin de la maison... Je suis désolé... Je suis le capitaine d'un navire en plein naufrage... Ne m'abandonnez pas ! »
J'éteins la lumière et monte me coucher. Sur le court trajet vers mon lit, je me contente de murmurer, pour mon propre plaisir, un sourire sadique aux lèvres : « Bon matin, "capitaine" ! »

* * *

Je dors comme un bébé et me réveille aux alentours de midi. Quand je débarque dans le salon du gîte, Léandra et Andrew sont déjà levés, évidemment. C'est Andrew qui m'apprend la nouvelle du jour : « La ville est sens dessus dessous depuis ce matin. Tu te souviens de la photographie d'hier soir ? Celle que t'a tendue la serveuse et que tu as refusé de prendre ?
— Oui.
— Celle qui représentait une vieille grange désaffectée couverte de lierre, avec la petite statue de saint Martin dans une niche...
— Oui, je m'en souviens très bien.
— Cette grange existe vraiment. Ce matin, quelqu'un y a été retrouvé pendu, juste devant la porte à deux battants.
— Ce sont des choses qui arrivent.
— Tu ne devineras jamais qui...
— Frère Xavier, le moine cistercien. 
— Euh... En effet.
— Hamilton ? Ça va ? Tu as l'air bizarre, me demande Léandra.
— Léandra, mon amie, te souviens-tu de ce que j'ai écrit sur Tolstoï ? Sur le concept de non-résistance au mal qu'il a tiré de sa lecture très personnelle des évangiles, après avoir traversé une grave crise existentielle ?
— Euh... Oui... Enfin, vaguement.
— J'ai découvert l'exact inverse... Et cela s'appelle également — quelle ironie ! — la non-résistance au mal. Mais il faut prendre l'idée dans un sens différent : je ne résiste pas au mal, je me laisse gagner par lui. »

* * *

Nous nous promenons le long de la Semois avant d'explorer un sentier boueux et pentu serpentant à travers bois. Nous sommes à la recherche du barrage de la Vierre. En fin de compte, peu importe que nous le trouvions, ce barrage : seule importe en ce moment la présence de ces roches millénaires inextirpables ; de ces arbres allongeant toujours plus haut leurs branches à la recherche du rare soleil blanc de janvier ; de ce petit ruisseau dévalant les roches sans discontinuer, comme s'il avait l'éternité devant lui. — « C'est tout de même quelque chose de se dire que l'eau continue de couler pendant que nous dormons ! », avait constaté Léandra samedi dernier, lors de notre premier jour à Chiny.

Mais c'est un leurre que de croire que le petit ruisseau a l'éternité devant lui : un jour, il cessera de couler lui aussi. Et ces arbres presque enlacés sur le chemin du barrage : l'amour semble éternel mais ne durera jamais qu'un moment (un simple point dans l'infini), même pour ces paisibles troncs au rythme tellement ralenti ! Et cette roche gaumaise d'apparence immuable, qu'est-elle donc à côté de l'effacement de ces milliards de soleils dans le firmament ? — Lever, zénith, coucher : ainsi va le monde. La mort avant l'heure : ainsi va ma vie.
Jour de colère que ce jour-là
Qui verra les siècles réduits en cendres
La roche s'effrite lorsque je la franchis.
Le ruisseau frémit lorsque je le toise.
Les arbres tremblent lorsque je les caresse de mes mains.
Les eaux de la Vierre se soulèveront-elles à mon arrivée au barrage ?
Je suis la mort tranquille qui comprend la vie mais sème la déroute.

Ce pêcheur et son petit-fils au crépuscule savent-ils seulement qui je suis ?
Ont-ils la moindre idée de l'habit noir qui soudain me ceint de toute part ?
Comme ils sont lents et pénibles !
Ils ne comprennent rien à rien !
Cesseront-ils réellement d'exister si je les tue ?

* * *

De retour en ville, au Foyer IX, mangeant une pièce de bœuf grillée. C'est le dernier repas à Chiny avant le retour — leur retour. Léandra et Andrew parlent, parlent, parlent... Ils me jettent de temps à autre de furtifs regards inquiets. Je sais qu'ils sont troublés par mon comportement neuf et hardi. Qu'importent leurs jugements ! J'ai des projets pour eux aussi.

Avant le repas, le papa de Poulain Perspicace passe en coup de vent. Il s'assied à notre table. Nous lui offrons un verre de vin rouge : « Une piquette ! », peste-t-il en le goûtant. Avant de partir, il émet cette ultime invitation : « Et si demain, avant de reprendre votre train vers Bruxelles, vous veniez goûter le café en notre nouvelle demeure ? » — Léandra et Andrew acceptent. Je ne dis rien mais je sais d'ores et déjà que je ne viendrai pas. 

Demain, je fête mon avènement.

dimanche 30 décembre 2012

Chiny, deuxième jour

Lamia, Lana (les deux cousines « à moitié » Réunionnaises de Léandra) et Lenzo (le compagnon de Lana) arrivent au gîte en tout début d'après-midi. Naïfs, nous pensions profiter de leur voiture pour visiter l'abbaye Notre-Dame d'Orval. Las ! Nous sommes six et aurions le plus grand mal à tous rentrer dans le petit véhicule de Lenzo. Adieu donc Orval, ses moines, sa bière et son fromage...

Sur la table de la salle à manger, sont étalées les deux énigmatiques photographies ainsi que la lettre anonyme et la non moins mystérieuse addition d'hier soir. Léandra se fait un plaisir d'expliquer la situation à nos invités : « Vous allez voir : c'est très étrange ! Nous recevons des photographies et des avertissements de la part d'inconnus... Hamilton est sur les nerfs mais moi, je trouve ça très amusant ! » Lana s'empare de la lettre anonyme et se met à lire tout haut : « "La Gaume est une frontière. La Gaume est un danger. Franchissez la lisière et vos jours seront comptés." Punaise, c'est dingue ce truc !
— Ces rimes sont très pauvres, déclaré-je, contrarié.
— Chaque photographie semble mener vers un endroit précis du village, explique Léandra. Et à l'arrière de la seconde photographie, celle du pont de pierre, un autre poème fait référence à une couronne et à des poissons...
— Une couronne ? Des poissons ?
"Là où la couronne dorée surmonte les poissons d'argent, attendez en paix car bientôt viendra notre agent", récite Andrew.
— Oui, voilà ! 
— Sans doute l'œuvre d'un gamin de six ans », soupiré-je. 

Orval étant inaccessible aujourd'hui, nous optons pour une petite promenade le long de la Semois : « Passez la passerelle en bas des "Comtes de Chiny" et prenez à droite jusqu'au moulin Cambier. Là vous pourrez traverser le pont Saint-Nicolas et revenir à la ville par la route », dixit la maman de Poulain Perspicace. Nous nous baladons donc jusqu'à la brasserie du moulin Cambier, ancien moulin à eau installé sur une dérivation de la Semois où nous faisons un arrêt revigorant (bières, chocolats chauds, crêpes...).

Avant de nous attaquer à la montée qui nous ramènera à notre point de départ, nous traversons un pont de pierre à cinq arches : « C'est à coup sûr le pont de la photographie », constaté-je. Sur le parapet, une stèle commémorative a été érigée et une plaque retrace brièvement l'histoire de l'ouvrage : « Pont Saint-Nicolas. Ancien pont construit en 1739. Architecte A. Piedchapt. A été détruit le 10 mai 1940. A été reconstruit en 1955-1956. Architecte V. Sarlet. Entrepreneur H. Marchand. Les communes de Assenois, Straimont, Chiny et Suxy. » Au-dessus de la plaque, sur la stèle même, trône la figure de saint Nicolas ainsi qu'un blason : trois poissons surmontés d'une couronne d'or. « Eh bien, les voilà nos poissons d'argent ! », s'exclame Andrew. Je lâche, railleur : « Ha ! Et que faut-il faire maintenant ? Attendre en paix que leur "agent" daigne se déplacer ? » Évidemment, nous n'attendons pas et rentrons nous reposer au gîte alors que le soir tombe. Lamia, Lana et Lenzo repartent après une petite heure de discussion au chaud dans les canapés du salon.
 
* * *

Il est presque neuf heures du soir lorsque nous constatons, un peu tard hélas, que le restaurant où nous avions prévu d'aller manger (le Foyer IX, à dix mètres de chez nous) est fermé. Sans repas disponible dans le gîte, Léandra, Andrew et moi sommes obligés de quitter le centre de Chiny à pied pour nous rendre à nouveau à la brasserie du moulin Cambier. Nous descendons la route noire et sinueuse qui nous amène au pont de pierre. En traversant ce dernier une nouvelle fois, dépassant la stèle au blason, je déclare à la cantonade : « Ah là là, il en prend du temps pour arriver, cet agent ! », mais ça ne fait rire personne.

Au Moulin Cambier, Léandra n'est pas dans son assiette et commande un simple croque-monsieur. Andrew et moi prenons une raclette au fromage savoyard. Nous quittons la brasserie peu après dix heures du soir.

Il fait vraiment très sombre sur la route du retour, mais Andrew a eu la bonne idée de télécharger sur son smartphone une puissante lampe de poche qu'il utilise pour éclairer notre chemin. Traversant à nouveau le pont de pierre, Andrew est le premier à se figer, suivi par Léandra qui étouffe un cri. Légèrement en retrait, je demande : « Que se passe-t-il ? » puis je vois ce qu'ils voient et me fige à mon tour... Dans la lumière de la lampe d'Andrew, au pied de la stèle, se tient un vieil homme élancé. Il porte la robe blanche et le scapulaire noir typiques des moines cisterciens. Ses yeux ronds, presque étonnés, sont fixés sur nous. Nous sommes toujours complètement statiques lorsqu'il crie : « Hamilton ? Andrew ? Léandra ? Est-ce vous ?
— Que... ? Comment connaissez-vous nos...
— Les Omonoks !
— Quoi ?
— Les Omonoks !
— Les hommes Onox ?
— Dieu, protégez-nous des Omonoks ! »

L'homme s'approche lentement de notre position. Je me crispe avant de me détendre : ce vieux moine n'a pas du tout l'air dangereux ; à vrai dire, il semble même beaucoup plus terrifié que nous ne le sommes. Il arrive devant Andrew et lui tend quelque chose — un papier ? avant de nous dépasser sans mot dire et disparaître dans la nuit.

« Andrew ? Que t'a-t-il donné ?
— Une... Une nouvelle photographie. »

samedi 29 décembre 2012

Chiny, premier jour

Dans le train vers Libramont (notre gare de correspondance), Léandra, Andrew et moi tentons plusieurs jeux de mots particulièrement pourris : « Ha, nous arrivons en gare de Ciney ! C'est bien ici qu'on peut aller à l'opéra ? À l'opéra de Ciney ? » ; « Vous imaginez ? On arriverait à Jemelle et on demanderait aux habitants où sont les tours... Les tours Jemelle, ha-ha ! » ; « Chiny est connue pour sa muraille : la Grande Muraille de Chiny ! » Ce petit jeu nous détend et nous permet surtout de mettre un tant soit peu en sourdine l'histoire de la lettre anonyme (lire en date d'hier).

Une bonne heure plus tard, nous arrivons en gare de Florenville par le train de 16h18. Le père de Poulain Perspicace nous accueille sur le quai, la clope au bec, couvert d'un chapeau : « Avez-vous fait bon voyage ? » Auparavant, nous explique-t-il, la motrice qui couvrait la liaison Libramont-Virton était une antique micheline de la SNCB, mais elle a été remplacée par la rame ultramoderne que nous venons d'emprunter. « Avez-vous aperçu l'ancien arrêt des Épioux perdu dans la forêt, à quelques kilomètres d'ici ? », nous demande-t-il ensuite... Non, nous l'avons loupé.

Dans le centre de la petite ville, en face de l'église, le papa nous montre fièrement son ancienne maison familiale (« Les générations futures auront pour mission de la racheter ! »), puis le propriétaire du gîte nous accueille et nous fait rapidement visiter les lieux. « Oui, je sais, ça sent le poisson pour l'instant », s'excuse-t-il. « Ce sont les précédents locataires qui en ont mangé à Noël et qui ont laissé traîner les restes dans la poubelle pendant des jours... J'ai aéré du mieux que je pouvais, mais ça sent toujours un peu ! »

En fin d'après-midi, la mère de Poulain Perspicace nous ramène une sangle oubliée dans leur voiture et en profite pour visiter les lieux : « Ha ! C'est donc à ça qu'il ressemble, leur gîte, aux Cailloutard ? », puis elle commente les liens familiaux qui existent entre les gens du coin. « Vous savez, ici, à Chiny, vous entendrez souvent parler des mêmes familles : Cailloutard, Quintin, Ribolin... Si vous en avez l'occasion, allez faire un tour au cimetière et regardez les noms sur les tombes. Vous risquez d'être surpris ! » — Curieuse remarque... Je me jure d'aller faire un tour dans ce cimetière un jour prochain.

Le soir tombe et Andrew propose que nous prenions l'apéro au bar de l'hôtel des Comtes de Chiny, au bord de la rivière. Nous dévalons à pied la route de l'embarcadère jusqu'à l'imposant bâtiment hôtelier. La salle du bar est composée de quelques tables. Dans un coin, des Flamands tapent la carte ; dans un autre, une télévision (heureusement muette) diffuse la rétrospective 2012 de 50mn Inside sur TF1. Un serveur bien habillé arrive et nous demande ce que nous désirons boire.

« Je vais prendre un Orval, répond Léandra. 
— Moi aussi, dis-je.
— Un Orval également, s'il vous plaît », lance Andrew.
Le serveur s'apprête à reprendre le chemin du bar mais je le retiens un instant :
« Pourrions-nous aussi avoir douze cubes de fromage ?
— Trois Orval et douze cubes de fromage ? demande-t-il en se figeant.
— Oui !
— Un instant. »

Il revient avec les trois Orval mais sans le fromage. Avant de repartir en silence vers le bar, il dépose sur la table une photographie jaunie, prise durant la nuit, d'un pont de pierre composé de plusieurs arches enjambant une rivière. « Curieux ! », constate Andrew en prenant la photographie dans les mains, « Elle semble être de la même facture que celle que j'ai reçue ce mercredi. Et il y a aussi un mot à l'arrière... » Il la retourne sur la table :
« Là où la couronne dorée
Surmonte les poissons d'argent,
Attendez en paix
Car bientôt viendra notre agent. »
« Peut-être s'agit-il d'un simple jeu de piste ? » propose Léandra, « Une sorte d'énigme créée par le syndicat d'initiative de Chiny pour favoriser le tourisme ? » Mais elle-même ne semble pas convaincue par son argumentation. Nous appelons à plusieurs reprises le serveur pour lui demander des explications, mais ce dernier feint de ne pas nous voir. Il finit par nous apporter l'addition sans dire un mot. C'est Andrew qui, le premier, remarquera le proverbe tout en bas de la note : « Qui s'occupe des affaires d'autrui s'expose à de graves ennuis. » Je me rends au bar et proteste auprès du serveur :
« Qu'est-ce donc que ça ? Une menace ?
— Oh non, Monsieur ! Ici, à Chiny, nous avons tout simplement la coutume de terminer nos additions par un proverbe du cru... Pour faire passer l'amertume de la bière en quelque sorte. »

Nous voilà bien avancés ! Léandra trouve cette affaire extrêmement amusante. Andrew ne dit rien. De mon côté, je suis énervé car je pense qu'un individu — voire un groupe organisé d'habitants du village ? — prend un malin plaisir à nous faire peur... Il faudra essayer coûte que coûte de tirer toute cette affaire au clair dans les jours à venir.

vendredi 28 décembre 2012

Lettre anonyme

Je rédige ces quelques lignes dans le calme de la nuit chinienne, le lundi 31 décembre 2012, aux alentours de trois heures du matin. Je suis installé à la table du salon du gîte que nous avons loué à l'occasion des fêtes de fin d'année. L'écran de mon ordinateur constitue l'unique source lumineuse de la pièce et seul le congélateur manifeste sa présence par un curieux ronronnement. Léandra et Andrew sont partis dormir. Pour l'instant, fort heureusement, tout le monde est en vie !

Fidèle à la règle fixée au tout début de la rédaction de ce journal personnel, je me dois de décrire brièvement la soirée de ce vendredi 28 décembre. Cependant, je ne peux décemment passer sous silence les événements de ces derniers jours, qui s'inscrivent peut-être dans une trame beaucoup plus vaste. Au diable donc la chronologie, pour aujourd'hui à tout le moins !

Vendredi soir, j'ai laissé Gaëlle chez mes parents et suis reparti à Bruxelles pour une nuit seulement. J'ai passé la soirée chez Amy et Zapata, en compagnie de Flippo et d'un Coati curieusement sage. Au programme : de la soupe, un gratin aux épinards, des Christmas Crackers et un nouveau jeu de société du nom de Descendance, le tout arrosé d'alcool et entrecoupé de joints. À aucun moment je n'ai affiché le moindre signe du malaise bien légitime qui me tenaillait alors depuis une journée... Je ne voulais pas inquiéter mes amis outre mesure : après tout, il est probable que cette histoire de lettre anonyme et de photo ne soit qu'une vaste blague, un canular savamment élaboré.

En ce qui concerne la location du gîte, Andrew s'est chargé de la plupart des détails logistiques : réservation et paiement, commande à la boucherie, signature du contrat, etc. Les formalités se sont faites en toute cordialité et dans la plus grande souplesse : le propriétaire se fera un plaisir de nous remettre les clés ce samedi en fin d'après-midi et il nous a même proposé de venir nous chercher en voiture à la gare de Florenville, ce qui ne sera pas nécessaire, normalement.

Tout allait pour le mieux jusqu'au coup de fil d'Andrew, ce jeudi soir... Pour régler les derniers détails du séjour, m'a-t-il dit, mais j'ai compris tout de suite à sa voix que quelque chose le tracassait au plus haut point. Il a fini par me parler du courrier qu'il avait reçu la veille. Léandra était déjà au courant et avait déjà eu l'enveloppe en main : ni timbrée ni cachetée ni signée, elle avait apparemment été déposée directement dans la boîte aux lettres d'Andrew, à Bruxelles. À l'intérieur, une lettre composée de quatre lignes dactylographiées :
« La Gaume est une frontière.
La Gaume est un danger.
Franchissez la lisière
Et vos jours seront comptés. »
Andrew m'expliqua que la lettre était accompagnée de la photographie jaunie d'une imposante et jolie bâtisse a proximité d'un cours d'eau, qu'il avait identifiée assez facilement comme étant l'hôtel des Comtes de Chiny, au bord de la Semois. Au dos de la photo, à nouveau un court texte dactylographié : « Commandez trois Orval et douze cubes de fromage. »

Léandra et Andrew n'ont pas pris cette lettre au sérieux : ils pensent tous les deux que c'est Poulain Perspicace (notre ami originaire de la région) qui nous a fait une blague. Si c'est le cas, il s'est donné beaucoup de mal, comme le montreront, du moins si j'en ai la possibilité, les prochaines entrées de ce journal. Car malgré cette lettre anonyme un rien menaçante, nous sommes tout de même allés nous installer à Chiny. Le jeu d'énigmes que nous y avons découvert est pour le moins étrange, mais rien ne nous permet de penser que nos jours soient actuellement en danger. Après tout, il n'y a pas de raison de sombrer dans l'angoisse : je devrais me détendre et profiter de ce séjour bucolique.

dimanche 9 décembre 2012

De l'art d'être un bon dresseur de Pokémons

La sauvegarde n'est pas automatique. — Chez mes parents. Gaëlle me montre l'écran de sa Nintendo 3DS : « Je ne comprends vraiment pas ! Le chemin est bloqué alors que tout à l'heure, tu avais chassé les rochers en parlant avec le scientifique ! » Ha-ha ! C'est le coup classique du jeu qui redémarre à partir d'une précédente sauvegarde ! Je scrute l'inventaire : des objets manquent, y compris ce troisième badge obtenu tout récemment dans l'arène cotonneuse de Volucité, cette métropole d'Unys où d'horribles clowns font la loi et offrent des bicyclettes aux enfants (non, non, je ne connais pas ce jeu : j'aide ma fille de temps en temps, c'est tout). 

Je dis à Gaëlle : « Nous sommes revenus à la situation de ce matin... Tu as relancé une ancienne sauvegarde. Il va falloir tout recommencer. » Son visage change d'expression. Pendant de très longues secondes, elle hésite entre la retenue et la crise de larmes. Son discours ne contient pas de virgule (le souffle d'un enfant est monstrueux et ne connaît pas de pause) : « J'étais en train de perdre un combat et je ne pouvais pas fuir parce que c'était contre un autre dresseur Pokémon alors j'ai éteint la DS pour arrêter le combat et je l'ai redémarrée en croyant que j'allais revenir juste avant la combat mais non non on a tout perdu ! Bou-hou-hou ! » — Mais Papa est un sauveur : il prend cette bête console et recommence tout depuis la précédente sauvegarde. Il est très fort car il a déjà passé des milliers d'heures à réaliser la même chose avec d'autres jeux tout aussi ridicules, lorsqu'il était gosse mais pas seulement.

Crier sur un enfant. — Elle trébuche dans le fil de sa propre console et je crie aussitôt : « Oh ! Gaëlle ! », simplement parce que je suis énervé depuis ce matin, allant jusqu'à oublier que dans ma famille, on ne crie pas sur les enfants. On les raisonne, on discute avec eux, on les éduque, mais on ne crie pas. Devant un enfant comme devant un adulte, le cri est déjà un constat d'échec.

« Mais elle a l'air si sage ! » — Au comptoir de la Maison du Peuple, quelqu'un me tape sur l'épaule : c'est Poulain Perspicace ! (Curieuse et lointaine idée que celle de donner le totem du chef de la Patrouille des Castors à cet ancien camarade d'histoire !) Il est assis à une table proche du bar avec sa compagne Talya et leur toute petite fille Lilas. Il m'explique rapidement que leur bébé a pris la mauvaise habitude de dormir le jour et de vivre la nuit. C'est un cas classique : je lui dis qu'il ne faut pas s'en inquiéter, qu'à partir de six mois, tout va mieux. Il me répond : « Tais-toi, malheureux ! Elle a seulement trois semaines ! » Oui, au démarrage, ça paraît long et pénible, mais par la suite on ne s'en souvient plus, ou si peu ! — Enfin, ça dépend des gens. 

Gaume. — Je m'installe à leur table en compagnie d'Andrew, qui vient de débarquer pour voir la dernière née. Poulain est d'origine gaumaise et nous donne une série de conseils en vue de notre futur séjour à Chiny : quelle boucherie fréquenter, quel boudin acheter, à quelle table s'asseoir et quels chemins parcourir... « Il y a moyen de se rendre à l'abbaye d'Orval à travers les bois. C'est à une dizaine de kilomètres de Chiny ! » ; « Pensez à faire la balade du Hat. Vous aurez un superbe panorama sur la Semois depuis le rocher ! » — Oui, d'accord, mais y a-t-il seulement le Wi-Fi dans le gîte ?

Chez Léandra, avec Andrew. — Je ne devais pas y aller mais j'y suis. Je ne devais pas manger mais je mange. Je ne devais pas rester mais je reste. Nous ne devions pas réfléchir mais nous réfléchissons : nous avons déjà beaucoup trop de devinettes visuelles pour la session actuelle... Mon carnet déborde littéralement de ces devinettes en devenir ! Qu'importe : nous les utiliserons plus tard, n'est-ce pas ?

lundi 25 juillet 2011

"Le monde inverti"

La semaine dernière, j'avais perdu une dizaine de journées de ce journal, à cause d'une instabilité de Blogger. Je suis heureux aujourd'hui d'en retrouver une bonne partie, sauvegardée sur un autre PC (notamment la partie concernant les cocottes, qui m'avait pris un certain temps).

Ce matin dans le train, je dévore les septante premières pages du Monde inverti de Christopher Priest. Un roman de SF datant de 1974 et totalement fabuleux (je me demande comment j'ai pu passer à côté de ce livre durant mon adolescence) : l'histoire d'une cité du nom de "Terre" qui se déplace constamment sur des rails dans un monde étranger, vers un lieu mouvant nommé l'Optimum, position géographique qui permet aux habitants de ne pas subir les désagréments d'une déformation de l'espace et du temps. Le tout sur fond d'histoire de guildes aux règles strictes et aux noms enchanteurs (comme cette "Guilde des topographes du Futur"), d'apprentissage et de rites de passage... Il paraît que la fin est déroutante. C'est un petit bouquin : j'aurai la réponse demain, sans doute.

Tout ça me donne furieusement envie de créer un blog uniquement consacré à la science-fiction... À force d'imaginer de nouveaux projets (blog de musique, blog de SF, blog généraliste...), je vais passer ma vie à écrire des articles que personne ne lira. Me voilà bien avancé !

Plus tard dans la journée, j'apprends que Léandra a réussi son examen d'embauche pour le boulot qu'elle convoitait. On fête la bonne nouvelle au Parvis de Saint-Gilles, avec la "dream team" au complet. Plus tard, on se rend au Monticelli pour manger de délicieux plats italiens : mozzarella di buffalo, carpaccio, tagliatelle aux champignons et lasagnes d'aubergines. Le restaurant est complet, le service n'arrive pas à suivre... Léandra, qui avait l'air assez heureuse en début de soirée, replonge dans un état d'esprit morose : elle "en a marre d'attendre" (phrase à double sens), elle a envie de rentrer chez elle, ce qu'elle fait d'ailleurs. Emily n'a pas trop l'air non plus d'avoir la forme. Quant à Walter, durant toute la soirée, il est en pleine quête existentielle par rapport à son "copain londonien". J'étais de bonne humeur au début de la soirée, et beaucoup moins à la fin, du coup... 

Durant la même soirée, on parle de Lapinot et notamment de l'album "Pichenettes", dans lequel Lapinot reçoit une pierre maléfique de la dynastie des Pÿkchnetz. Dans la même logique, Léandra demande si l'un d'entre nous ne voudrait pas accepter un médaillon (en forme de demi-cœur) que lui a passé Poulain Perspicace. Elle dit que sa situation amoureuse n'a fait qu'empirer depuis ce moment. Je lui dit que je veux bien l'en décharger (pour moi, et pour elle aussi je suppose, ça reste de la superstition à deux balles). Me voilà donc avec un demi-cœur ridicule dans ma poche.

samedi 25 juin 2011

Résolution du mystère de la boule de feu

Le matin, je me rends à l'assemblée générale d'une association dont je suis l'un des administrateurs. Les débats sont parfois... microscopiques. Du genre "Faut-il ajouter un point 2bis à l'ordre du jour, afin de mettre en évidence la petite modification virtuelle des statuts ?". 

L'après-midi, je me rends avec Gaëlle et mes parents à la fête de fin d'année du club de judo de Namur. Oui, ma fille fait du judo. Elle débute, forcément : elle est ceinture blanche. Elle doit participer à une démonstration avec plein de judokas de tout niveau et de tout âge. Elle est en tenue (qu'on appelle bien le "judogi", et non pas le "kimono"). À peine sur le dojo, un gamin plus grand (et sans doute un peu plus expérimenté) lui fait une prise et la fait tomber. Elle pleure et ne veut plus participer à la démonstration. Donc, voilà : je n'aurai pas vu ma fille pratiquer un art martial (du moins pas encore). 

Le soir, retour à Bruxelles et soirée d'anniversaire d'Andrew chez Poulain Perspicace, avec sa copine. Outre ces trois-là, présence de Léandra (qui est partie un peu avant minuit), d'Emily, de Walter, de Romain et de deux furtives stagiaires d'Andrew, Zahra et Eve. Je partage un cigare cubain avec Walter, mais c'est assez indigeste et on ne le finit pas. 

Durant la soirée, nous avons eu la chance d'observer une (puis deux, puis trois, puis quatre, etc.) boules de feu dans le ciel ! C'est sans doute ce qu'a vu Callys au début du mois. Au départ, on s'est tous demandé ce que c'était, puis on s'est rendu compte que c'était juste ces petits ballons qui s'envolent quand on les allume. 

La soirée se termine vers 2 heures. Je l'aurais bien terminée avec les trois derniers restants tranquillement, chez moi, autour d'un verre, mais tout compte fait, Emily, Walter et Andrew retournent chez eux à pied. Et je fais de même, dans le sens opposé. Je ne sais pas quoi penser de cette soirée. C'était une chouette soirée, en fait, mais... J'ai eu l'impression (pas nouvelle) de passer pour un gars à côté de la plaque (impression que j'ai eue toute la journée, à cause de la fatigue notamment) et également le sentiment (peut-être pas spécialement fondé) que la copine de Poulain n'était pas très en forme et n'avait pas trop envie de nous voir rester jusqu'à pas d'heure.

vendredi 3 juin 2011

La boule de feu

Mini-trip dans les Ardennes belges avec Emily. On part en fin de matinée. On arrive à Durbuy vers 12h20. Emily achète un pot de confiture. Je mange un horrible hamburger pas bon. On mange une excellente glace, on voit l'Ourthe, l'anticlinal de Durbuy, les petites routes, les maisons en pierre et les châteaux. C'est très jolis, c'est l'Ardenne ! On passe rapidement à Barvaux : pas grand chose à voir, si ce n'est des touristes un peu beaufs... On va chercher Gaëlle à son école à Namur, où on boit un verre (à Namur, pas à l'école). Le centre historique de Namur, c'est assez joli. Dommage qu'il y ait des étudiants et des Namurois... Retour à Bruxelles. 

Fin de journée au premier "Apéro Saint-Gilles" de l'année avec Gaëlle, Emily et Andrew. Il y a un groupe de rock ridicule qui joue. On boit quelques Carlsberg. Callys et Matys sont là. Une copine de Callys demande si Gaëlle est ma fille. Je réponds que oui. Elle se tourne vers Andrew et lui demande si c'est aussi sa fille. Bon OK, elle était bourrée, paraît-il, mais qu'est-ce qui lui a donné cette idée ? Passage furtif de Poulain Perspicace, en pleine crise d'allergie (j'en ai aussi un peu mais moins que lui quand même), et de sa compagne. Fin de soirée dans des "fatboys". 

Rentré chez lui, Callys, vers 23h51, voit une grosse boule de feu qui traverse lentement le ciel bruxellois (il raconte ça sur Facebook, il raconte plein de trucs sur Facebook). Il est apparemment le seul à l'avoir vue. Les boules de feu, je connais un peu (étant astronome amateur, surtout dans ma jeunesse). Ce phénomène est lié à la dispersion dans l'atmosphère de la Terre d'un météore un peu plus gros que d'habitude (c'est très impressionnant à voir, parfois)... Mais il dit que ce n'est pas ça.

jeudi 26 mai 2011

Les enlèvements d'enfants, c'est pas marrant

Matinée en camionnette avec une collègue bibliothécaire pour aller chercher des livres à la Réserve centrale du Réseau public de lecture de la Communauté française (le bâtiment se trouve à Lobbes, au milieu d'un jardin, dans une petite rue en cul-de-sac). Après-midi à porter des caisses, soirée à ne rien faire du tout. 

Je tombe encore sur ce putain de spam à la con concernant "des enlèvements d'enfants (pour prendre leurs organes) par des Roumains circulant dans un BMW noire". Ouais, ouais, c'est ça. C'est toujours aussi sidérant de voir comme les gens postent tout et n'importe quoi sur le Web, y compris le plus gros des hoax. Je m'endors à une heure totalement indécente (avant minuit !). J'aurais pu rejoindre Andrew et Poulain Perspicace mais non. Lewis n'arrête pas de me téléphoner et ça m'énerve (je me sens coincé).