jeudi 14 mars 2013

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Administratif versus créatif. — L'administratif aime se limiter à la règle, à la cloison, à son univers connu : il est systématique et ordonné, travaille à l'intérieur d'un créneau horaire fixe, est très fort pour les routines, possède le sens du rangement, est terriblement stable. Le créatif, au contraire, est effrayé par la règle, la contrainte et le canevas : il a constamment besoin d'un espace de liberté pour s'épanouir, est capable de tout remettre en question à chaque instant, peut être improductif à midi et extrêmement productif à minuit, et quand il range, c'est pour mieux déranger ! Malheur s'il est demandé à l'administratif de créer et au créatif d'administrer ! Le premier se demandera quelle est la tâche à accomplir quand le second remettra constamment à plus tard cette horrible besogne consistant à compartimenter l'information dans ces abominables chemises vertes fluo qu'affectionnent tant les vendeurs en bureautique ! — L'art subtil de la coordination : pour qu'un administratif fasse son boulot, donnez-lui des règles précises ; pour qu'un créatif travaille, donnez-lui-en le moins possible !

De la survie en librairie. — Gare des Guillemins, sept heures du soir. Mon libraire attitré est fatigué. Il a, m'explique-t-il, quatorze heures de travail derrière lui : « Deux librairies ferment par jour ! Je ne gagne rien mais je suis bien obligé de faire ces horaires si je veux survivre ! » Il est aigri et s'enflamme contre les grévistes (c'est un libraire de droite, un tantinet populiste aussi, mais c'est mon libraire quand même) : « On parle constamment de l'ère de la mobilité mais on devrait plutôt parler de l'ère de l'immobilité... Aujourd'hui, ce sont les bus ; un autre jour, ce sont les trains qui ne circulent pas ! Et après on s'étonne que les patrons délocalisent ! » Il réfléchit un instant avant d'ajouter : « Mais les travailleurs ne sont pas plus responsables que les autres. Nous sommes tous responsables ! »

La Toile de Doëlle, II. — « Quatre mystères irrésolus de la cryptologie » : avant que Doëlle ne m'envoie le lien vers cet article écrit par un certain Jean-Baptiste Pettit, scientifique thésard et geek à ses heures, j'avais presque oublié jusqu'à l'existence de la cryptologie, cette science du secret composée de deux facettes qui se soutiennent l'une l'autre : la cryptographie (l'art de rendre un message inintelligible pour qui ne doit pas y avoir accès) et la cryptanalyse (l'art de rendre ce message intelligible malgré les efforts du cryptographe). Si j'avais le temps — en fait, je l'ai ! —, je m'adonnerais au plus évident de ces deux passe-temps, à savoir celui de chiffrer des messages à l'intérieur du présent journal ; et si j'en avais encore plus, je me lancerais à corps perdu dans des tentatives de déchiffrement. — Les quatre énigmes proposées dans cet article font partie des insolubles mystères de la cryptanalyse : personne à ce jour n'a réussi à les percer. Elles ne paraissent pourtant pas si compliquées que ça ! Erreur, erreur ! Nombreux sont ceux qui ont essayé... et échoué ! Le premier cas dont il est question dans l'article, celui du manuscrit de Voynich, est un fantastique exemple du : « On ne sait pas ce que c'est ! » Est-ce vraiment un herbier richement illustré datant du début du XVe siècle ou bien une supercherie très élaborée et bien plus tardive ? L'écriture utilisée au fil des pages forme-t-elle un langage chiffré ayant du sens ou bien est-ce une suite de symboles sans queue ni tête ? Pour ceux qui désireraient s'y casser les dents, de nombreuses pages de cet étrange manuscrit, actuellement conservé à la bibliothèque Beinecke de l'université de Yale, ont été numérisées et sont disponibles ici. — Contrairement au manuscrit de Voynich, qui compte beaucoup de caractères (plus de 170 000), les trois autres exemples cités dans l'article sont compliqués à déchiffrer parce qu'ils n'en comptent justement pas assez. Comment, en effet, déchiffrer un texte secret aussi bref que celui de Dorabella (87 caractères d'un alphabet qui en compte 24), écrit pas le compositeur Edward Elgar à destination de sa jeune amie Dora Penny ? Comment, encore, trouver la signification de ce petit message chiffré écrit à l'arrière d'un livre retrouvé par hasard dans une voiture, qui n'aurait sans doute pas fait autant de foin s'il n'avait été en rapport avec le meurtre non élucidé de l'affaire « Taman Shud » ? (On se croirait dans Le Secret de La Licorne ou encore, comme dirait l'auteur de l'article, dans un roman d'Agatha Christie.) Comment, enfin, comprendre ce qu'a voulu exprimer le tueur du Zodiaque dans le message de 340 caractères et de 63 (!) symboles qu'il a envoyé au San Francisco Chronicle ? Résoudre définitivement ne fût-ce que l'une de ces quatre énigmes suffirait, si ce n'est à devenir célèbre, tout au moins à se voir décorer d'un galon de cinq étoiles dans le petit monde de la cryptologie.

Le chiffre de Dorabella (1897) n'a toujours pas été déchiffré,
malgré son apparente simplicité.

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