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jeudi 28 mars 2013

Mayonnaise

Souvenir d'université*. — (Il y a treize ou quatorze ans environ.) Nous nous asseyons à la table d'un restaurant, aujourd'hui disparu, du rond-point du Cimetière d'Ixelles. Un serveur vient prendre notre commande et nous demande gentiment ce que nous faisons comme études. « L'histoire ! », déclarons-nous de concert. « Ha, c'est cool, ça ! », répond le serveur. Mais à peine celui-ci est-il reparti en cuisine que mon ami Hamilton (deuxième du nom donc) ajoute, légèrement dédaigneux : « Ben oui quoi, on n'a pas envie de rester serveur toute notre vie, nous ! » Rires. — La remarque, d'une condescendance crasse, m'a semble-t-il marqué.

Condescendance. — Ce jeudi soir, buvant tranquillement un Orval à la brasserie de la gare des Guillemins à Liège, j'apprends ce que c'est que d'être vraiment condescendant et désagréable envers un serveur. Une dame s'assied à ma droite. Elle demande la carte et râle presque aussitôt parce cette dernière n'arrive pas assez vite à son goût. Un serveur vient prendre la commande : « Ha, enfin ! » Le service prend trop de temps pour elle. Attendant son plat pendant dix minutes, elle observe le monde alentour et rumine : « Ils se foutent de ma gueule, c'est ça ? ». Elle happe une serveuse et aboie : « Votre collègue m'a oubliée ?
— Il est en pause, mais votre plat va bientôt arriver, Madame.
— Oui, eh bien il peut aller se rhabiller, votre collègue ! Ha ! »
Le serveur revient de sa pause et dépose le plat sur la table de la cliente aigrie, qui lance d'un air sardonique, sans le regarder : « Et vous m'apporterez aussi tout le reste !
— Tout le reste, Madame ? »
Elle prend un air peiné pour annoncer, toujours les yeux dans le vague : « Mayonnaise, ketchup, moutarde, sel, poivre, sauce anglaise, beurre, pain... Tout le reste quoi ! » Elle fait un geste de la main comme pour signifier : « Tu devrais déjà être parti chercher tout ce que je t'ai demandé, mon gaillard ! » Le serveur revient avec un plateau contenant tout sauf... Misère ! « Où est la mayonnaise ?
— Ha oui, la mayonnaise... Désolé, je vous apporte cela tout de suite.
— Ouais, ouais, c'est ça, c'est ça. Pfff, mais c'est quoi ce service de merde ? »
Ma tête se remplit de scénarios tous plus séduisants les uns que les autres, dont un dans lequel je lui fais bouffer sa putain de mayonnaise par les trous de nez ou encore un autre contenant une recette originale de shampooing à base de sauce anglaise. — Mais je me retiens de mettre en pratique l'un de ces fantasmes et me contente de noter l'anecdote dans un carnet, pour restitution ultérieure.

Zombies et contrôleur. — Ce contrôleur, dans le train de sept heures du soir, passe à côté de mon siège, me voit devant un épisode de The Big Bang Theory, continue son chemin, s'arrête, puis revient sur ses pas pour me demander : « Excusez-moi, est-ce que c'est avec vous que j'ai discuté de The Walking Dead la semaine dernière dans le train ? »
(Lit-il mon journal ?)
« Non, ce n'est pas avec moi, dis-je.
— Ha... Je dois confondre avec un autre homme qui avait la même taille, la même corpulence et le même visage que vous alors !
— Oui, ça me paraît indubitable. Par contre, il se fait que je vois très bien de quoi vous voulez parler ! C'est cette histoire de...
— ... morts-vivants, oui !
— Celle qui questionne l'éthique des...
— ... relations humaines, tout à fait ! Bonne soirée ! »
Et il s'en va.
(Je vais vraiment devenir paranoïaque, si ça continue.)

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* Comme je suis en ce moment dans une phase « réminiscence », j'en profite pour inaugurer un volet [Souvenir] à mon journal, selon le même principe que les catégories [Rêve] et [Déjà-vu].

dimanche 4 novembre 2012

Ampoule

Tanagra. — Cette boîte de photos que mes parents ont retrouvée dans leur grenier est une brique de nostalgie à l'état brut : les jeunes Léandra, Zapata, Fred Jr et Hamilton II y apparaissent fréquemment, bien qu'ils n'y soient pas aussi réguliers, évidemment, que Maïté... Voyages dans le Périgord, à Florence, à Paris, et enfin cette relique sacrée : la première photo que j'ai prise d'elle alors que je venais de faire sa connaissance, lors du voyage d'accueil du Cercle d'histoire, considérant que ma mémoire ne serait pas suffisante pour immortaliser cet incomparable portrait — un cliché qui fit dire à ma tante, quelques mois plus tard, que j'étais tombé amoureux d'une tanagra. 

Gaëlle et le Chat botté. — « J'ai déjà embrassé le Chat botté dans mes rêves », nous déclare subitement Gaëlle, sans raison, « et après l'avoir embrassé, je devenais Espagnole ! »

Hashtags. — Curieuse manie que celle qui consiste à utiliser à tort et à travers les hashtags dans un message, sans qu'il y ait pour autant le moindre rapport avec des métadonnées... — Je n'arrive toujours pas à savoir pourquoi je déteste tant cette pratique : est-ce parce qu'elle est techniquement inappropriée ou parce qu'elle est l'apanage du geek croyant appartenir à une communauté de comportements et de langage ?

Probité limitée. — Dans ses écrits, Schopenhauer se dit souvent doté d'une très grande probité intellectuelle. Hélas ! Cette honnêteté qu'il croit extrême et sans faille s'arrête là où commence son propre système de pensées. Car le brave Artie préfèrera toujours louvoyer plutôt que de remettre en question un seul instant son grand œuvre : de temps à autre, face à une observation raboteuse qu'il doit à tout prix insérer dans le petit coffre propret et harmonieux des connaissances a priori, il n'hésite pas à sortir son marteau et son burin pour rendre ladite observation conforme à l'idée qu'il s'en fait. (Il serait pourtant beaucoup plus sensé, dans pareil cas, de remettre totalement en question la possibilité même d'une telle connaissance... Mais peut-on sérieusement demander à un homme, fût-il un génie, de dynamiter la cathédrale flamboyante qu'il a patiemment édifiée ?)
 
Affichage fantôme. — La pire configuration qui puisse arriver dans un prémétro, en fin de soirée, est la suivante : que le tram qui est annoncé sur le panneau d'affichage, au demeurant complètement chaotique, soit en avance sur l'horaire et donc déjà passé et que le second tram soit en retard. Mais en fin de compte, Andrew arrivera quand même à rentrer chez lui !

vendredi 3 août 2012

6. Le billet de cent francs

6.1.1. Terrasse du jardin familial, début d'après-midi, une bouteille de vin rouge posée sur la table. Mon père est dans une phase « péremptoire » (on se demande à qui je ressemble...). À ma maman : « Diététicien, c'est un métier qui ne sert à rien ! » ou encore : « C'est absurde de tondre une pelouse, c'est du conformisme ! » Ce à quoi ma mère répond : « Oui, oui, c'est ça, ça ne sert à rien... » et : « Tout à fait. On va laisser le pelouse en friche et tu la faucheras tous les ans... »

6.1.2. À moi, il me dit : « Ça te fera du bien de marcher, c'est bon pour ce que t'as ! » et : « Tiens, tu bois du vin ? Hier, tu te moquais en disant que "ça ressemblait presque à du vin" ! »

6.1.3. Discussion sur le fait de laisser Gaëlle seule pendant quelques minutes sans surveillance lorsqu'elle est dans son lit. Ma mère : « Tu es un inconscient ! Et si elle se cassait une jambe ou si un incendie ravageait ton appartement ? Tu t'en voudrais toute ta vie d'être sorti pendant une minute. » Oui, et si je me faisais écrabouiller par une météorite ou par un piano en sortant de chez moi, que deviendrait ma fille, hein, hein ?
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6.2. « On ne voit plus beaucoup David Bowie. Paraîtrait qu'il a un cancer du foie.
— Non. David Bowie ne peut pas avoir de cancer. Il ne peut pas être malade. »
(C'est un peu comme Robert Smith : ces gens-là ont l'interdiction formelle de vieillir, d'être malade et de mourir.)
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6.3.1. Plus tard dans l'après-midi, mon père se souvient de ses formations syndicales chez « les Métallos » à Melreux [-13.7] : « Les formateurs étaient des radicaux. Dès le premier jour, ils nous mettaient dans le bain, directement dans le conflit... Ils venaient de Liège... C'étaient des bons, ils avaient l'habitude !
— Comment faisaient-ils ?
— Avec un billet de cent francs.
— Un billet de cent francs ?
— Un billet de cent francs. Ils nous ont réunis le premier jour dans une des salles de réunion et nous ont demandé un billet de cent francs. Sans donner de raison. Aux gens qui demandaient pourquoi, ils ne donnaient pas de réponse, ils éludaient. Certains ont donné le billet et d'autres non.
— Bizarre.
— Puis ils nous ont dit : "Ce billet, vous ne le récupérerez jamais ! On le garde pour nous !" Ils sont devenus odieux. Alors nous sommes entrés en conflit avec eux.
— En conflit ?
— Oui, nous les avons enfermés dans la pièce et nous avons occupé la cafétéria de l'hôtel. Le personnel, habitué à l'exercice, est sorti. Et nous avons occupé le bar. Les formateurs, eux aussi, avaient l'habitude. Ils savaient que nous allions peut-être les séquestrer et avaient prévu à l'avance une échelle pour sortir.
— Ha.
— Tout ça faisait partie d'un exercice mais personne ne le savait. Enfin, si. Moi, je le savais parce qu'on me l'avait dit avant. On n'aurait pas dû me le dire.
— Ha oui, c'est con.
— À partir du moment où les formateurs sont partis, directement sont apparus les leaders (ceux qui prennent le pouvoir), les stratèges et les théoriciens (ceux qui réfléchissent calmement à la situation et proposent des solutions élaborées), les fonceurs (ceux qui veulent tout casser, sans trop réfléchir), et enfin les suiveurs...
— Et toi, tu étais dans quelle catégorie ?
— Moi ? Je ne disais pas grand-chose. J'observais... Je me souviens d'autre chose... Nous avons été soutenus dans notre combat par une délégation flamande qui n'était pas du tout au courant de nos techniques de formation et s'est dite "solidaire" de ses camarades wallons. Les Flamands ont bu des verres avec nous.
— Ha ! Et ça s'est terminé comment, cette histoire ?
— Eh bien on a discuté de la situation toute la nuit. Certains sont partis de la formation totalement choqués. D'autres ont pris le pouvoir. Le lendemain, les formateurs sont revenus, nous ont expliqué que c'était un exercice et ont décortiqué avec nous tous nos comportements. Le plus impressionnant, c'était d'étudier les leaders. Ils ont pris le pouvoir et tout le monde a accepté cet état des choses sans broncher, sans se poser de questions. Enfin, si... On se posait des questions mais on ne disait rien.
— Eh bien ça, c'est vraiment intéressant... »
(... et il faut absolument que je l'écrive quelque part dans mon blog !)

6.3.2. Mon père toujours : « Un calotin dans un conseil d'entreprise, tu le reconnais directement. C'est celui qui ne rentre jamais en conflit et qui dira au représentant du directeur : "Oh oui, Monsieur, nous savons que vous faites de votre mieux et que ce n'est pas facile pour vous non plus tous les jours !", ce genre de chose... Même si c'est vrai, on ne doit jamais tenir ce genre de discours face au patronat ! »
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6.4.1. Je rentre à Bruxelles pour un soir et rejoins Léandra et Jonas au moment où ils sortent du Moeder Lambic de la place Fontainas. Je me suis incrusté en toute dernière minute à un repas « au Canard », comme dirait Léandra — « Au Canard ? Au Canard ! » —, c'est-à-dire au Domaine de Chavagnac, le restaurant où nous étions déjà allés pour l'anniversaire d'Andrew [-31.6].

6.4.1.1. « Les concepteurs des Simpson sont des fans absolus d'Alfred Hitchcock. Du coup, ils n'arrêtent pas de mettre des références à plein de ses films. Vous avez déjà vu la référence aux Oiseaux dans "Un tramway nommé Marge" ["A Streetcar Named Marge", 1992, 15 min. 45 sec.] ?
— Non, me répondent-ils.
— C'est génial. La petite Maggie est enfermée durant tout l'épisode dans une garderie pour enfants où la nurse, très autoritaire, confisque toutes les tétines... ».
... S'ensuit une rébellion menée par Maggie durant laquelle les enfants récupèrent leur objet fétiche. Plus tard, lorsque Homer vient rechercher sa fille, il se trouve nez à nez avec des centaines de bébés silencieux suçant leur tétine, réplique d'une fameuse scène des Oiseaux. Et lorsqu'il sort de la garderie avec sa fille et ses deux autres enfants, Hitchcock apparaît dans un joli caméo dans lequel il promène ses deux Terriers écossais en avant-plan (comme dans le film !)...

« Maggie ? C'est l'heure d'aller... Haaaaaa ! »

Le passage d'Alfred.

6.4.2. Après le repas et une balade dans le quartier Sainte-Catherine, nous retournons à la case départ : le Moeder Lambic Fontainas. Jonas y commande un Valeir blonde et Léandra un... thé. Quant à moi, je demande une bière à la fois amère et légère à la serveuse, qui me conseille une « Bitter Sorachi » (une bonne bière française au très faible taux d'alcool : 2,5% !).

6.4.2.1. « Elle est bien, je trouve, cette serveuse... 
— Daniel a essayé de la draguer, mais ça n'a pas du tout marché.
— Ha bon. »

6.4.2.2. « Oh là là, je bois beaucoup plus vite que vous ! »

6.4.2.3. Discussion sur les reconstitutions médiévales — et les reconstitutions tout court. J'explique à Jonas (car Léandra est déjà au courant, évidemment) que je déteste les reconstitutions. Je les hais, je les hais ! (Du calme, Joe.) Je déteste ce principe qui consiste à se déguiser en chevalier, en écuyer, en prêtre ou en paysan(ne) et à faire semblant de vivre, manger, boire ou parler (le comble de l'horreur !) « comme au XIIIe siècle » (simple exemple).

6.4.2.3.1. Un souvenir : lors de ma seconde licence en histoire médiévale, mes amis savaient déjà tout le mal que je pensais des costumes et des reconstitutions historiques. En raison de mes — horribles — exercices pratiques d'agrégation qui chevauchaient les autres cours, je n'avais pu me rendre à l'importante séance de distribution des thématiques pour les travaux de l'année académique 2001-2002. Cette année-là, le séminaire avait trait au mode de vie des élites européennes aux XIe et XII siècles. J'avais demandé à mes amis Hamilton II et Pat de me réserver, si possible, le thème du jeu d'échecs médiéval, « au cas où il serait proposé par le professeur lors de la distribution... » À midi, pendant le repas suivant les cours, ces deux sans-cœur me dirent :
« Il y avait "Les jeux de société au XIIe siècle" dans la liste mais on a préféré te prendre "L'évolution du costume ecclésiastique", vu que tu adores ça !
— Quoi ? Oh non ! C'est pas vrai ! C'est un cauchemar !
— Mais non, couillon, on a réussi à te l'avoir, ton travail sur le jeu d'échecs ! »

mercredi 20 juin 2012

Campements de Nains scouts

Dans le train de retour vers Bruxelles, Flippo me propose de passer à son appartement : « Amy a prévu une petite soirée "Jeux de société"... » Il téléphone tout de même à Zapata pour s'assurer que ma présence ne pose pas de problème, qu'il y a assez de nourriture pour tout le monde... J'écoute Flippo répondre à Zapata : « Comment ça "Quel Hamilton ?"... Ben Hamilton Evenvel, tiens ! Tu croyais que j'allais inviter Hamilton McGian ? » Il raccroche : « J'ai pas tout pigé à ce qu'il me racontait... »

De retour chez lui, Flippo s'installe dans son fauteuil pour jouer à Assassin's Creed sur PS3. Zapata s'en va chez Pietro pour régler une sombre histoire de site Web. Pour patienter, je lis les règles de Small World, un jeu de société signé Days of Wonder... Bastien m'explique brièvement le concept : « Ce qui est marrant avec ce jeu, ce sont les nombreuses combinaisons possibles : un peuple se combine avec un pouvoir spécial, ce qui fait de chaque partie une partie différente...
— Punaise, tu le vends bien, ce jeu...
— C'est normal, c'est mon boulot... Je le vends à la boutique, à mon travail !
— Et ça fonctionne comment ?
— Ben par exemple, là, je prends au hasard une peuplade, celle des Nains en l'occurrence, et je l'associe à un pouvoir spécial... Euh... Ha ben ça, c'est amusant, tiens ! Un Nain scout ! Amy, t'as vu ? C'est dingue, j'explique le jeu à Hamilton, et par hasard on tombe sur un scout ! »
(Je suis mort de rire.)

Amy est en train de préparer une tarte aux trois tomates et à la ciboulette. Dans la cuisine — suite logique de la conversation sur le Nain scout —, elle me parle de sa détestation pour les mouvements de jeunesse et, de manière générale, pour tout ce qui ressemble de près ou de loin à une organisation hiérarchique, avec ses donneurs d'ordres et ceux qui doivent les suivre : « Mes parents ont essayé de m'y envoyer, un été. Dès le premier jour, à mon retour, ils ont compris que ce n'était pas une bonne idée, et je n'y suis plus jamais retournée... »

Nous jouons une partie de Small World... Un jeu bien sympathique mais au plateau fort confus, constitué de territoires aux frontières sinueuses : des montagnes, des collines, des champs, des forêts... Selon certaines modalités, ces territoires donnent un ou plusieurs points de victoire au joueur qui les détient. La progression territoriale ressemble un peu à celle du jeu Risk, sauf qu'ici les simples troupes sont remplacées par des peuplades possédant chacune des caractéristiques propres (par exemple, les scouts sont capables d'établir un campement pour augmenter la défense de leur territoire — saloperie de scouts !). Autre mécanisme original : chaque joueur a la possibilité à chaque instant d'abandonner sa peuplade active (la « mettre en déclin ») lorsqu'il se rend compte qu'il a atteint l'apogée de sa puissance et qu'il ne peut plus en tirer grand chose...

Flippo ne parle presque pas durant la partie. Est-il fatigué ? Est-il concentré ? « Un peu des deux. » La concentration donne ses fruits : il sortira vainqueur du choc des civilisations. Au moment de sa victoire, il est pas loin de minuit. Le temps pour moi de rentrer au bercail... Demain, métro, boulot, etc.

mercredi 16 mai 2012

« Tope là, mec ! »

Rencontre ferroviaire. — Début de soirée. Le train parcourant la dorsale wallonne au départ de Liège-Guillemins est rempli d'étudiants qui rentrent chez eux à l'occasion du long week-end de l'Ascension. Je m'assieds en face de l'un d'eux, qui sort son petit ordinateur portable exactement au même moment que moi. Il fait un signe amical de la main : « Pas de problème, nous allons nous partager la tablette. » Peu après la gare de Huy, le gars range son ordinateur et sort de son sac un boîtier de jeu... Mon dieu, mais c'est Diablo III !

Il voit que je suis intéressé alors il engage la conversation. « T'as pas envie de l'acheter ? », me demande-t-il, « C'est seulement quarante euros ! » Je fais un geste de recul : « Ha non, ha non... J'ai déjà donné ! Il m'a fallu des mois et des mois pour me désintoxiquer [de World of Warcraft], alors hors de question que j'essaie le nouveau Diablo ! » (De toute façon, je n'ai pas la machine pour le faire tourner.) Le gars est intéressant et ouvert au débat d'idées. Le contact passe bien et la conversation s'engage sur plein de domaines différents, jusqu'à la gare de Charleroi, où il descend pour rejoindre des amis... J'apprends qu'il s'appelle César (comme le fils de Lewis) et qu'il étudie la psychologie à l'ULg.

Le futur du cerveau. — « Je travaille dans la psychologie comportementale et cognitive... Ça te dit quelque chose ?
— Oui, je comprends. Tu fais du béhaviourisme, quoi...
— Du post-béhaviourisme même !
— Ha bon !
— On découvre des trucs fabuleux pour le moment dans le domaine de la cognition. Si les États donnent les moyens aux scientifiques, le futur du cerveau sera vraiment impressionnant. La BCI par exemple, tu sais ce que c'est ?
— Non.
— Brain-Computer Interface... On fait communiquer directement une interface extérieure avec le cerveau. Avec ce genre de système, les humains pourront commander des choses à distance par la pensée...
— Hé ben...
— Et le futur des jeux vidéo, c'est ça, rien de moins ! Le jeu sera dans ton cerveau ! Dans trente-quarante ans, tu auras des gens qui ne sortiront presque plus jamais du monde imaginaire implanté dans leur crâne... »

Bière. — « Dis, je vois que tu bois une Jupiler, là... T'en aurais pas une pour moi, par hasard ?
— Non, désolé. Ha, attends ! J'ai de l'Orval dans mon sac de courses !
— J'en veux bien ! C'est toujours mieux que rien !
— "Mieux que rien", un ORVAL ? »

Le nouvel opium du peuple. — « Les jeux vidéo, c'est pas un truc de bourges, m'explique-t-il. Les bourgeois, ils sont dans la réalité, ils s'occupent de leurs avoirs, ils gèrent leur fric... Un jeu, c'est un monde alternatif qui touche surtout les pauvres, qui ont plus besoin de s'échapper du réel. Je ne sais pas, toi, tu viens de quel milieu ?
(J'ai en tête de flagrants contre-exemples à ce qu'il vient d'énoncer, mais je n'en dis rien et réponds à sa question.)
— Une famille ouvrière, clairement.
— Tope là, mec ! Moi aussi ! En fait, mes parents m'ont mis devant des jeux vidéo très tôt, pour ne pas que je sorte...
— Ha ? Chez moi, ce n'est pas vraiment de cette façon que ça s'est passé...
(Il continue sur sa lancée, un peu à la manière de l'ami Hamilton II.)
— Tu vois comment va le Monde en ce moment... Faut pas être pessimiste, ni optimiste... Juste réaliste... Le Monde ne va pas bien, et les gens — les pauvres surtout — vont se réfugier de plus en plus dans ce genre de réalité alternative. »
(Le jeu vidéo, le nouvel opium du peuple ?)

Noms compliqués. — « C'est quoi ton nom, pour que je te retrouve ?
— Evenvel...
— Merde, je ne m'en souviendrai jamais !
— Donne-moi le tien alors...
— Tu ne le retiendrais pas non plus !
— Quoi ? C'est un nom polonais ?
(Il me regarde avec des grands yeux.)
— Oui, c'est un nom polonais ! Comment tu sais ça ?
— J'en sais rien... Une intuition, quand tu m'as dit que je ne le retiendrais pas.
— Bon, tant pis...
— Allez, on se retrouvera bien sur Facebook ! »
(Faudra peut-être mettre Léandra, professionnelle de la recherche Web, sur le coup, quand elle sera de retour de Budapest.)

Au Vieux Moulin. — Fred Jr m'attend à l'entrée du parking de la gare de La Louvière-Sud. Curieux : il est en train de parler à Bernard et à sa fille. Bernard est un ancien collègue : il était, comme moi, membre de l'équipe pédagogique (guide, quoi !) dans un ancien charbonnage de la région. Bernard est prépensionné depuis peu : « on » l'a, dit-il, gentiment poussé vers la sortie...

Ce soir, Fred a réservé une table pour deux personnes au Vieux Moulin, la brasserie qui se trouve à deux pas de sa maison, à Écaussinnes. Ils y servent de l'Orval, ainsi que divers assortiments de brochettes d'agneau. Nous prenons tous les deux « LA TOTALE » (10 brochettes, 6 accompagnements différents et des pommes frites).

Fred Jr est assez euphorique car il va enfin pouvoir quitter son actuel travail (dans lequel il ne trouvait plus aucun intérêt ni perspective) pour un tout nouveau poste de coordinateur des bibliothèques publiques. Seul regret : la perte de quelques collègues avec lesquels il passait l'essentiel de ses contacts sociaux au travail.

Archivistes corporatistes. — Au cours d'une discussion sur le petit univers de l'archivistique, que nous connaissons tous deux assez bien, nous arrivons au constat suivant : beaucoup d'archivistes, qu'ils aient 25 ou 65 ans, sont déjà très vieux. Ils vivent dans le monde terrifiant des articles de loi régentant leur domaine de compétence. Exemple (imaginaire) : « Non, mais vous vous rendez compte, mon bon Monsieur, que si cette loi est votée, qui stipule entre autres, via son fameux article 39, quatrième alinéa, que les compétences territoriales sur les archives de l'archidiocèse passent aux régions hors, évidemment, cas particuliers prévus par la loi de 1955, ce serait une véritable ca-ta-stro-phe ! » 

Beaucoup d'archivistes sont corporatistes et conservateurs. Ils ne voient pas (et ne veulent pas voir) l'évolution du Monde et des techniques, alors ils se renferment dans la gestion et le stockage de leurs registres comptables... Fred a connu un archiviste qui lui a dit, texto : « Les archives informatiques, à quoi ça sert ? ». Quant à moi, au sein d'une association dont je fais partie, je n'ai jamais vraiment réussi à convaincre qui que ce soit de l'intérêt de l'ouverture et de la nouveauté (faut dire que j'ai vite laissé tomber) : « Non, non, me rétorquait-on, il faut donner un accès à telle ou telle partie du site Web uniquement aux membres qui ont payé leur cotisation ! Sinon, on va se faire bouffer ! »

Contre la superficialité. — « C'est bien sympa, lance Fred, les gens qui n'arrêtent pas de parler de tout ce qu'ont fait leurs enfants... Mais en fait on s'en fout ! » Hé oui ! Que le petit bout de chou ait réussi à se retenir pour aller sur le popo comme un grand ou qu'il dorme sans sa tutute, c'est bien cool pour papa et maman, mais après ? C'est certainement la raison pour laquelle je ne sais jamais ce que je dois répondre quand on me demande comment va Gaëlle, si ce n'est : « Ça va, ça va... » (Et quand tu écris des paragraphes entiers sur elle dans ce blog, c'est intéressant, Hamilton ? — Hé ! Je n'oblige personne à me lire !)

« On a posé des panneaux photovoltaïques sur le toit. C'est Donna qui s'en est occupée... Paraît qu'on y gagne, mais c'est elle qui a fait le calcul... En fait, ça ne m'intéresse pas plus que ça... » Comme je le comprends ! Tout ce qui est pragmatique, budgétaire, relevant du bon sens et de l'épargne doit être évacué au plus vite, car là n'est pas l'essentiel. Le gars qui, tout fier, explique à ses collègues qu'il a posé des panneaux photovoltaïques sur le toit de sa baraque ou qu'il a acheté une voiture hybride, pourquoi le dit-il si ce n'est pour se vanter ? Exemple (toujours imaginaire) : « On a été en vacances à Sumatra. Ha ! Quel dépaysement ! C'était si merveilleux là-bas ! Et comme les gens sont gentils ! »

Deux possibilités : soit Fred Jr et moi sommes de grands enfants (tout à fait possible), soit nous détestons tout ce qui s'apparente à de la superficialité. Soit les deux.

Dernière étape avant le train. — Avant de me reconduire en voiture à la gare de Braine-le-Comte, Fred m'offre une Leffe blonde chez lui et en profite pour me montrer des extraits du débat entre Hollande et Sarkozy (que je n'ai pas vu) et notamment le « Moi, président de la République » de Hollande. C'est bien dit mais ça sonne tellement faux et préparé que j'en ai le bourdon. Il me montre aussi, dans un tout autre domaine, un catalogue de planches originales de bandes dessinées à la revente. Il y a du Mœbius, du Franquin... Conclusion : ce n'est pas encore demain que je pourrai en avoir une accrochée à mon mur. Pas grave : somme toute, ce ne sont que de jolis dessins sur un bout de papier...

mercredi 21 mars 2012

Mary

Je pense de plus en plus souvent que ce format n'est pas le bon. Vouloir absolument mettre en mots toutes mes journées, placer trois astérisques pour séparer différents faits ou idées, décrire des événements qui n'ont d'intérêt que pour moi (et encore !), cela a-t-il réellement un sens ? Des amis me disent parfois : "J'aime bien te lire", mais quand je leur demande pourquoi, ils sont incapables de me répondre. Ce blog dans sa totalité serait-il donc une vaste escroquerie à double sens ? (Je ne sais pourquoi je l'écris et personne ne sait pourquoi il le lit.)

Et pendant ce temps, tout ce retard qui s'accumule... 

Je me suis donné pour objectif de tenir au moins jusqu'au dimanche 22 avril 2012. À cette date, ce journal (mais non ce blog) fêtera son premier anniversaire. Un révolution complète de la Terre autour du soleil. — En un an, la planète aura parcouru un peu moins d'un milliard de kilomètres, relativement à son étoile. De mon côté, je n'aurai rien parcouru du tout.

* * *

Lorsque j'arrive au Bistro des Restos, une place vient de se libérer en terrasse. Je m'y installe et attends Mary.

Le café, au croisement de la Rue Américaine et de la Rue du Page, est à quelques minutes du quartier du Châtelain. Cela se ressent jusque dans l'habillement et le mode d'expression de nombreux clients. Le Bistro des Restos est un poste frontière. Il est comme ce "saloon de la dernière chance" qui, dans tout Western qui se respecte, donne à l'aventurier, au desperados ou au cow-boy l'ultime possibilité de se désaltérer ou de faire demi-tour avant le grand plongeon dans l'espace sauvage ou le désert de sel. 

"Vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance", disait l'autre. 

Au-delà du Bistro des Restos, j'entrerais dans une zone de non-retour. Là-bas, dans un monde constitué de beaux décors, de marchés bio hors de prix et de visages souriants, les m'as-tu-vus aux chemises échancrées changent le monde sans le changer. Ils parlent du poste qu'ils ont réussi à décrocher au sein de leur société. — Depuis la terrasse, j'observe l'étendue du désert de sel et me dis que jamais, jamais plus, je n'y remettrai les pieds. (Je joue un jeu dangereux en me rapprochant à ce point : je pourrais me faire happer.)

Mais je m'égare.

Mary est originale, complexe, difficilement cernable. C'est aussi pour cela que je l'aime bien. Paradoxe : elle est à la fois très sure d'elle et remplie de doutes. Elle lance constamment de nouvelles idées ou de nouveaux sujets de discussion. Elle peut changer de sujet très rapidement. J'ai, avec le temps, appris à reconnaître ce motif — le fait de changer de sujet très rapidement — comme un signe de grande intelligence. Elle me rappelle mon vieil ami (?) Hamilton, deuxième du nom, sur ce point. Sur d'autres, elle me rappelle Léandra.

Je ne suis donc que modérément surpris lorsque, au détour d'une conversation sur sa recherche d'une colocation pour l'année prochaine, elle me propose de venir loger un an chez moi. Elle prendrait la chambre de ma fille, s'en irait quand cette dernière devrait y loger (une fois par mois, la plupart du temps) et payerait une partie significative du loyer. J'essaie d'imaginer le pour, le contre, mais je n'y arrive qu'à moitié. Il faut que j'en parle avec Léandra, avec ma maman et avec Gaëlle (l'amie, la mère, la fille : les trois femmes de ma vie ? — Haha !).

* * *

Chez Mary. Nous écoutons des groupes qui participent à l'Optimus Primavera Sound 2012, un festival de rock (vraiment) alternatif qui a lieu du 7 au 10 juin à Porto. Mary s'y rend, cette veinarde. Je l'accompagnerais bien, mais je n'ai en ce moment ni les congés, ni l'argent nécessaire pour un tel minitrip. Je regarde la liste des groupes : "Mon dieu, il y a Jeff Mangum de Neutral Milk Hotel ! Et Yo La Tengo ! Et Shellac ! Et les Flaming Lips, bordel ! Et Explosions in the Sky ! Et Dirty Three. Et Merde, merde, merde."

"Oh comely, I will be with you when you lose your breath, 
chasing the only meaningful memory you thought you had left..."
C'est beau, c'est sincère, c'est tragique... C'est Neutral Milk Hotel.

Par-delà une ligne de basse extrêmement répétitive,
Ira Kaplan emmène sa guitare jusqu'à ses tout derniers retranchements.
Ce type est un grand malade (l'expression n'est pas de moi).

Un hommage évident à "Good Morning, Captain" de Slint 
et à son "I miss you!" final, interprété par Steve Albini/Shellac.
(Brillant, sans être révolutionnaire.)

mardi 17 janvier 2012

Sans objet

Paradoxalement, l'histoire – ou plus exactement la mémoire – veut que je ne me rappelle plus du jour précis – une soirée universitaire sans aucun doute mais quand et où était-ce ? – durant lequel nous nous sommes vus pour la première fois. C'était il y a plus ou moins 13 ans. 

C'est sans doute ce jour-là (ou pas loin) que j'ai également rencontré Zapata... L'épisode n'a pas dû être marquant, ni pour toi, ni pour moi. Normal : nous étions entourés d'une bande d'amis et sans doute un peu saouls. Et... nous ne pouvions nous douter, à cette époque bénie et sans prise de tête, que nous serions toujours les meilleurs amis du monde plus ou moins 13 ans plus tard.

Hamilton II n'est plus du tout là, même quand il devrait absolument l'être (pas grave, nous avons l'habitude). Fred Jr est toujours un grand et véritable ami (mais il est loin de Bruxelles). 

Quant à toi, l'amie, il ne se passe pas une seule semaine sans que nous nous voyions, que ce soit devant un paquet de frites improvisé chez toi, un verre matinal ou nocturne à la Maison du Peuple, une soirée épique, un karaoké, un cinéma (plus rarement) ou que sais-je encore ? T'ai-je déjà dit que tu étais un repère à mes yeux, la seule et unique personne à qui je pouvais parler de tout ce dont j'avais besoin de parler ?

En l'honneur de tes 33 ans ("l'âge du Christ", "dites 33", "pouet-pouet", "33 tours" et toutes ces considérations honnies), j'ai passé les quinze premiers jours de janvier à capturer 33 chats... Trente-trois félins ridiculement apathiques que je sacrifierai aujourd'hui à minuit à l'aide du couteau sacrificiel consacré. Puissent leurs nombreux miaulements stridents et désespérés te porter chance !

En deux mots : bon anniversaire !

* * *

Ce soir à 20 heures, un bowling est prévu pour fêter l'anniversaire de Léandra, en compagnie d'Emily, Andrew, Flippo et Jonas. Je suis à l'avance et décide d'attendre à la Fleur en Papier doré, à une centaine de mètres du bowling.

Pour patienter, seul à ma table, je continue la lecture de l'Histoire des codes secrets (The Code Book) de Simon Singh. C'est toujours aussi passionnant : je dévore les deux chapitres consacrés à la mécanisation du codage et à "Enigma", véritable machine de guerre utilisée pour le chiffrage des messages militaires de l'Allemagne nazie durant la Seconde Guerre mondiale. C'est tellement intéressant que j'y consacrerai un petit article demain.

Ils ont de la Malheur 10 (au fût), à défaut d'Orval. Brassée par la Brasserie de Landtsheer (ça ne s'invente pas !) à Buggenhout, cette bière est un véritable petit trésor : une blonde houblonnée et fruitée, dont la douceur apparente cache son taux élevé d'alcool (10%). Lorsque j'en recommande une deuxième, je lance au serveur : 

– Elle est délicieuse, cette bière !
– Oui, mais attention, hé, me répond-il avec son accent flamand, elle est aussi très forte !
– Ah ? Je ne trouve pas, comme ça...
– Bois celle-là et puis tu verras, hé !

En effet, quand j'arrive au bowling une demi-heure plus tard, je me sens un peu nébuleux, chose qui m'arrive rarement en ne buvant que deux bières. Le résultat ne se fait pas attendre : je suis désinhibé, je ne réfléchis pas quand je lance ma boule (de bowling) et je pulvérise les scores : strike, 9, strike, spare, 8, strike, strike, 9, etc. Au final, j'atteindrai 153 points, ce qui bien mais pas top. La seconde partie par contre sera beaucoup plus catastrophique, dans la mesure où j'atteindrai difficilement les 80 points.

Léandra, de son côté, est plus déprimée que jamais. Ça se ressent dans son jeu ainsi que dans son attitude un peu lasse. La raison principale : Jonas n'a strictement rien fait pour son anniversaire : ni cadeau, ni coup de fil, ni message, ni truc spécial... Le pauvre essaie de réparer la situation mais c'est trop tard évidemment et Léandra traîne une mine jusque par terre. Toute cette histoire de manque d'attention la ronge énormément.

Après le bowling, Flippo et Andrew (malade et fatigué) reprennent le bus. L'équipée restante se rend chez Jonas pour un souper improvisé (des pâtes avec un – 1 ! – morceau de jambon et du fromage). C'est la première fois que je vois son appartement. Le cadre extérieur est pourri mais l'intérieur est très propre et bien aménagé.

La discussion tourne entre autres autour de style musical. Jonas aime le jazz, le blues, le rock et... Queen. Il parle de ce dernier comme d'une quête de l'absolu en matière de show musical. Chacun son truc... Emily n'a d'yeux que pour Opeth, Perfect Circle et Devin Townsend : des "métalleux", quoi... Quant à Léandra, elle ne dit pas grand chose mais si elle parlait, elle mentionnerait sans doute Keren Ann, Bénabar Benjamin Biolay ou Françoise Hardy. Ces différences musicales entre amis sont tellement marrantes que je garde le "gros de l'affaire" pour un prochain article.

Emily doit travailler demain (moi aussi d'ailleurs) et il est déjà minuit. Nous laissons donc Léandra et Jonas et repartons en voiture vers nos appartements respectifs (comprendre : Emily me reconduit jusque chez moi).

mardi 18 octobre 2011

Rock, etc.

Ce soir, je suis invité à un souper chez Mary.
C'était son anniversaire il y a deux semaines environ.
En fin d'après-midi, je me rends chez Caroline Music, dans le passage Saint-Honoré, près de la Bourse de Bruxelles, pour lui acheter un cadeau. C'est presque l'heure de fermeture : je me précipite dans les bacs, onglet "S" et j'extrais en quadruple vitesse un CD : Spiderland de Slint. Quoi ? Encore Spiderland ? Ça vire à l'obsession malsaine, Hamilton ! Mais non, mais non : Mary m'a demandé il y a quelques mois quel était "cet album fondateur du post-rock", qu'elle a vu chez moi en vinyle... Et je lui ai évidemment parlé de Spiderland qui, avec Laughing Stock de Talk Talk, sorti la même année (1991), est considéré comme une des pierres angulaires du mouvement (on pourrait aussi considérer certains groupes allemands de krautrock des années 70 comme des précurseurs encore plus précoces du post-rock, mais c'est une autre histoire, que je ne développerai pas aujourd'hui). Lui offrir ce cadeau était donc tout naturel.

Après avoir emballé le CD, le vendeur (un barbu dans le pur style "geek musical", pour autant que ce terme ait un sens) me lance : "En tout cas, j'envie la personne qui va découvrir ce fabuleux album pour la première fois !". C'est assez bien dit... Car une fois un album découvert et écouté, il est en effet difficile, voire impossible, de retrouver la sensation originelle, celle de la toute première écoute. Au fil des passages sur la platine, je perds en émotion ce que je gagne en compréhension. La seule solution est de découvrir, encore et toujours, de nouvelles musiques qui font vibrer ; ou de patienter un long moment avant de redécouvrir un album oublié. C'est exactement la même chose pour un livre ou pour un film : impossible d'atteindre en intensité l'émotion ressentie lors de la première lecture ou du premier visionnage.

La réflexion du vendeur entraîne une autre remarque... Une remarque sur les œuvres considérées dans un milieu donné (musical, littéraire...) comme unanimement géniales, et dont toute critique négative entraîne moult regards indignés de la part des fans autoproclamés. Toute personne s'intéressant au post-rock est ainsi censée adorer Slint, parce que c'est comme ça, point. "Comment ? tu n'as pas accroché à/tu n'aimes pas/tu ne connais pas Spiderland ? M'enfin, ce n'est pas possible !". C'est un peu comme critiquer "l'album blanc" des Beatles ou bien "l'album noir" du Velvet : ça ne se fait pas, c'est presque un blasphème. Dans d'autres domaines : "Quoi ? Tu n'as pas lu/aimé La Guerre et la Paix de Tolstoï ? M'enfin, ce n'est pas possible !" ; "Hein ? Tu n'aimes pas Star Trek DS9 ? Mais comment est-ce possible ?"... C'est à ce moment-là que tout ce petit jeu de connaisseurs devient un peu con... Je suis ainsi presque persuadé que certains disent aimer une œuvre par simple peur de passer pour un ignare ou simplement pour se fondre dans le décor. Oui, oui, j'ai écouté tout Ligeti et j'ai adoré, même son truc bizarre, là, avec les métronomes ! 

Une raison de plus pour réaffirmer ici ma détestation de groupes pourtant adulés : je déteste Queen, je déteste U2 et je déteste Arcade Fire. Voilà : il fallait que ce soit dit à un moment ou à un autre ! (Comment ça, "je me répète" ?)

* * * 

À la soirée chez Mary, sont également présents (comme souvent) ses amis Jerry et Bob, ainsi qu'un de ses colocataires que je n'avais encore jamais vu : James. Jerry a fait des études de Langues et littératures romanes, comme Mary ; Bob est professeur de géographie ; James a étudié la gestion et travaille actuellement pour la Smals (avec Hamilton II ?). Question musique, passent de très bonnes choses car toutes les personnes présentes ont de très bons goûts musicaux (comprendre : "ont grosso modo les mêmes goûts que moi", hum). L'ambiance sonore du début de soirée est assurée par James, avec entre autres Syd Matters, que je n'avais plus écouté depuis longtemps (j'apprends d'ailleurs en écrivant ces lignes que ce groupe français est aujourd'hui à l'origine de cinq albums studio). Plus tard, Jerry est déchaîné et passe The Kills, mimant certains solos sur une guitare invisible – au passage, une question : pourquoi les guitaristes rock doivent-ils gesticuler pour jouer de la guitare ? Car dans l'absolu, le son serait exactement le même s'ils ne bougeaient pas. Encore un constat qui me ramène à Slint, dont les guitaristes sont sans doute les plus statiques de l'histoire du rock... Ah, l'économie de mouvements, un beau contre-pied aux conventions ! – Dans un autre genre : Robert Fripp de King Crimson jouant dos au public, durant certains concerts.

Mais je m'égare (c'est la dernière fois que je place Slint dans un texte !)... Jerry me montre une vidéo de The Kills sur son MacBook. Il trouve le "couple" hyper-sexy... Il est même jaloux – je le cite (ou presque) – que ce mec "pas très beau" soit avec une "nana si canon"... Le gars n'est peut-être pas beau mais il a énormément de charisme (une sorte de Gainsbourg anglais ?). La chanteuse n'est pas en reste d'ailleurs :


Mary a cuisiné de délicieuses escalopes de dinde au jambon, baignant dans une sauce au Gorgonzola (Mary : "Tu vas croire que je ne sais cuisiner que des plats au Gorgonzola"), accompagnées de croquettes et d'une salade composée par Jerry, avec une vinaigrette estampillée Hamilton. Il paraît que je fais bien les vinaigrettes (Ha ?) et que j'aime bien utiliser des interjections comme "Ha ?", "Ha !" ou encore tout simplement "Ha". Il est un peu décousu, ce texte, non ? Comme dessert, des Jules Destrooper. Ils ont aussi pensé à moi en achetant six Orval (jamais je ne boirai tout ça !).

Durant le repas, en arrière-fond, passe le match de football Lille-Inter Milan (Jerry est supporter du second et sursaute à chaque occasion manquée). En fin de soirée, Mary veut absolument jouer à "Tout le monde veut prendre sa place" sur le Web ("tlmvpsp" en abrégé). Elle possède des dizaines de comptes avec la plupart du temps trois parties gratuites. Bob et James sont déjà partis dormir ; Jerry n'est pas très fan de ce jeu : on joue donc principalement à deux, sans trop de succès... Sous pression, je n'arrive jamais à me rappeler de quoi que ce soit, sauf pour une question : "Qui chantait, sur l'air de la Cucaracha, 'Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est allemand' ?" Pierre Dac ! Pierre Dac ! C'est d'ailleurs à l'ami Pierre que reviendra le mot de la fin...

lundi 19 septembre 2011

Mes amis sont des étoiles

J'ai fait un court cauchemar pour le moins bizarre cette nuit, dont l'idée principale est à la fois simple et terrifiante... Devant le miroir de ma salle de bain, à l'aide de ciseaux, je me découpe méticuleusement les paupières, qui sont bizarrement plus carrées que la normale (elles forment presque deux angles droits le long de l'arcade sourcilière). Je n'ai pas du tout mal en pratiquant cette opération à vif. Après avoir fini le travail, je me dis que ce n'est pas grave car mes paupières vont repousser. Le rêve me reste en mémoire bien après le réveil, au moins jusqu'au quai de la gare. Sur ce dernier, la navetteuse brune qui lit toujours des trucs intéressants me parle pour la première fois depuis des années pour me demander un bic, que je ne trouve d'ailleurs pas sur le moment – j'en retrouverai trois plus tard dans le fond de mon sac. Si on continue de prendre le même train pendant encore dix ans, peut-être aurai-je avec elle une conversation de plus de six mots ("Euh...", "Je vais regarder...", "Désolé, non...") ?

* * *

Dans La Recherche de ce mois de septembre, à la rubrique "Curiosités" (page 106), ce court article intitulé "Nos enfants sont des planètes", dont voici le début : "Le physicien et astrophysicien israélien Alon Retter a remarqué l'existence d'une analogie entre l'organisation de l'Univers et celle des sociétés humaines. Il associe ainsi : célibataires et étoiles seules ; couples et étoiles doubles ; villes et amas d'étoiles ; pays et galaxies, etc. Les planètes sont la progéniture des étoiles. Les planètes gazeuses représentent les garçons et les planètes rocheuses les filles [...]".

Apparemment, Alon Retter (dont, soit dit en passant, le site Web est ignoble) s'emmerdait ferme ce jour-là (on lui avait peut-être interdit l'accès au télescope ?). L'idée est somme toute marrante (même si l'astrophysicien ne doit certes pas être le premier à avoir imaginé une telle analogie) et m'en rappelle une autre que j'aime assez bien, celle de l'univers sous forme de (fausse) fractale : il est possible (et assez facile) de trouver des similitudes, à différents niveaux de grandeur, entre des éléments de l'Univers qui n'ont a priori aucun rapport. Exemple avec la sphère, que l'on retrouve forcément un peu partout, sous forme imparfaite : la goutte d'eau sur une surface hydrophobe ou en train de tomber, mais aussi une planète ou une étoile... Un autre exemple est celui de la spirale : spirale d'un escargot mais aussi d'une galaxie ; hélice d'ADN... Je n'arrive pas à tirer grand chose de ce genre de constats, si ce n'est la satisfaction de trouver des structures identiques dans une nature par essence très diversifiée et de me dire que je ne suis pas totalement paumé dans cet univers ; qu'il y a moyen de le déchiffrer.

Bref, toujours est-il que je trouve l'analogie étoiles-humains assez sympathique. Et si j'appliquais le même principe avec mon univers ? Et si Saint-Gilles était un groupe local d'étoiles dans l'amas stellaire Bruxelles ? Et si la Belgique était une galaxie dans l'amas galactique Europe ? Et si mes amis étaient des étoiles ?

À une époque, durant mes premières années d'université, je formais avec deux amis un triangle d'été : Altaïr, An-Nasr Al-tâ'ir ("le vautour qui vole") en arabe, c'était Hamilton II ; la supergéante Deneb du Cygne, Dhanab ad-Dajājah ("la queue de la poule"), c'était Fred Jr ; la proche Vega, An-Nasr Al-Wâqi' ("le vautour qui tombe"), c'était moi. D'après Alon Retter, les étoiles doubles symbolisent les couples ; les étoiles seules les célibataires. Là, ça se complique car depuis que nous nous connaissons, nous avons tous été en couple et tous été célibataires à un moment ou à un autre. Fred Jr est depuis un bon bout de temps l'une des deux étoiles d'un système double autour duquel gravitent deux petites planètes rocheuses. Hamilton II, c'est plus compliqué... Depuis dix ans environ, il est une des étoiles majeures d'une nébuleuse amicale et amoureuse. Quant à moi, c'est plus simple : j'ai été une étoile seule pendant des années, partie d'une étoile double pendant sept ans, puis de nouveau une étoile seule, autour de laquelle gravite de manière irrégulière, depuis bientôt six ans, une petite planète tellurique.

Il y a un peu plus de deux ans, c'était le début de ma "période française" : à cette époque, je me suis créé toute une série de nouveaux potes et je sortais beaucoup avec eux. J'étais presque le seul belge (encore une étoile seule !) au sein d'une nébuleuse de Français. Avant, je trainais beaucoup avec Vinge : lui, c'était à certains moments de la matière sombre à l'état brut, à d'autres moments une planète (il a un côté enfantin) gazeuse dans le style de Saturne, avec son cortège de satellites (des filles pas très sures d'elles qui voyaient en lui un gros nounours à choyer).

Actuellement, mon groupe d'amis proches ressemble plus aux Pléiades, un amas ouvert d'étoiles qui porte le nom donné aux sept filles de Pléioné dans la mythologie grecque. Cependant, nous ne sommes que cinq dans la "dream team". Alcyone/Eta Tauri, l'étoile la plus brillante de l'amas, une binaire à éclipses, c'est Léandra (les éclipses, ça rappelle un peu les dents de scie de mon amie). Atlas, c'est trop facile : c'est Walter (il veut porter le monde sur ses épaules, mais la charge est trop lourde). Électre, c'est Emily. Andrew, c'est Astérope. Pourquoi ? Parce que. Et moi, je ne sais pas... De toute façon, je suis Véga, le "vautour qui tombe".

Le vieux Lewis du badminton est un trou noir. C'est une évidence. C'était autrefois une étoile supermassive, une géante rouge mais pas trop, parfois double, autour de laquelle gravitaient deux planètes gazeuses : une très proche (son second fils, qu'il appelle encore aujourd'hui tout le temps) et une très éloignée (son premier fils, qu'il ne voit quasiment plus). Depuis quelques temps, l'étoile massive s'est effondrée sur elle-même et s'est mise à absorber la lumière des autres étoiles, plus petites, qui s'approchent trop près de son horizon.

Certaines amies sont des comètes : elles font une révolution pas loin du centre de mon système solaire puis s'en vont rejoindre la ceinture de Kuiper (comme Annabelle). Certaines comètes restent plus longtemps, mais finissent quand même par s'en aller faire leur vie ailleurs (comme Christelle). Et que dire des étoiles filantes ? Ces personnes qui arrivent dans mon atmosphère et qui s'y brûlent presque instantanément ? Si j'en ai connues, je les ai oubliées.

* * *

Ce soir, je retrouve Emily... Plus besoin de dire où. Nous sommes avec nos ordinateurs portables. J'ai décidé de ne pas boire d'alcool aujourd'hui (je carbure au thé et au café), alors je suis beaucoup plus stressé, nerveux, énervé même, que d'habitude. Nous parlons un moment de Disneyland® Paris (nous allons essayer de fêter l'anniversaire de ma fille deux jours là-bas : j'ai déjà acheté mes médicaments contre le mal Disney) et de rugby : Emily est une grande fan de ce sport (c'est de famille, dit-elle). Je l'écoute religieusement vu que je n'y connais strictement rien. Elle parle de l'émotion qui se dégage d'un match lors des hymnes nationaux ou lors du fameux Haka des All Blacks, avant le jeu.

Emily me reconduit chez moi en voiture (comme d'habitude). Sur le chemin du parking, devant l'Union, je croise par hasard Lodewijk As Himslf, le compagnon d'une ancienne amie de Maïté (je ne sais pas si elles sont encore en contact). Lodo (c'est son diminutif attitré) me demande si je "sors de mon bureau". Je lui dis que non, pas du tout, que j'étais à la Maison du Peuple avec Emily. Il me répond : "C'est bien ce que je disais !" Il suit ma vie, rajoutera-t-il. On discute dix minutes, en grande partie d'idées qu'on a en commun : certaines utopies sur (ou plutôt contre) le travail... De musique aussi. Lodo a de très bons goûts musicaux. À une époque, si mes souvenirs sont bons, un de ses potes lui passait des disques durs entiers de musique indépendante. Des centaines et des centaines d'heures d'écoute... Je lui dis que je découvre de bons groupes grâce à lui, sur Facebook, et il me renvoie le compliment.

vendredi 16 septembre 2011

Une soirée tranquille chez Léandra

Je me réveille, assez tard dans la matinée, après un "rêve au long cours", qui reprend des événements se déroulant sur plusieurs journées, avec une multitude de situations différentes, mais inscrites dans le même contexte. Le problème, c'est que je ne me souviens que de bribes et que ce dont je me souviens le mieux, hé bien je n'ai vraiment pas envie d'en parler dans ce journal.

Le contexte : une énorme fête familiale, dans un manoir, avec plein d'inconnus. Une bribe : à un moment, j'accompagne un orchestre en tapant n'importe comment sur les touches d'un piano. Curieusement, le résultat donne un son mélodieux, accompagnant à merveille le reste de la musique. Dans mon rêve, je me rappelle avoir pensé distinctement que je faisais comme Irmin Schmidt.
 
Début d'après-midi, Fred Jr me contacte pour me dire que je deviens vieux et que mes souvenirs ne sont pas entièrement corrects quant à la journée du 11 septembre 2001. Je ne fais normalement jamais ça dans ce blog, mais je décide donc d'ajouter un addendum dans la description de ladite journée. Cette anecdote me rappelle que la mémoire est un outil fabuleux mais trompeur. Le cerveau est capable de fabriquer de faux souvenirs, de combler les vides mémoriels avec des actes qui n'ont jamais eu lieu, d'oublier et de récréer des événements. Je me rassure en me disant que je n'ai pas entièrement inventé le fait qu'Hamilton II était passé manger chez moi ce jour-là.

* * *

Cet après-midi, sur le statut Facebook de son copain Vincent, Léandra a eu une longue "conversation" par commentaires interposés avec une étudiante en médecine du nom de Daily Rente (c'est un pseudonyme ; Léandra ne se souvient plus de son vrai prénom, alors que Vincent lui en a parlé, tsss...). Cette dernière a choisi pour illustrer son profil une photo de Tippi Hedren (oooh !) dans Pas de printemps pour Marnie d'Alfred Hitchcock. Bref. Au final, l'échange donne un statut Facebook de 147 commentaires (si mes souvenirs sont bons), bourrés de jeux de mots, sur tous les sujets (Léandra arrivera même à parler de moi, en passant !).

C'est la première chose que Léandra veut me montrer quand j'arrive chez elle. Andrew est déjà là. Ce soir, Léandra a décidé de fêter la fin de son contrat en invitant des amis. Pour l'occasion, j'ai apporté des petits bouchées de bœuf/tomate cerise/Grana Padano. J'ai déjà fait mieux (le bœuf – des morceaux de carpaccio en fait – n'est pas très bon, pour tout dire). Et Andrew a amené du Champagne !

Les invités arrivent au compte-goutte : Emily a apporté une tortilla (comme d'habitude, elle "s'amusera" à se démolir toute seule en disant que son plat est raté, qu'il se casse en mille morceaux, alors que pas du tout) ; Lyric et Romain presque en même temps (ils s'asseyent l'un à côté de l'autre durant toute la soirée ; c'est amusant de voir le contraste de taille – Lyric est très grand, Romain a choisi le fauteuil bas près de la télévision – et de façon de penser aussi : Léandra dira plus tard qu'ils représentent typiquement la différence existant entre le Français et le Belge ; mais qu'est-ce que ça veut dire ?) ; Walter, enfin, en retard, qui a deux mauvaises nouvelles à nous annoncer : en premier lieu, il a eu un accident de voiture avec un Russe qui roulait sans permis et qui ne parlait pas un mot de français ni d'anglais ; en second lieu, il pense qu'il va sans doute se faire virer de sa boîte.

Comme musique, Léandra a mis son habituelle playlist iPod en aléatoire. Léandra, selon ses propres dires, doit encore "faire son éducation musicale" (il serait temps !). La playlist contient tous les styles : des chansons qui souvent lui ont été passées par des amis. J'en ai notée quelques unes...

- "Mosquito Song" de Queens of the Stone Age (elle a Rated R et Songs for the Deaf dans sa playlist (mais qui lui a passé ça ? (Oui, moi aussi, je peux mettre des parenthèses dans les parenthèses dans les parenthèses. (Et je préfère mettre le point avant de fermer la parenthèse, quand il en faut un.)))). C'est ma chanson préférée de l'album, c'est amusant.
- Je ne sais quelle chanson de Röyksopp (passée à Léandra par Romain ?). Je me souviens d'un de leur vieux clip sur MTV, "Remind Me", fait de schémas animés, de graphiques vachement bien foutus. Par contre, je ne suis pas trop fan de leur musique.
- Du Hubert-Félix Thiéfaine (venant sans doute d'Igor, qui adorerait ce chanteur).
- Du Vincent Delerme, hum. 
- "Sister Sleep" de Shalabi Effect (cette mélodie provient d'une vieille compilation musicale post-rock que j'avais offerte à Judith il y a longtemps pour son anniversaire). La musique stresse Emily. Curieux : mis à part le violon strident, je la trouve assez reposante, celle-là.

J'ai également attrapé "au vol" quelques discussions...

1) Les sujets pragmatiques du début de soirée, tournant autour des droits du consommateur, du travail, de l'assurance-voiture ou encore du code de la route. Je trouve que ce sont des discussions "à la française", très techniques et à cheval sur la loi. Quand on est uniquement entre Belges (du moins dans les gens que je fréquentent), on ne parle que très rarement de ce genre de choses. 

Un sujet : Emily s'est fait ponctionner de l'argent sur un de ses comptes par France Télécom (ou une marque du genre), sans en être avertie, simplement parce qu'ils "ont confondu avec une autre Emily"... Que faut-il faire ? Il faut leur redemander l'argent, en bonne et due forme, par recommandé. Et demander qu'ils repaient le prix du recommandé. Et leur faire un procès, car c'est de la vente forcée ! Un autre sujet : Walter a démoli sa voiture dans un accident ; il est en tort mais la personne en face n'a pas son permis... Qui doit payer qui ? C'est l'autre qui doit payer, il fallait appeler la police !

2) Le rugby : Emily et son frère ont offert à leur sœur, comme cadeau d'anniversaire, un ticket pour le match France-Italie du Tournoi des Six Nations, au mois de février 2012. Le frère d'Emily, "un sadique", a dit à sa sœur de réserver son week-end, sans dire pourquoi. Seul indice : "Coq au vin - Macaroni". Ça nous semble assez clair (et lourd) comme indice mais apparemment ça ne l'est pas.

3) Les géants : Léandra parle à Lyric de son blog (elle ne peut pas s'en empêcher), puis du mien (argh !). Sans raison particulière, j'ai l'impression que Lyric est déjà courant de son pseudo et de l'existence de nos blogs, mais qu'il fait semblant de rien. Léandra lui dit qu'elle l'a un peu surestimé dans ses articles : elle lui donne 2 mètres 10 alors qu'il ne fait "que" 1 mètre 98. Lyric : "Si je faisais 2 mètres 10, je serais bon pour le Guiness Book." – Moi : "Pas vraiment car le record est de 2 mètres 72, détenu par le Géant de l'Illinois". Sur le coup, j'ai oublié le nom du gars : après vérification, il s'agit de Robert Wadlow, mort bêtement à 22 ans à cause de l'infection d'un méchant phlyctène (une ampoule, quoi) au pied, causée par l'irritation d'un de ses appareils orthopédiques. Sa taille spectaculaire était apparemment liée à une hypertrophie de l'hypophyse. À 10 ans, le gars avait exactement la taille de Lyric, à savoir 1 mètre 98 ! À sa mort, il était encore en train de grandir ! 

Léandra lancera aussi dans la conversation qu'elle aime bien les grands hommes (elle ne peut pas s'en empêcher non plus). "Quoi ? Comme Grand corps malade ?" – Léandra : "Oui, s'il n'était pas handicapé !".

4) Je parle un moment avec Romain. Celui-ci a été archiviste, comme moi, mais pas dans les archives privées, non : dans les archives publiques, s'il vous plaît... Un monde impitoyable fait de contractuels et de statutaires qui se disputent leur petite parcelle de pouvoir ; et aussi d'archivistes méticuleux qui ont leur mot à dire sur la moindre note de bas de page (qui a dit "enculeur de mouches" ? Personne, voyons). Côtoyant moi-même ce petit monde-là de temps en temps, je comprends parfaitement ce qu'il veut dire. Pendant plus de quatre ans, Romain a été payé pour réaliser un inventaire des "séquestres" qui n'a à ce jour pas encore été publié (le débat est en cours : ces archives relèvent-elles du public ou du privé ? Comment sortir de l'impasse ?). Ah, comme je suis content de travailler dans une petite asbl, de ne pas avoir à rendre compte de mes faits et gestes à tout bout de champs ! Romain parle aussi de ses anciens blogs : sur l'administration, puis sur la vie. Il a tout effacé, sauf un article traitant du chiffre 2. Aujourd'hui, il possède au moins encore deux blogs Wordpress (ici et là) mais c'est un peu vide pour le moment. 

5) Andrew s'entraîne pour ses cours d'impro : il me parle des deux filles que l'on a rencontrées un jour en trimballant un radiateur, et qu'on était censée rejoindre ce soir vers 21h30 dans le Centre-ville : Naomi – une fille d'origine néo-zélandaise originaire d'Auckland – et Helga, une jolie blonde avec des tresses. Elles devaient retrouver vers minuit deux amies Costaricaines. Nous resterons sagement chez Léandra et n'irons jamais les rejoindre. Existaient-elles réellement ? Nous attendaient-elles dans le Centre-ville ? Nous ne le saurons jamais !

Conclusion : une soirée tranquille, avec les gens qui partent tôt ou qui s'endorment en fin de soirée (ha, si Léandra s'était reposée au lieu de discuter pendant une heure sur Facebook avec Daily Rente, elle aurait peut-être été plus en forme !).