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samedi 25 mai 2013

Artificiel

Malgré la Lex Leandrae, malgré la loi martiale, malgré l'idée d'un seul petit texte par jour, je suis toujours en retard dans la rédaction de mon journal. La plupart du temps, je convertis les trois ou quatre paragraphes quotidiens (ceux que j'aurais écrits habituellement) en morceaux que je sépare à l'aide d'un simple tiret cadratin, de manière à ne pas me compromettre dans une sale et sombre histoire de plusieurs paragraphes. Mais c'est évidemment ridicule et artificiel, et à chaque fois que j'essaye d'être artificiel, ça ne fonctionne pas !

Gaëlle, dans la conversation courante : « Haruna n'arrête pas de parler de sexe. » (Sa voix traîne sur le dernier mot, qui résonne bizarrement.) « Il m'a dit que lorsque je serai plus grande, il aimerait sexer avec moi ! » — Curieux sentiment que celui qui consiste à imaginer un petit garçon de l'âge de ma fille en train de lui faire des avances sexuelles (d'autant plus que ce n'est pas la première fois).

« (...) et le soir, alors qu'il n'avait jamais connu que les lumières de la métropole, il vit pour la première fois la Lune qui, haute dans le ciel, éclairait la petite ville de sa pâle lumière : "Quel est donc ce laid disque abîmé qui nous gâche la vue ?" demanda-t-il, "Pourquoi faut-il qu'il soit si difforme et parsemé de trous ?" "C'est la Lune", lui répondis-je le sourire aux lèvres, "et nous ne l'aimerions autant si elle n'était point percée !" » (Jacques-Denys Quentin, Hôtel des Pèlerins, 1822.)

vendredi 7 décembre 2012

Consolation, bouclier, tremplin

Consolation. /kɔ̃.sɔ.la.sjɔ̃/ n.f. ; du lat. consolatio, « action de consoler ». (Cette fois-ci, l'étymologie nous donne un véritable éclairage ! Merci, merci mille fois madame l'étymologie !) — 1. Soulagement donné à l'affliction, à la douleur de quelqu'un. 2. (Souvent au pluriel) Raisons que l'on emploie pour consoler quelqu'un. — « Je n'ose donc jeter la pierre ni à celle qui croit en des choses qui ne m'inspirent que le doute, ni à celui qui cultive son doute comme si celui-ci n'était pas, lui aussi, entouré de ténèbres. Cette pierre m’atteindrait moi-même car je suis bien certain d'une chose : le besoin de consolation que connaît l’être humain est impossible à rassasier. » (S. Dagerman, Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, 1952.)  

Consolation. — Léandra, sur le temps de midi, à la Maison du Peuple : « La consolation est tout de même un phénomène très étrange, qui n'a rien à voir avec le fait de se distraire ou d'occuper son esprit à autre chose. Non : si je vais mal, si je suis insatisfaite, je me console en dirigeant mon énergie vers une activité ou un objet totalement différent de ce qui était à l'origine de mon insatisfaction. » Léandra semble vraiment donner une place toute particulière à ce concept de consolation. De mon côté, je ne suis pas certain d'en avoir compris l'enjeu, ni même simplement le sens. Peut-être est-ce parce que nous sommes fondamentalement différents elle et moi et que, contrairement à mon amie, face à une insatisfaction, je me détourne plutôt que de me consoler ?

La culture comme bouclier. — À trop utiliser la culture comme un bouclier, nous finissons par accepter qu'elle établisse un siège permanent autour de notre personne : alors elle ne nous protège plus vraiment mais nous étouffe ! Comment remettre en question jusqu'à l'existence de ces murs que nous avons patiemment édifiés autour de nous ? Car les nouvelles idées (les idées vraiment originales) ne naîtront pas tant que nous nous servirons de la culture comme d'un nid douillet.

La culture comme tremplin. — Lire pour apprendre et non lire pour connaître : peu importe que la digestion soit loin d'être parfaite ; peu importe que la restitution soit entachée de fautes ! Je serais le plus heureux des hommes si j'arrivais un jour à prendre tout ce que j'ai lu non pas comme un simple acquis en vue d'une future discussion sclérosée mais comme un tremplin vers autre chose, vers de la nouveauté ! — La culture comme procréation : créer du neuf à partir de l'existant.

Cour de récréation, 1. — Costard seyant, belle cravate, énorme sourire, dents de requin... Eh bien voilà ! Tu y es arrivé, dans la cour des grands !

Cour de récréation, 2. — Gaëlle ne me voit pas. Je suis obligé d'aller la chercher directement dans la cour de récréation. « Papa ! », lance-t-elle, toute contente, puis elle se précipite vers le bâtiment pour récupérer sa mallette. Pendant ce temps, deux des garçons qui jouaient avec elle s'approchent de moi. « Bonjour M'sieur ! Je suis l'ex-petit copain de votre fille ! me dit l'un d'eux.
— Haruna, c'est ça ?
— Oui, M'sieur !
— Haruna, il a essayé de faire l'amour à Gaëlle ! », crie l'autre garçon, avant de devenir rouge comme une pivoine.
Je les laisse à leurs divagations enfantines et je rejoins ma fille. Mais un léger doute me tenaille soudain : il s'agissait bien de divagations, n'est-ce pas ?

vendredi 25 mai 2012

Sans aucun intérêt

Paraîtrait que parler de son enfant est profondément rébarbatif et sans aucun intérêt pour autrui... C'est d'ailleurs ce que j'écris ICI, dans une partie intitulée pompeusement « Contre la superficialité »... D'un autre côté, je n'ai jamais voulu que mes textes possèdent un quelconque intérêt, justement : c'est ce qui fait le charme de ce blog, tout ça, oui, oui, c'est cela, on va faire comme si on y croyait, hein... Ici, le soleil brille pour tous et on y croit, comme dirait l'autre. — Mais qu'est-ce que je raconte ? Dieu que tout ceci est décousu !

Dans la cour de récréation, un petit garçon que je ne connais pas me montre du doigt et crie à Gaëlle : « Hé ! Ton papa est là ! » Gaëlle partie chercher ses affaires, le même me lâche : « Ce week-end, c'est cool. On n'a pas de devoir parce que ce lundi, c'est une journée spéciale ! » (Il fait allusion à la fancy-fair.) Ensuite, il se présente : « J'suis Haruna, M'sieur ! » « Ha oui, Haruna... Gaëlle m'a souvent parlé de toi. » « Normal, me répond-il, je suis son nouvel amoureux ! » Gaëlle revient avec sa (trop) grosse mallette. Je veux dire au revoir au petit garçon, mais il est déjà occupé à jouer avec d'autres enfants. Sympa l'amour à cet âge-là ! (À cet âge-là ?)

Gaëlle explique, dans le jardin familial, le fonctionnement de son appareil photo au gamin de la voisine d'en face, de deux ans son cadet : « Si tu veux faire une photo, tu appuies là. Si tu veux filmer, tu dois faire comme ça. Là, c'est pour regarder les photos que tu as déjà faites. Tous les autres boutons, c'est pas pour toi ! Mais tu peux faire ce que tu veux comme photo... Non, attends ! Il faut attendre ! Non, tu ne pousses pas assez fort ! Attends ! Il faut pousser, pousser jusqu'à ce que ça fasse "clic" ! Là, tu vois, ça a fait la photo, maintenant. C'est bien. Tu apprends vite ! »

Comme chaque vendredi que je passe en famille, j'ai droit à Money Drop, cet horripilant jeu de TF1 présenté par Laurence Boccolini, où deux participants (un couple, deux amis, deux sœurs, etc.) tentent désespérément de sauver les 250.000 euros qu'on leur donne initialement. Ils doivent disposer l'argent sur un des quatre plateaux-réponses ; si la réponse n'est pas celle du plateau, l'argent qu'ils y ont placé est perdu à jamais... Une des questions concerne l'animal, du nom de Zarafa*, que le vice-roi d'Égypte Méhémet Ali donna à Charles X en 1827 : était-ce une girafe, un panda, un koala (pfff...) ou un chimpanzé ? Ma mère penche pour un chimpanzé, mais Gaëlle la reprend : « Non, c'est sans doute une girafe, parce que "Zarafa", ça ressemble à "Girafe"... » — Alors, là, bravo : trouver la bonne réponse sur base d'une comparaison de sonorités, je trouve ça pas mal du tout, surtout à six ans !

Sans aucun intérêt, je vous avais prévenus !
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* C'est en tout cas le nom que lui donne l'auteur américain Michael Allin dans son livre Zarafa: A Giraffe's True Story, from Deep in Africa to the Heart of Paris (1998).