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samedi 4 mai 2013

Barbecue printanier

Le périple autoroutier. — Gaëlle et moi sommes invités, en fin d'après-midi, chez Donna et Fred Jr, à trente-cinq kilomètres environ de la maison familiale. Malgré ce que l'on pourrait appeler au bas mot les « péripéties parentales » (dont il faudra absolument que j'écrive l'histoire noir sur blanc un jour prochain), rien ne change : ma mère refuse que Gaëlle et moi prenions le train ; pour elle, il est évident qu'elle va nous y conduire en voiture, accompagnée par mon père qui, assis à la place du mort, lui servira de copilote.

L'arrivée. — À peine sommes-nous arrivés chez Fred que Gaëlle, Anouchka et Mado se précipitent sur le trampoline pour enfants installé dans le jardin. Elles se mettent à bondir en rigolant ; elles font des cumulets* ; elles se tiennent par la main pour faire une ronde ; etc. Pendant qu'elles s'amusent tranquillement, je discute avec Fred, qui tente avec succès d'allumer le barbecue. On parle du cas « Derrick » et de l'affaire « Trullemans ». — Car y a-t-il en ce moment dans le monde, mon cher Monsieur, des sujets plus sérieux, plus importants, plus graves que le cas « Derrick » ou que l'affaire « Trullemans » ? Pauvre Allemagne, pauvre Belgique ! Mais où va-t-on ?

Le technique de cuisson. — Fred a une façon très particulière de cuire la viande au barbecue. Il pose cinq saucisses ou brochettes sur le grill et, dès qu'apparaissent les premières hautes flammes provoquées par la graisse chaude tombant sur les braises rougeoyantes, il réserve les morceaux de viande dans un saladier et les remplace par cinq autres morceaux. Cela demande une concentration et une dextérité de tous les instants. Je m'inquiète : cette activité ne risque-t-elle pas de perturber notre fabuleuse discussion sur le cas « Derrick » et sur l'affaire « Trullemans » ? Le suspense est insoutenable.

L'éducation. — J'ai déjà remarqué, et ce sans poser le moindre jugement de valeur, qu'Anouchka et Mado n'étaient pas du tout éduquées de la même manière que Gaëlle. Sans doute dois-je souvent passer, aux yeux de Donna, pour un père dangereusement permissif, voire complètement inconscient ! — Exemples : il ne me viendrait pas à l'idée d'imposer à ma fille de terminer à tout prix son assiette lors d'un repas, ni de mettre en place des horaires rigides de jeu, de télévision, etc. — Ma façon de concevoir l'éducation est en fait directement héritée de celle que j'ai reçue au sein d'une famille qui, globalement, considérait très tôt les enfants comme des interlocuteurs dignes d'intérêt, sur un pied d'égalité avec les adultes, sans imposition d'une hiérarchie et d'une règle comportementale stricte. 

Le juron. — Gaëlle se fait mal en tombant d'un vélo et lâche, sans réfléchir : « Aïe ! Putain ! » Un peu plus tard, alors qu'elle joue à nouveau, seule cette fois-ci, sur le trampoline, je lui explique que ce n'est pas bien de prononcer ce genre de juron. Si je lui dis cela, ce n'est pas parce que je trouve que c'est mal de jurer dans l'absolu, mais plutôt parce que je trouve que c'est mal de jurer dans cet environnement-ci. Elle ne comprend pas, évidemment, et se perd dans des justifications sans fin alors que ce n'est nullement nécessaire : « Si j'ai dit cela, Papa, c'est parce que j'ai vraiment eu très mal ! »

Le jeu. — Donna aime la compétition et les jeux de stratégie, contrairement à Fred, qui n'est pas particulièrement intéressé par ce monde-là. Avec elle, je joue à Okiya, un nouveau petit jeu d'alignement de tuiles japonaises signé Bruno Cathala. C'est à la fois simple et subtil. Donna gagne quatre parties sur les six que nous jouons et, si je remporte la dernière manche, c'est simplement parce qu'elle est trop pressée de gagner.

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* Je viens d'apprendre à l'instant que le terme « cumulet » n'est pas utilisé dans toute la francophonie : c'est un belgicisme, synonyme de culbute ou de roulade. « Cumulet » est tellement courant en Belgique qu'il ne m'était même pas venu à l'esprit qu'il pouvait s'agir d'un régionalisme. (Un doute s'installe : tout ce que j'écris ne fleure-t-il pas le régionalisme pimpant ?)

jeudi 7 février 2013

Épuisé !

En rentrant, tard, à mon appartement, je suis au bord de l'épuisement. Je lutte, je lutte de toutes mes forces pour ne pas m'écrouler. Mais lorsque, peu après minuit, je me rends compte que je ne peux strictement rien faire (ni lire, ni écrire, ni regarder une série, ni même jouer !), je finis tout de même par m'endormir comme une masse, totalement résigné.

La journée avait pourtant bien commencé... À la pause café, au travail, je me suis gentiment insurgé contre Sylvette qui expliquait que sa famille s'apprêtait à couper cinq chênes dans le jardin de leur maison en Provence. Un pin, un peuplier, un bouleau, un palmier, un platane commun, peu me chaut ! — Mais un chêne — que dis-je, un chêne ? — cinq chênes ! Cinq majestueux chênes ! C'est un quintuple assassinat, voilà tout ! Un véritable sylvicide !

J'ai ensuite travaillé allègrement, mais dans l'urgence tout de même, au diaporama de ma conférence du soir. Je suis parti plus tôt du bureau pour être certain d'arriver à l'heure à La Louvière, à plus de cent kilomètres à l'ouest. Hélas ! À un kilomètre à peine de la gare de Huy, une grave panne de locomotive a coupé net mon entrain ! Immobilisés pendant plus d'une heure, forcés de descendre de la voiture pour longer la voie ferrée escortés par des policiers, obligés de rejoindre à pied la gare de Huy, où nous avons pu (du moins certains d'entre nous : ceux qui marchaient vite) happer un autre train, lui aussi en retard : c'est à partir de ce moment-là que l'épuisement m'a gagné, avant même que je ne commence à parler.

Arrivé dans la petite bibliothèque avec, assez miraculeusement, seulement cinq minutes de retard sur l'horaire, j'ai été accueilli par mon ami Fred Jr (l'organisateur de cette petite conférence) et la dizaine de personnes constituant mon public... Des passionnés. Qui d'autre se déplacerait un jeudi soir pour écouter une communication sur l'histoire du syndicalisme employé ? J'ai parlé pendant une heure, ai répondu à neuf questions (« Avez-vous eu toute latitude pour réaliser cette étude ? », « Avez-vous remarqué une évolution en matière de stratégie syndicale ? », « Pourquoi l'éléphant d'Afrique a-t-il de plus grandes oreilles que celui d'Asie ? », etc.), puis les gens s'en sont allés sans rien dire.

Fred m'a invité au « restaurant » après la conférence : au McDonald's ! Enfin, il m'a reconduit jusqu'à la gare de Braine-le-Comte où j'ai repris mon train en direction de Bruxelles, pour retrouver mon appartement, etc.

samedi 2 février 2013

Tranches - III

Andrew, encore un peu malade, me téléphone en début d'après-midi : cette nuit, malgré le vent, le froid et les intempéries hivernales, il s'apprête, en compagnie de Pietro, de Zapata et de deux Russes, à traverser une forêt des Hautes Fagnes à l'occasion d'une... marche scoute !... Une sorte de joyeuse randonnée masochiste à la lumière des lampes frontales (mais en moins extrême qu'il y a cinquante ans, dixit les organisateurs).

Donna et Fred Jr doivent arriver chez moi avec leurs deux enfants vers quinze heures. Message de Fred : « Ça te va si on vient à 19h ? » Sans problème. Cependant, ils arrivent à seize heures tapantes : Fred a inversé le « 6 » et le « 9 », comme dans La Grande Vadrouille ! (Léandra doit arriver, elle aussi. Mais Léandra n'a pas la forme. Et puis, elle suit un régime. Et puis, tout compte fait, elle doit voir Jonas. Donc Léandra ne fera que croiser la famille au complet dans la rue, alors qu'ils retournent à leur voiture, vers neuf heures du soir.)

Au menu de ce soir : une soupe aux lentilles relevée au cumin, au curry, au paprika et à la coriandre, à laquelle j'ai ajouté — pour m'écarter de la recette diront les uns, pour faire le malin diront les autres — une touche fleurie de safran ; un gratin de rigatoni aux petits pois et dés de jambon ; et enfin des crêpes préparées par mes invités car « c'est la Chandeleur ».

Donna me fait implicitement comprendre, à plusieurs moments de la soirée, qu'elle me trouve presque dangereusement permissif avec Gaëlle : alors que sa propre fille ne peut regarder une console de jeux que pendant un quart d'heure à peine, je laisse la mienne s'amuser des heures entières devant son écran si elle en a envie. — Qu'est-ce qu'un jeu ? Comment le jeu nous éduque-t-il ? Quel est le rôle de la liberté dans l'éducation d'un enfant ? C'est parce qu'elle et moi avons des réponses complètement différentes — voire même diamétralement opposées (ceci dit sans aucun jugement) — à ces questions que nous ne serons sans doute jamais d'accord.

Léandra (enfin) arrivée, nous regardons Les Bronzés font du ski, un DVD que Fred m'a offert cet après-midi sans raison. Tous les « héros » de ce film — et c'est ça qui est particulièrement marrant — constituent des parodies de bourgeois profondément égoïstes, dont les marques d'amitié ne sont qu'une succession de masques plus ou moins grossiers... sauf peut-être en ce qui concerne le dénommé Gilbert, incarné par Bruno Moynot (l'acteur qui jouait Preskovic dans Le père Noël est une ordure)... Lui endosse au contraire le rôle du « brave gars » un peu paumé, assez décalé, un rien vicelard aussi, qui ne demande rien à personne mais qui se fait constamment marcher sur les pieds. — Quoique... Non... Laissons tomber ! Tout cela ne tient absolument pas la route. C'est seulement un film comique, et puis c'est tout !

samedi 19 janvier 2013

Un paragraphe et puis c'est tout ! - I

(Oui ! Un seul paragraphe parce que je suis en retard de publication et que j'en ai plus que marre, justement, d'être en retard de publication ! Considérons donc ce qui suit comme la substantifique moelle de ma journée de samedi. Et considérons sur la même lancée l'article de « demain » comme ce à quoi je réfléchis quand je suis seul chez moi et m'ennuie — un ennui nécessaire, comme dirait l'autre.) — Chez Donna & Fred Jr. — En cette fin d'après-midi, je suis invité chez Donna et Fred, à Écaussinnes, en compagnie de leurs deux enfants, la taciturne petite Mado et sa grande sœur, l'énergique et prolixe Anouchka (ma filleule) : « Tu t'es coupé les cheveux, Hamilton ? », « Gaëlle n'est pas là ? Elle est où ? Et sa maman, elle habite où ? Et Gaëlle, est-ce qu'elle a une chambre chez sa maman, aussi ? » — Digression : avais-je déjà mentionné dans ce journal que j'avais été jusqu'à tenir un cierge pascal et écrire mon nom au bas de son acte de baptême ? Par contre, le curé, un très vieil abbé un rien désabusé, avait expliqué à Fred (à mon grand soulagement d'ailleurs) qu'il n'était pas absolument nécessaire que je réponde « oui » à la question de mon engagement d'élever ma filleule dans la foi du Christ : il suffisait que... je ne dise rien (Amen !). Tout bien réfléchi, ce curé était tout de même assez débonnaire : « Laissez venir à moi les petits enfants », lut-il lors du sacrement, mais voyant que quelques « petits enfants » s'amusaient au fond de cette jolie chapelle de village, il soupira, du moins si mes souvenirs sont bons : « Oh, laissez les courir ! » (Mes souvenirs ne sont sans doute pas bons, auquel cas Fred me corrigera en temps voulu.) Fin de la digression. — Fred me montre fièrement sa dernière (?) acquisition vidéoludique, une Xbox 360 (re-?) et le jeu auquel il joue en ce moment, FIFA 2013 : « Tu veux essayer ? », me demande-t-il. « Euh... Non, non ! » (Fred et moi... hem... ne sommes pas exactement sur la même longueur d'onde en ce qui concerne les jeux — voir en date d'après-demain). Ensuite, je joue avec Anouchka à divers jeux de société, comme l'antique Qui est-ce ? ou encore Labyrinthe 3D, une version simplifiée du célèbre Labyrinthe du non moins célèbre éditeur de jeux Ravensburger (Le hamburger du corbeau ?). Anouchka n'aime pas perdre : fort heureusement, elle gagne deux fois à Qui est-ce ? — Puis nous mangeons une (très bonne) raclette, tout ça parce que, dixit Donna, « Fred n'a pas eu le courage de cuisiner une lasagne. » Quant au chat de la maison, il se métamorphose à plusieurs reprises ; il passe d'un état à un autre : extérieur, frigorifié collé à la baie vitrée ; intérieur, dormant confortablement sur le chauffage. Et c'est moi qui le fais rentrer la première fois (mais où va le monde ?). Voilà : c'est fini, nous pouvons enfin respirer !

dimanche 25 novembre 2012

Miaou miaou !

De nouveau chez Amy et Zapata, pour un brunch : c'est plus ou moins la même chose qu'un dîner (au sens belge du terme), sauf que c'est plus élastique quant à l'horaire et qu'il y a des viennoiseries, du café et du jus d'orange en plus des tartines, du fromage, de la charcuterie, des bouchées au chèvre et de la quiche aux légumes. Je n'ai pas assez dormi, j'ai beaucoup trop bu hier, je n'ai plus l'habitude des mélanges, j'ai la tête... dans le cul (oui, oui), mais je ne suis pas le seul. Comble de l'horreur : de temps en temps, les entêtants « Capitalism! » et « Money! » me reviennent en mémoire... « Get out of my mind! », comme dirait la Révérende Mère Gaius Helen Mohiam.

Rapidement, Fred Jr, Donna et leurs filles Anouchka et Mado arrivent. Ces dernières sont adorables, calmes comme peuvent l'être tous les enfants de leur âge, comiques, souriantes... Non, non, vraiment, il n'y a qu'un unique problème et il se résume en un seul mot : chat. Ce chaton (Coati pour ne pas le nommer) n'arrête pas de sauter là où il (ou plutôt elle) ne peut pas sauter, de manger là où elle ne peut pas manger, de miauler quand elle ne doit pas miauler. — Ce paragraphe ne s'adresse pas du tout à Amy et Zapata mais bien à tous ceux — et surtout à TOUTES CELLES — qui réfléchissent SÉRIEUSEMENT à prendre chez eux/ELLES un PUTAIN DE CHAT DE MES DEUX tellement énervant que dès que j'en vois un, j'ai envie de le prendre par la queue (celle de derrière — quoique !) et de le lancer de toutes mes forces vers la fenêtre, qu'elle soit ouverte ou fermée, NOMDED'JEU JE M'EN VAIS T'EN DONNER MOI, DES MIAOU MIAOU !

Mais je m'égare.

Amy a une idée : créer une version « spécial Bruxelles » du jeu de société Les Aventuriers du Rail. Le « spécial Belgique » existe déjà (à imprimer chez soi), mais pas le « spécial Bruxelles », qui serait plutôt un Aventuriers du tram, du métro et du bus, voire du MOBIB. Mais j'entends déjà au loin l'ironie primesautière du voyageur mécontent : « Ha ! En effet ! Voyager dans Bruxelles est une véritable aventure ! » Mais je me fous pas mal du voyageur mécontent (seul compte le voyageur tout court, et encore !). — De mon côté, si je devais créer un jeu en ce moment, ce serait Philosophy!, une sorte de Destins-Jeu de la vie amélioré où l'on pourrait choisir différentes voies : l'idéalisme ou le matérialisme ; la phénoménologie ; l'existentialisme ; bref, ce genre de choses... Et l'on tomberait parfois sur des cartes ou des cases comme : « Pauvreté ! La lecture de Tolstoï vous a particulièrement marqué. Distribuez un milliard de couronnes à vos frères et sœurs ! » ou encore : « Montagne ! Cette montagne enneigée où souffle l'air vif de la science vous subjugue par sa majesté intemporelle. Abandonnez le tumulte du monde pour réfléchir dans la solitude ! » — Mazette, ça le ferait !

Le temps passe... — Mais c'est que nous arrivons à nous asseoir à la table, en cette fin de soirée ; la table fétiche d'Andrew au Verschueren ! Il a une révélation à nous faire — il doit nous faire une révélation, parce qu'il est assis à la table ! Et Andrew nous propose donc un énorme dilemme ce soir : que fera-t-il de Mao, de Tsé et de Tung, ses trois poissons-mascottes, pendant les vacances de Nouvel An à Chiny, dans la Gaume profonde ? Devra-t-il les emmener avec lui, avec tous les risques que cette aventure comporte ? Devra-t-il les laisser seuls ? Devra-t-il les déposer chez un ami ? Ou enfin devra-t-il les relâcher dans la rivière ? — Qui ose traverser les petits ruisseaux ne craint pas les aquariums. Oui, mais l'inverse est-il vrai ?

Ha que Léandra semble fatiguée ! Qu'elle a petite mine ! Ne le sommes-nous pas tous, fatigués, devant nos trois verveines du dimanche soir ? Qu'importe ! Cela n'empêchera pas la bonne humeur de poindre, car nous sommes au Verschueren, et nous sommes à la table, et surtout : nous sommes en novembre, pardi !

dimanche 4 novembre 2012

Ampoule

Tanagra. — Cette boîte de photos que mes parents ont retrouvée dans leur grenier est une brique de nostalgie à l'état brut : les jeunes Léandra, Zapata, Fred Jr et Hamilton II y apparaissent fréquemment, bien qu'ils n'y soient pas aussi réguliers, évidemment, que Maïté... Voyages dans le Périgord, à Florence, à Paris, et enfin cette relique sacrée : la première photo que j'ai prise d'elle alors que je venais de faire sa connaissance, lors du voyage d'accueil du Cercle d'histoire, considérant que ma mémoire ne serait pas suffisante pour immortaliser cet incomparable portrait — un cliché qui fit dire à ma tante, quelques mois plus tard, que j'étais tombé amoureux d'une tanagra. 

Gaëlle et le Chat botté. — « J'ai déjà embrassé le Chat botté dans mes rêves », nous déclare subitement Gaëlle, sans raison, « et après l'avoir embrassé, je devenais Espagnole ! »

Hashtags. — Curieuse manie que celle qui consiste à utiliser à tort et à travers les hashtags dans un message, sans qu'il y ait pour autant le moindre rapport avec des métadonnées... — Je n'arrive toujours pas à savoir pourquoi je déteste tant cette pratique : est-ce parce qu'elle est techniquement inappropriée ou parce qu'elle est l'apanage du geek croyant appartenir à une communauté de comportements et de langage ?

Probité limitée. — Dans ses écrits, Schopenhauer se dit souvent doté d'une très grande probité intellectuelle. Hélas ! Cette honnêteté qu'il croit extrême et sans faille s'arrête là où commence son propre système de pensées. Car le brave Artie préfèrera toujours louvoyer plutôt que de remettre en question un seul instant son grand œuvre : de temps à autre, face à une observation raboteuse qu'il doit à tout prix insérer dans le petit coffre propret et harmonieux des connaissances a priori, il n'hésite pas à sortir son marteau et son burin pour rendre ladite observation conforme à l'idée qu'il s'en fait. (Il serait pourtant beaucoup plus sensé, dans pareil cas, de remettre totalement en question la possibilité même d'une telle connaissance... Mais peut-on sérieusement demander à un homme, fût-il un génie, de dynamiter la cathédrale flamboyante qu'il a patiemment édifiée ?)
 
Affichage fantôme. — La pire configuration qui puisse arriver dans un prémétro, en fin de soirée, est la suivante : que le tram qui est annoncé sur le panneau d'affichage, au demeurant complètement chaotique, soit en avance sur l'horaire et donc déjà passé et que le second tram soit en retard. Mais en fin de compte, Andrew arrivera quand même à rentrer chez lui !

samedi 27 octobre 2012

Question de méthode

Le soir, à mon appartement, c'est l'anniversaire de ma fille, en très petit comité... Fred Jr est stressé à l'idée de ne pas pouvoir gérer ses deux gamines Mado et Anouchka ; Léandra est triste et malade ; Andrew semble fatigué ; Vinge a l'air curieusement calme ; Gaëlle est contente. Quant à moi, malgré une certaine fatigue liée à ce qui ressemble fort à une hausse de tension, eh bien, ma foi, ça va !

Excepté deux verres de vin rouge durant le repas, je cartonne à la bière sans alcool et au café. En début de soirée, je montre mon verre de bière à Léandra : « C'est de la bière sans alcool ! » Je suis obligé de me justifier auprès de mon amie, comme un petit enfant... T'as vu, Léandra ? Je tiens ma promesse, je ne bois quasiment pas ! C'est bien, hein ? C'est bien ? — À noter que je fais exactement la même chose dans mon journal.

Gaëlle reçoit son cadeau, accompagné de deux jeux vidéo : Mario Kart 7 et The Legend of Zelda: Ocarina of Time.
« C'est quoi, c'est un GSM ?
— Mais non, regarde bien...
— C'est une console de jeu ?
— Oui. C'est une Nintendo 3DS...
— Ha. »
De prime abord, elle ne semble pas très enthousiaste... Ce qui ne l'empêchera pas, par la suite, de jouer jusqu'à épuisement complet de la batterie.

Dans mes bras, la petite Mado est totalement obnubilée par le petit levier d'éclairage de la hotte aspirante de ma cuisine... Vers la gauche : lampe éteinte ; vers la droite : lampe allumée ; vers la gauche : lampe éteinte ; vers la droite : lampe allumée. C'est incroyable comme cette simple manœuvre peut concentrer toute son énergie et toute son attention pendant de très nombreuses minutes !

« Faudrait que je te passe un livre qui s'appelle La méthode Schopenhauer, me dit Andrew.
— Ha ?
— Je l'ai acheté sans savoir de quoi ça parlait, parce que je trouvais le titre joli.
— En effet, ça intrigue. C'est sur Schopenhauer ?
— En partie. C'est l'histoire d'un gars qui entame une psychothérapie en lisant de la philosophie...
— Ha-ha ! C'est de circonstance ! »
(Andrew a le chic pour trouver des livres susceptibles de m'intéresser.)
La méthode Schopenhauer d'Irvin D. Yalom (2005) : l'histoire d'un psychiatre qui apprend qu'il est atteint d'un cancer incurable. Il décide alors de recontacter son plus grand échec : un ancien patient qu'il n'avait jamais réussi à guérir de sa sévère addiction au sexe. Or, entretemps, il s'avère que ce patient a résolu son problème tout seul, grâce à la lecture quasi-compulsive de... Schopenhauer !

« Alors, tu vas voir de temps en temps les statistiques de ton blog ? me demande Léandra.
— Euh... Pas vraiment.
— Tu ne sais pas où tu en es, niveau fréquentation ?
— Non... Enfin, je sais via le panneau d'administration que ça fluctue plus ou moins entre trente et cinquante pages vues par jour, mais c'est difficile de savoir exactement à quoi ça correspond en matière de lecture réelle.
— Ça va... C'est pas si mal... »
Et pourtant, inconsciemment, je fais tout pour décourager et énerver mes lecteurs ! (Élitisme, phrases bateau, philosophie de comptoir, événements personnels sans aucun intérêt...)

dimanche 21 octobre 2012

Anouchka

Ce dimanche après-midi, à l'occasion des cinq ans de leur fille Anouchka, Donna et Fred Jr ont convié les « habituels » : parents, tantes, marraine (Pippa — qui vient d'accoucher, mais ça ne se voit pas) et parrain (moi). Enzo, le compagnon de la maman de Fred, se présente mais je l'arrête net : « Mais oui, nous nous sommes déjà rencontrés, à Villers-la-Ville ! » Et j'aurais pu ajouter : « C'était le samedi 26 mai 2012, un peu avant 18 heures, dans la nef en ruine de l'ancienne abbatiale... Même que j'étais en train de noter des informations dans le carnet à dessins de ma fille et que deux équilibristes, dont un en béquilles, répétaient leur numéro au milieu du transept ! » (La grande question du jour étant : si je ne l'avais pas écrit dans ce journal, m'en serais-je seulement souvenu ?)

Anouchka est toute fière de me raconter qu'elle va désormais dormir dans un « lit à étage »... Comme cadeaux, je lui offre le « Bassin des pingouins » PLAYMOBIL® ainsi qu'un livre pour enfants intitulé La porte ! (l'histoire d'une petite fille qui veut prendre son bain tranquillement mais qui est constamment dérangée dans son intimité par sa famille ; à la fin de l'histoire, en colère, elle crie : « La porte ! », et ce sera la seule parole de tout le récit). Anouchka laisse le livre de côté pour se précipiter sur le bassin en plastique. Parmi les autres cadeaux, elle recevra également un petit appareil photo numérique.

Les deux filles de Donna et Fred sont très différentes, tant au niveau du physique que du caractère : Anouchka, blonde aux yeux bleus, est plutôt du genre bavarde et souriante ; Mado, brune aux yeux bruns, ne parle quasiment pas (mais elle est plus jeune) et fluctue entre rires francs et crises de pleurs à chaque contrariété.

Les invités s'en vont rapidement en fin d'après-midi (c'était déjà le cas l'année dernière) et je suis donc le seul qui reste pour manger des frites avec la petite famille. « Tu vas manger avec nous, Hamilton ? Tu vas manger avec nous ? », demande Anouchka. Elle paraît démesurément contente quand je lui réponds par l'affirmative. « Et tu vas rester dormir ici cette nuit ? » Non, quand même pas. Elle ne me quitte plus d'une semelle. Elle me fait de grands câlins, me lance des « Je t'aime vraiment très fort, Hamilton ! »

Il y a un an, je quittais la maison de Fred en soirée pour rejoindre Andrew et Walter à la Maison du Peuple, Léandra s'étant éclipsée pour accourir au chevet de Jonas. Ce soir, je quitte la maison de Fred en soirée pour rejoindre Léandra et Andrew à la Maison du Peuple. (Il y a du changement dans l'air !) Ces deux-là reviennent d'un petit week-end à Chevetogne organisé avec des amis de l'impro, dans la maison de campagne de l'un d'eux. Ils ont fait de belles promenades bucoliques et visité une jolie église d'aspect oriental, au caractère œcuménique.

Lorsque je retrouve mon appartement, Mary est installée à la table de la salle à manger en compagnie de Cyrus et de Martin (deux potes du club de badminton d'Ixelles). Devant chacun d'eux sont empilés des jetons de différentes couleurs. Ils jouent au poker depuis environ cinq heures de l'après-midi. Mary m'explique : les trois autres joueurs ont perdu la partie et sont partis. Je m'installe au bout de la table et observe. Les parties défilent à coup de « Check », de « J'me couche », de doubles coups sur la table, de regards faussement sérieux, de rires jaunes, de petites intimidations... Et moi, je ne pige strictement rien, si ce n'est que Mary dispose d'un réservoir de jetons beaucoup plus conséquent que ses deux adversaires. Cyrus se refait une santé mais finit par perdre la partie contre Mary, aux alentours de minuit.

De mon côté, je suis entretemps retourné à mon ordinateur. Avant de partir, Martin se dirige vers moi, curieux :
« Qu'est-ce que tu fais ?
— J'écris...
— Pour ton travail ?
— Pas vraiment. Je tiens un blog quotidien... Je rédige un article par jour...
— C'est en rapport avec ton métier d'historien, c'est ça ?
— Oh non ! Je ne suis pas assez cultivé pour écrire un article historique par jour ! Non, non, j'écris un peu n'importe quoi. Ça peut être sur ce que je lis ou bien sur ce que je fais...
— Une sorte de journal de bord ?
— Oui, c'est ça ! D'ailleurs, il y a des chances pour que je parle de vous dans l'article de ce dimanche... Toutes les personnes que je croise, je leur donne un prénom d'emprunt dans mon blog. Par exemple, Lewis, je ne l'appelle pas "Lewis" mais "Lewis"... Là, tu vois, il apparaît 48 fois...
— Lewis ?
— Oui, Lewis du badminton.
— Et tu tiens ce blog depuis quand ?
— Depuis un peu plus d'un an... »
Il n'a pas l'air plus intéressé que ça.

jeudi 18 octobre 2012

Tempérance

(Co)habitation. — En matière de propriété, de quoi ai-je besoin pour vivre ? Quel est le plancher en dessous duquel mon moral commencerait à se modifier négativement ? Il me faut : une pièce qui m'appartienne en propre (ma pièce, où je peux m'isoler à tout moment), avec un lit, un coin pour me laver (au moins un lavabo raccordé à l'eau courante), un autre coin pour cuisiner, avec une table pour manger et rédiger mes textes ; un cabinet cloisonné pour mes besoins corporels ; un accès à l'électricité ; des livres, de la musique et de quoi écrire (un ordinateur étant le plus évident). Le reste est superflu, c'est-à-dire : si je n'avais comme biens que ce que je viens de citer, je n'en serais certainement pas plus malheureux que si je possédais un château.

Je partage mon appartement (trop grand pour moi tout seul, donc) avec Mary depuis près de deux mois et, contrairement à ce qu'on aurait pu imaginer a priori, le voisinage se passe très bien. Mary a ses activités (badminton, cours et soirées entre amis...) et moi les miennes (soirée à la Maison du Peuple, soirée à la Maison du Peuple et soirée à la Maison du Peuple). De temps en temps, nous nous croisons autour d'un repas, d'une discussion ou d'un film. C'est tout ce que j'attends d'une cohabitation.

Pré-soirée. — Attendant Fred Jr à la Maison du Peuple, j'explique à Léandra : « Tu sais, cette histoire de mois de novembre... Quand je te dis constamment qu'il va se passer quelque chose de spécial pour nous en novembre... "Attendons novembre !"... Eh bien j'y ai repensé et je me suis dit que l'événement spécial en question, ce serait peut-être ma propre mort... Que ma mort servirait de déclic dans le changement de vos vies... Un truc dans ce style-là... J'y ai pensé à la suite de mes récents élancements dans l'abdomen... Je sais : ils sont passés peu de temps après mon arrêt presque total de l'alcool mais peut-être n'est-ce pas fini ? Peut-être n'est-ce qu'un intermède ? Peut-être est-ce grave ? Peut-être que je n'en ai plus que pour un mois tout au plus ? Pour me préparer à cette éventualité, j'ai lu ce qu'a écrit Épicure sur la mort... » (Léandra semble pour le moins dubitative.)

Elle me parle des prénoms Arthur et Emmanuel, en référence (du moins je suppose !) à mon article de vendredi dernier. Je réfléchis tout haut : « Arthur... Emmanuel... C'est vrai que ça sonne bien. Si jamais j'avais à nouveau un enfant — oui, je sais, je n'en veux plus — et que c'était un garçon, je l'appellerais "Arthur-Emmanuel". Comme ça, quand quelqu'un me demanderait d'où viens ce prénom, je pourrais lui expliquer que c'est en référence à Arthur Schopenhauer et Emmanuel Kant. Et là, mon interlocuteur me dirait : "Mais non !", et je répondrais : "Mais si, parfaitement !" »

Soirée. — Fred Jr nous rejoint vers 20h30. Il est venu en voiture jusqu'à notre quartier fétiche. Nous allons manger des pizzas au tout nouveau Mama Roma installé sur le Parvis de Saint-Gilles puis boire un verre au Verschueren. L'occasion pour moi de boire un Orval, le seul, l'unique de la semaine. Si seulement je pouvais continuer dans cet idéal de tempérance !

Une partie de la discussion tourne autour du nouveau boulot de Fred Jr. Celui-ci doit développer une série d'activités d'éducation permanente, notamment sur le thème du temps. « Du temps ? C'est très vaste... Tu dois parler de quoi ? De la relativité restreinte ? Du temps en termes philosophiques ? » Réponse de Fred : « Je n'en sais rien ! » Je lui lance : « Si tu veux, je peux venir en parler, du temps... Je suis justement en train de lire un truc là-dessus. Tout ce que je développerai sera du pur baratin mais je peux tenir des heures sur le sujet ! »

À un moment, nous parlons du resserrement de notre entourage immédiat — surtout du mien en fait, Léandra continuant à rencontrer pas mal de monde via l'impro. Il fut en effet un temps où nous participions à de grandes soirées festives en compagnie des « Français ». Fred commente : « À la lecture de ton blog, j'avais parfois un peu l'impression que tu subissais tous ces gens... » — Exception faite d'Emily et de Walter (qui ne faisaient de toute façon absolument pas partie du même groupe), de Fany, de Vespertine, de Charles-Henri et de quelques autres, il s'avère que c'est complètement vrai. La plupart des fêtards qui composaient ces soirées, je les subissais plus qu'autre chose. J'ai fini par développer une théorie à ce sujet : si j'ai continué à m'y rendre, c'était en grande partie pour rester en contact, d'abord avec Christelle, puis avec Annabelle. Lorsque la première s'est cassée et que, plus tard, la seconde s'est casée, la principale valeur de ces rencontres est partie en fumée. C'est la vie !

samedi 15 septembre 2012

Jet lag blues

Samedi minuit. Chez mes parents. Le jet lag dans la tronche, un verre d'Orval à ma gauche. Un petit ordinateur en face de moi, la télévision en sourdine. Il faut que je me reprenne. Il faut que je reprenne le rythme d'avant. (Un article par jour, un jour par article, bla-bla-bla...) Au moment où j'écris ce message, j'ai encore le goût des « IPA » en bouche, l'odeur du large dans les narines, le cri des mouettes dans les oreilles, la caresse du vent sur les mains et du fjord plein les yeux... Maudites vues somptueuses sur le Fjord du Saguenay et sur cet estuaire tellement gigantesque qu'on ne perçoit l'autre rive que lorsque la brume s'est entièrement levée ! — En bref : le Nouveau Monde, où tout est plus grand et plus beau (sauf la sécurité sociale).

La « nuit » d'avant-hier, je l'ai passée dans un avion en compagnie de Léandra et de Flippo. Nous avons comme il se doit traversé l'Atlantique en avalant les fuseaux, ne dormant tout au plus que quelques heures, avec pour seul repas du poulet au parmesan (quelle blague !) servi dans des barquettes réchauffées au micro-ondes. (Je crois, mais je ne pourrais le jurer, avoir entendu Léandra affirmer que les pâtes en accompagnement étaient bonnes. — Léandra est spéciale, c'est pour ça que je l'aime bien.)

La nuit d'hier, je l'ai passée à récupérer. Quinze heures de sommeil ininterrompu ou presque. (Mais qu'est-ce que je fous encore debout ?)

Dès le début de mon voyage, je me suis dit qu'écrire un article le jour de mon retour en Belgique était de l'ordre de l'impossible ; que je serais beaucoup trop crevé pour raconter quoi que ce soit. J'avais raison. Je me suis donc permis, comme rarement, de ne poster que quelques lignes extraites d'une jolie chanson de Sébastien Lacombe... Après toutes ces cartes postales, cette rupture brutale signifiait : « Fini le Québec ! Malgré le souvenir, je passe à autre chose ! »... Oui, mais à quoi ? De retour en Belgique, à la gare de Bruxelles-Midi, j'ai eu l'impression de me retrouver dans un pays froid (au sens figuré) et mal éduqué. Plus de « Bonjour, ça va bien ? » lancé par des inconnus souriants, mais seulement des inconnus maussades s'engouffrant dans les rames de métro sans se rendre compte qu'ils ne sont pas les seuls à devoir y entrer. — Il va falloir que je me réacclimate à l'incivisme... et à la routine aussi.

Je pense que j'exagère et aussi que mon texte est très décousu. (Un résidu de jet lag, sans doute.)

Hier, chez mes parents, j'ai retrouvé Gaëlle qui m'a accueilli avec un grand « Papa ! » enthousiaste. Aujourd'hui, nous sommes tous les deux allés à l'anniversaire de Fred Jr. Un anniversaire en très petit comité, à l'opposé de celui que mon ami avait organisé l'année dernière (j'en fais la description ICI — de l'intérêt de tenir un blog journalier au long cours, ou en tout cas en phase de le devenir). Seuls invités : Marguerite, Gérard et leur bébé ; Célestine et Eriksson — zut, j'ai oublié de leur demander ce qu'ils avaient fait de la bande dessinée que je leur avais prêtée ! —, Sidney et Jeronimo... Une jolie soirée à taille humaine, comme je les aime.

Que raconter d'autre ? — Il est tellement plus facile d'écrire des tartines quand tout va mal !

jeudi 26 juillet 2012

Vols de chauves-souris en double-stéréo

« Hamilton en une phrase ». — Souvenirs, souvenirs... En cherchant, en vain (et pour cause !), mon passeport dans les moindres recoins de mon appartement, je suis tombé sur cette vieille feuille A4 dactylographiée contenant une série d'aphorismes et de courtes phrases me décrivant, signés Zapata & Léandra, Maïté et FBsr. Tout cela fut écrit il y a un peu moins de neuf ans, à une époque où j'étais, pour la seconde fois, rédacteur en chef de La Colonne, le journal du Cercle d'histoire de l'ULB. Afin de présenter le nouveau comité dans les premières pages du numéro d'octobre 2003, j'avais demandé à chaque membre de me fournir des descriptions d'eux-mêmes rédigées par quelques uns de leurs meilleurs amis... J'avais fait la même chose de mon côté. Léandra et Zapata avaient alors cherché ensemble une flopée de descriptions (qui me correspondent aujourd'hui encore très bien, mises à part celles concernant ma coupe de cheveux) ; Maïté en avait écrite une qui passe désormais pour bien plus amère qu'elle ne l'était à l'origine ; FBsr, enfin, avait rédigé un paragraphe rempli de sous-entendus (c'était l'époque où nous étions de très proches amis, à tel point que Maïté en était presque jalouse... sans raison, évidemment). Extraits :
« Hippie psychédélique, son dernier coiffeur, il l'a vu en 1969 avant d'être téléporté à notre époque, pour un voyage jusqu'au bout de la nuit. » (Zapata & Léandra)

« Gourou chevelu d'une secte qui se réunit la nuit à l'Atelier et qui prône le respect du vent et de la pression atmosphérique : "Restez couchés et ne bougez plus... sauf pour lever votre verre de Chimay" » (Zapata & Léandra) [Référence à une photo de moi qui avait fait rire tout le monde à l'époque.]

« Je ne vais pas le noyer sous les compliments : ce n'est pas l'inspiration qui me manque, mais il ne sait pas nager. » (Zapata & Léandra)

« Fan de musique avec des hurlements de chiens et des vols de chauves-souris, il n'apprécie les animaux que dans leurs exploitations artistiques et culinaires. » (Zapata & Léandra) [Référence à Seamus, le bluesdog des Pink Floyd, et aussi au moins connu Zaireeka des Flaming Lips, avec ses fameux vols de chauves-souris en « double-stéréo ».]

« Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué. » (Zapata & Léandra) [Ma préférée !]

« Cheveux courts à la brosse toujours bien coiffés, fan de techno, la drogue non merci, grand bigot belliqueux, adepte de la chasteté avant le mariage : tout l'inverse de lui. » (Zapata & Léandra)

« La seigneurie d'Orchimont est sa seule passion, si on excepte R.E.M., Radiohead, les Flamings Lips, la BD, les belles pochettes de vinyles, Maïté, les bières spéciales, la science-fiction, le bon vin, la bouffe italienne, les échecs, les nouvelles technologies, son papa, sa maman et Jean-Claude Van Damme (cherchez l'intrus). »

« Il a les qualités et les défauts qu'on associe aux génies (vous placez la coupe de cheveux dans la catégorie de votre choix). Ça le rend parfois insupportable mais, vous verrez, rapidement vous ne pourrez plus vous en passer. » (Maïté)

« La première fois que j'ai vu Hamilton, c'était de dos. Sa naturelle amabilité ainsi que son charisme congénital m'ont tout de suite sauté aux yeux. Très vite, une intense amitié s'est forgée, nous rapprochant sans cesse sur des sujets divers. Nos positions s'avèrent souvent communes, ce qui semble indiquer que rien ne pourra jamais faire capoter notre fraternelle relation. Et c'est ainsi que, petit à petit, au gré de moult échanges verbaux, j'ai découvert chez Hamilton, derrière la crinière dorée qui chapeaute un charpenté cerveau, non seulement une constance de principes (chose rare dans notre société) mais surtout un altruisme et un dévouement à faire pâlir notre regretté Allende. Qu'au revers de doriques colonnes, les dieux accélèrent ton bel empire, Hamilton ! » (FBsr)
Au Vieux Moulin. — Rejoindre Fred Jr à Écaussinnes relève du parcours du combattant. En gare de Liège-Guillemins, le train vers La Louvière est supprimé. J'en prends donc un autre, vers Bruxelles. À Bruxelles-Nord, le train vers Braine-le-Comte est annoncé avec 25 minutes de retard. On dirait bien que c'est un jour noir pour la SNCB. — Ha bon ? Parce qu'il y a déjà eu des « jours blancs » ?

Mais tout le monde s'en fout, des retards de trains, non ?

Fred Jr m'attend sur le quai de la gare en compagnie de la petite Mado et d'Anouchka, qui pour m'accueillir me fait un attendrissant câlin. Elle m'appelle toujours par mon statut (« Parrain »). J'ai difficile à m'y habituer car c'est bien la seule personne à m'appeler de cette manière, à l'exception de ma fille, qui m'appelle parfois « Hamil », parfois « Papa », sans qu'il semble y avoir de raison particulière à l'emploi de l'un ou de l'autre.

Donna, l'épouse de Fred, et les deux enfants nous accompagnent une demi-heure au Vieux Moulin. Le serveur nous accueille : « Vous avez réservé ? (...) Pour deux personnes ? Ha, mais c'est pour 20 heures et il n'est que 19h30 ! Il va falloir attendre... » En attendant, nous observons les deux filles jouer dans la petite plaine de jeux jouxtant la brasserie. Les filles reparties avec leur maman, nous nous installons à la table réservée en terrasse. Fred Jr commande comme d'habitude son assiette de dix brochettes intitulée « LA TOTALE ». Quant à moi, j'opte pour un filet américain.

Fred me raconte son nouveau travail de coordinateur de bibliothèques publiques. Il est très content car il y a « plein de choses à mettre en place ». Fred n'est pas un administratif, c'est un créateur de nouveaux projets : il arrive dans un endroit et lance plein d'idées, de nouveaux services, de nouvelles manières de fonctionner, sans trop se soucier de la manière dont ça tournera une fois les grandes lignes mises en place. C'est sans doute la raison pour laquelle il enchaîne les boulots de manière beaucoup plus rapide que moi. Il m'explique qu'il y a des bibliothécaires qui sont très conservateurs : « Dans un rayon, un Guide du Routard 1998. Quel intérêt de garder ça ? Allez, hop, déclassé ! » Par ailleurs, des employés doivent être pris par la main : « Il travaille mais il faut toujours être derrière lui. Il ne prend jamais aucune initiative ! »

Fred Jr m'invite chez lui pour un dernier verre. Donna est en train de rafistoler les vêtements de ses enfants sur la terrasse. Fred parle de The Wire : « T'as déjà vu cette série ?
— Tu te fous de ma gueule ou quoi ? Je suis un fan absolu de ce chef-d'œuvre...
— Ouais bon, ne la vante pas trop quand même, cette série, me dit Donna, parce qu'il y passe déjà ses soirées pour le moment, alors...
— Non, mais The Wire, c'est fantastique, hein... 
— Ça veut dire quoi, d'ailleurs, The Wire ? demande Donna.
— "Sur écoute" en français, lance Fred.
— Oui, mais le titre anglais est plus subtil... "The wire", c'est "le fil"... Le fil des écoutes téléphoniques, mais aussi le fil qui relie les différentes structures sociales et les différents arcs de la série... C'est terrible, terrible. Tout a été pensé jusqu'au moindre petit détail, jusqu'à la moindre relation entre les différents acteurs...
— Ha bon ! »

samedi 14 juillet 2012

Le Centre sous la pluie

Le ciel est gris lorsque je descends du train, en gare de La Louvière-Sud. Zapata a loué une voiture pour la journée et doit passer me chercher d'un instant à l'autre. Il est le joyeux organisateur d'une excursion d'un jour dans la région du Centre... Un événement plus que réussi malgré le mauvais temps puisqu'il réunira treize personnes réparties au sein de trois véhicules : Zapata, Amy, Tom, Ophely, leur bébé Sophia, Ophely II, Bastien, Pietro, Ismerie, Sandro & Sandra (un couple d'Espagnols que je ne connaissais pas) et moi.

Il est avant tout question de montrer à ce groupe un des fleurons du patrimoine industriel de la région du Centre reconverti en Écomusée, à savoir le charbonnage et la cité du Bois-du-Luc, dans la périphérie de La Louvière. Le site vient d'être inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco. Il s'agit d'un exemple unique et extrêmement bien conservé d'habitat ouvrier qui fonctionnait en autarcie sous la direction d'un patron paternaliste. À Bois-du-Luc, les gueules noires et leurs familles n'avaient nul besoin de sortir de leur environnement clos, car ils avaient absolument tout ou presque à portée de la main : leur (petit) logement, une épicerie, une salle des fêtes, une école, un hôpital, un hospice, une église, etc.

J'ai travaillé plus d'un an et demi comme guide dans cet écomusée et, se disent mes amis, je vais pouvoir leur faire une visite personnalisée de l'ancien site charbonnier. Ils se trompent et c'est tant mieux ! Car nous sommes accueillis par mon ancien collègue Alan, qui se fera un plaisir de nous guider à travers l'ancien charbonnage, en compagnie de Florentin, son fils de huit ans, qui connaît la visite par cœur (le pauvre). Alan est le meilleur des guides. Il exerce ce métier depuis tellement d'années qu'il connaît tout sur le bout des doigts : la législation sociale, l'histoire de la société charbonnière (qui s'étale sur plus de trois siècles) ainsi que des milliers d'anecdotes...

Alan nous explique que la visite ne durera qu'un peu plus d'une heure, car « une partie du parcours a été réquisitionnée pour une exposition réalisée par la ville ». Je ris intérieurement : une visite de seulement une heure avec Alan, c'est impossible ! De fait, deux heures plus tard, nous sommes toujours en sa compagnie à l'intérieur du puits d'extraction : « Cette partie de la visite ne durera qu'un petit quart d'heure », nous lance-t-il à nouveau. Tu parles ! (Comment diantre fait-il pour parler aussi longtemps devant la lampisterie ?) À plusieurs moments de la visite, il lâche au groupe : « Mais Hamilton vous expliquera sans doute tout cela mieux que moi ! » ou bien : « Hamilton, tu confirmes ? », alors qu'il est vachement plus calé que je ne le serai jamais. (C'est son côté humble à l'excès.)

« Dis donc, Hamil, il a l'air de bien t'aimer, ton ancien collègue... » (Bastien)
« Les visites sont toujours aussi bien ou c'est parce que t'es là ? » (Ophely)
« "Hamilton, tu confirmes ?" Haha ! » (Bastien)

Je serre chaleureusement la main d'Alan en guise d'au revoir. Je lui donne un bon pourboire — « Pour ton professionnalisme ! », lui dis-je — qu'il refuse plusieurs fois (évidemment), avant de le donner à son fils vu mon obstination. Sur le chemin du parking, je croise mes anciens collègues Giuseppe, qui a l'air très content de me voir (« La fifille va bien ? », « T'es séparé, c'est ça ? T'as retrouvé quelqu'un ? »), et Fatima (« Alors ? Ça va bien ? T'es revenu parce qu'on a eu la reconnaissance Unesco ? Haha ! »). Quoiqu'on en dise et malgré les anciennes petites tensions, le courant passe toujours aussi bien avec elle, je trouve...

Il est presque deux heures de l'après-midi lorsque je rejoins les douze autres au kiosque à musique pour le pique-nique. Ils ont emmené de quoi très bien manger : Sandro a préparé une délicieuse tortilla ; il y a de la baguette à volonté, de l'houmous, de la charcuterie, du fromage ; et pour le dessert, Bastien a même apporté des petits chocolats et de la compote. Pendant le repas, je reçois un coup de téléphone de Fred Jr : « Il paraît que t'es à Bois-du-Luc ? Je voulais y aller cet après-midi, j'ai téléphoné à Giuseppe et il m'a dit que tu venais de passer ! » (Les nouvelles vont vite dans cette région.)

Le pique-nique terminé, direction la brasserie Saint-Feuillien au Roeulx. Alan nous a gardé trop longtemps et il n'est hélas plus possible d'en faire la visite. Nous décidons donc d'aller nous poser dans un café du village. Oui, mais lequel ? Tous les bars sont curieusement fermés. Après avoir tourné un quart d'heure, nous finissons par trouver, à deux pas de la brasserie, un petit bistrot de quartier, avec ses éternels jeux d'argent et ses quatre ou cinq habitués.

« Hamilton, tu confirmes ? »

L'excursion dans la région du Centre se termine par la visite des ascenseurs à bateaux. Nous faisons tout d'abord un crochet par le nouvel ascenseur de Strépy-Thieu — le plus grand ascenseur à bateaux du Monde s'il vous plaît, avec ses 73,15 mètres de dénivelé ! — qui permet de relier le bassin de la Meuse à celui de l'Escaut en une seule fois.

« Hamilton, tu confirmes ? »

Nous sortons de la voiture éclairés par un timide soleil.
Nous observons le transfert de deux bateaux sous la pluie drue.
Nous revenons à la voiture éclairés par un timide soleil.
(Impression d'être à la page 54 des Sept boules de Cristal.) 

Après ce passage par Strépy-Thieu-le-léviathan, nous rendons visite aux quatre anciens ascenseurs à bateaux. Ces derniers, construits entre 1888 et 1917, ont exactement la même fonction que le nouvel ascenseur (à savoir relier les deux bassins fluviaux), tout en s'avérant évidemment beaucoup moins performants. Ils sont néanmoins beaucoup plus jolis et pittoresques que leur homologue moderne. Alors que ce dernier ressemble à un bâtiment LEGO très (trop) propret, entouré d'arbustes ridicules plantés avec une linéarité consternante, les vieux ascenseurs donnent ce sentiment de château fort abandonné recouvert de végétation. (C'est d'un romantique !)

« Hamilton, tu confirmes ? »

De retour à la gare de La Louvière-Sud, j'observe à nouveau la pluie remplir mon champ de vision. Il pleut tellement que les personnes sur le quai se montrent très réticentes à monter dans le train. Le contrôleur descend du wagon et crie à la cantonade : « Il pleut beaucoup pour un mois de novembre, hein ? » — Un classique qui fait toujours sourire !

« Hamilton, tu confirmes ? »

jeudi 14 juin 2012

Montagne de caddies !

Interviews historiques. — Interview du matin... Il prend le livre qu'il a posé à côté de lui et nous montre la dédicace que le grand leader syndical (voir le texte de ce lundi), aujourd'hui décédé, a écrite à son intention sur l'envers de la couverture. L'interview étant enregistrée, Lodewijk lit le petit texte manuscrit à voix haute. La lecture terminée, le monsieur commence une phrase : « Vous voyez... Voilà... Voilà ce que... », puis sa voix devient tremblante et ses yeux humides... Plus aucun mot ne sort de sa bouche... Il s'excuse, sort un mouchoir, s'essuie le visage, se mouche, demande un verre d'eau : « Excusez-moi, c'est... C'est l'émotion... Je n'arrive toujours pas à me faire à l'idée qu'il est mort. »

L'après-midi, nous continuons l'interview de la syndicaliste déjà rencontrée la semaine dernière. Elle nous explique sa façon de mener une occupation dans un grand magasin : « Le gérant aurait voulu récupérer les denrées périssables, mais moi je ne voulais pas, évidemment, car s'il récupérait cette marchandise, nous perdions un poids énorme dans les négociations. » Alors, afin d'empêcher les gendarmes et les manutentionnaires de pénétrer dans le magasin, elle et son « armée de caissières » ont installé une montagne de caddies, sur laquelle elle est montée pour s'y enchaîner ! — Cette dame, c'est le Prométhée du monde syndical !

Plus tard, en fin d'interview, elle nous parle des femmes : « Rien n'a changé. Il y a encore beaucoup de boulot pour la génération qui débarque. Beaucoup de femmes sont, aujourd'hui encore, enfermées dans le mythe du prince charmant : elles croient qu'un homme va venir résoudre tous les problèmes qu'elles rencontrent dans la vie. Tant qu'elles croient à cette bêtise, elles ne peuvent être ni libres, ni indépendantes. »

Désastre informatique. — Je décide d'attendre Fred Jr et Zapata au Starbucks de la gare Centrale. Je commande un Caffè Latte Vanilla hors de prix, que ces couillons ont la très mauvaise idée de remplir à ras bord... Lorsque je pose ma tasse sur la petite table et que j'ouvre le petit ordinateur que Léandra m'a prêté depuis des lustres, je me dis qu'il faut surtout que je fasse gaffe de ne pas renverser de lait bouillant sur la machine. Résultat : deux secondes plus tard, j'arrive je ne sais comment à renverser pas mal de liquide sur la majeure partie du clavier. Je peste et les deux jeunes clientes à ma droite me regardent comme si j'étais une sorte de geek maladroit (ce que je suis sans doute, tout bien réfléchi).

En essuyant le clavier du mieux que je peux avec des serviettes en papier, je sais, pour en avoir déjà fait l'expérience, que c'est de toute façon définitivement foutu : la boisson va bousiller une bonne partie de la matrice du clavier et peut-être même toucher la carte mère, s'incruster dans la batterie, etc. J'ai en tête un vieux truc expliqué par mon père : « Dans une usine, si tu veux saboter le matériel informatique, tu renverses du café sur les claviers... » — Donc voilà : je me retrouve désormais avec un ordinateur au clavier inutilisable (du moins pour l'instant), qui inscrit des lettres à l'écran sans que je ne lui demande quoi que ce soit et qui pousse de déchirants petits « bip bip »... (Je vais sans doute devoir te racheter un PC, l'amie !)

Mais comment tu fais pour continuer à écrire ton blog alors ? — Il se fait que j'ai plus d'un tour dans mon sac pour faire fonctionner les ordinateurs récalcitrants. (Tant qu'un ordinateur n'est pas entièrement mort, il y a toujours moyen de le réanimer d'une façon ou d'une autre...)

Feuerbach, Hegel et Marx sont sur un bateau... — Fred Jr et Zapata arrivent vers 19 heures dans la grand hall des pas perdus. Nous allons manger à la Fleur en Papier doré. Fred et moi prenons un grand spaghetti à la bolognaise ; Zapata, redevenu végétarien depuis le 2 mai, un stoemp. Une des discussions de la soirée tourne autour des enfants et de la paternité. Fred : « Deux enfants, c'est amplement suffisant ! Il ne m'en faudrait pas un troisième, oh que non ! » Moi : « Au départ, je ne voulais pas d'enfant. Un, c'est bien, mais c'est vraiment l'extrême limite. » Pour moi, il y a dans la question de la paternité (et de la maternité) quelque chose en rapport avec la privation presque totale de liberté. Aujourd'hui, je ne vois plus ma fille que certains week-ends et je n'ai curieusement pas l'impression d'avoir regagné une éventuelle liberté perdue. — Mais la raison de cet état de fait se trouve autre part.

Nous passons le reste de la soirée à nous promener — Mont des Arts, Grand-Place, Manneken-Pis, place de la Vieille Halle aux Blés — et finissons par revenir à la gare Centrale, où nous raccompagnons Fred jusqu'à son train. Zapata : « Tu fais quoi maintenant ? » « Sais pas... On peut aller reprendre un verre... Mais un seul verre, hein, parce que je tombe de fatigue ! » Comment croire un seul instant que nous allions nous arrêter au premier verre ? À la Porte Noire, nous en recommandons donc un second (une Bush pour lui, une Jambe-de-Bois pour moi), puis un troisième, puis un quatrième... La différence de pourcentage d'alcool (12% pour la Bush, 8% pour la Jambe-de-Bois) explique sans doute pourquoi Zapata est un peu complètement bourré à la sortie du café, vers 2h30 du matin, alors que je suis simplement en forme. Le taximan qui me ramènera chez moi (que Zapata a arrêté pour moi entre deux hoquets, presque au péril de sa vie) me lâchera d'ailleurs : « Eh bien ! Il vaut mieux être dans votre état que dans le sien ! »

Actuellement, Zapata lit un ouvrage d'économie politique écrit par un anarchiste : « En fait, c'est censé être un traité d'économie, mais le mec ne fait que causer philosophie... » Zapata semble emballé par sa lecture : il cite Feuerbach, Hegel, Marx... et même Schopenhauer (en tant que pourfendeur de la dialectique hégélienne). Je suis un peu largué par ce qu'il raconte : j'adore la philosophie, mais j'ai beaucoup de mal avec la dialectique. Pourtant, Zapata me répètera à plusieurs reprises : « C'est toujours très sympa de discuter philo avec toi ! » — Comme quoi...

mercredi 30 mai 2012

« C'est l'histoire d'un gars qui veut partir en vacances à Shangai... »

Une brosse à dents dans la casquette. — Quelqu'un pourrait-il m'expliquer pourquoi l'un des étudiants faisant (nerveusement) la file au snack vietnamien à côté de mon boulot a décidé de placer dans un des replis de sa casquette une brosse à dents, qui descend à la verticale jusqu'à sa joue gauche ? — Est-ce esthétique ? Est-ce une nouvelle mode ? Est-ce de l'humour ? Cela me paraît curieux parce qu'il s'agit là d'une utilisation de brosse à dents inédite, du moins à mes yeux... Ceci étant dit, est-ce fondamentalement plus ridicule que de porter, par exemple, un piercing dans le nez ou d'avoir une coiffure totalement hors norme ? — Oui, c'est fondamentalement plus ridicule.

Les Lessinois en force ce soir. — Après quelques hésitations (car il a du travail à finir, mais oui, mais oui), Flippo accepte de participer au repas avec FBsr. Celui-ci nous attend dans le hall des pas perdus de la Gare centrale, à Bruxelles. (Jeudi dernier, pour la seconde fois, Fred Jr et FBsr avaient annulé le rendez-vous.)

Après avoir marché un gros quart d'heure dans le centre-ville de la Capitale, nous nous asseyons en terrasse du restaurant Ellis Gourmet Burger, place Sainte-Catherine. Le service est toujours aussi désagréable, mais contrairement à la dernière fois, je ne suis pas obligé de manger en triple vitesse puis de déguerpir... À la lecture de ces lignes, je me demande pour quelles raisons j'ai parlé de cet endroit à mes deux comparses et pourquoi je m'y suis assis à nouveau. — Mystère ! 

FBsr a un cadeau pour moi : une clé USB de 8 Go dans son emballage d'origine. Je le remercie : « C'est gentil, je n'en avais plus ! » Ensuite, il me donne un petit papier contenant une liste de 60 dossiers d'albums musicaux : « Et ça, c'est ce qu'il y a dedans... » Du FBsr tout craché : il a ouvert méticuleusement l'emballage de façon à en extraire la clé, y a placé environ 5 Go de chansons en tout genre pour ensuite la replacer tout aussi méticuleusement à son emplacement initial, en faisant en sorte que la manipulation reste invisible, à moins d'y regarder de très près.

Détail amusant : la liste des albums présents sur la clé... Si j'avais voulu réaliser une compilation pour FBsr, j'aurais pu y placer au moins un tiers des artistes qu'il a choisis : Alela Diane, Andrew Bird, Bonnie « Prince » Billy, Death in Vegas, DeVotchKa, Elbow, Feist, First Aid Kit, Fleet Foxes, James Yorkston, Jonathan Wilson, Kurt Vile, Patrick Watson, R.E.M., Radiohead, Sharon Van Etten, The National, Timber Timbre, Tindersticks, Wilco... Il me dit : « Il y a un groupe que j'aime particulièrement dans cette liste, c'est Other Lives... Tu connais ? C'est un peu dans le genre de Fleet Foxes... » — Non, je ne connais pas.

Nous terminons la soirée au Bon Vieux Temps, le café situé dans la jolie impasse Saint-Nicolas. Dans un coin, une dizaine de personnes assises autour d'une table se mettent à chanter en chœur. Est-ce une idée ou la serveuse du café a décidé de mettre de la musique pile à ce moment-là ? (Un peu comme si elle voulait les faire taire, c'est comique...) Peu après 22 heures, FBsr doit reprendre son train et Flippo son bus.

Les blagues du jour. — (Non, ce blog n'a pas pour prétention de devenir le nouvel Almanach Vermot...) Lodewijk, sur le temps de midi, raconte la blague du missionnaire : « C'est un pauvre missionnaire qui est capturé par une tribu d'anthropophages. Avant d'être tué, il a droit à la réalisation d'un dernier souhait, alors il demande une fourchette... Ha zut ! Je suis comme mon père : j'ai oublié de raconter un élément essentiel à la compréhension de la blague. J'ai oublié de dire qu'avant qu'il ne se fasse prendre, deux autres missionnaires avaient déjà été capturés et que leur peau avait servi à construire une pirogue... Voilà... Donc le missionnaire demande une fourchette... Les hommes de la tribu ne comprennent pas bien pourquoi mais la lui donne quand même, étant donné que c'est son dernier souhait... Et c'est là que le missionnaire commence à se planter violemment la fourchette à divers endroits du corps en ricanant : "Elle va être belle votre pirogue ! Elle va être belle votre pirogue !" »

La blague des trois Français à vélo, racontée par Flippo à la terrasse du restaurant, place Sainte-Catherine : « Ce sont trois Français qui font un tour à vélo en Belgique. L'un d'eux lance à ses compagnons de route : "Hé, les gars, venez avec moi à la pompe à essence, là-bas, on va se poiler, vous allez voir !" Ils s'arrêtent à la pompe et le cycliste demande au pompiste belge : "Faites-nous le plein d'essence, s'il vous plaît, une fois, haha !" Et le pompiste s'exécute devant les trois Français, hilares. Puis le cycliste demande : "Tant que vous y êtes, vous ne pourriez pas faire la vidange d'huile ?" Même chose : le pompiste belge ne pose pas de question et s'occupe gentiment de la "vidange" des vélos. Les Français sont morts de rire... Après cette bonne tranche de rigolade, ils s'apprêtent à reprendre la route mais le pompiste les rappelle et leur donne à chacun, sans prévenir, une bonne gifle bien sentie, puis leur dit : "Désolé, j'avais oublié de fermer les portières !" »

La blague du voyage à Shangai, racontée par FBsr, juste après celle de Flippo : « C'est l'histoire d'un gars qui veut partir en vacances à Shangai mais qui trouve que l'avion, c'est surfait. Il décide donc de faire le voyage en train. Il se rend à la gare de Bruxelles-Midi et demande tout naturellement un ticket pour Shangai. La guichetière est un peu étonnée : "Shangai ? Désolée, nous n'avons de billets pour aussi loin, mais je peux vous en vendre un pour Cologne..." "Et c'est dans la bonne direction ?", demande le voyageur. "Oui, oui, c'est dans la bonne direction : c'est vers l'est !", répond la dame. À Cologne, le monsieur veut continuer sa route, et demande donc à nouveau un ticket pour Shangai. Rebelote, le guichetier lui répond : "Désolé, nous n'avons pas ça en stock, mais je peux vous vendre un billet pour Berlin." "Et c'est dans la bonne direction ?" "Oui, oui, c'est dans la bonne direction, c'est vers l'est !" Arrivé à Berlin...
— Dis donc, elle peut durer très longtemps, ta blague...
— Ha ? Tu la connais ?
— Non, non, mais j'imagine...
— Arrivé à Berlin, le gars demande un billet pour Shangai. "Shangai ? Nous n'avons pas ce genre de billet, mais nous avons un ticket pour Varsovie." "Et c'est dans la bonne direction ?" "Oui, oui, c'est dans la bonne direction, c'est vers l'est !" À Varsovie, il demande un billet pour Shangai, qu'ils n'ont pas, donc il va jusqu'à Moscou... À Moscou, idem : pas de billet pour Shangai, alors il prend un billet pour Lessossibirsk... Etc. Conclusion : arrivé à Shangai, le voyage a duré plus d'un mois, tellement longtemps qu'il doit, dès son arrivée, repartir vers la Belgique. Il se rend donc directement au guichet de la gare de Shangai et demande : "Un billet pour Uccle, s'il vous plaît." Et le préposé du guichet lui répond [avec l'accent chinois] : "Uccle Stalle ou Uccle Calvoet ?" »

samedi 26 mai 2012

Deux équilibristes dans un transept

Aujourd'hui, ma fille, mes parents et moi nous rendons au sein des ruines de l'abbaye de Villers-la-Ville pour assister aux Nuits du Cirque, un événement organisé par l'ASBL Idée Fixe durant lequel clowns, acrobates, équilibristes, jongleurs et autres saltimbanques prennent possession de l'ancien site cistercien. (J'espère ne pas y croiser trop de clowns car, évidemment, je déteste ceux-ci ainsi que, de manière plus générale, tous ces artistes qui veulent que je participe à leurs numéros à la con... — Mais passons !)

15h : le départ. — Ma mère connaît parfaitement le chemin pour aller à Villers en voiture mais utilise quand même un GPS qui, assez curieusement, fait emprunter au véhicule un joli chemin bucolique en pavés passant par le petit village de Marbisoux. Plus tard, mon père dira que cet endroit champêtre pourrait parfaitement servir de cadre à un épisode de Barnaby qui s'intitulerait, précise-t-il, Le sonneur de cloches de Marbisoux.

Maman n'est pas contente et s'énerve à tout bout de champ parce que le chemin emprunté est trop étroit. (Pourtant, Jésus n'a-t-il pas dit : « Étroite est la porte, et resserré le chemin qui mène à la vie, et peu nombreux sont ceux qui le trouvent » ? [Matthieu, 7:14] — L'excès de soleil sans doute, oui, oui...) Maman n'aime pas le moindre changement dans sa routine, est incapable d'apprécier le moment présent ainsi que toute forme de nouveauté : « On aurait dû passer par Sart-Dames-Avelines, je connaissais le chemin ! Je n'aime pas cette route, j'ai envie de faire demi-tour... Je n'aime pas la campagne... Je trouve ça moche... », etc. Si nous étions passés par l'autoroute, ses protestations auraient sans doute été tout aussi fortes, à cause de la trop grande largeur de la route. Et lorsque mon père et moi lui demandons d'arrêter de s'énerver, elle se fâche de plus belle : « Je n'étais pas énervée, mais maintenant je le suis parce que vous m'avez dit que j'étais énervée alors que je ne l'étais pas ! » — Misère !

15h40 : une halte à la brasserie du coin. — Nous attendons le début des festivités à la terrasse du Moulin de Villers, une brasserie située en face de l'abbaye. Mon père et moi goûtons la Villers triple, une bière brassée à Melle (dans les faubourgs de Gand) par la Brasserie Huygue. Bof, bof... La seconde sera une Westmalle triple pour lui et un Orval pour moi. J'emprunte le carnet à dessins de Gaëlle (dont la couverture est recouverte de ridicules petits cœurs roses), afin de retranscrire le plus fidèlement possible cette chaude soirée circassienne dans mon journal en ligne. Je demande à mon père : « Tu as vu mon blog ces derniers jours ? Ça tient la route, non ? » Il me répond, un rien désabusé : « Pfff, j'en sais rien... Je ne le lis plus. »

17h10 : les jouets & les autruches. — Nous sommes accueillis par la brigade des jouets : des danseurs et des musiciens (basse, guitare, tambours, cuivres) montés sur des échasses ou des jambes de satyre. Un peu plus loin, trois acteurs déguisés en autruche bluffent tout le monde. Ils sont eux aussi montés sur échasses et dirigent la tête de leur animal à l'aide de plusieurs fils, à l'instar d'un marionnettiste. Mais le cou d'une des autruches se brise à la suite d'une contorsion trop osée et son conducteur, dépité, est obligé de s'éloigner du public... pour ne plus jamais réapparaître de la soirée, d'après mon père.

Une des autruches dont la tête fonctionne par ensecrètement.
(Toutes les photos de cet article ont été prises avec le petit appareil
Sony Cyber-shot rose de Gaëlle, qui faisait pâle figure face aux
mastodontes à téléobjectifs des journalistes... — Mais on s'en fout !)

17h40 : les deux équilibristes. — Depuis la nef de la vieille abbatiale, nous observons, au centre du transept, un couple haut perché en pleine phase de répétition pour la grande finale de ce soir (que nous ne verrons pas) intitulée « Duo du haut » (jeu de mots, jeu de mots, haha !). Chacun des deux protagonistes est installé dans un mât au sommet d'une longue tige faite de métal pliant. Durant une vingtaine de secondes, l'homme effectue un joli poirier en tentant de garder sa tige la plus droite possible. — C'est à mon sens un des seuls cas où tenir sa tige droite relève non pas de la trivialité mais bien de l'art le plus noble. (Il fallait que je la sorte, celle-là, c'était plus fort que moi... — Sortir quoi ?*)

Au moment de sa descente au sol, nous remarquons avec un certain étonnement que l'équilibriste marche à l'aide de béquilles ! Un homme dans le public sourit à sa compagne : « La dernière représentation s'est apparemment mal passée. Ça promet ! » Toujours dans la nef, je croise par hasard la mère de Fred Jr et son nouveau compagnon. Au moment de la rencontre, je suis en train de griffonner quelques mots-clés dans le carnet de Gaëlle... Ladite maman me regarde, surprise, voire inquiète pour ma santé mentale : « Et tu prends des notes ? » Réponse : « Ha, oui... Hem... Je note tout ce que je fais, puis je l'écris dans un journal... Euh... Voilà... » J'ai clairement l'impression de passer pour l'idiot du village.

L'équilibriste aux béquilles assaillant sa collègue
dans les hauteurs du transept de l'abbatiale.

18h : le grimage. — Gaëlle veut absolument être maquillée. Je fais donc la file avec elle pendant une petite demi-heure devant le stand « Grimage », où cinq professionnelles s'occupent de travestir avec beaucoup de soin le visage des enfants... et de certains adultes aussi. Dans la file, juste derrière moi, une femme, la vingtaine, impatiente, me demande si moi aussi je veux me faire refaire le portrait ou bien si je suis seulement là pour accompagner ma fille. Je lui réponds : « Oh, non, je ne me maquille pas. Vous savez, la dernière fois qu'on m'a maquillé dans une fête foraine, j'ai attrapé une réaction allergique, avec des plaques et tout... » Elle me demande si c'est grave et si ça peut lui arriver, à elle... « Si ça vous arrive, il faudra venir vous chercher en hélicoptère et vous faire très rapidement une piqûre d'antihistaminique, directement dans l'artère ! » Elle ne semble pas rassurée. Je crois qu'elle est incapable de se décider de manière nette quant au statut de ma remarque : est-ce une plaisanterie ? (Il convient de préciser que j'ai exprimé tout cela le plus sérieusement du monde, d'un regard sombre, voire inquiet.)

Par le plus grand des hasards, la maquilleuse possède à peu de chose près le même tee-shirt que Gaëlle : une marinière blanche et rouge. Seules différences : les coutures à l'épaule et l'absence d'un dessin représentant Hello Kitty sur le vêtement de la dame.

Gaëlle veut se transformer en tigresse. À la fin du grimage (très réussi), la maquilleuse lui demande si elle désire des paillettes. Réponse de ma fille : « Non, non, pas de paillettes car les vraies tigresses n'en ont pas ! » La collègue d'à côté s'arrête brusquement de travailler et demande à Gaëlle, interloquée : « Est-ce que je peux avoir ton prénom et ton adresse ? Un enfant qui refuse les paillettes, c'est extrêmement rare... » Et la maquilleuse de Gaëlle d'ajouter : « Elle ne va pas suivre des chemins ordinaires, votre fille... » — Le destin du Monde est-il contenu dans ce court moment, en apparence anodin, durant lequel Gaëlle a refusé obstinément qu'on lui mette des paillettes sur le visage ?

Pendant ce temps, mes parents font un tour du côté de la scène « Idéaux beurre noir » (encore un jeu de mots de malade, wouhou !), un combat de boxe qui prend place sur un ring loufoque... À leur retour, ma mère est toujours aussi énervée : « Et comment je vais ravoir le maquillage ? Elle en a aussi sur les yeux, ça risque de lui piquer... Et patati, et patata... » (Soupir.)

Les deux tee-shirts appareillés.

19h : l'école du cirque. — Au milieu d'une pelouse remplie d'accessoires de cirque (assiettes tournantes, bâtons du diable, diabolos, etc.), Gaëlle nous annonce, fièrement : « Moi, je sais faire tout ça ! » Conclusion après dix minutes d'essais multiples et infructueux : elle ne sait rien faire du tout !

19h40 : la funambule. — Dans la cour d'honneur, nous tombons sur le début d'un numéro de funambulisme : une femme en rouge s'apprête à danser le long d'un fil, sur une musique New Age constituée en grande partie de « Lalalaaaaa »... Mon père, nullement impressionné et légèrement énervé par tous les « gestes superflus » de la dame avant de monter sur son fil, lâchera : « Pfff, ce qu'elle fait là, ta grand-mère le ferait bien... » (Mon père n'est pas un rêveur.) De son côté, Gaëlle ne regarde pas le spectacle et s'amuse à réaliser des figures de gymnastique dès qu'un carré de pelouse se libère : « Moi, je peux faire le poirier en mettant mes mains comme ça, regardez, regardez, mais regardez ! Nanou, regarde ! » Ma mère : « Gaëlle, attention, il y a une flamme là ! Arrête, il y a des gens ! Reviens ici, ne t'éloigne pas trop ! », etc.

20h : Le trampoline des Blues Brothers. — Assis à ma droite sur un des murs de la cour des quatre jardins, un petit garçon hilare rit de très bon cœur à chaque pitrerie de ces deux « frères » champions du Monde (paraît-il) de trampoline. Faut dire que leur numéro est très bien huilé et assez marrant. Vers la fin du show, ils demandent à un enfant à lunettes de les accompagner sur leur engin à ressorts. Le gosse revient ensuite à sa place totalement ahuri, des rêves plein la tête.

Ils sautent, ils tournent, ils voltigent,
ce sont les Blues Brothers...

20h40 : la femme dans la Lune. — Cette dame arrive dans une robe cerclée rouge recouvrant son corps jusqu'à la plante des pieds. L'homme l'attend au pied du grand arbre. Le concept : sa robe et le cercle métallique sur lequel elle peut s'asseoir et monter en l'air ne font qu'un. Après une série de préliminaires** qui énervent mon père (il s'en ira d'ailleurs nous chercher des Duvel à ce moment-là), le bonhomme hisse la dame à l'aide d'un système de câbles, à la seule force de ses bras. Ensuite, elle se met à se balancer, à se cacher dans les replis de sa robe, à réapparaître, avant d'être rejointe par son comparse. Une fleur fragile, délicate, sensuelle, agile... Tout cela en une seule femme. Woaw.
La femme lunaire dans sa robe-balançoire rouge.
(N'y a-t-il pas dans son allure un petit air de Fany ?
En tout cas, c'est ce que j'appelle être sensuelle...)

21h30 : le retour. — Le soleil se couche, il est temps de rentrer... Ce n'est pas que Gaëlle montre un quelconque signe de fatigue, non... Mais il faut encore la laver, la démaquiller... Et puis ma mère semble tellement exténuée de s'être énervée toute seule toute la journée... Nous prenons donc le chemin du retour, en repassant par le même petit village paumé. Sur Classic 21, un vieux tube de Mercury Rev, « Goddess on a Hiway », une de mes chansons favorites, qui cadre particulièrement bien avec ce retour en voiture dans la lumière du crépuscule... Well I got us on a highway and I got us in a car. Got us going faster than we've ever gone before...

Goddess On A Highway by Mercury Rev on Grooveshark
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* Mon dieu, ayez pitié de moi !
** Il serait sans doute intéressant de relire le présent texte en ayant pour principal objectif la recherche de toutes les allusions sexuelles — conscientes et inconscientes — qu'il contient.