jeudi 23 février 2012

Aucun feu ardent ?

Dernière journée de travail avant le week-end. Réunion le matin, création d'un formulaire Web l'après-midi. Entre les deux, un coup de fil de Lewis. Il a une très petite voix et parle d'un ton monocorde, comme si plus rien n'avait d'importance en ce monde... Extrait.

« Lewis, bonjour !
— Bonjour, mon grand. Es-tu repassé au badminton ces dernières semaines ?
— Non.
— Moi non plus, je n'y suis plus allé. Ça ne va pas très fort, tu sais.
— Ah ?
— Mon parkinson qui reprend malgré les médicaments et une relation qui n'a duré que 9 jours. Mais cela n'a pas d'importance. Comment vas-tu ?
— Ça va, ça va...
— Comptes-tu revenir au club un de ces jours ?
— Je ne sais pas. 
— Aucun feu ardent dans tes veines en ce moment ?
Pardon ? Désolé, je ne comprends pas la question...
— Tu n'as plus envie de revenir jouer ?
— Non, je n'arrive pas à me motiver. 
— Tu fais ce que tu veux, tu sais. Tu fais ce que tu veux.
— Je sais.
— Y a-t-il une femme dans ta vie en ce moment ?
(Toujours cette question récurrente !)
— Non, il n'y a personne.
(Toujours cette réponse récurrente !)
— Et cherches-tu quelqu'un pour refonder quelque chose ? 
— Non, je suis résigné à ce sujet...
(Je pense un instant continuer ma phrase par : "Je lis Wittgenstein, désormais, tu sais...", mais je m'abstiens. À la place, je lui dis :)
— En fait, pour tout dire, je n'ai jamais vraiment cherché...
— As-tu pensé à l'ordinateur ? Je n'y connais rien, mais toi, tu aimes les ordinateurs...
(Pendant un quart de seconde, j'imagine qu'il me demande si j'ai déjà essayé d'avoir une relation sentimentale voire sexuelle avec mon PC... Puis TILT.) 
— Ha ! Tu parles des sites de rencontre ? Non, je sais que ça ne fonctionnerait pas. Je ne tombe pas amoureux d'un cerveau... Ou en tout cas pas d'un cerveau sans ce qui va autour.
(Définitivement bizarre, cette conversation...)
— Tu sais, Hamilton, les femmes sont constamment intéressées par le physique mais nous, les hommes, nous nous en désintéressons assez tôt pour nous rendre compte de la beauté féminine en tant que telle...
— Ha. »
(Mais où va-t-il chercher tout ça ?)

* * *
 
Le soir, chez mes parents, avec Gaëlle, ma maman est en train de servir le repas quand mon cousin Fab (celui qui en ce moment construit presque tout seul sa nouvelle maison en annexe de la bâtisse familiale) débarque dans la salle à manger. Il a l'air très contrarié (c'est un air général chez lui) et s'adresse à mon père :

« Tu ne veux pas venir voir ? Tu t'y connais en champignons ?
— On va manger... Je viendrai voir après...
— Qu'est-ce qu'il y a ? demandé-je.
— Il y a peut-être de la mérule dans la construction, voilà ce qu'il y a ! Tu ne t'y connais pas en mérule, toi, par hasard ?
Ha bah ! Je m'y connais un peu en archivistique, donc un peu en champignons. J'ai déjà lu des trucs théoriques sur les différents types de moisissures qui attaquent le papier, comme la mérule, mais bon... De là à la reconnaître sur le terrain, dans une maison en construction... Euh...
— Allez, viens jeter un œil alors. » 

Fab se fraie un chemin au milieu du chantier en éclairant son passage à l'aide d'une lampe de poche. Il me montre une planche remplie de poils blancs cotonneux :

« Ha oui, c'est bien de la moisissure, dis-je.
Ouais, mais c'est de la mérule ou pas ?
— Bof. Ça ne ressemble pas à de la mérule... On dirait de la moisissure classique...
— On va aller voir en haut ! Viens.
(Nous revenons à l'extérieur de la construction, devant une échelle qui monte au premier étage.)
— T'as le vertige ? me demande mon cousin.
— Non, non, ça va...
(Une fois en haut, Fab désigne les poutres en bois, en passant son doigt par endroit sur la nébuleuse blanche qui constelle la partie inférieure de la charpente.)
— Ha ouais, putain, y en a beaucoup, constaté-je. Et ça ressemble à la moisissure d'en bas...
Regarde ça ! Dès que je passe mon doigt, ça vole dans tous les sens. Pffff. J'ai pas de chance. 
— Ce n'est sans doute pas la mérule. Juste une moisissure classique, mais je vais me renseigner ce soir... »

Je n'en sais pas plus que ça... Je sais qu'à son premier stade, la mérule est un champignon qui possède une consistance ouatée et qu'il est difficile de la différencier des autres moisissures moins dangereuses. Ensuite, on la reconnaît très facilement car elle se présente sous la forme de longs filaments plus foncés qui constituent une vraie saloperie pour le bois et la maçonnerie. Elle se développe plus facilement dans les vieilles constructions humides. Et la maison familiale est, de fait, une assez vielle construction, humide par endroit.

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