samedi 3 décembre 2011

L'ascension et la chute de Mimi₁₇ l'araignée

Ce matin, Gaëlle vient me réveiller dans ma chambre : "Papa, je suis désolée mais je n'arrive plus à dormir... Est-ce que je peux déjeuner et regarder les Simpson ?" Je regarde l'horloge : 10h47. Elle est marrante, cette question naïve venant d'un enfant qui ne sait pas encore lire l'heure...

Début d'après-midi, Gaëlle est dans son bain. Elle adore ma baignoire car elle n'en a pas chez sa maman (comment est-ce possible ?). Elle passe son temps à jouer avec ses Babouche et Dora en plastique, ainsi qu'avec de petits gobelets. Il faudra que j'arrive un jour à trouver des Esteban, Zia et Tao en plastique pour faire disparaître cette horrible exploratrice de pacotille de ma baignoire, de ma mémoire et de celle de ma fille.

Pendant que Gaëlle prend son bain, j'en profite pour nettoyer mon appartement, non sans jeter un œil de temps en temps à ma fille. Souvenir : quand j'étais gamin et que je passais des heures dans une baignoire, exactement comme elle (j'adorais et j'adore toujours les très longs bains), mes parents me faisaient chanter pour s'assurer que tout allait bien.

Je comptais simplement faire un peu de rangement et passer l'aspirateur mais je suis pris par la fièvre de la propreté et nettoie donc tout de fond en comble : je fais les poussières dans les moindres recoins (et aperçois par la même occasion que Mimi₁₇ la petite araignée a disparu), je lave la salle de bain et la cuisine au détergent, je change les lits, je nettoie mon parquet à l'eau, je range le moindre papier qui traîne, j'aligne les bouteilles d'huile et de vinaigre, ainsi que les verres à bière dans les armoires... Lorsque j'ai terminé le grand nettoyage, Gaëlle est encore dans l'eau. Elle y est depuis presque quatre heures !

– Gaëlle, tu vas peut-être sortir de l'eau maintenant, non ?
– Non, merci.
– Tu sais à qui tu me fais penser ? À Marat !
– C'est qui, Marat ?
– Un révolutionnaire qui avait de graves problèmes de peau et qui passait sa vie dans sa baignoire pour ne pas trop en souffrir.
– Moi, j'aimerais bien être comme Marat !
– Ouais ben ne te réjouis pas trop vite car il est mort poignardé !
(M'enfin, pourquoi lui ai-je dit ça ?)

* * *

Ce soir, Emily et Walter viennent nous chercher en voiture, Gaëlle et moi. Nous nous rendons au Centre culturel de Schaerbeek pour rejoindre Léandra et Andrew à un championnat d'impro organisé par la FBIA (la Fédération belge d'improvisation amateur) opposant l'équipe des Poneys de Bain à celle des 6 clônes. Plus les noms sont ridicules, plus on s'amuse !

Nous avons beaucoup de difficultés à nous garer. Nous tournons dans tous les sens pendant une demi-heure. Gaëlle, qui a le mal de voiture, commence à se sentir nauséeuse. Elle finit par vomir dans un sac en plastique Match qui était censé transporter divers éléments indispensables au déplacement d'un enfant (nounours, bonbons, bloc de dessins, babioles ridicules...). Nous arrivons avec un très léger retard au Centre culturel, peu de temps avant le commencement du spectacle.

Le principe d'un championnat d'impro ? Deux équipes d'acteurs et actrices très motivés (on dirait qu'ils s'échauffent pour un match de boxe) se trouvent assises de chaque côté d'une petite scène très proche du public. Chaque équipe est constituée de six personnes, dont un capitaine et un coach (qui ne joue pas). À l'arrière-plan, se trouve une présentatrice qui bafouille un peu sous l'émotion et, pour compléter le tableau, trois arbitres qui ne rigolent jamais (ou alors de manière très sarcastique dans le genre de Laurence Boccolini dans "Le Maillon faible"). Chaque membre du public possède une pantoufle (à lancer sur les arbitres quand ils sont vaches, c'est-à-dire tout le temps) et un carton de vote. La chef arbitre lit un thème, une catégorie, ainsi qu'une série de contraintes et les équipes ont très peu de temps (15 secondes tout au plus) pour décider de ce qu'elles vont jouer et se lancer dans l'inconnu de la scène. Parfois, le match est "mixte" : les deux équipes jouent en même temps et doivent improviser sans aucune concertation.

Les thèmes s'enchaînent dans la bonne humeur : "Toujours plus à l'Est" (dans la catégorie "Western"), qui vire au grand n'importe quoi (une bande de cow-boys et d'Indiennes qui partent "se faire violer dans l'allégresse") ; "Les autres", avec un fantastique clochard qui regarde des passants se rendant au marché, lâchant à chaque fois un petit commentaire, et se faisant happer par la mort en fin de sketch (mais comment font-ils pour trouver aussi vite toutes ces idées ?) ; "Soleil levant et matin calme", où un gars mime de façon hilarante un soleil menaçant ("Je suis en train de me leveeer, hohohooo !") ; "Perdu dans le temps" ; une histoire basée sur la lecture d'un extrait de roman, qui donne "une ambiance, une couleur" à la scène et durant laquelle on assiste à un très beau flashback improvisé entre deux acteurs d'équipe différente (l'histoire rocambolesque d'un bébé découvert à une pompe à essence) ; "Juste histoire de comprendre" (dans la catégorie auditive, c'est-à-dire dans le noir) ; "Vénus noire", le récit d'un comédien qui veut empoisonner un de ses rivaux mais qui se fait avoir en beauté... Enfin, le spectacle se termine par une sketch "en chansons".

Certains acteurs sont meilleurs que d'autres et l'une des équipes, celles des 6 clônes, semble plus à l'aise et joue des personnalités plus bigarrées.  

Ce soir, c'est également l'anniversaire d'Emily. Durant l'entracte, nous organisons donc une remise de cadeaux en bonne et due forme. Andrew s'occupe d'aller acheter une part de gâteau au bar et Walter fait la bougie avec son briquet devant Emily. C'était un anniversaire improvisé. Comme cadeau, nous lui offrons du "chocolat à casser", ainsi qu'une bouteille emballée dans un casse-tête...

* * *

Il est tard, je dois rentrer à l'appartement avec Gaëlle. Les autres ont à décider où ils termineront la soirée : dans le Centre-ville ? Au Parvis, après m'avoir ramené avec ma fille ? Je leur propose de passer prendre un verre chez moi. Tout le monde accepte. Ils resteront jusqu'à la fin de la soirée.

Au programme, pendant au moins une heure, nous pratiquerons un exercice hérité des cours d'improvisation que suivent Léandra et Andrew : nous sommes installés à la table de ma salle à manger ; quelqu'un lance un mot au hasard en regardant un des quatre autres protagonistes, qui doit relancer avec le premier mot qui lui passe par la tête, et ainsi de suite...

J'aurais dû enregistrer en cachette ces longs échanges de mots car je ne me souviens plus d'une seule séquence. Tout ce dont je me rappelle est que Walter sortait parfois des mots prémâchés (dont un très beau "Catwoman" hors contexte Walter est un fan inconditionnel de Batman, pour le moment du moins) et que l'échange a quelquefois bifurqué brièvement vers un thème sexuel (chose qui, d'après Léandra, n'arrive jamais durant ses cours d'impro).

Il est passé deux heures du matin, l'heure pour mes quatre amis de rentrer chez eux, ramenés en voiture par Emily.

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