vendredi 17 mai 2013

Evenvel-Delarose

En ce moment, par la force des choses, je passe une partie de mon temps libre à réfléchir sur ma famille proche. Il y a matière à réflexion : mon père ne cache même plus sa nouvelle idylle et ma mère doit entièrement revoir le schéma de son existence alors qu'elle est à un an et un mois de la soixantaine. — Parmi les réflexions périphériques, celle-ci : comment sont réparties, au sein même de ma personnalité, les différentes influences parentales ? Hier, dans le train de retour vers Bruxelles, alors que je regardais le paysage coutumier défiler, la réflexion, à peine commencée, a très vite abouti à toute une théorie... Une théorie échafaudée bien trop rapidement pour être autre chose qu'une construction mythique, voire mythologique, de mes racines. — De mon père, et plus certainement encore de mon grand-père paternel, Hildebrand Evenvel, j'ai hérité du radicalisme et de cette pointe d'autoritarisme et de colère qui est à l'origine de certains comportements cruels dont il a pu faire preuve au cours de sa vie. Une anecdote racontée par mon père, il y a longtemps : Mamy, Papy et leurs sept enfants, tous sapés en tenue du dimanche, sont fin prêts pour se rendre à une fête familiale. Au moment de partir, papy Hildebrand s'assied dans son fauteuil et déclare, péremptoire, sans aucune explication : « On n'y va pas ! » La question est directement réglée : malgré la matinée prise par ma grand-mère pour habiller, avec une patience d'ange, ses sept enfants, personne n'est sorti ce jour-là. — De ma mère, et surtout de la famille de ma grand-mère maternelle (la famille Delarose), j'ai hérité de tout autre chose. Cette branche-là est plus littéraire et intellectuelle bien que, tout comme la famille de mon père, d'extraction ouvrière. Un des frères de ma grand-mère a donné naissance à deux débiles mentaux et... à Bertrand, un génie timide et asocial qui a fini sa vie tristement, obèse, dans son petit appartement délabré de la banlieue carolorégienne. Il écrivait des poèmes, faisait des jeux de mots et inventait des objets, dont un piège à souris d'un genre nouveau. Ma mère est d'une honnêteté sans faille ; elle est aussi une maniaque qui traque la moindre poussière, qui déteste tout changement de plan dans sa journée et compte les carrelages ou les lettres d'un mot dès qu'elle en a l'occasion. Ma tante dévore un livre par jour, écrit et récite des contes. Quant à la petite dernière, ma cousine Chelsea qui s'apprête à entrer à l'université, elle s'est toujours posé beaucoup de questions originales... — Tous ces traits que je retrouve au sein de la famille de ma mère, je ne les observe jamais dans la famille de mon père, où les livres sont terriblement absents, de même d'ailleurs que les pensées singulières. Deux mondes donc : du côté maternel, une certaine forme de romantisme littéraire et une tendance à l'idéalisme ; de l'autre, un matérialisme radical et pragmatique, un « C'est comme ça et pas autrement ! » qui peut s'avérer déroutant de prime abord. Et au carrefour de ces deux mondes : H.L.E.

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